08 novembre 2014

La Chambre bleue de Mathieu Amalric - 2014

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Un virage dans la carrière de cinéaste d'Amalric, le voilà qui s'attaque au polar "à la française", un genre en soi, surtout qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de Simenon (déjà narré par mon collègue, complémentarité au taquet). C'est le premier souci : embourbé dans son dandysme littéraire coutumier, et qui lui va bien au teint je ne dis pas, Amalric a du mal à se dépatouiller des vieilloteries de Simenon : dialogues précieux (surtout ceux concernant le sexe), situations dignes d'un Tintin, interrogatoires de flic à gabardine et surtout enquête policière complètement anachronique. Assassiner des gens avec de la confiture empoisonnée, ça peut passer dans un vieux Club des Cinq ; dans un vrai polar, moins. Amalric, peu conscient de la ringardise du scénario, modernise pourtant l'ensemble, replace ça dans un contexte contemporain, mais sans changer le style. Résultat : on n'y croit pas une seconde, et on a souvent l'impression, au niveau scénar, de se retrouver dans une dramatique ORTF d'il y a 60 ans.

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Le gars est pourtant habile (tout comme l'était Simenon, si j'en crois Shang) pour retarder le plus possible les informations. Pendant une grande partie du film, on ne sait pas qui a tué, certes, ça c'est normal ; mais on ne sait pas non plus qui a été tué, ce qui apporte une petite touche de cruauté délicieuse. Amalric est accusé de meurtre, bon. Mais qui a-t-il tué ? Sa maîtresse trop envahissante qui menace son confort bourgeois ? Sa femme qui l'empêche de vivre sa passion amoureuse ? Sa belle-mère, qui ne l'aime pas ? Très adroit d'arriver à nous faire tenir sur un joli suspense tout en nous cachant l'essentiel du drame. On suit donc, dans une succession d'allers-retours entre flashs-back et présent, l'interrogatoire que subit ce brave bourgeois face à un juge implacable. Ces scènes de commissariat sont les plus réussies : Amalric a un vrai sens du huis-clos, et la variété de ses angles donne une belle énergie à un exercice de style qui pourrait être fastidieux : dialogues infinis, pas de mouvement, des répétitions, et pourtant on est bien tenus.

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C'est beaucoup plus laborieux dès qu'on sort de cette pièce. Trop pressé sûrement, Amalric bâcle ses scènes extérieures. Montage aléatoire, direction d'acteurs médiocre, technique dans les chaussettes. Mon conseil : dans un film, regardez les figurants, et vous aurez une idée du soin qu'un réalisateur a mis dans son projet. Dans La Chambre bleue, les figurants sont empruntés, on a l'impression de lire les consignes qu'on leur a données, tellement ils semblent téléguidés. Tout le film est ainsi, sentant l'amateurisme et le vite-fait. Si Amalric acteur est plutôt très bon dans ce personnage fiévreux et dépassé, ses partenaires sont dirigées avec simplisme : Stéphanie Cléau caricature sa femme-mante religieuse, tout est tellement fait pour la rendre froide et opaque qu'on se doute très en avance de son innocence ; Léa Drucker n'a rien à défendre, et se retrouve prise dans des scènes impossibles (discuter avec son mari en tenant chacun un bout de guirlande de Noël par exemple). Amalric voudrait bien pourtant se la jouer sexuello-romantique, sulfureux et moderne : il filme le sexe de sa maîtresse en gros plan, joue sur les ambiguités des relations amoureuses, s'amuse de montrer cette sexualité au milieu d'une province tranquille ; mais, mis à part la splendide musique tourmentée et herrmanienne de Grégoire Hetzel, le souffle manque pour parvenir à une vraie exaltation des sentiments. On reste au ras des situations, souvent complètement invraisemblables, et on se retrouve avec un très sage polar de début de soirée sur FR3, où le Colonel Moutarde assassine Mademoiselle Rose avec un chandelier dans la cuisine.  (Gols - 23/10/14)


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Ah la confiture de prunes, la fameuse confiture de prunes... Je pensais que mon comparse avait eu la dent un peu dure avec le dernier film d'Amalric, mettant cela, en partie, sur le compte de la confiture de prunes : je ne suis pas sûr qu'il l'apprécie à sa juste valeur alors que j'en suis friand. Mon Dieu, difficile de ne pas aller dans son sens après la vision de ce téléfilm FR3 (au format 1,33:1 !!!! Cela existe-t-il encore ou c'était une promo, une fin de stock ?) qui n'a rien de vraiment personnel ou encore d'original (la musique, mouais... bien aimé pour ma part le juge, Poitrenaud, mou, calme, plan-plan qui se fond parfaitement dans la déconfiture de l'ensemble - Léa Drucker est vraiment transparente même avec une guirlande autour du cou). Les quinze dernières minutes sont un véritable sacerdoce (le film se serait arrêté au bout de 57 minutes, personne ne serait venu se plaindre...) - ah si, il y a le truc de la chambre (de justice) bleue : tu l'as vu le clin d'oeil, tu l'as vu ? Il y a en plus cette volonté terrible de désigner clairement un coupable - coupable qui d'ailleurs sort presque de nulle part, Amalric ayant pratiquement gommé ses relations avec l'une des victimes - alors qu'une petite part de mystère n'aurait pas fait de mal à l'affaire. Mais non, bon diou, faut aller jusqu'au bout de la logique, que tout soit clair, bon sang... Les personnages n'ont ni historique, ni relief et aucune séquence ne vient leur donner une chance "dans la longueur" ; pour ne pas faire "ennuyeux", devine-t-on, Amalric découpe ainsi au maximum ses séquences - des plans très brefs - mais cela ne suffit pas non plus pour donner au film du rythme, du sang, de la foi, de la passion, du... bleu, que sais-je encore ?... Raplapla et sans saveur - même Amalric, acteur, ferme de plus en plus les yeux à mesure que le film avance, comme s'il ne voulait pas assister lui-même au massacre. Si menon m'était conté, euh non.  (Shang - 08/11/14)

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LIVRE : L'Homme traqué de Francis Carco -1922

9782226186645-jJe ne connaissais pas le Francis Carco sous cet angle policier (je l’eus parcouru en long et en large il y a bien longtemps pour ses descriptions de la vie à Montmartre dans les années 20) et cette œuvre est une bien jolie découverte. Il s’agit d’une intrigue « à la Simenon » (le type est incontournable alors ne le contournons point) : un simple boulanger commet un meurtre pour une poignée de francs. Il pense qu’une prostituée du coin a des soupçons sur lui et il se met à la colle avec elle… Est-ce qu’il l’aime ? Non. Est-ce qu’elle l’aime ? Encore moins… So why ? Est-ce une façon, pour lui, de tenter de vaincre une certaine lassitude, de se rassurer (mieux vaut l’avoir comme amie que comme ennemie), de « rentrer dans le rang » ? Est-ce une fascination, pour elle, exercée par ce criminel, un individu peu ragoutant a priori, une façon de se rassurer, de « rentrer dans le rang » ? Un étrange pacte les unit, au-delà du bien (l’amour ne risque point de poindre), au-delà du mal (même s’il passe à confesse, elle sera la dernière à le dénoncer). Il y a chez Carco une indéniable connaissance des bas-fonds, du côté popu du monde (sans jugement aucun) et  un sens aigu des dialogues : ils sentent la sueur , ils transpirent de véracité (je ne peux pas dire mieux). On découvre avec un réel plaisir cet étrange « combat amoureux » (ni avec toi, ni sans toi) où chacun tente de reprendre sa liberté, ou aucun ne parvient à se détacher de l’autre. L’on ne sait si cette prostituée sera capable de lui servir longtemps de radeau de la méduse , notre boulanger raskolnikovien risquant bel et bien de se faire bouffer par sa mauvaise conscience…  Carco nous plonge avec un réel talent dans les affres psychologiques de nos deux personnages qui, l’un l’autre, pour différentes raisons, crient au secours. Une belle découverte, disais-je, et l’on s’étonne que personne n’ait jamais pensé (Simenon aurait-il l’exclu des adaptations de polars en France?) à porter la chose à l’écran.

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07 novembre 2014

La Femme et les Favoris (Shukujo to hige) (1931) de Yasujiro Ozu

Egalement intitulé La Femme et la Barbe, le titre français ci-dessus ajoute à la confusion (subtil jeu de mot sur "favoris" se dit-on) mais qui finalement est peu en accord avec l'histoire. "Le barbu et ses favorites" serait finalement plus en adéquation avec la trame.

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Okajima est un pro dans l'art du combat traditionnel (Pierre Richard a dû s'inspirer fortement de la scène d'ouverture dans le Retour du Grand Blond, franchement hilarante - oui, bon pas sûr qu'il l'ait vu, ok) et porte fièrement sa grosse barbe style Capitaine Haddock. Il est invité chez un jeune aristocrate et croise en route une jeune fille délurée et occidentalisée qui attaque une chtite avec un couteau pour avoir de l'argent. L'Okajima est impérial et met en déroute en un tour de main et deux coups de bâtons la braqueuse et ses deux acolytes. La chtite remercie son sauveur et se répand en courbettes. Notre Okajima reprend sa marche sur ses socks qui feraient passer les talonnettes de Sarko pour des espadrilles et s'en va gaillard chez le jeune baron. Il y trouve une ribambelle de jeunes filles en fleur qui ne tardent point à battre froid ce type hirsute complètement démodé à leur goût de nippones friquées et modernes. Sur les conseils de la chtite, qu'il recroise alors qu'il cherche du taff, Okijama se rase finalement la barbe et ne tarde point à trouver un emploi dans un hôtel. L'aristo, l'occidentale délurée et la chtite (modeste, portant kimono mais ouverte à son époque) vont tour à tour courtiser notre Okajima un peu dépassé par la situation.

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L'aristo apparaît vite dans ses choix et ses revirements sentimentaux totalement superficielle, la braqueuse, elle, semble avoir perdu son âme et sa foi et seule la chtite, un mixte entre tradition et modernité, semble digne de confiance en faisant preuve de constance. Ozu signe un film qui évoque toutes les mutations de son époque avec toujours un don dans la description des sentiments (il faut voir la chtite toute pensive au départ d'Okajima, un pur moment de bonheur mélancolique) et dans le comique de certaines situations (de nombreux quiproquos comme la mère de la chtite qui prend Okajima pour un simple vendeur de journaux et l'envoie paître avant de se confondre en excuses - 45 courbettes - lorsqu'elle comprend sa méprise). Ozu fait preuve d'un don inouï pour capter toujours les petits détails (gros plans, en coupe, sur une main qui gratouille une chaise d'énervement, sur une mère qui pince les fesses de son fils qui a dépassé les bornes, sur les pieds peu soignés d'Okajima qu'il couvre de son chapeau comme pour cacher la gène de sa condition) et, usant avec une grande parcimonie des intertitres, montre tout ce qu'il a dire grâce à la finesse de sa direction d'acteurs et de sa mise en scène au taquet (le déplacement du cadre lorsque Okajima se saisit du bras de la braqueuse est au millimètre). Ozu, mon petit bonheur matinal, dont l'art du détail et de la suggestion n'en finira jamais de m'émerveiller.   (Shang - 22/04/08)


Tout à fait tout à fait, c'est superficiel comme tout mais absolument charmant. Pour ma part, je serais bien en peine de rajouter quoi que ce soit aux lignes énamourées de mon sensei Shang, tant on a tout de même affaire à un Ozu très mineur. Peu de ses thématiques du moment sont vraiment présentes (presque pas d'allusions à la société occidentale et américaine, tiens), le style est parfois un peu brouillon ; mais oui, il y a ces micro-détails vraiment extraordinaires, des gros plans qui, par leur simplicité, apporte énormément de sentiments aux scènes les plus banales. Et puis l'humour : cet acteur est vraiment fendard avec ses mimiques entre le guerrier farouche et la jeune fille gracile, et les courbettes se comptent par paquets de 12, c'est vraiment bien. Voilà, après, c'est un Ozu qui ne restera peut-être pas dans l'Histoire non plus...   (Gols - 07/11/14)

sommaire ozuesque : clique là avec ton doigt

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Magic in the Moonlight de Woody Allen - 2014

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Les voyages exotiques en Europe que se paye Woody depuis quelques films ne sont peut-être là, finalement, que pour cacher une profonde dépression. Jadis, le gars savait transformer son anxiété métaphysique en comédies pétillantes ; avec Magic in the Moonlight, on voit ce qu'il est advenu du système Woody aujourd'hui : malgré les ors des décors et la légèreté des trames, on voit poindre quelque chose de beaucoup plus grave qu'auparavant, une sorte de peur de la mort, de désabusement complet sur l'Humanité, beaucoup plus sérieux que dans les années 80/90.

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Tous les thèmes alleniens, sont là, bien en place : la passion pour le spectacle et la magie, le pouvoir de l'amour, le personnage masculin cynique qui revient de son cynisme, etc. On a même droit à un remake de la scène de l'orage de Manhattan, ici dans un "observatoire désaffecté" (mais dont toutes les lampes sont allumées, sans un brin de poussière et en parfait état de fonctionnement), signe peut-être d'un certain piétinement dans les inspirations quand il s'agit de rapprocher deux êtres amoureux. On est en terrain connu, donc, y compris dans cette vision carte postale du paysage, la Côte d'Azur ici : la mer est bleue comme dans un manga, la lumière est jaune et les filles sont belles, il ne manque plus que l'inscription "Gros poutous de Cassis" pour compléter le tableau. Que ce soit Rome, Barcelone, Paris ou les calanques du Sud, Woody ne se force pas, recopie les pages de Géo et s'en trouve très bien. Il s'est adjoint pour ce faire les services de Darius Khondji, dont le talent n'est plus à prouver ; pourtant, le compère rate complètement sa photo : lumière incohérente, filtres laids qui rendent l'herbe fluo, tout paraît vieillot et poussiéreux dans ce film pourtant hyper-propre sur lui. Comme en plus, Woody fabrique une de ses mises en scène les moins inspirées, avec ces mouvements de caméra mochissimes (les travellings arrière à partir de gens qui descendent de voiture, les piteuses tentatives d'inscrire les personnages dans le décor naturel), avec ce montage chaotique (où est passé le brillant talent pour filmer les dialogues en mouvement, dans Alice ou dans Manhattan Murder Mystery par exemple ?), avec ces champs/contre-champs plats, on se dit que le désastre n'est pas loin, et qu'on a là un des plus médiocres Woody Allen au niveau technique. Même la musique sent le réchauffé, ces éternels disques de jazz qui ont déjà servi 10 fois dans les films passés du maître.

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Heureusement, la chose est sauvée par ses acteurs, qui parviennent à donner de la chair à un scénario pourtant très gentillet. Excellent Colin Firth en star de la magie cynique et cartésien aux prises avec une mignonette Emma Stone (aux yeux gris fascinants) en vraie fausse medium ; et parfaite distribution également des seconds rôles, qui constituent une galerie de personnages amusants et énergiques à défaut d'être crédibles. Ils s'attaquent à un scénario très écrit (énormément de dialogues, très peu d'action), privé de ces bons mots qu'on attend (encore) chez Woody mais assez fin parfois. Il y est question de foi, de croyance à la magie de la vie, et finalement, par la bande, de métaphysique : peut-on encore croire à une part mystérieuse dans la vie ? tout n'est-il qu'un trucage ? Où chercher la magie ? Dans l'amour, nous répondra-t-on in extremis, on n'en attendait pas moins. Mais ce joli conte sentimental cache aussi un autoportrait désabusé : la confiance dans le cinéma, son pouvoir magique, sa faculté de faire rêver, sont un peu laminés sous les sarcasmes de ce personnage principal, un magicien revenu de tout comme Woody Allen peut être un cinéaste revenu de tout, qui ne croit pas à l'émerveillement de son métier, et qui pense que tout est affaire de mécanique. Quand il va découvrir son erreur, il traversera une période "mystique" avant de retomber lourdement sur ses pieds : il n'y a pas de magie, ni dans le spectacle ni dans l'amour (ni dans le cinéma, pourrait-on ajouter), tout n'est que non-sens et angoisse devant l'absence de Dieu. Le film dit ça sans le dire, en se cachant sous les costumes vintage et les jeunes filles en fleurs, ce qui n'est pas si mal. Qu'il le dise avec autant de masochisme et autant de baclage dans la forme est bien dommage pourtant. Un tout petit Woody sous anxyolitique, un peu génant au final.

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Tout sur Woody sans oser le demander : clique

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06 novembre 2014

Going Hollywood (1933) de Raoul Walsh

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Walsh nous la joue rafraichissante et pétillante avec cette joyeuse comédie musicale. L’histoire est éternelle - une aspirante comédienne (Marion Davies, plus blonde qu’une bière) tombe amoureuse d’une star (Bing Crosby, the young crooner à la bouche de travers) et prend la place (dans le cœur de et sur le plateau de tournage) d’une comédienne capricieuse (The Frenchy Fifi D’Orsay). Rah ça ne pète pas deux neurones à un canard, mais la pimpante Marion Davies tient son rang en ex prof de français qui rêve en écoutant des chansons douces et qui décide sur un coup de tête de se faire la malle : elle se jette au coup du Bing, bing il l’envoie paître, elle se met au service de Fifi, fi elle la congédie (avec une belle baffe, ma foi), elle cherche à se faire remarquer sur un plateau de tournage en jouant les figurantes en mini-short et en se moquant ouvertement de la Frenchy… rah, là, elle marque des points. Elle aura le rôle et réussira à pécho cet alcoolo de Bing.

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Si la voix plus chaude qu’un hammam de Bing vous tape sur les nerfs, ce n’est pas si grave en soi, il y a suffisamment de petites gâteries comédico-musicales dans cette œuvre légère pour vous tenir éveiller jusqu’au bout. D’abord, attention c’est le linguiste qui parle, c’est truffé de ptites piques in French (les échanges mordants entre Fifi et la Marion) : Bing roule des yeux comme des billes (on est dans un film hollywoodien, les amies, ouhouh) mais lui-même finira par tenter sa chance dans la langue de Houellebecq : « bonnejooouuur » lance-t-il avec un sens aigu des diphtongues. Bon, c’est drôle. Ensuite, il y a la Marion au jeu très moderne (je trouve… ou c’est moi qui suis vieux…) dans ses petites mimiques amoureuses très « natures ». Que ses yeux mélancolo se perdent dans les cieux des studios, qu’elle s’essaie à faire quelques pas de danse en jupe grunge au côté d’un épouvantail (!) ou quelques pas de claquettes en mini-short (non, ce n’est pas une obsession... et je ne vous parle pas de la mini-jupe bien avant l'âge de l'allumeuse Fifi-Cendrillon) ou qu’elle embrasse goulument son partenaire un peu pantois (picole décidément trop le Bing), la chtite Marion irradie. Walsh a comme toujours un sacré sens du rythme - les dialogues partent aussi drus que les claques de Fifi à la Marion (il y aura un retour de bâton qui vaut le détour) - et certains décors sont tellement too much qu’on s’en amuse volontiers (le champ de marguerites en plastique qui dansent !, l’alcôve dans une partie du décor final de Cendrillon où l’on place trois mille musiciens re- !). Y’a de la joie, pas forcément d’hirondelles, mais y’a de la joie sur ce tournage walshien. Allez, on se casse tous à Hollywood et on en parle plus.

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 Walsh et gros mythe,

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LIVRE : Le Roi disait que j'étais Diable de Clara Dupont-Monod - 2014

PHOea3d205e-285a-11e4-975e-a3dfdd16c4d0-300x480J’ai essayé de me mettre dans la peau d’une grand-mère férue d’Histoire. La greffe n’a pas pris. Il ne s’agit point ici de dégouter quelconque lecteur qui aimerait à se pencher sur la première partie de la vie d’Alienor d’Aquitaine (on sait qu’ils sont nombreux) mais simplement de dire en quelques mots que le truc n’a eu absolument aucun effet sur votre serviteur. Dupont-Monod écrit à l’économie - des phrases brèves, sèches, un peu moyenâgeuses diraient certains esprits mal intentionnés -, va d’un personnage l’autre (on passe des pensées d’Alienor à celle de son mari, le roi Louis VII - tout juste la moitié de Louis XIV), tentant de mettre à jour la « psychologie » de ces deux personnages historiques plus ou moins hauts-en-couleurs. On y croit guère, ou en tout cas pas longtemps, tant le caractère de ces individus est défini à gros traits : elle, fière et courageuse, lui, croyant et un peu neuneu. Voilà tout est dit et on sent dès le départ que ça risque de ne pas aller très fort entre eux. Elle le « pousse » à combattre, le roitelet se défend mais brûle bêtement une église françoise avec femmes et enfants… elle reste déterminée comme jamais, il reste le nez dans ses chaussettes. La seconde Croisade que le pauvre gazier met en branle tourne également à la débandade (attaquer Damas, non mais ça va pas !) ce qui ne va pas lui permettre de remonter dans l’estime de son épouse. Qui le quittera. Une page d’histoire, pas plus chiante ou inintéressante qu’une autre mais une page, ponctuée de poèmes troubadouriens oyé oyé, qui nous laisse franchement à la surface des choses - un contexte historique vite planté, une profondeur psychologique basique, une écriture guère exaltante. Ah parfois faut tenter d’autres horizons littéraires ma bonne dame… euh oui, mais il ne faut pas en abuser.

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05 novembre 2014

Les Maraudeurs attaquent (Merrill's Marauders) (1962) de Samuel Fuller

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On ne pourra jamais remettre en cause le fait que Fuller rime avec guerre. Il nous livre ici une nouvelle preuve qu’il excelle dans le genre en nous contant cette histoire de soldats qui voyagent jusqu’au bout de la jungle… Et pourtant, au départ, dois-je l’avouer, je fis un peu la fine bouche : des hommes entre eux, ayant noué pour certains des liens très forts (amitié, respect et robustesse entre le capitaine Merrill interprété par Jeff Chandler, vieux corbeau grisonnant au regard d’acier, et son jeune lieutenant (Ty Hardin), mister beau gosse au torse imberbe), des hommes, donc, qui se baladent dans la forêt birmane et font péter du japs ; ces derniers rivalisent en arrgggg (en jap) et en greuuu (en jap) chaque fois qu’ils se prennent une grenade ou une balle dans la tronche. Bien, un film de guerre, quoi, tourné « pratiquement » on location (Les Philippines remplacent au pied levé la Birmanie - ouah c’est pareil, hein, c’est l’Asie), avec des hommes qui font leur taff de brutes et qui sont filmés à l’énergie par Fuller (la caméra sur l’épaule comme d’autres sont mus par leur barda). Seulement voilà, les trente premières minutes ne sont qu’un simple apetizer avant que l’on se frotte au vif du sujet : il va s’agir de mettre en scène la marche en avant - jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’extermination - d’une troupe qui puise dans ses réserves physiques comme jamais (traversant marais, montagnes, affrontant typhus, paludisme…), qui doit livrer des combats plus sanglant qu’une artère de cheval tranchée en pleine course. Et je passe sur ces terribles instants de doute qui traversent le regard du lieutenant : ces insignes « arrachés au cou de jeunes cadavres étant autant de lettres déchirantes à écrire » (Arthur Rambo).

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Un voyage au bout de l’enfer, disais-je, pour ces jeunes recrues pugnaces. Fuller ne fait ni dans la balade touristique (marais qui sentent la fièvre, flans de collines abrupts où le moindre petit glissement de terrain emporte des hommes comme s’il s’agissait de vulgaires pantins), ni dans la promenade de santé : les hommes deviennent à moitié fous dans cette jongle étouffante et doivent faire un effort surhumain pour reprendre leurs esprits dès qu’ils se font canarder ; la tuerie dans la gare est un modèle du genre : Fuller utilise un décor de blocs en ciment qui a tout du labyrinthe et le carnage est ahurissant. Des piles et des piles d’hommes jonchent les venelles de cet endroit infernal, parfaitement conçu pour le massacre à grande échelle (s’il y a des facilités pour tirer sur sa proie en restant caché, il est impossible de savoir d’où l’ennemi peut surgir… bref, une parfaite boucherie aléatoire). Fuller, dans la foulée de ce carnage, tire une poignée de séquences qui font frémir (la beauté des rayons du soleil qui s’accrochent dans un arbre pendant que les cadavres sont évacués sur des civières - comme pour mieux souligner l’absurdité des hommes au sein de cette nature paisible ; ce face à face entre une vieille femme « birmane » au sourire qui flingue et ce soldat en pleurs qui s’effondre physiquement et psychologiquement…). On sent que le Fuller nous a pris dans ses rets et les dernières trente minutes s’annoncent exténuantes aussi bien pour ces hommes que pour le spectateur pris à témoin de cette folie.

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C’est une véritable armée de morts-vivants qui va devoir affronter, lors d’un combat final épique, des Japs remontés comme jamais avec leur Banzaïïï !!!! Fuller, pour une fois, a les moyens de ses ambitions aussi bien niveau du nombre de figurants qu’au niveau du budget pétard : ça pète dans tous les coins comme s’il s’agissait de fêter le nouvel an chinois et l’on finit par se demander si le champ de bataille ne va pas finir par se transformer en simple cimetière à ciel ouvert, sans plus aucun employé debout pour creuser des tombes. La troupe de Merrill se réduit en peau de chagrin, les derniers maraudeurs n’ont plus que la peau sur les os. Fuller tente sur le fil d’en faire des héros alors que les survivants n’ont plus rien d’humain (ni de divin d’ailleurs…). Un projet porté à bout de bras par un Fuller jusqu’au-boutiste qui nous livre une œuvre musclée et prenante. Loin d’être un détail dans sa glorieuse filmo.

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Fuller is full here

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Major Dundee (1965) de Sam Peckinpah

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Sam Peckinpah est quand même loin d’être une cochenille. Il nous trousse un bon vieux western, de ceux qui mitonnent avant de dégager toute leur saveur : une poursuite jusqu’aux confins du Mexique d’Apaches sanguinaires, un antagonisme terrible entre deux « frères » devenus ennemis sur fond de guerre de Sécession et en prime (de la chasse) une pincée de romance qui tourne au vinaigre (magnifique séquence à trois avec gros plans qui tuent et jeu de regards qui flinguent). Sam Peckinpah prend son temps pour installer ses hommes (Charlton Heston, le visage taillé à la serpe, jusqu’au-boutiste, Richard Harris, une pointe d’ironie en plus mais tout autant homme de parole, James Coburn, un bras en moins mais une volonté de fer…) et son décor aride, faisant doucement monter la sauce. Heston (lui, combattant dans l'armée nordiste tout en venant du sud) et Harris ("pur" combattant sudiste fait prisonnier par le précédent) sont associés le temps d’une chasse à l’Indien en territoire mexicain - les troupes françaises qui occupent la région rendent, of course, cet objectif encore moins évident…

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La très belle idée de Peckinpah, c’est de nous faire mijoter jusqu’au bout, retardant au maximum le règlement de compte entre les deux héros principaux. Liés dans l’adversité (contre les Apaches et les Français) mais toujours prêts à justifier le camp qu’ils ont choisi lors de la guerre de Sécession, ils semblent irréconciliables. Leur duel final ne peut finir que dans le sang, se dit-on… C’est oublier qu’ils appartiennent tous les deux à la même terre et le Sam nous livrera au passage une gentille petite leçon « d’américanisme » de base - une petite leçon qu’on accepte avec bienveillance tant nos deux protagonistes ont lutté, tout du long, pour ne rien lâcher par rapport à leur conviction. L’un d’eux, soulignons-le, n’acceptant la « défaite » que dans le sacrifice de sa propre vie. Heston, Harris, des hommes droits dans leurs bottes.

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Cette troupe qui part en quête d’Indiens est déjà un concentré de tensions en soi  : mêler des confédérés, des blacks et des nordistes en 1864, c’est déjà une situation potentiellement explosive. Mais l’on se doit de rester uni face à ces fourbes d’Indiens : ces derniers font preuve d’une extrême finesse (contrairement aux Français… on passe encore pour des blairs avec nos chapeaux et nos habits tricolores…) pour user leurs ennemis jusqu’à la trame. Heston a beau être déterminé comme un chacal, il sera à deux doigts de sombrer, de capituler : l’alcool, le Mexique, la femme (bien jolie Senta Berger), la flèche prise dans le gras de la cuisse, les femmes mexicaines, le découragement, l’usure… Seul, sa mission se serait normalement terminée gentiment dans un caniveau parfumé à la téquila ; c’est son meilleur ennemi qui le remettra dans le sens de la marche alors même que le Heston avait totalement perdu la boule, la boussole. Après un long passage mexicain où les hommes, tout comme l’action, s’alanguissent un poil, le final s’annonce violent, sanglant. Peckinpah, Heston, Harris mettent un ultime coup de collier pour achever à l’énergie ce western qui tient parfaitement son rang dans les plaines mexicaines.  Peut-être pas majeur mais en tout cas major (que beaucoup -  avé l’accent).

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LIVRE : Philosopher ou faire l'amour de Ruwen Ogien - 2014

9782246802273-X_0Entreprise de destruction du mythe de la part du philosophe Ruwen Ogien, qui se pique ici de mettre un terme à tous les clichés autour du sentiment amoureux. S'appuyant sur ces phrases toutes faites propagées par la culture populaire, et surtout par les chansons (ça va de Johnny à Fauve, de Barbara à Sexion d'assaut), il montre en quoi cette culture a propagé des idées normées sur l'amour, et s'emploie à démontrer par le raisonnement en quoi elles sont infondées : oui, l'amour peut être éphémère et s'appeler quand même amour ; oui, on peut faire l'amour sans sentiment et s'en trouver très bien ; oui, l'amour peut se partager sur plusieurs personnes ; non, on n'est pas obligé d'admirer quelqu'un pour l'aimer... etc. Le livre pourrait à la longue passer pour un destructeur de rêves, mais bien au contraire : Ogien pointe plutôt les brimades que ces a-priori sur l'amour ont pu construire, et prône une libération des corps et des coeurs enfin libérés de ces carcans édifiés par la morale bien-pensante. Dans sa conclusion, l'essai se fait d'ailleurs finement politique, montrant en quoi ces chanteurs populaires ont été finalement les garants d'un ordre judéo-chrétien bien normé, et ont annoncé les luttes récentes entre pro et anti-mariage pour tous. Edith Piaf en Christine Boutin de la rengaine à trémolos ? oui, monsieur.

Livre très intéressant et nécessaire en soi, qui va pousser les rêves de contes de fées dans les orties et ouvrir enfin le débat sur le sujet. Le souci, c'est que Ogien n'écrit pas bien, et passe une grande partie de son livre à enfoncer des portes ouvertes, à user d'un humour poussif, ou à aller chercher des paroles de chansons pas très parlantes. Triomphal, il exulte quand il met à bas quelques-uns de ces clichés sur l'amour, mais ceux-ci semblent tellement datés qu'ils n'avaient peut-être pas besoin d'une telle démonstration de force. Voilà longtemps que tout le monde sait bien que l'amour n'est pas éternel, par exemple, hein, je spolie pas, là, si ? Ogien, lui, le démontre point par point et semble très heureux d'avoir découvert un truc. Bon. Ca fait qu'après plusieurs chapitres, on se dit que l'essai est finalement un brin inutile, et que tout ce que le gars a voulu éviter (définir l'amour, faire un pamphlet politique) aurait peut-être été plus intéressant que cette suite de démonstrations un peu naïves. D'autant que la réflexion est parfois assez floue, mal tenue, s'appuyant sur des bases faibles. Ogien essaye d'écrire simple, clarifie bien les choses quand il parle des concepts de Kant par exemple, use de phrases nettes et de paragraphes courts ; mais on a l'impression, du coup, de rester en surface, de ne jamais aller dans des profondeurs inattendues. Un peu comme si on ne lisait ce livre que pour se confirmer ce qu'on savait déjà, quoi, et c'est frustrant. Beau projet, intéressant par endroits, mais résultat inégal.

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04 novembre 2014

The Human Centipede II (Full sequence) de Tom Six - 2011

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Le premier opus était con comme ses pieds (et comme ça parle de mille-pattes, ça veut tout dire) ; on ne misait donc pas grand chose sur la suite, s'attendant à voir réssuciter les docteurs nazis ou s'arracher du cul de son collègue l'héroïne du 1. Que nenni : ce deuxième numéro est mille fois meilleur que le premier, et on commence un peu à voir quelle est l'ambition de Tom Six : aller de plus en plus loin dans le cracra et le gore, ce qui fait qu'on attend le numéro 16 avec impatience. Parce que ce tome 2 va déjà assez loin dans le rebutant, il faut le reconnaître. Foin du mini-mille-pattes de jadis, constitué de trois jeunes gens attachés inconfortablement l'un à l'autre par la bouche et le cul : cette fois, notre gars branche une bonne douzaine de gaillards les uns aux autres, dans une surenchère assez marrante. Dès le départ, avec ce noir et blanc crasseux, ce personnage de débile mental d'une laideur absolue, ce changement complet d'atmosphère par rapport au 1, on est surpris et balancé dans une dimension nettement plus trouble et sulfureuse.

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Le héros du film est un gardien de parking obsédé par The Human Centipede 1, qu'il regarde en boucle sur son ordinateur. Peu à peu, cette obsession s'écarte aux écrans de surveillance qu'il contemple en même temps, et il n'est plus guidé que par un rêve : faire pareil que le film. Dès lors, il va assommer, puis souder aléatoirement ses victimes entre elles, pour constituer un énorme mille-pattes humain. Sa différence avec le héros de son film préféré, c'est que lui est amateur : en lieu et place des anesthésies générales et des jolies coutures, le gars pratique le "in vivo", le tronçonnage sans hygiène et l'agrapheuse rouillée. C'est cela qui est le plus horrible : le gars ne sait pas faire, il voudrait bien être le médecin nazi qu'il admire, mais il n'est qu'un petit gardien de parking.

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Ce qui m'amène à ce qui m'a le plus touché dans ce film : on peut le voir comme une déclaration d'amour à la cinéphilie. Le gars est un compulsif de son film préféré, il en constitue des cahiers de fan, et il rêve que la vie soit aussi "belle" que le cinéma. Mais quand il tente de reproduire en réel le monde fantasmé qu'il adule, il se heurte au trivial, au mal fait, à l'amateurisme. Une des grandes idées : parmi ses victimes se trouve justement l'actrice principale du numéro 1, qu'il piège pour l'insérer dans son mille-pattes (il en fait la tête d'ailleurs, ce qui prouve sa supériorité intellectuelle sur son mentor allemand) ; celle-ci s'avère être une dindasse avide de gloire, où lui aurait aimé avoir une icône de ses fantasmes. C'est presque beau de voir ainsi, tout au long du film, notre gars se heurter avec la fadeur finale de son projet, de le voir affronter une mère qui ne comprend pas sa passion (il lui en coûtera, autant vous le dire), s'énerver sur des opérations chirurgicales qui font mourir en trois secondes ses victimes, tomber dans des excès qui le perdent complètement dans son rêve de grandeur ; avec pour finir, ce désastre, le gars qui tue toutes ses victimes en quelques secondes, comme un constat d'échec complet. La mise en abîme est donc particulièrement bien utilisée : The Human centipede II, mais oui, messieurs-dames, est une déclaration d'amour au cinéma, et un constat presque truffaldien : la vie ne sera jamais à la hauteur des films. Que son oeuvre fétiche soit un film gore n'y change rien : voilà une idée intéressante et qu'on n'attendait pas de la part du réalisateur du mauvais premier numéro.

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Même au niveau de la mise en scène, c'est pas mal. Six ne sait pas s'arrêter, ça c'est dommage : le viol au barbelé (oui, carrément) est un peu inutile, de même que ces dernières images douteuses de corps nus rangés en tas dans un coin, en noir et blanc, images qui évoquent immédiatement celles des camps d'extermination vues chez Resnais par exemple. Mais souvent, son imagination et la frontalité de ses idées fonctionnent : c'est parfaitement immonde, très effrayant ; ça pourrait même virer au malsain pur à la longue, si le film ne développait pas aussi un humour certain, macabre et noir certes, mais un humour quand même, et s'il n'y avait également un côté jouissif à constater que ce sont les personnages les plus abjects qui finissent en charpie, et que notre héros pourrait même avoir un aspect justicier. Six filme frontalement, ne reculant pas devant les trucs vraiment cracra, et comme on était venu chercher ça, on est plutôt content du résultat. Le fait est : voilà un machin vraiment personnel et pas si con.

Posté par Shangols à 16:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



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