Le Pirate noir (The Black Pirate) (1926) d'Albert Parker
Un des premiers films en Technicolor, oui Monsieur, et un des seuls qui nous restent de cette période, parfaitement que je suis preneur, d'autant qu'on y retrouve notre gars Douglas Fairbanks, toujours affuté après avoir joué à Zorro, au Mousquetaire, à Robin des bois ou encore au Voleur de Bagdad. On croise les doigts pour avoir notre lot de corsaires sanguinaires, d'île déserte, de trésor caché et de carte au trésor, et on peut dire qu'on est comblé au moins dans la toute première partie du film. C'est vrai que par la suite, notamment lorsqu'apparaît une donzelle - dont le Douglas s'amourache forcément -, le film entre dans un rythme de croisière un peu roploplo. Mais va, fi des critiques, même si la trame se ramollit, Parker nous donne à voir quelques jolis tableaux "hauts en couleurs" avec notamment cette masse de pirates un peu couillons mais toujours vaillants.
Douglas est le seul rescapé d'une attaque de pirates et il est bien décidé à se venger. Il n'aura pas vraiment de peine pour trucider le chef des pirates et deviendra rapidement populaire auprès des corsaires - il détournera un navire à lui tout seul en grimpant comme un singe sur les mâts - avant de se retourner contre cette bande de barbares assoiffés de sang. Une petite pointe de romance pour pimenter le tout et on aura grosso modo fait le tour de la trame. Outre les prouesses physiques du Douglas (te fend une grand-voile de navire en deux avec son coutelas comme moi une motte de beurre avec une hache), Parker prend plaisir à nous montrer ces pirates décidément bien peu civilisés ma foi : en meute (lorsqu'ils dévalisent comme de petites fourmis un bateau conquis ou lorsqu'ils se retrouvent sur le pont à brailler à l'unisson devant leur chef), en petit groupe (le pirate aime à tirer à la courte-paille quand il s'agit de se partager un butin, singe ou femme - nan, font guère la différence eux-mêmes) ou encore en solo (le pirate n'hésite point à fendre en deux un prisonnier qui a avalé une bague (hors-champ, malheureusement) ou à tester la résistance et l'efficacité d'un fleuret sur un type attaché). Aussi bêtas que des moutons allant paître avec un sabre, c'est un peu l'image que l'on gardera de ces individus faibles en neurones.
Parker excelle également à mettre en scène les combats (filmés souvent en plan d'ensemble), mais ma préférence ira pour ce tableau très poétique lors de l'affrontement final : Douglas ramène des hommes de main sur une barcasse qu'ils "auto-coulent" ; c'est bien sûr une feinte pour détourner l'attention et Parker de nous concocter une petite scène "sous-marine" (les effets spéciaux déchirent) pour nous montrer ces assaillants se dirigeant ni vu ni connu vers la coque du bateau : faut le voir pour le croire, et Luc Besson peut aller se rhabiller avec ses raies-mantas prises sur le vif. Cette petite trouvaille m'a finalement peut-être plus impressionné que ces jolies maquettes qui disparaissent dans un nuage de fumée. Un petit mot pour conclure sur ces drôles de couleurs vintage : elles donnent forcément du cachet au récit de ces aventures d'un autre âge, récit que l'on suit avec un plaisir de gamin cinéphile content de sa découverte (un film muet en couleur, ouaahhh). A l'abordage, exactement.




