07 février 2007

La Science des Rêves (The Science of Sleep) (2006) de Michel Gondry

18647318Mon souci avec Gondry, je vous le dis tout de suite, c'est que je trouve qu'il fait des films certes brillants et originaux, mais somme toute un peu vides. Impressionné sur le coup par Eternal Sunshine of the Spotless Mind, je me suis rendu compte que deux heures après, il ne m'en restait rien qu'un souvenir amusé. Comme quand on prend un acide, si vous voulez : le trip est bon pendant quelques instants, et puis, quand l'effet s'estompe, le monde redevient banal...

La Science des Rêves, en ce sens, est bien un film de Gondry. C'est un film très original, assez prenant, drôle, décalé, très étrange à tous points de vue... mais vide. L'idée de base est burtonno-ruizienne (je dépose le copyright du concept dès aujourd'hui) : un gars a du mal à faire la différence entre ses rêves et la réalité, et tout son univers pâtit de cette déviance : travail, amitiés, famille, et même amours se trouvent mélés dans un monde onirique branque. Le pauvre gars (Garcia Bernal, un poil déceptif) a pour lui quand même une imagination fertile : les séquences de rêves sont magnifiques. Gondry s'inspire visiblement beaucoup des films d'animation russes à la Svankmajer ou à la Starewitch, et la création visuelle est mignonne comme tout. On est très loin des effets spéciaux d'aujourd'hui, et on retrouve avec plaisir ce bricolage des premiers temps du ciné, où on fait la mer avec des papiers de bonbons et les nuages avec du coton. Gloire à Gondry d'aimer ce cinéma-là plutôt que King-Kong.

Mis à part ces moments très beaux, l'intelligence de mêler les langues (espagnol, anglais et français - ce qui18612902 augmente la perte des repères) et quelques traits d'humour amenés par un Chabat toujours parfait, le film est un peu terne. L'histoire d'amour entre le héros et Charlotte Gainsbourg est peu intéressante, et le film pâtit d'un rythme un peu saccadé qui lasse. Les acteurs semblent ne pas trop comprendre ce qu'ils jouent (Miou-Miou et Vaneck sont perdus totalement), même si on dirait qu'ils s'amusent bien. Et puis, une fois encore, on sort du ciné en se disant : bon, et alors ? Une pure forme, à nouveau. Agréable, sans plus. Et puis comment en vouloir vraiment à un cinéaste qui met en bande-son de son film le sublime "Coutances" de Dick Annegarn ?   (Gols - 21/08/06)


h_3_ill_803736_science_reves_1_Bon ben oui c'est raté, c'est bien gentil ce mélange rêve/réalité mais on croit po en l'un plus qu'en l'autre, les effets spéciaux de bric et de broc - russes ok, ça fait mieux, voire tchèques - sont certes ambitieux mais donnent encore plus une impression de carton pate au récit - le studio télé, on dirait un Almodovar de 1950. Les acteurs sont totalement en roue libre (et on a beau les aimer, ça laisse souvent pantois), po maquillés ou mal éclairés à tel point qu'on dirait les trucs que je filme dans ma chambre (en mieux ok, pour le son) et à part quelques pointes d'humour que Patrick Sébastien trouverait drôle ("J'ai pas besoin d'être un artiste pour laisser des traces", et Chabat de péter... quant au dialogue final entre Charlotte et Garcia Bernal, il est d'une telle vulgarité de potaches qu'on a honte pour eux tant on les aime, je me répète), on se demande encore à quoi se résume le scénario. Alors oui, on ne se prend pas au sérieux et on n'enchaîne dans un esprit clip "style 80 ou 90" les séquences oniriques désastreuses - j'attendais de voir Björk déguisée en ours dans les escaliers, mais finalement po de bol c'est tout le monde qui revêt de jolis costumes de chat - Jackass en moins poilant...  Terrible cette complaisance dans le n'importe quoi, pour tenter de nous faire toucher du doigt la magie d'une rencontre amoureuse qui n'ose se l'avouer. Gondry, tu mériterais une ptite claque des mains du Garcia Bernal pour un tel gâchis. Very disappointed.   (Shang - 07/02/07)

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Favela Rising (2005) de Matt Mochary et Jeff Zimbalist

favela_rising__1_Pendant à City of God, côté docu, on apprend que de 1987 à 2001 environ 4000 mineurs sont morts dans les favelas de Rio soit vachement plus qu'en Israël et en Palestine, alors bon. Eh oui, le trafic de drogue ça paye bien, mais c'est super dangereux. Un homme a décidé de tout changer par la musique Anderson Sa, et grâce à Dieu, il a donné d'autres modèles à ces chers bambins. Le documentaire évoque la formation d'Afro-Reggae dont il est le chantre, un groupe qui compte aujourd'hui plus de deux mille adeptes dans les favelas, chanteurs, danseurs, percussionnistes... tout compris, et qui fait passer la compagnie créole pour une compagnie de bus. Ca balance dans tous les sens, frappe dans tous les bidons (ville?... oh je peux me permettre c'est les vacances) et ça donne surtout l'espoir de s'en sortir autrement. Et pis pas de bol, le Sa a un accident de surf, se pète une vertèbre, mais la Vierge veille, et il sera vite debfavela_1_out. Bon c'est instructif mais alors cet esthétisme clipesque est plus que rageant - surtout pour nous montrer des flingues ou des petits -et des gros - loubards: ce serait pas plus mal d'essayer de les désacraliser au passage ; bon on voit certes aussi des images de cadavres mais les effets de montage ou musicaux sont putassiers à l'excès. Les chansons sont mises en image façon MTV et on a plus l'impression finalement d'effleurer le sujet que de le traiter en profondeur. Anderson Sa est un bon garçon, mais on aurait aimé un peu moins d'images racoleuses (les flics avec des flingues qui chargent, merci, on avait compris...) et un peu plus de réflexion et d'investigation pour nous faire toucher de près cette triste réalité qui demeure, malgré la joie musicale... Si tu vas à Rio... n'oublie pas de rester en bas... 

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Les Sans-Espoir (Szegénylegények) (1966) de Miklós Jancsó

les_sans_espoir__1_Fin des années 1860, une partie de la population, genre desperado ou robin-des-bois, crève la faim, et ces brigands, ce sont les sans-espoir. Seulement le gouvernement est prêt à tout pour y remettre de l'ordre, et en prison tous les moyens sont bons pour que, à force de chantage et de pièges super rusés (fourbe le hongrois), chacun finisse par dénoncer tout le monde.

Unité de lieu: une vaste prison où tous les gars du pays semblent avoir été rassemblés, et un fort où les fortes têtes cagoulées sont réunis et tournent en rond, faisant passer Midnight Express pour une troupe folklorique. Pas facile de reconnaître un meurtrier quand tout le monde est moustachu, mais les gardes ont les moyens de vous faire parler. Bon, mon gars, tu reconnais ce meurtre, c'est bien, maintenant si tu veux éviter la pendaison, trouve-moi un pote qui en a tué plus que toi et tu seras libre. Au pied du mur, chacun y va de sa vieille feinte pour sauver sa peau, même si au final, tout bandit y perdra la sienne (soit en étant fusillé dans le dos après deux trois pas sur le chemin de la liberté, soit en étant étranglé par les prisonniers qui n'aiment point les moucharfazek06_1_ds). A cela, on peut aussi choisir le suicide, ce que font aisément trois types qui sautent du toit pour se fracasser la tête, plutôt que d'assister à la mise à mort de leur compagne fouettée sous leurs yeux plus drue qu'un yaourt bulgare. Un film noir -le transfert dvd n'étant point parfait au passage, certaines séquences étant plus en noir et noir qu'en noir et blanc, bref -, mais faut dire qu'avec le titre on s'attendait pas non plus à une danse de dragon (je parle pas du titre original qui marque quand même pas mal de points au scrabble, mais faut avoir le jeu). Moins stylisé que Rouges et Blancs, il y a malgré tout une froideur qui se dégage de l'ensemble aussi bien dans la forme (ces grands espaces infinis de campagne qui ne laisse aucune échappatoire même en courant super vite), que dans le fond (l'attitude très distante des responsables du camp qui arrivent toujours à leur fin - la fin est d'ailleurs d'un cynisme énorme) qui fera de Jancso un auteur internationalement reconnu.

szegenylegenyek_vesszozes_resize_1_Pour conclure, j'ai bien fait de lire la jaquette, ces quelques mots d'Emile Breton de L'humanité qui résume bien l'esprit du truc: "Une glaçante parabole sur les mécanismes du pouvoir et de la délation". Sarko devrait en faire son film de chevet, fidèle à ses origines (eheh).   

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Combat sans code d'Honneur (Jingi naki tatakai) (1973) de Kinji Fukasaku

L'après-Hiroshima laisse un pays livré à lui-même où les différents clans de Yakuza ne cessent de régler leur compte. Dès la séquence d'ouverture dans un immense marché, lorsque nos amis les G.I. décident de violer une fille qui passait par là, on assiste à de violentes bastons en bonne et due forme, filmée avec une caméra ultra virevoltante qui colle constamment à l'action: c'est là décidément toute la marque de Fukasaku, dont la caméra vit avec ses personnages.

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On retrouve ces arrêts sur image sur chaque présentation de personnage - et sur chacune de leur mort aussi - avec une musique qui fait "pinpinpin!"- ce qui n'est po sans rappeler un certain Kill Bill. L'histoire pour faire court est, dans une première partie du film, un réglement de compte entre le clan Yamamori et le clan Doi dont va faire les frais notre héros, Shozo Hirono qui fera un second petit tour en prison pour meurtre. Il est celui qui apparaît comme le seul garant (si je puis dire) du code d'honneur, n'hésitant jamais à payer de sa personne pour sauver le clan Yamamori, même si dans la seconde partie du film, plus brouillonne, on l'on assiste à de multiples réglements de compte entre les différents sous-chefs du même clan, il décidera finalement de jeter l'éponge en partant la tête haute: il y a définitivement quelque chose de pourri au royaume du Japon, et notre ami Hirono, las des multiples trahisons, délations et sacrifices, finira par péter un plomb à l'enterrement d'un des derniers sous chefs. On aura droit au passage à un joli coupage de doigt, un hara-kiri assez gore et d'innombrables coups de feu faisant exploser des corps. Si on est limite à prendre des notes pour savoir qui est qui, la maestria de la mise en scène de Fukasaku reste tout de même impressionnante, la caméra ne se posant qu'en de rares instants. Juste une ou deux petites scènes d'amour tariffé pour passer le temps, dans ce monde d'hommes qui ne cherchent que le pouvoir et la mise à mort de leur adversaire coûte que coûte. Le chef Yamamori est en cela un bel exemple de pourriture, n'hésitant point à pleurer pour s'attirer la pitié et garder la mainmise sur les différents traffics (drogue, armes..), et finissant par trahir tous ceux qui l'aident - rah bel exemple pour la jeunesse, tiens.

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La bombe d'Hiroshima semble avoir fait exploser toute morale au royaume du soleil levant, les chiens-yakuza sont lâchés et s'en donnent à coeur joie. Du cinéma coup de poing on dit, non?

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06 février 2007

La Passagère (Pasazerka) (1963) d'Andrzej Munk

pasazerka_1_Film incomplet, le réalisateur étant victime d'un accident de voiture avant de l'achever, cette plongée au coeur de la "vie quotidienne" dans un camp de concentration est d'un réalisme assez terrible. Ses collaborateurs décidant de finir le film à partir d'images prises par Munk, le film n'est pas sans rappeler dans sa conception La Jetée de Chris Marker, mixant une voix off à deux versions d'un même fait.

Liza est sur un bateau avec son mari et quelle n'est point sa surprise de voir monter à bord Martha, une ancienne détenue qu'elle pensait gazée. Elle décide d'avouer à son mari son passé (elle était dans les camps... maisd_1_ comme surveillante, ouais ça change quand même), insistant sur le fait de n'avoir jamais abusé de son pouvoir : elle reconnaît au contraire avoir eu des liens "priviligiés" avec cette détenue qu'elle avait prise sous son aile; tout d'abord en en faisant son assistante, ensuite en lui permettant de voir son petit ami co-détenu dans le même camp. Après son récit, on assiste à une autre version -la vraie ?, celle de Martha ?- où Liza semble plus qu'autoritaire et dominatrice tout en tissant les mêmes liens ambigus avec Martha.

passenger_1_Si le spectateur finit un peu par se perdre dans ce jeu de souvenirs tronqués (Liza tente-t-elle d'expurger sa mauvaise conscience ? Cette Martha qui monte sur le bateau est-elle bien la même que celle du camp ?), il assiste à une "projection" de cette vie dans les camps mêlant le réalisme le plus sordide aux petits actes du quotidien. Se devant de faire le lien entre monstruosité et humanité (ou les deux se confondent-ils ?), barbarie et petits gestes intimes, cauchemar du souvenir ou réalité rêvée (Martha s'en serait-elle sortie ?), il ne peut que rester pantois devant cette mise-en-scène plus vraie que nature d'une époque où toute humanité s'est arrêtée. Liza tenterait-elle de noyer dans son souvenir des actes inoubliables ou impardonnables, ne tentant de faire ressortir que son sens de la compassion (a posteriori tout du moins...)? On demandera à Munk de nous éclaircir une fois là-haut. 

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05 février 2007

Shortbus de John Cameron Mitchell - 2006

short_bus_1_1_Bon alors soyons franc, Shortbus n'est pas loin de ce que j'ai vu de pire cette année... Si, d'après les dialogues ultra pointus du film, les années 2000 sont "comme les années 60 avec un peu moins d'espoir", ce film est comme un Lelouch avec un peu moins de matière (ah ben oui forcément. il ne reste pas grand chose, un atome ou un ion de Q peut-être...). Sofia (Sook-Yin Lee, la pire actrice de l'année?) voudrait bien avoir un orgasme (roh ben quand même). James qui aime moins Jamie (la palme du couple d'acteurs gays le pire de l'année) aimerait bien se suicider (et ben vas-y te gène po mon gars...). Voilà donc. Il est aussi question de panne de courant, qui doit être une métaphore pour la panne d'inspiration. Le jeu des acteurs (on l'a compris) est sûrement ce que j'ai vu de plus nul depuis longtemps (tous se veulent d'un "super naturel confondant" et c'est confondant de clichés et de tics), les gays ont deux expressions: ils sourient ou ils pleurent (ça reste plus riche qu'Audrey Tautou certes) - Ok l'un est capable de se faire une auto-fellation et l'autre de chanter l'hymne américain dans le cul (si si) d'un micheton, respect, mais c'est pas non plus d'un goût supra raffiné (sans commentaire); Sofia, elle, tant que je suis dans la poilade, se balade pendant 10 minutes avec un oeuf électrique entre les cuisses et son copain appuie sur la télécommande sans faire exprès... c'est super drôle, j'ai failli sortir de mon salon en claquant mon siège... Je ne parle pas du montage (quand les personnages sont côte à côte, la hauteur de cadre ne cesse de varier d'un plan à l'autre et mon gars Bastien, ça, je comprends que ça l'écoeure) ni du clip final à la fin avec scènes de baise fade. Pas de quoi donner une érection même au Père Noël...   (Shang - 25/12/06)


18700118Je sens que ça va hurler, vue la critique un brin négative de mon collègue il y a quelques temps... mais moi, j'ai plutôt aimé Shortbus. Certes, je confirme qu'on ne fait pas dans la subtilité, je confirme que les acteurs ne sont pas vraiment à la hauteur, je confirme qu'on n'a jamais un brin d'érection devant les nombreuses images de baise du film. Mais j'ajoute : et alors ? Le but d'un film sur le sexe est-il de faire se branler ses spectateurs ?

En tout cas, j'apprécie plutôt le romantisme sombre de l'ensemble. Si on exclut les 10 dernières minutes, qui sont effectivement catastrophiques dans le bien-pensant et l'optimisme béat, Shortbus apparaît étrangement moderne, les rapports entre les êtres se réduisant à des prouesses sexuelles, des recherches désespérées d'amour ou de plaisir immédiat, rageusement à la recherche d'un moi profond qu'ils n'arrivent pas à retrouver. Ca peut être18682195 une enfance perdue pour l'un, un amour oublié pour l'autre, une façon d'être ensemble pour tous. Le cabaret qui donne son titre au film, utopie vouée à l'échec d'un paradis terrestre placé sous le signe de la liberté d'opinion et du débridage des fantasmes, est en ce sens assez touchant dans sa faillite : les personnages n'y trouveront pas de quoi effacer leurs douleurs, malgré le côté indéniablement tentant de la chose (les gros baisent, les vieux baisent, tout le monde baise). Mitchell constate avec lucidité et humour que l'utopie des années 70 ne peut plus fonctionner dans le monde de 2006, et ma foi je suis plutôt d'accord. En ce sens, la scène certes improbable où un gars chante l'hymne américain dans le cul de son amant (ben oui) est très intelligente, quoiqu'on en dise : cette allusion à Hendrix et à Woodstock, ridiculisée par le contexte, représente à merveille cette perte des fantasmes hippies. J'ajoute que le film m'a souvent fait rire pour ma part, par son côté frontal et sans tabou. Avouons, ami Shang, que pour le coup le film est assez courageux, non ? Enfin, côté musique, c'est un bonheur, chaque morceau est sublime.

Sombre et drôle à la fois, Shortbus ne ressemble à rien de ce qui existe en tout cas. Peu importe les (nombreux) défauts du montage, l'approximation des acteurs (amateurs), et ce côté arty gavant, peu importe que Mitchell cantonne son film dans un aspect "Manhattan-Village" un peu trop fashion, peu importe cette fin béate et crétine... je suis ressorti de Shortbus intrigué et relativement séduit.   (Gols - 05/02/07)

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Tueur à gages (1998) de Darezhan Omirbayev

killer_1_Petit film qui nous vient du Kazakhstan et qui tente sans trop de moyens de nous montrer dans quelle spirale un homme peut tomber pour juste vouloir chercher à survivre.

Marat, chauffeur de son état, est un jeune papa et en voulant jeter un oeil sur son gamin à l'arrière, il rentre dans une caisse: cela sonne pour lui comme le début de la fin; sous les menaces physiques pour rembourser les dégats, il se verra obligé d'emprunter de l'argent, perdra son boulot suite au suicide de son boss - un célèbre mathématicien dont on vient de couper les crédits (po la fête du slip au Kazakhstan...), empruntera à nouveau pour acheter une bagnole qu'il se fait chourrer dans la foulée par quatre loubards en moto et devant rembourser au final 12.000 dollars... - sans parler des pépins physiques du nouveau-né. Il n'aura d'autre choix que celui d'accepter de tuer un journaliste fouineur en échange de ses dettes. Plusieurs fois, au cours du film,  il rêve de se jeter d'un toit mais la vie n'est malheureusement pas si simple. Il finira par s'exécuter en tuant froidement le journaliste, mais l'homme de paille qu'il est est tout autant facile à éliminer.

On peut pas dire que le film respire l'optimiste le plus fleur bleue ni qu'il s'agisse de la meilleure pub pour aller passer des vacances dans cette contrée. Filmé de façon correcte sans chercher à faire le malin, le film nous fait suivre cette chute en enfer qui semble dès le début inexorable. Vainqueur dans la section "Un certain Regard" à Cannes en 1998, un film lucide sur les gens-de-peu qui se battent dans le vide pour tenter de faire leur trou et finissent avec deux balles dans le corps en allant vider leur poubelle...

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04 février 2007

Apocalypto (2006) de Mel Gibson

20070103143648_1_On savait que Mel Gibson ne faisait pas dans la dentelle du Puy, mais là tout de même, c'est plus un puits, c'est un gouffre. Que la violence l'attire à ce point, après tout, ça le regarde, mais qu'il laisse à ce point son histoire partir en vrille... Personne d'un peu sensé pourrait lui taper sur l'épaule en lui lançant un simple "Mel tu déconnes grave, tu devrais te reposer un peu..." ?

J'ai rien contre le fait de voir Ronaldinho courir pendant 48 heures  dans la forêt amazonienne, sans entraînement,  sans ballon et sans avoir de crampes - juste après qu'une lance lui ait transpercé le corps quand même. Mais avant d'en arriver là il faut avouer qu'il aura connu une sale journée: son village est pillé par des hommes sauvages (ça charcle dru) qui se déguisent en Chabat dans RRRrrrrr; il parvient tout de même à cacher sa femme enceinte et son enfant... Ensuite il se tape une sacré balade attaché de partout avec quatre de ses comparses, dont l'un ne cesse de ralentir l'allure, normal quant tu as un gros trou dans le ventre. Ensuite, la honte suprême, se faire peindre en Schtroumpf avant de se faire arracher le coeur et couper la tête; il a du bol, comme dans Tintin, il est sauvé par une éclipse, Deus ex-machina qui fait bien marrer quand même; et pis c'est pas fini, il joue au même jeu que dans L'armée des Ombres sauf qu'à la place des mitrailleuses, tu as cinq champions du monde du javelot et trois de tir à l'arc... Il s'en sort tout perclu et c'est là que la battue s'organise... à peine caché dans un arbre pour souffler il est attaqué par une panthère noire, il sautera ensuite des gorgesapocalypto_1_1_ d'Iguaçu (Philippe de Dieuleveut à côté c'est une taffiole), sortira vivant de sables mouvants et ça devient tellement n'importe quoi qu'on se demande à la fin si Christophe Colomb ne va pas débarquer quand il va arriver sur la plage... Et ben vous allez rire mais ça manque po, coup de bol Depardieu n'était pas libre (et je vous passe l'accouchement de sa femme qui se retrouve inondée dans son trou, avec un bébé qui se prend pour une pochette de Nirvana). A quoi bon, Mel, faire autant n'importe quoi quand même? Apocalypto, c'est le titre de la revue de presse non? C'est grotesque tout simplement, Mel, tu m'auras plus mon gars.

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Quinceañera (2006) de Richard Glatzer et Wah Westmoreland

QUINCE

Malgré des critiques ma foi très positives outre-atlantique, cette histoire blindée de bons sentiments dans le quartier mexicano de Los Angeles transpire la fadaise... Magdalena, 14 ans, tombe enceinte de son copain sans avoir jamais couché (juste une petite éjaculation sur la jambe, comme quoi faut faire gaffe), son frère une petite frappe toute tatouée couche avec un couple d'homo anglais récemment installé dans ce quartier à la mode. Les deux se feront éjecter de leurs amoureux respectifs et de leurs parents et trouveront refuge chez leur vieille oncle de 342 ans - qui, explusé de sa maison, décide de mourir (désolé, c'est po moi qui ai écrit le scénar). Je sais même pas ce que cela se veut! Un film sur la communauté mexicaine aux US?  Un sombre drame où deux ados ont po de bol mais un coeur ça comme? Je pencherai plutôt pour une gentille daube. Mais bon c'est un film en Q, ça marque des points.

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03 février 2007

Vote ou Crêve (Homecoming) (2005) de Joe Dante

Je ne sais pas si mon éminent collègue s'attendait à un film d'horreur pour le 500ème article de ce blog surpuissant, mais bon... En tout cas, on a droit à un chef-d'oeuvre, et je pèse mes mots. La série des Masters of Horror n'a pas donné grand-chose (à l'exception du Carpenter), mais là c'est du grand grand film.

158Le sujet est superbe : suite à une petite phrase balancée par un conseiller du Président ("si les soldats tombés au front ressucitaient, ils nous remercieraient"), les trouffions sortent effectivement de la tombe pour aller voter (ce qui s'est fait déjà sous Tibéri, mais passons). Rien ne les arrête, et ils meurent à nouveau une fois que le bulletin est dans l'urne. Sur cette trame passionnante et ravageuse, Dante tresse un scénario au petit poil, jubilatoire dans son engagement frontal et ravageur, magnifiquement monté dans toutes les répercussions qu'un tel sujet peut donner, drôle et féroce dans le traitement. Faut-il laisser voter les soldats ? Les utiliser ? Y a-t-il des soldats morts de droite ? A cette énorme farce politique, le scénariste ajoute en plus un subtil portrait intime du conseiller, dont les implications dans la guerre sont plus complexes qu'on ne croit, et un personnage très bien dessiné de présentatrice aux dents longues.

Côté mise en scène, c'est là aussi très grand : les lumières, le rythme et l'ampleur de la réalisation sont àhomecoming2 l'unisson. Dante convoque l'intégralité des films de zombies pour renouveler le mythe. Qu'est-ce que peut revendiquer un zombie dans le monde contemporain, sinon le droit d'être contre sa mort ? Question plus sérieuse qu'il n'y paraît, et que le bon Joe traite d'ailleurs avec beaucoup de sérieux. Même s'il n'oublie pas la farce qui a fait sa marque depuis Gremlins : on se marre pas mal dans Homecoming, notamment dans le quasi copié-collé d'une scène de Night of the Living Dead, ou dans les mille clins d'oeil adressés au cinéma de morts vivants (les soldats s'appellent Romero ou Jacques Tourneur). Le trait est énorme, et pourtant l'ensemble touche juste, et devient même assez profond au fur et à mesure du film. Dante a peut-être fait le film d'horreur le plus engagé, le plus rebelle et le plus frontal depuis They Live de Carpenter.   (Gols - 04/10/06)


aaf2bb6_1_C'était le 500 ème articles de ce blog (Allez encore un petit effort et on sera à 800 en 1 an) et je ne peux que me réjouir avec mon co-blogueur de ce véritable brûlot politique extrèmement jouissif. Des morts-vivants qui reviennent pour voter contre Bush, un ultime sursaut d'intellignece avant de s'éteindre définitivement (le vote comme mise à mort des zombies, fallait y penser, pétard), il s'agit carrément du film d'horreur le plus audacieux depuis longtemps (et l'hommage à Roméro est amplement mérité). Il y a du gore qui fait grincer les dents comme on aime (foutre 42 bastos dans un corps amputé pour montrer leur tenacité à aller jusqu'au bout de leur projet, c'est caustique tout de même) et l'on se dit que si ce film passait en boucle en période pré-électorale, celamastersofhorrorhomecoming pourrait pas faire de mal (oui bon, on aura droit à du Hillary Clinton, mais peut-on faire les malins avec notre Ségolène? Le XXIème siècle sera féminin ou pas... Je suis prêt à signer). A quand une version française sur le même topo (Les indigents morts-vivants, un film sur l'après-Algérie...), la version Corse existant déjà. Dante n'y va pas par quatre chemins et casse du conservateur avec une jouissance extrème - une certaine réalité contre des petites phrases assassines, avec Sarko en guest star, on fait péter la baraque. Qui pourrait bien encore avoir l'audace de faire ça en France? Costa-Gavras?... C'est dingue comme parfois on peut avoir l'impression du manque de courage du cinéma français.   (Shang - 03/02/07)

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