23 mars 2010

Les Herbes Folles d'Alain Resnais - 2009

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Je sais bien que toutes les critiques ont hurlé au génie sur le nouveau Resnais, mais voilà, soyons francs : moi, j'ai trouvé ça pas terrible. Arrivé au bout d'un système qui a fait ses preuves, le bon gars se livre ici à une fantaisie sans frein, un exercice de style qui se moque complètement de la construction ou de la logique. On a pu trouver ça parfait dans On Connaît la Chanson ou Coeurs, mais poussé à bout, ce style trouve ici ses limites : Les Herbes Folles ressemble à un film au grand galop, en roue complètement libre, et du coup on se désintéresse progressivement de ce qui est en train d'arriver, puisque tout peut arriver.

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Dans la première demi-heure, on s'installe très agréablement dans cette petite chose : Resnais explore des genres cinématographiques illustrés ici dans tous leurs clichés (le polar, ses lumières glauques, ses objets fêtiches, sa voix-off elliptique ; le fantastique, son inquiétude, son mystère), envisagés dans un premier degré réjouissant. Dussolier excelle à rendre ambigu le moindre de ses gestes, qu'il s'agisse de regarder une femme ou de composer un numéro de téléphone : sa composition est magistrale (ai-je déjà dit que je considère Dussolier comme un génie ?), et il est pour beaucoup dans cette ambiance trouble qui s'installe dans cette première partie, qui fait qu'une histoire banale se transforme soudain en thriller mystérieux sans que rien ne vienne corroborer cette impression dans le scénario. Edouard Baer, en narrateur, jette aussi un trouble salvateur sur l'ensemble : qui est-il ? quelle place prend-il dans cette histoire ? Sa diction précieuse, à contre-courant, est parfaite. Resnais est bien sûr génial dans la mise en place de son dispositif, décalant toujours le quotidien pour le rendre déviant : ces couleurs vertes et jaunes, ces lumières illogiques, cette façon de rendre très profonds ses cadres (un jeu subtil de focales), tout concourt à faire de cette partie un hommage très tenu à un genre (le polar), en y ajoutant une patte éminemment personnelle.

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Ensuite, malheureusement, ça prend l'eau. En approfondissant les rapports de couples, en prolongeant le personnage d'Azéma, en laissant la forme prendre le pas sur le fond, Les Herbes Folles devient un exercice surréaliste qui fait de l'inattendu son seul cahier des charges. Tout peut arriver, je l'ai dit, et on ne sait jamais quelle scène va arriver. Ca pourrait être agréable, c'est juste un peu facile : à partir du moment où le désordre mène l'ensemble, on s'en fout un peu de ce qui arrive. Resnais filme ça, mais pourrait tout aussi bien filmer autre chose, et le scénario se délite pour le simple goût de la virtuosité formelle (impressionnante, il est vrai). C'est délicieux de repérer ça et là les références à quelques grands films, mais c'est aussi un peu vide tant qu'on a rien à raconter. Jamais les rêves n'ont réussi à faire de grands chefs-d'oeuvre, sauf à s'appeler Buñuel ou Lynch. L'ennui gagne, avec l'impression pénible d'assister à un film de Pascal Thomas en mieux réalisé. A son âge avancé, Resnais a l'air de se foutre un peu de la maîtrise, se permettant une simple récréation ; c'est oublier que son public peut être en droit de lui demander un peu plus que de retomber gentiment en enfance... (Gols 25/11/09)


Malgré toute mon admiration pour le gars Resnais, je dois reconnaître, en choeur avec Gols, qu'à mesure que le récit progressait, mon attachement pour les personnages se délitait : les dialogues ou la voix off sont faits de petites phrases méticuleusement ourdies, les couleurs primaires de la toile resnairiennes n'ont jamais été aussi éclatantes, les mouvements de caméra aussi amples et aériens, les décors (le cinéma et les rues alentours) aussi ingénieusement dessinés, le fait est que j'ai eu malgré tout peu à peu tendance à me désintéresser de ce marivaudage : un peu comme si les personnages, si énigmatiques au départ (Dussolier, pic61929mâchoires serrées, traînant un passé trouble, Azéma volubile et solitaire), perdaient en route leur épaisseur, devenaient des marionnettes littéralement phagocytées par cette somptueuse mise en scène. Même eu l'impression pour la toute première fois que Mathieu Amalric - voire Emmanuelle Devos - avaient toutes les peines du monde à jouer "naturellement", allant jusqu'à surjouer des personnages (parfois c'est drôle, parfois c'est vraiment too much...) sans grande densité (Anne Consigny étant en revanche absolument magnifique, mais cela demeure une impression personnelle...). Du coup, malgré les petites rires nerveux lâchés sporadiquement - les sautes d'humeur d'un Dédé au top, les intonations de la voix d'un Baer au taquet, le côté burlesque du couple Amalric-Vuillermoz... -, les instants de grâce inattendus et magnifiques - le tendre moment entre Dussolier et Devos dans la voiture, la sortie du cinoche du Dussolier (lorsqu'on sort d'une salle de cinéma, les jambes encore flageolantes, on peut s'attendre à tout...)..., je ne vais point cacher que mon impression finale à la suite de cette première vision a un petit parfum de déception. J'en suis d'autant marri que je me plongeais dans les premiers instants de ce récit avec un véritable délice, prêt à savourer chaque seconde, chaque petit mot égrainé dans cette oeuvre du maître Resnais. Des séquences esthétiquement parlant absolument virtuoses mais qui ne parviennent point à faire oublier ce manque de réelle passion à suivre cette histoire : de brillants artifices de mise en scène qui rendent au final les personnages un peu trop artificiels... Enfin cela n'est jamais que le sentiment d'une herbe folle que vous pouvez facilement déraciner... Une légère déception devant une oeuvre de Resnais n'oblitèrera jamais totalement le plaisir pris à la découvrir. (Shang 23/03/10)

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15 décembre 2009

Mon Oncle d'Amérique (1980) d'Alain Resnais

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Je garde toujours un souvenir ému de la première vision de ce film; je devais po être bien grand mais cela faisait plaisir de découvrir un metteur en scène qui ne prenait pas les spectateurs pour des cons. Certes les travaux d'Henri Laborit sont vulgarisés et les trois histoires qui s'entremêlent (celles de Roger Pierre, Garcia, Depardieu) sont somme toute banales : un prof ambitieux qui bosse ensuite dans un ministère et qui trompe sa femme, une jeune comédienne aventureuse qui quitte très tôt ses parents puis travaille comme styliste, un fils de paysan qui gravit les échelons un à un pour obtenir un poste important dans l'industrie. Mais il y a  chez Resnais un vrai désir de faire partager un savoir, en l'expliquant le plus intelligemment possible, et sans jamais virer au pensum.

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On suit ces trajectoires qui ne sont point forcément passionnantes en soi mais remplies de petites séquences assez touchantes voire parfois cocasses : Depardieu dont le bureau fait face à celui de l'homme qui lorgne sur sa position professionnelle, les retrouvailles "amoureuses" de Nicole Garcia et Roger Pierre sur l'île d'enfance de celui-ci, les multiples scènes de séparation conjugale ou familiale entre déchirement et soulagement... Peu à peu, Laborit calque sur ces petites péripéties quotidiennes son analyse de savant : ces récits illustrent les pulsions de consommation, les réactions à la gratification et à la punition (qui entraînent la lutte ou la fuite) ou encore à l'inhibition (qui peuvent tourner à la somatisation ou au suicide); pour ne point tomber dans l'inhibition, l'être éprouve malgré lui un besoin de "dominance" et use pour se faire, le plus souvent, du langage : pour séduire et envoûter l'autre, pour raconter un gros bobard et mystifier l'adversaire.  Si l'on ne lutte point contre ce besoin de domination entre les hommes, on va finir... ah merde, on y est... La démonstration, à l'aide de ces pauvres chtites souris qui n'ont jamais semblé aussi humaines (à noter aussi que Lynch a piqué à Resnais les costumes de souris pour en faire des costumes de lapin humain) tient parfaitement la route et malgré la structure éminemment éclatée de la trame, on a aucun mal à suivre les petites misères de nos trois personnages principaux.

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Quelques bonnes idées récurrentes comme celle de ce fameux "Oncle d'Amérique" qui est tantôt devenu un clochard (pour justifier la peur du changement), tantôt celui qui connaît la cachette d'un trésor (la puissance de l'imagination); très belle idée également que celle de prendre un double cinématographique pour chacun des personnages : Darrieux/Roger Pierre, Marais/Garcia, Depardieu/Gabin; de nombreux micro-extraits viennent ponctuellement interrompre le récit et renforcent cette idée de comportements "typiques" de l'individu en société. Une ultime image en trompe l'oeil (ce mur où l'on a peint une forêt (impeccable, vue de loin)) qui est composé de pierres défraîchies : un peu à l'image de l'homme dont la vraie "force" est souvent une addition de petites faiblesses plus ou moins maîtrisées, plus ou moins "jolies" lorsqu'on les analyse de près. Un Resnais ambitieux et courageux (un film qui sort assurément des sentiers battus) et d'une belle finesse malgré les besoins de simplification scénaristique et de vulgarisation : une vraie science du septième art.   (Shang - 20/10/08)

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Assurément un des grands Resnais, un de ceux qui font le lien entre les oeuvres conceptuelles du passé et les films plus enlevés d'aujourd'hui. Foin des Duras et des Robe-Grillet d'antan (et c'est pas dommage dirais-je en peu passionné du cinéma de Resnais des années 60) : on aura droit ici à de la science, de la vraie, avec démonstrations sur rats blancs et illustrations immédiates à travers trois petites vies. Le concept pourrait paraître froid, sclérosant pour les personnages (qui, en gros, sont asservis à des comportements ataviques, donc peu libres d'agir) ; c'est tout le contraire qui se passe, Resnais parvenant à rendre des théories scientifiques ludiques et drôles. Le ton est féroce, certes, mais jamais le film ne vire à la démonstration cynique. Il reste attendri sur ces pauvres comportements humains si petits, sur cette poignée d'hommes et de femmes vivant les tourments de l'amour bourgeois, de la hiérarchie mondialiste et des souvenirs d'enfance un peu niais.

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Comme à son habitude, Resnais démonte dans un premier temps toutes les pièces de son puzzle, dans un montage hyper-rapide, à la limite du pop-art, où les voix se chevauchent en même temps que les destins. Les premières minutes sont assez incroyables, mélange en roue libre d'images d'animaux, de diapos désuètes, de bouts de fictions mortes-nées. De ce chaos, de cette matière première, Resnais va fabriquer de la fiction, aidé par le discours serré de Laborit qui dissèque (d'abord en avance, ensuite à rebours) les saynettes qu'on nous donne à voir. La narration se fluidifie, devient cohérente, et le film se concrétise en son milieu, pour devenir presque classique dans sa façon de raconter ; ce qui est le pus fort, c'est que ces trois vies sont absolument banales, faites de ces tracas qu'on connaît tous, sans plus, virant même parfois au vaudeville sans conséquence. C'est seulement le discours du professeur qui leur donne de l'intérêt, et du coup on regarde ces personnages comme des sujets d'expérience passionnants. Puis, sur la fin, retour à la déconstruction, au mystère, comme si Resnais abandonnait ses gens à leur sort (ils sont de toute façon condamnés au conditionnement du comportement). Les derniers plans, sur une ville dévastée par les combats, sont impressionnants, faisant plonger le film dans une gravité qu'on n'attendait pas. Bref, un film drôle, intrigant, souvent assez génial, et qui dit en rigolant pas mal de choses sur l'Homme et l'Histoire, respects.   (Gols - 15/12/09)

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04 juillet 2009

Hiroshima mon Amour d'Alain Resnais - 1959

Hiroshima_2Dieu sait pourtant que j'ai beaucoup de patience vis-à-vis des films expérimentaux, et que je ne tremble pas devant les oeuvres sybillines que l'on nous donne parfois à voir. Mais là, je dis non : mon camarade shangaien hurle au parisianisme et à l'élitisme devant Weerasetakul, pour moi ça va être devant Hiroshima mon Amour.

Quitte à passer pour un con, je n'ai rien compris à ce boulet (au sens pesant du terme). Comme dirait Oscar Wilde : "j'ai démarré le film à 21h ; trois heures après j'ai regardé ma montre ; il était 21h15". Que dire en effet de cette propension irréfrénée à se laisser phagocyter par son canapé (que j'ai pourtant inconfortable) devant ce symbolisme soporifique, cette solennité ridicule, ces dialogues impossibles. Respects protectedimagequand même pour Resnais qui a réussi à rendre ses acteurs crédibles alors qu'ils ont à prononcer des phrases durassiennenes aussi légères que "Je me souviendrai de toi comme de l'oubli", ou, plus loin : "J'aurais préféré que tu sois morte à Nevers / Moi aussi, et pourtant je ne suis pas morte à Nevers". Les comédiens, et en premier lieu Emmanuelle Riva (jolie, mais elle ne sait absolument pas marcher, je vous jure que c'est vrai), s'en sortent très bien compte tenu du challenge. On les regarde sans se marrer comme une baleine, ce qu'auraient mérité amplement ces formules à la con qui veulent se faire passer pour de la littérature et qui ne sont que des cache-misère. Le style de Duras, je vous le confirme, est une horreur totale. A elle seule, elle pulvérise un film qui aurait pu être une hiroshi1méditation passable sur le temps et la place des "contemporains" face à l'Histoire. Les dialogues sont inécoutables, à cause de cette volonté désespérée de faire sens coûte que coûte, de faire beau coûte que coûte.

Alors d'accord, c'est audacieux, c'est "contemplatif" (euphémisme pour ne pas dire chiant), la mise en scène est parfois inventive (beaux plans en travelling arrière dans un restaurant, belles contre-plongées fugitives sur une Française perdue dans la ville japonaise). Mais quitte à faire hurler tout cinéphile qui se respecte, je préfère le Resnais d'aujourd'hui, qui a définitivement enterré Marguerite et ose enfin la simplicité. Un film pour bobo tendance, au secours ! (Gols 22/09/07)


J'avais trouvé, à l'époque, mon camarade de jeu assez impitoyable avec ce film que je n'avais pas dû revoir depuis... non 50 ans, ça fait trop, cela dépasse mon âge, mais depuis bien longtemps. Voulant également réussir le pari de montrer le film à mes pauvres - et courageux - étudiants chinois de littérature, je me lançais donc dans l'entreprise de commenter la prose de Duras et ensuite de leur passer le film en les attachant préalablement à leur chaise. Ils ont tenu (mes respects même s'ils doivent me maudire pour 28 génération), même si je dois reconnaître que la dernière heure a dû leur paraître un interminable calvaire - moi, plus le film tombait dans des plans fixes sans dialogue, plus cela me faisait marrer, mais je suis un peu pervers dans l'âme. Bon, cela nous a tout de même permis d'évoquer les notions de mémoire vis-à-vis de l'Histoire (ici, depuis Nankin (douze films chaque année pour bien enfoncer le clou), on a un peu l'impression que c'est le calme plat, hum...) remarquablement mêlée ici avec l'histoire intime de cette Emmanuelle Riva, qui a bien appris son texte, et ce Japonais qui aurait besoin de quelques cours en labo mais ne soyons pas dur... Devoir de mémoire (on sent bien qu'on est quand même dans la Guerre Froide, que chacun s'attend à ce qu'une autre bombe nous tombe sur la tronche, et ce n'est point un hasard si on se remémore au passage des images de L'Eclipse d'Antonioni), évocation de son passé hiroshimapersonnel (pour la chtite Emmanuelle) pour ne pas non plus s'y retrouver enfermé, peur de l'oubli de ses propres histoires d'amour, d'autres l'ont déjà dit vachement mieux que moi. Si ces thématiques se retrouvent pratiquement dans toute l'oeuvre de Resnais, je dois reconnaître avec mon camarade qu'Hiroshima (auquel j'ajouterai, quitte à me faire violemment conspuer, L'Année dernière à Marienbad) tombe des yeux. Formellement c'est diablement soigné, aussi magnifiquement découpé que les courts que Resnais a réalisés juste avant, et le cinéaste a tout mon respect avec ce premier long. Mais vous dire que je n'attendrai pas 50 ans pour le revoir, ce serait vous mentir. Désolé pour les inconditionnels mais je suis sûr (ah ben si, soyons optimiste) que Les Herbes folles me fera dix fois plus vibrer. (Shang 04/07/09)

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17 février 2009

Muriel ou le Temps d'un Retour (1963) d'Alain Resnais

Toujours un peu de mal avec les Resnais du début des années 60. Si la réflexion qu'il fait sur le temps qui passe, le souvenir qui ne s'efface point, la présence insistante du passé, son poids sur le présent est tout à fait remarquable, si au niveau du montage, ce véritablement éclatement dans chaque scène, ces bribes des plans, ces multiples micro-ellipses dans le présent c'est impressionnant de maîtrise et d'originalité, au final, quitte à mettre un peu les pieds dans le plat, le film tombe un peu des yeux...

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On s'accroche pour reconstituer le fil de chaque histoire, de chaque personnage : Hélène Aughain (superbe Delphine Seyrig dont la voix m'enchante à chaque fois) vit au milieu des antiquités (le souvenir, quoi) et dilapide son temps au casino (ou "au gain", si vous préférez, mais elle perd tout à chaque fois... elle perd son temps, quoi...). Elle retrouve après plusieurs années son amour du début de la guerre, Alphonse, avec lequel elle passe le plus clair de son temps à se chamailler - ne semblent plus vraiment sur la même longueur d'onde, si jamais ils l'ont été. Ce dernier traîne dans les cafés à raconter semble-t-il des bobards avant que, sur le fil, le passé ne le rattrape... Ce dernier finira par fuir en Belgique, comme pour échapper définitivement à son passé. Il y a également le beau-fils d'Hélène, Bernard, de retour d'Algérie, torturé littéralement par son passé. L'image d'une certaine Muriel le hante; il passe son temps avec sa caméra à déambuler dans cette ville de Boulogne en essayant de capter le présent, le réel, mais apparemment en pure perte. Il parviendra au final par "régler son compte" au passé et prendra également la fuite. Il y a enfin comme autre personnage cette ville de Boulogne, totalement détruite pendant la guerre, filmée sous tous les angles, une ville où de nouveaux bâtiments, de nouveaux quartiers émergent. Resnais "éclate" volontairement ce temps présent comme si chaque personnage était enferré dans un passé, un passé d'ailleurs dont il est question dans la plupart des dialogues. La construction du récit est finalement très linéaire mais ce montage relativement heurté donne l'impression que le cheminement de la pensée de chaque personnage est un vrai dédale, comme s'il était difficile pour chacun de faire la part des choses entre la réalité et les événements du passé. C'est particulièrement ambitieux, Resnais conjugue l'art et la forme avec une maîtrise totale mais... c'est aussi parfois un poil déroutant et ennuyeux pour être tout à fait honnête... Vous pouvez me taper sur les doigts, j'accepte. 

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10 novembre 2008

Je t'aime, Je t'aime (1968) d'Alain Resnais

Voilà un film maudit de Resnais que je finis enfin par découvrir. Difficile de ne pas penser à La Jetée de Chris Marker avec l'histoire de cet homme qui s'enferre complètement dans son passé. Resnais propose un véritable Ovni dans le cinéma français qui mérite sa soucoupe de cacahuètes (si ça, c'est pas un jeu de mots foireux...) mêlant science fiction, montage en cadavre exquis (en apparence) ou "en cut" (on saute d'une image à l'autre) qui finit toujours par faire sens, acteurs au taquet (excellent Claude Rich et troublante Olga Georges-Picot), un film qui fait d'ailleurs parfois penser (pas seulement par la présence de la souris) à Mon Oncle d'Amérique que je vais finir par connaître par coeur.

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Un homme (le Claude) a tenté de se suicider et dès sa sortie d'hôpital un inconnu lui propose de tenter une expérience scientifique : il l'emmène dans une sorte de clinique perdue au milieu de nulle part (en Belgique, pour vous dire...) et l'invite à revivre une minute de son passé un an auparavant. L'expérience qui semble affichefonctionner sur des souris est relativement risquée, mais notre Claude, sans aucune attache apparemment, s'y prête volontiers. On l'enferme dans une sorte de cerveau en carton-pâte et c'est parti pour une heure d'éternel retour... On retrouve notre Claude sous l'eau, explorant les fonds marins (immergé dans sa mémoire, il sera dur d'en sortir...) et lorsqu'il revient sur la terre ferme, il s'adresse à la belle Olga, son amie, étendue sur la plage. Cette petite minute solaire bugue un tantinet, se répète, deux fois, trois fois avant que toute une série d'images touchant à son passé - et surtout à son histoire avec Olga - apparaissent comme des flashs. Parfois il revient au présent, se repasse cette première minute sur la plage mais on ne tarde point à comprendre que l'expérience ne tourne pas rond, ou plutôt tourne en rond, en boucle... On revit sa rencontre avec Olga, on est témoins de l'usure du temps sur le couple, des premières tensions, mais aussi de certains fantasmes de Claude avec d'autres femmes et de la confession de notre héros qui semblerait avoir tué Olga... Le montage est un peu déroutant, forcément décousu mais ces bribes d'informations construisent "intelligemment" l'histoire de cet homme; on se dit que Lynch a du prendre son pied si jamais il a découvert cette oeuvre. Comment sortir de ce passé "infernal", peut-il d'ailleurs véritablement sortir de ce passé qu'il ne cesse de ressasser, that is the question.

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Bien qu'il ne soit pas toujours évident de replacer parfaitement ces saynètes, on sent une certaine jubilation chez Resnais à jouer ce jeu "du chat et de la souris" avec le spectateur. Certaines séquences, un peu décalées, sont de véritable petits joyaux d'émotion : la discussion entre Olga et Claude sur le fait que les hommes auraient été créés pour servir les chats (Marker a dû apprécier), cette discussion également entre Claude et son chaton sur le lit à la fois incongrue et d'une belle drôlerie, la petite souris qui voyage dans le temps avec Claude et qu'il aperçoit mystérieusement sur la plage, celle où il serre Olga dans ses bras que l'on retrouve presque à l'identique dans Mon Oncle d'Amérique (Roger Pierre et Nicole Garcia sur l'île), des séquences qui se répètent mais filmées sous différents angles avec de subtiles altérations voirs des plans presque quasi-surréalistes comme si la mémoire avait des ratés... Loin d'être uniquement une oeuvre purement "théorique" relativement audacieuse, il y a de vrais instants de cinéma qui donnent tout son charme (Claude Rich, petit sourire ironique en coin, répétons-le, y étant pour beaucoup) à ce film qui mérite d'être découvert, vu et revu. Resnais, en 1968, est définitivement, "hors du temps" comme on le dit d'une oeuvre qui résiste au temps.   

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25 octobre 2008

Smoking / No Smoking (1993) d'Alain Resnais

Un scénario et surtout des dialogues écrits au cordeau par l'équipe Bacri/Jaoui, des décors et de superbes variations d'éclairage, une magnifique musique originale toute pleine de violons signée John Pattison et des acteurs qui s'en donnent à coeur joie dans ces multiples personnages et cette multitude de variations : Resnais donne l'occasion à Azéma et Arditi de montrer toute la palette de leur talent et les altercations ou les petits moments complices entre les deux fonctionnent à merveille; un couple, voire des couples de cinéma comme on fait peu.

images_big_resnais_smokingEn ce qui concerne Sabine Azéma, Celia Teasdale lui permet des pétages de plomb d'anthologie, Sylvie Bell lui fait jouer les petites sottes blondes capables de se prendre en main alors qu'Irène Pridworthy la montre sous un angle pète-sec qu'elle semble parfaitement affectionner. Pour Pierre Arditi, Toby Teasdale est l'occasion de jouer les gros réacs alcoolos, jurant comme un charretier, tapant du poing sur la table comme un forcené avant de s'assagir, Lionel Hepplewick, avec ses petites frisettes grises, est le bon gars de la cambrousse capable du pire comme du meilleur, Miles Combes est pour sa part un tantinet efféminé et doucereux et enfin le personnage du père Joe Hepplewick lui fait jouer le vioque ultra bougon qui a toujours son petit mot à dire - quand ce n'est pas un poème à deux balles - sur tout : parmi les perles de ce dernier (de mémoire) "si on reste un champignon, on gagne pas de pognon" ou sa parabole sur le poisson qui jette un coup d'oeil hors de l'eau, apprécie le paysage et se jette sur la berge : pour lui chacun doit rester à sa place, sinon danger... C'est la pauvre Sylvie Teasdale qui en fait les frais dans la première variation où elle se marie avec Toby - Alain Resnais a d'ailleurs la dent particulièrement dure avec le mariage qu'il présente métaphoriquement comme un véritable instrument de torture pour la femme, "mains et tête" prises au piège. Gros coup de coeur pour la séquence où Toby tente de la persuader de continuer à étudier, grand numéro de pédagogue dans la forme qui n'a pas tort dans le fond, et la seconde variation qui nous montre une Sylvie, totalement émancipée et bien dans sa peau, sonne pour lui comme une victoire - alors qu'il s'enfère pour sa part désespéremment dans l'alcoolisme.   

C'est jubilatoire au niveau des mots, d'un rythme époustouflant au niveau de l'abattage des comédiens et, malgré les douzaines de variations sur une simple phrase et ses conséquences, on ne se perd jamais dans cette histoire aux sentiers qui bifurquent. Resnais au sommet de sa forme.


Deuxième pan de l'histoire, centré cette fois-ci sur le couple Miles Coombes / Rowena. Très belle séquence d'exposition entre Miles Coombes et Celia Teasdale : chacun se retrouve sans son partenaire (la femme de Miles, Rowena, a une fâcheuse attirance pour toute l'équipe de squash, le mari de Celia, lui, c'est plutôt pour la bouteille) et tente de faire contre mauvaise fortune bon coeur (délicieuse Sabine Azéma qui conte tous les ingrédients de son pamplemousse aux crevettes), jusqu'à 1992_No_Smokingce que Miles ne cache point son attirance pour Celia; on retrouve, en miniature, le même mouvement de caméra circulaire que dans Mélo pour cerner au plus près les deux personnages. Ensuite la fantaisie reprend le dessus, Miles partant complètement bourré en direction de la remise... avant que Celia ne vienne le rejoindre. La remise va d'ailleurs jouer un très grand rôle dans ce second opus, tour à tour lieu d'amourette, d'ascèse, de refuge pour finir... comme véritable monument au mort.

On en finit jamais de courir après l'autre ou de se chercher soi-même. Miles, en particulier, ne cesse d'expérimenter différentes "voies" : il tente de se faire une raison par rapport aux escapades amoureuses de sa femme et a toujours un petit pincement au coeur en pensant à Celia (cette "merveillllleuse Celia"), ou il éprouve le besoin de faire le bilan de sa vie dans cette fameuse cabane, ou il décide de repartir à zéro avant de tenter de revenir à Rowena... ou enfin il tente de trouver une seconde jeunesse et de partir au bras de la toute jeune Sylvie pour faire de la marche : cette séquence dans le brouillard illustre parfaitement les multiples chassés-croisés entre les personnages, qui se perdent, se retrouvent ou finissent même par disparaître (physiquement, happé dans la brume, ou, plus radicalement, "corps et âme"...). Quelques points de repères dans ces variations à l'infini : la partie de golf hilarante de ce pauvre Miles (je suis fan, soit dit en passant des nombreuses répliques monosyllabiques du gars faites de "ah!", "ah?", ou "ah...") qui finit par péter complètement un plomb (le golf comme je l'aime), les sublimes scènes, en fin d'épisode, à l'entrée de l'église, avec la neige qui n'en finit jamais de tomber comme pour tenter d'apaiser les rancoeurs et les regrets, ou encore les tenues noires et rouges de l'excentrique Rowena, personnage pétillant et jamais à court d'énergie : elle illustre parfaitement les multiples rebondissements de cette oeuvre dédalique et toujours passionnante, un film où les deux comédiens font preuve, rappelons-le, de l'immensité de leur talent.      

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03 septembre 2008

Stavisky... (1974) d'Alain Resnais

Oeuvre ambitieuse et exigeante que celle d'Alain Resnais, qui sans aucune esbroufe et à l'aide d'un montage savant, tente de démonter tous les rouages d'une affaire politico-financière qui a secoué profondément le début des années 30. Menée par le mégalomane et petit malin Serge-Alexandre, mieux connu sous le nom de Stavisky par les services de police, cette histoire de gros sous qui éclabousse les personnes les plus hauts placées se finira tragiquement par la mort controversée de ce dernier, un homme enjôleur et plein de charme qui finira sur le tapis (il y a peut-être un jeu de mot... Autre temps, mêmes maux...).

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On sait qu'Alain Resnais n'est point homme à tomber dans la facilité et il faut reconnaître qu'il faut parfois s'accrocher pour suivre tous les tenants et les aboutissants de l'intrigue : montage en parallèle, peu évident à l'origine avec la présence de Trosky en France, flash back et forward à l'avenant, multiplicité des 1f7b_1personnages dont il est parfois peu évident de savoir dans quel camp ils se trouvent, rien n'est gagné d'avance pour savoir où Resnais veut nous emmener. Heureusement, les pièces du puzzle s'assemblent peu à peu, on sent qu'à mesure que la déconfiture s'annonce chacun cherche à minimiser son rôle, que ce sourire figé sur le visage du Serge-Alexandre (Bébel, impec) ne pourra s'effacer que dans le sang. Rien n'empêchera, malgré tout, le scandale d'éclater et de provoquer de profonds remaniements au gouvernement. Belmondo a le don pour embobiner les femmes à grand renfort de bouquet de fleurs, comme celui d'enrôler dans ses malversations une foule de personnages influents qui ne crachent jamais sur l'argent. Bien que les coutures de ces drôles de montages financiers craquent, Bébel continue de croire en sa bonne étoile jusqu'au bout. Pourtant les signes annonçant une fin dramatique abondent (ce rêve de chute en voiture que fait la sublime Anny Duperey, cette scène où Serge-Alexandre défie la mort en se couchant sur la tombe de son père - qui s'est suicidé pour avoir vu son nom souillé par son fils, ce rôle de spectre d'Intermezzo qu'il se plaît à jouer lors d'une audition,... jusqu'à ce petit écureuil mort dans la forêt que frôle un Bébel qui vient de se proclamer Alexandre le grand). Cet homme qui se voit déjà en grand seigneur n'est en fait qu'un ballon de baudruche qui entraîne dans son tourbillon de petits profiteurs poseurs sans envergure : le drame est d'ailleurs bien là, comment ces soit-disant hauts personnages ont pu se laisser avoir par ce guignol(o)... L'argent, toujours l'argent ma bonne dame, et ce côté tape-à-l'oeil du Bébel qui aveugle les plus "crédules" (tant qu'ils en profitent).

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A peine un soupçon de romantisme, juste le bruit d'un coup de feu au loin, Resnais, sur un scénario de Semprun, ne cherche pas, on l'a dit, le spectacle. Effectuant un travail de consciencieux horloger, il tente de mettre en scène tous les petits mécanismes de la société qui ont permis d'en arriver là. A défaut d'être toujours captivante -des temps morts, peut-être- l'oeuvre est d'une intelligence aiguë, comme une radiographie glaçante d'une époque révolue - enfin...- (cela me fait penser, pour l'anecdote - quoique -, à l'apparition fugace de Depardieu en inventeur du "matriscope", l'ancêtre de l'échographie). Un Resnais fort.

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02 juillet 2008

Courts-Métrages d'Alain Resnais (1948-1958)

Van Gogh (1948)

Van_Gogh_s_Room_at_ArlesLa vie du Vincent illustrée uniquement par ses tableaux. La grosse déception - comme les deux autres courts suivants - vient surtout du fait que l'image en noir et blanc a bien du mal à rendre justice à l'art du gars. On suit son parcours de son départ de son petit village jusqu'à Auvers-sur-Oise en passant par Paris, le sud de la France et l'asile de Saint-Rémi. La musique et la voix-off dramatisent à mort, mais cela permet d'explorer des pans moins connus de son oeuvre, ainsi ses tableaux tristes comme la mort et froid comme la brique réalisés lors de son internement. Belle galerie de portraits également de ses voisins ou des types qui passaient par hasard (même un facteur, c'est dire) où l'on retrouve toujours ce même trait qui donne l'étrange impression d'avoir affaire à des gueules cassées - par l'existence. C'est gentiment didactique, malheureusement un peu vieilli, mais définitivement louable comme approche.


Guernica (1950)

PicassoEn partant des événements de Guernica, Resnais retrouve les traces dans l'oeuvre de Picasso de tous ces personnages abandonnés, tristounes, semblant avoir le poids du monde sur leurs épaules; il évoque ensuite de fil en aiguille les représentations de gueules de chevaux torturés, de taureaux en grosse colère ou de personnages hurlant au ciel leur douleur. C'est po super gai (on a toujours l'impression qu'on est à deux doigts de se faire bombarder soi-même) mais les liens tissés entre les différentes époques sont relativement intéressants. Guernica ou le tableau de l'affolement absolu, un must dans mon petit coeur.


Gauguin (1950)   

spirit_dead_watching_gauginOn retrouve ce fameux Paul, tranquille banquier, qui décida tout d'un coup de peindre, d'aller planter sa tente en Bretagne avant d'aller rejoindre les doux flots de Tahiti où la misère finit par le terrasser. Même principe que pour le Van Gogh avec la même frustration de l'absence totale de couleur. Gauguin, comme Van Gogh, s'intéresse aux gens de peu et déploie véritablement tout son génie artistique lorsqu'il représente ces corps exotiques féminins alanguis. Tristesse immense de son dernier tableau, un paysage de sa terre natale recouvert de neige, peint forcément de mémoire et qu'il n'eut pas le temps d'achever. Maudit artiste maudit.


Toute la Mémoire du Monde (1956)

memoireResnais nous entraîne cette fois dans les dédales de la Bibliothèque Nationale. Après une présentation des différents départements et des trésors de la BN (les manuscrits de Hugo ou de Zola, le journal de la Montagne (nan je déconne), le premier livre imprimé à Paris, des éditions fantastiques de documents intraduisibles (j'aime bien les trucs inutiles), l'original des Pensées de Pascal qui écrivait même pas droit le gars), on retrouve toujours la même volonté de nous expliquer par le menu comment tout cela fonctionne. Comment une oeuvre en dépôt légal finit parmi la centaine de kilomètres de rayonnages : et ben c'est sacrément du taff, toutes ces ptites fiches écrites à la main et cela me remet forcément en mémoire ma quête dans les couloirs de la bibliothèque de Clermont-Ferrand d'articles sur Henri-Pierre Roché aux côtés de la patiente mère de Gols (ah ouais le monde est petit, vous imaginez po). Oui bon, c'est une anecdote, mais cela permet surtout d'étoffer ce billet un peu court.  Bien bien la BN, on passe un bon quart d'heure (BN, quatre heures clink clink...? Nan laisse tomber).


Le chant du Styrène (1958)

styreneLe plastique c'est fantastique... et c'est surtout super coloré, ce qui change en fin de programme. Resnais chiade plus que jamais ses cadres pour nous expliquer d'où vient le plastoque, des moules donnant leur forme à ces objets très laids en remontant jusqu'à la matière originelle, le pétrole - il en faut des transformations vingt diou! En dehors des images soignées, le court doit beaucoup au magnifique texte de Raymond Queneau lu par Pierre Dux : jeux de mots, rimes, tournures poétiques, ce commentaire est un régal pour les esgourdes plus habituées aux textes mornes sur ce genre de sujet. En douze petites minutes, ce reportage nous ferait presque passer pour des ingénieurs - faut absolument que je dévie malicieusement une conversation vers le thème du plastique lors d'une prochaine soirée...

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01 mars 2008

L'Amour à Mort d'Alain Resnais - 1984

Sans_titreVoilà assurément un des films les plus sombres de Resnais, qui le voit revenir à ses inspirations austères passées (Marienbad ou Hiroshima). Aucune trace ici de la légèreté qu'il sait aussi exprimer : on est dans un romantisme glacial, dans un essai métaphysique étrange, à la bordure du fantastique, à l'orée de la pure théorie.

Et c'est un peu la limite de ce film, qui n'arrive pas toujours à sortir du dialogue mystique un peu trop écrit, qui fait jouer les acteurs d'une façon trop marquée. Peut-être que, pour une fois, le choix de ces acteurs-là ne s'imposait pas. C'est le quatuor habituel de Resnais (Azéma, Ardant, Arditi, Dussolier), mais le réalisateur leur impose un jeu si particulier qu'ils en deviennent atones, peu touchants. Arditi, en véritable réssucité, peine un peu à exprimer ce romantisme morbide réclamé par le scénario ; il interprète un personnage "goethéen" (goethesque, goethiste ?) auquel son physique émacié et son côté bourgeois ne correspondent pas vraiment. Difficile également de croire à ce personnage obnubilé par l'amour fou qu'endosse Azéma, qui cherche trop laborieusement les marques de la folie pour les trouver, et qui a du mal à se dépatouiller de ces phrases très littéraires. Le couple Ardant-Dussolier est plus convaincant, dans une sorte de distance intellectuelle très froide qui rappelle le Bernanos de Pialat. Mais encore une fois, le scénario est souvent trop théorique pour toucher, alors qu'il y aurait eu la place pour un mélodrame grande école. Resnais est à cheval entre l'expression du pathos, qu'on aurait bien aimé qu'il assume mieux que ça, et la distanciation bressonienne, qui correspond peu avec la force de son sujet.

affiche_w434_h_q80Pourtant, L'Amour à Mort est souvent très beau, dans son étrangeté, dans le radicalisme de ses idées. A commencer par son scénario lui-même : un homme meurt, puis ressucite quelques minutes après pour vivre encore quelques jours son amour total avec sa récente compagne ; mais le monde des morts l'appelle inexorablement, et il s'y enfonce de plus en plus. Dès lors, son amoureuse n'a qu'une idée : le rejoindre dans la mort. Faiblesse de l'amour vis-à-vis de la mort, questionnements métaphysiques, tourments psychologiques : la finesse symbolique de Resnais (et de Gruault au scénario) fait son effet, et le film est effectivement d'une belle profondeur. Mais c'est surtout dans la forme que L'Amour à Mort étonne : constitué de scènes très courtes, parfois juste des flashs d'images, le film est entrecoupé d'écrans noirs, souvent striés de bizarres particules blanches, qui hachent l'action, jusqu'à devenir eux-mêmes la substance du film. Ces écrans sont si nombreux, si longs, qu'ils semblent petit à petit "manger" les autres scènes, comme si la pellicule toute entière était appelée à l'obscurité. L'appel de la nuit est bien le sujet du film, et c'est une grande idée que de la réaliser visuellement d'une si belle façon ; encore une fois l'audace paye chez Resnais. C'est d'ailleurs la même idée que les fameux plans de méduses dans On Connaît la Chanson. Mais ici, c'est non seulement l'image noire qui engloutit le film, mais aussi la musique : composée par Hans Werner Henze, elle est le personnage principal de cette sombre histoire, destructurée, morbide, très présente. Elle appelle inexorablement les personnages, et les plonge dans un univers dérangeant du plus bel effet.

Au final, un film très (trop) froid, mais bien sûr hyper-personnel et audacieux. Juste après, Mélo viendra subtilement prolonger cette école de la rigueur, tout en sortant du simple essai théorique.

Posté par Shangols à 09:29 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
03 janvier 2008

La Vie est un Roman d'Alain Resnais - 1982

11287Une lectrice de notre blog parlait récemment de l'importance de pouvoir rêver au cinéma (voir Le Château ambulant), ce à quoi je m'opposais véhémentement. Or, La Vie est un Roman m'emballe, cherchez pas à comprendre. C'est pourtant un film entièrement tourné vers l'imagination, vers le rêve, construit visiblement "contre le cerveau" (je cite Bachelard, là, je sais pas si vous vous rendez compte), dans un hommage au surréalisme et à l'écriture automatique. Au départ, notre esprit étroit et terre-à-terre cherche à coller les morceaux ensemble, à trouver des liens entre ces trois histoires apparemment autonomes. Mais bien vite, on se laisse aller à ce délire, d'ailleurs parfaitement maîtrisé, et on applaudit devant ce manifeste au laisser-aller.

Soit donc trois trames : l'une se passe juste après la première guerre, et montre une sorte de Dracula (Raimondi, mauvais comme un cochon) construire une société utopique et shootée dans son château des Ardennes ; une autre, contemporaine, dresse le portrait d'un groupe d'éducateurs réuni pour un colloque autour de "l'éducation de l'imagination" ; la dernière, plus rare, décrit les aventures d'un Michel Vaillant "cheap" terrassant des dragons à deux balles et des rois d'opérette. Le tout en chansons, en décrochages improbables, et en un mouvement de fil en aiguille assez miraculeux. Resnais rend un vibrant hommage à la rêverie à travers ce film qui semble rassembler des obsessions de l'enfance (le chevalier, le château, les petites maquettes, la BD) et les opposer aux folies des adultes (théorisation à outrance des méthodes d'éducation, utopies nauséabondes, marivaudage surranné). Difficile de mettre un terme sur cette oeuvre en roue libre, qui voit Bilal côtoyer les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, et la tragédie (représentée par une Fanny Ardant habitée) flirter avec la légèreté (Azéma, Arditi, Raimondi, Chaplin sont excellents dans la fantaisie) en un joyeux foutoir.

Pourtant, malgré cette impression, La Vie est un Roman est magnifiquement tenu, d'une grande classe, au niveau des dialogues autant que de l'esthétique, un peu comme si Toto avait collaboré avec Guy Debord. Les références sont autant littéraires (les grands romans d'aventure pour la jeunesse, Breton) que cinématographiques, et le tout assume un mépris du sérieux total tout en restant très attentif à la forme. Resnais prouvait déjà, en 1982, qu'il était un grand enfant, et je maintiens ma préférence pour ses films de cette période plutôt que pour ses grands films intellos précédents. 

Posté par Shangols à 20:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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