Sables mouvants (Quicksand) (1950) d'Irving Pichel
Qui vole un œuf vole un bœuf et notre pauvre Mickey Rooney de tomber dans la grande spirale du n'importe quoi pour charmer une blondasse vénale (Jeanne Cagney qui pourrait rester planter des heures devant un magasin de de fourrures en rêvant - je vous dis même pas devant un I-phone) ; comme dans Drive a crooked road, Mickey est un humble mécano (il a po besoin de se baisser pour passer sous une voiture, faut dire, c'était la blague du jour) qui va craquer pour une gazelle qui n'est pas vraiment de son standing... Sans le sou pour la sortir, il va piquer 20 dollars dans la caisse du patron : c'est dès lors l'engrenage, forcément cauchemardesque - pour les rembourser il va acheter une montre à crédit qu'il va immédiatement revendre, pour rembourser les cent dollars de la montre, il va détrousser un mec saoul farci de blé, pour ne pas être victime d'un chantage venant d'un type qui a des preuves sur ce vol, il va voler une bagnole, pour rembourser la bagnole il va devoir... Bref, il se fout tout seul dans le cambouis et tout ça pour une blonde qui, une fois qu'elle a son manteau en vison, va le prendre de haut. Ah, Mickey, t'es pas doué.
On navigue en eau connue au niveau des lieux traversés - bars, fête foraine, magasins de jeux... - et à défaut de se passionner réellement pour l'histoire ou la mise en scène on se rabat sur les acteurs ; Rooney est une vraie pile qui panique à la moindre occase, Jeanne Cagney se la joue femme fatale suave et, en bonus, tout de même, on a droit à un Peter Lorre plus triste que la mort en gérant du magasin de jeux : il fait son petit numéro de clown éternellement triste et dénote forcément dans ce cadre bruyant dédié normalement au fun... Chacune de ses apparitions est forcément un ptit bonheur même si, comme bien souvent, le type est méchamment sous employé... A force de faire des cagades, on sent que Rooney va finir en enfer mais il a la chance, dans le dernier quart d'heure, de tomber par hasard (il a braqué sa caisse du mec) sur un avocat-bon samaritain-ange gardien comme si avant de chuter définitivement, il avait encore droit de passer au purgatoire. C'est moralement un peu lourdingue et notre gentille série B, de lorgner vers la C - ah ben nan po un happy end, on avait dit "noir"... Certes, me direz-vous, c'est le monde de Mickey... On préférera autant, quitte à évoquer le gars Pichel, l'histoire d'un vrai tombeur (Robert Young) dans le plus péchu They won't believe me ; Quicksand ne peut franchement émouvoir que les ptits cœurs de midinette.
Ils ne voudront pas me croire (They won’t believe me) (1947) d'Irving Pichel
On continue notre odyssée de films noirs ricains avec cette très bonne petite surprise mettant en scène un véritable tombeur (Robert Young, séducteur malgré lui) autour duquel gravitent trois femmes, sa légitime (Rita Johnson dévouée et friquée... mais cela ne fait po tout), puis, à tour de rôle, deux bien jolies créatures (Jane Greer, grande classe, et la troublante Susan Hayward). Pas facile de quitter la première quand celle-là tient non seulement le cordon de la bourse mais sait aussi se montrer particulièrement inventive (déménageons, tu l'oublieras... Tu en retrouves une, partons dans un ranch isolé...) pour garder son homme à ses côtés. Mais il est définitivement difficile d'être un homme fatal... Robert, point insensible à la thune, va parvenir à "résister" avant de laisser ses sentiments prendre le dessus. Malheureusement pour lui, le sort va s'acharner pour qu'il boive la coupe jusqu'à la lie...
Le film s'ouvre avec notre Robert au tribunal : il est accusé du meurtre de sa femme. Il va tenter, patiemment et sincèrement, d'expliquer aux jurés la vie qu'il a menée ; profiteur, sûrement un poil, infidèle, même pas la peine de le nier, menteur, il le fut en effet, assassin, alors là jamais... Mais voudront-ils le croire, là est toute la question. Faut dire qu'il va jouer de malchance : quand il décidera enfin de couper tout lien avec sa femme et de se barrer avec la belle Susan, pam, c'est l'accident tragique. Quand il décide de la jouer ultra fine (la Susan fut carbonisée dans l'accident et les autorités pensent qu'il s'agit de sa femme) en assassinant lui-même sa femme (vu que tout le monde pense qu'elle est morte, hein, c'est po bien grave), il découvre que celle-ci est déjà morte après une chute malencontreuse... Il se débarrasse du cadavre, ni vu ni connu, et à lui la vie de patachon... Mais le Robert est décidément maudit et rien ne va se passer comme prévu.
Il est difficile de ne pas avoir un tantinet d'empathie pour cet homme dont les femmes tombent amoureuses en un clin d’œil. Je m'explique. Il va bien tenter une première fois de combattre cette fatalité - il pose un lapin terrible à la pauvre Jane qui aura malgré tout bien du mal à être rancunière - mais la seconde fois, il finit par craquer... Une échappée belle avec la charmante Susan avec laquelle il est comme un poisson dans l'eau - la jolie séquence au bord du lac ; fi de l'argent, de sa femme possessive et manipulatrice, à lui la liberté... Jusqu'à ce qu'un camion lui rentre dans la tronche. Certes, il a l'intention de supprimer sa femme, mais là encore le destin lui joue un petit tour imprévu... Il ne se fait finalement plus guère d'illusion lors du procès (Dieu lui a donné du charme et le Diable semble vouloir s'en jouer pour qu'il ne puisse jamais vivre ses amours...) et Pichel de nous concocter sur le fil un petit twist (indévoilable) terriblement caustique... Une bien bonne série B comme on les aime avec son lot de créatures féminines, une fois n'est pas coutume, en véritable victimes de l'amour. "Fatal Bob", obviously.
Noir c'est noir, c'est là












