04 octobre 2008

Tempête sur l'Asie (Potomok Chingis-Khana) de Vsevolod Pudovkin - 1928

2J'ai comme l'impression que les impérialistes anglais, selon Pudovkin, c'est les méchants, et que les Mongols spoliés, c'est le gentils. Ben oui, on est dans la grande période du film de propagande soviétique, et le gars n'y va pas avec le dos de la cuillère pour nous imposer son point de vue. C'est de bonne guerre, me direz-vous, et je réponds certes, mais tout de même : il me semble que Tempête sur l'Asie manque franchement de subtilité, et a une grosse tendance à prendre son spectateur pour un idiot inculte.

Pudovkin a le goût du spectacle, on ne va pas lui ôter ça, et quand il décide de faire péter les décibels, il y va franco (alors qu'on est dans un film muet, c'est d'autant plus pointu) : bagarres de rue, batailles d'armées, courses-poursuites dans cine512les couloirs du palais, guerrilla dans les grands paysages désolés de Russie Centrale, on en prend plein les yeux lors des grandes séquences du film, d'autant que la grammaire cinématographique est utilisée de la première à la dernière page. Pudovkin tente des trucs improbables, images subliminales, montages parallèles, gros plans confinant à la macro, variation insensée des cadres au sein du même mouvement... Quand il faut être là, vous pouvez compter sur le brave Vsevolod. C'est vrai que ces scènes-là font excuser le reste, et que Pudovkin se montre très habile avec les outils de la propagande. Il rend un vibrant hommage à la nature de son pays et à la grandeur de ses habitants, et Tempête sur l'Asie ne manque pas d'ampleur. Le message ("Mort aux chiens impérialistes", en gros) passe au burin, c'est du gros cinéma qui tâche mais diablement efficace. J'imagine que tous les compatriotes du cinéaste ont dû prendre les armes immédiatement après la vision du film, résultat impeccable.

Mais entre ces séquences galvanisantes, il faut se taper toutes les autres, qui, là, laissent pantois. On dirait que le réalisateur ne s'est intéressé qu'au spectacle, délaissant tout le reste. Le film est mille fois trop long, 3montrant chaque sentiment, chaque émotion, dix fois de suite. La lente métamorphose du petit paysan en leader militaire (toute la partie centrale) est insupportable de lenteur et de solennité : Pudovkin nous explique et nous réexplique et nous sur-explique tout, ralentissant chaque plan pour qu'on ait bien le temps de tout comprendre. Ca donne des scènes qui tombent des yeux, et qui donnent la pénible impression qu'on nous prend pour des gosses à éduquer (les cartons, aussi, beaucoup trop explicatifs, beaucoup trop nombreux). Pour quelques jolies idées (des poissons hors de l'aquarium pour nous montrer l'asphyxie du personnage), il y a mille choses inutiles. Pudovkin se montre incapable de gérer ces moments de pure contemplation de son peuple, comme ces portraits de maquisards qui ne mènent à rien, ou ces fatigantes scènes de danse traditionnelle. Même les musiciens (une bande-son enregistrée en 2007) ne savent plus trop quoi jouer au bout de ces deux heures hiératiques : ils tentent même timidement une Marseillaise pour meubler le vide. Alors certes, c'est de la propagande ; mais faut-il à ce point considérer que le public est trop con pour comprendre les subtilités d'une histoire, sans qu'on nous les souligne lourdement ? Rendez-nous Eisenstein, je dirais.

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27 mars 2006

Mother (Mat) (1926) de Vsevolod Pudovkin

mother_1_Adapté d'une nouvelle de Gorki, ce grand classique (de propagande, oui, bon) impressionne surtout par la force et la rapidité de son montage: il ne doit pas y avoir un plan qui excède 5 secondes et cet enchaînement convulsif donne une vitalité extrème au propos.

1905: Un fils prépare la grêve alors que son père alcoolo fini (il essaie de troquer un fer à repasser contre un verre de vodka, si jamais je faisais ça contre une caisse de Suntori, j'en connais une qui m'assommerait) est engagé par les briseurs de grêve. La scène où les grêvistes entrent dans la cour de l'usine, rapidement entourés des hommes de mains du patron est digne d'un Sergio Leone: tout le monde se met en place, personne ne bouge, on peut entendre les coutures de slip qui craquent. Le père héritera d'une balle pendant que le fils prendra la fuite - le vent qui agite les arbres annonce qu'un souffle nouveau est en marche (ou qu'il y a du vent aussi, simplement).

L'arrestation: on a confié au fils des armes qu'il a mis dans une planque, sa mère mothers_1_étant au courant de l'histoire. Déjà celle-ci fait pas la fière à côté du cercueil de son mari - et franchement nous non plus, l'ambiance est glaciale - mais alors quand les soldats arrivent pour arrêter son fils, c'est la fin des haricots; pensant le sauver, elle indique où est la planque et c'est la boulette. Le fils est vert mais bon c'est sa mère, tu veux dire quoi, toi? (il est bien d'ailleurs le fils, ce petit Nikolai Petrovich Batalov, mais il a pas fait une grande carrière). Elle, on la retrouve à genoux à supplier à la cantonnade, elle serait prête à vendre son fer si elle l'avait encore. (On devine en voyant la photo ci-contre que Vera Baranovskaya n'a pas du faire une grande carrière dans le parlant, je le confirme)

Le jugement: quand tu vois que l'avocat du fils ressemble à Nelson Monfort -il a le hoquet en plus- tu comprends rapidement qu'on va assister à une parodie de procès. Ca manque pas, on le condamne aux travaux forcés et on retrouve la mère dans la salle, épleurée, et sur les marches du tribunal, effondrée, mais c'est la vie...

La prison: le fils reprend espoir quand sa mère lui annonce qu'une grande manif anti-CPE est prévue et qu'il sera libéré le lendemain lors de sa sortie journalière. (Il y a de gros plans sur les bottes des rebelles anonymes qui cachent les tracts puis sur des mains réconfortants celles de la mère, de toute beauté - c'est un film référence, les gars, il n'y a rien à jeter) Pas de bol, il est privé de sortie. Le cortège lui est en marche, et on nous montre bien 14 fois la glace qui fond sur la rivière ce qui doit nous faire comprendre que l'ordre ancien va craquer (ou alors qu'il fait chaud, mais vous feriez pas un peu de mauvais esprit ?). Comme il arrête pas de frapper sur sa porte, le garde ouvre la porte de la cellule et là, de dieu, il sort comme une roquette. D'ailleurs les autres prisonniers se sont soulevés, c'est le boxon partout.

"Soldats RU.S.S"  crie la foule en délire - c'est muet donc on peut imaginer un peu - là, c'est le drame, pendant que le fils retrouve la mère, tournant le dos aux soldats, une balle l'atteint en traitre, il s'effondre, pah, tout ça pour rien. La mère qui a tout perdu ce coup là reprend le flambeau de la rebellion en se saisissant du drapeau (qu'on devine rouge) qui a chû. Elle se dresse face à la charge de la cavalerie, aussi vaine qu'un film de Besson, et elle se fait découper en tranches. C'est po grave, on nous fait comprendre à la fin qu'un jour le drapeau flottera sur la ville et que son sacrifice n'est pas perdu (Tu parles, oui).

Un classique, clair.

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