27 avril 2011

Courts-Métrages (1985-1997) de Nicolas Philibert

La Face nord du Camembert (1985)

vlcsnap_2011_04_27_22h06m12s21Philibert retrouve son compère de Moi, Pierre Rivière... et de La Voix de son Maître, Gérard Mordillat, alors sur le tournage de Billy ze Kick, ce qui lui donnera l'occasion de filmer pour la première fois l'alpiniste Christophe Profit. Ce dernier double un acteur devant escalader un joli petit immeuble (le fameux camembert) de 60 mètres. Le Christophe te grimpe ça avec une facilité et une assurance déconcertantes, à tel point qu'on aurait bien envie de faire équipe avec lui pour faire un remake d'Arsène Lupin... Oui, bon ça va moins loin qu'il va haut, je vous l'accorde. Un court qui donne l'occasion de le voir grimper sur tous les angles, les plans en plongée ou latéraux se révélant tout de même toujours aussi impressionnants.


 Le Come-back de Baquet (1988) 

vlcsnap_2011_04_27_22h09m59s252On retrouve l'ami Profit qui emmène en cordée le violoncelliste Maurice Baquet (qui fut d'ailleurs également acteur, notamment dans Le Crime de Monsieur Lange ou Les Bas-Fonds de Renoir). Ce dernier, trente-deux ans après avoir réalisé la première ascension de l'Aiguille du Midi par la face sud avec le célèèbbbre alpiniste Gaston Rebuffat (mais si, rappelez-vous), s'amuse à retrouver les sommets et les sensations de sa jeunesse avec son nouveau compagnon de cordée. Sur quelques notes de Bach qu'il interprète de main de maître, le gars Maurice se plaît à faire le pitre (on est content pour lui, sans vouloir être dur), comme s'il revenait soudainement à cette lointaine époque avec son grand pote (on les découvre dans des petits films vintage du Gaston). Profit enquille sagement ses parois et finira également par se prêter au jeu des relations maître-élève en donnant quelques coups d'archets pendant que le Maurice joue. Deux de cordée, comme un fil amical tenu et tendu entre le présent et le passé...


Vas-y Lapébie ! (1988)

vlcsnap_2011_04_27_22h10m33s68Vainqueur du Tour de France 1937, "Le Pétardier" est un cycliste sain (oxymore) à qui on n'a jamais eu besoin de mentir et qui peut encore faire du vélo à 77 printemps - fume po, bois po, même pas du vin rouge alors qu'il est de Bordeaux, est végétarien (mon opposé, quoi...) - ; l'homme, quand il n'est point sur son deux roues, continue en 88 de suivre les coureurs pour leur donner de son allant à défaut de son talent. Grande anecdote que celle de ce Paris-Roubaix (Shangols dans la peau de Jean-Paul Ollivier) où il creva à quelques kilomètres de l'arrivée alors qu'il était échappé en compagnie de deux belges : pas de voiture d'accompagnement bien sûr à l'époque et notre gars qui avise dans le fossé un vélo... pour femme ; il s'en saisit, trouve quelques kilomètres plus loin un vélo de coureur, re-changement de monture, rattrape les deux hommes et gagne au sprint... Extraordinaire, sauf qu'il fut finalement disqualifié pour ne pas avoir gardé le même vélo... Le monde est vraiment trop injuste et on comprend son effondrement à l'arrivée, diable... Un homme passionné par la petite reine jusqu'à coucher avec (dit comme ça, ça passe mieux), finissant d'ailleurs même par avouer qu'il aime plus son vélo que lui-même... Rah c'était décidément une autre époque, bonnes gens ! (spéciale dédicace - on peut oser les messages intimes après plus de 4000 chroniques - à mon popâ tout blessé par sa dernière chute).


Dans la Peau d'un Blaireau / Portrait de Famille / La Métamorphose d'un Bâtiment (1994)

vlcsnap_2011_04_27_23h15m54s116Petits compléments de programme à Un animal, des Animaux, le premier court-métrage traite de taxidermie (je vous rassure, aucun lien avec l'article précédent, il ne s'agit point de Bernard Hinault), le second des parentés entre toutes les espèces animales, et le troisième de l'historique du Muséum national d'Histoire naturelle où l'on fait la part belle aux travaux de rénovation dans les années 90. On se rend compte que le taff de taxidermiste, c'est tout sauf éventrer un animal pour le fourrer de paille... Je fais mon naïf mais on assiste à toutes les étapes méticuleuses de la naturalisation (moins compliqué tout de même que pour un sans-papier) du "dépiautage" au "recousage" (ah oui, diantre que ces mots sont laids), un véritable travail d'artisan de haute volée (confection d'une structure métallique, modelage, coup de karatéka pour donner une forme à la bête...). Comme Philibert, j'avoue une certaine fascination pour la confection des yeux et on regrette presque qu'il n'ait été faire un tour dans les ateliers de ces travailleurs en voie de disparition... Le second court est un montage à la mitraillette d'une foultitude d'espèces conservées dans ce muséum (des papillons aux drôles de trognes de singes - ou de lémuriens, suis po spécialiste), une évolution qui semble aller de la beauté brute à l'effroi (plusieurs singes étant fixés en train de pousser leur cri), le rôle de l'homme n'étant sûrement point étranger à cette attitude finale... Enfin le troisième film apparaît comme une sorte de condensé du long-métrage ; j'aime beaucoup l'image de ce rhinocéros "taxidermisé" que l'on ramène dans ses quartiers, l'angle de la prise de vue donnant l'impression que l'on va s'en servir comme d'un "bélier" (forcément) pour ouvrir la grande porte du bâtiment... Trois courts pour faire durer le plaisir.


Nous, sans papier de France (1997) - Film collectif       

vlcsnap_2011_04_28_00h22m26s50Un appel ému (face caméra, stoïque, l'actrice tout en étant sûrement concentrée sur son prompteur déclame son texte avec une évidente sincérité) pour la régularisation des sans-papiers. Il est fait état clairement de leur situation (payant des impôts comme "tout le monde" et devant accepter souvent des boulots sans avoir le même droit que les Français) et cette déclaration solennelle et on ne peut plus justifiée est forcément vibrante. Tiens, c'était il y a déjà treize ans... Heureusement depuis, la situation s'est notamment améliorée - c'est de l'humour noir (j'allais dire du zemmour noir mais j'ai honte de plaisanter en évoquant ce cuistre personnage (triste euphémisme)) venant d'un Français qui travaille depuis plus de dix ans, en contrat local, à l'étranger sans avoir jamais eu à faire face à ce genre de problème. La France, de mon enfance..., chantait l'autre...

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26 avril 2011

Retour en Normandie (2007) de Nicolas Philibert

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Plus qu'un simple "retour" sur les terres du tournage, trente ans après, de Moi, Pierre Rivière... (le film de René Allio sur lequel le tout jeune Philibert fut premier assistant à la mise en scène (avec Mordillat)), ce doc est construit comme un véritable "palimpseste visuel" où le cinéaste se plaît à traiter en parallèle l'histoire originelle de cet assassinat en 1835, les difficultés du tournage du film en 1975 et la vie, depuis, de ces autochtones-acteurs amateurs d'un film ; le fil rouge entre ces trois "couches" du récit pourrait se trouver dans la détermination, la pugnacité, l'effort, les sacrifices dont devaient faire preuve ces paysans du XIXème, le cinéaste que fut Allio qui eut l'audace de monter ce projet en faisant un minimum de concession, ou encore, au cours de leur vie, ces gens simples et ordinaires pour qui le tournage, sans constituer bien entendu "l'événement" de leur vie, fut une expérience plus ou moins marquante... trois récits auxquels pourrait s'ajouter la quête même de Philibert dont le père, décédé depuis, participa à une mini-séquence du film (un plan coupé au montage mais finalement retrouvé non sans mal par le documentariste...).

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On sent bien à quel point Philibert s'est totalement immergé dans son projet, fouillant différentes archives, divers fonds pour retrouver à la fois tous les écrits ayant traits au procès de l'époque (du manuscrit écrit par Pierre Rivière pour "expliquer" ses actes aux minutes même du procès) et toutes les notes de travail prises par Allio avant et pendant le tournage. Mais au delà de ce travail de fond pour exhumer les "lignes de force" de ces deux "aventures" peu banales, il met la même passion à s'intéresser aux parcours de ces individus qui ont participé aux tournages ; sans jamais essayer de "forcer le trait", de chercher à tout bout de champ un lien entre ce film et l'existence, par la suite, de ces acteurs-amateurs, il parvient malgré tout au fil des interviews à tracer de subtiles relations entre les deux : cette femme, jouant la sœur de Pierre Rivière, qui reconnaît que le travail sur retour_en_normandiela psychologie de son personnage l'a sûrement aidé plus tard dans son travail - qui est en relation avec des adultes déficients mentaux ; ce couple qui évoque les forts troubles psychologiques de leur propre fille à l'âge de 16 ans ; ces paysans d'aujourd'hui filmés dans leur dur labeur ; ou encore Claude Hébert, acteur principal du film d'Allio, qui après une courte carrière au cinéma, est devenu missionnaire ; son témoignage sur l'intégrité d'Allio cinéaste, sur sa manière de jouer son personnage de façon à échapper à tout manichéisme, sur les affinités troublantes entre lui-même et Rivière (dans le rapport à l'écrit ou à la solitude - Hébert n'a assassiné personne sinon...) est un moment précieux qui donne la pleine dimension du travail de Philibert, révélateur des liens invisibles entre passé et présent, réalité (celle de 1835), "fiction" (le tournage du film) et... réalité (celle d'aujourd'hui). On pourrait parfois avoir l'impression que Philibert se "perd en route" en évoquant des épisodes qui n'ont qu'un lointain rapport avec le tournage du film d'Allio (la séquence d'ouverture, en particulier, avec la naissance des porcelets (une réanimation "musclée" en direct, ciel...) ou celle (âmes sensibles s'abstenir - je préfère couper court à tout futur commentaire : oui, c'est violent voire à la limite de l'insoutenable mais cela existe...) de l'abattage d'un porc) mais ces images de vie (acquise au forceps) et de morts violentes, sont autant d'écho au récit de Rivière et aux difficultés, à l'âpreté de cette condition paysanne (normande ou autre). Une mention au passage sur ce bien joli et intelligent montage (signé Philibert himself) en "poupées gigognes" qui place définitivement le cinéaste parmi les vraies valeurs sûres du documentaire en France. Ça, c'est dit.

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23 avril 2011

Qui sait ? (1999) de Nicolas Philibert

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Philibert plante sa caméra dans les locaux - provisoires - du Théâtre National de Strasbourg, juste le temps d'une nuit, alors qu'une quinzaine d'élèves sont amenés à réfléchir à un spectacle sur la ville elle-même. Partant simplement d'une "enquête" que chacun a effectuée en ville sur une idée, un thème précis (les cigognes, la bouffe, la découverte d'un quartier...), ils tentent tant bien que mal, ensemble, de définir la forme générale du spectacle - discussions infinies... - ou de mettre en scène une séquence avec trois bout 6854de ficelle et une poignée de personnages qui laisse une grande place à l'improvisation. Le résultat est un peu laborieux, longuet, même si ici ou là on assiste, en creux, à une véritable réflexion sur leur travail (la difficulté de créer sans texte ni metteur en scène, comment définir exactement ce qu'est un personnage de théâtre, l'impact d'une pièce sur les spectateurs...) ; entre deux discussions où il est bien difficile de mettre tout le monde d'accord, on assiste donc à des saynètes improvisées qui font, au mieux, sourire - le sportif sur le toit de la cathédrale, le tableau final de l'horloge animée avec le sculpteur -, à une séquence de "cirque de base" - comme une réelle mise en abyme de leur difficulté à construire quelque chose ensemble (de petites "pyramides humaines" qui ont bien du mal a tenir debout) - , ou à de petits numéros de chants (sûrement les instants les plus "aboutis", maîtrisés et où, malgré les voix "discordantes", chacun parvient à "jouer" ensemble). Il faut prendre l'objet tel qu'il est et pour ce qu'il est, autrement dit comme un véritable "work in progress" : l'idée de départ est plutôt bonne, dommage que le résultat ne soit, lui, pas plus passionnant que cela - on assiste d'ailleurs plus à des "remises en cause", à des critiques (comme si la motivation initiale de la plupart des comédiens en herbe sur ce projet était loin d'être au top - certains sont totalement muets tout du long et semblent regretter de faire l'impasse sur une bonne nuit de sommeil...) qu'à des réflexions véritablement constructives. Qui sait ? Ben po eux en tout cas (Rah, j'suis un peu dur)...

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16 avril 2011

Trilogie pour un Homme seul (1987) de Nicolas Philibert

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Nicolas Philibert suit les traces d'un Herzog - toute proportion gardée - avec ce doc sur l'alpiniste Christophe Profit qui enchaîna en hiver (il l'avait fait précédemment en été), en moins de 48 heures, l'escalade de trois des sommets les plus difficiles des Alpes. Un peu comme faire trois marathons d'affilée, en pente... en plus dur - sans parler des risques de chute... Quelques images de grande beauté avec notamment ces prises de vue tourbillonnantes d'hélicoptère lorsque notre homme atteint les sommets ou lorsqu'il se fait une descente vertigineuse en parapente. Au delà de ça, on suit les réactions de sa femme, organisatrice et première "supportrice" (dans tous les sens du terme) de ses exploits. Difficile de vraiment saisir la difficulté d'une telle prouesse, même si lors de la seconde escalade effectuée de nuit, sans lampe, on sent que notre homme (contacté par talkie-walkie, il lâche un "la montagne c'est parfois la vérole" qui en dit long) vit des heures ardues - déjà monter deux étages quand la lumière est en panne, c'est la croix et la bannière, alors... mouais, po comparable, j'avoue. On sent son degré d'épuisement à la fin de cette seconde étape et on se demande comment l'homme trouve encore en lui des ressources pour se taper, au final, le mur du Cervin... Mais notre Christophe continue de crapahuter comme une araignée sur un radiateur sans avoir jamais aucun "fil", aucune corde de sécurité. Philibert filme "à brut", laissant le soin aux journalistes qui suivent l'événement de poser les questions ("Po trop froid ?"... Et mon piolet dans ta... J'exagère). Si l'émotion perce parfois sur le visage de l'alpiniste lorsqu'un seuil est franchi, on ne perçoit jamais une once de doute, aussi bien chez lui d'ailleurs que chez sa compagne, comme si ce genre de luxe ne pouvait être permis. Bien joli dépassement de soi, tout en sobriété et en humilité. Une leçon à mettre... à profit - fallait bien une chute.

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28 septembre 2010

La Voix de son Maître (1978) de Gérard Mordillat et Nicolas Philibert

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Mordillat et Philibert donnent la parole à quelques grands patrons de l'époque (les Dalle, chez l'Oréal, Françoise Gomez chez Waterman, les Trigano et autres Boussac ...) et cela donne lieu à quelques propos qui nous font bien comprendre à quel point le petit monde de nos amis les gros capitalistes se sent totalement dans son droit. Les deux réalisateurs entrecoupent ces belles paroles d'une logique "inattaquable" (l'art de tout justifier, j'ai un sac d'exemples ci-dessous à refourguer, attendez) de quelques plans de montage à la chaîne comme pour revenir par intermittence à la réalité du monde des entreprises. Si certains discours mériteraient un débat approfondi - pour ou contre, soyons ouvert et lucide, bien sûr - ce qui frappe le plus c'est avec quelle parfaite sérénité, que dis-je avec quelle absolue confiance les gaziers lâchent leur propos qu'ils boivent eux-mêmes comme du petit lait, qu'ils assènent même parfois en prenant la peine de se mater les ongles comme si leurs idées géniales étaient supra naturelles et évidentes. Qu'ils soient avachis sur un canapé ou sur leur tapis de salon pour la jouer à la coule, ou raide comme des piquets sur leur trône, rares sont ceux (sauf erreur aucun, mais bon, je peux m'emballer) qui émettent "un soupçon de poil" de doute sur les magnifiques théories qu'ils développent. Qu'ils s'engagent sur les terrains mouvants des syndicats, de l'autogestion d'une entreprise ou encore de l'anonymat au sein de celle-ci, ils ont tous une riposte implacable et d'une condescendance édifiante pour faire bien comprendre que la vérité est forcément de leur côté. Ils sont patrons, bordel, c'est pas pour rien, qu'on se le dise et qu'on le médite. CQFD.

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Rien que la discussion initiale entre nos big boss sur le titre à donner au doc (rahh nan pas "La voix de son Maître", y'a plus adapté) est du nanan. On passe en un tour de table, justification à l'appui de "Oui boss" (ah le modèle américain of course) à "Les Patrons" (un peu daté peut-être mais tellement jouissif...) des "Conquérants du Possible" (j'ai versé une larme) au "Nouvel Animal politique" (fichtre) pour conclure par les magnifiques "Les Vainqueurs" puis "Les Gagneurs" (érection unanime). Quelques morceaux choisis pour la route pour vous convaincre de l'absolue nécessité de voir ou de revoir cette bien belle chose qui date de 32 ans déjà mais qui n'a pas pris une ride. On attaque avec le patron de Brandt-Thomson qui regrette "l'absence de rapports humains avec ses ouvriers" mais qui constate, totalement soulagé, qu'il y a heureusement dans l'entreprise "des intermédiaires" - le mot n'a jamais pris une connotation aussi froide... Le directeur d'IBM lui fera plus tard écho en rappelant le rôle des managers (ptite pression sur le dos, les gars) au sein de chaque département pour régler les problèmes individuels : un discours humaniste génialissime si ce n'est qu'il s'agit d'une certaine façon de trouver un moyen pour contourner à tout prix les syndicats - l'enchaînement avec le plan sur une carrosserie de bagnole plongée dans de l'eau tombe à pic.

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Ce serait forcément mieux, continue un autre, de connaître tous les gens de l'entreprise "personnellement" - ouais, ok, mais faut po oublier avant tout (...) d'une part la productivité et d'autre part la conquête du marché... dans le but bien sûr évident et primordial de... faire vivre ces mêmes gens - j'applaudis à deux mains. Le gars Boussac, dans la foulée, nous ferait passer de la joie aux larmes lorsqu'il évoque que les suppressions de postes qu'il a faites en prenant les rênes de l'entreprise de l'oncle ont été le "moment le plus émouvant de sa carrière" - même sa cravate est encore toute humide... Encore plus fort quand l'un n'hésite point à certifier que l'entreprise est un "lieu de création". Ah, oui, comment va-t-il retomber sur ses pattes celui-là ? Mais bon, lieu de création avec "quelques règles" dont la toute première est "la satisfaction du client" - je me disais bien qu'il y avait une arnaque (C'est du Luc Besson ?  Mais non on est 78, voyons petit)...

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Autre sublime leçon de vie quand un boss évoque le problème des rachats de sociétés : "les gens qui sont absorbés sont forcément vexés" - ok, jusque-là, je suis. Il faut donc très vite "réagir" pour couper court à cette vexation et "leur enlever ce complexe" - trop urbain. D'où la notion fondamentale dans l'entreprise de "l'anonymat" pour leur faire "oublier qu'ils ont été absorbés par tel groupe qui porte tel nom" - putain, trop fort. D'où le fait que "l'anonymat est une force" - je suis bouche bée d'admiration. Le directeur de Paris-Bas frappe encore plus fort lorsqu'il cherche à justifier le fait que ce soit normal que les actionnaires désignent le chef d'entreprise et non point le personnel : cette possibilité serait "invivable" car le monde de l'entreprise n'est point une démocratie, elle ne peut en effet vivre "que dans l'état d'une constitution monarchique" - demain, je revends toutes mes actions bordel. Notre ami Dalle, lui, (toujours plus haut) voit le monde fabuleux de l'entreprise comme "la dernière paroisse" - mon Dieu - et balance toute idée d'autogestion d'un revers de la main en notant, pauvre petit con, que tout groupe a besoin "de trouver un chef" - voilà. Le type de Darty finit par asséner un coup fatal à ces couillons d'ouvriers en notant le traumatisme que représente dans une entreprise en plein développement la constitution d'un syndicat : quel choc terrible en effet pour tout patron qui pensait jusque-là que "tout le monde était heureux" - j'invente rien. On pourrait glaner ici ou là encore quelques phrases collector qui, même hors contexte (faut se taper souvent un bon vieux discours mettant en avant la logique infernale de leur théorie), valent leur pesant de boulons : "Mieux vaut-il être manipulé par des gangsters que par des communistes ?" se demande l'un sérieusement (il opte de façon superbe pour la deuxième solution, rien à dire...); ou encore, pour éviter un conflit avec les ouvriers, quelle meilleure solution que de "mettre [son] langage à portée de [ses] interlocuteurs" - wahou, si noble. Et c'est pas fini : "Les hommes ne progressent que sous la contrainte et dans l'effort" - file-moi un chtit coup de fouet pour la route, plizzzz. Ou enfin cette petite phrase d'un patron bourré d'empathie : il faut "laisser naître quelques tensions pour que les gens s'expriment". Plus tard, pâpâ, moi aussi je veux être patron pour être sûr d'apporter aux modestes travailleurs que je ferai vivre, en me sacrifiant corps et âme, la parole divine. Amen. A voir en boucle à genoux les mains en prière.

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30 août 2010

Etre et Avoir (2002) de Nicolas Philibert

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Nicolas Philibert ouvre son film en nous montrant... des vaches (est-ce pour bien nous faire comprendre qu'on sera dans la cambrousse (le fin fond du Puy-de-Dôme ; ne m'en parlez pas, je fus voisin) ou pour nous indiquer qu'un troupeau de mômes n'est pas forcément plus facile à gérer...?) puis, ensuite, deux tortues qui traversent la classe à leur rythme (le clin d'oeil est cette fois-ci beaucoup plus franc : l'apprentissage est résolument un truc qui va piano piano, et il vaut mieux avoir une carapace pour se protéger des coups de baguettes - je plaisante, l'instit c'est Maître Yoda avec la barbe de Lucas). J'avais sûrement été beaucoup plus pris lors de ma première vision mais ce doc de Philibert passe, avouons-le, tout en douceur. Il sait aérer parfaitement son documentaire en nous montrant, entre deux petites leçons ou incidents de classe, cette bonne vieille campagne auvergnate au rythme des saisons et dont notamment les rudes hivers m'ont fait perdre plusieurs orteils. Il nous emmène également dans l'intimité de ces fermes où les séances de correction des devoirs des gamins se révèlent souvent plus périlleuses que la traite des vaches. Ah l'éducation, c'est une histoire de patience où il ne faut pas avoir peur des ratés. Les deux petites séquences en début du doc sur la confection de crêpes (et un oeuf qui tombe à côté du bol,  et une crêpe qui vient mordre la poussière...) et sur les gamelles en luge sont bien là pour montrer que tout ne va jamais tout seul - à chacun son rythme et ses aptitudes : il semble ainsi dix fois plus facile pour un gamin de conduire un tracteur que de multiplier un par trois (3x1=1, tu seras catholique mon fils).

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Prof (surtout lui qui gère quand même alone de la maternelle au CM2), c'est un taff multitâche où il faut être - entre autres, of course... - aussi bien capable de gérer les disputes (notre instit ultra zen qui sort au débotté quelques formules qui te forge un homme : quand on se bat, ce n'est pas forcément important d'être le gagnant, on peut rester à égalité  (Sarko a fermé l'école depuis)) que d'expliquer aux parents que leur fille pourrait tout autant s'épanouir en dehors de la cellule familiale (l'instit fait passer cela avec son plus beau sourire, niveau diplomatie c'est du très lourd). Il y a forcément, comme dans tout doc du genre, ses stars : la chtite Marie, avec sa bouille trognonne et sa façon de comprendre toujours dix fois plus vite que les autres, est rapidement attachante même si le gars Jojo, qui semble, lui, foirer tout ce qu'il entreprend, peut aisément prétendre à la palme : Jojo qui valdingue dans l'herbe après une poussette de l'un de ses camarades et qui va se plaindre dans les jupons du maître, Jojo qui se lave les mains - comptez trois heures, plus une pour le front -, Jojo et la photocopieuse - dans la vie rien n'est simple mon gars... -, Jojo et la notion d'éternité (aujourd'hui Jojo découvre les milliards)... Le gamin est un bon client et c'est du pain béni pour Philibert, toujours à l'affût du regard perdu du bambin. Notre instit, lui, semble "terriblement parfait" (ça use, les gens trop patients... ehehe) dans sa façon de toujours venir en aide aux plus faibles. Il faut le voir concentrer son attention sur la chtite Nathalie, une gamine aussi renfermée que Mesrine (hors cavale, bien sûr); lorsqu'il lui annonce tout timidement, alors que la gamine va partir en sixième, qu'"il faut bien qu'on se sépare un jour", le truc est aussi prenant que la scène des Parapluies de Cherbourg à la gare. La gamine ne peut contenir ses larmouilles... pour être imitée peu de temps après par l'instit alors que tous les gamins partent pour les grandes vacances : la chtite larme à l'oeil qui transperce le coeur... C'est beau, l'émotion d'un prof quand il est sincère... (no comment - oui, ça fait toujours plaisir d'être enfin en vacances sans avoir à donner de cours... hum). Joli doc avec un instit humble et lettré - à voir. (Le pire jeu de mot du mois, c'est fait...)

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21 avril 2010

Le Pays des Sourds (1992) de Nicolas Philibert

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Si, lorsqu'on évoque les aveugles, une foule de métiers nous vient immédiatement à l'esprit (accordeur de piano, masseur, etc...), cela semble moins évident pour les sourds : utilisateur de marteau-piqueur, passeur d'aspirateur...? Bon, ok, je déconne, ce qui est d'autant plus stupide que Philibert signe ici l'un de ses meilleurs docs, subtilement intitulé Le Monde du Silence - ah non, c'est vrai, c'était déjà pris par cet enfoiré de Cousteau. Même si Herzog a déjà réalisé le doc ultime sur ce genre de handicaps (Le Pays du Silence et des Ténèbres sur les aveugles-sourds - toujours imbattable Werner dans les extrêmes, cherchez pas), Philibert se distingue ici en papillonnant dans de multiples directions : éducation des jeunes enfants, cours de langage des signes à des entendants, mariage et vie quotidienne de deux sourds, spectacles artistiques, interviews - sous-titrées -, rencontres interculturelles... Ces rencontres donnent d'ailleurs sûrement lieu à l'un des moments les plus attendrissants du film, lorsque, au moment de leur séparation, ces Américains et ces Français s'étreignent comme des Bisounours qui partiraient sur le front : le sourd semble beaucoup plus démonstratif dans ses gestes d'affection, au moment d'une séparation, que l'entendant blasé qui, à part agiter sa petite menotte dans tous les sens en disant "orvoir, orvoir", semble, généralement, plus distant...

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Comme le souligne le prof en langage des signes, si le langage diffère d'un pays l'autre, en deux jours, deux sourds peuvent facilement se comprendre; c'est une vraie leçon, vu qu'au bout de six ans mon chinois se résume toujours à un sourire dans les bons jours et à un doigts dans les mauvais (c'est très rare, quoi que puissent en dire les mauvaises langues); ce prof, relativement sincère et direct dans ses propos, fait un intéressant petit laïus sur la capacité des sourds à emmagasiner dans leur mémoire les images (plus d'un parle d'ailleurs de son expérience inoubliable en tant que spectateur de cinéma) et n'hésite pas ensuite à avouer qu'il aurait préféré avoir une enfant sourde pour pouvoir "mieux communiquer avec elle" - parce que le monde des sourds reste finalement à part, quels que soient les progrès réalisés dans leur intégration à la société (pour nuancer, un type, genre Balavoine du pauvre, dont les parents sont sourds depuis cinq générations, a décidé, lui, de ne pas avoir d'enfant : comme une manière d'avouer indirectement les difficultés à vivre avec ce handicap). D'autres témoignages sont relativement intéressants voire troublants : il y a cette femme sourde qui évoque la décision terrible de ses parents de la placer plus jeune dans un asile psychiatrique (elle aurait presque pu jouer dans deux films de Philibert), ce qui fait résolument frémir. Un autre jeune homme parle du cauchemar, pour lui, tout petit, des appareils auditifs (les abominables bruits de chaises ou de craie sur le tableau) et de sa satisfaction de retourner ensuite dans son monde du silence... Philibert, comme plus tard dans Etre et Avoir, sait particulièrement bien s'y prendre pour filmer les gamins et les séances à l'école permettent de montrer en détails le long processus pour "éduquer" les oreilles des enfants et leur faire travailler la prononciation... Les ptits malins ne peuvent s'empêcher de lire sur les lèvres dès qu'ils le peuvent, chacun développant comme il le peut sa stratégie pour communiquer. On achève ce reportage en étant forcément un peu plus sensible à ce monde "à part" (énormément de sourds en Chine, mine de rien), le documentaire se révélant à la fois instructif et ne négligeant point les jolis petits moments d'émotion. Philibert, sur la fin, ne peut s'empêcher deux petits images symboliques un peu faciles - un mouvement de caméra sur un mur blanc pour conclure une discussion difficile entre le couple de sourd qui cherche à s'installer et un agent immobilier; un des gamins sourds filmé, lors d'une fête foraine, dans un labyrinthe en verre... - mais on ne lui en veut pas tant l'ensemble constitue une vraie réussite qui décille souvent les yeux...   

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13 avril 2010

La Moindre des Choses (1997) de Nicolas Philibert

Philibert prend ses quartiers dans l'institut psychiatrique La Borde et suit, en particulier, les répétitions par les patients de la pièce Opérette de Gombrovicz. Prendre possession d'un personnage alors même que ces internés n'ont pas pleinement gardé la possession de tous leurs moyens, c'est forcément une bonne idée pour tenter de "faire tomber le masque" et cerner au plus près la personnalité de ces individus. Philibert ne se contente pas de les filmer en plein travail créatif, il incorpore au sein de son doc de nombreuses interviews où les patients font souvent preuve d'éclats étonnants de lucidité; la frontière entre folie et raison est loin d'être toujours aussi tranchée et, même si certains ont tendance à piquer un peu du nez au milieu d'une activité, cette façon de  chercher à les "responsabiliser" autant que faire ce peut semble, irrémédiablement, porter ses fruits.

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Philibert parvient à capter de véritables instants magiques lors de ces répétitions ou du spectacle final - ces séquences de danse comme suspendues dans la réalité - mais vole aussi certains plans (le patient qui hache farouchement le persil ! - le summum de la confiance, respect...) ou certaines réflexions qui flirtent avec la comédie (le malade à l'infirmerie, bras tendu en attendant sa piqure, qui entame une chanson de Johnny "Noir, c'est noir...") voire la poésie brute (alors que le tonnerre gronde un des patients lâche un "Les aveugles, ils habitent où ?" qui laisse comme deux ronds de flan). Beaucoup aimé également l'une des "vedettes" du doc, en charge du standard, qui explique calmement à son interlocuteur, apparemment interloqué, ce que signifie "rappeler dans une demie-heure": "je vous demande simplement d'appeler à nouveau dans la moitié d'une heure, trente minutes", dit-il poliment avant de traduire l'info en anglais (!); notre standardiste de se demander sûrement de quel côté du mur se trouve le plus de types un peu bouchés... Dans la même lignée, notre homme décidément très attachant expliquera, sur la fin, face caméra qu'il n'est jamais bon de demander à un médecin de faire un bilan de sa santé (mentale) : il reconnaît en cela la malignité de son propre frère qui, lorsqu'il reçoit la visite d'un psychiatre, file à la cave... Vu mon abus sur le rhum hier, je ne peux que compatir. Certes l'institut La Borde jouit d'un cadre proprement hallucinant mais qui semble finalement "à l'image" du travail des aides-soignants toujours au taquet pour valoriser leurs patients. Sûrement plus facile à dire qu'à faire et le reportage de Philibert rend dignement hommage à tout ce petit monde qui cohabite... de l'autre côté du mur. Eclairant.

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05 avril 2010

Nénette de Nicolas Philibert - 2010

19252007_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100218_044019Joli projet que celui-ci, mais qui malheureusement s'avère plus intéressant par son projet, justement, que par son résultat concret. Philibert plante sa caméra devant la cage de Nénette, vieil orang-outang de 40 ans qui coule des jours paisibles au Jardin des Plantes. On ne voit à l'écran que le singe (parfois, ses co-locataires), jamais les visiteurs du zoo, qu'on entend pourtant continuellement : enfants rigolards, touristes concernés, peintres fascinés par l'étrangeté de ce corps, gardiens de la réserve, etc. On comprend assez vite qu'il va s'agir d'une réflexion sur le cinéma lui-même, sur la puissance de la projection du spectateur sur les images : Nénette ne fait strictement rien, elle est juste là, inexpressive, immobile ; mais les commentaires qu'on entend projettent sur cette surface opaque des tonnes de sentiments. Si un gardien évoque la violence du singe, on distingue immédiatement cette violence dans les yeux de l'animal ; si on parle des différents "maris" de Nénette morts tour à tour, son apathie passe immédiatement pour de la déprime ; si les enfants rient d'elle, elle devient effectivement clownesque... tout ça en gardant toujours la même impassibilité, la même opacité dans ce qu'elle ressent réeellement.

19252005_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100218_044018C'est donc une réflexion sur la force de persuasion du cinéma, un peu comme Koulechov montrait comment un même plan peut avoir des dizaines de significations différentes selon ce qu'on lui adjoint de commentaires ou d'images. Intéressant plan de travail, auquel Philibert se tient du début à la fin. Mais au bout de quelques minutes, on a compris le discours, et on aurait envie que le film aille un peu plus loin que cette expérimentation rigoriste de la force des plans. Les cadres sur Nénette ne sont pas particulièrement inventifs, la rare musique un peu redondante, et les commentaires manquent à la longue de réel intérêt. A part la dernière intervention, qui décrit magnifiquement la puissance d'inertie du singe, la densité de sa présence, la grandeur de ce "rien" qu'on voit à l'écran, les autres témoignages ne sont pas vraiment probants. Le film lui-même non plus d'ailleurs, qui finit par ne ressembler qu'à une forme, trop rigoureuse alors que le sujet ne s'y prête pas forcément. Le discours finit par bouffer l'ensemble du film, et on s'ennuie un peu. Ce n'est pas grave : l'ennui fait aussi partie du projet, celui de Nénette finissant par déborder l'écran : on se retrouve à végéter un peu devant un singe qui végète lui aussi. A la rigueur, on aurait aimé que le projet aille au bout de son rigorisme, que le film dure 3 heures et finisse par nous plonger dans la même apathie que Nénette, dans un troublant jeu de miroir beckettien. Tel quel, on constate l'intelligence du propos, l'intérêt du projet, mais aussi le flou de l'éxecution. On conseillera plutôt la lecture du faramineux Sans l'Orang-Outan de Chevillard pour une exploration plus en profondeur de cet étrange animal.

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20 mars 2010

Un Animal, des Animaux (1996) de Nicolas Philibert

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Après le Louvre, Philibert s'attaque à la rénovation du Muséum d'Histoire Naturelle. On retrouve le goût du gars à vouloir capter la relation entre les "oeuvres" et leur entourage, en se focalisant cette fois sur le regard "attentif" de ces pauvres animaux empaillés qui assistent, impuissants forcément, aussi bien au rafraîchissement de leur costume qu'aux travaux sur les lieux. Ils semblent même parfois encore doués de la parole, pardon de cri, le brouhaha des machines paraissant tirer de leurs entrailles un dernier sursaut de vie. Scènes relativement saisissantes de ces animaux sauvages que l'on emballe (ah c'est forcément un sacré bordel de transporter un éléphant, même mort...), que l'on "remaquille", que l'on dépoussière, que l'on remet en place précautionneusement, comme si finalement on était presque plus aux petits soins pour eux morts que vivants. Comme le dit d'ailleurs ingénument une femme à un taxidermiste à propos d'un renard retrouvé écrasé au bord de la route et maintenant empaillé : "Il va mieux maintenant!". Bon cela dit, même si Philibert aime à saisir la précision du taff des taxidermistes (moulage, empaillage, choix des yeux...), la méticulosité qu'il faut avoir pour notamment déployer les ailes d'un papillon voire l'incongruité de certaines situations (on plie une peau de phoque comme une chaussette, l'autruche empaillée, lorsqu'elle est transportée, garde le même air à la con que de son vivant), on reste un peu sur sa faim tout au long du reportage : certes ces animaux sembleraient parfois encore doués d'une âme en observant scrupuleusement leur mise en place dans ce tout nouveau logis taillé sur mesure, mais à force d'enchaîner les très courtes vignettes, on a quand même bien du mal à se passionner outre mesure à la chose : le travail des nombreux spécialistes participant au projet est à peine effleuré, et l'on n'assiste bien souvent qu'à des bribes de discussion sans vraiment savoir qui a finalement décidé quoi et pourquoi... Bref on suit sur une heure ces trois ans de travaux en étant parfois aussi interloqué qu'un perroquet taxidermisé sur la signification et le pourquoi de tout ce bazar  - un peu frustrant pour un spectateur encore vivant (enfin j'espère...)...

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