11 avril 2007

Une Vérité qui dérange (An inconvenient Truth) de Davis Guggenheim - 2006

algorefilm_1_Bon les gars, je vous le dis tout de suite, vaudrait mieux arrêter de prendre votre bagnole (moi, j'ai pas le permis, inattaquable, et je me déplace en vélo - en plus j'ai arrêté de fumer pour la 36ème fois depuis deux jours) et de réfléchir un peu avant d'utiliser vos appareils électriques. Qu'il y ait du CO2 dans l'air (ici il y en a plus que de l'oxygène...), bon, que cela provoque un effet de serre (po grave je suis frileux), que cela fasse fondre l'Arctique, l'Antartique et le Groenland (j'avais pas l'intention d'y passer mes vacances) mais qu'en conséquence le niveau des eaux montent et que Shanghai risque en priorité d'être sous les eaux, vu que je suis au deuxième étage, il faudrait voir à pas déconner non plus. Le Al Gore, il est clair (il en a fait tellement des carottes dans la glace, ce con, qu' à force c'est lui qui va créer des déséquilibres écologiques), dans 50 ans, si on continue comme ça, c'est la catastrophe - et il a plein de photos qui montrent que nom de Dieu tout fond comme mon compte en banque et tout plein de graphiques sur papier millimétré sur des millions d'années de ta mère que tu peux rien dire sinon rester bouche bée et cloué dans ton fauteuil. La nature fout le camp et les tornades qui font les marioles partout sur le globe (MEME AUX ETATS-UNIS c'est vous dire si6681_1149553391_1_ c'est grave, avant on s'en branlait, on connaissait personne au Bangladesh) nous promettent des jours sombres. Avec tout son matos ultra-perfectionné et ses animations qui feraient passer mes cours sur Power Point pour des croquis de Chantal Goya, Al Gore vous flingue le moral pour les 20 prochaines années et vous ferait craindre une attaque d'ours polaire en recherche de terre ferme. En étant aussi persuasif, on se demande pourquoi il a pas secoué un peu plus Clinton... A voir comme un bon cours de géo, en passant en accéléré sur les parenthèse de la vie d'Al Gore dont l'on se contrefout éperdument (ça devait être pour faire plus long ou pour faire croire que ce gars, dans son combat pour l'environnement depuis tout petit, il pourrait faire passer Nicolas Hulot pour un nain de jardin).   (Shang - 18/11/06)


C'est à se demander si Al Gore n'aurait pas deux trois velléités à se présenter à nouveau aux élections18613310 présidentielles. En tout cas, ça semble clair qu'il n'a pas vraiment avalé sa défaite (certes honteusement louche) : An inconvenient Truth est un long clip à sa gloire, un peu comme ces courts-métrages tout nazes qu'on nous passe en ce moment à la télé pour les élections.

Non pas que son combat contre le réchauffement climatique ne soit pas noble et sincère. C'est évident, le sujet est grave, important, alarmant, lui tient à coeur, et de ce point de vue le film a toutes les raisons d'exister. Mais quand même... nous balancer ces plans de pop-star ("Ladies and gentlemen, Mister Al Gore", ovations de la foule), nous montrer en exemple ce petit condensé de communication à l'américaine (vous voyez les meetings de Sarko ? vous y êtes) plein de petites plaisanteries bon enfant et de gestes forts, bourrer cette conférence de gadgets à la con censés éblouir le bon peuple, ça finit par se voir : Gore n'est pas Président, et il se venge. C'est bien dommage, mais cette forme lourdinguissime rend le film douteux, alors que les chiffres et 18613300les graphiques présentés semblent absolument incontestables. Quand le gars parle du 11 septembre ou de l'accident de son fils (qu'est-ce que ça fout là ?), il travaille son trémolo de voix en grand pro ; quand il veut critiquer l'administration Bush, il a un petit geste comme pour s'excuser de devoir prononcer le nom fatal... Tout ça est bien rôdé, mais manque de nuance un peu trop évidemment. Gore et Guggenheim font de ce sujet sérieux un feu d'artifice de phrases, de lumières et de couleurs, et passent complètement à côté de leur discours.

Bien, ceci dit, je le répète, le combat est noble, et les faits énoncés sont glaçants : Shanghai, Manhattan ou Amsterdam noyées, plus de courants marins, des cyclones pas poss, des exodes de millions de personnes, ça n'a pas de quoi réjouir complètement, et c'est promis, je vais faire gaffe. C'est sûrement un peu de l'enfonçage de portes ouvertes, c'est en tout cas du prêchage de convaincus, mais c'est toujours bon à signaler. Sur le fond, rien à dire, c'est inattaquable. L'"avnirdeunozenfan" (c'est devenu une marque de fabrique) est en danger, ce qui n'est pas très grave pour l'enfant de ma voisine du dessous qui est une teigne, mais pour les autres oui.   (Gols - 11/04/07)

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La Trahison de Philippe Faucon - 2006

cache_250x333_trahison_affiche2_2_250x333Là, on est dans la grande école du cinéma objectif, qui va de Bresson à Dumont, et dans laquelle Faucon s'est souvent illustré. La Trahison est un film absolument dénué de tout effet, alors même que sa trame pouvait entraîner sur les pistes floues de la violence.

Guerre d'Algérie : un jeune lieutenant (parfait acteur, un des seuls vraiment bons, il faut le reconnnaître, ce n'est pas dans sa direction d'acteurs que ce truc convainc le plus) dirige tant bien que mal un régiment, entre moments creux, tours de garde, tortures et dangers cachés. La présence dans sa troupe de quatre Algériens d'origine va troubler sa vision du conflit. La trahison du titre, c'est en même temps celle de ces "infiltrés" à la solde du FLN, et celle d'une démocratie vaine prônée par un De Gaulle bien optimiste.

Sans musique ou presque, en laissant toute l'artillerie lourde au vestiaire, Faucon dresse un portrait d'une guerre secrète, où il est plus question de rapports entre les hommes et de confiance que de combats proprementlatrahison dits. Laissant hors-champ les scènes violentes (la torture se limite à des cris lointains, les gars arrivent la plupart du temps après la bataille, quand les corps sont déjà alignés les yeux ouverts dans le sable), le réalisateur fait monter une tension sans tension, et livre quelques signes très discrets de la possible trahison des soldats. C'est justement par son calme, son objectivité, et par la justesse de la distance prise par la caméra que le film atteint son but. Les personnages, fatigués, trop jeunes, pas forcément convaincus de la la_trahisontâche qu'ils ont à effectuer, perdus dans ce conflit dont ils ne comprennent pas les codes (Faucon laisse les Algériens s'exprimer en arabe sans les sous-titrer, ce qui augmente le trouble), sont de vrais pantins abandonnés dans le désert. Et c'est sûrement une vision très juste de cette guerre fourbe et sans héros que fut l'Algérie. Un film honnête et droit dans ses bottes.

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10 avril 2007

Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris - 2006

02_1_Le fameux road movie à l'amerloque -ou bus movie plus exactement- qui réunit dans un endroit clos 6 membres bien trempés d'une même famille: le père avec sa fameuse méthode des 9 étapes pour réussir, gonflant tout le monde avec ses secrets pour devenir un gagnant alors qu'il est le parfait loser commercialement parlant, la mère qui fait le lien (une mère quoi), le grand-père genre de professeur Choron qui met 3 fucking par phrase et qui sniffe de la coke, le beauf, spécialiste de Proust qui vient de faire une tentative de suicide (Nanni Moretti de loin), l'ado qui a fait voeu de ne plus parler depuis 247 jours et qui continue tant qu'il n'a pas réussi le concours de pilote, ne communiquant que par bloc-note et enfin la chtite qui rêve de devenir la miss du titre malgré ses rondeurs... C'est assez bien mené, il faut reconnaître, po déplaisant quoi, avec quelques081406LittleMissSun_1_ moments de folie lorsqu'ils décident de kidnapper le corps du grand-père à l'hôpital pour arriver à temps au concours, les démarages chaotiques du bus après avoir pété l'embrayage ou encore ce premier mot gueulé par l'ado lorsqu'il se rend compte qu'il est daltonien: très joli FUUUUUUUUUUUUUUUUUUCKKKKKKK qui résonne alentours. Comme on n'a pas vraiment été gâté en comédie cette année, disons que celle-ci sort du lot malgré une fin vraiment nunuche dépourvue de toute originalité - que l'élection des mini-miss soit une connerie, personne n'en doutait. Bon un chtit rayon de soleil par temps morose.   (Shang - 16/12/06)


18754653Comme première réaction après ma vision de Little Miss Sunshine, je dirais : bon ok. Et je crois que je ne pourrai pas aller beaucoup plus loin dans la profondeur de cette critique. C'est que, voyez-vous, Little Miss Sunshine est un film "bon ok". Comédiens : bien, rien à signaler, rigolos ; scénario : pas mal, rigolo ; réalisation : ah oui, bien, pas mal, RAS ; musique : jolie, bien, pas mal pas mal. Je vous laisse le soin de remplir les autres cases.

Ce film n'a aucune aspérité à laquelle s'accrocher, ni en bien ni en mal. La critique sociale est quand même un peu légère (ça se résume à un passage de Bush à la télé, un blond peroxydé qui chante "America" et une candidate aux miss qui fait un strip-tease), de même que les parallèles entre cette famille de branques et le portrait d'une Amérique des déclassés (gay, ado en crise, pornocrate) ne vont guère loin. Mais en même temps, rien à reprocher, on passe un gentil moment qui ne fait de mal à rien ni à personne. Le genre de film innocent qui passe dans un demi-sommeil. Ce n'est pas un bon film, loin de là, et pas un mauvais film, Dieu m'en garde.

Le temps d'écrire ces quelques lignes, j'ai déjà oublié de quoi on parle. Vous me rappelez ?   (Gols - 10/04/07)

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Je sais où je vais ('I Know Where I'm Going!') (1945) de Michael Powell et Emeric Pressburger

Après le Canada (49ème parallèle pour ceux qui suivent), l'Ecosse, dans cette grande romance Powell-pressburgienne. Bon il vaut mieux avoir une grande âme romantique (ce qui n'est guère mon cas, admets-je) pour se laisser emporter par ces grands vents qui soufflent tout là-haut, mais admettons malgré tout qu'il y a un certain charme dans cet amour contrarié qui finit mieux qu'il n'avait commencé.

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Dieu sait que depuis toute petite Joan Webster (Wendy Hiller, pas vraiment envoutante si je peux me permettre) est têtue comme une vieille mule. Elle se lance dans un grand voyage pour aller sur l'île de Kiloran sur laquelle l'attend son richissime époux. Seulement les Dieux gaëliques en ont décidé autrement, la brume puis le vent l'empêchent de rejoindre son promis à quelques encablures... V'la-t-y pas qu'elle croise l'héritier du château de Kiloran, et malgré une sourde mais obstinée résistance pour ne pas tomber dans ses bras, elle craquera au son des cornemuses.

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P&P parviennent à capter tout le charme d'une Ecosse ancestrale: du gaëlique locale, aux coutumes (bon le kilt, ça se discute po), en passant par les danses (du breton en plus violent), les chants (les Cranberries en moins chiant), les donjons hantés et les vieilles légendes, tout y passe jusque dans ces figures locales (mention spéciales pour Pamela Brown en Catriona Potts; ou encore un dresseur d'aigle bougon) au caractère bien trempé. Le rythme est agréablement soutenu, P&P n'étant point avares des changements d'axe de caméra, et la musique comme dans la plupart de leurs oeuvres est particulièrement soignée et enlevée (à moins que ce soit le vent). On frémit lorsque Joan décide de braver la tempête et cet énorme tourbillon qui gronde est à deux doigts d'engloutir tout le monde... Elle y perdra sa robe de mariée, encore un bon tour des esprits ("Elle servira pour une sirène" déconne Torquil, l'héritier, qui partage un air de ressemblance avec le prince Charles qui ne le rend point, de premier abord, sympathique, bref), scène ô combien prémonitoire. L'héritier qui entre dans le donjon interdit subira la malediction ancestrale et n'en ressortira qu'"enchainé à vie" à la Joan. Une vision du mariage point forcément optimiste... Mais romantique donc, la boucle est bouclée.

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LIVRE : Malone meurt de Samuel Beckett - 1948

Sans_titreSi Molloy arrivait encore à se traîner sur ses avant-bras pour aller on ne sait où, Malone, dans le deuxième volet de la glaçante trilogie beckettienne, est cette fois totalement immobile (avant l'effacement complet de L'Innommable). Confiné dans l'espace de son lit, il n'a pour seul horizon que les parois de sa chambre-cerveau, et deux ou trois objets dont il fait pitoyablement l'inventaire : un pot de chambre, une chaussure jaune, un bâton... et surtout un cahier et un crayon, qui lui permettront de se livrer à sa dernière oeuvre avant de mourir : écrire. A partir de ce moment-là, Beckett va opérer d'incessants va-et-vient entre les pensées agonisantes de Malone et les "aventures" pitoyables et étranges de Macmann.

Inutile de rappeler que Beckett est le plus grand écrivain du XXème, si ? Malone meurt est au-delà du chef-d'oeuvre, un bouquin-bilan, à la fin duquel on se demande bien ce qu'on pourra lire ensuite, tant tout ne peut que paraître faible à côté de ça. En tout cas, si on veut approcher un peu l'écriture de ce génie, autant commencer par ce livre-là, où tout l'univers de Beckett est en place et trouve son meilleur développement : humour horrible, réflexions sur l'écriture, tendances morbides, désespoir insupportable, et surtout style effarant : chaque phrase est travaillée en orfèvre, jamais on ne peut en trouver une qui soit plus faible, moins pensée, moins parfaite dans les rythmes.

Un exemple ? "Oui, voilà, je suis un vieux foetus à présent, chenu et impotent, ma mère n'en peut plus, je l'ai pourrie, elle est morte, elle va accoucher par voie de gangrène, papa aussi peut-être est de la fête, je déboucherai vagissant en plein ossuaire, d'ailleurs je ne vagirai point, pas la peine. Que d'histoires je me suis racontées, accroché au moisi, et enflant, enflant." Voilà un gars qui sait ce qu'est la mort, qui en parle avec un rictus terrifiant, mais aussi avec un humour impeccable (pour peu qu'on aime l'humour à la Desproges, à la Pasolini). La structure même des phrases pue la mort, avec ces brusques coupures à l'intérieur d'un mouvement, avec ces mots laissés en suspend, avec les incursions soudaines du narrateur critique dans son récit, avec ce langage qui s'efface petit à petit (les dernières pages sont immenses). Impossible de hurler assez fort ma joie de lire Beckett, et toute la puissance que ses mots envoient. La vie est une horreur, pas inutile de le rappeler de temps en temps, et surtout avec ce génie total.

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Michael (Mikaël) (1924) de Carl Th. Dreyer

Un grand maître, Claude Zoret, artiste peintre, et ses relations avec son modèle qu'il considère comme son fils adoptif. L'un vit pour sa peinture, l'autre une histoire d'amour, l'éternel dilemme, lequel pourra mourir le plus heureux?

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Michael, dont les oeuvres ont été jugées par le maître comme sans intérêts, est victime d'une certaine frustration, car, s'il a servi de modèles pour ses plus grands chef-d'oeuvre, son expression artistique est, elle, réduite à néant. Il comble ce manque en jouant de son charme auprès de la Comtesse Lucia Zamikoff (la diaphane Nora Gregor, Christine de la Cheyniest dans La Règle du Jeu) et dilapide l'argent (quitte à vendre les oeuvre de Zoret) pour vivre sa passion. Zoret tente bien de se faire compréhensif pour que son protégé suive sa passion, et devant les absences répétées de son protégé, se réfugie dans son art: il décide de rester cloîtré pour se lancer dans la réalisation d'une ultime oeuvre (Un vieil homme abandonné sur une île) et finira abandonné de celui à qui il lègue tout, s'estimant heureux d'avoir "pu voir une histoire d'amour". Complexes sont les relations des deux hommes, notamment dans cette magnifique scène où Zoret ne parvenant pas à peindre l'expression de la Comtesse demande à Michael de capter son regard sur la toile: ce dernier s'exécute magistralement, laissant le maître satisfait - ce dernier n'est-il point capable de fixer sur ses toiles l'éclat de la vie, le monde de la réalité lui restera-t-il à jamais obscur ? Il dit d'ailleurs juste auparavant que la Comtesse existe pour lui sur la toile mais disparaît lorsqu'elle pose à ses côtés. L'amour et l'Art seraient-ils incompatibles? (moi, je tranche point, à vous de faire le taff aussi).

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Si l'intérieur de la demeure de Zoret est d'une magnificence totale (cet énorme buste qui trône dans l'entrée), les gros plans de Dreyer (éclairage au centre, et un léger flou qui se se fond dans le noir autour) sont extrêmement signifiants. Alors oui, peut-être qu'une certaine froideur plane toujours sur l'ensemble, c'est peut-être pas le réalisateur le plus sensualiste du monde certes (néanmoins je garde un excellent souvenir des marivaudages dans Gertrude, ainsi qu'une certaine légereté), mais une grande maîtrise formelle éclate à chaque plan, c'est indiscutable. Dreyer, un peu dry, mais un des meilleurs (pour le sens des formules conclusives à deux balles, désolé, definitely).

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Le 49ème Parallèle (49th Parallel) (1941) de Michael Powell

Ce 49ème parallèle est certes une oeuvre de propagande (les teutons attaquent ma hutte au Canada) mais sans avoir forcément la main leste contre le régime hitlérien (le contraire serait surprenant...), il parvient à ne jamais tomber dans les énormes clichés du genre Allemands=tous pourris. On assiste surtout à la critique d'un système -justement de propagande- mis en place en Allemagne (jolie analyse des discours d'Hitler) et d'une idéologie véhiculée par Mein Kampf (disponible dans toutes les bonnes librairies chinoises) contre les valeurs fondamentales déjà existantes au Canada (notamment dans un groupe d'émigrés... allemands qui est venu quelques années auparavant y trouver refuge et y chercher un nouvel El Dorado).

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Trois grands temps dans ce film: un sous-marin allemand est laminé à quelques encablures des côtes canadiennes mais un groupe de six hommes avait auparavant déjà débarqué sur les terres pour y chercher des vivres et du carburant. Première halte dans une cabane avec un Laurence Olivier en trappeur qui mélange français et anglais avec une grande drôlerie (ses "Mon Dieu" sont à mourir). Trois rescapés se retrouveront dans un "kibboutz mormon" (po exactement mais presque on va dire) géré par des émigrés germaniques donc. Les deux derniers feront passer un sale quart d'heure à Leslie Howard en esthète qui se vengera de la destruction d'un Matisse et d'un Picasso par la force de ses poings. L'ultime survivor, adulé par le régime fasciste, se retrouvera seul face à 11 millions de Canadiens, parviendra à passer le fameux 49ème parallèle mais les douaniers américains lui joueront, au nom de certains grands principes, un vilain tour.

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Cette échappée belle qui mèle beaucoup de décors en extérieur est à la fois relativement passionnante au niveau des rebondissements (avions, trains, voitures, marches à pied, c'est super vaste le Canada, c'est clair) tout en alternant avec des discussions entre le lieutenant gagné à la cause du Führer et des locaux, partisans de la liberté collective ou individuelle qui le remettent constamment en place. Powell se paye même le luxe à plusieurs endroits de montrer la dimension humaine de certains soldats boches (celui qui donne le rosaire au trappeur mourant, l'ancien boulanger qui met la main à la pâte dans le "kibboutz" et regrette sa vie passée...) ce qui est plutôt culotté dans ce genre d'oeuvre à cette époque. Leslie Howard se lance dans un grand discours sur l'éternité de l'Art (le lieutenant brûlant gratuitement tous ses écrits et La Montagne magique de Thomas Mann...) tout en prônant l'action devant la violence de tels actes. Il y a même face à cette supériorité aryenne déclarée, une jolie défense des minorités lapponnes et indiennes (l'indien-à-l'oeil-perçant, c'est un peu grossier mais efficace dans le contexte...) du meilleur effet (on pourrait se demander si les Américains n'auraient pas pu faire leur propre procès mais passons). On en finit d'ailleurs par se demander ce qui a pu dans une telle civilisation éclairée produire une Céline Dion. D'autres temps, d'autres maux - moins dangereux certes.

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09 avril 2007

Allemagne Année Zéro (Germania anno zero) (1948) de Roberto Rossellini

Germania_anno_zero_1_Pas facile d'être un gamin à Berlin en 1947, surtout quand on a un père malade, un frère ancien soldat, qui a peur de se faire recenser auprès des autorités et se cache jour et nuit, et une soeur qui refuse de se prostituer (oui, bon, je sais). Il se retrouve à creuser des tombes (geste ô combien prémonitoire), vendre des disques de Hitler ou des balances (on peut tenter un parallèle?), ou encore à voler des pommes de terre, ballotté constamment dans une ville en ruine, entre des adultes qui profitent de lui, des ados plus forts que lui et une famille qui compte sur l'impossible - et sur lui en grande partie -pour survivre. Prenant au mot son ancien prof déçu par le nouveau régime (qui, comme ses amis, ont des mains biens baladeuses) qui lui assène que seuls les plus forts survivent, se méprenant plus ou moins sur les paroles de son père qui lui dit être un fardeau et ne pas avoir le courage de mettre fin à ses jours, il empoisonne ce dernier. Réalisant l'horreur de son acte, il finit par se jeter d'un immeuble (affreux, ça fait même pas chpock).

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Si la caméra de Rossellini se retrouve constamment à l'affût des moindres gestes de ses personnages (grande dynamique du rythme et du montage, au passage), c'est pour mieux nous faire ressentir toute l'urgence de ces vies: tout le monde tente de vivre de petits expédients, et si certains refusent de tomber dans le marché noir, ce n'est point pour autant que quoi que ce soit leur vienne en aide. Le gamin apparaît complètement perdu et livré à lui-même dans ce monde d'après-guerre où plus aucun repère existe. On sent bien d'ailleurs à quel point ce film a dû avoir une forte influence sur Truffaut dont les errances du Doisnel des Quatre Cent Coups dans le Paris des années 50 n'est au final pas si loin. Rossellini, dans un petit texte liminaire au film, décrit sa volonté de ne pas chercher à plaindre qui que ce soit, mais plutôt simplement à illustrer une réalité dramatique. Loin d'un sentimentalisme à la De Sica, on se retrouve devant une réalité brute, qui fait souvent froid dans le dos. Allemagne Année zéro a su garder plus que jamais toute sa force: c'est la marque d'un grand cinéaste.

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Grey Gardens (1975) de Albert et David Maysles, Ellen Hovde et Muffie Meyer

cov_20old_20grey_20gardens_1_Dans la famille Onassis, je demande la tante et la cousine de Jackie: elles vivent dans une superbe baraque de l'East Hampton - détails: avec une douzaine de chats, des oppossums et dans un bordel sans nom...

Portraits de deux femmes bénies des Dieux (les photos de leur jeunesse laissent pantois) qui ont décidé de vivre quasiment recluses du monde - un jeune branleur les visite de temps en temps, l'épicier du coin laisse une caisse de victuailles et se barre rapidos - et qui passent le plus clair de leur temps à pousser la chansonnette dans leur lit (la mère), à danser des trucs (sur des marches militaires, le top) hallucinants et à manger du paté de foie sur des crackers. Elles doivent faire le ménage en moyenne une fois tous les dix ans, tout part en quenouille dans la maison (le jardin ressemble lui à celui des voisins de la maison verte chez mes parents à Yzeure: en gros c'est la jungle et on serait pas surpris d'y croiser un tigre la nuit...) mais à la limite elles font de mal à personne. Un document-vérité qui nous laisse sous le charme parfois (ah les souvenirs d'une autre époque), dans l'ébahissement le plus total (c'est sympa les oppossums et les chats, mais heureusement on a pas l'odeur - d'ailleurs comme le dit la vieille, "nan mais ça me gêne pas, même je préfère"), quand ce n'est pas dans une consternation sans nom: elles passent leur vie à se faire des reproches ("Tu chantes vraiment comme une casserole" dit la vieille à sa fille, "tu as bousillé ma vie" dit la fille à sa mère) mais on comprend aussi rapidement qu'elles ne peuvent se passer l'une de l'autre. A l'image de la façon de s'habiller de la fille (éternel foulard sur la tête, des bas d'un autre âge et un short très court - le soutien gorge semble prohibé dans la famille), on se dit que l'être humain peut être parfois bien étrange... On partage constamment leur intimité et le spectateur doit avoir tout au long de la vision du film la même tête que les deux amis qui les visitent pour l'anniversaire de la mère: entre étonnement total, voyeurisme, et envie de ne pas les interrompre. On s'amuse tout de même plus qu'eux (ils ont l'odeur), à partager pour un temps la vie de ce couple ultra-atypique venu d'une autre planète.

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En résumé une expérience très très spéciale - donc incontournable...

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08 avril 2007

La Loi de la Rue / Ley Lines (Nihon kuroshakai) (1999) de Takashi Miike

leylines_1_Une bande de trois losers, une prostituée shanghaienne, un petit trafic de toluène (de l'essence en pire, il me semble), un casse sanglant contre un gang d'Osaka, le rêve de partir au Brésil et une équipée sauvage qui finit plutôt super mal... On a droit à une petite pipe pour réveiller un blessé, deux trois scènes censurées avec des gribouillis blancs sur l'image, des filtres de toutes les couleurs pour donner une image souvent cradasse, que des lumières naturelles (ça dley_lines_16_1_oit faire des économies) et des scènes à contre-jour ou de nuit souvent inregardables, bref, c'est du Miike souvent filmé par dessus la jambe, c'est aussi ce qui fait parfois son style... Après l'envoutant Rainy Dog, cette troisième partie de la "Triad Society" laisse relativement perplexe. Pas ma tasse de thé en tout cas, vu le brio dont il peut parfois faire montre.

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