10 mai 2007

1000

Une petite rêverie de Gols, pour la 1000ème de Shangols...

"La plupart des films que nous aimons répondent à la seule question qui nous tourmente : comment continuer à vivre et pourquoi ? Ils y répondent de manière incandescente et légère. L'art n'est rien d'autre." (merci à Michel BOUJUT pour ces mots qui maintiennent à flot depuis toujours)

LaMamanEtLaPutain_6

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1000

Une petite rêverie de Shang, pour la 1000ème de Shangols...

womanofparis1923 A Woman of Paris (Chaplin)



stanwyck 1933 Baby Face (Green)



atalante1934 L'Atalante (Vigo)





rebecca1940 Rebecca (Hitchcock)



His_Girl_Friday1940 La Dame du Vendredi (Hawks)



citizen_kane1941
Citizen Kane
(Welles)



There_Was_a_Father1942 Il était un père (Ozu)



casablanca1942 Casablanca (Cutiz)



laura1944 Laura
(Preminger)







bigsleep1946 Le Grand Sommeil (Hawks)



l_imperatrice1955 L'Impératrice
Yang Kwei-Fei (Mizoguchi)



patherblog1955 Pather
Panchali

(Ray)



cranesareflyingblog1957 Quand passent les Cigognes (Kalatozov)



ballad1959 La Ballade du Soldat
(Chukhrai)


a_Kaneto_Shind__Hadaka_no_shima_Naked_Island_DVD_Review_NAKED001960
L'Ile Nue
(Shinoda)


fin_d_automne1960 Fin d'Automne (Ozu)



about11961 A Bout de Souffle (Godard)


5_ivans_childhood_dvd_review_andrei_tarkovsky1962 L'Enfance d'Yvan 
(Tarkovski)




jules1962 Jules et Jim (Truffaut)



lolita1962 Lolita (Kubrick)

judex1963
Judex
(Franju)





les_felins1964 Les Félins (Clément)


reds1967 Rouges et Blancs
(Jancso)


two1967
Two for the Road
(Donen)


baby_cart1972-74 Baby Cart (Misumi - Saito - Kuroda)

putain1973
La Maman
et la Putain

(Eustache)

la_nuit_americaine1973
La Nuit Américaine
(Truffaut)



woman_under_influence1974 Une Femme sous Influence (Cassavetes)


19001976 1900 (Bertolucci)








onceuponatimeinamerica2vj41984 Il était une fois en Amérique (Leone)


371986 37.2 le Matin (Beinex)



mauvais1986
Mauvais Sang
(Carax)



bluevelvet_011987 Blue Velvet (Lynch)


good1987
Good Morning Babylonia
(Taviani)

maviedechiengal11988
Ma Vie
de Chien

(Hallstrom)



monde1989 Un Monde sans Pitié (Rochant)


sex1989 Sexe,
Mensonges et Video
(Soderbergh)

surviving1991
Surviving
Desire

(Hartley)



ma_saison_96261993 Ma Saison Préférée (Téchiné)


brigitte_lin1993
La Fiancée aux cheveux blancs
(Yu)

chungking1995
Chungking Express
(Wong Kar Wai)


dead61996 Dead Man (Jarmush)



takeshis1997 Hana-Bi (Kitano)


eyes1999
Eyes Wide
Shut
(Kubrick)




inthemood2000 In the Mood for Love (Wong Kar Wai)


mulhollanddrive2001 Mulholland Drive
(Lynch)


pere2004
Père, Fils
(Sokurov)



locataires2005 Locataires (Kim Ki-Duk)

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08 mai 2007

Cinq Pièces Faciles (Five Easy Pieces) de Bob Rafelson - 1970

Nous voici dans l'esthétique hyper-repérable des films ricains des années 70, celle des Schrader, desjn_fiveeasy Forman, des Frankenheimer, tous bons artisans et témoins d'une époque. Couleurs en demi-teinte, sentiments et psychologies dans la même veine, petite musique charmante des tourments d'une Amérique qui part en sucette au temps du Viet-Nâm, de la fin du rêve et de l'économie galopante.

Nicholson, dans un de ses premiers rôles marquants, pulvérise tout, et c'est peu de dire qu'il réinvente le terme de photogénie. Profondément émouvant, troublant, capable de roter bruyamment lors d'un repas boubourge, puis de jouer du Chopin avant de s'enfiler une bière avec une fausse blonde insupportable, il illumine le film, relativement sobrement, en tout cas très intelligemment. On ne l'attendait pourtant pas forcément dans le rôle de ce pianiste classique frustré, qui a décidé de lâcher un avenir prometteur mais sclérosant pour écumer les bars, travailler sur les chantiers et draguer des pouffiasses (très touchante Karen Black, d'ailleurs, en passant). Qu'il engueule une serveuse de restaurant (le sommet de son jeu) ou qu'il affronte enfin son passé peu reluisant en parlant à son père mourrant, il est toujours parfait, et Five Easy Pieces est réussi d'abord grâce à lui.

Mais il est réussi aussi grâce à l'attention émouvante de Rafelson pour ses personnages, à ces jolis portraits fouillés et profonds, à cette psychologie crédible sans être solennelle, à cette façon discrète de raconter une histoire par le biais de petites idées modestes (le dernier plan, qui voit Jack s'éloigner dans un camion alors que Karen l'attend dans sa voiture, en dit beaucoup plus que bien des mots). Alors certes, ça a un peu vieilli, mais ne boudons pas ce plaisir purement cinéphilique et tranquillement poignant. Toute une époque. 

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Griffes Jaunes (Across the Pacific) de John Huston - 1942

griffesjaunes_29Toute petite étape dans la carrière du grand John : Across the Pacific ne dépasse jamais la propagande la plus manichéenne, et rien dans ce film n'éveille l'intérêt. Ni le scénario, mollasson, prévisible, trop dialogué ; ni la réalisation, bien sage et anémiée, oubliant l'action au profit de longues scènes ternes ; ni Bogart, un peu perdu dans un personnage valsant entre le dur qu'il affectionne (il assomme ses adversaires ou les flingue avec un détachement qui fait plaisir à voir) et le grand romantique qui convainc moins (il ne sait apparemment pas du tout passer de la crème solaire sur le dos de sa partenaire) ; ni surtout la partenaire sus-dite, Mary Astor, peu gracieuse, jamais réellement ambigüe malgré son rôle trouble. Le titre français, qu'on pourrait qualifier, comment dire, d'odieux, ajoute encore à la gêne engendrée par le film. Si Across the Pacific était un livre, il serait écrit par Hergé, et c'est pas toujours un compliment.

Même si la première partie est assez réussie, puisqu'ellegriffesjaunes_14 parvient à trouver le courage qu'Hitchcock n'avait pas eu avec Newmann dans Torn Curtain (on croit que Bogart est un salaud pendant 30 minutes, alors que Hitch désamorce le truc beaucoup trop tôt), et même si on comprend bien qu'il était difficile de faire dans le subtil en 1942 quand on montrait des Japonais à l'écran, on en veut un peu à Huston de laisser progressivement tomber son film. De scènes inutiles (la trop longue romance Bogart/Astor est gavante à force) en suspense éventé, de pointes de comédie assez nulles (l'héroïne qui a le mal de mer, ouarf ouarf) en accès de manichéisme gênants (les Japs sont forcément blafards, éclairés par en-dessous et grimaçants), Across the Pacific n'est intéressant aujourd'hui que pour la vision qu'il donne du cinéma hollywoodien pendant la guerre, un peu comme on regarderait des actualités de l'époque. Au point de vue purement cinématographique, pas grand-chose à se mettre sous la dent.

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Secret Honor (1984) de Robert Altman

secret_honorRobert Nixon face à lui-même avec un micro et quatre écrans de contrôle comme témoin pour tenter de rétablir sa vérité et d'expliquer les raisons du scandale du Watergate. Grand numéro d'acteur  de Pilip Baker Hall qui grâce au montage virevoltant d'Altman donne l'impression d'être une super balle qui ne cesse de rebondir entre les quatre murs de son bureau; dans un langage souvent ordurier - Nixon semblait être célèbre pour son franc parler -, ne cessant de s'interrompre lui-même et de passer du coq à l'âne - avant de revenir au coq -, il fustige dans un flot de paroles quasi ininterrompues Kissinger, Eisenhower, le comité des 100, les Juifs,... Le spectateur, surtout si celui-ci n'est pas non plus véritablement familier avec tous les dessous de l'époque (la guerre du Vietnam OK, la position des US face à la Chine contre l'URSS reste plus floue...) a tendance à perdre un peu le fil; c'est bien sûr en partie voulu tant le personnage de Nixon, qui n'a pour seul compagnon qu'une bouteille de whisky et un revolver chargé, est survolté, à la limite du délire, bigger than life, se lançant dans un genre de mea culpa et de justificatifs qu'il semble bien le seul à croire - et encore. Numéro d'équilibriste même si le spectateur français préfèrerait nettement voir Sarko en camisole dans un hôpital corse en train de vociférer contre le monde entier pour enfin montrer sa vraie nature - joué par Clavier, même, je prends...

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Le Narcisse noir (Black Narcissus) (1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger

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Le genre de film en Technicolor qui en jette, avec toujours ces images superbes signées Jack Cardiff et une re-création tout en studio (celui de Pinewood bien sûr) d'un couvent, en plein Himalaya, d'une excellente figure: alors oui, on voit bien, on est po béta quand même, qu'il s'agit souvent de toiles peintes en fond mais elles donnent encore plus de charme à cette histoire d'un coeur/une soeur qui est resté(e) lui(elle) aussi figé(e) dans le passé. Je suis d'accord avec mon pote Gols lorsqu'il parle d'image en numérique sur d'autre image en numérique, c'est un peu comme de la fondue avec une glace à la vanille -bien que la consistance soit semblable, ça écoeure très très vite.

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Soeur Clodagh (Deborah Kerr décidément excellente) a pour mission de reprendre un chateau abandonné (un ancien harem en fait) situé à 8.000 m d'altitude pour y ouvrir une école pour enfants et jeunes filles et un dispensaire. Avec l'aide de trois autres soeurs et d'un anglais - le correspondant sur place (Dean, genre d'homme à tout faire un peu branle-manette (il est rond comme une pelle le soir de Noël), qui ressemble à mon pote Fred Brosson dans la dégaine, non?), elle parvient bon an mal an à mettre en place toutes les fondations de ce petit monde. Dean a beau la mettre en garde que cela ne tient peut-être à pas grand-chose (un simple incident à l'hôpital pourrait tout remettre en cause, c'est l'histoire qui s'est passée précédemment avec des frères qui ont tenu cinq petits mois), elle continue de garder ses oeillères, entêtée  qu'elle est par sa mission. Bien sûr on se demande comment une aussi jolie femme (ben ouais une soeur moche, ça sonne plus juste quoiqu'on en dise) a pu finir dans les ordres et on a droit de temps en temps tout au long du film à des flash-back qui retracent son idylle avec un certain Con en Irlande - on s'attend à un accident dramatique, genre accident de chasse à la Duclos-Lassale ou chute de cheval, et ben pas du tout, le Con fut à la mesure de son nom en se barrant aux US sans demander son reste. L'intrigue est donc tendue autour des relations qui se nouent entre soeur Clodagh et Dean, que tout sépare, que tout pourrait réunir avec un peu de bon sens, mais qui finira en cul de sac; parallèlement il y a l'histoire entre le jeune général et la jeune servante Kanchi (délicieuse Jean Simmons) qui est une variation en beaucoup moins complexée - et l'amour de Soeur Ruth  (Kathlyn Byron, pleine de fougue et de pugnacité)  qui est une variation en beaucoup plus dramatique (cette dernière défroquera pour les beaux yeux du Dean, mais "qui fait la maline, tombe dans la ravine" - au sens propre cette fois-ci): les séquences où on la retrouve en civil dans sa cellule de couvent et celle où elle décide de se jeter à la tête de Dean sont sûrement les plus fortes du film. Impossible donc pour Soeur Claudagh d'admettre d'une quelconque façon qu'elle est troublée par le destabilisant Dean, figée dans sa posture initiale, faisant passer sa fonction - et la déception de son passé - avant toute possibilité de bonheur dans le temps présent : il faut voir d'ailleurs dans quelle colère elle se met lorsque Soeur Ruth la taquine sur sa relation avec Dean : elle serait Carrie, elle lui aurait automatiquement mis le feu. Malgré le cadre grandiose, le sujet du film n'en reste pas moins toutes ces petites émotions sentimentales, exprimées ou réprimées.

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Une romance contratriée ou plutôt inaboutie dans un pays éloigné, avec sa dose de grande musique, qui respire bon les début des grands films en couleur. Powell et Pressburger, on le sent, restent cependant attentifs à chaque mariage de couleurs, soignant tous ces effets spéciaux d'un autre temps, et gardant un grand sens du cadre et de la mise en scène  (superbe plongée sur le ravin à quelques centimètres de la cloche, cadre nickel lors des scènes de prière, vie fourmillante dans ce couvent ouvert au vent). Il faudra qu'un drame (un double drame même) arrive pour que la mission soit définitivement avortée même si peu à peu chacune des Soeurs semblaient avoir perdu du terrain par rapport à sa vocation d'origine; elles qui voulaient transformer cet endroit dédié auaparavant aux plaisirs charnels se retrouvent prises à leur propre piège, "s'échappant" de cette expérience plus transfigurée que le lieu lui-même... La vie est toujours plus malicieuse qu'elle n'y paraît.

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Don Quichotte (Don Quijote) d'Orson Welles - 1959-1992

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Quoi de plus évident que de voir le grand Orson adapter Don Quichotte ? Le roman de Cervantès semble en effet le sujet idéal pour LE cinéaste de l’imagination, celui qui déclarait (de mémoire) : « What you see is what you get » quand des étudiants lui demandaient d’où lui venait son génie visuel (c’est dans un vieux et passionnant numéro de l’Avant-Scène consacré à Touch of Evil, mais impossible de remettre la main dessus). Don Quichotte obtient lui aussi concrètement ce qu’il voit : il lui suffit de nommer les choses pour qu’elles s’adaptent à son imagination débordante. Avec Don Quichotte, Welles semblait bien avoir trouvé sa pierre de touche.

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On se précipite donc avec joie vers ce film, tout en sachant qu’il ne fut jamais achevé par le maître... et au bout d’environ un quart d'heure, on se rend compte qu’il s’agit d’un attrappe-couillon. Difficile de croire que l’équipe de rénovation de ce film ait respecté de quelque façon que ce soit l’esprit de Welles. Montage inregardable (Welles n’aurait jamais monté ses plans aussi rapidement, de façon aussi bâclée), doublage fantaisiste, ralentis sur certains plans qui étaient sûrement trop courts pour coller au texte, trahisons constantes au niveau du scénario et de la synchronisation son/images, inserts de plans qui sont apparemment plus des images de repérages que des plans du film envisagé... Le pauvre Orson doit se retourner dans sa tombe. Ces archives recollées à la va-vite auraient eu leur place dans un musée, certes, dans une expo consacrée au gars, mais leur habillage raté semble plus dû à l’appât du gain ou à la bête fascination collectionneuse qu'au pur cinéma. Le ponpon est remporté par cette brusque apparition du maestro lui-même dans la trame, qui parle de sa fascination pour le personnage de Quichotte et de sa vision de l'histoire. A croire que les gusses ont voulu mettre dans ce film tous les éléments qu'ils avaient pu glaner sur ce projet, il n'y manque que le plan de tournage et le numéro de portable de la scripte.

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Pourtant, quelques plans arrivent à restituer le projet initial : l’idée de plonger le personnage dans le monde contemporain est plutôt bien (Quichotte s’attaque aux scooters, les voitures traversent l'écran...), et certaines profondeurs de champs sont bien wellesiennes. Il y a quelques images très inspirées, ça et là : Quichotte couché au milieu des moutons qui bondissent au-dessus de lui, ou des séquences quasi-documentaires de procession religieuse ou de travail dans les champs (qui rappellent l’également arnaqueur It’s All True).

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On aurait mieux fait de laisser Welles reposer en paix, et de sortir un beau livre de photos de ce film, qui aurait sûrement été un autre chef-d’oeuvre. Parfois il faut se résoudre à l’aspect éphémère du cinéma...

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07 mai 2007

Spiderman 3 de Sam Raimi - 2007

18749926Eh ben voilà, c'est l'épisode de trop. On se doutait bien que la fragile subtilité bon-enfant des deux premiers opus reposait finalement sur pas grand-chose, et elle semblait même parfois présente sans que Raimi en ait vraiment conscience. Eh bien bingo : dans Spiderman 3, plus aucune profondeur, plus aucune occasion de sourire devant les crises d'acnée de son héros. Le film est bête, tout simplement, ou plutôt niais. Raimi a fini par choisir sa cible : les ados ; et du coup, il leur sert un feu d'artifice vain et grossier, à leur hauteur.

Après la découverte de la sexualité adolescente du premier18749924 épisode (j'appelle le gars Sperman, en secret), après la confrontation de sa propre morale avec la vie de famille du second, voici les mésaventures domestiques de Peter Parker. Bof. Cocu, et infidèle aussi, il passe les 2h15 du film à tenter de reconquérir sa donzelle. Du coup, les défauts des précédents opus (les acteurs, la guimauve) ressortent ici à mort. Il faut bien le dire : on n'en a un peu rien à foutre des sentiments niaiseux du gars, et on soupire d'ennui devant ces scènes mièvres et mal jouées de jongleries amoureuses interminables. Pour Raimi, l'étudiant moyen est un 18737058gars qui sourit béatement sans arrêt et rêve de bague de fiançailles offert dans des restos italiens.

Bon, mais c'est pas tout. Les journées de Spiderman sont bien remplies, puisque en plus de ses démélées sentimentales, il doit faire face à un type fait en sable, à un clone ricanant et jaloux qui veut lui faire sa fête, à un truc immonde et gluant qui le transforme lui-même en méchant, à son meilleur pote qui veut venger son père, à une histoire de vengeance (il veut zigouiller le type qui a tué son oncle...). Bref : à trop multiplier les18737059 trames, Raimi nous sort un film boursoufflé et indigeste. D'autant que ses habituelles inspirations esthétiques sont ici mises au panier : là où les deux premiers opus plongeaient les scènes d'action dans des décors crédibles et joliments intégrés (la scène du métro dans le 2, les accrobaties entre les tours new-yorkaises), on a droit dans le 3 à des décors impossibles à la Matrix, purement virtuels et abstraits (barres de travaux, souterrains improbables, grandes toiles d'araignées, appartements en friche) qui déréalisent complètement l'action. Comme dans 18659200King-Kong, on finit par se lasser de voir deux images virtuelles se fritter sur un décor virtuel, et on s'endort paisiblement.

Seule une scène arrive à rappeler les inspirations passées : Spiderman, qui reçoit les clés de la ville, et qui ne sait plus comment gérer son mythe, est obligé de reproduire pour les caméras ses coups d'éclats d'antan (notamment le fameux baiser à l'envers). Voilà peut-être la direction vers laquelle doit se diriger Raimi s'il veut faire échapper sa série à l'usure et au puéril : vers un "méta-film", un truc à la Scream qui utiliserait ses propres images pour en proposer une critique, comme un contre-champ. Mais bon, je crois que je rêve, là.

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I Love You (Wo ai ni) (2003) de Yuan Zhang

WoAiNi_klEntre les blockbusters à deux yuan (que je boycotte désormais na!), les films intellos mous comme de la chique et les comédies romantiques cucul-la-praline, j'avoue que je finissais par me demander quel serait l'avenir du cinéma chinois. Le titre et l'affiche de ce film (plutôt à ranger dans la dernière catégorie donc) malgré sa présence et son lot de récompenses dans de nombreux festivals me laissaient des plus sceptiques au départ. Mais bon, harrassé - j'ai fait du 9h-21h, 8 heures de cours plus l'écriture d'un article sur Jules et Jim (je vous rassure cela dit, je ne bosse que 2 jours et demi par semaine, faut po exagérer non plus, hein), je me suis dit au pire, je m'endormirai devant, rien de bien grave. Et ben comme quoi les a priori sont couillons parfois (peut-être que Sarkozy est un type bien après tout - nan j'déconne).

Une jeune fille tartine son petit ami pour lui faire avouer qu'il l'aime et qu'elle est celle qu'il cherchait depuis son enfance; celui-ci acquiescant, elle lui demande automatiquement de se marier; et pis pas de bol, en faisant les cons un soir avec un de leurs amis, il saute d'un plongeoir dans une piscine... vide (ça me rappellera toujours une séquence d'ouverture macabre de Six feet under, ce genre d'incident, le fameux plongeon d'un type qui a tout et qui se fracasse le crâne en plongeant... "qui fait le malin, ..."). Mais la chtite ne perd pas de temps, s'acoquine rapidement avec le pote de son ex, refait son numéro et hop c'est parti pour un mariage heureux... Et ben non, tout part en eau de boudin très rapidement; d'abord on est séduit par le ton comique de ces petites engueulades qui partent d'un rien et qui finissent en conflit nucléaire maritale, d'autant qu'après deux ans et demi en Chine (j'ai doublé mon vocabulaire, j'en suis à quarante mots) , on reconnaît beaucoup de ces petits traits particuliers (typiques d'une culture et donc universels - je me comprends), dans cette jeune fille immature et capricieuse qui s'emporte pour un rien, ne connaissant de l'amour romantique que ce que donnent à voir les films du cru, et dans ce jeune homme boudeur qui se tait au moindre emportement de sa compagne, buvant jusqu'à la lie avec ses potes, coinçant devant son ordinateur et incapable de dire "je t'aime" (typique et universel, répète-je, vous me suivez maintenant?). Ensuite, la systématisation de ces petites "scènes", la petite claque que donne un soir le mari à sa femme, tendent à rendre l'ensemble plus tristoune que vraiment drôle... Rien que de bien banal me direz-vous, j'en conviens, mais un grand travail d'écriture qui rend le récit plus vrai que nature, deux comédiens parfaitement dans le ton, et une caméra toujours aux aguets, comme collée à nos deux protagonistes. De petites brouilles en grandes disputes, de scènes de réconciliation en menace de divorce, se joue dans ce jeune couple très ordinaire une tragédie universelle. Finissant par baisser les bras (elle l'attache quand même au lit en le menaçant d'un couteau pour lui faire dire "je t'aime", finit par craindre qu'il le prenne mal (il se fracasse la tête dans une vitre et oui il le prend mal)), et ils décident de se séparer à l'amiable bien qu'on sente que tout reste possible entreIloveyou2 eux. Mauvais timing, illusions de l'amour, ou scènes ordinaires de la vie conjugale, leur dernière discussion où ils se demandent tout bêtement si c'est chez tout le monde pareil, si finalement l'amour c'est ce qu'ils ont vécu ou autre chose (mais quoi?) pourrait sonner très creux dans toute autre oeuvre à la con, mais parvient ici à résonner de façon assez profonde et sincère. Bref, une bonne petite surprise, pas de quoi grimper aux rideaux (oui bon c'est pas du Wong Kar Wei, on en est loin), mais un certain talent à saluer. Le jeune cinéma chinois a de l'avenir, faut se motiver et y croire!      

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Le Fils de Luc et Jean-Pierre Dardenne - 2002

Encore une fois, c'est du grand art. Comme me le disait il y a quelques instants une de nos fidèles lectrices,fils les Dardenne, on trouve difficilement pire pour remonter le moral (et on est à H+4 de la victoire de Joe Dalton aux élections présidentielles). Mais je maintiens que se retrouver face à une vraie prise de position radicale est une façon efficace de faire passer la pilule. Les Dardenne sont de grands artistes engagés, et j'emmerde Sarko.

La grande force de Le Fils, c'est avant tout Olivier Gourmet. Opaque, puissant, retenu, impressionnant, ambigü, sobre, inquiétant, autoritaire, incompréhensible... tous les mots du Larrousse semblent inventés pour lui, et il porte le film sur ses larges épaules avec une force sidérante. C'est une habitude chez les Dardenne Brothers de faire tourner leur caméra autour d'un seul personnage, mais ici, ils trouvent leur interprète parfait, Gourmet étant en totale harmonie avec le p2mystère quasi-mystique du cinéma des gars. Le scénario est d'ailleurs à sa mesure : Le Fils distille les informations au compte-gouttes, et le film reste impénétrable dans sa plus grande partie. Pourquoi Gourmet est-il attiré par ce jeune apprenti ? Comment va-t-il révéler sa vérité ? Que s'est-il passé avec cette femme qui vient lui rendre visite ? Les rebondissements de l'histoire sont balancés de façon extrêmement brutale, sans qu'on s'y attende, sans effet pourtant. Les réalisateurs savent ce que c'est qu'un écriture : la leur est violente, terrassante dans ses déroulements, dans la sécheresse de leur style. Peu de dialogues dans ce film : des phrases courtes, informatives, arides, qui ne disent rien de plus que ce qu'elles ont à dire. Dans leur constante méfiance du symbolisme, les Dardenne s'affirment comme des spectateurs avertis du monde, et comme des artistes contemporains hors-norme.p3

Et puis il y a la mise en scène, extraordinaire. Constitué presque uniquement de plans-séquences, avec une caméra hyper-mobile (jusqu'au vertige) qui cadre constamment les nuques, les dos, comme si elle craignait le contact du fac-à-face, Le Fils radicalise encore le style de Rosetta. C'est une traque inlassable de ce personnage autiste, qu'on ne quitte pas d'une semelle. Quand un autre comédien rentre dans le cadre, c'est presque incidemment, comme si la caméra enregistrait des choses malgré elle. Un "cinéma-vérité" très tenu, et qui fait de la théorie dans l'urgence, dans la précipitation. Car urgent, le film l'est : on est happé par ce rythme de fou furieux, qui déroule ses tensions de façon linéaire et précipitée, jusqu'à la révélation finale (que je ne dévoilerai pas, le film étant plein de suspense). p4Grande idée d'avoir fait de Gourmet un menuisier obsédé par les angles droits et les chiffres (il sait calculer n'importe quelle distance au centimètre près) : sa vie rectiligne et rigide est bouleversée par l'arrivée de ce jeune gars taillé dans un bloc. Tous les détails de scénario et de mise en scène mettent en valeur ce bouleversement, mais toujours de façon subtile et intelligente : la gaine que porte Gourmet, la partie de baby-foot (qu'on appelle visiblement "kicker" en Belgique), la façon d'amener le personnage de l'apprenti par touches de plus en plus nettes, la thématique des "ronds" opposée aux lignes droites,... C'est du cinéma parfaitement tenu, intello sous des dehors de brutalité. Pourquoi les Dardenne n'ont-ils pas eu aussi la Palme pour celui-là ?

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