23 novembre 2011

La Camargue (1966) de Maurice Pialat

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur La Camargue alors que, franchement, vous avez absolument rien demandé (et rien à foutre... ? non, allons pas de mauvais esprit), c'est ce que nous propose ce petit doc de six minutes signé du gars Maurice. Bon c'est vrai qu'une fois qu'on a parlé des taureaux qui folâtrent avec les hommes (attention un taureau qui ne ressemble "ni moralement, ni physiquement" au taureau de corrida espagnol - c'est vrai que le taureau espagnol a de quoi avoir le moral super bas...) et de ces petits chevaux camarguais ("L'homme peut se confier à son sabot plein d'assurance"... Mouais, c'est un cheval quoi...), il ne reste pas grand-chose à dire... Une terre toute craquelée qui donne po franchement envie, des gardians ("véritable cow-boy d'opérette" - tiens, dans ta gueule) qui se baladent fiers comme Artaban avec leur accoutrement ridicule, l'église des Saintes Marie... Mouerf, pas de quoi fouetter un chat. Dans ces cas-là et pour ne pas finir par dire des trucs genre "un bon vieux bout de terrain où il n'y a franchement rien à faire", autant louer l'isolement du bazar qui lui donne, forcément, "tout son charme"... On en a jamais douté... Bon, outre le fait que cela vienne compléter l'odyssée pialathone qui a la gueule bien ouverte maintenant - on les aura po volé nos médailles de cinéphages, clair -, je me demande si je pourrais pas refourguer ce truc "vintage" en cours de FLE - y'a toujours une leçon sur la Camargue, sûrement pour ne pas trop donner le goût de venir aux étrangers...  (je déconne, of course). Pas de petit profit, c'est ça.  

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A nos Amours (1983) de Maurice Pialat

"La tristesse durera toujours" - Van Gogh -

"Ça me frappait beaucoup cette phrase. Je pensais comme tout le monde. Je croyais que c'était triste d'être un type comme Van Gogh. Je crois qu'il a voulu dire que c'est les autres qui sont tristes. C'est vous qui êtes tristes. Tout ce que vous faites, c'est triste..."

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A nos Amours  est à la fois le portrait d’une adolescente de seize ans qui se cherche et celui d’une famille qui se délite. Sandrine Bonnaire, dont il s’agit du tout premier film, apporte son innocence et sa candeur à ce personnage de Suzanne qui enchaîne les liaisons et les désillusions. Nombreuses sont les relations avortées de Suzanne à un âge de la vie où l’on ne finit pas toujours ses phrases, à une période où il est souvent plus facile de savoir ce que l’on ne veut pas que ce que l’on désire…  Suzanne passe donc d’un amant à l’autre sans jamais vraiment parvenir à s’attacher, refusant de se donner à son premier amour mais n’hésitant point à suivre des hommes pour une relation d’un soir ou à avoir une aventure avec un homme infidèle : que retire-t-elle réellement de ces différentes histoires ? Le plus souvent un certain dégoût… Elle semble vouée, dès son plus jeune âge, au désenchantement et nombreuses sont les occasions où elle exprime tout son mal-être.

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Mais le pire, chez Suzanne, semble surtout venir des relations qu’elle entretient avec sa famille : un père, souvent des plus maladroits pour communiquer avec sa fille, qui finit par déserter le foyer, un frère violent qui ne rate rarement une occasion pour la battre et une mère totalement schizophrène qui n’en finit point d’avoir de terribles crises… Difficile dans ses conditions de trouver un véritable équilibre sentimental et affectif. Maurice Pialat, fidèle à son style ultra réaliste, filme ses séquences explosives au plus près et réalise ainsi sûrement l’un de ses films les plus âpres (et ce malgré l’évidente luminosité de son héroïne). Les coups pleuvent sur Suzanne mais celle-ci n’hésite jamais à relancer la bagarre, entretenant des liens ambigus avec son frère qui a de son côté des relations quasi-incestueuses avec sa mère... Si le portrait de cette fille de seize n’a en fait rien de réjouissant, le portrait de cette famille qui se déchire sous nos yeux est finalement encore pire. Quand Suzanne se marie pour pouvoir s’émanciper et échapper à cette infernale ambiance familiale, la lune de miel tourne court… Elle se lasse rapidement de cet homme protecteur un peu tendre et rejoint l’un de ses anciens amants. Le titre – A nos Amours – qui aurait pu annoncer une œuvre relativement gaie prend alors une résonance terriblement caustique.

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Et pourtant, de l’amour il y en a malgré tout, en particulier dans les relations entre Suzanne et son père. Même si ce dernier se montre souvent autoritaire envers sa fille, il parvient à plusieurs occasions à faire preuve d’une immense tendresse, d’une véritable attention (la magnifique séquence où il remarque que sa fille a perdu l’une de ses fossettes) et leurs échanges se teintent d’une grande sincérité (la discussion qu’ils ont sur les relations intimes). Ce sont d’ailleurs peut-être les deux seuls personnages qui semblent trouver grâce aux yeux du réalisateur, qui semblent pouvoir nourrir un quelconque espoir : en décidant de quitter cette famille on ne peut plus sordide – le père s’installant dans un autre appartement et la fille décidant de s’envoler vers d’autres horizons -, ils peuvent espérer échapper aux rapports destructeurs qui règnent en maître au sein de cette famille. La séquence sur la toute fin où le père fait une apparition surprise dans son ex-foyer et règle à chacun ses comptes est d’une intensité terrible – aussi glaçant que la musique de Klaus Nomi et, sans aucun doute, un très grand moment de cinéma du père Maurice… Un immense Pialat, acteur et réalisateur, que dire de plus mes bons...?

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17 février 2011

La Maison des Bois (1971) de Maurice Pialat

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Bon ben franchement, j'ai un peu tardé pour m'y mettre, mais La Maison des Bois du père Maurice, c'est quand même franchement que du bonheur. Je me suis enquillé pratiquement les sept épisodes à la suite et c'est comme replonger dans son enfance. Certes je ne suis point né au début du siècle dernier (un peu plus jeune, oui), certes je ne fus qu'un Bourbonnais de "la ville", mais j'ai plongé dans ce récit avec une facilité déconcertante, avec un ressenti à fleur de peau, avec un plaisir immense. Quel est le secret de Pialat ? C'est tout simplement que tout sonne juste, c'est pas plus compliqué que cela. Les acteurs, professionnels ou non, sont parfaits (de Pierre Doris et Jacqueline Dufranne - un sourire qui contient toute la compassion du monde - jusqu'au bedeau et au jeune facteur), les enfants sont dirigés de main de "maître" (j'ai toujours adoré Pialat quand il fait l'acteur et toutes les séquences dans la salle de classe sont d'une spontanéité rare - on a toujours l'impression d'être dans une sorte d'improvisation parfaitement contrôlée (la leçon de morale sur "l'instruction", gigantesque); pour preuve également cette mini-séquence où Pialat, dans la cour de récré, demande à un enfant s'il est content de retrouver son père, ancien Poilu, et que ce dernier lui répond que son père est poilu comme un singe : Pialat explose de rire et quitte le cadre en riant sous cape... magique) et chaque dialogue est parfaitement "mis en bouche" par chacun des interprètes - comme ce paysan, dans le premier épisode, qui lance un "J'y va", faisant resurgir immédiatement l'image de mon grand-oncle et son patois qui me valut, d'ailleurs, plus tard, quelques petits problèmes de conjugaison... Ce petit monde de la campagne française est retranscrit avec une fidélité extraordinaire avec en prime toute une page d'Histoire - la Grande Guerre - et puis, surtout, le récit de ce gamin aussi turbulent qu'attachant, en quête de repères, d'affection... Du particulier à l'universel, c'est du Pialat au sommet de son art.

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Difficile de savoir par où commencer pour aborder cette oeuvre... Il est beaucoup question dans La Maison des Bois d'absence (Hervé privé de sa mère, qu'il ne reverra jamais, et de son père, engagé dans la guerre, qui ne peut lui rendre visite que rarement... Hervé finira par être recueilli par son père mais aura encore plus de mal à oublier "ses parents d'adoption transitoire", son papa Albert (Doris) et sa maman Jeanne (Dufranne) qui ont tant veillé sur lui), de deuil (de la mort de la Marquise en ouverture à la perte de ces "gamins" embarqués dans cette guerre), de départ (de multiples séquences évoquant, souvent en fin d'épisode, des séparations, des fuites (l'exode des paysans suite au rapprochement du front), ou encore l'entrée dans la guerre de nouvelles recrues...): autant de moments-clés, chargés d'émotion où il est bien difficile de pas en avoir gros sur la patate - putain de larmes qui tentent de faire leur chemin pendant qu'on mord sa couverture (fait froid en ce moment... diable). Beaucoup d'émotion, oui, mais sans jamais tomber dans le mièvre mélo ou l'effet facile, les acteurs jouant ces moments cruciaux avec, généralement, une magnifique retenue. Même si le dernier épisode parisien est un peu "en dedans" comparé aux autres, ces retrouvailles entre Hervé et ces "parents d'adoption" - une séquence qui convoque finalement tout un passé, tout ce qui a disparu, tout ce qui est perdu - finissent par vous scier les deux pattes.

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Tableau du monde rural, donc, aussi avec ces personnages hauts en couleurs (le bedeau et le vin de messe, une séquence inoubliable, son cafetier fort en gueule, ses gendarmes po finauds...) mais qui ne tombent jamais dans la caricature. Pour n'en citer qu'un, il y a ce magnifique personnage de "châtelain", le Marquis (Fernand Gravey), totalement esseulé dans sa baraque déserte depuis la mort de sa femme et qui n'en demeure pas moins, à l'occasion, proche des paysans (cherchant autant à régler la panouille dans laquelle s'est mise papa Albert qu'à jouer le rôle de père "d'emprunt" auprès d'Hervé). L'épisode sur la visite de ces deux Parisiennes perdues sur ces routes de campagne, passant leur temps à se plaindre et à se chamailler pour rien, n'en a que plus de sel comparé à la petite vie simple, apaisée et terre-à-terre de nos campagnes (...): il faut les voir avec leurs carottes à la main incapables de savoir ce qu'elles pourraient en faire... 

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Et puis il y a l'histoire de ce gamin, à la fois souvent abandonné à lui-même et enfant chéri de ce couple de paysans ; à la fois charmeur et tête de lard, il fait un peu figure d'électron libre au sein de cette campagne où au hasard des rencontres (l'aviateur, le Marquis, l'instit,...) il y a toujours quelqu'un qui se charge de le prendre sous ses ailes. Il semble faire le lien entre chacun des personnages de ce petit monde, un environnement qu'il aura forcément bien du mal à retrouver durant sa vie parisienne. Un enfant blessé au coeur par les circonstances capable de trouver à doses homéopathiques ses petites sources de bonheur lors de cet "exil" forcé... Ecorché mais aussi curieux, volontaire, tout Maurice dans une assiette. On pourrait également évoquer les petits clins d'oeil de Pialat à Tati (le jeune facteur) mais surtout à Renoir (la scène du pique-nique au bord de l'eau avec les deux canotiers) même si, finalement, le petit monde recréé par le grand Maurice paraît plus "réaliste", plus nuancé, plus juste que son aîné. "Juste", encore une fois, mais ce n'est que faire justice d'employer ce mot à propos de ce cinéaste tant son univers cinématographique est d'un naturel confondant - la marque des grands. Bref, "la plus grande série française réalisée pour la télé" ? C'est presque une injure tant la compétition n'a jamais été vraiment relevée... Définitivement, nous on t'aime Maurice.            

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14 février 2011

Le Garçu (1995) de Maurice Pialat

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La dernière cuvée pialatesque, comme le bon vin, s'améliore, à mes yeux, au fil des années... Quelque peu désarçonné il y a 15 ans lorsque que je l'avais découvert à sa sortie (mais de l'eau est passée depuis sous les ponts de Cunlhat), je me suis cette fois-ci beaucoup plus laissé prendre par cette histoire "d'amour impossible" - mais possible aussi quand même, parfois... Les hauts et les bas de l'existence de notre ami Gérard (je le trouve franchement parfait, ici, Depardieu) qui a bien du mal à garder ce qu'il a - une femme, un fils voire un père -, qui regrette, qui tente ici ou là de recoller les morceaux, qui peut y parvenir pour un temps, mais un temps seulement, parce qu'on ne refait pas un homme aussi chiatique (il râle le Gégé, c'est inné...), aussi égoïste. Même s'il est capable d'éclair de générosité (envers son fils), d'affection (envers son fils et sa femme), d'humour (pauvre Rocheteau, simple faire-valoir dans l'histoire (il a bien fait d'arrêter là, d'ailleurs, sa carrière d'acteur), qui se fait méchamment chambrer - magnifique scène pleine de spontanéité que celle où Pailhas et Depardieu ricanent dans le dos de l'ex-ange vert déchu), il ne parvient point à "ressouder" à lui ceux qu'il aime. Ambiance souvent tristoune pour ne pas dire mortifère (la mort glaciale du père) traversée de magnifiques fulgurances pleines de causticité, de fous rires, de vie.

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Après des vacances à l'île Maurice qui tournent mal, Gérard va mener une vie quelque peu chaotique, écartelé entre sa femme, son fils, son ex-femme, sa maîtresse. On peut s'arrêter là en guise de résumé, l'intérêt se situant avant tout dans ces petites tranches de vie que Pialat capte avec son immense talent de cinéaste. Gégé est un râleur pure souche et il est bien difficile d'oublier l'ombre du Maurice derrière ces nombreuses répliques tranchantes voire assassines ; déjà à Maurice il trouve le moyen de se plaindre (encore bouffer des crevettes ou des langoustes... j'ai envie de viande, moi - rien que ça, ça va me faire la journée...), comme s'il avait un don pour sortir, à la moindre occase, les phrases qui font plaisir ; qu'il parle des pantalons 19090533"trop larges, à chier dedans" que portait sa femme quand elle était avec lui ou qu'il se lance dans une des pires non-déclarations d'amour faite à une femme (l'amour fou, la passion, ça n'existe plus... une femme tombe enceinte et puis pschitt, c'est le vide), on ne peut pas dire qu'il fasse toujours l'effort pour se montrer particulièrement rassurant, positif... C'est sûr que face à un Rocheteau constamment dans ses petits souliers (sans crampons), il a bien du mal à ne pas l'écraser de tout son poids, de toute sa masse humaine. Même quand l'ancien attaquant, dans un sursaut d'orgueil, lui dit ses quatre vérités à propos de ses absences, de son manque d'attention envers son fils, il cherche à dégoupiller la situation en s'en sortant avec une pirouette et son sourire ravageur. Il sait qu'il est capable du meilleur (le camion miniature qu'il offre à son fils - il prend à l'occasion des postures angéliques comme s'il pouvait se racheter une conduite en un clin d'oeil) mais il a malheureusement bien du mal à s'y tenir, à l'image de sa liaison pathétique avec sa nouvelle maîtresse... Portrait (miroir) d'un homme sincère (le regard totalement perdu de Depardieu à la mort de son père - grand moment qui coupe les deux jambes), entier dans ses partis pris ("l'école, ça bousille tout" - ça, c'est fait), capable d'avoir un sens aigu de la dérision (son ricanement incontrôlable quand les soeurs entonnent leur chant devant le corps de son père), touchant (ses regards à la dérobée sur son fils qu'il a à peine vu grandir - "le temps, ça file" - po mieux), individualiste, capricieux - en deux mots comme en cent, terriblement humain... Allez, encore 15 ans, et je serai bien capable d'employer le mot de chef-d'oeuvre.

sophiegarcu

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12 octobre 2010

L'Ombre familière (1958) de Maurice Pialat

Pialat_Ombre_famili_reAprès Drôles de Bobine réalisé sous acide (je sais, je monte d'un cran depuis le dernier post), la descente est terrible. L'Ombre familière est un court glauque comme un cours de rivière polluée avec une musique électronique vintage qui vous glace le sang tout du long. Après la fête du slip de 57, Maurice fait dans le pensum morbide, triste comme une piscine vide. Et c'est d'ailleurs (quel sens de la transition mes amis), une piscine désaffectée qui semble bien le personnage principal de ce déprimant récit. Trucmuche (en voix off, je t'ai reconnu putain Maurice) téléphone à Machine pour lui annoncer la mort de son pote Fernand (ou un truc comme ça). Dire que Fernand est mort, dire qu'il est mort Fernand... Je me demande à l'usure si la chanson de Brel n'est po plus gaie que ce bazar. Notre couple se rappelle la dernière fois qu'ils ont vu Fernand dans cette piscine oubliée au milieu des bois. Ils avaient passé toute la journée à errer dans ce bâtiment désert à s'emmerder comme des rats morts. Le lieu était déjà hanté à l'époque, eh ben depuis la mort de Fernand il l'est encore vachement plus. Po grave, Trucmuche fera un film en ces lieux-mêmes, qui devrait lui servir d'exutoire, et notre petit couple pourra aller de l'avant... Le générique tombe, on remercie les Dieux d'avoir arrêté là la chienlit. Maurice s'est acheté un cadreur uniquement pour filmer des toiles d'araignées et des murs fêlés ; quand il y a un léger travelling avant, on pense que le type s'est endormi sur sa caméra et a fini par tenter enfin un mouvement inconsciemment... Même si le couple pète le feu vers la toute fin, on ne peut s'empêcher de les regarder avec l'oeil méchant par simple esprit de revanche : le genre de court-métrage qui te plomberait ta soirée et la suivante. Heureusement j'ai La Maison des Bois en point de mire, le Maurice devrait se faire aisément pardonner. 

Tout Pialt akbar est dans cette direction

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Drôles de Bobine (1957) de Maurice Pialat

Pialat_Dr_les_de_bobinesLes premiers courts métrages du gars Maurice ont cela d'étonnant qu'ils demeurent relativement imprévisibles ; avec Drôles de Bobine, on est plutôt dans l'ère de la grosse déconne à la Buster Keaton. On découvre un Maurice barbichu sous-directeur d'entreprise qui fait sa gym et prend son petit dèj avec son serviteur sur le toit d'une maison ; on est dans le burlesque total et encore compréhensible avant de partir dans une longue suite de saynètes abracadabrantes où l'on passera du coq à l'âne avec comme seul véritable fil conducteur... des kilomètres de bande Velpo (...). Course poursuite en bagnoles sous les yeux hallucinés des badeaux, personnages filmés en accéléré dont on ne sait rapidement plus qui court après qui et surtout pourquoi, combats à grands coups de parapluie et cascades au bord d'un toit - la "petite vieille dynamique" a failli mourir trente fois au cours du tournage (faudrait d'ailleurs qu'on m'explique comment elle a fait son compte pour se retrouver dans cette immense cheminée qui domine les environs...), autant de séquences incontournables genre. Maurice devait sûrement à l'époque fumer de l'herbe pure de Cunlhat pour mettre en scène un délire pareil... Une parenthèse en tout cas totalement inattendue dans la filmographie du gars qui a du en avoir marre de la morgue des curetons. Surprenant, c'est le mot...

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08 octobre 2010

Congrès eucharistique diocésain (1953) de Maurice Pialat

4342141131_97d931845fOn reste dans les oeuvres qui provoquent des passions énormes, et force est de reconnaître que ce reportage pêchu sur un Congrès eucharistique diocésain qui se tient à proximité d'un petit village, en plein air, Mesdames Messieurs, en présence (attention roulement de tambour) de l'évêque de Clermont Ferrand, n'a quand même pas grand intérêt - j'aurais pu dire aucun, mais j'aime cette bonne ambiance champêtre qui sent le gazon fraîchement coupé. On a un plan magnifique sur des bigotes qui tirent la langue comme des gamins mal élevés pour recevoir l'hostie - faut pas être bégueule pour être curé quand même - et franchement on se dit que ces petites réunions catho ne nous ont jamais manqué - l'évêque est, qui plus est, droit comme un Pie et sérieux comme un Pape (il faut bien que je brode). Quelques plans d'ensemble sur la campagne, mouais, un montage qui ne cesse de surprendre - po compris ce plan d'une seconde sur un pauvre verre d'eau ! - mais comme c'est Maurice, on est à genoux (je mens, allons, on ne peut pas être toujours totalement de mauvaise foi)... Bon j'espère seulement que ces autres premiers courts réalisés pour se faire la main ont un peu plus de pêchouille... 

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Isabelle aux Dombes (1951) de Maurice Pialat

4342141087_e86d181899_oPointu sûrement que ce premier court de Pialat, nécessaire, je pose la question... Un montage assez foutraque où l'on suit dans le désordre des plans sur la nature, le passage d'une voiture qui s'arrête (un plan noir d'une bonne minute pendant lequel on considère son lecteur DVD  avec inquiétude), une femme poursuivie par un homme filmé "en négatif," des animaux morts, un personnage avec des tranches de concombre sur les yeux qui pourraient bien représenter la mort... Mouais, je vois pas trop où le gars Maurice veut en venir - il doit faire de sales cauchemars en repensant à ses promenades à Cunlhat... - si ce n'est que la nature est sacrément hostile. Il a en tout cas bien fait par la suite de s'acheter les services d'un cadreur et d'un monteur. Ces Dombes me laissent sinon bien dubitatif venant d'un Maurice qui, à vingt-six ans, n'a absolument rien d'un grand formaliste... 

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28 septembre 2009

Courts-Métrages Turcs de Maurice Pialat - 1964

Intéressante petite série de 6 films de commande, qui emmène notre franco-français Maurice sur les bords du Bosphore. D'un simple exercice de documentaire, il parvient à la longue à dévier habilmeent sur une oeuvre poétique et intime qui marque vraiment des points. Il faut dire qu'à la caméra, y a pas la moitié d'un aveugle, en la personne de Willy Kurant, reporter de guerre et qui fait preuve ici d'un sens du cadre absolument parfait. Du coup, le petit côté touristique de la chose disparaît complètement au profit d'une certaine radicalité toute en sobriété, et on a bien l'impression d'être en face d'une oeuvre cinématographique en plein, là où on pouvait s'attendre à une séance de "Connaissance du Monde".

La_corne_d_orOn commence doucement avec Corne d'Or, premiers pas de Pialat dans Istanbul, peut-être le moins bon des courts. Curieusement dénué de toute présence humaine (si ce ne sont quelques silhouettes alibi), le film cadre au plus près des lieux que tout visiteur de la cité se doit de visiter : mosquées, rives du fleuve, rues étroites. Ce ne serait guère plus que ça si Pialat n'avait choisi une option qui renverse complètement la donne : en voix off, d'ailleurs très joliment utilisée par André Reybez, on entend un extrait d'un journal de voyage de Gérard de Nerval. On comprend vite que c'est vers la rêverie, vers la poésie, vers l'évocation que Pialat veut nous emmener, plus que vers l'objectivité du documentaire. Bien lui en prend : on sent dès ce premier film hésitant que Maurice est happé par ces ambiances et qu'il se dirige vers une contemplation intime des choses (ces très beaux plans larges qui embrassent tout un pan de la ville).

istanbulCa se confirme avec Istanbul, beaucoup plus réussi puisqu'il délaisse les bâtisses pour se rapprocher des gens. Ou plutôt : il s'efforce de placer les gens dans leur milieu. Pialat filme les petits métiers, encore d'un peu loin, encore timidement, mais avec déjà cette assurance que c'est là que réside la vraie beauté de la ville. Gendarmes excités aux coins des rues, petites gens désoeuvrés en goguette, vieillards ployant sous des montagnes de cagettes, magma des voitures : on tente le pittoresque, mais avec toujours cette voix off qui éloigne le film des simples images commentées. Superbe incursion dans le souk, qui rend parfaitement compte de l'atmosphère feutrée et "lascive" du lieu (oui, j'y suis allé), et jolies ballades dans les salons de thé au son de la musique orientale : le dépaysement est là, la plongée se fait plus nette, un style se met clairement en place.

ma_tre_galipMaître Galip est superbe, Pialat choisissant définitivement l'option "rêverie" et délaissant peu à peu l'ethnologie. Cette fois, le texte est local (de Nazim Hikmet), et il fait une grande part de la qualité du film. Les visages sont serrés au plus près, toutes générations confondues, et le texte de Hikmet fait la part belle aux angoisses intérieures des Stambouliotes (mot compte triple), qui sont bien sûr les mêmes que celles du reste de l'univers (chômage, mort, vieillesse). Surtout, le texte est à la première personne, ce qui nous rapproche encore de l'intimité recherchée par Pialat. On voit aussi, esquissée avec diplomatie, une scène d'excision assez effrayante sous la joie de la musique et des danses : deux mômes couchés dans un lit avec quelques jouets, entre effroi et rigolade, fixés avec fascination par la caméra de Kurant, qui ne fait qu'évoquer mais rentre de plain-pied dans les sujets délicats et sociaux. Toutes les générations sont là, avec comme point commun la pauvreté, l'angoisse et le questionnement. Poignant.

byzancePetit saut en arrière avec Byzance, moins intéressant. Cette fois, on se tourne vers l'histoire des guerres ottomanes, narrée un peu platement par Stefan Zweig. Si la technique s'affine, avec ces très souples travellings de plus en plus complexes qui se promènenet le long des ruines et des forteresses, on s'éloigne un peu du propos (dessiner la Turquie sous l'angle poétique) pour ne s'accrocher qu'aux faits. Pialat a beau essayer de convoquer les fantômes des armées en cadrant ces lieux déserts remplis d'Histoire, il ne parvient qu'à une vague évocation maladroite (ces bruits de bataille sur des lieux vides, mmm).

pehlivanPehlivan vient nous rappeler qui est la patron, et surtout que celui-ci a un sexe. Après les films quasi-mystiques, voici venir les rites les plus païens qui soient, et le fait est que Pialat excelle dans l'exercice de la sensualité exotique. Ca commence par 6 minutes hallucinantes sur un tournoi de lutte traditionnelle : des gusses taillés dans des troncs d'arbre s'enduisent d'huile et se jettent les uns sur les autres. Les corps luisent, les mains agrippent tout ce qui dépasse (suivez mon regard), les positions se font ouvertement sexuelles, Chéreau a dû apprécier. Le film rend parfaitement compte du côté sulfureux de la chose, épousant les rythmes du combat dans une sorte de danse lascive troublante : d'abord des corps fatigués, en attente, l'un sur l'autre, attendant la faiblesse de l'autre ; puis une soudaine violence fulgurante, que Pialat monte sur une musique tonitruante. On quitte ensuite Têtu pour aller faire un tour chez Playboy : la cérémonie se conclue par des donzelles avec moins que rien de costume, qui se dandinent gaiement en agitant des nibards à peine couverts et en ondulant des hanches que c'en est un scandale. C'est chaud comme la braise. Le plus drôle étant que le public contemple tout ça, lutte et strip-tease, avec le même flegme, qu'ils s'agissent de riches bourgeois, de femmes voilées ou d'enfants étonnés. Un court ouvertement sexués, qui se lâche méchament.

bosphoreEnfin Bosphore termine la série par la rêverie pure. En couleurs, le film flâne le long du fleuve, s'ouvre sur l'infini de la mer, au son de la belle musique de Delerue. Pialat oublie les faits pour cette fois, et c'est tant mieux : il se laisse aller à l'abstraction, à l'observation lente et intérieure de ces paysages splendides. Il revient même sur des lieux qu'on a déjà vus dans les autres courts, et les recadre de la même façon (mais en couleurs, donc), comme un bilan, un adieu. Le film y gagne une nostalgie qui fait son effet. Le dernier travelling est pialatesque en diable : cadrant d'abord un groupe de bateaux encore rattachés à la ville, il panote doucement pour cadrer le vide (la mer, avec cette légère brume très douce), puis s'arrête sur une barquasse toute seule dans l'immensité ; plan fixe, et le mot "fin" apparaît en minuscules. Pialat peut retourner à ses tourments (L'Enfance nue se prépare) ; il aura eu au moins son quart-d'heure de sérénité.

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18 septembre 2009

Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat - 1972

vlcsnap_2009_09_18_19h33m22s239Le gars Maurice n'en est qu'à ses débuts, et déjà tout est là. Le style absolument indicible, la colère rentrée, la violence des rapports, la finesse inconcevable pour ce qui est d'écrire un personnage cérdible, et surtout cette chienne de vie, insupportable et vaine. Nous ne vieillirons pas ensemble, à l'image de son splendide titre, est d'une tristesse totale, que seuls peuvent atteindre les films humbles et simples. Et comment faire plus humble, comment faire plus simple que ce scénario minimaliste, débarrassé de tout ce qui ne concerne pas son seul sujet : une rupture, point barre.

Le film nous choppe dès le départ à la fin d'un couple : elle, qu'on devine admirative, dont on sent qu'elle a aimé jusqu'à l'abandon d'elle-même, est fatiguée aujourd'hui, veut changer de vie ; lui, qui cache ses sentiments sous une colère violente de chaque instant, qui cache son amour sous l'humiliation et le sarcasme, attend que ça se passe. Petit à petit, scène par scène, on assiste à un délitement, à un effondrement : plus elle s'éloigne, plus il s'accroche ; plus elle l'aime, plus il la détruit. C'est banal, oui, comme toutes les fins d'histoires d'amour ; mais comme elles, c'est également vlcsnap_2009_09_18_19h49m33s213terriblement mélancolique, d'une violence sans cris (ou presque) qui vous serre le coeur. Pialat est au plus près de cette histoire, et à chaque nouvelle scène nous sidère par sa justesse, par la vérité qui émane de son film. Suite de longues séquences dialoguées, filmées au plus sobre (souvent juste quelques recadrages sur le couple dans une voiture, mais à l'aide de travellings latéraux de toute beauté, qui viennent toujours chercher la petite émotion de celui qui écoute plus que la violence éclatante de celui qui parle), qu'on pourrait finalement attraper dans n'importe quel coin de rue : c'est le style Pialat, une véracité qui confine à l'hyper-réalisme, si bien que la frontière entre fiction et réalité se brouille souvent.

On a en effet souvent autant peur pour Marlène Jobert que pour son personnage. Pialat a visiblement eu un coup de génie en choisissant cette actrice-là, petit corps solaire et fragilissime, qu'il oppose à la masse-Jean Yanne, montagne de frustrations, de refoulements, de sentiments rentrés, de "vulgarité". Ce sont deux personnages communs, comme on peut en voir tous les jours, impression confirmée par cette scène de bal où notre petit vlcsnap_2009_09_18_19h51m25s61couple est perdu au milieu des autres amoureux, qui vivent sûrement eux aussi d'autres histoires banales. Mais leurs confrontations sont toujours border-line, effrayantes, inapaisées. Les deux acteurs sont bien entendu au-delà du grandiose dans leur jeu, à la frontière de l'improvisation, toujours surprenants (on ne sait jamais comment la scène va se terminer, d'où ce vertige étrange, cette peur), et on sent bien souvent que les regards qu'ils posent l'un sur l'autre doivent autant à la psychologie des comédiens eux-mêmes qu'à celle de leurs personnages. Difficile d'imaginer la somme de "torture" qu'a dû leur imposer Pialat pour parvenir à ce résultat, et surtout pour arriver à leur faire endosser cette part d'autobiographie qui éclate d'évidence dans cette histoire. Car Pialat règle ses comptes dans Nous ne vieillirons pas ensemble, avec sa famille (déjà ce voyage douloureux en Auvergne, comme dans La Gueule ouverte, comme dans Le Garçu), avec son passé, et surtout avec lui-même. Une mise à nu qui bouleverse complètement.

vlcsnap_2009_09_18_19h29m16s78Quant à la mise en scène, très sobre comme je disais, elle est pourtant elle aussi immensément mélancolique. La profusion des scènes de voitures met en évidence l'isolement complet du couple au sein de la foule : on aperçoit à travers le pare-brise le monde qui continue à vivre, alors qu'à l'intérieur se noue le plus grand drame qui soit (la fin d'un amour). Dans le dernier plan, terrible, on verra Jean Yanne apercevoir une dernière fois Jobert qui lui fait un signe, à travers le pare-brise, puis rentrer doucement dans la masse des autres véhicules qui tournent sur une place. Poignant symbole de ce qu'il y a d'insupportable dans le fait de perdre celle qu'on a aimée, ce qu'il y a de révoltant à retrouver après un amour l'horrible quotidien. Les scènes plus lumineuses (si on peut appeler ça comme ça) ont l'aura de la nostalgie, portent en elles cet oubli et cette disparition qui font toute la douleur de ce film. Pialat a signé le film ultime sur la rupture, comme il signera plus tard le film ultime sur la paternité, sur la mort ou sur la peinture. C'est ce qu'on appelle un génie, il me semble.

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