13 mars 2007

Nip / Tuck - saison 4 (2006)

nip_seanchrisjul_1_Retour de la paire Troy/Mc Namara pour une saison avec une pluie de stars - surtout féminines si ce n'est JR Ewing dans un grand come back glaçant (Jacqueline Bisset en découpeuse de reins, Brooke Shield en psy un peu névrosée, Catherine Deneuve en fumeuse, Alanis Morissette en L Word,...) qui, il faut le reconnaître part un peu dans tous les sens. Si Christian trouve le grand amour avec une bombasse black et retrouve la garde de son bambin, le Sean voit sa famille partir en live avec la chtite Julia qui se barre avec les bamnip_sanaa_2_bins et son con de gosse qui rejoint la scientologie. Après un départ assez sanglant et très chaud, marqué par la crise identitaire du Christian sur son éventuelle homosexualité avec son partenaire de salle d'op (mouais), les scénaristes appellent à la rescousse les épisodes des autres récits (et le retour de l'inquiétant Gallardo dit Barthez pour les intimes) pour essayer de dynamiter l'ensemble; trafic de reins, rachat du cabinet, scientologie... et toujours les éternels thèmes: l'argent peut-il tout acheter? (ben presque...), le paraître et l'être (to have big boobs or not?), les crises dans le couple (séparation, rabibochages, et pis pffft...); le point culminant dans le délire avec cet épisode en 2026 où l'on sent que tout le monde s'est un peu lâché (c'est presque du Six feet under). Ca sent presque la fin de (la) série par moment, et ce n'est pas pour rien que l'ultime rebondissement annoncé pour la saison prochaine semble être le déplacement du cabinet de nos deux hommes de Miami à Hollywood, histoire de pouvoir compter sur un maximum de stars en semi-retraite. Ca risque de bistouriser grave.

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12 mars 2007

Bobby d'Emilio Estevez - 2007

18675361Nous devisions pas plus tard qu'hier, à propos de Babel, des clichés au cinéma. Eh bien, j'ai déniché LE film-cliché par excellence. Bobby est une suite ininterrompue de clichés cinématographiques les plus éculés, on en reste rêveur. Quelques exemples pris au hasard : Anthony Hopkins en majordome vieillissant ; une chanson larmoyante de Simon & Garfunkel pour exprimer la contre-culture en 68 aux USA ; deux stars féminines sur le retour qui se regardent dans un miroir ; Laurence Fishburne en vieux sage ; une pleiade d'acteurs vivant chacun sa vie pour fusionner autour d'un évènement historique (marre des films de groupe, un peu) ; une fin de film sur le drapeau américain symbole de fraternité... clichés, clichés, clichés...

Tout est raté dans ce film, voire un peu putassier. Se servir d'un évènement comme la mort de Robert Kennedy pour nous balancer de telles niaiseries laisse quelque peu à désirer. Impossible de croire en la sincérité d'Estevez, quand la maladresse et l'utilisation de procédés son18675360t hissées à un tel niveau : ce n'est pas en montant un discours pacifiste (certes joli) de Kennedy sur 300 figurants pris en plein drame qu'on dit quelque chose sur l'espoir, les frustrations, ou les rages d'un peuple ; ce n'est pas en envoyant de la joulie musique sur une femme qui pleure qu'on obtient de l'émotion : ça s'appelle des ficelles, du tire-larmes, de la manipulation, et je dis non merci. Pour faire sens, pour commencer à raconter quelque chose, il aurait fallu une autre réflexion sur ce qui a constitué ce moment intense de l'Histoire américaine. Ici, Estevez, de façon trop voyante, se contente de s'extasier sur son casting impressionnant, en oubliant qu'il ne suffit pas de réunir des acteurs connus pour faire un bon film. Les comédiens n'ont absolument rien à jouer, cantonnés qu'ils sont à de petits caméos de quelques secondes, et ont l'air bien peu passionnés par ce film de débutant, ni fait, ni à faire. Estevez filme comme on va à un feu d'artifice : whaou la belle bleu18657261e (Helen Hunt), youpi la belle rouge (Heather Graham), mate la grosse fusée (Martin Sheen)... Si on ajoute à ce laisser-aller dans la direction d'acteurs une totale incompréhension de la musique (Estevez la dissimule, en a presque peur), un montage à vau-l'eau et une tendance à la laideur totale quand il s'agit de filmer les femmes (Sharon Stone et Demi Moore doivent être en procès contre ce gars, c'est pas possible), on se rend bien compte que Bobby est atterrant. Tous les poncifs y passent, du trip à l'acide archi-vu au couple en crise aux mines concernées, du Mexicain victime du racisme mais qui reste vaillant à la chanteuse sur le retour et donc alcoolo ; le naufrage devient total avec le générique de fin, qui montre en roublard des photos de l'alibi-Kennedy qui aurait bien mérité un autre hommage. Une horreur.

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Les Feux dans la Plaine (Nobi) (1959) de Kon Ichikawa

cov_20fires_20on_20the_20plain_1_Si jamais vous cherchez un film sur l'horreur et la déshumanisation en temps de guerre, je crois que ces Feux dans la Plaine peuvent remporter le ponpon. Ichikawa livre une oeuvre d'une cruauté sans être totalement dépourvue de poésie (ben ouais) et même si j'ai pas fait la guerre en 45 aux Philippines au côté des Japonais, j'imagine que cela devait être guère plus agréable...

Le première classe Tamura se fait traiter comme du poisson pourri dès la séquence d'ouverture par son chef qui l'envoit paître grave: il lui conseille de retourner illico à l'hôpital, on a que faire sur le front de branle-manette dans son genre incapable d'aider à la tâche (il a la tuberculose le pauvre et est déjà tout tremblant); il n'est qu'une bouche supplémentaire à nourir, c'est déjà la croix pour trouver un bout de patate, alors rompez. Tamura, véritable âme errante, va alors partir en quête d'un quelconque abri, balloté entre les divers bombardements mais également véritable miraculé (tout le monde crêve sauf lui) faisant penser jusqu'au bout qu'il s'agit plus d'un fantôme que d'un homme. Ah oui, des carnages, il y en a à la pelle, des charniers en tout genre, avec corps en tas à la sortie d'une église ou éparpillés à flanc de colline. Tamura, simple d'esprit, passe à travers les balles, et se nourrit de tout ce qu'il peut trouver, sauf la viande car alors ses dents se barrent direct.

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Certaines séquences arrachent tout de même des sourires comme celle où un homme trébuche sur un corps, les hommes qui le suivent se jetant à terre croyant à une attaque; coup de bol justement ils se font pilonner, et certains ne se relèveront plus jamais... Il y a aussi une séquence très beckettienne où, à la file, plusieurs soldats changent leur paire de chaussures, le premier prenant des chaussures en bon état échouées au bord de la route, le suivant prend les chaussures qu'il a laissées, le dernier se retrouvant avec des godasses sans une once de semelle qu'il décide tout de même de prendre, l'absurdité de la situation ayant un aspect comique assez déchirant. D'autres séquences, lorsque Tamura retrouve des soldats de plusieurs compagnies, semblent sorties tout droit d'un film de mort-vivants, tant ces bandes de soldats déchiquetés avancent avec une énergie du désespoir inhumaine, tout branlant de fatigue. Lorsqu'ils tombent sous les balles, souvent leur corps s'écroulent d'un bloc, face dans la boue, comme des mécaniques qu'on aurait soudainement débranchées - un cadavre, allongé sur le dos, les doigts croisés, semble même beaucoup plus tranquille mort, ses camarades finissant presque par l'envier. Tamura erre, s'approche de la folie douce, mais refuse de tomber dans le cannibalisme comme certains de ses compagnons, gardant encore 1 millième de dignité - il finira par se diriger vers une colonne de fumée autour de laquelle doivent se trouver des paysans philipins faisant brûler des écorces de  maïs dans l'espoir de "retrouver enfin des gens normaux". Une dernière rafale l'interrompra dans cet ultime souhait.

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Dur, violent, absurde, cruel et désespéré - un vrai film de guerre... 

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11 mars 2007

Babel de Alejandro González Iñárritu - 2006

505208_1_Critiques très partagées pour ce film qui, autant le dire tout de suite, est vraiment boursouflé... Relier quatre histoires ensemble sur 4 pays et trois continents, pourquoi pas, mais partir du fait qu'un chasseur japonais (bon je veux bien, on va dire que ça existe) a donné son fusil à un guide marocain (beau geste) qui l'a refilé pour 500 dirham et un bouc (j'invente rien) à un berger qui l'a donné à ses deux gamins pour qu'ils tuent trois chacals (bon) qui s'exercent en tirant sur un bus de touristes à 3 km et blessent la femme de Brad Pitt (pas de bol) pendant que les enfants de ce même couple sont gardés par une Mexicaine (illégale depuis 16 ans aux Etats-Unis) qui décide d'aller au mariage de son fils à Mexico (c'est bêta) et qui sur un malentendu à la frontière perd les deux gamins dans le désert (Même dans Troy Brad Pitt a eu de meilleures journées), Lelouch ferait la même chose qu'on le mettrait directement dans un asile - et je parle de Lelouch d'autant qu'il y a un nombre incroyable de scènes clipesques (pas de dialogue mais de la musique sur 5 minutes): certes visuellement beaucoup plus réussi que n'importe laquelle de notre maître à penser (je déconne) - le mariage aux Mexique, les déambulation d'une sourde et muette japonaise en boîte (oui j'ai simplifié dans le résumé, pas salaud), l'élevage du mouton au Maroc (eheh) - mais est-ce bien raisonnable????

Certes, on voudrait nous faire croire qu'Iñárritu parle du manque de communication, ou en tout cas de la difficulté à communiquer (entre une fille et son père (elle est muette aussi, c'est pas évident), au sein d'un couple (parfois, même quand on est marié avec le Brad, c'est po facile) entre les bergers et les moutons)) à l'ère de la globalisation mais c'est justement là que le bât blesse: on nous présente chacun des pays concernés sous une tonne de clichés (pas facile d'avoir une ambulance au Maroc, mais les gens sont gentils et refusent la thune de Brad Pitt; au Mexique c'est le bordel mais alors qu'est-ce qu'on sait bien faire la teuff!!!; au Japon les jeunes filles ont des jupes très courtes mais c'est pas toujours facile de trouver l'âme soeur...). Je voudrais pas être mauvaise langue (Prix de la mise en scène à Cannes attention, des mains du Wong Kar Wei tout de même), d'autant que l'on suit gentiment ce film de 2h20 d'un oeil morne mais vaillant, mais n'aurait-il point cherché à en faire un peu trop des tonnes dans le pathos et la complexité scénaristique l'Iñárritu?!?!?! A côté Traffic ou Crash semblent aussi linéaires que le petit Chaperon Rouge. Le pire, et je dis cela pour lequel le sujet tarauderait, mais pourquoi donc Brad Pitt et sa femme étaient-ils vraiment fachés au début de l'histoire, pourquoi la jeune Japonaise a menti au sujet de la mort de sa mère? Laisser ces pans de l'histoire aussi ouverts quand on a été aussi démonstratif pendant plus de deux heures, c'est à la limite de l'honnêteté.

Vous pourrez lire aussi plein de critiques gentilles et complaisantes ailleurs et pas de doute que ce film sera présent dans de nombreux top 10 à la fin de l'année. Devrais peut-être faire un blog sur la cuisine...   (Shang - 03/12/06)


babel1"Vous pourrez lire aussi plein de critiques gentilles et complaisantes ailleurs", disait mon confrère sur ce blog à sa vision de Babel. Pourquoi chercher "ailleurs" quand on peut trouver à la maison ? Je sors absolument emballé et bouleversé de ce film, et m'inscris en faux contre à peu près toutes les allégations du confrère cité.

Bien sûr que le scénario est improbable, et bien sûr qu'on y croit pas une seconde. C'est juste qu'Iñárritu, dans ce film comme dans ses précédents, travaille sur l'allégorie, sur la fable. Ces histoires qui s'entremêlent à travers le monde sont une image inspirée de la globalisation, de ce qui fait l'universalité de la violence à travers les cultures (violences physiques et psychologiques). Il n'y avait pas plus de cohérences dans La Ronde d'Ophüls, qui travaille un peu sur le même principe. Iñárritu crée un brillant plaidoyer sur la responsabilité des hommes face à leurs actes, face à leurs vies. Babel, toujours fascinant, toujours tendu, d'une tristesse terrible, est aussi, donc, un manifeste18644577 politique : à travers ce fusil qui entraîne la mort, la solitude, la perte d'amour, l'exil, c'est l'histoire d'un monde terriblement dur qui est traitée. Enfin un cinéaste qui ose tresser des liens entre les hommes, quels qu'ils soient, et ce en évitant pratiquement tous les pièges d'une mondialisation des images, d'une subjectivité pleine d'à-priori qui aurait pu plomber le film.

Non, Babel ne déploie pas d'images de cartes postales, et on pourrait répondre aux soit-disants clichés énoncés par mon collègue par autant de plans surprenants, décalés par rapport à notre attente. Le Japon (la partie la moins réussie) était autrement plus clicheteux dans Lost in Translation (à juste titre, je dis pas) ; le Maroc est magnifiquement compris, d'abord dans son étrangeté (le regard des touristes dans le village au début), puis dans sa rudesse, et c'est 18612883une grande idée d'y avoir placé nos deux starlettes (Pitt et Blanchett) qui n'arrivent pas à obtenir un Coca Light, clichés à eux tout seuls ; le Mexique est filmé dans ses déserts, dans sa mocheté. Quant au mariage mexicain et à la boîte de nuit japonaise, ce sont effectivement deux des sommets du film, tant Iñárritu arrive à nous prendre dans cet univers, à nous y faire pénétrer intimement.

Le prix de la mise en scène cannois est on ne peut plus justifié : l'immense dispositif mis en place ne cède jamais devant l'intimité d'un visage, devant les rythmes en rupture de l'ensemble, devant l'émotion qui se dégage d'un pays, d'une voix. C'est un voeu pieux, mais Babel fait partie de ces films dont on souhaite qu'ils ne sortent jamais en DVD, tant Iñárritu utilise son écran avec génie. Le film est splendide, remarque assez plate, mais que dire de plus devant cet enchaînement de paysages parfaitement18644580 cadrés (les rues japonaises, les montagnes marocaines, les no man's lands mexicains) et de gros plans où le grain de la peau des acteurs s'incruste dans le regard. Le gars Alejandro a fait un film énorme en restant à 3 cm de ses comédiens, qui dit mieux ? Ah oui, pour ce qui est des questions sans réponse énoncées par mon collègue : "Pourquoi donc Brad Pitt et sa femme étaient-ils vraiment fachés au début de l'histoire ?" : parce qu'il a fui devant ses responsabilités à la mort de leur fils. " Pourquoi la jeune Japonaise a menti au sujet de la mort de sa mère?" : pour attirer l'attention de son père sur sa volonté de se suicider (bon, là, faut l'avoir vu).

Bref, ce film est franchement bouleversant. Bien vu, Wong Kar-Wai : Iñárritu sera bientôt un très grand.   (Gols - 11/03/07)

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La Harpe de Birmanie (Biruma no tategoto) (1956) de Kon Ichikawa

cov_20the_20burmese_20harp_1_Le Japon n'en finit pas de penser et de panser ses plaies et avec ce film Ichikawa livre une oeuvre d'une sobriété qui marque indubitablement des points: il y a les soldats qui malgré la fin de la guerre voudront continuer à se battre et seront massacrés, ceux qui rêveront de rentrer chez eux pour tenter de reconstruire et celui qui se refusera d'abandonner ces corps sur ces rives birmanes; car si tant de sacrifices sont au final bien futiles (comme le dit un Birman, Anglais et Japonais se sont violemment affrontés mais la Birmanie restera la Birmanie), il n'en faut point pour autant oublier ceux qui sont tombés en route - comme si le souvenir était le seul message de paix qui reste.

Mizushima, le joueur de harpe de sa compagnie, toujours là pour donner du baume au coeur à ses compagnons, se retrouve investi d'une ultime mission: persuader la dernière compagnie restée en arrière de capituler. Ceux-ci se la jouent kamikazes et finiront sous les gravats. Mizushima est miraculeusement épargné et commencera une véritable seconde vie; après avoir été sauvé par un moine, il lui prendra ses oripeaux pour partir à la recherche de sa compagnie dans le Sud de la Birmanie; en route il n'aura de cesse de croiser des charniers de ses compatriotes et sera tenté de s'enfuir devant un tel "spectacle": sublime scène au bord du fleuve, entre ciel et terre, où il se met à courir en se couvrant les yeux; il semble vouloir échapper à cet enfer avant de retrouver les siens. Néanmoins,  en assistant à l'enterrement d'un soldat japonais inconnu, il prend conscience que sa mission est peut-être justement de cesser de porter des oeillères et d'aller un à un enterrer ces corps; il trouvera en creusant un énorme rubis birman qui symbolise d'après un autochtone l'âme des morts et n'aura de cesse de parcourir le pays pour rendre un ultime hommage à tous ses corps laissés en pature aux corbeaux; ses amis parqués dans un camp tenteront bien de lui faire entendre raison (iront jusqu'à dresser un perroquet qui a appris par coeur "Mizushima, reviens avec nous" - putain malin le Jap) mais dans une ultime lettre, alors que tout le monde rentre à la maison, il tentera de leur expliquer son geste; il faut bien que certains prennent la responsabilité de ceux qu'on a laissés derrière, il ne faut surtout pas oublier ses massacres, c'est peut-être encore le meilleur garant pour la Paix (il dit des trucs super plus profonds, mais bon je résume hein...).

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Porté par une musique originale qui fait frissonner (je suis moins fan de la harpe ou des chants japonais mais il faut leur reconnaître une certaine puissance...), le film est d'une grande sobriété qui convient parfaitement dans les séquences montrant ce moine muet qui erre parmi les temples birmans et les statues de bouddhas. Comme un grand parfum de sagesse qui plane sur l'ensemble et, dans un Japon encore meurtri et sûrement désireux d'aller de l'avant, Ichikawa réussit un film immense sur le souvenir; avant de construire, il ne faut point faire table rase du passé, il est plus important de penser ses plaies quitte à ce que certaines cicatrices ne s'effacent jamais - c'est peut-être même-là la gageure pour que cela ne se reproduise jamais. Respect Kon.

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Cursed de Wes Craven - 2005

18401795Je sais bien que Wes Craven a toujours adopté par rapport au cinéma une posture d'amateur, de dilettante, et qu'il ne s'est jamais réellement pris au sérieux. Je sais bien que sa filmographie va de sommets en crevasses. Mais là, on est pas loin du fond de la crevasse en question.

La série Z est un genre attachant à partir du moment où elle est revendiquée par son auteur, où l'on sent derrière le côté fauché des images une sincérité et un vrai amour du genre. Wes Craven, avec Cursed, fait une série Z en nous faisant croire qu'il fait une série A. Pourtant, sincérement, raconter une histoire de loup-garou en 2005, c'est difficile au premier degré, non ? Jamais l'humour décalé de Craven ne vient tempérer ce grossier scénario, et les mises en abîme constantes des beaux Scream sont ici totalement oubliées. Le gars filme tout ça frontalement, sans se poser aucune question sur ce qu'il a envie de raconter. Du coup, les quelques commencements de début d'idées (le décor de boîte de nuit, hommage aux grands films d'horreur ; la sexualité démultipliée de la femme mordue par la bête ; les rapports avec le SIDA ; 18424536le contexte d'Hollywood qui pouvait donner lieu à un jouissif jeu de massacre...) sont totalement tuées dans l'oeuf au profit d'une mise en scène qui se voudrait effrayante et qui ne l'est jamais. Ca pourrait être un joli hommage au genre que d'utiliser les bonnes vieilles recettes pour faire peur ; mais le fait est que, utilisées avec un tel laisser-aller, elles n'effraient pas du tout. Et ce n'est pas le pauvre monstre en images de synthèse moches comme tout qui nous donnera un quelconque frisson. Je n'arrive pas à comprendre comment un vieux de la vieille comme le Wes peut finir dans cette production conne comme un panier.

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10 mars 2007

La Vie des Autres (Das Leben der Anderen) de Florian Henckel von Donnersmarck - 2007

leben_der_anderen_deLa Vie des Autres étant visiblement destiné à un public de cinquième étudiant la période murée de l'Allemagne, je tiens à ajouter quelques indices à ces jeunes collégiens pour qu'ils puissent bien s'y repérer :
- pour distinguer les méchants des gentils, c'est simple : les méchants sont chauves ou vieux (ou les deux), portent des costumes avec le col relevé jusqu'au menton, ont des expériences sexuelles graveleuses voire tarifées, évoluent dans des décors crades et sont éclairés dans des couleurs métalliques jaunes ou grises ; les gentils ont le col ouvert jusque là, font des métiers glamour (metteur en scène, comédienne, écrivain), ont des apparts très class avec des tableaux abstraits et savent jouer du piano.
- quand une larme coule sur la joue d'un méchant, il faut comprendre que sous son armure bat un petit coeur, et que même un méchant comme lui peut ressentir la beauté d'un morceau de piano joué par un gentil, ou être touché par l'amour.
- bien que le col du méchant principal reste fermé, il devient gentil à la fin.
- la STASI, c'était pas fun.

Voilà, ceci étant précisé, je pense que les élèves pourront rendre un joli exposé du film lundi matin. Pour moi qui ne suis plus au collège depuis quelques temps, je me permets de hurler mon ennui devant ce film lisse et bien-pensant, scolaire et théseux18708583 (c'est la veine Le Pianiste, Le Vent se Lève, Schindler's List...), assez laid et qui n'a pour seul courage d'enfoncer des portes claquant déjà à tous les vents. Encore une fois, on est tout à fait d'accord sur le fond : c'est très mal de poser des micros chez les artistes dissidents, c'est moche de forcer les gens à dénoncer ses voisins, et l'Allemagne de l'Est en 1984 c'était pas la foire du Trône, on est d'accord. Mais peut-être, c'est une suggestion, y a-t-il autre chose à dire aujourd'hui sur cette époque que ces poncifs vieillots, que ce mélodrame manipulateur d'émotions, que ce scénario tracé au feutre taille 186763986... Piquer à Haneke le génial Ulrich Mühe, d'accord, mais l'utiliser autrement que dans cette caricature de tortionnaire au coeur sensible, c'est possible, ou c'est trop demander ? Allez, on apprend quand même deux ou trois choses sur cette sombre période, mais je dis : et alors ? Quel discours là-dessus ? Quel regard ? Quel intérêt ? Faire un film sur les années 80 en Allemagne n'oblige pas forcément à filmer comme un cinéaste allemand des années 80. Un film patrimoine, c'est tout. Je suis con aussi, je vais voir des trucs qui ont eu l'Oscar...

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La Cité Interdite (Man cheng jin dai huang jin jia) (2006) de Yimou Zhang

20060928112201435_1_Si Zhang Yimou nous livre moins une daube que le dernier Chen Kaige, on peut  pas dire vraiment qu'il arrive à convaincre avec cette pseudo histoire shakespearienne et autre révolution de palais avec batailles de 300.000 figurants clonés qui doivent faire marrer le George Lucas - c'est dire.

Un Roi empoisonneur, une Reine qui rêve de vengeance (Gong Li, que dire, un poil trop en colère peut-être...), un fils amoureux de sa belle-mère et de sa demie-soeur (il a le rôle le plus compliqué, c'est clair), un second fils à la botte de sa mère et un troisième fils qui, comme tout le monde s'en fout de lui, veut jouer sa carte perso... Ca complote, ça se regarde de travers, ça s'aime à demi-mot et surtout la vengeance gronde. On tourne un peu autour du pot pendant 45 minutes et une fois que tout est clair, on a droit à encore 30 minutes de 18715467_1_mise au point (pour le spectateur un peu benêt qui confondrait tous les personnages) avant une ultime partie où ça charcle grave, faucilles contre lances (ouais marteaux c'était tendancieux), et moult effets spéciaux digitaux dans le genre "démultiplié" po toujours très réussis (et je parle pas des feux d'artifice à la fin faits sur télécran...). Si l'esthétisme du palais peut déjà faire loucher (il est devenu aveugle ou daltonien Zhang Yimou ou quoi? Ce rose pétant et ce fuschia mariés avec du jaune, du vert et du bleu, brrrrrrr... Ou est passé le conseiller artistique de Ju Dou????), l'attaque de ces hommes araignées qui tombent du ciel sur le palais du médecin impérial (un type pas clair) avec plein de fjjjjjiouuuuuuuuuuuuuuu de la mort et des costumes récupérés à partir des chutes de fringues des cavaliers noirs du Seigneur des Anneaux n'est pas non plus un must dans la grâce et la poésie. Bref on a droit à des scènes d'intérieur ampoulées - Gong Li boit son médicament pour la 28ème fois, Gong Li pleure, Gong Li a les seins super écrasés dans sa tunique (c'était pour voir si vous suiviez), Gong Li sue, Gong Li fait la tronche et pleure...-, des scènes d'extérieur pas vraiment captivantes et too 18715469_1_much pour être honnêtes (que du surcharge de Diou) et on a au final encore une tentative de blockbuster international à la Chinoise qui tombe à l'eau. Les gars, revenez à la base et arrêtez de faire péter la thune. D'autant qu'avant vous faisiez de vrais films et aviez un don pour raconter des histoires (avec des émotions, du charme, de la profondeur, des joulies couleurs...).

Ah oui, si je peux me permettre une dernière remarque en passant, j'aurais pas voulu douiller la note de chrysanthèmes... C'est bien simple, l'espèce doit être maintenant en voie de disparition sur tout le continent.

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Au Travers des Oliviers (Zir e Darakhtan e Zeyton - زیر درختان زیتون) d'Abbas Kiarostami - 1994

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C'est un long combat avec mon collègue co-auteur de ces pages, mais je confirme inlassablement : Kiarostami est le plus sensible, le plus moderne, le plus intelligent cinéaste vivant. Et Au Travers des Oliviers est un des plus beaux films du monde, un de ces films secrets qui font une cinéphilie intime, un de ceux qui font comprendre le monde aussi bien que la technique cinématographique. Au bout de plusieurs visions de ce chef-d'oeuvre, je suis toujours aussi bouleversé par la richesse des films d'Abbas.

C'est une perfection à tous points de vue : le film est aussi touchant que maîtrisé, aussi simple que complexe. En revenant sur les lieux de tournage du déjà primordial Et la Vie continue, Kiarostami s'arrête sur un jeune couple en train de se former. Il raconte la naissance laborieuse d'un amour, en même temps que le quotidien d'un pays qui a du mal à se relever d'un tremblement de terre, en même temps que le portrait 'un film en train de se faire. Au niveau technique, la réussite est totale, tant dans ses mises en abîme incessantes absolument bluffantes (on ne sait plus qui filme, si on est dans un plan du film-dans-le-film ou dans la vraie vie), dans ses audaces (répétitions inlassables du même plan, travellings filmés d'une portière de voiture, cadres toujours originaux, amateurisme des "acteurs"), et surtout ses plans séquences déraisonnablement longs  : le dernier plan est un des plus grands du cinéma, 4 minutes pour construire un amour ; dans une nature qui submerge l'écran, on aperçoit deux petits points blancs (les amoureux), et seule la musique arrive à nous faire comprendre la réussite de cet amour, c'est d'une beauté à couper le souffle. Kiarostami est un des plus fins observateurs de la nature, et ses jeux d'ombre et de lumière, ses "décrochages" sur la beauté d'un écho, sur une de ses fameuses petites routes tortueuses, sur une forêt d'oliviers, sur un nuage qui passe, sont splendides d'attention. Quand il filme les gens, c'est pareil : les enfants sont magnifiés par une caméra fixe qui reste sur la moindre de leurs expressions ; les vieux sont acceptés dans toutes leurs variétés ; les "adultes", eux, sont soigneusement placés hors-champ. Les cadres de Kiarostami ont fait sa gloire, et c'est justice.

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Au niveau du scénario, simplissime, on est là aussi dans le génie pur. C'est pas grand-chose, cette petite bluette mignone sur fond de tournage de cinéma. Mais c'est tout simplement la vie, la déclaration d'amour d'un cinéaste à son pays et à ses habitants, un cinéaste certes sec et exigent, mais un cinéaste d'une sensibilité à fleur de peau, qui ne se laisse jamais déborder par une artificialité de sentiments. Tout est juste, senti, fort. D'un simple dialogue entre une petite vieille austère et un jeune homme malheureux, Abbas fabrique un moment de suspense psychologique ; d'un simple regard d'une adolescente à son prétendant, il raconte l'amour et l'espoir. On pourrait citer tous les plans d'Au Travers des Oliviers : la petite fleur symbole d'innocence juvénile que trimballe la jeune fille, les beaux regards interrogateurs des enfants fascinés par le cinéma, le bois sombre où le jeune homme tente de convaincre une vieille de son amour pour sa petite-fille, le plateau de thé qui passe de main en main jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que deux tasses symboles d'un amour refusé, la tente de fortune où une mini-société s'organise après le chaos... Tout est à sa place, parfait dans la forme, hyper-sensible dans le fond. Au Travers des Oliviers est le plus beau film du monde.

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09 mars 2007

L'Arrangement (The Arrangement) d'Elia Kazan - 1969

arrangement_dunaway_1969Voilà le genre de film "impur" que j'adore, qui mélange allègrement pop-art et cinéma psychologique, musique grecque et comédie, mauvais goût cheap et grande classe. C'est sûrement le film le plus personnel de Kazan, plus encore que America, America. Cette histoire de mec qui, après une tentative de suicide, plonge dans une dépression proche de la folie, et mêlange la vraie vie avec ses fantasmes sexuels, ses frustrations familiales, ses désirs de sincérité, est touchante à mort, d'autant qu'on sent là-dedans la sincérité du vieil homme qui en a vu des vertes (c'est l'un des derniers Kazan).

The Arrangement foisonne d'inventions, fait s'entrechoquer les styles et les émotions en un patchwork étrange, mais toujours cohérent. Le monde intérieur de Eddie Anderson nous est proposé en un festival de trouvailles visuelles, toutes plus risquées les unes que les autres, au cours desquelles on sent Kazan jouer à l'équilibriste sur la fragile corde de la vulgarité et du bon goût. Certaines sont ratées, d'autres réussies, mais peu importe : ce qui compte, c'est la prise de risque totale, la mise en danger, la tentative permanente. Avec l'aide précieuse du génialissime Kirk Douglas (entre ridicule achevé, vieillesse assumée, drôlerie cartoonesque, et profondeur Actor's studio), il déstructure son récit, prenant le risque de perdre son public, et ça fonctionne totalement. Quand il filme la divine Dunaway, il fait du Andy Warhol ; quand ilarrangement_douglas_1969 confronte son personnage avec sa femme, on est chez Visconti (utilisation des zooms) ; quand il parle des rapports avec le père, il retrouve ses inspirations psys de Streetcar Named Desire ou East of Eden. Il fait aussi des détours vers Edward Hopper (les décors des flash-backs), chez Bergman (le mélange habile entre passé et présent), chez Leone (la musique, les rythmes mélancoliques), chez Roy Lichtenstein (les brusques incursions de la BD), ou dans le burlesque (les "gags"). Il accélère le débit, fait des arrêts sur images, décadre sans vergogne, traite le faux raccord comme un des Beaux-Arts, se met les règles du champ-contre champ où je pense, flirte avec un érotisme bon enfant, parle d'urbanisme, de cancer et d'asiles de fous, tombe dans l'hyper-réalisme pour mieux rendre abstraits les plans suivants... Bref, on est dans un grand fourre-tout, film-somme d'une époque (en 1969, on tentait tout), qui tient comme par magie, bouleverse, étonne, et finit par être d'une grande simplicité d'ensemble. Un peu comme le récent La Moustache, les revers tortueux du B0000579BV_02__AA280_SCLZZZZZZZ_scénario passent au second plan, et l'homogénéité esthétique en fin de compte est parfaite. C'est un des plus beaux films sur l'amour fou que j'ai vus depuis longtemps. Kazan prend l'amour au sérieux, montre les ravages qu'il peut faire sur une âme, mais dans le même temps, il a l'immense politesse d'en faire un spectacle. C'est bien, Kazan, quand on y pense.

A noter que dans mon classement des meilleurs cris au cinéma, en plus de White Heat et de Mission to Mars, j'ajouterai ce petit râle à pleurer d'émotion que pousse le père d'Eddie quand les infirmiers l'embarquent. Voilà.

Posté par Shangols à 19:30 - - Commentaires [5] - Permalien [#]



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