22 février 2007

LIVRE : Borges et les Orangs-Outangs éternels de Luis Fernando Verissimo - 2004

2020551748Petit roman de saison: en plein carnaval de Rio, il est normal de parler d'un auteur brésilien. Auteur sud-américain fortement influencé par l'oeuvre de l'un de ses voisins, le grand Borges : un crime mystérieux est commis dans un hotel de Buenos Aires en plein congrès sur Edgar Alan Poe; le narrateur, Vogelstein, de s'associer avec le vrai Borges pour essayer de résoudre cette énigme très littéraire - jeu sur les lettres, jeu sur les mots, jeu sur les oeuvres,... labyrinthes, tigres, poignards, plumes, bibliothèques, Nécronomicon de Lovencraft, récits apocryphes... les références pullulent pour le plus grand plaisir des amateurs du Jorge (pour les amateurs du Da Vinci Code je conseille plutot Oui-Oui et le taxi jaune ou un bon Rahan). Une résolution finale pour ne point frustrer le lecteur tout en jouant légèrement sur les marges du récit; une vraie petite découverte et un bon polar stylisé venu de l'autre coté de l'Atlantique - zone sud.

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L'Homme de l'Ouest (Man of the West) d'Anthony Mann - 1958

cov_r2_1_Western âpre, c'est le moins qu'on puisse dire, aussi cru que ces lumières éclatantes sous un soleil de plomb, aussi noir que ces multiples scènes de nuit où seul survit le profil des protagonistes. Il s'agit de l'un des derniers Gary Cooper - toujours fringant mais le cheveu en bataille - et il trouve là un rôle puissant qui n'est pas sans rappeler -anachroniquement- le personnage de History of Violence de Cronenberg. Ancien bandit de grand-chemin, il s'est rangé et se retrouve dans un train avec un petit magot... pour trouver une institutrice qu'il doit ramener dans sa nouvelle ville, dans sa nouvelle vie... Seulement po de bol, le train se fait braquer et il retrouve les anciens larrons qu'il avait abandonnés... Il se voit forcé de monter un dernier coup avec eux. En route (enfin dans le train) il croise le chemin de la plutôt raffinée Julie London, en chanteuse abandonnée, qui l'accompagnera dans cette replongée en enfer mais qui n'aura d'yeux que pour lui... Mais c'est un pur, lâchera rien, il est déjà marié!

Mann jalonne son récit de moments tendus comme un slip de cow-boy après une semaine dans le désert: la mise à mort de l'un des compagnons blessés lors de l'attaque du train, quelques secondes2_1_ d'attente sur des gros plans aux aguets avant les trois coups de pistolet off, impressionnant; la scène où les larrons veulent forcer la chanteuse à faire un strip-tease, aussi malsaine qu'un Lynch, ou encore ce combat d'une longueur incroyable entre Gary Cooper et l'un des acolytes: celui-là laisse remonter peu à peu toute sa violence du passé; dur, tendu, presque animal, Mann filme ces corps qui se rendent coup pour coup, une violence sèche et réaliste tout comme les balles qui lorsqu'elles touchent tuent dans les secondes suivantes, pas d'agonie, du "in petto"!

Cooper se voit obligé de participer à une attaque de banque et lorsqu'il débarque à Lassoo, une ville aussi déserte que Moulins le dimanche, ou Moulins en général, là encore on retrouve une ambiance aussi décalée que ce casse minable dans Sailor et Lula (pourtant Mann et Lynch?... une certaine idée de la violence, on 5_1_va dire, pour garder la face). Bref, il va tuer les uns après les autres tous les acolytes du temps passé, la scène culminante étant lorsque Cooper et son "cousin" tous deux blessés se retrouvent à quelques mètres, l'un au dessus de l'autre, séparés par le plancher de la banque. Cooper a decidé de s'élever de sa "condition" et survivra, l'autre va mourir dans son trou comme un rat qu'il a toujours été. Pas de faux suspense, quelques coups de flingues et l'affaire est réglée (C'est pas du Morricone où tu as le temps d'aller acheter des clopes entre le début et la fin du duel)... Il retrouve la chtite Julie London... violée (âpre, j'ai dit) mais il finit par la ramener dans la carriole, celle-ci ne pouvant s'empêcher de lui déclarer encore son amour, sans se faire d'illusion.

Mann, c'est pas un drôle, peu d'échapatoires au final !   (Shang- 10/08/06)


lhommedelouest15

Mon collègue blogueur a beaucoup aimé ce film. Bon, je dis pas, moi aussi, mais j'ai quand même 2 ou 3 réserves. Côté scénar, rien à dire, c'est brillant. Effectivement, ça louche du côté d'History of Violence, ou aussi d'Unforgiven de Clint, dans cette histoire d'ancien truand forcé par le destin à s'enfermer à nouveau dans la violence. Mais bon, ça, c'est la trame de 50% des westerns au moins. Ce qui est plus intéressant dans Man of the West, ce sont les personnages eux-mêmes. A commencer par Cooper : il campe parfaitement, l'âge aidant, un petit mec gentil, qui a peur du train, qui n'ose pas renvoyer dans les choux le lourdosse qui s'accroche à lui, qui est même marié et a 3 gosses. Mann force le trait de cet homme sans caractère ; on pense bien sûr à tous les rôles virils de Cooper et on jubile. Même quand le gars retombe dans le cercle infernal des duels et des bagarres, il reste désespéré de la situation, s'excuse auprès du commerçant mexicain d'avoir butté sa femme, et regarde tristement le ciel devant tant de violence. Le personnage du tonton odieux, fantôme d'un autre âge, appartenant (comme Robinson dans Key Largo) à un autre temps, celui des bandits sans pitié, est magnifique également, et ses derniers plans, manteau claquant au vent, voix pleine de cailloux, sont parfaits. Bon, bref, tous les personnages sont très bien dessinés. La trame, d'une simplicité biblique, est linéaire et pourtant passionnante.

lhommedelouest13

C'est plutôt côté mise en scène que j'ai à faire des reproches au film. Malgré ce qu'en dit Godard dans sa nébuleuse critique des Cahiers (en bonus dans le DVD), je trouve la réalisation un poil plate. Et je dis ça alors que j'adore Mann (ah ! The Man from Laramie ou Winchester 73 !!!). Certes, ses paysages ont de la gueule, surtout la petite ferme coincée dans un coin de verdure (on dirait du Giono). Mais je le trouve un peu léger dans les scènes d'action : la fameuse scène de bagarre interminable est laborieuse, on sent Mann ramer pour renouveler ses plans et donner du punch à cette délicate séquence. Tout le milieu du film souffre d'un manque d'inspiration assez visible, où le gars ne sait jamais s'il doit cadrer large pour montrer ses jolis décors, ou serré pour montrer les doutes et angoisses de Cooper. Mise à part l'ingénieuse scène de strip-tease forcé, où le viol de l'héroïne se fait à distance, par regards (celui, graveleux, du bandit et celui, fasciné, de Cooper), les scènes dans la petite ferme manquent de relief. Heureusement, Mann retrouve son inspiration dans le splendide décor de la ville-fantôme, sa caméra se fait beaucoup plus intelligente, et il y a quelques idées magnifiques dans la mise en scène (les petits cris du cow-boy muet blessé, le jeu de Gary Cooper dans la banque abandonnée, les travellings vertigineux qui cadrent tous les motifs en même temps...). Bref, pas complètement convaincu, mais une dernière demi-heure qui vaut le détour.   (Gols - 22/02/07)

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LIVRE : Corpus Christi de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur - 1997

corpusCe livre est une petite bombe atomique pour qui s'intéresse un peu aux religions. Déjà auteurs du fabuleux Artaud le Momo, Mordillat et Prieur s'attaquent au décryptage de quelques lignes de l'Evangile selon Jean, et plus particulièrement aux derniers moments du Christ : arrestation, procès, montée au Golgotha, crucifixion. En véritables enquêteurs, ils interrogent quelques érudits sur les faits historiques, et font toute la lumière (quand elle peut être faite en tous cas) sur de passionantes questions : que s'est-il passé réellement ce jour-là ? Les evangiles sont-ils historiquement valables ? Et si non (c'est la question la plus intéressante), pourquoi Jean et ses potes ont-ils travesti la réalité ? Au gré des six volumes de cette étude, on apprend donc, entre autres, que : Jésus s'appelait sûrement plutôt Emmanuel ; il serait né en 5... avant Jésus-Christ et serait peut-être mort aux alentours de 50 ans ; il n'a pas eu les mains clouées, d'ailleurs il aurait peut-être été pendu ; il n'apparaît dans pratiquement aucun autre texte de l'époque, ce qui fait douter de son importance ; il se peut que ce ne soit pas lui qui ai été crucifié, mais Simon de Cyrène, qui passait bêtement par là, ce qui, vous le reconnaitrez, facilite grandement sa résurrection ; le mot "Christ" signifie plutôt "le pommadé", ce qui est moins class ; les Evangiles ont été écrits d'après d'autres textes plus anciens, en l'occurence l'Ancien Testament, de telle sorte à faire correspondre les prédictions de celui-ci avec les faits de ceux-là... ce ne sont que quelques exemples des révolutions balancées par ce livre génial.

La grande force des deux auteurs, c'est de traiter toutes ces informations avec un respect total pour la croyance, en historiens objectifs. Leur enquête est hallucinante de précision. Il faut les voir calculer l'heure précise du commencement de la Pâque pour décider si Jésus a pu mourir tel jour à telle heure, ou étudier les indications botaniques de la Bible pour situer l'époque de sa mort. La partie "Procès", sûrement la plus passionnante, est glaçante dans ses conclusions : par de subtils travestissements de la vérité historique, Jean place la responsabilité de la mort du Christ sur les épaules des Juifs, en en dédouanant les Romains (en l'occurence Pilate). Par ces quelques phrases a priori innocentes, l'Evangile de Jean, premier texte antisémite, a provoqué les millions de morts de l'histoire de la religion juive. On s'aperçoit que l'écriture du Nouveau Testament, plus qu'un témoignage de l'époque, est un manifeste politique et propagandiste affreusement adroit. Et c'est pourtant sur ce texte qu'on a bâti toute une religion, et toute l'Histoire de la civilisation occidentale... Corpus Christi compte les points sans prendre position, laisse les portes ouvertes, reconnaît les limites d'une telle étude, et livre un document implacable sur la vérité et le mensonge. Immense.

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Après la Pluie (Ame agaru) de Takashi Koizumi - 2000

ameageru4Forcément, le scénario d'Après la Pluie est signé Kurosawa, et c'est le film qu'il n'a pas pu réaliser pour cause de décès ballot. Donc, on cherche sans le vouloir les points de comparaison, on imagine ce que AK aurait fait de ce film, et on constate en quoi Koizumi a respecté le maître.

On n'est certes pas là en face d'un Kurosawa pure souche, quoi qu'en dise l'élève, et même si le film est un bel hommage. L'original aurait sans doute mieux étudié les rythmes: tel quel, Après la Pluie est un peu rapide, et ce malgré la présence des fameuses scènes de discussion chères au Kurosawa des dernières années. Quand on repense à l'ouverture de Kagemusha, on ne peut que soupirer devant la fausseté des tempo (pi?) de Koizumi. Les scènes de dialogues entre le seigneur et le samouraï sont trop rapides, pas assez radicales dans la longueur de chaque pause, dans le poids de chaque mot, dans le travailameageru2 des voix. Autre regret : les paysages, même magnifiques, n'arrivent jamais à être filmés aussi splendidement que dans Ran ou Dersou Ouzala. Koizumi fait pourtant tout ce qu'il peut, en déployant des jardins immenses et verts pomme, des forêts sombres et touffues, des rivières débordantes, des clairières jaunes et vertes, et il faut reconnaître que le film est très beau esthétiquement. Mais il manque la touche de panthéisme propre à AK, qui lui permettait, juste avec un trait de musique, un cadre, et un arbre, d'atteindre au sublime (cf la forêt du Château de l'Araignée). Allez, encore un petit défaut : les acteurs ne sont pas bien tenus, à l'exception du joli rôle principal. Chez Kuro, les acteurs, même énormes, même cabotins, n'étaient jamais hystériques, quoiqu'on en dise. Leurs grimaces étaient guidées par une sorte d'urgence intérieure, leur jeu était beaucoup plus psychologique que ce qu'on a pu en dire. Ici, l'acteur qui interprète le seigneur par exemple (il s'appelle Mifune !!! ah oui mais Shiro) est un peu trop, il n'est pas dirigé ; de même que la charmante épouse du samouraï, qui se contente de sourire bêtement sans atteindre la sagesse visiblement voulue.

ameageru5Bon, ça c'était les défauts comparatifs. Mais Après la Pluie est tout de même un fort joli film, pour tout ce qui n'est pas une volonté de copier le maître. Koizumi filme cette histoire avec beaucoup de tendresse et de bienveillance. Sur un sujet aussi propice aux scènes d'action, il met son point d'honneur à ne pas filmer la violence : la longue scène de duel où le samouraï doit prouver sa valeur est exemplaire. Un mouvement par minute environ, un cri, puis un combattant qui s'applatit en disant : "Je renonce", et point barre. Sobre comme un coup de bambou. Quant à la superbe scène d'attaque dans la forêt, elle est filmée de main de maître : le héros est cadré fixe, et autour de lui les 124 combattants (à vue de nez) traversent l'écran comme des éclairs pour venir s'empaler sur son sabre. La scène dure quelques secondes, elle est tendue et sèche comme tout, magnifique. Koizumi est également un bon monteur, et sait utiliser la musique très subtilement (presque inaudible dans la scène de promenade dans les bois, comme si elle tombait du paysage lui-même). Le scénario est d'AK, mais Koizumi parvient à en rendre toute la puissance zen, simplement, sans esbrouffe, et touche là à ce qui faisait le talent de son idôle dans un film comme Madadayo par exemple. Pari donc en grande partie réussi.

le sommaire Kuro est là

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20 février 2007

Running out of Time (Aau chin) de Johnnie To - 1999

running_out_of_time3Mis à part le fait qu'Andy Lau est un fort joli garçon, et que sa brune copine n'est pas mal non plus, pas grand-chose à dire de ce Running out of Time qui ne sort pas des chemins sur-parcourus du film hong-kongais de base : éternel combat/fascination entre flic et truand, éternels pieds de nez, éternelles fusillades improbables (le premier acteur qui a inventé de tenir son flingue en biais devait être ridicule, mais son cas a fait école, maintenant c'est hyper-branchouille). C'est pas désagréable, d'autant que les acteurs sont plutôt pas mal, mais ça ne parvient jamais à inventer quoi que ce soit de nouveau là-dedans. Le film manque de nerfs, de chair, de souplesse, et les scènes d'action sont trop illisibles pour être captivantes (des gars sortent des coffres des bagnoles en même temps qu'une bagnole prend feu en même temps qu'un dialogue s'installe en même temps qu'on renverse un soda en même temps que...). On s'ennuie pas plus qu'un dimanche soir, quoi...

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18 février 2007

LIVRE : Le Poisson de jade et l'Epingle au Phénix - Conte chinois du XVIIe siècle

01050849851_1_Petite merveille dans une édition très érudite (abondance de notes certes en fin de livre mais donnant toutes des références et des informations des plus utiles pour comprendre l'esprit du bidule) que ce conte écrit à une époque ou il existait encore une culture en Chine. Gentiment coquin, profondément poétique ("Quand la fleur d'hibiscus fut inondée de rosée, les esprits se troublèrent comme âmes égarées au milieu d'un rève"... euh pour la fleur d'hibiscus je ne vous fais po de dessin... si?), ce récit retrace l'histoire d'amour un tantinet libertine de deux jeunes gens qui doivent vaincre quelques obstacles sur la route du mariage. Avec un grand sens de la métaphore et un symbolisme qui baigne l'ensemble, ce petit conte agit comme un charme pour peu qu'on veuille éprouver une petite nostalgie envers cette période de la Chine: bien avant le communisme, bien avant le matérialisme, une époque hautement civilisée quoi... Est-ce que quelqu'un s'en souvient? Ouh ouh....

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LIVRE : La Cavale du Géomètre d'Arto Paasilinna - 2000

cavale_geometre_1_On retrouve l'un des personnages de Petits suicides entre amis, chauffeur de taxi de son état, associé à un vieux que la démence guette, ancien militaire finlandais qui n'en finit point de rappeler aux autres ses exploits. Trois parties dans ce livre, la première sur l'échapppée belle des deux hommes sur les routes finlandaises, avec match de football d'anthologie qui finit dans un bassin en match de water-polo ou encore un mystérieux tank qui projette des oignons, la seconde sur la destruction d'une ferme, un ancien combattant ne voulant rien laisser de son patrimoine à l'état et une troisième sur une chasse aux taureaux, avec un camp de femmes françaises végétariennes qui finissent par abandonner quelques principes... Toujours la truculence de l'Arto et un joyeux sens de l'anarchie, ses personnages décidant bien souvent de faire ce que bon leur semble au mépris des règles imposées par la société... Petit extrait d'un gars qui en a plein le dos : "Je vais tout raser de cette forêt, et il ne restera pas un seul caillou intact. Ca fait quarante ans que je bêche ces marais, j'ai passé ma vie à faire ça et voilà le résultat: une exploitation qui meurt, des terres qu'on ne me laisse meme plus cultiver depuis quelques années! Eh bien, puisque c'est comme ça, on va foutre en l'air toute cette saloperie!" (...) Puisque la société n'avait rien à lui donner, elle n'aurait bientot plus rien à lui prendre non plus. "Ce sera ma dernière action. Tout raser. Je vais régler mes comptes avec l'Etat finlandais". Ce sera en effet un carnage sans nom et on continuera de suivre une bande de joyeux drilles vivant pour un temps dans une autarcie relativement jouissive. Joli chtit bouquin de route. 

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La Raison du plus Faible de Lucas Belvaux - 2006

18613954La Raison du plus Faible est un film à l'ancienne sans être du cinéma de papa, ce qui est assez rare pour le remarquer. Tout comme dans le très réussi Cavale (le seul bon film de sa trilogie, dirais-je), Belvaux va faire un tour du côté du cinéma de genre, en l'occurence le polar, mais un polar genre Melville, dans son radicalisme froid et sa rigueur. C'est un film de "casse", genre à lui seul, mais ici on est à 10000 bornes du côté glamour de Mélodie en Sous-sol. Belvaux filme la Belgique dans sa grisaille, dans son industrialisation 80's, vue du côté du prolo fauché, où s'acheter une mobylette, même d'occase, est un réel problème. Il fait doucement de la politique, vue par le seul bout de la lorgnette valable, celui des petites gens, des gens qui rament.

Le casse organisé par ces chômeurs et ces ouvriers déclassés répond à des besoins singuliers : plus que18472405 d'argent, les gars ont besoin de reconnaissance, de faire vibrer leur vie, ont besoin du petit peu de bonheur que la société leur enlève. Le montage du braquage est dépourvu du moindre affect romantique inhérent à ce genre de film : on vole froidement des voitures, on trouve de pauvres fusils de chasse qu'on scie soi-même... Même si Belvaux, dans ses dialogues, trouve souvent un aspect littéraire assez proche du romantisme (la sortie de son pote sur le manque de reconnaissance, son propre monologue sur "l'imagination"), il ne s'autorise jamais le moindre commentaire affectif sur ce qu'il filme ; c'est au spectateur de plaquer ses sentiments sur les images. Cette rigueur artistique fait merveille : le film, malgré ce postulat austère, n'est jamais froid. On suit avidement les mésaventures de ce petit groupe, on a peur pour eux, on se révolte à leur place de cette p... de 18613948mondialisation qui les accule au crime. Le jeu des acteurs est parfois un peu flou, il y a quelques dialogues un peu trop écrits, trop volontairement chargés, mais ce qui importe ici, c'est plus un dispositif simple et efficace qui tend cette histoire comme un arc. Belvaux s'autorise quelques respirations bienvenues du côté de l'humour ou de la romance (les rapports de Caravaca avec son fils et sa femme, les maladresses de ses complices...), mais ferme son film dans la noirceur la plus "dardennesque" qui soit. La Raison du plus Faible a tout compris des leçons du bon cinéma français classique (Melville, Sautet, Verneuil) et sait en plus se replacer dans le monde contemporain. Une réussite directe et franche, naïve certes mais efficace et touchante.

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17 février 2007

LIVRE : La Chambre de Philippe Bonilo - 2007

chambreVoici un premier livre assez preste dans le rythme, mais un peu lourdosse dans le style. Le projet de Bonilo est simple et assez touchant : décrire l'état d'un couple en deux temps, le début de la relation et la même relation une fois que le temps est passé. Le gars situe son "action" dans une chambre où ces deux-là baisent et surtout discutent longuement. La relation est compliquée par le fait que la femme est presque une enfant, alors que l'homme est déjà mûr et plein d'expériences.

Uniquement par dialogues, Bonilo trace le portrait d'un amour fou, exclusif, passionnel, puis en recherche les traces une fois la passion première oubliée. Quelles sont les actions du temps sur un amour ? Que reste-t-il des sentiments après des années ? La Chambre louche allègrement du côté du théâtre (mais du théâtre injouable !), un théâtre du verbe uniquement, un théâtre à la Duras, en tout cas un théâtre très "français", où chaque vibration du coeur se doit d'être commentée, disséquée, poétisée... Bref, pas du dernier cri en matière de modernité. L'écriture pourtant belle de Bonilo souffre de ce côté démodé, trop littéraire, trop pensée et pesée. Du coup, les discussions très upper-class de nos deux amants deviennent prétentieuses, et on bénit le ciel de n'être pas tombé amoureux d'une telle femme, qui explique longuement chacun de ses sentiments. Le texte manque de nerf, de tension, de vie tout simplement, et on a parfois l'impression d'assister à un dialogue de cadavres. Cela dit, quelques sentences sont très joliment tournées, comme celle-ci, que l'homme adresse aux deux femmes qu'il a aimées, et qui n'en font qu'une (la jeune fille et la femme mûre) : "Je vous aime toutes les deux, aux extrémités de ma vie vécue".

On rêve de ce que Desplechin ou Mauvignier auraient fait d'un tel livre.

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16 février 2007

Animal Factory de Steve Buscemi - 2001

139_ph5Oui, ben pas grand-chose à dire de ce tout petit film qui se regarde sans déplaisir, mais sans passion non plus. Buscemi est sympa comme tout, il filme le quotidien d'une prison, et on a droit à plein de choses pas cools vues dans tous les autres films sur la prison : tabassages, traffics, viols, mitards, camaraderie, racisme, dangers, mauvaise bouffe, corruption, innocence baffouée... Que du terrain connu, d'autant que le brave Steve n'arrive jamais à raconter autre chose que ça, malgré ses efforts désespérés et louables de troubler les rapports entre un vieux de la vieille (Dafoe) et un jeunot (Furlong). Raté : rien n'est réellement ambigu là-dedans, et on se laisse phagocyter par le canapé en se demandant vaguement si ces deux-là vont réussir leur tentative d'évasion, et si on a payé la facture d'EDF (oui, c'est bon, je l'ai payée). C'est mollasson mais pas nul, c'est médiocre mais mignon. L'apparition du chanteur Antony est la seule chose vraiment marquante de ce film ni fait ni à faire. Mais bon, ça va, c'est un petit budget, ça a pas dû coûter trop cher au contribuable. Et ça ne dérangera absolument personne. Je l'ai déjà oublié.

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