03 février 2007

Les Larmes amères de Petra Von Kant (Die Bitteren Tranen der Petra von Kant) de Rainer Werner Fassbinder - 1971

1Souvenir de deux comédiennes qui avaient joué cette pièce au Conservatoire devant mes yeux sidérés, dans les années 80... Pour moi, Les Larmes amères de Petra Von Kant restait comme une impression de brulôt, de texte courageux et fort, hystérique et tendu comme un arc. D'où mon intérêt pour ce film réalisé par le maître lui-même.

Eh bien, en 2007, le film a énormément vieilli. Force est de constater que Fassbinder tombe malheureusement dans tous les pièges du mélodrame psychologique qui faisait fureur il y a 35 ans, et qu'il ne parvient jamais, dans son scénario ou ses idées de personnage en tout cas, à transcender le genre. Le film est insupportablement bavard, et on a souvent l'impression que le gars R.W. ne sait pas quoi filmer d'autre qu'un texte, qu'une conversation. Sa direction d'actrices est dépassée comme pas possible : les postures qu'elles voudraient inspirées et fortes ne sont que grandiloquentes. On tombe très souvent dans le Grand-Guignol (certes asummé) le plus ringard. Et vas-y3 que je serre les barreaux du lit pour montrer ma rage, et vas-y que je plaque ma main contre une vitre en faisant la gueule pour exprimer mon désespoir, et vas-y que je déambule la tête basse pour montrer mes doutes et ma profondeur psychologique. Les Larmes amères de Petra von Kant reste une pièce de théâtre, point final, et qui plus est une pièce trop rattachée aux années 70 pour être encore intéressante aujourd'hui. Cett histoire de rapports lesbiens tout en excès a sûrement choqué la bourgeoisie allemande de l'époque ; aujourd'hui, elle n'est que risible et dépassée.

Ceci dit, Fassbinder est comme toujours très inspiré au niveau mise en scène. Dans ce huis-clos difficile à gérer, sa caméra, mobile et scrutatrice, trouve une liberté très belle. Dans cette histoire de femmes manque une présence masculine, assummée par le réalisateur lui-même. Jamais on n'oublie la présence de Rainer Werner derrière ces plans froids et durs, on sent que c'est bien d'un regard 2d'homme sur des femmes qu'il s'agit. Il s'amuse d'ailleurs à placer dans ses axes plein de signes masculins, à commencer par ce personnage muet de travesti, humilié, fantômatique, qui est presque dans chaque plan, et dont le regard de témoin en retrait est épatant. La profondeur de champs est toujours bien utilisée pour lui donner toute sa place d'homme-femme. Il y a aussi l'omniprésence dans les plans de cette fresque murale où la zigounette d'un éphèbe rentre dans le champs visuel comme si de rien n'était... Et puis cette ombre décalée de chien qui apparaît de temps en temps dans ce monde de chattes (sans jeu de mots) est amusante elle aussi. Les plans du film sont très souvent inspirés, en tout cas ont le mérite de tenter des trucs, entre la fin ozuesco-minellienne (pointu, on a dit) filmée à ras terre, et les décadrages insensés lors des premiers dialogues entre Cartensen et Schygulla. Si la lenteur du film et des dialogues peut gaver à la longue, il est indéniable que Fassbinder tente un rythme à l'opposé de ce qu'on attend de cette histoire d'amour d'écorchée vive, et qu'il réussit souvent.

Fassbinder ist in there

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02 février 2007

Exilé (Fong Juk) (2006) de Johnny To

03_1_Avec une quarantaine de films en 25 ans, Johnny To tourne définitivement plus vite que son ombre mais reste l'un des réalisateurs hongkongais les plus existants du moment (voire l'un des seuls comme le notait Maggie Cheung dans une récente interview). Alors qu'Election vient juste de sortir en France, on attend toujours (enfin je parle pour vous...) Election 2 et Exiled qui ont participé aux festivals de Cannes et de Berlin. Transposé à Macao, cet excellent polar d'une facture de la bonne vieille école continue de traiter en filigrane des problèmes entre les territoires "rattachés" et la Chine continentale, une transition qui s'effectue selon To en douceur pour les continentaux tant les règlements de compte en interne donnent lieu à de véritables massacres.

Deux hommes frappent à la porte d'une femme à la recherche de Wo. Po là mais ils attendent tranquillement dehors dans ce style de petits squares qui font encore tout le charme de Macao. Deux autres hommes ne tardent pas à surgir avec la même demande, la femme, qui continue de garder un oeil bienveillant sur son bébé, les envoie paître de la même façon. Wo ne tardera pas à surgir et cela donnera lieu à la première fusillade dans son appart avec porte qui vole et miroir qui explose en morceaux - si 2 de ses anciens comparses cherchent à le protéger, les 2 autres ont pour mission de le tuer (il a envoyé une bastos dans le coffre du Boss Fay, l'un des grand manitou de Hong-Kong). Rapidement les 5 hommes décident de faire un01_1_ break, en profitent dans une scène de comédie à la To pour procéder au déménagement du Wo qui vient de ramener des meubles et pour bouffer ensemble dans l'esprit du bon vieux temps. Mais rapidement, il faut repasser aux choses sérieuses, on donne à Wo une ultime chance pour se refaire et assurer l'avenir de sa femme et son bébé, mais ensuite plus question de tergiverser... Les cinq hommes devront faire face rapidement à l'Alliance d'intérêt entre le boss Fai venu s'installer à Macao et le Boss Keung, grand patron local, sous les yeux d'un vieux chef de Police très compatissant - il ne lui reste que quelques heures avant la retraite, il les laissera s'entretuer pour "assurer une transition en douceur". Si To s'en donne à coeur joie au niveau des éclairages, couleur orange-rouge dominante, et de légères pointes de vert et de bleu notamment dans cet immense dôme-restaurant, il reste un maître dans toutes les multiples scènes de fusillade, des nuages de sang vaporisé curieusement poétiques s'échappant à chaque blessure, loin des jets de sangs tarantinesques. Règlements de compte, détour incontournable chez un docteur "underground" où les multiples blessés rivaux finissent par se retouver, prostituée à la plastique parfaite à l'affut du moindre argent, carrière de pierre isolée qui baignent dans une lumière jaune surnaturelle, attaque de fourgon blindé rempli d'or (une tonne, soit le petit pactole des autorités locales un tantinet corrompues), ... une histoire finalement relativement bien fléchée, To s'attachant surtout aux 5 potes qui continuent de déconner entre deux coups de pétard.

02_1_Une tuerie finale est annoncée, dont ne sortiront vivants que les femmes -celle à l'enfant et une prostituée- et les flics qui laissent ce petit monde de la pègre s'annihiler. To semble prendre un certain plaisir à reprendre des scènes incontournables du polar: les 5 - puis 4 - potes se retrouvant toujours dans une caisse, choisissant à pile-ou-face leur destination. Il émaille également son récit de petits dérapages incontrôlés: les caisses finissent toujours par tomber en panne (pas de poursuites...) et les 4 potes de se saouler allègrement avant d'aller au combat...  un esprit potache et une certaine nostalgie baignant le tout. Des acteurs au passage tous irréprochables - avec chacun leur gueule et leur physique (loin des productions chinoises avec ces acteurs à deux yuans qui sortent du landau et d'un concours Gillette) et une musique à grands renforts de solos de guitare électrique du meilleur effet. Sans proposer une révolution dans le genre, To est au taquet pour répondre au cahier des charges dans un style particulier qu'il finit par affiner au fil de ses dernières réalisations.

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30 janvier 2007

LIVRE : Lignes de Faille de Nancy Huston - 2006

lignes_de_failleComme c'est l'habitude chez la bonne vieille Nancy, Lignes de Faille est de la très belle ouvrage, débordant de sensibilité et d'intelligence dans le montage, émouvant et ambitieux, drôle et profond. Le projet, fûté, est de dresser le portrait d'une smala à travers le regard des enfants, et ce sur quatre générations. Commençant à rebours, Huston écrit donc les journaux intimes de quatre gosses de 6 ans, à partir de 2006 jusqu'à 1944. Le fait est que ses personnages sont parfaitement crédibles, du môme d'aujourd'hui passionné par Google, Bush Jr et les scènes de torture en Irak à la fillette volée embringuée dans une Lebensborn (renseignez-vous, ou plutôt lisez le bouquin) et en perte d'identité. Huston, en creux, dresse le bilan d'un monde violent, traversé par les guerres (en Israël, en Allemagne, en Irak...) et qui sacrifie ses enfants, moralement et physiquement. Très loin d'un discours moralisateur ou donneur de leçon, son écriture hyper-fluide et plus complexe qu'il n'y paraît (de brusques passages poétisés, des ellipses risquées et très maîtrisées...) est pourtant totalement limpide et simple. Justesse du trait psychologique, humour glacé toujours parfaitement utilisé, dynamisme constant dans les anecdotes et dans le style, ampleur de la construction, variation dans les genres et dans les champs, tout y est pour confirmer que Nancy est bien un auteur précieux et discret comme on les aime. Malgré quelques baisses d'inspiration à mi-chemin (inspiration qu'elle retrouve pleinement sur les 100 dernières pages), Lignes de Faille est un pur plaisir de lecteur, ce genre de bouquin qu'on ne lâche plus une fois qu'on l'a entamé. Les rythmes hustoniens vous tiennent sans faille du début à la fin. Pour une fois, les portraits d'enfants ne tombent jamais (ou presque jamais) dans la niaiserie et l'innocence à deux balles. Mes remerciements à ma fournisseuse officielle qui, cette fois, a touché juste.

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Paris, je t'aime (2006) d'un paquet de réalisateurs dans le vent

18612979Malgré l'aspect forcément fourre-tout de ce film, constitué d'une vingtaine de petits films, l'impression qui reste est plutôt positive. Il y a beaucoup de styles là-dedans, en fin de compte. Bon, il faut bien reconnaître que certains n'arrivent pas à éviter le ridicule achevé : les Coen, décidément en perte de vitesse sévère, qui voient en Paris un univers à la Amelie Poulain, résumé par la Joconde, la violence urbaine et les mains au cul ; Gurinder Chadha, dont l'amateurisme dans les dialogues, le montage, et la direction d'acteurs laisse rêveur ; Vincenzo Natali qui fait du hors-sujet total ; Richard Lagravenese (?) qui fait vainement son malin avec un scénario qui ridiculise Fanny Ardant.

107066430_ef0c5a886a_oMais quand même, il y a quelques vrais moments inspirés, et pas forcément du côté où on les attend. Comme ça, les souvenirs en vrac de pics émotionnels :
- un magnifique Walter Salles, simple comme bonjour, très fort, avec cette sublime actrice qui était dans Maria Full of Grace. Là, linéairement, puissamment, intelligemment, il décrit le fossé social qui fait toute la couleur du Paris des riches, et c'est remarquable de sobriété et de justesse.
- un Podalydes subtil et fin (comme souvent), qui décrit Montmartre sans qu'on le voie, par les défauts du lieu (allez vous garer à Montmartre)
- un Alexander Payne assez poignant, monologue joliment écrit et heurté par la voix d'une107033022_80e4a2643b_o actrice impeccable. La simplicité, là encore, fait mouche, et l'émotion vous cueille sans qu'on l'ait vue venir.
- un Tom Tykwer (qui ? Tom Tykwer), certes un brin fashion victim, mais qui fait son effet pour peu qu'on soit fleur bleue comme moi aujourd'hui. Mise en scène tout en "placements d'acteurs", une manière d'envisager l'amour par le biais des regards et des absences absolument convaincante.
- un long travelling d'Alfonso Cuarron bien pensé et très joli.
- enfin, un Isabel Coixet (ben oui, quoi) sublime, le plus beau film, grâce à la présence de Sergio Castellito, émouvant et triste. Le scénario de ce petit truc m'a mis les larmes aux 18612978yeux, tout simplement.

Voilà, les grands films ne viennent pas des Van sant, Assayas ou Suwa attendus. Ils s'en tirent, remarquez bien, tout à fait honorablement. A noter aussi, c'est pas rien, que Wes Craven arrive de là où on ne l'attendait certainement pas : son film (raté, ne nous emballons pas) ressemble comme deux gouttes d'eau à du Woody Allen, oui messieurs-dames.   (Gols - 14/07/06)


De multiples histoires d'amour se déclinant sur fond parisien, c'est pas une mauvaise idée, même si au final la place laissée "aux décors parisiens" paraît bien congrue et qu'aucun véritable coup de foudre pour un film de la série n'a vraiment lieu... Allez, bref passage en revue des troupes:

Le Podalydès: il semblerait qu'il soit aussi difficile de trouver une place à Paris qu'une femme seule... Heureusement un ange quasiment tombé du ciel vient s'écrouler près du pare-choc du héros -célibataire malgré-lui - qui égrénait alors ses diverses qualités, et ce dernier de jouer au sauveur et d'offrir un havre de paix dans sa voiture à la donzelle. Si la fin est un peu "ha déjà!" - ouais c'est un court quoi... - j'aime beaucoup ce petit dialogue: "- Votre main sur la nuque, ça m'a fait du bien, dit-elle. - Moi aussi, répond-il automatiquement", pas mal non?


54312_d03aae87815c9d7b405b41043b19f967_1_Le Chadha: Scènes de drague lourdingue sur les quais, avec amourette aussi lourdingue entre un jeune français très "gggggggggggguaiinnnn" et une jeune beurette voilée. Bof, mais la fille est jolie (c'est ma réplique préférée qui met toujours en rage mon co-blogueur...)


Le Gus Van Sant: 1 mec en drague un autre dans une imprimerie des Marais, ils sont tout deux dotés d'une plastique grecque, seul problème, ils ne parlent pas la même langue... Incommunicabilité ou coup de foudre alchémique, le récit peine à convaincre malgré l'échappée belle de la fin avec ce long travelling très parisien sur fond de jardin - mais point caraxien, faut pas exagérer.


Le Cohen brother and brother: Buscemi perdu dans un métro parisien à l'esthétique légèrement "Amélie Poulain" qui va faire les frais de la mise en garde de son guide "ne jamais croiser un regard"; qu'il attire celui d'une femme -forcément fatale- puis de son type -d'où baston fatale-, les Cohen s'amusent de deux-trois stéréotypes de l'américain à Paris, avec en prime les multiples "clichés" du sourire de Mona Lisa. Sympa, mouais.


Le Salles/Thomas: en effet l'un des plus légers et des plus réussis sur le thème "métro/dodo bébé/boulot:dodo bébé": une jeune femme chante une très jolie berceuse (en brésilien hein?) à son enfant avant de faire bis repetita pour l'enfant qu'elle garde: touchant avec en prime une plongée dans le RER et le métro plus vraie que nature.


paris_je_t_aime_3_1_Le Doyle: à defaut d'avoir une vision chinoise pour ce film collectif (bien dommage), un récit sur la porte de Choisy et l'univers sinisant du lieu: ça part gravement en live, jeu de mots sur le nom du personnage principale Henny et le fameux "Wo ai ni" ("Je t'aime", mais ouais, les gars, c'est la base)... un peu n'importe quoi, mais cela a fait marrer mes étudiants. Bon.


Le Coixet: Tout à fait d'accord avec le Bibice, sûrement le plus beau et le mieux écrit; un homme veut quitter sa femme pour une légère hôtesse de l'air mais celle-là lui apprend qu'elle est atteint d'une leucémie... Le drame quoi... L'homme va alors s'efforcer de multiplier les preuves d'amour ce qui lui permettra finalement de retomber sous le charme de sa femme ("A force de se comporter comme un homme amoureux, il devint à nouveau amoureux", joli) prenant ainsi le contre-pied de la logique; plein de poésie, jolie réflexion au passage sur l'amour sans avoir l'air d'y toucher, du bon boulot quoi.


Le Suwa: Binoche en larmes - elle a perdu son enfant-, Hippo filmé de dos ou po cadré (pas de bol), un étrange cow-boy lynchien qui débarque place de la Victoire... Le problème étant que Suwa n'est pas Lynch et cela reste très superficiel au final.


Le Chomet: partant de cette simple constatation ("con de mimes"...), il nous livre un récit dans un univers proche de celui de Decoufflé un peu gnan-gnan mais avec un certain charme (ultra désuet certes, mais pourquoi pas) - le film pour enfant quoi.


Le Cuaron: long plan séquence entre un homme âgé et une jeune fille et coup de théâtre final: c'est po son amant mais son père... Ah ok!; la démarche déguingandée de Nick Nolte en prime.


L'Assayas: un dealer de shit, une aspirante actrice, on comprend pas trop là où l'Olivier veut vraiment en venir... C'est le début de son prochain long ou grosse panne d'inspiration?


Le Schmitz: Récit assez touchant quoiqu'un peu convenu entre un black blessé et une secouriste (d'une beauté ahlalalala); construit en flash-back on comprend que l'homme en est arrivé là à cause d'elle, suite à un enchainement de mésaventures assez tragiques. Rien d'extraordinaire mais le récit fonctionne.


Le Lagravenese: Fanny Ardant (plus jeune que jamais, comment est-ce possible de Dieu!) et Bob Hoskins, s'amusent à jouer à se rencontrer pour la première fois; sex shop et éclairage rouge, strip-teaseuse, concert romantique dans la rue, et multiples paires de baffes données avec un naturel confondant par la Fanny... Ah si François te voyait il serait encore fière de toi, crois-moi.


Le Natali: Amour saignant entre Bilbo-le-hobbit et une vampire; un esprit qui dénote dans l'ensemble de la série avec un Paris encore plus effacé... Po vraiment d'intérêt.


Le Craven: à défaut de mort-vivant, Craven plante son décor dans un cimetière - la sépulture magnifique d'Oscar Wilde au Père Lachaise - et nous conte une histoire d'amour assez tendre, une femme décidant de quitter son mari, celui-ci manquant d'humour et de légèreté; il parviendra à la reconquérir en lui citant deux phrases de son écrivain préféré: "Les amis vous poignardent par devant", "Comment être heureuse avec quelqu'un qui te traite comme quelqu'un de normal". "Romantic" à souhait.


54312_ebf94ecc5df5d14b6d8e0a6ea1bcd1ea_2_Le Tykwer: A grand renfort de séquences survitaminées et d'un montage à 3000 km/heure -il fait po dans la dentelle, le Germain, c'est clair- une rupture qui se transforme en "jeu dramatique" (ouais faut voir pour comprendre); on est un peu perdu mais il faut avouer une certaine efficacité à l'ensemble; construite en flash-back, le héros repasse dans sa tête tous les moments forts de leur amour et c'est quand même une gageure de nous y faire croire en 3 minutes. Lourd mais pro. Allemand oui.


L'Auburtin/Depardieu: si ce n'est le plaisir toujours incommensurable de retrouver les éternels acteurs cassavétiens que sont la sublime Gena Rowlands et le stoïque Ben Gazzara, peu d'invention dans cette séquence de divorce.


Le Payne: On retrouve le ton un tantinet décalé d'About Schmidt dans le récit de cette américaine moyenne qui se perd dans Paris, y cherchant un charme indéfinissable qui ne cesse de lui échapper. Au final, elle se sentira vivante ayant le sentiment que Paris l'aime et on est assez content pour elle.   (Shang - 30/01/07)

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Chien Enragé (Nora Inu) (1949) d'Akira Kurosawa

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Ca, les enfants, c'est ce que j'appelle du polar. Sous une chaleur torride, l'inspecteur Murakami (ben oui) va mener l'enquête pour retrouver l'enfoiré qui lui a piqué son gun (tout comme le gentil film chinois The Missing Gun, sorti récemment, hum). Seulement là, lorsque son pistolet aux mains d'un autre commence à faire des victimes, la mauvaise conscience du type est insupportable, la pression devient énorme et le Murakami de devenir obsédé par les 7 balles qui se trouvent dans son colt.

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Enième chef-d'oeuvre du Kurosawa qui peut se permettre ici de décliner tous les topoï du genre avec un brio terrible. De la course poursuite initiale sous un soleil plombant au duel final dans la forêt, on assiste à une série de moments forts tous plus incontournables les uns que les autres. La plongée dans les bas-fonds de Tokyo tant du point de vue du réalisme des séquences que de la force du montage - en dix minutes, on a l'impression d'avoir suivi Murakami pendant des jours et des jours - est un morceau de bravoure à lui tout seul. Ensuite Kurosawa nous oriente dans le "buddy movie", Murakami faisant équipe avec un vieux de la vieille (superbe parenthèse au passage lorsque ce dernier l'invite à venir chez lui partager son quotidien bien morose -avec sa femme et ses trois enfants - et en dehors de tout héroïsme (le cinéma américain pillant constamment cette séquence)) qui va lui apprendre toutes les ficelles du métiers, de l'art de l'interrogatoire à celui de garder son sang froid. Les indices distillés au compte goutte les mènent dans un Music Hall avec cette scène superbe où toutes les danseuses crevant de chaleur se retrouvent les unes sur les autres, chair contre chair, dans un sous-toit minuscule pour reprendre haleine: corps collés les uns contre les autres, la chaleur monte dangereusement à El Tokyo. Premier climax lorsque l'orage éclate et que son partenaire retrouve les traces dans un hôtel minable de Yusa , l'homme au colt chouré. Le face à face final entre Murakami désarmé et immobile comme une bête fauve prête à bondir et Yusa dont les nerfs craquent est plus tendu qu'un fil barbelé sur l'après-guerre (non "l'après-riz", c'était vraiment n'importe quoi).

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Il y a aussi toutes ces petites phrases qui viennent émailler l'histoire: "Un chien errant devient un chien enragé", "Lorsqu'il a tué, le chien enragé n'a plus qu'un choix: la ligne droite" - alors qu'une ligne de chemin de fer défile-, "La malchance forme ou écrase, cela dépend" qui sonne comme un écho aux parcours des deux anciens soldats que sont Murakami et Yusa: en revenant de la guerre, ils ont tout perdu, mais l'un a trouvé la force de s'engagestraydog103tmtsgirl_1_r dans la police pendant que l'autre sombrait dans la délinquence. Quelques plans également sont magnifiquement composés, ainsi la discussion entre Murakami et la voleuse d'armes sur un toit, avec un joueur d'harmonica au premier plan, et la caméra qui avance peu à peu à mesure qu'une certaine intimité entre les deux "laissés-pour-compte" se crée; ou encore lorsque Murakami au premier plan se retrouve encadré au deuxième par la petite amie de Yusa (poupée japonaise juste sortie de la boîte) et sa mère qui tente de faire entendre raison à sa fille: le bien et le mal dans un cadre christique. La séquence également très maline sur les jambes du tueur qui descendent l'escalier permet dans la séquence suivante, à la gare, lorsque Murakami tente de l'identifier de nous faire partager son analyse, tentant de deviner avec lui qui peut bien être le truand. Gros plan sur les yeux de Murakami traquant le traffiquant d'armes et errant dans cette foule d'âmes perdues, caméra en contre plongé sur la tête de Murakami plongée dans ses doutes, le ciel et des nuages sombres s'amoncelant au-dessus et emplissant 98 % de l'écran, caméra se posant sur les corps du policier et du voleur haletant dans les herbes hautes après l'arrestation, alors qu'au deuxième plan un cortège d'enfants passe en chantant... Nom de Dieu, c'est comme dans le cochon, tout est bon.

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Toshiro Mifune est une fois de plus époustouflant du bout en bout (le meilleur acteur du monde disait mon collègue au début de ce blog, oui, sûrement), la grande classe avec son costume et son béret blancs immaculés, plein de fougue et de doutes, plein de candeur et de peur, jeune chien fou sur les traces d'un chien enragé. Bon ben po le choix que de boire encore une Suntori en l'honneur de l'Akira.

le sommaire Kuro est là

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29 janvier 2007

Juliette des Esprits (Giulietta degli spiriti) de Federico Fellini - 1965

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Voilà un Fellini que je n'avais jamais pu voir, et qui vient enfin de ressortir en DVD dans une version restaurée de toute beauté. Il faut dire que visuellement, Giulietta degli spiriti est absolument splendide. Rarement le père Federico n'avait atteint une telle perfection dans le choix des couleurs (à côté, Jacques Demy est pastel) et dans la démesure de la mise en scène. Du début à la fin, l'écran s'emplit de millions de personnages barjots, de décors hallucinants, d'animaux improbables (du perroquet à l'éléphant, du paon au chihuahua). Si le film annonce les grandes oeuvres baroques qui suivront (surtout La Città delle donne ou Satyricon), la référence évidente semble pourtant être 8 1/2, comme le dit très justement l'intro du DVD (rendons à César). Fellini tente, dans son monde coloré et saturé de couleurs et de motifs, de parler des fantasmes, hantises, craintes, pulsions de la Femme, ou en tout cas de sa femme, Giulietta Masina. Et ça tient du miracle de constater que jamais il ne perd son minuscule personnage de femme-enfant dans ce délire pictural, dans ces mégalomanies de metteur en scène richissime. Giulietta est toujours là, au centre de l'écran, avec son sourire triste, sa bille de clown-enfant, et Fellini arrive magiquement à la filmer dans sa plus douce intimité, bien qu'entourée de 30 éléphants, 80 transsexuels, 11 bateaux de corsaires et 18 sorcières. Si les autres personnages sont des pantins hystériques, surjouant à mort leurs caractéristiques (pas de reproche : ils ne sont que des symboles des fantasmes de la Juliette), Masina, grâce au pur génie de son bougre de compère, ne se perd jamais dans le décor. Il y a même quelques scènes très "secrètes" où le film s'apaise brusquement pour s'attarder sur une forêt, une petite fille qui joue, une femme triste... que Fellini oublie bien vite pour relancer son rythme de fou furieux.

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La limite du film est peut-être un peu là : Fellini semble parfois pris dans le piège de son cahier des charges. "Je suis Fellini, donc il faut que je fasse dans le baroque total, le délire visuel". Dans le genre, on peut préférer les oeuvres futures, plus sensées, plus intelligentes. Ici, on a parfois l'impression d'un lâchage de bride un peu trop volontaire. D'autant que le brave Federico a l'air de ne pas comprendre grand-chose aux fantasmes féminins. Pas que je les connaisse beaucoup plus, remarquez bien, mais la sensation de vérité psychologique et biographique était beaucoup plus présente dans 8 1/2. Ici, on a l'impression que le brave Federico se laisse trop souvent aller à la simple fascination devant les moyens déployés et devant son inspiration picturale, totale ça va de soi. Un grand grand grand grand spectacle, c'est évident, en attendant les chefs-d'oeuvre.

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tutte le pellicole di Fellini : qui

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Nazarin (1959) de Luis Buñuel

grande_nazarin_1_Portrait d'un saint homme (Francisco Rabal, crédible de bout en bout) confronté aux réalités du monde; Buñuel semble chercher aussi bien à nous montrer l'inadéquation de ce comportement christique avec les attentes de son entourage, qu'à nous montrer les limites de cette attitude qui consiste toujours à donner sans jamais vouloir recevoir, le père Nazario achevant son chemin de croix dans un état semi-comateux.

C'est un bon bougre ce père: il se fait voler toutes ses fringues, po grave, on lui donne 2 sous, il les donne à plus pauvre que lui - un aveugle de passage -, une prostituée assassine une femme, trouve refuge chez lui, incendie son appartement, bah qu'à cela ne tienne il part en pélerinage, donnant au passage ses chaussures et ses habits à plus nécessiteux - ce qui n'est pas sans rappeler le fou dans Francesco, giullare di Dio de Rossellini... Lorsqu'on lui demande de réaliser un miracle en se portant au chevet d'une petite fille malade, il finit par accepter, étant témoin de manifestations de la part des femmesnazarin_01_1_ qui touchent plus à la superstition qu'à la foi... Po de bol, la fille guérit, et il se retrouve avec deux femmes qui décident de le suivre coûte que coûte: l'une est la prostituée du début, l'autre une femme qui tente de fuir son ancien amant. Victime de multiples rebuffades (rah il couche avec deux femmes eh lui!) et souvent de coups - à défaut d'une couronne d'épines, il finira avec un coup au front donné par le frère du sergent Garcia en prison -, il continue de croire aux préceptes de son Dieu. Il finira tout de même par être arrêté (toujours l'histoire de la prostituée qu'il a accueillie), mis au ban de l'Eglise pour non-conformisme (le film préféré de Monseigneur Gaillot?) et aura du mal à accepter en fin de film l'aumône qu'on lui fait, une simple paysanne lui offrant un ananas (faut dire sans couteau tu fais quoi avec un ananas quand tu es sur la route?): est-il plus facile de donner que de recevoir? C'est en tout cas ce que semble dire en filigrane l'histoire de la prostituée prête à s'offrir à quiconque mais qui refuse l'amour véritable d'un nain (ouais être nain au Mexique c'est pas le bon plan), l'autre femme qui l'accompagne et qui lui était dévouée finissant elle par revenir vers son moustachu d'amant qui la traite comme un sac de patate.

nazarin05_1_Si la photo de Gabriel Figueroa est de toute beauté, le film, récompensé par le grand prix du jury à Cannes en 1959, manque parfois un peu d'allant. La béatitude du prêtre confiant en sa mission finit par devenir plus pathétique qu'émouvant et la folie imaginative de Buñuel (si ce n'est dans une courte séquence où la femme repense aux promesses de son mari, avec une mise en image "flottante" de son souvenir) demeure peu présente. Superbe scène toutefois dans une étable où le père Nazario recueille sur sa main un escargot, entouré des deux femmes qui se penchent sur son épaule: comme un moment suspendu dans ce monde de brutes...

Tout Buñuel : clique

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28 janvier 2007

Rouges et Blancs (Csillagosok, katonák) (1967) de Miklós Jancsó

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Voilà le genre de film qui me laisse tout simplement sur le cul... Rarement on peut être témoin d'une telle maîtrise technique et ce film est à classer, comme ça à brûle-pourpoint aux côtés de ceux de Kalatozov ou de Sokurov... L'esprit slave a encore frappé.

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Une trame d'une simplicité enfantine: en 1919, des troupes hongroises se rangent du côté des Bolcheviks pour combattre les Russes blancs. On assiste à un ballet permanent d'attaques et de contre-attaques, sans véritables héros, ni même progression narrative. Si les Rouges ont tendance à gracier généralement leurs prisonniers, les Blancs les mettent à mort sans véritable logique, avec une certaine cruauté, n'hésitant à les relâcher pour pouvoir organiser une chasse à l'homme. Les Rouges n'ont d'autres choix que de courir à travers la campagne torse-nus à la recherche d'un improbable abri, une rivière, une forêt, un centre de soins dans lequel ils se mêlent les uns aux autres, les infirmières se portant garantes de respecter le serment d'Hypocrate. Prisonniers froidement abattus contre un mur ou à bout portant, soldats russes exécutés par les leurs pour avoir tenté de profiter sexuellement des civils, suicide d'un Rouge en sautant d'un bâtiment ou d'une troupe entière se jetant dans la gueule du loup en chantant la Marseillaise (en hongrois po chose facile, pour les rimes surtout), Jancso laisse la caméra naviguer d'un camp à l'autre sans véritable prise de position idéologique. Car si sur le fond les mises à mort paraissent au bout du compte relativement absurdes, sur la forme on assiste à un festival de plan-séquences chorégraphiés au millimètre - de quoi mettre tout caméraman à genoux... Ayant un sens inné du format 16/9ème et une maîtrise totale de la profondeur de champ, tous les plans (oui, j'insiste) sont d'une poésie inouïe, culminant dans cette scène d'infirmières dansant la valse dans une forêt de bouleaux (hein?), sous les ordres des Russes blancs; travelling de ouf, plans aériens, caméra virevoltante autour de son axe, panoramiques poussés à l'excès, les gars, c'est une leçon pyrotechnique qui aurait dû faire passer l'envie à Lelouch de faire des films for ever - mais faut pas rêver. Je vois même pas ce que je peux rajouter tant ce film est un enchantement formel pendant 90 minutes et si votre curiosité n'est point piquée après ça que puis-je ajouter? Femmes nues se coulant dans la rivière, courses de chevaux effrénés sur 3000 km, plan de bataille napoléonienne, vous n'avez que l'embarras du choix pour vous y perdre...

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Alors bon, est-ce qu'au final ce trop plein d'esthétisme ne finit pas par tuer l'esprit même du film ? Et ben moi je dis non - et si vous êtes po d'accord c'est pareil -, parce que devant une telle capacité à se servir de l'outil cinématographique, on ne peut que rester béat d'admiration. Comme quoi, en Pologne, y'a pas que des plombiers ou Roman Polanski, qu'on se le dise. 

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Easy Virtue d'Alfred Hitchcock - 1928

easySi on prend Easy Virtue dans son ensemble, on peut considérer qu'il est assez ridicule. Je suis sorti hilare de cette histoire de femme déshonorée par un divorce difficile, et qui n'arrive pas à refaire sa vie à cause de sa réputation. D'accord, c'est un autre temps, je veux bien le reconnaître. Mais les personnages, portés par des acteurs grimaçants parfaitement rigolos, sont tellement caricaturaux que ce mélodrame ne passe jamais la rampe. On reste simple observateur de cette histoire dépassée et improbable, qui aborde pourtant quelques thèmes déjà hitchcockiens en diable (la fausse identité de Suspicion, les procès de Paradine Case, voire les méandres amoureuses de Mr & Mrs Smith).

Dans le détail pourtant, il y a quelques idées assez rigolotes pour emporter l'adhésion. Concentrées uniquement dans les 20 premières minutes (c'est presque un tic dans les premiers films de Bouddha), elles ne suffisent pas à15 faire passer Easy Virtue dans la catégorie des grands Hitch, mais bon... Beaucoup aimé ce plan fixe sur une standardiste de téléphone qui assiste par écouteurs à la déclaration d'amour d'une femme à un homme. Hitch filme ce visage dans ses changements (inquiétude, rire, apaisement, surprise...), ce qui permet de suivre parfaitement la situation, et utilise la "magie" du muet en maître : nul besoin d'entendre les dialogues, ni même de voir les principaux personnages, pour deviner ce qui se passe. Voilà qui va à l'encontre de cette profusion de cartons de dialogues qui émaillent ballotement la suite du film. Les premières minutes sont également parfaites, une scène de procès en divorce. Sur ce genre habituellement hyper-dialogué, Hitch parvient à tirer son épingle du jeu par une utilisation taquine des champs/contre-05champs, et par de nombreuses idées visuelles poilantes : le juge qui regarde par son lorgnon les protagonistes de l'affaire, en caméra subjective ; les longs plans sur des personnages qui parlent sans qu'on sache ce qu'ils disent (inutile, on comprend tout) ; les fondus sur la perruque blanche des magistrats ; la parfaite compréhension de l'espace et du cadre qui permet de suivre les débats sans nécessité de cartons... Ces premières scènes sont parfaites de maîtrise et d'invention. Dommage que pour la suite, Bouddha laisse tomber son film, alors qu'on l'attend au tournant sur plusieurs scènes (aucune invention par exemple sur la pourtant inspirante scène de polo, aucun humour sur la soirée bourgeoise pleine de grosses dondons, suspense pâlot quand l'héroïne est à deux doigts d'être démasquée...). Intéressant parce que rare, dirons-nous, mais pas plus.

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L'Ange Ivre (Yoidore tenshi) (1948) d'Akira Kurosawa

angeivreocoll21_1_Première collaboration entre Kurosawa et le Mifune, un film qui finit par faire penser... à La Peste de Camus, tant l'environnement aussi bien que les individus semblent infectés en profondeur.

Des lendemains de guerre qui se révèlent difficiles tant la société japonaise semble être gangrénée par tous les bords. On assiste dès le début du film à une association pour le moins inattendue entre un vieux docteur bourru alcoolique (Takashi Shimura, genre de Michel Simon asiatique, colérique et généreux) et un chef de gang qui se la pète (rôle de jeune premier qui revient au Toshiro, pétant de santé et de charme). Le compagnonnage entre ces deux êtres extrêmes vient du fait que le Toshiro, malgré sa superbe, est atteint de la tuberculose et ce mal finit par le ronger moralement et physiquement. Vivotant autour d'une mare bouillonnante de microbes, le Docteur Sanada est parti en guerreyoidore_tenshi_5_1_ contre les toutes "les bacilles", entendre tous les maux qui pourrissent la société: la tuberculose n'est que la partie visible, le monde des yakusas et leur méthode féodale étant la partie cachée - ou vice versa... Notre ami le praticien cache une femme "mariée" de force à l'ancien patron du quartier qui sort tout juste de prison. Celle-ci, de peur de créer des troubles, est d'ailleurs prête à aller se rendre chez "son ancien seigneur" mais le Sanada la met en garde: "Il ne sert à rien de se sacrifier; il serait temps que l'on se débarrasse de ces mauvaises habitudes". - on entend presque voler les mouches et les kamikazes lorsque cette phrase résonne. Marie-couche-toi-là prête à se donner au plus fort, enfer du jeu, quartier contrôlé par les gangs qui terrorisent les petits commerçants... et ces plans qui n'en finissent pas de glisser sur les eaux troubles de cette mare putride. Il va être décidément bien difficile de mettre fin à toutes ces pratiques ancestrales, cette loi du plus puissant qui a mené le Japon à sa perte. Si la fin en sera forcément tragique, le Toshiro expirant des litres de sang au cours d'un règlement de compte, il faut noter une petite note d'espoir dans la nouvelle génération, l'une des jeunes patientes du docteur, à force de volonté et de sacrifices, ayant réussi à se débarasser de la maladie.

a_20Akira_20Kurosawa_20Yoidore_20tenshi_20Drunken_20Angel_20DVD_20Review_20PDVD_011_1_

yoidore_tenshi_3_1_Si le Toshiro Mifune fait une prestation hallucinante (purée, il était po mal l'enfant à 28 ans, faut avouer), tombant peu à peu dans la décrépitude, le mal lui noircissant le visage et sa démarche devenant au fil des jours de plus en plus fantômatique, il faut noter aussi dans un petit rôle -celle de la vieille servante du docteur- la présence de Chouko Iida, une actrice omniprésente dans les films d'Ozu de l'époque. S'il fallait ne retenir qu'une scène, je pencherais pour ce rêve surréaliste où le Toshiro au bord de la mer découvre dans un cercueil son ego malade qui se met à lui courir après - une séquence sublimement montée, faite d'images se superposant sur un rythme effréné, le mal incarné dans ce mort-vivant finissant inexorablement par gagner du terrain. A noter également -mais bon je vais pas non plus écrire une thèse...- les magnifiques panoramiques la nuit sur cette eau maléfique qui finissent sur ce joueur de guitare qui envoie quelques notes de musique qui se perdent dans les ténèbres. Oeuvre puissante, véritable "film noir", qui fait remonter à la surface toute les pestilences d'une société bien malade. 

le sommaire Kuro est là

Posté par Shangols à 11:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



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