21 janvier 2012

Une Question de Vie ou de Mort (A Matter of Life and Death) (1946) de Michael Powell et Emeric Pressburger

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Les célèbres archers anglais troussent une histoire d'amour qui triomphe aussi bien de la mort que des frontières (ce qui semblerait finalement presque plus dur puisqu'il s'agit tout de même d'une relation entre un Américain et une Anglaise...). Si on reste toujours admiratif du Technicolor à la sauce Cardiff (le paradis est, lui, en noir et blanc... The Artsist y fait d'ailleurs actuellement un carton) qui n'a pas son pareil pour filmer des rouges rougeoyant (la longue et émouvante séquence au début du film avec cette discussion entre le pilote Niven et la mimi Kim Hunter - love at first hearing...), des sables sablonneux (le "débarquement" de Niven sur cette plage anglaise) et des jardins multicolores (Niven et Hunter tels des Adam et Eve terrestres), si on ne peut qu'apprécier le délire visuelle de ces décors impressionnants (cet escalier - ancêtre de l'escalator - qui monte au ciel, la grandiose salle "céleste" du procès...), ou encore si on craque devant ces séquences où le temps s'est arrêté (une partie de ping-pong suspendue, c'est tout de même pas commun), force est d'avouer que le rythme général reste terriblement plan-plan - cela signifie généralement que j'ai eu un peu de mal à ne pas piquer du nez... La vieillesse, aussi... roh, ça va....

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On a presque l'impression au bout d'une demi-heure de film d'avoir assisté à l'essentiel. Même si les séquences avec ce docteur foldingue sur sa moto supersonique nous sortent pour un temps de notre rêverie, les longues discussions pour que le Niven résiste à l'appel du Ciel tourne un peu en rond - il est bien gentil cet ange frenchy qui a perdu sa tête lors de la Révolution mais il se révèle également un peu saoulant à la longue... Toute la dernière partie du procès (Histoire Ricaine versus Histoire English) est, elle, franchement poussive : la petite larme de la Kim recueillie sur des pétales de rose semblait suffisante pour qu'on laisse définitivement tranquilles nos deux héros, ici-bas ou ailleurs... Bref, du pur Powell/Pressburger/Cardiff visuellement parlant mais une œuvre, certes romantique à souhait, qui s'avère un peu mollassonne...

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13 juin 2010

A Canterbury Tale (1944) de Michael Powell et Emeric Pressburger

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Voilà une oeuvre du fameux duo anglais réalisée en temps de guerre incroyablement paisible. Il est peu de dire que le rythme du film est aussi lent qu'un dimanche après-midi (bon timing), et que l'intrigue se réduit finalement à peau de chagrin. Mais à l'image du destin des quatre protagonistes, la conclusion se fait lumineuse pour ne pas dire miraculeuse et ne peut que toucher au coeur du moindre spectateur de base (Hi !) par la sérénité qu'elle dégage. Porté par un noir et blanc qui touche au sublime (l'arrivée de nuit dans la gare de Chillingbourne (à vos souhaits et c'est peu de le dire) semble être peinte à l'encre de Chine) et des acteurs en état de grâce (Sheila Sim en tête, aucun lien de parenté), le film possède sous son rythme aussi paisible qu'une petite route de campagne a strange kind of magic et un charme indéniable.

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Trois personnes se retrouvent dans en pleine nuit dans la petite gare de Chillingbourne, un passage auparavant obligé sur la route du pèlerinage de Canterbury : Alison Smith est une jeune femme qui s'est engagée dans la défense civile pour bosser dans une ferme (elle effectue également une sorte de pèlerinage sur les lieux de son bonheur perdu : son compagnon avec lequel elle a découvert ce site est mort à la guerre) ; Bob Johnson est un sergent américain qui s'est trompé de station ; et Peter Gibbs est un sergent anglais qui vient rejoindre son camp militaire situé à proximité. Notre curieuse équipée se dirige vers l'hôtel de ville lorsqu'Alison se fait soudainement attaquer dans l'obscurité la plus totale par un individu qui... lui englue les cheveux. Peter rejoint sa base en bus, et les deux autres protagonistes se retrouvent à l'hôtel de ville où ils font connaissance du ponte du coin, le mystérieux Thomas Colpeper. Désireux d'enquêter sur cet étrange "Glue-man" qui sévit depuis plusieurs semaines dans le village, ils vont joindre leur force pour faire toute la lumière sur ces curieux agissements... Et la lumière sera.

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Une énigme qui semble jouée d'avance mais qui trace tranquillement son petit bonhomme de chemin, une curieuse guerre des boutons entre gamins qui parviennent facilement à faire la paix, quelques saillies humoristiques entre l'Anglais et l'Américain qui font gentiment mouche - l'humour anglo-saxon tout en finesse -, un personnage féminin terriblement mélancolique qui retrouve calme et douceur auprès du très moraliste et intrigant Colpepper, des autochtones farouchement enracinés dans leur racine et un final éblouissant sous les flèches et les grandes orgues de la Cathédrale de Canterbury, vaillante au milieu des ruines. Impressionnante cette force apaisante du film - histoire de boucler la boucle - en ces temps si troubles, comme si le film de Powell et Pressburger cherchait d'ores et déjà à mettre un baume sur les blessures. Un conte qui prend tout son temps pour distiller ses effets et qui récompense tout patient spectateur qui sait attendre son heure (ou ses deux heures mais ne pinaillons point). Les deux archers P&P mettent une nouvelle fois en plein dans le mille.    

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21 février 2010

Les Contes d'Hoffmann (The Tales of Hoffmann) de Michael Powell & Emeric Pressburger - 1951

a_michael_powell_emeric_pressburger_the_tales_of_hoffmann_criterion_dvd_pdvd_001Powell et Pressburger nous offrent ici une encyclopédie du kitsch en deux heures de temps, et c'est pour moi une grosse déception après la vision de quelques furtifs extraits de ce film dans Tetro de Coppola : le bon Francis Ford, malin, n'a conservé que les quelques secondes un peu gênantes de ce machin. Tout le reste est une énorme sucrerie aussi audacieuse qu'un réveillon de Noël chez une famille catholique. On ne peut pas dire pourtant que les gusses s'économisent : ils sortent les gros moyens pour raconter ces trois histoires hoffmaniennes avec force sauts de biches, moult divas qui s'égosillent et armadas de couleurs bigarrées. Le film est riche, c'est sûr, et m'a d'ailleurs fait penser à ces grosses pâtisseries des vitrines de Shanghai, riches également en ce qu'elles ne savent pas s'arrêter : une couche de crème rose bonbon, une meringue bleu océan, un nappage orange, avec la cerise pourpre pour couronner le tout. The Tales of Hoffmann, c'est ça : du sucre, du sucre, et encore du sucre. Ca aurait été une adaptation de Maya l'Abeille, je ne dis pas ; mais là, on a affaire à un écrivain sulfureux, sombre, souvent malsain, et c'est un carnage.

a_20Michael_20Powell_20Emeric_20Pressburger_20The_20Tales_20of_20Hoffmann_20Criterion_20DVD_20PDVD_004Powell et Pressburger jouent au départ assez habilement sur les artifices de l'opéra : leurs décors sentent la construction, on est clairement sur une scène de théâtre, tout sent le factice, et ça fonctionne d'autant mieux que la caméra semble lutter contre cet espace astreignant : très fluide et mobile, elle passe au milieu des dizaines de figurants avec pas mal d'élégance, s'arrêtant parfois pour un gros plan lors d'un solo de chanteur ou brassant des mètres de scène pour mieux révéler un drapé qui se lève (le film est plein de drapés) ou un escalier tordu. Mais très vite, l'artifice mange tout, fait oublier cette mise en scène éminemment cinématographique pour ne laisser que la fausse magie de l'opérette. La faute avant tout aux interprètes, parfaitement immondes (z'ont failli faire éclater mes enceintes avec leurs trilles), sur-maquillés, jamais sympathiques, dansant et chantant comme on n'osait déjà plus le faire du temps d'Offenbach lui-même : et vas-y que je t'agite la mimine pour montrer que je suis une tite libellule, ou que je me cogne la tête sur un coin du piano pour montrer que j'ai mal à mon âme, ou que je traverse l'espace sur la pointe de mes pieds délicats pour attester de ma finesse de coeur. Affreux, affreux. Deuxième responsable : Offenbach, qui signe là une oeuvre inécoutable de redondances, de lourdeurs, de pompiérisme. La musique gâche tout, ce qui est bien un comble.

a_20Michael_20Powell_20Emeric_20Pressburger_20The_20Tales_20of_20Hoffmann_20Criterion_20DVD_20PDVD_006Mais responsables finals, malgré tout : les réalisateurs eux-mêmes, qui baissent assez vite les bras devant l'énormité kitsch de la chose. Les idées de départ sont vite abandonnées, et le dernier conte est même bâclé complètement au niveau de la mise en scène (un plan-séquence, et pis voilà tout ce qu'on a trouvé). Les bougres ont beau s'appliquer à semer ça et là des éléments graphiques modernes (hop, Dali, Miro, Picasso, Matisse), rien n'y fait : leur film sent la naphtaline à plein nez. En guise d'archétype pictural, des cygnes blancs, des gondoliers à la con, des colonnes grecques, et des minauderies insupportables. Après ça, on ressort ses disques de Sid Vicious et on oublie.

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15 février 2009

Colonel Blimp (The Life and Death of Colonel Blimp) (1943) de Michael Powell et Emeric Pressburger

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On pourrait presque parler d'un Jules et Jim à la sauce anglaise en évoquant ce colonel Blimp du duo magique Powell/Pressburger. Il est en effet question d'amitié entre un Anglais et un Allemand et ce malgré les soubresauts de l'histoire (de 1902 à 1943, soit de la guerre des Boers jusqu'à la seconde guerre mondiale), mais aussi d'une histoire d'amour pour la même femme - ou plus précisément pour un même type féminin (Deborah Kerr, impériale, jouant pas moins de trois rôles dans le film). La comparaison s'arrête là car les P./P., toujours dans leur style flamboyant, mettent également l'accent, entre autres, sur un certain sens de l'honneur qui tend à disparaître alors que cette guerre totale contre le nazisme est engagée (que le film date de 1943 est assez incroyable en soit quand on y songe) et sur le passage du temps, de la fougue impétueuse de la jeunesse à une certaine sagesse de la vieillesse - une sagesse qui ne convient plus, d'ailleurs, forcément, à l'air du temps, celui d'une époque forcément très particulière.

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Racontée sous forme de flashs-back, l'histoire couvre donc toute la première partie du XXème siècle d'une guerre l'autre. On découvre après une longue séquence d'ouverture pétaradante, ce ventripotent Général Candy (impressionnant Roger Livesey qui change superbement "d'allure" au cours du film) qui lors d'un exercice militaire qu'il organise lui-même se fait surprendre dans un sauna. Un jeune officier a décidé d'avancer l'heure prévue de l'attaque, lors de cette simulation, et fait prisonnier ce vieux Général véritablement outré par de tels procédés. Alors qu'il prend, littéralement presque, une douche écossaise avec ce soldat qui se moque de son bide et le jette à l'eau, il se fait un devoir de rappeler à ce dernier ses faits d'arme du passé... Bon je vais point vous faire un résumé des quelque 2h45 de ce film, sachez juste que notre ami Candy se rendra à Berlin et provoquera un duel (superbe morceau de bravoure que la mise en place ultra cérémonieuse de ce duel avec la caméra qui s'élève majestueusement dans les airs alors même que le combat commence enfin - comme si finalement l'essentiel était ailleurs, comme si P./P. détournaient pudiquement la caméra sachant que l'héroïsme, au cinéma, n'est qu'une piètre mise en scène - belle maquette d'ailleurs du lieu du combat dans la foulée). Blessé, Candy profitera de son séjour à l'hôpital pour sympathiser avec son ennemi allemand d'un jour et se rapprocher de son amie rouquine qu'il a rencontrée à Berlin... qui finira, finalement, dans les bras de l'Allemand, plus entreprenant. Il n'aura de cesse toute sa vie de courir après ce "modèle" (étonnante séquence, diaboliquement elliptique et ultra efficace, où l'on voit les trophées d'animaux venant des quatre coins du globe qui s'étalent sur son mur au fil des années). Il finira par le croiser, dans un couvent, à la veille de la fin de la Première Guerre Mondiale alors qu'il est sur le front français. Vingt ans passeront, nos deux hommes perdront leur femme et se retrouveront sur le sol anglais alors même que notre Allemand fuit le régime nazi; l'aide de camp du général Candy ressemble comme deux gouttes d'eau à leur ancien amour, normal, c'est toujours Deborah Kerr.

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Il s'agit d'ailleurs à ce propos d'une sublime idée : on assiste au vieillissement physique de ces deux hommes alors que cette femme reste finalement exactement la même - sur 40 ans - à travers ces trois rôles différents. Comme une image ineffaçable de cette femme idéale - de cet idéal féminin même - qui a hanté leur vie. Néanmoins, le film se concentre en grande partie sur l'évolution de cette amitié faite parfois de rendez-vous manqués (lorsque l'Allemand est fait prisonnier au cours de la première guerre mondiale et qu'il ne daigne, dans un premier temps tout du moins, parler avec cet officier anglais). Il lui faudra du temps pour guérir de cette blessure faite à sa fierté et revenir à son ami après la prise de pouvoir des nazis (bien qu'il s'agisse, forcément, d'un "film de propagande", c'est tout à la gloire de P./P. de ne pas en faire des tonnes - le film sera d'ailleurs interdit au départ). En ce qui concerne ce personnage de Candy, finalement totalement dépassé, vers la fin de sa vie, par les événements, par l'évolution des codes de l'honneur, les dernières images le montrant à la fois empli d'une certaine tristesse nostalgique mais fier de rester fidèle à lui-même demeurent particulièrement touchantes. On a presque l'impression d'assister au bilan de toute une vie que P./P. nous a fait traverser finalement à la vitesse de l'éclair (ou de la flèche dans cette production des "Archers") en quelques grandes séquences particulièrement judicieuses. La belle épopée d'un homme qui passe la main, d'une amitié, avec un léger parfum féminin qui plane éternellement sur l'ensemble. Parfait pour un dimanche aprème de grisaille.                

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05 janvier 2009

The small back Room (1949) de Michael Powell et Emeric Pressburger

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Ces petits films anglais de l'époque (bon c'est quand même la production des Archers, restons sportifs) ont toujours le chic pour plus mettre l'accent sur l'étude de caractères, sur l'atmosphère, que sur l'intrigue. On est en 1943, à Londres, on pense avoir affaire à un film d'espionnage ou à la mise en place d'une mission top secret de derrière les fagots et en fait non, on va dans cette fameuse petite salle du fond, genre laboratoire pour 007 du pauvre, pour faire la connaissance d'un homme à la personnalité bien trempée... qui n'est d'ailleurs pas là dans un premier temps mais qui traîne dans un bar, premier petit indice de faiblesse de notre gars pour la dive bouteille.

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Sammy Rice, expert en désarmorçage de bombe, semble pourtant avoir tout pour être heureux : il a justement à ses côtés une petite bombe (lol. Pardon), Susan (charmante Kathleen Byron) qui lui est toute dévouée... Malheureusement, on apprend vite que notre homme possède un pied en fer qui non seulement le fait boiter mais surtout méchamment souffrir... c'est dans ces cas-là que la tentation pour l'alcool se fait la plus forte. Au fin fond de lui-même, le Sammy semble porter une autre blessure, comme si ce pied avait ébranlé à jamais sa confiance en lui-même. Bien que Susan l'encourage à aller vers l'avant, la moindre remarque sur son tempérament un peu trop arrangeant au niveau professionnel prend notre homme à rebrousse-poil. Le problème est de savoir s'il sera capable de se "domestiquer", de se contrôler, tout comme les petits joujoux explosifs qu'il côtoie : cela tombe plutôt bien vu qu'en fil conducteur il y a une dernière trouvaille que les Allemands larguent sur l'Angleterre et qu'il faut désamorcer. Atmosphère de bureaucratie militaire la journée et ambiance boîte de jazz à la coule la soirée, Sammy et Rice se croisent le jour (ils bossent ensemble) pour s'embrasser la nuit - pas pour danser, forcément, vu le pied de notre homme (qui fait d'ailleurs, lorsque le sujet est abordé, une petite remarque piquante: "les hommes et les femmes, quand ils dansent, se ressemblent tous" - je note pour mon prochain roman). Les tensions deviennent cependant de plus en plus vives dans le couple et le soir où Susan est en  retard, Sammy livre un combat de titan face à la bouteille de whisky : séquence résolument surréaliste avec le tic-tac du réveil qui résonne de plus en plus fort, son image qui se démultiplie et cette bouteille qui devient gigantesque, prête à écraser notre Sammy comme cette fameuse grosse boule dans Indiana Jones. Images joliment décadrées, éclairage qui met les ombres en relief, la montée d'angoisse de Sammy Rice est particulièrement réussie. Quand la Susan lui demande en plus de prendre, au niveau professionnel, le taureau par les cornes (en assumant de diriger un service), c'est un peu la goutte de whisky qui fait déborder le vase de Sammy. Son ultime mission pour désamorcer une bombe - la dernière demi-heure du film pratiquement - s'annonce explosive.

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C'est un sujet étonnamment sobre pour les P/P qui prouvent tout de même un vrai savoir-faire dans la mise en scène et la direction des acteurs. Moins impressionnant que leur production avec un barnum de décors, The small back Room séduit justement par cette finesse dans les traits et cette intrigue finalement assez minimaliste. On plonge dans le film au bout de dix secondes et, faisant fi des rebondissements scénaristiques ou des séquences d'action, on admire ce portrait ciselé de cet homme plus complexe qu'il n'y paraît. Net et précis.       

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08 mai 2007

Le Narcisse noir (Black Narcissus) (1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger

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Le genre de film en Technicolor qui en jette, avec toujours ces images superbes signées Jack Cardiff et une re-création tout en studio (celui de Pinewood bien sûr) d'un couvent, en plein Himalaya, d'une excellente figure: alors oui, on voit bien, on est po béta quand même, qu'il s'agit souvent de toiles peintes en fond mais elles donnent encore plus de charme à cette histoire d'un coeur/une soeur qui est resté(e) lui(elle) aussi figé(e) dans le passé. Je suis d'accord avec mon pote Gols lorsqu'il parle d'image en numérique sur d'autre image en numérique, c'est un peu comme de la fondue avec une glace à la vanille -bien que la consistance soit semblable, ça écoeure très très vite.

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Soeur Clodagh (Deborah Kerr décidément excellente) a pour mission de reprendre un chateau abandonné (un ancien harem en fait) situé à 8.000 m d'altitude pour y ouvrir une école pour enfants et jeunes filles et un dispensaire. Avec l'aide de trois autres soeurs et d'un anglais - le correspondant sur place (Dean, genre d'homme à tout faire un peu branle-manette (il est rond comme une pelle le soir de Noël), qui ressemble à mon pote Fred Brosson dans la dégaine, non?), elle parvient bon an mal an à mettre en place toutes les fondations de ce petit monde. Dean a beau la mettre en garde que cela ne tient peut-être à pas grand-chose (un simple incident à l'hôpital pourrait tout remettre en cause, c'est l'histoire qui s'est passée précédemment avec des frères qui ont tenu cinq petits mois), elle continue de garder ses oeillères, entêtée  qu'elle est par sa mission. Bien sûr on se demande comment une aussi jolie femme (ben ouais une soeur moche, ça sonne plus juste quoiqu'on en dise) a pu finir dans les ordres et on a droit de temps en temps tout au long du film à des flash-back qui retracent son idylle avec un certain Con en Irlande - on s'attend à un accident dramatique, genre accident de chasse à la Duclos-Lassale ou chute de cheval, et ben pas du tout, le Con fut à la mesure de son nom en se barrant aux US sans demander son reste. L'intrigue est donc tendue autour des relations qui se nouent entre soeur Clodagh et Dean, que tout sépare, que tout pourrait réunir avec un peu de bon sens, mais qui finira en cul de sac; parallèlement il y a l'histoire entre le jeune général et la jeune servante Kanchi (délicieuse Jean Simmons) qui est une variation en beaucoup moins complexée - et l'amour de Soeur Ruth  (Kathlyn Byron, pleine de fougue et de pugnacité)  qui est une variation en beaucoup plus dramatique (cette dernière défroquera pour les beaux yeux du Dean, mais "qui fait la maline, tombe dans la ravine" - au sens propre cette fois-ci): les séquences où on la retrouve en civil dans sa cellule de couvent et celle où elle décide de se jeter à la tête de Dean sont sûrement les plus fortes du film. Impossible donc pour Soeur Claudagh d'admettre d'une quelconque façon qu'elle est troublée par le destabilisant Dean, figée dans sa posture initiale, faisant passer sa fonction - et la déception de son passé - avant toute possibilité de bonheur dans le temps présent : il faut voir d'ailleurs dans quelle colère elle se met lorsque Soeur Ruth la taquine sur sa relation avec Dean : elle serait Carrie, elle lui aurait automatiquement mis le feu. Malgré le cadre grandiose, le sujet du film n'en reste pas moins toutes ces petites émotions sentimentales, exprimées ou réprimées.

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Une romance contratriée ou plutôt inaboutie dans un pays éloigné, avec sa dose de grande musique, qui respire bon les début des grands films en couleur. Powell et Pressburger, on le sent, restent cependant attentifs à chaque mariage de couleurs, soignant tous ces effets spéciaux d'un autre temps, et gardant un grand sens du cadre et de la mise en scène  (superbe plongée sur le ravin à quelques centimètres de la cloche, cadre nickel lors des scènes de prière, vie fourmillante dans ce couvent ouvert au vent). Il faudra qu'un drame (un double drame même) arrive pour que la mission soit définitivement avortée même si peu à peu chacune des Soeurs semblaient avoir perdu du terrain par rapport à sa vocation d'origine; elles qui voulaient transformer cet endroit dédié auaparavant aux plaisirs charnels se retrouvent prises à leur propre piège, "s'échappant" de cette expérience plus transfigurée que le lieu lui-même... La vie est toujours plus malicieuse qu'elle n'y paraît.

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10 avril 2007

Je sais où je vais ('I Know Where I'm Going!') (1945) de Michael Powell et Emeric Pressburger

Après le Canada (49ème parallèle pour ceux qui suivent), l'Ecosse, dans cette grande romance Powell-pressburgienne. Bon il vaut mieux avoir une grande âme romantique (ce qui n'est guère mon cas, admets-je) pour se laisser emporter par ces grands vents qui soufflent tout là-haut, mais admettons malgré tout qu'il y a un certain charme dans cet amour contrarié qui finit mieux qu'il n'avait commencé.

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Dieu sait que depuis toute petite Joan Webster (Wendy Hiller, pas vraiment envoutante si je peux me permettre) est têtue comme une vieille mule. Elle se lance dans un grand voyage pour aller sur l'île de Kiloran sur laquelle l'attend son richissime époux. Seulement les Dieux gaëliques en ont décidé autrement, la brume puis le vent l'empêchent de rejoindre son promis à quelques encablures... V'la-t-y pas qu'elle croise l'héritier du château de Kiloran, et malgré une sourde mais obstinée résistance pour ne pas tomber dans ses bras, elle craquera au son des cornemuses.

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P&P parviennent à capter tout le charme d'une Ecosse ancestrale: du gaëlique locale, aux coutumes (bon le kilt, ça se discute po), en passant par les danses (du breton en plus violent), les chants (les Cranberries en moins chiant), les donjons hantés et les vieilles légendes, tout y passe jusque dans ces figures locales (mention spéciales pour Pamela Brown en Catriona Potts; ou encore un dresseur d'aigle bougon) au caractère bien trempé. Le rythme est agréablement soutenu, P&P n'étant point avares des changements d'axe de caméra, et la musique comme dans la plupart de leurs oeuvres est particulièrement soignée et enlevée (à moins que ce soit le vent). On frémit lorsque Joan décide de braver la tempête et cet énorme tourbillon qui gronde est à deux doigts d'engloutir tout le monde... Elle y perdra sa robe de mariée, encore un bon tour des esprits ("Elle servira pour une sirène" déconne Torquil, l'héritier, qui partage un air de ressemblance avec le prince Charles qui ne le rend point, de premier abord, sympathique, bref), scène ô combien prémonitoire. L'héritier qui entre dans le donjon interdit subira la malediction ancestrale et n'en ressortira qu'"enchainé à vie" à la Joan. Une vision du mariage point forcément optimiste... Mais romantique donc, la boucle est bouclée.

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06 novembre 2006

Les Chaussons rouges (The Red Shoes) de Michael Powell et Emeric Pressburger

B000059RKEJe dois être dans une période rouge, je vois pas d'autres explications. Voici donc l'un des grands classiques de la comédie musicale en couleur (10 billions de pixels), la danse au cinéma, l'art dans l'art, les pieds dans les chaussons, la mise en abyme qui finit dans l'abysse.

Il faut bien avouer que les réalisateurs ne sont pas pressés avant d'en venir au gros morceau, le ballet adapté d'Andersen. Pendant une heure on suit donc d'un oeil un peu goguenard l'installation de l'intrigue, entre le directeur du ballet, le dictatorial Lermontov - qui marche avec un balai (l'autre) dans les fesses et ferait passer Laguerfeld pour Bob Marley -  qui va faire confiance à une jeune danseuse aux cheveux aussi rouges que celle des fameux chaussons et à un jeune compositeur aussi inspiré que moi à l'harmonica après 48 Suntori. Viennent donc enfin ces séquences d'anthologie, avec certes quelques effets spéciaux un peu kitchouille mais avec un charme qui opère malgré tout tant la beauté des décors et de la mise en scène, la légèreté de la danseuse et le rythred_shoes_up_close_1_me infernal de ses plans - il y a un chtit ralentit avec des cellophanes qui s'envolent très inspiré - emportent tout sur leur passage. De la petite scène de théâtre, la caméra nous embarque sur des plateaux gigantesques dans une reconstitution hallucinée et hallucinante,  une véritable visite guidée des studios Pinewood... Bon, moi-même qui n'ai aucun goût artistique et ballerinaire (po un gros gros fan des comédies musicales, je dois bien le reconnaître) , je fus transporté. Lermontov est enfin fier de sa pygmalionne (ça sonnait bien, je trouve) en tombe amoureux mais un peu tard... elle est déjà avec le red_shoes_c_1_bellâtre compositeur qui l'a enlacée (j'attire votre attention sur le jeu de mot). Etre amoureuse ou être danseuse là est la question et ne pouvant prendre un décision entre quitter son nouveau mari et ses vieilles ballerines, elle se verra entraînée dans une chute fatale.

Sur une musique enlevée et un soleil de Monaco réjouissant, on assiste à ce sacrifice en se disant qu'une petite larme serait bienvenue mais quand on a pas 2 sesterces de romantisme, c'est pas facile. Bon je vais remiser pour un temps mes Fred Astaire et Ginger Rogers, je veux point risquer de me faire conspuer par mon co-blogueur. Oui pas ultra-emballé, si je peux encore m'en permettre un dernier.

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