29 janvier 2007

Juliette des Esprits (Giulietta degli spiriti) de Federico Fellini - 1965

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Voilà un Fellini que je n'avais jamais pu voir, et qui vient enfin de ressortir en DVD dans une version restaurée de toute beauté. Il faut dire que visuellement, Giulietta degli spiriti est absolument splendide. Rarement le père Federico n'avait atteint une telle perfection dans le choix des couleurs (à côté, Jacques Demy est pastel) et dans la démesure de la mise en scène. Du début à la fin, l'écran s'emplit de millions de personnages barjots, de décors hallucinants, d'animaux improbables (du perroquet à l'éléphant, du paon au chihuahua). Si le film annonce les grandes oeuvres baroques qui suivront (surtout La Città delle donne ou Satyricon), la référence évidente semble pourtant être 8 1/2, comme le dit très justement l'intro du DVD (rendons à César). Fellini tente, dans son monde coloré et saturé de couleurs et de motifs, de parler des fantasmes, hantises, craintes, pulsions de la Femme, ou en tout cas de sa femme, Giulietta Masina. Et ça tient du miracle de constater que jamais il ne perd son minuscule personnage de femme-enfant dans ce délire pictural, dans ces mégalomanies de metteur en scène richissime. Giulietta est toujours là, au centre de l'écran, avec son sourire triste, sa bille de clown-enfant, et Fellini arrive magiquement à la filmer dans sa plus douce intimité, bien qu'entourée de 30 éléphants, 80 transsexuels, 11 bateaux de corsaires et 18 sorcières. Si les autres personnages sont des pantins hystériques, surjouant à mort leurs caractéristiques (pas de reproche : ils ne sont que des symboles des fantasmes de la Juliette), Masina, grâce au pur génie de son bougre de compère, ne se perd jamais dans le décor. Il y a même quelques scènes très "secrètes" où le film s'apaise brusquement pour s'attarder sur une forêt, une petite fille qui joue, une femme triste... que Fellini oublie bien vite pour relancer son rythme de fou furieux.

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La limite du film est peut-être un peu là : Fellini semble parfois pris dans le piège de son cahier des charges. "Je suis Fellini, donc il faut que je fasse dans le baroque total, le délire visuel". Dans le genre, on peut préférer les oeuvres futures, plus sensées, plus intelligentes. Ici, on a parfois l'impression d'un lâchage de bride un peu trop volontaire. D'autant que le brave Federico a l'air de ne pas comprendre grand-chose aux fantasmes féminins. Pas que je les connaisse beaucoup plus, remarquez bien, mais la sensation de vérité psychologique et biographique était beaucoup plus présente dans 8 1/2. Ici, on a l'impression que le brave Federico se laisse trop souvent aller à la simple fascination devant les moyens déployés et devant son inspiration picturale, totale ça va de soi. Un grand grand grand grand spectacle, c'est évident, en attendant les chefs-d'oeuvre.

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tutte le pellicole di Fellini : qui

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Nazarin (1959) de Luis Buñuel

grande_nazarin_1_Portrait d'un saint homme (Francisco Rabal, crédible de bout en bout) confronté aux réalités du monde; Buñuel semble chercher aussi bien à nous montrer l'inadéquation de ce comportement christique avec les attentes de son entourage, qu'à nous montrer les limites de cette attitude qui consiste toujours à donner sans jamais vouloir recevoir, le père Nazario achevant son chemin de croix dans un état semi-comateux.

C'est un bon bougre ce père: il se fait voler toutes ses fringues, po grave, on lui donne 2 sous, il les donne à plus pauvre que lui - un aveugle de passage -, une prostituée assassine une femme, trouve refuge chez lui, incendie son appartement, bah qu'à cela ne tienne il part en pélerinage, donnant au passage ses chaussures et ses habits à plus nécessiteux - ce qui n'est pas sans rappeler le fou dans Francesco, giullare di Dio de Rossellini... Lorsqu'on lui demande de réaliser un miracle en se portant au chevet d'une petite fille malade, il finit par accepter, étant témoin de manifestations de la part des femmesnazarin_01_1_ qui touchent plus à la superstition qu'à la foi... Po de bol, la fille guérit, et il se retrouve avec deux femmes qui décident de le suivre coûte que coûte: l'une est la prostituée du début, l'autre une femme qui tente de fuir son ancien amant. Victime de multiples rebuffades (rah il couche avec deux femmes eh lui!) et souvent de coups - à défaut d'une couronne d'épines, il finira avec un coup au front donné par le frère du sergent Garcia en prison -, il continue de croire aux préceptes de son Dieu. Il finira tout de même par être arrêté (toujours l'histoire de la prostituée qu'il a accueillie), mis au ban de l'Eglise pour non-conformisme (le film préféré de Monseigneur Gaillot?) et aura du mal à accepter en fin de film l'aumône qu'on lui fait, une simple paysanne lui offrant un ananas (faut dire sans couteau tu fais quoi avec un ananas quand tu es sur la route?): est-il plus facile de donner que de recevoir? C'est en tout cas ce que semble dire en filigrane l'histoire de la prostituée prête à s'offrir à quiconque mais qui refuse l'amour véritable d'un nain (ouais être nain au Mexique c'est pas le bon plan), l'autre femme qui l'accompagne et qui lui était dévouée finissant elle par revenir vers son moustachu d'amant qui la traite comme un sac de patate.

nazarin05_1_Si la photo de Gabriel Figueroa est de toute beauté, le film, récompensé par le grand prix du jury à Cannes en 1959, manque parfois un peu d'allant. La béatitude du prêtre confiant en sa mission finit par devenir plus pathétique qu'émouvant et la folie imaginative de Buñuel (si ce n'est dans une courte séquence où la femme repense aux promesses de son mari, avec une mise en image "flottante" de son souvenir) demeure peu présente. Superbe scène toutefois dans une étable où le père Nazario recueille sur sa main un escargot, entouré des deux femmes qui se penchent sur son épaule: comme un moment suspendu dans ce monde de brutes...

Tout Buñuel : clique

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28 janvier 2007

Rouges et Blancs (Csillagosok, katonák) (1967) de Miklós Jancsó

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Voilà le genre de film qui me laisse tout simplement sur le cul... Rarement on peut être témoin d'une telle maîtrise technique et ce film est à classer, comme ça à brûle-pourpoint aux côtés de ceux de Kalatozov ou de Sokurov... L'esprit slave a encore frappé.

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Une trame d'une simplicité enfantine: en 1919, des troupes hongroises se rangent du côté des Bolcheviks pour combattre les Russes blancs. On assiste à un ballet permanent d'attaques et de contre-attaques, sans véritables héros, ni même progression narrative. Si les Rouges ont tendance à gracier généralement leurs prisonniers, les Blancs les mettent à mort sans véritable logique, avec une certaine cruauté, n'hésitant à les relâcher pour pouvoir organiser une chasse à l'homme. Les Rouges n'ont d'autres choix que de courir à travers la campagne torse-nus à la recherche d'un improbable abri, une rivière, une forêt, un centre de soins dans lequel ils se mêlent les uns aux autres, les infirmières se portant garantes de respecter le serment d'Hypocrate. Prisonniers froidement abattus contre un mur ou à bout portant, soldats russes exécutés par les leurs pour avoir tenté de profiter sexuellement des civils, suicide d'un Rouge en sautant d'un bâtiment ou d'une troupe entière se jetant dans la gueule du loup en chantant la Marseillaise (en hongrois po chose facile, pour les rimes surtout), Jancso laisse la caméra naviguer d'un camp à l'autre sans véritable prise de position idéologique. Car si sur le fond les mises à mort paraissent au bout du compte relativement absurdes, sur la forme on assiste à un festival de plan-séquences chorégraphiés au millimètre - de quoi mettre tout caméraman à genoux... Ayant un sens inné du format 16/9ème et une maîtrise totale de la profondeur de champ, tous les plans (oui, j'insiste) sont d'une poésie inouïe, culminant dans cette scène d'infirmières dansant la valse dans une forêt de bouleaux (hein?), sous les ordres des Russes blancs; travelling de ouf, plans aériens, caméra virevoltante autour de son axe, panoramiques poussés à l'excès, les gars, c'est une leçon pyrotechnique qui aurait dû faire passer l'envie à Lelouch de faire des films for ever - mais faut pas rêver. Je vois même pas ce que je peux rajouter tant ce film est un enchantement formel pendant 90 minutes et si votre curiosité n'est point piquée après ça que puis-je ajouter? Femmes nues se coulant dans la rivière, courses de chevaux effrénés sur 3000 km, plan de bataille napoléonienne, vous n'avez que l'embarras du choix pour vous y perdre...

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Alors bon, est-ce qu'au final ce trop plein d'esthétisme ne finit pas par tuer l'esprit même du film ? Et ben moi je dis non - et si vous êtes po d'accord c'est pareil -, parce que devant une telle capacité à se servir de l'outil cinématographique, on ne peut que rester béat d'admiration. Comme quoi, en Pologne, y'a pas que des plombiers ou Roman Polanski, qu'on se le dise. 

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Easy Virtue d'Alfred Hitchcock - 1928

easySi on prend Easy Virtue dans son ensemble, on peut considérer qu'il est assez ridicule. Je suis sorti hilare de cette histoire de femme déshonorée par un divorce difficile, et qui n'arrive pas à refaire sa vie à cause de sa réputation. D'accord, c'est un autre temps, je veux bien le reconnaître. Mais les personnages, portés par des acteurs grimaçants parfaitement rigolos, sont tellement caricaturaux que ce mélodrame ne passe jamais la rampe. On reste simple observateur de cette histoire dépassée et improbable, qui aborde pourtant quelques thèmes déjà hitchcockiens en diable (la fausse identité de Suspicion, les procès de Paradine Case, voire les méandres amoureuses de Mr & Mrs Smith).

Dans le détail pourtant, il y a quelques idées assez rigolotes pour emporter l'adhésion. Concentrées uniquement dans les 20 premières minutes (c'est presque un tic dans les premiers films de Bouddha), elles ne suffisent pas à15 faire passer Easy Virtue dans la catégorie des grands Hitch, mais bon... Beaucoup aimé ce plan fixe sur une standardiste de téléphone qui assiste par écouteurs à la déclaration d'amour d'une femme à un homme. Hitch filme ce visage dans ses changements (inquiétude, rire, apaisement, surprise...), ce qui permet de suivre parfaitement la situation, et utilise la "magie" du muet en maître : nul besoin d'entendre les dialogues, ni même de voir les principaux personnages, pour deviner ce qui se passe. Voilà qui va à l'encontre de cette profusion de cartons de dialogues qui émaillent ballotement la suite du film. Les premières minutes sont également parfaites, une scène de procès en divorce. Sur ce genre habituellement hyper-dialogué, Hitch parvient à tirer son épingle du jeu par une utilisation taquine des champs/contre-05champs, et par de nombreuses idées visuelles poilantes : le juge qui regarde par son lorgnon les protagonistes de l'affaire, en caméra subjective ; les longs plans sur des personnages qui parlent sans qu'on sache ce qu'ils disent (inutile, on comprend tout) ; les fondus sur la perruque blanche des magistrats ; la parfaite compréhension de l'espace et du cadre qui permet de suivre les débats sans nécessité de cartons... Ces premières scènes sont parfaites de maîtrise et d'invention. Dommage que pour la suite, Bouddha laisse tomber son film, alors qu'on l'attend au tournant sur plusieurs scènes (aucune invention par exemple sur la pourtant inspirante scène de polo, aucun humour sur la soirée bourgeoise pleine de grosses dondons, suspense pâlot quand l'héroïne est à deux doigts d'être démasquée...). Intéressant parce que rare, dirons-nous, mais pas plus.

sommaire hitchcockien complet : clique avec ton doigt

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L'Ange Ivre (Yoidore tenshi) (1948) d'Akira Kurosawa

angeivreocoll21_1_Première collaboration entre Kurosawa et le Mifune, un film qui finit par faire penser... à La Peste de Camus, tant l'environnement aussi bien que les individus semblent infectés en profondeur.

Des lendemains de guerre qui se révèlent difficiles tant la société japonaise semble être gangrénée par tous les bords. On assiste dès le début du film à une association pour le moins inattendue entre un vieux docteur bourru alcoolique (Takashi Shimura, genre de Michel Simon asiatique, colérique et généreux) et un chef de gang qui se la pète (rôle de jeune premier qui revient au Toshiro, pétant de santé et de charme). Le compagnonnage entre ces deux êtres extrêmes vient du fait que le Toshiro, malgré sa superbe, est atteint de la tuberculose et ce mal finit par le ronger moralement et physiquement. Vivotant autour d'une mare bouillonnante de microbes, le Docteur Sanada est parti en guerreyoidore_tenshi_5_1_ contre les toutes "les bacilles", entendre tous les maux qui pourrissent la société: la tuberculose n'est que la partie visible, le monde des yakusas et leur méthode féodale étant la partie cachée - ou vice versa... Notre ami le praticien cache une femme "mariée" de force à l'ancien patron du quartier qui sort tout juste de prison. Celle-ci, de peur de créer des troubles, est d'ailleurs prête à aller se rendre chez "son ancien seigneur" mais le Sanada la met en garde: "Il ne sert à rien de se sacrifier; il serait temps que l'on se débarrasse de ces mauvaises habitudes". - on entend presque voler les mouches et les kamikazes lorsque cette phrase résonne. Marie-couche-toi-là prête à se donner au plus fort, enfer du jeu, quartier contrôlé par les gangs qui terrorisent les petits commerçants... et ces plans qui n'en finissent pas de glisser sur les eaux troubles de cette mare putride. Il va être décidément bien difficile de mettre fin à toutes ces pratiques ancestrales, cette loi du plus puissant qui a mené le Japon à sa perte. Si la fin en sera forcément tragique, le Toshiro expirant des litres de sang au cours d'un règlement de compte, il faut noter une petite note d'espoir dans la nouvelle génération, l'une des jeunes patientes du docteur, à force de volonté et de sacrifices, ayant réussi à se débarasser de la maladie.

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yoidore_tenshi_3_1_Si le Toshiro Mifune fait une prestation hallucinante (purée, il était po mal l'enfant à 28 ans, faut avouer), tombant peu à peu dans la décrépitude, le mal lui noircissant le visage et sa démarche devenant au fil des jours de plus en plus fantômatique, il faut noter aussi dans un petit rôle -celle de la vieille servante du docteur- la présence de Chouko Iida, une actrice omniprésente dans les films d'Ozu de l'époque. S'il fallait ne retenir qu'une scène, je pencherais pour ce rêve surréaliste où le Toshiro au bord de la mer découvre dans un cercueil son ego malade qui se met à lui courir après - une séquence sublimement montée, faite d'images se superposant sur un rythme effréné, le mal incarné dans ce mort-vivant finissant inexorablement par gagner du terrain. A noter également -mais bon je vais pas non plus écrire une thèse...- les magnifiques panoramiques la nuit sur cette eau maléfique qui finissent sur ce joueur de guitare qui envoie quelques notes de musique qui se perdent dans les ténèbres. Oeuvre puissante, véritable "film noir", qui fait remonter à la surface toute les pestilences d'une société bien malade. 

le sommaire Kuro est là

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Bird de Clint Eastwood - 1988

ce_birdIl me semble bien que c'est par ce film-là, vu au ciné à 17 ans, que j'ai commencé à comprendre que Clint n'était pas seulement un acteur mutique à la crade clope pendouillante, mais aussi un vrai cinéaste, inspiré et modeste. 20 ans après, je confirme : Bird est un très joli film, d'autant que les voies du film biographique sont jonchées d'embûches que le gars parvient la plupart du temps à éviter.

Non qu'il les évite toutes : le film tombe souvent dans le piège de la reconstitution scolaire, avec une application un peu sage à filmer des jolis décors d'époque, et des costumes un peu trop travaillés. Ca sent le potassage de photos de l'époque, peut-on vraiment l'éviter ? (Ma réponse est oui, quand on pense à la magnifique utilisation des décors historiques dans La Reine Margot de Chéreau). On a droit également aux sempiternelles histoires de génie drogué, qui commencent à lasser. Je me répète : à quand un film sur un type normal, je ne sais pas, par exemple euh Modiano... Tous les grands artistes ne sont pas explicables par leur seule marginalité, ou par leurs propensions à se bourrer la gueule, battre leur femme ou se droguer ; il y a autre chose que ces paradis artificiels pour expliquer un génie artistiques. Clint s'attarde trop souvent sur ces choses-là, montrant un Charlie Parker titubant et se détruisant peu à peu. Je veux bien croire que c'est une vérité historique, mais c'est un peu court. Tout comme ces scènes trop volontairement démonstratives, où on veut nous faire prendre de simples anecdotes pour des faits pleins de sens : la visite ratée à Stravinski ou les rapports troubles entre Bird et une mystérieuse Baronne qui restera simple ombre.

Ceci dit, malgré ces défauts, Bird arrive à être passionnant et émouvant grâce à la direction d'acteurs,1988bird01 absolument impeccable. Whitaker est franchement au-delà de l'éloge. C'était au temps où il ne se prenait pas encore pour un acteur, où il n'avait pas encore trouvé cette démarche chaloupée ridicule qu'il arbore aujourd'hui comme une marque de fabrique. Très intérieur, il porte son personnage avec finesse et force à la fois, et les scènes dans lesquelles on le voit simplement jouer du sax sont parfaites. Là, on sent réellement ce qui fait la texture du génie de Parker : une implication mystique, totale, dans les notes et l'improvisation. Je ne suis pas un grand fan de cette musique-là, mais Eastwood et Whitaker parviennent à nous en rendre tout le sens à travers ces scènes simples et directes. J'ose le dire : on a rarement aussi bien filmé la musique. Ca paraît bête comme chou, mais Clint, par une succession de plans souples bien que hachés autour de ses musiciens, arrive à en transmettre le mouvement, amoureusement et intimement.

bird3Il y a aussi de bien jolis dialogues sur le génie, le professionnalisme, la destruction de soi-même, entre Bird et Gillespie (bien bel acteur également), qui montrent que Clint n'est pas dupe de ces scènes convenues évoquées plus haut (drogue et inspiration sont dans un bateau blabla). Eastwood se permet une très belle parenthèse dans la Sud des USA, berceau de la musique mais aussi du racisme, en promenant ses personnages joyeux et colorés dans des paysages inspirés, qui annoncent déjà le réalisateur de Midnight in the Garden of Good and Evil ou de Unforgiven. C'est dans cette simplicité-là, comme d'hab, que le gars est le plus touchant. La modestie fait figure chez Clint de génie, et fait oublier les défauts d'un film que n'importe qui d'autre aurait plombé à mort.

All Clint is good, here

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Un Nommé Cable Hogue (The Ballad of Cable Hogue) (1970) de Sam Peckinpah

0011907CD_1_Alors qu'un froid de canard s'abat sur Shanghai, pas mieux qu'un petit western pour se retrouver la gorge sèche et rêver d'un soleil chauffé à blanc. Mission réussie avec cette oeuvre quelque peu négligée dans la carrière de Sam Peckinpah. Il ne s'agit ni plus ni moins d'une sorte de Walden dans le désert, une sorte du mythe fondateur de la Frontière américaine, avec cet homme qui décide de s'installer au bord d'une source qu'il a découverte à 80 km de toute ville à la ronde.

Cable Hogue (Jason Robards, tâte ma barbe si t'es un homme) est un type simple: abandonné par ses deux enfoirés d'acolytes en plein désert, il commence à réciter ses prières après quatre jours de marche forcée, complètement à sec; seulement un miracle n'est jamais cable_hogue_2003_1_impossible et il advient en prenant la forme d'une petite mare boueuse sur laquelle l'homme assoiffé se jette. Il voit vite l'opportunité qu'il peut tirer de sa découverte en proposant un hâvre de repos pour les chevaux et les gens de passage. Après un petit tour en ville où il fera la connaissance de la... euh... charmante Hildy (on ne peut pas se tromper c'est marqué sur son slip), Stella Stevens aussi fraîche qu'une bière - prostituée de son état et aux seins euh... troublants on va dire, tout comme son regard-, il entreprendra d'apporter la première pierre (ou bout de bois, on s'entcable_hogue_2005_1_end) à "Cable Spring", ville étape très peu fréquentée - une diligence par semaine, c'est po le feu.... Il parviendra bon an mal an à charmer par sa maladresse et sa tendresse pataude cette délicieuse créature blonde, tentatrice éternelle sans avoir besoin de pommes, qui n'hésitera pas à venir passer quelques semaines idylliques dans sa maison perdue en plein Eden sablonneux. Peu d'histoires vraiment contingentes si ce n'est celle de son partenaire de départ, un prêcheur à la parole vive et aux mains lestes (quand prêcher rime avec pécher... cela nous vaut quelques situations coquines) et la volonté de se venger un jour de ses deux faux-frères. Cela finira par advenir avant qu'une Hildy richissime revienne de San Francisco dans une automobile flambant neuve. Mais l'arrivée du progrès sera fatale au Cable, qui trépassera après être passé sous la voiture (on peut y voir une métaphore, tout à fait les gars, on a pas à se gêner). 

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Malgré un faux rythme (c'est pas le final de The Wild Bunch, c'est clair), l'histoire suit son chemin lancinant avec un certain charme désuet. Peckinpah se permet quelques scènes en accéléré pour faire le malin qui tombent un peu à plat mais pour le reste il s'attache à filmer chaque geste de cet homme qui se fond dans son environnement - du lézard lézardant au début du film aux serpents sonnettant sur la fin. Sans aucune prétention, ni chercher à forcer le message, on peut y voir un hommage à l'âge d'or de ces pionniers qui avant de chercher la fortune, avaient surtout l'intention de trouver une vie paisible. Cable Hogue a beau être hâbleur et flinguer pour se défendre, il apparaît surtout comme un homme d'une grande sérénité à l'affût des petits plaisirs - il n'était certes po obligé de hisser le drapeau américain sur son territoire nouvellement conquis, mais bon, à ce niveau-là on se refait po. Drapeau mis à part peut-être -et donzelle d'occase aussi, certes- Thoreau n'aurait sûrement point renié cette version westernisée du loup solitaire.

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LIVRE : La Belle Ténébreuse de Biélorussie de Jérôme Charyn - 1997

9782070404391_1_Fan inconditionnel des aventures du Commissaire Sidel (aucun lien avec l'entreprise du même nom...), il ne m'est jamais désagréable de me pencher sur les petits opus de l'écrivain américain. D'autant qu'ici, il se penche avec une certaine mélancolie sur son enfance dans ce livre hommage à sa mère. On retrouve toute une galerie de portraits pas piqués des hannetons et toujours le même attachement à ses personnages de la pègre qui s'agitent dans les tréfonds du Bronx. Sa mère - surnommée Madame Curie pour son magnétisme exceptionnel - semble régner comme une Déesse sur les tables de jeux, vivant également d'expédients en s'essayant à la contrebande du marché noir. Véritable déclaration d'amour pour celle qui a illuminé son enfance, il dresse également un portrait plus contrasté de son père, fourreur et malingre veilleur de nuit, de son frère, scout et asthmatique, et de lui-même, gosse débrouillard mais ravagé par la tègne. On se demande parfois si toutes ces créatures sortent d'un cerveau fourmillant de souvenirs imaginaires ou si tout simplement il tente de décrire au plus près ce qui constituera la matière la plus importante dans son oeuvre à venir. Attachant sans être mirobolant, une facette très personnelle du "Bébé" Jérôme dont on attend avec impatience la suite de L'Homme de Montezuma

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26 janvier 2007

LIVRE : La Chasse aux Rats (1967) & Enfin la Fin (1997) de Peter Turrini

Sans_titreVoilà deux skuds qui arrivent d'où on ne les attendait pas. Je n'avais pas beaucoup aimé les premiers livres de Turrini que j'avais lus (ici), mais là... Est-ce que je suis d'humeur punkoïde aujourd'hui ? Est-ce qu'écouter Sarko ce matin à la radio m'a donné des envies de chaos total ? Ai-je en ce moment l'âme dévastatrice ? Toujours est-il que ces deux pièces manient l'anarchie et la colère destructrice avec une force hallucinante.

La Chasse aux Rats, jeu de massacre anarcho-porno-bukowskien sur fond de décharge publique, est jouissif dans son déroulement. Un homme amène une femme racolée on ne sait où tirer des rats à la carabine sur un tas d'ordures. Après avoir vidé avec rage leurs poches, leur bagnole et leur passé, après s'être déshabillés entièrement et avoir copulé sauvagement, ils se feront eux-mêmes dézinguer par d'autres tueurs de rats. Ca sent le désespoir et la rage du néant à plein pot, et malgré quelques démodages de style sur la fin, on sent une influence à la Thomas Bernhard dans cette description d'un monde livré à sa perte, d'un monde où les sentiments ne peuvent plus se dire qu'à travers la colère et l'abandon. Je ne vous cache pas que c'est assez cru, et cruel, et pas très gai, mais il y a là-dedans un humour et une urgence d'écrire qui touchent en plein dans le mille.

Enfin la Fin, monologue glacé, montre un homme, flingue sur la tempe, qui annonce qu'il va compter jusqu'à 1000 et se tirer une balle dans la tête. Le décompte commence, froid, inéluctable, égréné par-ci par-là de repères biographiques tous plus désolants les uns que les autres. Dans le processus parfaitement mathématique mis en place, Turrini arrive à parler très simplement d'un homme inadapté aux courbettes sociales, désireux de liberté et ne pouvant l'atteindre qu'en anéantissant tout ce qu'il aime. Jusqu'à ces quelques répliques curieusement romantiques où il s'adresse à la femme qu'il a (ou aurait pu) aimée. Là aussi, le chaos fait brusquement son apparition sur le plateau, sous la forme d'objets absurdes (une chaussure de ski, une montre, un mixeur, une coupe de champion...) qu'il extirpe d'un tas de sacs poubelle, symboles triviaux d'une existence ratée. C'est absolument effrayant.

Deux brûlots en un seul livre. Merci qui ?

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Darkness de Jaume Balagueró - 2003

darkness01Autant j'avais été assez convaincu par Fragile, film intéressant justement par son travail sur les mécanismes du cinéma d'horreur, autant, pour le coup, Darkness s'enfonce trop profondément dans les clichés du genre pour convaincre. On connaît toutes les ficelles employées par Balagueró : les ombres qui passent au premier plan dans un trait strident de violon, le plan subjectif du petit garçon qui regarde les ténèbres sous son lit, la main ensanglantée qui raye une vitre, les visions étranges, la maison envoûtante, la folie des personnages... On peut penser que, oui, pourquoi pas, on peut se permettre de faire une variation sur ces codes, en essayant de déceler s'ils sont toujours efficaces. Mais le fait est qu'on en vient à tout savoir de ce qui va nous arriver dans ce film ennuyeux et bâclé.

Les références deviennent vite étouffantes dans Darkness : la plus évidente semble être, à nouveau,dark Shining, à travers ce personnage de paternel qui pète les plombs sous l'emprise maléfique de sa maison. Mais Nicholson (ou Sam Neill dans les Carpenter) avait compris qu'une vraie terreur naît d'un subtil mélange entre fureur et burlesque, chose que ce pâle acteur n'a pas compris. Du coup, son personnage n'est jamais effrayant, il se débat seulement dans le filet d'un rôle trop caricatural. A ses côtés, les autres acteurs suivent le mouvement : le gamin-victime (figure décidément inévitable du cinéma d'horreur, ça finit par lasser) joue le gamin-victime, point barre, éternellement de la même façon que les autres ; l'ado concernée, gavante de sérieux, et son petit copain qui mène une enquête à la Columbo en trois coups de cuillère à pot, sont crédibles comme je suis cul-de-jatte ; le sombre personnage-autour-dark3duquel-tout-tourne (ici, un architecte à la con) est comme d'hab boiteux, solitaire, poussiéreux et austère... Bref, que du déjà vu, y compris dans les effets horrifiques, tellement balisés qu'ils en deviennent innocents. On sait toujours quand le gars va nous balancer une vision horrible (dans le miroir de l'armoire, derrière la fenêtre là-bas au fond, sous l'escalier...) et on bâille en attendant le coup de théâtre final, qui arrive d'ailleurs mollement. Balagueró ne sait absolument pas quoi filmer en attendant la chute, et se contente de nous dévoiler toutes les 10 minutes (pour coller aux coupures de pub de la télé ricaine ?) un peu plus son monstre et son scénario. Trop vu. Déjà dépassé. Très naze.

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