20 mai 2012

Le troisième Homme (The third Man) (1949) de Carol Reed

vlcsnap-2012-05-20-21h31m59s116

Toujours un ptit plaisir gourmand à mater cet incontournable de Reed un genre d'After Hours viennois en noir et blanc (j'avais oublié le coup du perroquet qui mord méchamment notre héros...) au final aussi mythique que le grand Kanal, second meilleur film sur les égouts (j'ai décidé d'être anachronique ce soir, voilà, c'est tout). Pauvre Joseph Cotten qui débarque sans le sous dans ce Vienne d'après-guerre... pour assister à l'enterrement dans son pote. Sa mort est aussi mystérieuse que les trafics que ce dernier organisait ; le grand Joseph perdu dans son manteau ne tarde point de se retrouver entouré d'une police multinationale et de tronches aussi antipathiques qu'inquiétantes - et vice versa. Notre homme en terrain aussi glissant qu'une savonnette est cadré par un unijambiste et se retrouve constamment de traviole dans ce monde qui lui échappe. La douce Alida Valli est la seule à lui apporter quelque réconfort dans ce champ de ruines mais demeure finalement tout autant "insaisissable" - beau personnage féminin de film noir, ni vénale ni allumeuse, fidèle à son amant malgré les circonstances... Plus l'ami Cotten fait de rencontres, moins il en apprend sur ce mystérieux troisième homme, plus il se démène et moins il semble avoir de prise sur son sort : l'action culmine lorsqu'il se retrouve alpagué par un gamin tout droit sorti semble-t-il de M le Maudit et qu'une foule de gens le soupçonnant d'être un meurtrier se retrouve à ses trousses ; un ptit tour au cinéma puis dans une délirante soirée littéraire dont il est, malgré lui, l'animateur (l'écrivain de seconde zone se retrouvant pris à parti sur James Joyce... à chacun ses errances en ville...) avant de finir dans les cercles de l'enfer (incontournable plan en plongée d'un escalier qui apporte un peu plus de sel au moulin de notre thèse sur le thème - voir épisodes précédents...).

vlcsnap-2012-05-20-21h32m42s35vlcsnap-2012-05-20-21h34m04s85

A l'heure de jeu, un chaton bien innocent débusquera le second rôle le plus attendu de l'histoire, notre fameux troisième homme. L'Orson est rasé de près, ne semble jamais se départir de son petit rictus ironique mais incarne un bien beau salopiot - la thune et l'envie des hauteurs (ah cette magnifique grande roue viennoise) ont fini par perdre notre homme qui a lui-même perdu en route tout goût pour l'amitié et pour l'amour... Il a beau être malin comme un vieux singe, l'Orson finira fait comme un rat - il connaît pourtant, apparemment, les égouts comme sa poche mais ne peut échapper à l'armada d'hommes lancés à sa poursuite : cerné d'abord par ces voix d'outre-tombe (sublime séquence où l'écho des voix surgissent de toutes les issues), il pense trouver un ultime échappatoire en haut d'une échelle ; seuls ses doigts parviennent à prendre une bouffée d'air (terrible scène qui présage de son impuissance et de son agonie). Le gars Cotten ne connaîtra une issue à peine plus enviable, quand on y songe, l'Alida lui échappant à force de revirements : piégé à son tour,, en un sens, en tendant un piège à son (ex) ami. Un must en son genre, quoi, sans qu'il soit même besoin d'évoquer cette petite musique entêtante qui rythme l’œuvre, aussi déstabilisante que ces voix allemandes qui bourdonnent sans cesse aux oreilles de notre Cotten déboussolé. Un grand réalisateur anglais, eh oui...     

vlcsnap-2012-05-20-21h36m46s167vlcsnap-2012-05-20-21h34m39s192

Posté par Shangols à 16:42 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


27 novembre 2011

Sous le Regard des Etoiles (The Stars look down) (1940) de Carol Reed

vlcsnap-2011-11-27-21h25m01s33

Carol Reed avec cette adaptation d'un bouquin de A.J. Cronin se frotte à la veine sociale en évoquant la dure condition des mineurs. On pensait que Germinal (je parle du livre, pas de l'opérette de Berri) nous avait amenés jusqu'au fond du trou, The Stars look down nous enterre, littéralement - po vraiment le genre de film après lequel vous avez envie de jouer de la trompette, voyez. Pourtant il y a de la pugnacité dans le parcours de Davey Fenwick (Michael Redgrave) qui, issu d'une famille de mineurs, va tout faire pour se lancer dans des études supérieurs et toujours garder en tête la volonté d'améliorer la condition de ces mineurs de fond. Guère encouragé par une mère ultra-conservatrice et fataliste (elle semble descendre d'une famille de mineurs depuis les temps préhistoriques) ou par son frère qui n'a la tête qu'au football, il reçoit tout le soutien de son père, mineur depuis trente ans et véritable leader de ces "hommes en noir", pour s'extraire de ce milieu et changer les choses. Malheureusement notre Davey, empli de bonne volonté, ne va pas toujours croiser sur sa route les bonnes personnes : un "ami" ultra opportuniste qui le prend un peu de haut, une jeune femme qu'il va épouser (Margaret Lockwood) et qui va se révéler à la fois terriblement superficielle et guère loyale, un homme politique du parti travailliste qui ne va pas parvenir à le supporter jusqu'au bout (il tente contre vents et marées de faire fermer la mine où travaille son pater à cause notamment des risques d'inondation)... autant d'individus qui ne vont finalement, chacun à son niveau, guère lui faciliter la tâche... Ce qui devait arriver arrivera puisque un incident majeur surviendra dans la mine et notre Davey de se lancer dans une course contre la montre pour tenter de sauver les hommes coincés au fond - dont font notamment partis son père et son frère.

vlcsnap-2011-11-27-21h27m42s143

S'il y a des films qui respirent l'espoir, cette œuvre de Carol Reed demeure relativement plombante - et ce malgré l'intervention d'une ultime voix off qui tente, autant que faire ce peut, de donner du baume au coeur ("la roue tourne", ouais, mais lentement quand même...). Toute l'énergie et la passion que Davey met aussi bien dans sa vie privée (il se laisse embobiner par une femme qui s'est accrochée à lui plus par dépit que par amour) que dans sa vie professionnelle (qu'il tente d'être un prof moderne ou de faire entendre sa voix auprès des responsables des mines, il ne parvient jamais à avoir gain de cause) paraissent bien vaines... Reste simplement à espérer que les temps changent... après la tragédie qu'il n'a pu empêcher. Carol Reed dépeint ce milieu des corons avec un réalisme poignant et fait un portrait plein d'humanisme de ces mineurs qui chaque jour risquent de toucher un peu plus le fond - qu'ils se mettent en grève et crèvent la dalle ou qu'ils taffent en mettant chaque jour un peu plus leur vie en danger. Le final nous laisse quant à lui aussi abasourdi que ce pauvre Davey... La lutte continue, yes man, tente-t-on malgré tout de lancer mollement... but the stars are still so far...

vlcsnap-2011-11-27-21h28m31s123

Posté par Shangols à 14:48 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
15 octobre 2010

Le deuxième Homme (The running Man) (1963) de Carol Reed

vlcsnap_1311658

Un bon petit thriller des sixties signé Carol Reed, c'est tout de même bien agréable. Même si à force de jouer avec l'ambiguïté des relations qui relient ce triangle, on finit par ne pas toujours vraiment savoir les véritables motivations qui agitent chacun, ce perpétuel petit jeu du chat et de la souris ne manque point de piquant. Une femme belle comme le jour (Lee Remick), son mari qui tente d'arnaquer les assurances en se faisant passer pour mort (Laurence Harvey, bon), et un homme travaillant justement pour la dite compagnie d'assurance (Alan Bates, au taquet) qui ne cesse de se trouver sur leur chemin... Des relations tendues ne tardent point de s'établir entre ce trio, une question de gros sous, bien sûr, mais également d'amour, la chtite Lee Remick ne laissant forcément aucun des deux hommes indifférents.

vlcsnap_1312834

Se faire passer pour mort, toucher le pactole puis tenter de disparaître, c'est du grand classique. Seulement, comme de bien entendu, tout cela fonctionne si l'on est justement capable de se faire oublier. Lee Remick et son mari se donnent rendez-vous quelques semaines après l'enterrement (le mari étant passé pour mort dans un crash d'avion) en Espagne, celui-ci endossant une autre identité - celui d'un milliardaire australien auquel il a chouré le passeport - pour passer incognito. Le premier petit problème, c'est qu'à force de faire le mariole, il a tendance à se prendre un peu trop à son propre jeu - ce qui n'est pas sans déplaire à la belle Lee. Le second - plus gros - problème, c'est l'apparition où qu'ils aillent (de Malaga à l'arrière-pays espagnol) de cet agent d'assurance un peu collant. Notre petit couple est tout sourire avec le Alan, le temps de savoir vraiment ce que ce dernier a derrière la tête. L'Alan lui est tout miel, pour mieux cacher son jeu ou pour séduire une Lee le cul entre deux chaises, that is the question...  Une Espagne de carte postale en toile de fond mais des rapports, au premier plan, qui deviennent de plus en plus troubles ; un Harvey qui pète un peu les plombs et joue au petit malin (la séquence de corrida avec les enfants où il fait la star ; le regard qu'il porte sur son reflet dans l'eau : il brouille rageusement son image comme si lui-même finissait par ne plus vraiment reconnaître ce qu'il est devenu), un Alan qui se rapproche dangereusement de Lee (la bien jolie séquence dans l'église où ils allument chacun un cierge alors qu'un mariage a lieu ; le corps d'une Lee couchée et en bikini, offert au regard concupiscent de ce troublant Alan) et une Lee dont ne sait plus très bien en faveur de qui son coeur penche réellement (surprise dans la chambre d'Alan alors qu'elle essayait de piquer son "journal intime", elle finit par coucher avec lui - pour détourner les soupçons, uniquement, hum hum...); d'ailleurs, lorsque les deux hommes discutent au premier plan, au bord d'une fontaine, la silhouette de Lee apparait au second plan, dans la chambre de l'hôtel et la Lee s'appuie sur le montant de la fenêtre du côté d'Alan - hasard ou petite indication...?

vlcsnap_1310801

Jusqu'au bout, Reed tente de garder le suspense jusqu'à ce que Harvey décide de prendre une décision radicale... et fatale. A défaut d'être ultra trépidant et plein de rebondissements, ce petit thriller parvient à tenir la barre tout du long. Malheureusement, à force de cacher les intentions des personnages, ceux-ci finissent sûrement par perdre un peu de poids et de profondeur - lequel est le plus honnête intrinsèquement, difficile à dire...  Un bon moment quoi, sans qu'il y ait de quoi non plus se lancer dans une tyrolienne, voyez.

vlcsnap_1312076

Posté par Shangols à 15:36 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
20 juin 2010

Train de Nuit pour Munich (Night Train to Munich) (1940) de Carol Reed

Toujours un plaisir de découvrir un film de Carol Reed, cinéaste qui mêle ici plutôt habilement film d'espionnage, histoire de "séduction" et de jalousie et humour so british. S'appuyant sur un solide casting (la charmante Margaret Lockwood entourée de ses deux "chevaliers servants" Rex Harrison et Paul Henreid et la présence des deux trublions Basil Radford et Naunton Wayne, deux bras-cassés aux saillies drôlatiques) et un scénario au départ en particulier relativement malin, Reed livre un film, en ce début des années 40, qui arrive à mêler aventure trépidante et comédie charmante comme pour soutenir le moral des troupes. L'action du film se situe juste avant le début des hostilités, et l'on sent déjà la tension et la "paranoïa" de la guerre par ce ballet incessant d'espions anglais et allemands, de part et d'autre des deux pays.

night_train_to_munich_3

L'Allemagne envahit la Tchécoslovaquie : un riche industriel à la pointe dans la production de l'acier parvient à prendre in extremis la fuite pour l'Angleterre, mais sa fille (Anna Bomasch) est arrêtée par les Allemands. Conduite dans un camp de concentration, elle fait la connaissance d'un prisonnier (Karl Marsen) qui lui propose un plan pour s'échapper et rejoindre son pater en Angleterre. Le plan marche comme sur des roulettes, et voilà notre belle tentant de reprendre contact avec son père. Ce dernier est sous la protection des services secrets britanniques qui réussissent à les réunir. Anna tente de garder des liens avec le fameux Karl avec lequel elle a développé quelques affinités, et se voit subir les remontrances d'un agent anglais (Gus Bennett), qui la met en garde contre ce fameux Karl. Peine perdue, le mal est fait, et le Karl, espion allemand (joli coup monté), parvient à ramener le père et la fille en territoire allemand. Gus s'engage à récupérer les Bomasch et part en Allemagne en se faisant passer pour un gradé allemand...

night_train_to_munich_8

Anna qui ne faisait jusqu'alors confiance qu'à son feeling (ah ce merveilleux sixième sens féminin...) ne va pas tarder à se mordre méchamment les doigts. Consciente de s'être fait sottement piéger et de ne pas avoir suivi les conseils du très ironique Gus, elle va forcément transférer ses sentiments - ou tout du moins, dans un premier temps, sa confiance - d'un homme à l'autre, une fois qu'elle sera de retour en Allemagne. On assiste alors à un magnifique duel entre les deux hommes - l'Allemand et l'Anglais - pour s'attacher cette femme, l'Allemand ne sachant pas à quel point ce combat est perdu d'avance... Une belle confrontation - qui oppose également deux styles, l'Anglais truculent et l'Allemand sérieux comme un Pape - qui se charge d'une véritable tension alors que notre équipée se retrouve dans un train en route pour Munich. Le film change alors de rail, en se concentrant en bonne partie sur les misères de deux voyageurs anglais présents dans ce train - faire du tourisme en Allemagne en septembre 39, magnifique idée. Ces deux branquignoles ne cessent d'être "déçus" par ces Allemands un poil autoritaires et vont se retrouver réunis de façon assez rocambolesque au destin des Bomasch et de Gus... Le final dans un téléphérique entre l'Allemagne et la Suisse sera, je vous le dis tout de suite, d'un suspense haletant.

night_train_to_munich_9

Ecrit par les scénaristes de The Lady vanishes (grands spécialistes des histoires de train, donc), le film alterne avec enchantement l'aspect thriller et un humour à froid qui fait mouche. Gus (Rex Harrison), d'une sérénité et d'un calme à toute épreuve, ne cesse de titiller la chtite Anna toute embarrassée par sa bourde initiale : ils doivent ainsi passer une nuit ensemble, à l'hôtel - Gus, pour gagner la confiance des officiers allemands, veut montrer qu'il peut influencer les Bomasch et faciliter leur coopération - et les constantes petites pointes d'ironie du Gus sont toujours éminemment savoureuses. De même, les aventures des deux touristes anglais (l'achat de Mein Kampf au lieu de Gone with the Wind à la librairie allemande est par exemple assez délirant en soi - un Mein Kampf qui finira d'ailleurs dans une drôle de posture...), qui enchaînent boulettes et décisions courageuses, apportent au film une grande fraîcheur de ton -  jamais totalement sérieux, et ce malgré tout le côté dramatique de la situation. Bref, un très bon film d'espionnage aussi rafraîchissant que cette conclusion alpine.

Posté par Shangols à 10:38 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
11 février 2007

Huit heures de sursis (Odd Man Out) (1947) de Carol Reed

Avec The Third Man et The Fallen Idol, ce film de Reed le classe définitivement comme un des grands réalisateurs anglais de l'après-guerre. Entre M le Maudit et une atmosphère irlandaise très beckettienne (si, si, j'y reviendrai), un petit joyau de film noir avec ce pauvre James Mason, qui se terre et erre pendant tout le film dans les rues de Belfast - et qu'il pleuve ou qu'il neige, on peut po dire que le climat soit vraiment favorable.

a_20odd_20man_20out_20james_20mason_20DVDVolume_8_1_

Mason qui sort de prison et est resté planqué 6 mois à préparer ce coup pour ramasser du fric pour le compte des nationalistes irlandais, aurait mieux fait d'entendre les avis de ses comparses et de la très mimi Kathleen Ryan: il n'est peut-être pas l'homme de la situation pour diriger ce hold-up; et ça manque pas, à peine sorti de la banque, un étrange malaise le surprend: dans la panique il tue un homme après avoir été blessé à l'épaule et tombe de la voiture qui devait le ramener en lieu sûr. Il trouve refuge comme un chien abandonné dans un abri désaffecté et lorsqu'une petite fille vient chercher un ballon qui a roulé jusqu'à lui, il hallucine en pensant se trouver toujours dans se cellule et avoir rêvé toute l'histoire - superbe jeu de lumières qui nous fait passer magiquement d'un monde à l'autre. La traque est lancée et on se dit -merci le titre français...- qu'il en a pour 8 heures à se débattre avec toute la police à ses trousses. Des ombres qui glissent sur les murs, un noir et blanc magnifique, cette pluie qui donne des reflets étranges à la ville la nuit, une neige qui brouille la vision, un univers avec lequel on est assez familier depuis l'expressionnisme allemand. Ce qui l'est peut-être moins, c'est cette foule de personnages, un cocher qui lui fait passer les barrages de police malgré lui (on pense à l'Expulsé de Beckett -écrit à Paris à la même époque mais dans une atmosphère très irlandaise...-d'autant qu'il ne trouve refuge nulle part), des clochards fauchés et hallucinés (Luckey, peintre à ses heures qui tente de capter chez Mason le regard de la mort, Shell, buveur invétéré qui espère bien tirer un quelconque profit de la situation...), des âmes charitables qui finissent par se débarrasser de ce paquet bien encombrant... Bref c'est une sale nuit, d'autant que le démon de la culpabilité (Mason ne cesse de demander aux gens qu'il rencontre s'il a tué le type de la banque) ronge notre héros. Réflexion sur la culpabilité mais aussi discussion sur la foi (il pourrait s'agir d'un scénario de Graham Greene, mais en fait il est signé F.L.Green, on peut s'y perdre) avec ce père qui tente d'arranger la situation pour le mieux. Simplement pour Kathleen, dont son amour pour le James est plus grand que sa foi, il ne s'agit pas d'évoquer un quelconque paradis mais de mettre un terme au plus vite à cet enfer et c'est elle qui mettra un point final tragique à cette chasse à l'homme, alors que la neige a commencé à recouvrir les quais.

a_20odd_20man_20out_20james_20mason_20DVDVolume_9_1_

Même si la dernière partie du film tire un peu en longueur (on a hâte d'assister aux retrouvailles entre Kathleen et James), le combat de cet homme pour survivre mais dont les convictions semblent s'effriter en chemin (très belle séquence dans le pub où, dans chaque goutte d'alcool répandue sur la table, Mason revoit les différents personnages qu'il a croisés lors de cette interminable nuit et qui semblent l'accuser) est un modèle du genre. See(d) it.

a_20odd_20man_20out_20james_20mason_20DVDVolume_10_1_

Posté par Shangols à 07:12 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
08 décembre 2006

Première Désillusion (A Fallen Idol) (1948) de Carol Reed

fallen_20idol_203_1_Parfaite adéquation entre l'univers de Graham Green (le regard (forcément faussé) d'un enfant, le sentiment de culpabilité...) et celui de Carol Reed (direction d'acteurs au cordeau, sens du cadre évident...).

Phile est l'enfant d'un ambassadeur qui n'est jamais là et d'une mère (malade) dont il n'a même plus de souvenir. Il est confié à Baines (Ralph Richardson, Kevin Spacey en noir et blanc), son idole, celui qui fait toujours preuve d'attention pour se mettre au diapason de son imaginaire et de ses envies. Sa femme, la mère Baines, est au contraire une gueularde coincée du cul qui dirige la maisonnée d'une main de fer. Rien d'étonnant à ce que Baines entretienne une liaison depuis 6 mois avec... Michèle "tasdebozyeuxtusais" Morgan, diaphane. Seulement il a du mal à se séparer de sa femme... Suite à des circonstances malheureuses, la mère Baines, victime de sa rage, va trouver la mort, le chtit Phile -qui n'a pas assisté directement à la chute - étant persuadé que Baines l'a assassiné. En voulant malgré tout protéger son idole, racontant bobard sur bobard à la police, il le mettra dans une situation inextricable. Reed, en nous faisant suivre son récit par les yeux du petit garçon omniprésent, nous montre le monde qui sépare celui de l'enfance et celui des adultes, Baines se retrouvant victime de l'imagination intempestive du garçon. Parallèlement, cet enfant qui trahit tous les secrets qu'on lui confie, va se retrouver au centre d'un événement sur lequel il n'a aucun contrôle; néanmoins, même si son idole aura tendance à tomber de son piédestal -première désillusion du titre français- il continue tout de même à le défendre, Baines constituant la seule bouée à laquelle il peut se raccrocher. Toute l'ironie parfaitement mise en place par le couple Green/Reed étant que cette première désillusion se base sur quelque chose qui n'a pas eu lieu - point d'assassinat, juste un accident - alors que l'adultère, par le biais duquel l'enfant pourrait "juger" le monde des adultes lui reste totalement incompréhensible (jolie scène au commissariat où Phile place sa confiance dans les bras d'une prostituée qui "connaît bien l'adresse où il réside"; son père doit po être très clair m'est avis (jolie mise en abyme cela dit en passant)).

357_feature_350x180_1_

Quelques séquences sont royalement mises en scène: les déambulations pieds-nus du petit garçon dans une nuit londonienne aux trottoirs mouillés (même magie nocturne que dans Le Troisième Homme), le plan excellent de cet avion en papier lancé par le petit garçon (fait à partir d'un télégramme qui est une preuve pouvant compromettre Reed dans l'assassinat de sa femme) qui vient s'écraser sur l'un des inspecteurs, Baines suivant désespérément du regard la trajectoire aérienne de cette preuve qui "s'envole" et qu'il doit détruire; superbe contre-plongée sur un Baines au bas des escaliers alors que le piège se referme sur lui et allers-et-venues des inspecteurs autour de Michèle Morgan qui perd peu à peu son sang froid; il y a également un plan magique lorsque Baines et sa femme se croisent dans les escaliers, chacun finissant à l'une des deux extrémités du cadre, lui en haut des marches, elle efallen_idol_420_1_1_n bas se dirigeant vers une autre pièce: tout les sépare et on finit même parfois par se demander comment ils ont pu décider de vivre ensemble - Baines, cependant, finira par prendre la défense de sa femme devant les accusations du petit garçon (il peut pas la blairer car elle lui mène une vie impossible), disant qu'il a sûrement lui-même une responsabilité dans ce qu'elle est devenue. Reed mérite définitivement plus de reconnaissance en tant que metteur en scène, passant bien souvent pour celui qui n'a fait qu'un chef-d'oeuvre avec Welles.

Posté par Shangols à 09:29 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1