26 avril 2007

Le Feu Follet (1963) de Louis Malle

Maurice Ronet capte l'attention dans ce sombre drame, celui d'un homme qui à défaut de pouvoir s'accrocher à quoi que ce soit a décidé de se tirer une balle au petit matin du lendemain.

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Il a beau tenter de faire un tour d'horizon de ses anciennes connaissances, de ses anciens flirts, après 4 mois passés dans un hôpital pour faire une cure d'alcoolisme, Alain Leroy a du mal à achopper et personne ne se rend compte que son malaise est beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air. Qu'il croise un ancien compagnon d'armée, maintenant marié avec deux petites filles, d'anciennes conquêtes et amies (La Jeanne Moreau dans une brève apparition), qu'il s'impose dans une soirée bourgeoise antonionienne (Alexandra Stewart plus sublime que jamais) où les discussions même sous l'effet de l'alcool l'ennuient plus que tout, Alain ne voit et ne trouve que médiocrité ou vanité: même auprès des femmes, qui elles seules semblent pouvoir le sortir pour un moment de sa torpeur, il finit par ne plus y croire, s'avouant incapable de les garder (de les aimer vraiment? de leur faire vraiment l'amour? Une stérilité qui semble bien souvent aussi sentimentale que sexuelle...), de parvenir à un quelconque entendement... Scènes d'errance une nouvelle fois dans les rues de Paris (po mal de passants regardent la caméra et on voit un moment la caméra sur plateau roulant dans les vitrines, ça assure pas bon sang) qui se finit pratiquement dans le caniveau, Alain manquant de se faire écraser par une bagnole. Un grand sentiment de dépression flottant pas seulement au-dessus du jardin baigne tout le film, mais l'on ne tombe jamais dans une vision trop froide de cet homme tant Ronet parvient à lui donner chair. On finit par comprendre que plus rien n'arrivera à le satisfaire dorénavant et qu'après des années à faire la bombe l'Alain est au bord de la tombe. La fin est inéluctable et le pire c'est qu'on finit presque par partager toutes ses désillusions comme s'il nous avait fait prendre conscience que toute communication profonde est impossible. Heureusement, je n'ai qu'un lance-pierre sous la main, eheh.


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24 avril 2007

Be with me (2005) d'Eric Khoo

poster_1_Trois histoires de solitudes (heureusement très peu entremêlées ce qui nous évite le film chorus un peu lourd dernièrement) dans un film pratiquement muet tout en petites touches subtiles: un vieil homme qui continue de voir en fantômes sa femme décédée et qui reprend goût à la vie au contact d'une fabuleuse aveugle sourde (po aidée, clair) qui s'est toujours accrochée à la vie, une jeune fille qui tombe amoureuse d'une autre rencontrée sur internet qui a tôt fait de la délaisser pour vivre d'autres aventures, et un gros pépère qui fabule sur une créature de rêve. Le projet de Khoo est particulièrement ambitieux de par cette volonté d'en dire un miminum et il parvient à le transformer en plaçant toujours sa caméra au bon endroit mais aussi grâce à un montage très dynamique où l'on sent que tout a été dûment pensé à l'avance.

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Khoo parvient de façon magistrale à faire plonger le spectateur de son univers sans jamais céder à une quelconque facilité, en faisant simplement confiance à une grande originalité narrative qui n'est pas sans évoquer certains tours de force de Tsai-Ming-Liang; cela nous donne une série de séquences, qui, par leur intimité et leur justesse, marque peu à peu l'esprit du spectateur attentif à ces flashs de vie humaine: sans faire une liste exhaustive on est touchés par ces petits moments glanés d'un début de rencontre amoureuse entre les deux jeunes filles, par le désespoir de ce gros lourd au grand coeur qui passe des plombes à écrire sa déclaration d'amour sur un papier à lettre qui ressemble au papier-peint de ma grand-mère, par ces mots qui s'inscrivent en bas de l'écran et qui retranscrivent les pensées de l'aveugle, par ces multiples plans de préparations culinaires du vieil homme qui retrouve, ce faisant, goût à la vie en tentant d'oublier le passé, par tous ces petits mots sur ordinateur, téléphone portable,  qui transitent d'une personne à l'autre et qui sont souvent criants d'une véritable difficulté à communiquer, par ce jusqu'au boutisme de chacun des personnages qui ne peuvent trouver leur place qu'en ayant un compagnon. Ce "be with me" est souvent un appel au secours qui a parfois du mal à se concrétiser, une foi dans laquelle certains des personnages perdront des plumes.


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Allez, on peut oser ? Un Khoo de maître - ça c'est fait. 

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LIVRE : Le Dimanche de la Vie de Raymond Queneau - 1952

2070364429Le soldat Brû, après cinq ans passés à Madagascar (et forcément ca crée des liens...), fait la rencontre d'une vieille fille mercière de son état avec laquelle il va partager sa vie: de la mercerie au rappel sous les drapeau en 39, en passant par un magasin de cadres photographiques et une expérience en "diseuse de bonnes aventures", le Brû va faire son petit bonhomme de chemin avec une bonhommie bonhomme. Evoquant au détour d'une page Madagascar "où on replante les morts" (je confirme, arrosés de grandes nappes de rhum ajouterai-je juste), Brû se débat avec sa belle famille, aura une petite liaison avec sa belle soeur et se lancera dans de grandes discussions avec les voisins du quartier. Tour à tour grand rêveur et "inventeur" d'histoires plus ou moins divinatoires, le soldat Brû fait toujours preuve d'un grand sens d'observation chez ses contemporains. Ce livre de Queneau est on ne peut plus plaisant, notamment grâce à un style oral toujours piquant et un sens du jeu de mots toujours subtil. Belle sécheresse hemingwayenne également dans les dialogues, un dimanche de la vie qui fait encore les beaux jours de la littérature française (oui c'est cucul mais faut bien conclure, hein...).

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Dora-heita (2000) de Kon Ichikawa

Ecrit en 69 par les "Katre mousquetaires" - Kon Ichikawa, Kurosawa, Kinoshita, Kobayashi -, on pouvait s'attendre à du lourd avec ce film finalement réalisé en 2000. Certes l'action est solide et un rien classique: un nouveau magistrat (surnommé Dora-heita, soit "playboy") connu pour ses méthodes irrespectueuses (s'embête point avec le protocole et aime bien accessoirement traquer la gorette) et expéditives (un as du sabre) débarque dans une ville pour mettre fin aux multiples trafics (prostitution, casino, alcools illégaux...) dans un quartier malfamé et à la corruption des gouvernants; en prenant le problème à bras le corps et à la racine (il vit plus la nuit que le jour), il va peu à peu confondre tous les responsables. Les trois big boss mafieux, après une ultime tentative d'intimidation (4367 type se jettent sur 4 mètres carré sur Dora qui les fout tous minables), finissent par se rendre respectueusement, quant aux gouvernants ils démissionnent en masse après les preuves de corruption produites (détruites mais reforgées par notre Dora). Il y a également une geisha d'Edo qui court aux basques de notre héros mais celui-ci ne lui revient qu'une fois sa tâche accomplie.

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Bon c'est carré, l'image couleur et la musique ne sont pas d'une grande virtuosité, peu de plans forcent vraiment le respect (un tête à tête entre le chef de la police et Dora avec les deux visages en gros plans qui se lancent dans un joli ballet; le combat final est filmé également en plan serré et si l'on est au plus près de l'action et du mouvement, aucune vue d'ensemble n'est jamais donnée et tourne vite court), l'interprétation de Kôji Yakusho est excellente certes mais tout cela manque un peu de brio et de véritables audaces - on se croirait presque retourné dans l'esthétique des années 70 ce qui n'est pas forcément une qualité. Pas au niveau de la réputation des quatres maîtres, ni définitivement des excellents Harpe birmane et Fires in the Plain ressortis récemment en dvd.

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23 avril 2007

Poste Frontière (Karaula) (2006) de Rajko Grlic

karaula_2_1_Nous voilà en 1987, quatre ans avant le conflit qui va déchirer la Yougoslavie, au poste frontière avec l'Albanie. Deux appelés, toujours là pour la déconne, se branlent un peu la nouille, mais se tapent aussi parfois au passage certaines filles du coin.. Il faut bien reconnaître pour leur défense que leur mission est aussi passionnante que dans Le Désert des Tartares. Pour rien arranger le colonel a choppé la syphilis et pour ne point avoir à rentrer chez lui pendant son traitement ordonne 3 semaines sans permission, en donnant le prétexte fumeux que les Albanais sont sur le point d'attaquer. L'un des deux appelés est docteur et aura une double mission: soigner notre alcoolique de colonel et passer le message à sa femme - forcément ça manque pas, il va tomber dans les bras de cette dernière pour une romance passionnée qui semble un peu perdue d'avance. L'autre, pour se venger du colonel qui lui a foutu un taquet (forcément il avait pris les lettres d'une citation de Tito qui ornait le mur pour écrire "Electrique Orgasme" un groupe de Belgrade dont je ne suis point familier) s'engage à faire 600 km à pied pour aller se recueillir sur la tombe de Tito (sont fous ces Yougos), un plan qu'il va se faire un plaisir de faire foirer pour que cela retombe sur son chef... Une histoire (forcément tragique) qui n'a rien d'extraordinaire mais toutefois fort plaisante, débordante d'un humour troupier je m'en foutiste (nos soldats passent pas mal de temps à fumer de l'herbe) avec une certaine énergie dans la mise en scène - excellente séquence d'ouverture lorsque nos deux potes qui rentrent à toute blinde dans leur camp commentent leur01_20__20Karaula_1_ course (ça me rappelle quelque chose, ben ouais)). C'était l'époque où tous les Yougoslaves devaient effectuer un service militaire obligatoire dans un souci de mélange éthnique et on sent malgré tout une certaine nostalgie (même si les tensions et les débordements ne sont jamais loin... ) envers cette époque révolue. D'autant que si la bonne humeur est générale au début du film, tout finira en eau de boudin pour nos deux soldats. Grlic (promis j'ai po oublié de voyelles cette fois-ci) réussit un film de bonne tenue, plein d'allant, à défaut d'un happy end.

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22 avril 2007

Femmes (The Women) (1939) de George Cukor

Femmes au bord de la crise de nerfs, genre de Desperate Housewives vintage 1939 en 1000 fois plus explosif (avec une vraie mise en scène, et mieux joué...), The Women déchire, pour peu qu'on se laisse emporter par cette hystérie collective pendant 2h15.

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Le moins qu'on puisse dire à propos de Cukor c'est son sens inégalé du rythme: les 10 premières minutes (les 2h05 suivantes aussi mais on s'est habitué) sont un festival d'enchaînements, de dialogues à 3000 à l'heure, on ne sait pas vraiment qui est qui, qui raconte quoi sur qui, ça parlotte dans tous les sens, la caméra se fait plus mouvante que sur des montagnes russes, un véritable tourbillon cinématographique de folie... Finit tout de même par émerger de ce maëlstrom féminin l'info suivante: Mr Haines trompe sa femme. Comme ça gossipe à fond les grelots, toute la ville et, finalement, même l'intéressée, apprend la nouvelle. Si ce cancan rend on ne peut plus triste la pov Mrs Haines, qui pense en plus à sa chtite fille, on ne peut pas dire que le reste des gonzesses ne se délecte pas de cette nouvelle croustillante. Malgré les conseils avisés de sa mère, la Haines, encore amoureuse mais le coeur en larmes, se rendra à Reno pour divorcer dans les plus brefs délais. Ca veut po dire qu'il n'y aura point de deuxième manche et la revanche flotte à l'horizon. Cette partie à Reno vaut son poids en cacahuètes notamment dans le fight d'anthologie entre la délicieuse Paulette Goddard et la fougueuse Rosalind Russel - incapable de bout en bout de garder sa langue dans sa poche...

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Sur un rythme trépidant (à peine ralenti par un défilé (en couleur!) au milieu du film vraiment pesant et pas vraiment d'un grand intérêt (ouais la mode en 1939, c'était po ça...)), le spectateur reste abasourdi par une telle maestria, chacune des femmes se donnant corps et âmes dans ce film 100% féminin (un monde sans homme, on peut pas dire que c'est vraiment reposant, mais cela comporte une vraie bouffée de fraicheur, eheh): on est presque parfois à la limite de l'excès dans le jeu (Marjorie Main, Lucy, ou Mary Boland, la comtesse sont un peu too much, mais passons), d'autres tenant parfaitement leur rang: Joan Fountain est délicieuse en midinette qui pardonne tout, Joan Crawford est vénéneuse en femme spécialisée dans les hommes mariés - Norman Shearer dans le rôle principal de la femme trompée qui finira par sortir ses griffes ne m'a convaicu qu'à moitié mais ne faisons point la fine bouche. Cukor est-il le roi de la comédie? Il mérite en tout cas une place sur le trône, dans ce monde de femmes.

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Overlord (1975) de Stuart Cooper

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Le projet de mêler des images d'archives à la fiction d'un jeune soldat anglais anonyme appelé sous les drapeaux pour le débarquement en France semblait au départ plutôt intéressant, d'autant que Cooper pour cette partie fictionnelle s'inspire des photos de Cappa. Le résultat est un peu mi-figue mi-raisin avec ce mélange d'événements historiques "spectatulaires" des incendies de Londres ou de bombardements vus d'avion et d'un parcours plus banal filmé à hauteur d'homme. Mais la sauce entre les deux a vraiment du mal à prendre, d'autant qu'on apprend pas grand chose sur ce parcours très classique d'un soldat: que l'armée britannique, comme n'importe quelle armée dans le monde, ne soit pas une partie plaisir n'est pas nouveau en soi, ouais il prend sa dose d'insultes crachées dans sa figure, ouais il se traîne comme un con dans la boue, bon, bien, l'inverse nous aurait étonnés. Ensuite sa petite amourette avec cette jeune fille de rencontre est à la limite de miêvrerie - oui c'est dommage qu'ils n'aient pas plus de temps pour se connaître, mais Waterloo Bridge tirait de cet élément une force alors que là on tombe plutôt dans la faiblesse - rien ne se passe super, si ce n'est un pauvre baiser de collègien. Enfin, seule véritable surprise, ce que le soldat redoutait le plus, à savoir se faire abattre dès son arrivée sur la plage n'aura point lieu, puisqu'il se prendra une balle dans la tête en étant encore dans le bateau (si ça c'est pas un coup de bol!). On sent bien que Cooper tente de soigner ses plans, dans ce parallèle notamment entre cette course sur la plage pseudo-prémonitoire et le premier plan, au début du film, quand le soldat arrive chez lui avant de s'embarquer mais on a du mal à trouver cela vraiment passionnant.

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Ca se veut au plus près du réel mais cette re-création du réel peine à vraiment co-exister avec les images d'archives et c'est un peu l'effet inverse qui se passe: au lieu de plonger dans la fiction, ce va-et-vient constant entre Histoire et petite histoire paraît un peu superficiel - c'est en tout cas une impression toute personnelle et une certaine déception.

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19 avril 2007

A l'Américaine (Champagne) d'Alfred Hitchcock - 1928

_006_791325Sur une histoire pas très passionnante (une fille de riche qui croit qu'elle est ruinée), Bouddha arrive à trousser un petit machin assez sympathique, grâce à ses idées visuelles qui s'affinent de plus en plus en cette année 1929.

Ca commence par une scène de bal vue à travers un verre de champagne (on imagine la grosseur du verre que les accessoiristes ont dû avoir à construire) qui fonctionne très bien, d'autant plus que cette idée est purement gratuite, n'ajoute rien à l'action, est uniquement là pour le plaisir de la virtuosité. Ca se poursuit avec un baiser en caméra subjective (beurk), par un ivrogne qui arrête de tituber dès que le bateau tangue, par des jeux de regards très bien montés entre Betty_002_745450 Balfour (mignonette) et son jeune éphèbe, par des exemples de montage au taquet lors d'une longue scène de cabaret, par des travellings magnifiques (dont l'un sur un vol de bijoux à l'arraché, qui dure 5 secondes mais qui équivaut à 3 minutes chez n'importe quel autre cinéaste)... Bref, on en prend plein les mirettes très souvent, Hitch fait son gamin et s'amuse avec sa caméra faute d'avoir quoi que ce soit à raconter.

Côté acteurs aussi, on est bien servis. C'était l'époque où on demandait à Bouddha de faire dans le comique, et du coup la distribution est au diapason : Balfour est craquante de petites a_20Alfred_20Hitchcock_20Champagne_20DVD_20Review_20PDVD_008mines impossibles, mais il y a aussi un maître d'hôtel chaplinesque et parfait, et le père de l'héroïne bourré de tics est pas mal non plus. Même si Champagne est très léger, Bouddha parvient tout de même à pointer quelques-uns des thèmes qui feront sa gloire plus tard : la déchéance (déjà abordée, en mieux, dans Downhill), les rapports père/fille, assez subtils ici, et surtout une vision des rapports amoureux déjà très sombre : dans ce film, les hommes sont libidineux et bavants devant les femmes, qui sont elles légères mais innocentes victimes des rapports de sexe déviants. On ne compte pas les plans de regards dominateurs (le vilain est affreux et dégoulinant), ou de danses effrénéeschampagne (diable, à cette époque on faisait de l'épilepsie un art) où les femmes sont entraînées par les hommes à des gigues infernales. Bon, on n'est pas encore dans le grand Bouddha, mais il pose les jalons.

(Voilà, et moi je pars à l'autre bout du monde pour une semaine, alors soyez sympa avec Shang)

sommaire hitchcockien complet : clique avec ton doigt

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La Noire de... (1966) d'Ousmane Sembene

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Bienvenue en France; lorsque Diouana débarque en France à Antibes au service de ce couple d'expats dont elle gardait les enfants, elle s'attendait surtout à voir du pays: elle se rend compte rapidement que la cuisine et le ménage seront ses seuls champs d'action. Vilipendée constamment par la blondasse française qui n'en branle pas une mais la traite de feignante, outragée par les invités ("Je vais me lever pour vous faire la bise, j'ai jamais embrassé une négresse" - Le Pen, Sarko avaient alors autant de chance de passer à cette époque), cette dernière se rend rapidement compte qu'elle ne sera jamais qu'une bonne à tout faire qui cuisine bien le riz pour les gens de passage. La caméra de Sembene se fait comme d'habitude un témoin plein de pudeur de toutes ces remarques assez fourbes de nos compatriotes pour qui l'abolition de l'esclavage reste encore une notion assez floue (ben quoi, on lui achète même un tablier et elle n'est pas contente, je vous jure). Ma pauvre Diouana qui se faisait une véritable joie de tout quitter pour découvrir notre beau pays, snobant même un poil son petit copain (scène assez drôle que celle de la photo prise sur la place de l'Indépendance au Sénégal), balancera son tablier et l'argent de ses gentils patrons avant de décider de se tailler la gorge dans la baignoire (ça tombe d'un coup, une scène-couperet, on en reste bouche bée). Le couple aura beau faire le voyage dans l'autre sens pour "dédommager" la mère de Diouana, celle-ci les enverra paître avec une grande dignité et les démons africains (très belle idée que celle du masque africain porté par le petit garçon à la fin) n'ont pas fini de hanter nos bien belles consciences européennes.

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Borom sarret (1966) d'Ousmane Sembene

Une journée de la vie d'un charretier / chauffeur de taxi au Sénégal et malgré ses prières matinales, on peut pas dire que tout va se passer pour le mieux: client qui ne paie pas, femme enceinte qui s'endort sur son épaule, jeune riche qui le floue, gendarme qui lui confisque sa charrette... Le pauvre finira sa journé gros Jean comme devant (sa générosité l'ayant amené à donner son peu d'argent à un griot de rencontre) et lui aussi de se sentir un peu dans la peau d'un esclave. C'est réalisé tout de même avec beaucoup de légèreté et de naturel - scène terrible tout de même que celle du bébé mort qu'il amène au cimetière, dure réalité quotidienne -, toutes les qualités déjà du Sembene que l'on retrouvera dans l'excellent Moolade.

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La noire de… Ghosts


(1966) (2006)


Ousmane Sembene Nick Broomfield

Deux films qui traitent frontalement d’un sujet qui n’en finit jamais de faire parler de lui, celui de l’immigration et de l’esclavage moderne. A l’heure où l’on vote en France des lois sur l’ADN pour savoir quels individus auraient le droit de pouvoir s’installer en France, on aimerait plus parfois qu’on nous parle simplement d’humanité. Ce qu’il y a de terrible dans l’œuvre « post-coloniale » de Sembene, c’est qu’on finit par se demander si les choses ont vraiment évolué depuis 40 ans ; le sujet reste brûlant d’actualité et trouve un écho très troublant dans le film de Broomfield qui s’inspire, lui, directement, d’un fait qui fit la une des journaux il y a peu de temps en Angleterre et en Chine. On parle beaucoup de globalisation, d’économie mondiale, de phénomènes financiers (…) mais on oublie au final ceux qui font vraiment les frais de cette « fantastique révolution moderne ». Ces deux histoires retracent précisément et dignement le destin de gens qui ont cru en l’El Dorado européen, celui qu’on leur vend souvent dans les magazines ou à la télévision, et qui n’ont trouvé au bout du compte qu’un mur d’incompréhension, quand ce n’est pas tout simplement la mort…

Si Sembene filmait de façon très effacée les mésaventures de Diouana, Nick Broomfield a choisi lui de traiter son sujet comme un véritable documentaire plus vrai que nature, avec une caméra portée et tremblante de bout en bout. Grâce à un travail de mise en scène exceptionnel et un jeu d’acteurs ultra naturel, cette reconstitution est d’un réalisme terrible.

Deux récits qui ont quarante ans d’écart mais qui se complètent à la perfection : ils font souvent froid dans le dos et laissent une trace indélébile dans ce qui reste de nos consciences et de notre éducation européenne.

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Protégé (Moon to) (2007) de Tung-Shing Yee

afm_poster_small_1_Un petit polar hong-kongais qui n'a rien d'absolument extraordinaire ni de vraiment novateur - un flic infiltré pour démanteler un réseau de drogue, sa voisine droguée jusqu'à l'os - mais qui traite de façon plutôt frontale dans ce beau pays libéral qu'est la Chine de la drogue: sujet assez gonflé malgré tout et qui a provoqué quelques remous dans l'Empire du milieu, d'autant que la fin du film a l'audace de ne pas véritablement trancher de manière moralisatrice (je raconte po, sympa).

C'est un peu un Donnie Brasco (en moins bien tout de même) vu qu'entre le7protege02_1_ flic (Daniel Wu, petit jeune qui monte) et le patron du trafic de drogue (Andy Lau, toujours aussi inquiétant et royal) une certaine amitié commence à se nouer - faut dire que 7 ans en couverture, ça crée des liens. La première heure est un peu molle mais on a droit ensuite à une séquence assez hot et une petite scène d'action qui nous réveille - jolie cascade en hauteur et une main de flic qui tombe, on serre des dents pour lui...; on enchaîne avec un  peu de depaysement en partant en Thaïlande où s'organise la production de la drogue (de bien jolis champs ma foi). Parallèlement le flic tente de venir en aide à sa voisine (qui tente désespérement de se sortir de ses piquouses) et surtout de sa chtite fille vraiment adorable (si, si) - malheureusement l'ex-mari de la femme va refaire surface et tout partira en 7protege03_1_quéquette. Wu ira jusqu'au bout de sa mission, réservera une petite surprise de derrière les fagots à l'ex-mari (drogué, mac, et s'aidant de sa fille pour vendre de la drogue, ça faisait beaucoup) mais ne resoudra pas tous ses problèmes personnels pour autant: "Entre le vide intérieur et la drogue, quel est le mieux?" leitmotiv assez osé de ce film qui, s'il déçoit visuellement - un air de déjà vu quand même...- aborde un problème épineux en restant constamment sur le fil. Avec un peu plus d'ambition formelle, Yee devrait continuer à faire son petit bonhomme de chemin à Hong-Kong.

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