02 décembre 2006

Batman Begins de Christopher Nolan - 2005

18431141Je crois quand même que pour faire un film tiré d'un comics, il faut une certaine dose d'humour. Burton ou Raimi l'ont compris. A priori, pas Nolan. Son Batman Begins affiche un sérieux papal, alors que, franchement, si on se pose deux minutes, c'est quand même poilant, à la base, un type qui se déguise en chauve-souris pour affronter des méchants qui s'appellent genre Nar Al'Gul ou une connerie comme ça. Eh ben non : ce long film boursoufflé (et boursoufflant) se prend franchement au sérieux, est persuadé que sa philosophie de gamin de 8 ans va révolutionner la conception du bien et du mal dans le monde moderne.

Il est vrai que Nolan semble avoir potassé la table des matière des bouquins de Jung : remontant à la source (la chute du ch'tit Bruce Wayne dans un puits plein de chauves-souris (il serait tombé dans une mare pleine de têtards, vous imaginez le costume...)), il tente de développer toute une symbolique psy autour du personnage de Batman. La première moitié du film raconte donc, à force de symboles lourdosses (épouvantails, couleur noire, ville larvaire et crépusculaire), la naissance d'un mythe. C'est la partie la plus soûlante, on n'aime jamais le personnage, dont la seule qualité réside dans les doutes moraux qui l'assaillent quant au bien-fondé de sa mission. Le gars affronte loyalement un Liam Neeson ridicule (le fameux Plou tur Gul), lui pête la gueule, et devient Batman. Bon.

Ensuite, la deuxième moitié est le film d'action banal, avec son lot d'explosions de train, de bagarre contre18411598 des méchants armés jusqu'aux dents, de sauvetage de jeune fille frêle. La totale incapacité de Nolan sur les scènes purement spectaculaires rend le film illisible. Le mépris total du montage, qui fait qu'un plan simple est haché en douze morceaux pour insérer des plans d'autres actions simultanées, forme un gloubi boulga au rythme épileptique inefficace. Pourtant, la lumière et les décors de Gotham City sont assez bien pensés, il y avait là un matériau esthétique qui aurait pu donner quelque chose. Mais non, l'action n'est jamais jouissive, on s'ennuie ferme.

Côté scènes plus intimes, Nolan nest pas mieux, avec des plans qu'on voit venir 10 minutes à l'avance, et un gros relâchement dans la direction d'acteurs. Bale est aussi pâle en Bruce Wayne qu'il est ridicule en Batman (il a travaillé à mort une voix d'outre-tombe qui ne marche pas du tout, et son costume le boudine). Seuls s'en sortent les vieux de la vieille, comme Michael Caine, délicieux, ou Rutger Hauer, en roue libre. Bref, le projet était ambitieux et viable, le résultat est plat et mortellement mou. C'est quand la date de sortie de Spiderman 3 ?

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Jackass Number Two (2006) de Jeff Tremaine

poster_JackassTeaser_1_Ce qui prouve bien que l'on ne voit pas forcément que des films intéressants.

Comme diraient ma grand-mère et Andry, "un jour ils vont finir par se faire vraiment mal"; po grave c'est tout l'intérêt. Combat avec cobra qui finit dans un bain de sang, murs pris à toute blinde sur divers engins, rétamages de gueules multiple morrt de rirre et pis des trucs un peu bébêtes quand même...

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01 décembre 2006

Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce) (1945) de Michael Curtiz

mildred_pierce_1_Film taillé sur mesure pour Joan Crawford prête à tous les sacrifices pour satisfaire sa fille, la tête à claques Ann Blyth.

Un homme est abattu de quatre balles de revolver, et il est clair qu'au moment où il tombe, il ne se relèvera jamais. Lorsque l'on découvre la Crawford dans le plan suivant qui veut sauter d'un pont pour en finir, point de doute qu'on tienne là la meurtrière. Mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours, moi je dis... Construit presque essentiellement en flash back, Mildred Pierce retrace le roman de sa vie pour les policiers: elle a deux filles (dont l'une très jeune qui va mourir d'une pneumonie foudroyante) et  un mari qui décide un jour en trente secondes de la quitter (rigole po le Bert!) pasque, ben pasque, voilà il en a marre qu'elle pourrisse sa plus grande fille. Mildred doit alors se battre pour s'occuper de ses deux filles, notamment Veda, une jeune garce aux goûts de petite bourgeoise qui ferait presque regretter Lénine. C'est clair, vous avez une gamine comme ça, à ce niveau là, ce n'est pas des claques qu'il faut donner mais c'est à coup de hâche qu'il faut y aller. La mère trime comme une fzach992_1_olle furieuse (elle ouvre une chaine de restaurants quand même) pour subvenir aux besoins de sa princesse qui frime comme une conne  et rencontre un type à la fine moustache qui n'inspire pas tellement confiance derrière ses manières raffinées - c'est d'ailleurs lui qui est flingué au début et on crie pas au scandale. Tout le récit qu'elle fait devrait finir par l'accuser bien sûr, seulement les flics sont super fortiches et possèdent une carte dans leur manche pour un ultime retournement de situation.

Rien d'extraordinaire au final, mais Crawford insuffle suffisament d'énergie au film pour que l'on passe un moment agréable. On est très loin de Casablanca cela dit...

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30 novembre 2006

Ma vraie Vie à Rouen d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau - 2003

Ma vraie Vie à Rouen me réconcilie franchement avec les Martineau/Ducastel, après l'expérienceart295_1 éprouvante de Crustacés et Coquillages (j'ai vu leurs films dans le désordre). Celui-ci est un film franchement intéressant, au niveau purement formel en tout cas.

Un jeune gars, patineur de haut niveau, ado soucieux des mêmes choses que les autres ados (les copains, l'amour, le sexe, le beau-père, la maman...), se voit offrir une caméra vidéo, et tente de filmer sa vie, dans son quotidien le plus banal aussi bien que dans ses drames et ses doutes. Par ce dispositif très simple, tout le film étant tourné par cette caméra légère, les réalisateurs réussissent parfaitement à montrer un cinéaste en train de se faire. Les images montrées, de mieux en mieux maîtrisées, cadrées, intéressantes, au fur et à mesure du film, donnent une nette impression que, en même temps que Etienne raconte sa vie, il trouve les moyens esthétiques de la raconter. On assiste donc à toute une "naissance" du cinéma, des plans heurtés et accidentels du début aux très jolis cadres sensibles de la fin. Etienne tente tout ce qui fait le cinéma : caméra emportée sur son vélo, caméra cachée, image par image, gros plans, travellings, raccords subtils, décadrages, regards caméra, et surtout p4mise en scène progressive de son monde (il fait "jouer" sa mère, filme son copain en train de dire du Corneille, traque ses souvenirs d'enfance par la seule magie du plan...). Le journal intime et maladroit de l'adolescence devient un plaidoyer de plus en plus adulte sur la différence et le monde moderne (une manifestation anti-Le Pen réelle, de longs plans d'ouvriers qui déchargent des camions, etc.), jusqu'au coming-out final : tout cela n'a servi qu'à dévoiler l'homosexualité du filmeur. Ce qui est montré est mis parfaitement en parallèle avec la façon dont on le montre. Bien vu : Martineau et Ducastel ont compris que le cinéma montre non pas le filmé, mais le filmeur. Les quelques scènes où un autre personnage attrappe la caméra d'Etienne sont révélatrices : il n'est pas acteur, il est metteur en scène de sa vie, et sa caméra-stylo ne sert qu'à filmer son intimité la plus profonde.mavie_203

Le film rappelle souvent le superbe Ten de Kiarostami, par cette tentative, vaine bien sûr, d'effacer le réel metteur en scène pour laisser le champ libre à la caméra seule. On sent que c'est effectivement le jeune acteur qui filme la plupart des scènes (on voit son ombre se profiler sur le paysage). Mais le film arrive à se retourner complètement, par une mise en abîme subtile et intelligente : petit à petit, les deux réalisateurs reviennent à l'attaque. C'est bien Ducastel/Martineau qui filment Etienne qui filme sa vie.

Alors bien sûr, le scénario du film est un peu trop écrit pour être sincèrement crédible, trop pensé pour donner vraiment cette impression de direct. Bien sûr, les acteurs sont bien souvent mauvais (Hélène Surgère surtout, qui a du mal à trouver le naturel de la chose), mis à part Ascaride, très émouvante. Bien sûr, cette métamorphose de l'ado en homo assumé est un peu cousue de fil blanc. Mais Ma vraie Vie à Rouen reste une très belle expérience formelle, quelque chose entre un bel hommage au cinéma et une expérimentation contemporaine. Chapeau bas.

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29 novembre 2006

Death of a President (2006) de Gabriel Range

doap_1_C'est quand même du travail bien fait (à lire avec l'accent bruxellois du Poelvoorde), formellement parlant, d'arriver à monter toutes ces images, mélant à la fois images "d'archive" (tournées par les réalisateurs lors de vrais manifs), vraies-fausses reconstitutions, images dv - voire images de téléphone portable... Rien que pour ce taff de malade chapeau bas à Brand Thumim, le monteur et Alex Riordan au son. Ensuite cette copie conforme de "documentaire contemporain" à l'américaine (trademark) - les images des événements retraçant l'assassinat et l'enquête étant entrecoupées d'interviews des différents protagonistes (des responsables du FBI aux gardes du corps en passant par les présumés coupables) - est extrèmement bien jouée, le casting faisant plus vrai que nature : chacun des acteurs imite à la perfection le ton, les silences, les attitudes pris par les témoins d'une quelconque situation comparable - du jargon employé par les spécialistes des services secrets à l'émotion de certains témoins directs qui devient "incontrolable". Un tel brio qui n'est d'ailleurs jamais loin de la parodie... Alors oui sur le fond, cela peut paraître un peu simpliste, "ne cédons point à la paranoïa", "gardons-nous des médias et de leurs effets d'annonce", et surtout "ne nous empressons pas de juger et d'incriminer les coupables qui nous arrangent". Je dis simpliste, néanmoins vu les réactions épidermiques que le film suscite aux USA - un rejet voire un certain dégoût - [les critiques sont également assez acerbes dans l'ensemble... je garde une petite préférence pour le commentaire sarcastique du journaliste de Rolling Stone, Peter Travers: "Les actions du gouvernement pendant les années Bush dépassent de loin cette sombre et triste fiction réalisée par Range. La seule chose qui m'aient vraiment secoué c'est d'imaginer Cheney président. Cela est devenu matière à cauchemar..."], il semblerait que le réalisateur et les producteurs aient visé assez juste, d'autant qu'ils ne proposent jamais qu'une simple fiction mettant en garde contre tout amalgame: tout musulman ou tout Coréen du Nord n'est pas un terroriste en puissance. Si au moins le film permet de faire réfléchir quelques personnes qui ont une foi aveugle en leur président et en leur gouvernement, Dieu soit loué. Maintenant, il est possible qu'après le petit parfum de scandale le film tombe aux oubliettes, même si je le répète, il s'agit là d'un travail artisanal de très bonne facture. (je vous ai po lâché le coupable, je suis pas chien quand même.)

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LIVRE : Tombeau de Romain Gary de Nancy Huston - 1995

livre_l_1_Nancy Huston est une fervente admiratrice de Gary qui ne s'en laisse pas conter avec le personnage, qui reste sans concession pour ses faiblesses, n'hésitant pas à régler quelque compte avec la légende. Dès l'introduction, elle s'amuse à relever les multiples contradictions de cet homme aux multiples facettes, de cet artiste aux dons multiples, qui semble avoir passé sa vie à se cacher derrière des masques, pour ne pas dire des pseudos: "Etant donné que la vie est grotesque, tu prends la décision de passer ta vie dans la théâtralité". Nancy Huston insiste sur toute la roublardise du personnage, hanté par le personnage de sa mère, hanté par ses origines russo-juives, autant de thèmes qu'il traitera avec un ironisme exacerbé, comme s'il voulait se détacher de ce qui pouvait le définir, comme s'il voulait prendre ses distances avec ses racines pour devenir un autre.

"Solitaire, solidaire" disait Camus, c'est encore ce qui semble le mieux pouvoir définir cet homme qui voulait "embrasser" l'humanité tout en ayant du mal à communiquer directement avec les individus - les citations de Nancy Huston sont en cela très bien choisies, comme ce passage des Enchanteurs, l'un de ses romans les plus follement vivants: "Qui donc a envie de se trouver dans un lit avec un être humain? Lorsque j'étais jeune et que "l'être humain" se révélait ainsi dans mes draps, se mettait à penser à haute voix et essayait même de communiquer avec moi, il me suffisait de lui clore les lèvres par un baiser et de le serrer à nouveau dans mes bras pour que "l'être humain" disparaisse et que l'on se retrouve entre amants." L'auteur relativement objectif de ce livre dresse un portrait rapide de chacune de ses oeuvres, en insistant à la fois sur les multiples redites, sur le manque de construction (aimait pas trop se relire le Romain) mais également sur cette façon d'alterner oeuvre de fiction pure et oeuvre plus ancrée dans le réel, comme pour chercher à nuancer, à contre-balancer, à trouver un contre-point, aucune "vérité" n'étant définitive: "Chaque illusion réussie est suivie d'une dénonciation sarcastique de l'illusionnisme: de peur, peut-être, qu'on ne s'y oublie, et qu'en s'identifiant trop avidement aux personnages imaginaires, on ne tourne le dos au réel". Personnage hautement complexe s'il en est, Gary apparaît parfois comme la première victime de ses illusions: à force de vouloir échapper à son image, il n'a de cesse de chercher à se dissimuler derrière ses inventions; l'affaire Emile Ajar résume parfaitement sa volonté de devenir un personnage de Roma(i)n.

Cependant, malgré tous ses "défauts" et ses emportements, son oeuvre, reconnaît-elle, reste celle d'un homme qui garde la foi en la personne humaine: cette dernière citation, provenant d'une interview que Gary a donné au moment de la parution de son ultime roman -Les Cerfs-Volants-, résume parfaitement la grandeur de ce personnage haut en couleur: "Je n'arrive pas toujours à appliquer à ma vie les préceptes de mes livres, mais tout ce livre est l'histoire de gens qui ne savent pas désespérer."

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Herbes Flottantes (Ukigusa) (1959) de Yasijuro Ozu

ukigusa_1_Pas de changements radicaux dans cette seconde version si ce n'est que la troupe arrive en bateau (mouais), que le leader de la troupe ainsi que sa maîtresse sont relativement plus agés que dans l'original, et que la photo couleur Kazuo Miyagawa, si elle apporte de l'éclat, fait perdre un peu de charme à l'ensemble (c'est purement subjectif d'autant que les couleurs du film sont éblouissantes... mais bon on est nostalgique ou on ne l'est po...)

Dans cette seconde version Ozu s'attarde un peu plus sur la vie de la troupe - scène humoristique d'un acteur qui drague la fille du barbier et qui finit par se faire raser par une matronne, qui, on le découvre dans un plan suivant, coupera l'importun ; séquence également sur la plage où la troupe sous une chaleur écrasante essaie de tuer le temps et prend à partie un avion qui passe dans le ciel pour qu'il livre des Suntory -, mais reste fidèle, notamment dans toute la fin, à l'esprit de la première mouture. Le leader de la troupe, Komajuro (et non plus Kihachi) est joué de façon un peu plus virulente et explosive par Ganjiro Nakamura; cela donne encore plus de relief à cette scène de dispute sousukigusa018yx_1_ la pluie, lorsque sa femme vient lui rendre visite chez son ex-maîtresse: chacun se positionne d'un côté et l'autre de la rue, des trombes d'eau, les dissimulant en partie, s'écoulent des toits, et derrière ce voile protecteur le passé peu glorieux des deux ressurgit violemment - réglement de compte égrainé par goutte de pluie, sous-titre de la séquence... La jeune actrice qui séduit le fils de Komajuro est jouée elle par Ayako Wakao (belle comme le jour) et Ozu trouve une très belle idée pour la première rencontre: elle se rend elle-même à la poste où il travaille et quand le fils lui demande quelle est son message, elle lui répond: "Rendez-vous dehors", "Destinaire?" fait-il, "Toi" répond-elle - c'est léger et cela passe sur du velours. Peut-être moins d'instant de comédie ou d'émotion pure dans les dernières scènes, Ozu ne s'amusant pas forcément à refaire plan pour plan sa première version - ainsi plutôt que de filmer systematiquement les acteurs séparement, il montre le fils de dos (pris en contre-plongée, comme d'hab) avec à sa droite et sa gauche son père et sa mère, comme s'il devait faire face à ses devoirs - celui-ci aura tout de même le courage de critiquer ce père absent qui finira par reconnaître ses torts.

floatweeds_screen1_1_Il est intéressant d'étudier les infimes variations sur ce même thème d'Ozu, qui semble s'amuser parfois à prendre une légère tangente (le fils ne hoche plus la tête quand sa mère l'interpelle en lui disant "ton père?" - il semble compatir intérieurement; Komajuro, à la fin, lorsqu'il son amie vient dans un geste de réconciliation lui allumer sa cigarette, résiste quelques secondes de plus - comme si chacun était encore plus sûr de ses positions, de ses motivations, comme si chaque caractère était encore plus aiguisé)... Que dire enfin de l'un de ces premiers plans, celui du phare et de la bouteille, un concentré de l'esthétique d'Ozu, qui s'amuse à faire un double de sa propre oeuvre, en gardant la même ivresse, le même pouvoir d'attraction et de fascination.

sommaire ozuesque : clique là avec ton doigt

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28 novembre 2006

Quatre Etoiles (2006) de Christian Vincent

4etoile_1_Comédie française assez sympa et très enlevée - notamment, peut-être même exclusivement - grâce au brio de ses comédiens, la délicieuse Isabelle Carré (TOUJOURS PARFAITE), en personnage sexy et fantasque, et le trublion José Garcia (dit Claudia Schiffer) capable d'un abattement (dialogue, mimiques et gestes compris) inégalables. Dans leurs petites embrouilles et magouilles, ils croisent un François Cluzet en pilote de formule 1 désabusé qui n'arrive pas à aligner trois mots; il en fait des tonnes en prenant sa grosse voix mais je reste fan ("Je vais gagner merde!... J'ai perdu merde!!!" - le meilleur moment de l'Eté Meurtrier). Sur un rythme de comédie hollywoodienne sans jamais en avoir le brio, on se laisse aller à suivre les pitites astuces de chacun pour mieux séduire l'autre. C'est souvent totalement incrédible (je relève pas les 2-3 erreurs de montage, ce serait du vice...), mais on s'en fout un peu car il y a autant d'ivresse que de coupes de champagne que s'envoie l'Isabelle. Un petit film ravigotant quoi, qui, s'il ne vaut pas ses quatre étoiles au Michelin, ne fait pas de mal non plus pour une nuit.

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LIVRE : Après le Tremblement de Terre d'Haruki Murakami - 2002

2264033797"Mais les nouvelles, tu vois, comme forme littéraire, c'est à peu près aussi suranné que les bouliers", lance le héros-écrivain de la dernière nouvelle de ce recueil de six. Pas sûr mon gars, car la semaine dernière, voulant régler un léger mal de tête avant mon footing, je suis entré dans une pharmacie (normal) et quand j'ai donné mon petit billet de 10 yuans quelle ne fut pas ma surprise de voir l'"apothicaire" calculer sur son boulier la monnaie à me rendre (elle a dû en voir des trucs en 150 ans d'existence en Chine, la bougresse). Bref, et Murakami, livre ici quelques jolis contes inspirés de ce tremblement de Terre de Kobe qui l'a bouleversé au point de le faire revenir au Japon. Qu'un crapaud demande à un employé de banque toute sa coopération pour combattre Lelombric qui, en se réveillant, risque de provoquer un séisme, qu'une femme quitte soudainement son mari qu'elle considère comme une "bulle d'air" ou encore, dans la dernière nouvelle - la meilleure à mes yeux - qu'un homme demande à son meilleur pote d'épouser sa femme avec laquelle ils ont passé toute leur jeunesse, on retrouve toute l'imagination débridée (ouais pas fait gaffe) et la verve comique de l'Haruki. C'est toujours un plaisir de découvrir chez cet auteur immense des phobies d'un autre monde - "[Je vais mourir] enfermé dans un Frigidaire. Ca arrive souvent dans les faits divers, non? Un enfant qui joue avec un frigo abandonné, il rentre dedans, la porte se referme et il meurt étouffé à l'intérieur. Voilà comment je me vois mourir."; des questionnements existentiels: "Moi, j'ai prié pour parvenir à attraper correctement une balle au vol, et Dieu m'a répondu en me donnant un pénis plus grand que tous les autres. Quel est ce monde où se déroulent de si étranges transactions?"; ou encore des réflexions d'une grande sagesse orientale: "Désormais, il faut que vous vous prépariez à dormir en paix. A l'avenir, si vous consacrez toutes vos forces uniquement à vivre, vous ne pourrez pas mourir comme il faut le moment venu. Il faut changer la direction petit à petit. Vivre et mourir ont une importance égale en un sens...". Comme c'est les vacances d'ailleurs pour une petite semaine Kafka sur le rivage pourrait bien y passer - ensuite, je crois que j'en aurais fini avec son oeuvre actuelle, donc je vois plus trop l'intérêt des vacances...

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Le Dahlia Noir (The black Dahlia) de Brian de Palma - 2006

black_dahlia_poster_1_1_Si le bouquin d'Ellroy est - on le dira jamais assez - un chef d'oeuvre en son genre, le film de De Palma -sans être non plus affreux - accumule les scènes avec moultes dispositions de caméra en plongée ou en contre plongée avec de multiples mouvements virevoltants mais l'ensemble est bizarrement, malgré les 253 rebondissements du dernier quart d'heure, assez soporifique. C'est peut-être de la mauvaise foi - oui, bon, personne n'est parfait - mais de l'esthétique du film (l'ombre de L.A. Confidential plane forcément mais on atteint jamais le rythme et le brio de celui-ci) au jeu des acteurs (rien de forcément mauvais, simplement un jeu ultra-convenu) en passant par ces scènes soi-disant hot  qui sont toujours coupées en plein vol (chtits baisers lesbiens, Scarlett Johanson et Josh Hartnett en position "Le facteur sonne toujours deux fois", Hilary Swank en femme fatale aussi noire qu'une pub Nescafé), on finit par se dire que tout cela est assez vain et que l'ouverture tonitruante sur le combat de boxe (grand fan de boxe le Brian!!) ne tient pas toutes ses promesses. De Palma respecte scrupuleusement son cahier des charges mais aucune scène n'enlève jamais le morceau, ne vous colle à votre fauteuil et c'est d'un oeil plutôt terne qu'on suit les petits tracas du trio principal (malheureusement que ce soit au niveau de la connivence amicale ou amoureuse entre ces trois-là, on y croit jamais). Certes, adapterblack_dahlia_2_1_ en deux heures ce roman complexe et foisonnant n'est point chose facile, mais l'on finit par se demander quelle fut la véritable motivation de De Palma qui nous sert une soupe aussi froide et attendue que celle des Incorruptibles. Aucune réelle perversité - on fantasme sur ce qu'aurait pu en faire Lynch -, aucune scène vraiment saignante - Tarantino en aurait fait un pugilat -, aucun réel suspens -Hitchcock en aurait fait un hymne noir - , le problème au final avec De Palma, c'est qu'on a du mal à en parler quand il n'y a pas de références aux autres ou d'effets visuels culottés. J'aime po trop de Palma, mea culpa.   (Shang - 02/11/06) 


18669700Bon, je vais avoir un peu de mal, étant donné que je suis d'accord sur absolument toute la ligne avec l'éminent co-bloguier de Shangols. Je me suis ennuyé grave devant ce film boursoufflé et académique, alors que le grand roman d'Ellroy m'avait tenu en haleine et fait faire des cauchemars pendant de longues nuits. Où est donc passé De Palma, qui disparaît complètement devant l'ampleur trop rigoureuse de ses décors (très vastes), de sa lumière (jolie, quand même, une sorte de voile sepia qui recouvre toutes les images) et de son sujet ? Tout y est de ce qui fait le cinéma démodé "de reconstitution" : les scènes de balloches pleines de maffieux avec musique d'époque, les fusillades depuis les bagnoles à traction avant, la femme fatale/salope, l'amitié virile qui se délite... C'est bien simple, on dirait du Ken Loach, tant le film est scolaire et empesé. Tout ça sent l'anti-18669703mites à trois bornes, mais est aussi curieusement dénué de la moindre ambition sulfureuse. De Palma est LE cinéaste du sexe déviant (avec Cronenberg, je veux bien) pourtant, un de ceux qui a le mieux su mettre en parallèle le sexe et la mort, Eros et Thanatos pour faire le malin. Ici apparaissent des pudeurs d'adolescent qui l'obligent à mettre hors-champ ce qu'il aurait adoré filmer autrefois : la violence (le cadavre est pudiquement voilé, avec quand même deux-trois tentations de voyeur), le sexe, l'ambiguité psychologique (la vieille femme hystérique qui clôt le film n'arrive pas à dévoiler la complexité de son personnage, remember Raising Cain). C'est bien dommage, voire désespérant, d'autant que la scène d'ouverture tient effectivement bien la route. Ce n'est définitivement pas dans l'ampleur des tableaux que De Palma doit chercher son nouveau souffle : qu'il en reste aux gros plans sur un regard qui devient fou (Casualties of War), sur un homme seul qui écoute mourir sa femme (Blow Out), sur le dernier râle d'un homme faible (Carlito's Way), ou sur des cris perdus dans la nuit (Mission to Mars) : il y est plus à l'aise. Le Dahlia Noir est un film de costumes.   (Gols - 28/11/06)

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