02 mars 2007

Un Homme dans la foule (A Face in the Crowd) (1957) d'Elia Kazan

cover_20a_20face_20in_20the_20crowd_1_C'est peut-être pas le film le plus célèbre du père Kazan, en attendant, quelque 50 ans plus tard il garde toute sa fraicheur pour dénoncer le pouvoir manipulateur de la télévision et les relations entre l'homme de spectacle et la politique (la politique-spectacle quoi...).

Lonesome Rhodes (Andy Griffith, gros abattage mais même si c'est le rôle qui le veut, il finit par porter un poil sur les nerfs... on aurait préféré Brando quitte à avoir quelqu'un qui parle fort et qui rit de toutes ses dents...) croupit dans une prison avant que la charmante Marcia Jeffries (Patricia Neal,a_man charmante donc) vienne le sortir de son trou pour le besoin d'une émission de radio. Fort en gueule, ne prenant jamais de gants pour dire ce qu'il pense, il devient peu à peu ultra populaire, quittant sa petite radio pour finir à la télé  newyorkaise; il charme les plus gros annonceurs et les personnes de l'ombre qui s'occupent d'un présidentiable. Son succès lui monte carrément grave à la tête (on prépare un remake avec Delarue co-produit par France 3) et il en oublie celle qui l'a découvert, préférant se marier avec une charmante majorette de 17 ans (Lee Remik, 22 ans à l'époque qui sait manier le baton, peuchère). Mais celle qui l'a fait monter tout en haut causera sa ruine en montant le son lors d'un générique de fin d'une émission de télé alors même qu'il se fout de la gueule des petites gens -son public - qu'il se vante de manipuler en un tour de main. (Le mélange alcool-médicament sûrement, ou la coke diraient les mauvaises langues)

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Po sûr que le film passe en période de campagne électorale américaine et c'est bien dommage car il mettrait au pilori la plupart des candidats (bon c'est pas non plus comme si les USA étaient un pays démocratique vous allez me dire). Rhodes se vante d'être l'inventeur de la machine à applaudissements et à rires automatiques, belle machine qui a fait son chemin depuis sur tous les plateaux télé. Kazan démonte tous les rouages de la boîte à connerie et expose parfaitement son pouvoir de manipulation. Rhodes passe du monde de la provocation à celui du pouvoir sans jamais être capable de garder les pieds sur terre et sa chute - joliment illustrée par les numéros décroissants des différents étages de l'ascenseur qui défilent - n'en sera que plus brutal. Se retrouvant totalement abandonné, il aura un dernier baroud d'honneur sur son balcon en hurlant son désir de come-back alors qu'un domestique presse les boutons des applaudissement: toute sa folie éclate et il n'en paraît que plus pathétique tout comme ceux qui ont un jour cru en lui - un petit coup de chauffe et la mayonnaise dégringole, c'est bien connu dans nos campagnes. Un film sûrement beaucoup trop en avance sur son époque pour qu'il trouve toute la résonnance qu'il aurait dû avoir. 

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LIVRE : Ernestine du Marquis de Sade - 1800

2070423190_1_Destin ultra tragique que celle de la pov Ernestine amoureuse du gentillet orphelin Herman, manipulés par la grosse enflure du richissime comte Oxtiern et la pouffiasse de Mme Scholtz, veuve prête à toute pour posséder Herman dont elle a la garde. L'amour est mis à mort par les puissants (rahh) mais Sade nous livre un récit où le pardon finira par régner en maître. Comme j'ai po non plus des tonnes de trucs à dire, voici en passant une très jolie définition du philosophe voyageur: "Le philosophe qui court le monde pour s'instruire, doit s'accomoder de toutes les moeurs, de toutes les religions, de tous les temps, de tous les climats, de tous les lits, de toutes les nourritures, et laisser au voluptueux indolent de la capitale ses préjugés, son luxe... Ce luxe indécent qui, ne contentant jamais les besoins réels, en crée chaque jour de factices aux dépens de la fortune et de la santé." Récit hautement moral qui permet à Sade quelques coups de griffes contre un pouvoir écrasant, la rédemption du Comte Oxtiern tendant à prouver que le pardon doit être plus fort que tout; celui-ci en effet est remis en liberté malgré ses affreuses bassesses et se fait un devoir d'aider les plus démunis. Sade de conclure que "Son exemple a prouvé à cette sage nation que ce n'est pas toujours par les voies tyranniques, et par d'affreuses vengeances, que l'on peut ramener et contenir les hommes." Faut dire qu'en prison on a po mal de temps pour méditer. Faut dire.

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La Ruée (American Madness) (1932) de Frank Capra

8338c045_1_Pour fêter un retour de vacances rien de mieux qu'un petit Capra pour faire passer la grisaille shanghaienne.

On est dans les années 30, ben ouais la Grande Dépression, mais le patron de la banque ne cède en rien à ses cupides et frileux associés, il faut que l'argent circule pour éviter que toutes les grandes entreprises en difficulté licencient à tour de bras. Les gars sont po contents mais ils n'ont pas le choix. La dessus, pas de bol, un casse a lieu à la banque et la rumeur d'une faillite s'étend rapidement à toute la ville: superbe montage de personnes au téléphone qui avertissent leurs amis de retirer leurs économies, Capra multiplie les plans, montés de plus en plus rapidement, illustrant parfaitement ce système de téléphone arabe qui va mettre le feu aux poudres; une nuée, une ruée de gens, montent à l'assaut de la banque (25 000 figurants, pas d'élephants) et malgré le discours improvisé du charismatique Waltermadness_1_ Huston devant cette foule (cette prise à partie n'est pas sans annoncer celle de James Stewart dans Mr Smith goes to Washington, seul contre tous), rien n'y fait, tout le monde veut récupérer ses billes. Quand le big boss se met en plus à émettre des doutes sur la fidélité de sa femme, on serre les dents pour ne pas entendre la détonation du revolver qu'il vient de découvrir dans son tiroir. Il faudra toute la pugnacité de deux de ses employés pour que des gens influents viennent déposer de l'argent et stopper cette hémophilie financière. En plus et ben, vous allez à peine me croire, mais il se réconciliera avec sa femme et on a un happy end de base de sa race...

Toujours une même dynamique de montage (incroyable comme il enchaine les plans dans une même séquence et même si tout american031gg_1_n'est po au millimètre dans les raccords, on lui pardonne devant une telle audace pour dynamiter son récit), des acteurs qui marchent à l'énergie se retrouvant constamment en mouvement même lorsqu'ils se retrouvent autour d'une table (petit bémol pour certaines postures et le jeu un tantinet arrêté de Gavin Gordon, le traitre, mais bon le bon vieux temps du muet n'est pas si loin...), un amour pour les 28èmes rôles, chacun ayant droit à sa petite mise en scène drôlatique (du portier au balayeur en passant par la standardiste), une jolie amourette en filigrane entre Pat O'Brien en bon garçon et la très mimi Constance Cummings, et toujours cet optimisme forcené chez Capra qui d'un coup de baguette magique transforme les pires cauchemars américains en conte de fée. Un grand devant l'éternel.

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01 mars 2007

Le Direktør (Direktøren for det Hele) de Lars Von Trier - 2007

dir2Comme toujours avec Lars Von Trier, Le Direktør est poilant, discutable, énervant, prétentieux, subtil, dérangeant, politique, mystérieux, égocentrique, et très réussi. Le gars ne trompe personne avec son nouveau joujou qui radicalise encore plus son idée de dogme (laisser un ordinateur diriger alléatoirement la mise en scène et les cadres) : il est on ne peut plus présent dans son film. Non seulement par ses brusques apparitions dans le récit, où il fait semblant, d'une voix taquine, de rester à l'extérieur de son action, mais aussi dans la trame même, dans le sujet : cette histoire d'imposteur qui prend la place du grand patron au sein d'une entreprise et devient malgré lui un opposant héroïque aux malversations économiques, renvoiedir1 sans forcer au rôle du Director Von Trier lui-même, qui joue subtilement de sa réputation d'intello usurpateur et escroc, d'élitiste brumeux et imposteur. Il a beau prévenir qu'il n'y a rien à chercher dans ce film, que ce n'est qu'une comédie légère sans fond, on n'est pas dupe.

Quant à la forme de son film, effectivement étrange dans son filmage (décadrages brusques, même au cours d'une seule réplique, caméra mobile jusqu'au tournis (mais ça, c'est la marque de fabrique), son à l'avenant, dont il se moque lui-même), elle fait son effet, si on accepte l'esbroufe dir4prétentieuse du bonhomme. Le Direktør est du coup bien rythmé, malgré quelques longueurs, et laisse l'impression d'un "sur le vif" assez intéressant. Il faut dire aussi que les dialogues du gars sont parfaits, avec une mention spéciale à cette scène infiniment précise de drague du patron par son employée. Les acteurs sont parfaits, à commencer par l'"Idiot" Jens Albinus en comédien qui se prend au sérieux, qui a toujours l'air de sortir du plumard. Von Trier dessine les autres personnages avec beaucoup d'humour (la dépressive qui a peur de la photocopieuse, la nympho, le rural au coup de poing facile, le gros nounours, et surtout Jean-Marc Barr, hilarant dans son mutisme), et dresse le portrait d'une "petite entreprisedir3 familiale" chère à Sarko ou à Pernault, complètement gangrenée, et toute chargée en non-dits. On se marre beaucoup devant Le Direktør, il faut le dire, mais c'est encore une fois un rire provocateur et tendu, même si le film est beaucoup moins puissant que les grands coups de boule de Von Trier (Les Idiots, Dogville, Médée). Encore une fois, on aimera ou on détestera, et tant que cet effet-là durera, je continuerai à admirer Lars Von Trier.

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25 février 2007

Seul au Monde (Cast Away) de Robert Zemeckis - 2000

castawayC'est quand même étonnant que l'auteur des survoltés Back to the Future, Who Framed Roger Rabbit ou Forrest Gump soit capable de pondre un film aussi apaisé et concentré que ce joli Cast Away. D'autant qu'il ajoute à la difficulté en engageant le pâlichon Tom Hanks. Mais il faut bien dire ce qui est : pour une fois, Hanks est vraiment bon, et même la pitoyable VF servie ce soir par TF1 (j'assume, mais difficilement) ne parvient pas à le rendre mauvais.

C'est donc un pari en grande partie réussi. Après une première partie très convenue, caricaturale, trop roublarde dans sa tentative de définir un personnage principal obsédé par le temps, Zemeckis le fait s'échouer sur une île déserte. Et là, pendant la plus grande partie du truc, Hanks est seul, son unique partenaire étant un ballon de volley (qui joue mieux, d'ailleurs, qu'Helen Hunt, tête à claques et à tics). Le réalisateur pose sa caméra et laisse le temps passer. Et on a alors droit au film anti-hollywoodien par excellence, qui accuse le coup de la puissance de la nature, qui montre la construction d'un feu dans sa durée, qui ôte tout dialogue pour laisser rugir la mer, qui ne cède jamais aux tentations du flash-back. Lieu unique, l'île devient l'ennemi à combattre, mai03s un ennemi qui combat à 2 à l'heure. Le désarroi de l'homme civilisé face au monde sauvage et "terne" de la nature est parfaitement rendu par Hanks, qui joue à merveille le beauf contraint à la débrouillardise, et par Zemeckis qui redessine subtilement l'histoire de l'Humanité. Alors bien sûr, ce n'est pas Straub : le gars n'arrive pas à s'empêcher de truffer son film de rebondissements, d'aventures, et Cast Away reste très convenu dans sa linéarité, et assez lâche dans les détails de l'aventure. Mais il n'empêche que certaines scènes, absolument vides, font leur effet : la construction du feu, donc, mais aussi la confection d'une corde, ou les rêveries de Hanks enseveli sous une grotte. Chapeau donc pour cet enregistrement du temps dans sa ca5durée, qui ne cède pas toujours aux schémas classique du film grand public.

Quant à la dernière partie, si l'on excepte la scène boursoufflée avec Hunt, elle est très belle aussi, encore une fois grâce à Hanks, étonamment sobre, grâce à quelques idées courageuses (il y avait quoi dans le paquet sauvé par Hanks sur l'île ? Qui est cette fille croisée deux minutes ? Quelle route va choisir le personnage arrivé au carrefour de sa vie ? Que signifie ce sourire final), par un rythme bien tenu, et par la beauté d'un scénario enfin devenu adulte. Zemeckis n'a pas transformé l'essai depuis, mais c'est peut-être la beauté principale de ce film d'être à part dans l'industrie de l'entertainment. Seul au monde...

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LIVRE : La Désobéissance de l'Architecte de Renzo Piano - 2007

Sans_titreL'architecture étant certainement l'art que je connais le moins bien (disons même que je n'y connais rien), un petit tour dans ce livre-interview du créateur du Centre Beaubourg. Piano a l'air d'être ma foi un très bon gars, soucieux de modernité (qu'il définit comme un concept flou qui n'a rien à voir avec l'actualité) autant que d'écologie (sa théorie sur "l'architecture durable" tient le coup), érudit et simple quand même. Si la première moitié du livre ne dit pas grand-chose (on dirait l'interview de De Palma par Blumenfeld, une vraie anguille déconneuse), la seconde est plus tenue : en partant des deux créations qui semblent lui tenir le plus à coeur (la Postdamer Platz de Berlin et Le Centre Kanak à Nouméa), Piano se montre dans toute son originalité. Le plus impressionnant est son goût pour la transversalité des arts : il parle très peu d'architecture, en fin de compte, mais beaucoup de musique (Berio), de littérature (Grass et Calvino), et d'Histoire. Quelques très jolies phrases sur l'ancrage du bâtiment dans la nature (le gars joue avec le vent, les oiseaux, les bruits ambiants), une belle vision de l'espace urbain (il importe pour lui de combler les "trous noirs" laissés par les villes en leur centre, de les faire imploser, non exploser), une attention constante au "bien-être" des gens qui vont se servir des immeubles qu'il construit, une absence totale de concessions par rapports à ses rêves, et enfin une ambition modestement visionnaire, achèvent de convaincre de le valeur du gars. La Désobéissance de l'Architecte est donc plutôt agréable, même s'il manque cruellement d'illustrations des créations de Piano pour pouvoir se faire une idée de son travail, et même si la désobéissance annoncée dans le titre est peu développée. Un bouquin pour les non-connaisseurs, quoi, c'est déjà pas si mal.

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LIVRE : La Montre en or et autres contes de J.-M. Machado De Assis (1839-1908) - 1998 pour la traduction

uploaded_7281_1_On continue joyeusement sur un air de samba avec l'un des plus grands auteurs brésiliens du XIXème (faut toujours faire confiance à l'introduction dans ces cas-là); 11 nouvelles qui traduisent un art évident pour planter des situations qui souvent basculent dans les dernières lignes. Histoires d'amour déçu ou tragique, obstination proche de la folie, des destins qui sont toujours emprunts d'une pointe d'absurde voire d'une petite pointe d'humour caustique, voilà brièvement ce qui fait le charme de ce grand prosateur. La première nouvelle, qui donne son titre au recueil met en scène un "mari jaloux jalousé": il faut attendre le tout dernier mot pour comprendre que parfois l'accusateur ferait bien, avant de s'en prendre à son partenaire, d'y réfléchir à deux fois. "Des bras" est également une histoire magnifique, évoquant l'obsession d'un adolescent pour ces parties charnues d'une femme mariée - celui-ci verra ses rêves les plus fous exaucés sans même qu'il en prenne conscience: quand le rêve devient réalité sans que l'on se réveille (c'est normal si vous ne me suivez plus...); petite définition très légère de l'amour au passage : "La meilleure définition de l'amour ne vaut pas un baiser de la femme aimée". Une histoire de miroir très borgesienne, un très joli conte sur une femme qui refuse de vieillir ou encore ce fabuleux récit intitulé "La cartomancienne" qui illustre parfaitement le don de Machado De Assis pour nous amener doucement sur une pente avant de nous retourner comme une crèpe dans le dernier paragraphe : cette histoire de triangle amoureux qui malgré les prévisions très optimiste d'une cartomancienne de pacotille finit dans le sang et la mort ferait un excellent scénario pour le père Hitch tant la fin s'avère d'un ironisme très mordant - c'est mon avis, hein. Pour finir quelques mots peut-être sur le style de notre type, de longues phrases très coulantes, une facilité pour planter les décors et nous faire entrer dans la psychologie des personnages, des dialogues d'une grande simplicité, bref à découvrir pour un peu qu'on veuille retrouver le Rio (sublime ville si je peux me permettre au passage) du siècle dernier. 

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Rendez-Vous (The Shop around the corner) d'Ernst Lubitsch - 1940

800ème texte de ce blshopog. Il fallait du gros, et j'en ai. Voilà le genre de film duquel je ressors avec une sorte de sourire niais et béat, qui, j'en suis sûr, ne me quittera pas pendant quelques jours. The Shop around the corner (passons sur le titre français débile) est tout simplement craquant, romantique comme on aime quand on a su garder son âme de grand gamin. Je défie quiconque de ne pas être ravi par cette comédie légère comme une caresse, où absolument tout est fait pour vous rendre joyeux et amoureux. Par petite annonce interposée, deux petits employés de bureau tombent amoureux l'un de l'autre, sans s'être jamais vus. Ils ne savent pas qu'ils se côtoient chaque jour au taf, et qu'ils se détestent cordialement en plus. Le grand suspense du film va être de les faire se rencontrer. Ca, c'est la trame principale, mais Lubitsch y ajoute une foule de petits détails parfaits : la soumission des employés à leur patron bourru (le film se paShopAroundTheCorner2_FF_300x225_020820051553sse à Bucarest en 1940, pas le moment de dire ses opinions clairement), le quotidien dans un magasin de mode pas à la mode, des histoires de tromperie, l'ascension hiérarchique d'un coursier aux dents longues... Tous ces petits détails doppent l'histoire, tous sont bien vus, dessinés avec une subtilité toute euh lubitschienne. Ajoutez à cela une épaisse neige qui tombe sur ces décors de studio infiniment beaux, des personnages secondaires inspirés et sobres, un noir et blanc et un cadre discrets en diable (malheureusement massacrés par une édition DVD qui recadre tout ça sans vergogne), et vous obtenez la comédie romantique la plus douce du monde.

James Stewart est tout simplement ex-tra-or-di-naire dans ce rôle de petit mec avide de culture et d'amour. La scène où il rend visite à son amoureuse-qui-s'ignore dans sa chambre, que Lubitsch filme avec une admiration évidente pour le comédien, est un modèle de subtilité intérieure, de 18462223charme, de glamour. Le scénario est bien sûr parfaitement monté, et si The Shop around the corner est moins riche niveau dialogues que d'autres films de Lubitsch, si le style renommé et tout en ellipses du gars est ici moins visible, il n'a en outre rien à envier aux autres chefs-d'oeuvre du pépère au niveau de la subtilité de l'ensemble, de la construction du récit, de la maîtrise totale quand il s'agit de raconter simplement une bonne histoire. La deuxième moitié du film est bouleversante et drôle, jusqu'au plan final, génial : Stewart montre ses chaussettes à sa petite nana (pour lui prouver en fait qu'il n'est pas bancal, il faut le voir), et elle lui tombe immédiatement dans les bras. La perfection.

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La Collectionneuse d'Eric Rohmer - 1967

18395912Bon, on va pas se la raconter, on n'est pas dans le film le plus bouleversant de la chrétienté, c'est du Rohmer. On est plus dans le raffinement Rive Gauche que dans la fête à la saucisse de Colmar-village. Mais bon, si on accepte le truc, La Collectionneuse est plutôt pas mal. Dans sa forme éternellement "début de siècle", Rohmer fait se rencontrer en un jeu assez pervers deux mondes opposés : l'intellectualisme cynique et brillant du dandy (Patrick Bauchau) et la minéralité naturaliste de la croqueuse d'hommes (Haydee Politoff). C'est donc un des films somme de Rohmer, puisqu'il réunit en un seul temps les deux aspirations du gars. Et les deux aspects sont parfaitement traités. D'un côté, on a droit à de jolies pauses sur des algues, sur un arbre, sur une lumière le long des murs de Ramatuelle, sur un paysage, sur des cris d'oiseaux (belle construction de la campagne par le seul biais des sons, d'ailleurs), qui montrent que Rohmer n'est pas seulement ce cérébral parisien enfermé dans sa tour d'ivoire, mais aussi un artiste charnel et observateur du monde ; de l'autre côté, on a droit aussi à de brillantes dissertations sur les cheminements intérieurs du jeune intello de base, qui tombe progressivement sous le charme de la donzelle. Soutenus par18395914 une voix off à la Henri-Pierre Roché (si je peux me permettre), les discours du gars brassent des concepts philosophiques intéressants, et la présence à l'écran des livres de Rousseau ou des romantiques allemands est en ce sens bienvenue. Bon, j'avoue que parfois le film frôle le ridicule dans cette volonté affichée et sérieuse comme un pape de théoriser le moindre micro-évènement. Sur les 80 minutes du film, le principe ne tient pas, on se marre franchement pendant 40. Mais il n'empêche que La Collectionneuse est parfois un bien joli bidule, quand Rohmer s'attarde à la Godard sur le corps de son héroïne, quand la futilité d'icelle se renverse subitement aux dépends du philosophe frustré, quand les jeux de l'amour et du hasard se font plus graves que le simple badinage. Le personnage masculin est assez intéressant, et Rohmer parvient à se moquer gentiment de son propre discours moral et un peu soûlant, en suggérant subtilement que ce gars ferait mieux de sortir direct son appendice prénatal plutôt que de s'amuser cyniquement à se faire du mal. Je ne suis pas fan de Rohmer, mais je dis pas, de temps en temps, c'est pas désagréable de voir qu'il y a des gens qui sont restés bloqués dans la machine à remonter le temps. Fashion, en tout cas.

L'odyssée rhomérique est

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24 février 2007

Stalag 17 de Billy Wilder - 1953

En tant que fanatique de Billy Wilder, je ne peux qu'être déçu par ce Stalag 17. Je reconnais au gars unecap51oe ambition réelle : mélanger la comédie et le suspense sur un sujet aussi délicat que les camps de prisonniers dans l'Allemagne nazie, on admettra que c'est pas ce qu'il y a de plus facile à gérer. Je reconnais aussi que le film se laisse suivre plutôt agréablement, grâce à ces alternances de moments de bravoure héroïque et de moments plus légers qui montrent le quotidien du stalag. Grâce aussi au scénario lui-même : le talent d'écriture de Wilder n'est plus à démontrer, il était un des meilleurs de ce côté-là, c'est tout. La trame est est donc pas mal faite : on suit les élans de solidarité, les moments difficiles, les galères et privations d'un petit groupe de prisonniers américains dans un camp, l'histoire se corsant quand on apprend que parmi eux se cache un espion à la solde des nazis, qui transmet toutes les informations aux gardiens du camp. Qui est le traître ? Holden, trafiquant sans vergogne, cynique et insensible ? Le débile léger qui joue de l'ocarina ? Le beau mec à l'héroïsme un peu trop appuyé ?...

sjff_03_img1136L'ennui, c'est que Wilder rate autant du côté comédie que du côté drame, comme s'il hésitait entre les deux genres. N'est pas Chaplin qui veut, qui avait miraculeusement trouvé, dans The Great Dictator, l'équilibre entre l'horreur de l'Histoire et la farce. Dans Stalag 17, l'humour est naze, désolé de le dire. La faute en grande partie aux comédiens grimaçants qui ont en charge cette partie du scénario. Trop c'est trop, et les gros gags tombent à plat. Les gars qui essayent de s'infiltrer chez les prisonnières russes, le gros surveillant nazi ridicule, le Boche qu'on fait jouer au volley-ball pour détourner son attention, le prisonnier ivre qui voit Betty Grable partout, ça ne fait pas rire. On est dans le grotesque le plus plat, c'est une horreur quand on connaît le génie comique de Wilder dans ses films plus tardifs.

On cherche alors à se rattraper dans la partie plus dramatique, description d'une solidarité entre hommes qui3074 s'organisent, trafficottent, encaissent les coups et les frustrations avec courage. Mais là aussi, le trait est lourd. Stalag 17 est trop manichéen, trop propagandiste, affiche trop volontairement ses intentions de glorification du soldat ricain. Les personnages ne représentent que des clichés, chacun dans son rôle. D'autant que l'image d'Epinal est renforcée par cette reconstitution hollywoodienne d'un camp de prisonnier. On voit bien que les accessoiristes ont joliment disposé la gadoue, étudié les plans des radios pirates de l'époque et nettoyé nickel les uniformes nazis, mais du coup le film est trop sage dans son image. jamais on a l'impression d'être dans ce camp. Quand on sait que le dernier projet de Wilder était Schindler's List, on reste gêné devant cette artificialité.

Stalag_17__CheckReste William Holden, parfait en personnage trouble, et qui endosse ce rôle courageux avec classe. Et quelques jolis moments (le bal de Noël, la transformation de balles de ping-pong en fumigène (!), la voix off très bien jouée, et deux ou trois répliques wilderiennes en diable). Mais jamais je n'en voudrai à Billy, qui m'a ébloui à maintes autres reprises.

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