05 décembre 2014

Anvil (The Story of Anvil) de Sacha Gervasi - 2008

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Grandeur et misère des groupes de rock bourrins... Si vous ne connaissez pas Anvil, groupe de heavy metal canadien des années 80, c'est que vous débarquez de Mars. La preuve : tous les metalleux vantent l'avant-gardisme d'Anvil dans la première séquence de ce film, de Bon Jovi au gars de Metallica, et on se dit qu'on va se taper un film sur une légende de la musique à poignées de force et à cheveux gras. Mais en fait, si vous ne connaissez pas Anvil, c'est normal : les gars n'ont connu qu'une gloire plus qu'éphémère, ramassée en quelque sorte sur un seul concert, qu'on voit au début du film. Après, ben nada, ils sont retournés à l'anonymat, aux plans pourris et aux petits boulots. On retrouve aujourd'hui nos compères, toujours aussi chevelus, la cinquantaine passée, pratiquant de sordides jobs alimentaires au fin fond de leur province canadienne, et c'est assez pathétique.

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Comme seront pathétiques les aventures présentes de nos musicos, lors d'une tournée "mondiale" rocambolesque, se terminant la plupart du temps dans de sordides caves roumaines sans public, par des engueulades ou des larmes. Le groupe égrenne avec nostalgie la quinzaine d'albums qu'ils ont enregistrés, déplorant à chaque fois le peu de succès obtenu, pendant que leurs épouses, qu'on sent à deux doigts de craquer, sous-entendent qu'il serait peut-être plus heureux de ramener du fric à la maison plutôt qu'un nouveau disque à tête de mort à la con. Ambiances tendue entre hilarité et sordide, Gervasi dosant avec finesse les parties humoristiques (en général dûes au ringardisme total de ces gros nounours innoffensifs) et les parties plus émouvantes. Certes, la mise en scène est américanissime, on sent que certaines scènes sont rejouées après répétition, le montage est rapide et assez facile, mais on parvient parfois à une vraie justesse de ton, qui rappelle à la fois Spinal Tap (avec même un plan furtif sur un potard monté au cran 11, pour les connaisseurs) et un docu en immersion à l'anglaise.

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Pourtant, Anvil n'est pas un film moqueur ou supérieur de plus sur la cible facile que constitue la musique hard-rock. Parce que les gars, même avec leurs kilos en plus, même au sein des plans les plus nazes qui soient, ont gardé une foi en eux et en la musique qui fait plaisir à voir. Et peu à peu, le film se transforme en portrait assez admiratif de ces vieux ados toujours prêts à s'enthousiasmer dès qu'une éclaircie peut se profiler dans leur univers terne, dès que la musique envoie un peu. Une absence de renoncement, un courage, finalement, qui les tient debout. C'est très beau, par exemple, de les voir quasiment pleurer en évoquant leur amitié indéfectible (malgré les coups de gueule), leur passé de "star", les grands moments passés à côtoyer les grandes vedettes du genre (qu'ils pistent minablement aujourd'hui à la sortie des concerts pour gagner un peu de leur aura). Anvil est un film sur la fidélité, à ses potes, à soi-même, à la voie qu'on s'est choisie, à ses rêves de gosse ; un film désanchanté, puisque le seul résultat qu'on voit à l'écran, c'est que ces rêves viennent se briser contre les obstacles (producteurs douteux, manageuse plus qu'amateure, musique pourrie, concerts sous-payés, tournée chaotique, etc.), mais un film qui garde quand même beaucoup de sa confiance en la beauté des choses. C'est surtout un film sur l'amitié, qui mine de rien, sous ses dehors de grosse farce, fait chaud au coeur.

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El Perdido (The last Sunset) (1961) de Robert Aldrich

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Robert Aldrich nous amène à la frontière entre le Mexique et les States, à la frontière entre le Bien et le Mal, à la frontière entre l’amour et l’inceste (rien de moins que cela…). C’est un western, sur le principe, comme on les aime, un bon vieux road movie avec troupeaux de bêtes qui soulèvent de la poussière, histoire initiatique et voie rédemptrice (ou pas)… Au départ, on ne peut pas dire que Dorothy Malone manque d’attention : il y a son mari, alcoolo aux yeux vitreux (l’excellent Joseph Cotten), il y a un ex, violent et alcoolo par le passé, qui tente de montrer dorénavant patte blanche (Kirk Douglas et sa fossette) et il y a un ptit jeune, droit dans ses bottes (Rock Hudson et sa ptite gueule d’amour). Tout ce petit monde se retrouve donc sur la route, devant ramener environ mille têtes de bétail au Texas. On peut rajouter là-dedans deux ingrédients supplémentaires : le fait que le shérif Rock veut ramener le gars Kirk aux States pour le pendre (Kirk aurait tué un gars en ne respectant guère les règles…  Kirk se marre, menton au vent) et que la gâte Dorothy soit accompagnée de sa fille, d’une jeune fille, pardon d’une jeune dame de 16 ans, la pure Carol Lynley .  Long is the road…

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Entre Rock et Kirk, l’ambiance reste courtoise avec ici ou là, forcément, quelques étincelles : les deux hommes tournent autour de Dorothy, ça s’observe, se jauge et se frictionne à l’occasion. Mais rien de bien méchant, on sait parfaitement que le règlement compte ultime aura lieu entre eux au last sunset du titre original (le titre « français » est quant à lui juste comique). Pour patienter avant ce duel au soleil déclinant, il y aura l’éveil de notre jeune fille (elle a droit à une petite leçon pour sauver un jeune veau qui a perdu sa mère… et se retrouve ainsi, malgré elle, dans la peau d’une mère ;  on assistera plus tard à la véritable éclosion physique de notre jeune pousse qui se transforme en jolie fleur jaune, à l’exemple de sa mère…). On aura droit également, bien sûr, à notre lot d’actions, avec des tempêtes de sable multiples, des sables mouvants, des indiens à l’affût et un trio de malfrats menés par l’incontournable Jack Elam (avec son œil qui dit merde et va-te-faire foutre à l’autre).  L’art d’Aldrich et du scénar de Dalton Trumbo, c’est que l’on ne sait jamais trop ce qui va se passer, ni comment les relations vont évoluer (surtout entre Hudson, Malone et Douglas)… Pour preuve ce trio qui se transforme soudainement en quatuor et cette nouvelle terrible, ce coup de théâtre, qui tombe sur la tête de Kirk…

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Jusque-là,  Aldrich était quand même sur du velours (une rivalité entre homme, une femme qui fait les yeux doux à l’un puis à l’autre…) Soudainement le film change de ton et l’on se demande où tout cela va nous mener : Kirk va se fendre, suite à cette nouvelle qui en aurait ébranlé plus d’un, d’un discours paternaliste relativement convenu - on se dit, mouais, pourquoi pas… Mais on va surtout se rendre compte (au-delà de cette information difficilement vérifiable) que le diable qui fut en Kirk est loin d’être totalement assagi… Et ça, le Kirk, quand il en prend conscience, il sait parfaitement comment résoudre le problème. C’est tout le tragique de la chose et c’est plutôt bien amené. La rédemption est-elle possible quand on est un homme ? Pas sûr… Un western noir, on reconnaît bien là le Bob.  

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Go west here

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04 décembre 2014

Interstellar de Christopher Nolan - 2014

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Quand on possède l'estime de soi que possède Christopher Nolan, pourquoi se contenter de faire un petit film de SF peinard et modeste ? Non, notre compère, qui a déjà pondu de pompeux Batman et de pompiers films de magie, prend comme références ni plus ni moins que John Ford et Stanley Kubrick, et enrobe avec une solennité pompante de la philospjie new-age façon Paolo Coelho avec les dollars, la grosse musique qui tue, les effets spéciaux de sa mère, et la surcharge pondérale. Quand les 2h50 se terminent, on n'a plus faim pour au moins 3 semaines, et je me demande si c'est vraiment une qualité.

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Tout commence plutôt bien, pourtant, avec ces quelques scènes tout en dignité au sein d'une entreprise agricole à l'ancienne : McConaughey est un cow-boy, un vrai, un qui a une salopette et pue sous les bras, et le film réussit assez bien, grâce à son acteur, à trouver une certaine grandeur : on le suit en souriant devant ses excès de comédien à travers les très beaux paysages de campagne, pris dans la très jolie photo de Van Hoytema, et on se dit qu'au lieu de faire se battre ensemble des pixels devant des écrans verts, c'est peut-être vers ce cinéma-là que Nolan devrait tendre : un ciné classique, un ciné des origines, patriotique et humain, bref un ciné comme a su le faire son maître du moment, John Ford. Car il y a quelque chose de fordien dans les rapports du héros avec ses enfants (sa fille d'abord, personnage central, mais aussi son fils, plus en retrait, dont la présence deviendra presque diabolique quand il aura grandi (Casey Affleck s'en chargera)), dans cette façon aussi de privilégier les cadres très larges pour montrer la puissance des paysages ruraux et la petitesse des humains placés en iceux. Pour l'instant, à la demi-heure de jeu, on se frotte les mains.

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Et puis, patatras, la loi de la gravité est là, inexorable : sûrement agacé par la simplicité de son film, qu'il doit considérer comme une faiblesse, Nolan se tourne vers ce qu'il fait de pire, le scénario sur-sérieux, philosophico-niais, mis en scène sans nuance dans un spectacle pyrotechnique fatigant. Le cow-boy est envoyé dans l'espace, mais c'est moins drôle que chez Eastwood : il est chargé de sauver la race humaine, ben oui, en trouvant une planète à coloniser de l'autre côté d'un trou noir à la con, bon. Il est surtout question de se retrouver soi-même, vous me suivez ? Nolan tente donc le coup du "film spectaculaire mais qui en fait renvoie à une résolution intime", qui a donné de splendides choses, chez De Palma, chez Cameron, chez Cuaròn, et chez Kubrick, donc, modèle visé. Sans balancer la fin, disons que tout ça, cette traversée épique de millions d'années-lumière et de 40000 aventures va trouver son aboutissement dans l'amour d'un homme pour sa fille ; ça pourrait être remarquable, si ça n'était aussi lourdement amené. Complètement dépourvu de finesse, le film assène son discours baba-cool au marteau-piqueur, gâchant sa fin dans des sur-explications scientifico-mystiques parfaitement ineptes.

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Assez laid, voire même curieusement cheap malgré l'ampleur des moyens (la traversée du trou noir, les scènes finales), Interstellar se montre totalement creux dans ses moments calmes, ceux bien sûr les plus difficiles à réussir dans un film d'action : on est bombardé d'explications techniques (plutôt claires, je le reconnais), on est complètement au point sur la théorie de la relativité et la physique quantique, mais l'absence d'imagination fait apercevoir tous les défauts : à commencer par McConaughey, très mauvais pour une fois, dont on a l'impression qu'il joue tout pareil depuis 5 ou 6 films. Chaque mot est souligné par 40 expressions faciales, sa sur-virilisation est plus ridicule qu'efficace, il est complètement à côté de son personnage. Autour de lui, les autres rôles sont sacrifiés (pauvres Damon et Caine), les dialogues sont pénibles et longuissimes, on s'ennuie. Seule chose notable : le "son" de l'espace est super bien rendu, oui. Heureusement, les scènes d'action sont assez fun pour apporter un peu de consolation, et on se dit que si le film n'était pas si fier de lui-même et ne se prenait pas tant au sérieux, si Nolan abandonnait son discours écolo à la con, on aurait même pu avoir droit à un sympa machin de samedi soir. Tel quel, un pensum.

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03 décembre 2014

Nick, gentleman Détective (After the Thin Man) (1936) de W.S. Van Dyke

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C’est un plaisir de retrouver nos deux héros quelques années plus tard pour une nouvelle enquête... Dashiell Hammett est toujours au scénar, Van Dyke à la réalisation, Stewart en special guest mais comment dire… Il n’y a plus la magie de l’original, sa folie, sa finesse, son humour. On retrouve pourtant la plupart des ingrédients de la première mouture : au niveau des personnages tout d’abord - un détective, William Powell, plus flegmatique qu’une huître (Alors même qu’il se retrouve dans une pièce remplie de malfrats, l’électricité est coupée, des coups de feu partent, des bastons fusent et notre type en profite pour passer in the dark un coup de fil et se plaindre des nuisances sonores), une jeune madame Charles - just married - , Myrna Loy, toujours aussi spirituelle et rigolote avec ses ptites mimiques malicieuses, un gros bébé de Stewart qui semble toujours sorti de ses couches (par exemple, quand il se fait menaçant, il n’est pas à son top, le James…), ou encore un chien toujours aussi bien dressé et malicieux - et jaloux du chien voisin ; au niveau du scénar ensuite - Hammett applique la même recette : tout le monde est potentiellement coupable du meurtre de cet homme - et des cadavres qui suivent ; Powell / Poirot, dans le dernier quart d’heure, réunit tout le monde, agite le tout et nous sort le coupable de son chapeau ; au niveau de l’ambiance enfin - on passe de la comédie romantique (Powell et Loy  dans le train - beaucoup aimé, plus tard, ce couillon de  William qui le soir suivant, chez lui, harassé, continue de faire les mêmes gestes que dans le wagon ; son « do not disturb » autour du cou fait aussi son petit effet), à des ambiances mortifères (tous les vieux dans la famille de Myrna) en passant par des atmosphères propres au polar (des malfrats qui combinent en coulisse, des énigmes (mais que font ces bouts de tuyau dans l’appart, ce cadavre dans cette malle ?), des policiers qui font du zèle et musclent leur interrogatoire). Les mêmes ingrédients, donc, mais un résultat qui manque de sel.

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Le film met un temps infini avant d’attaquer l’intrigue - une bonne vingtaine de minutes bien tassées -, chaque séquence étant terriblement tirée en longueur (dans le wagon, chez les vieux, la soirée du 31…) : on a l’impression que Van Dyke est sûr de sa recette et qu’il veut garder chaque plan qu’il tourne. Il a tort car l’ensemble manque de rythme et l’on a tôt fait de se désintéresser de cette intrigue que l’on complique à mort ; du coup, on attend impatiemment le dénouement, non pas parce que l’on est pressé de connaître le coupable mais parce que l’on a hâte que cela se termine. C’est un peu dur mais avouons que la poignée de gags et de répliques finaudes que contient la chose ne suffisent pas à nous tenir en haleine. Des retrouvailles sympathiques mais qui tombent un peu trop rapidement à plat.

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02 décembre 2014

La grande Parade (The big Parade) (1925) de King Vidor

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Ouh là, les amis, on est dans l'artillerie lourde, l'artillerie fine, bref ne coupons pas les cheveux des poilus en quatre, dans le chef-d’œuvre, mot point galvaudé sur ce site. Vidor nous charme tout d’abord gentiment lors d'une première partie à la fois croquignolette et burlesque. Un soldat ricain (John Gilbert, foudroyant) s'engage sur un coup de tête (ah le patriotisme, ah ces copains qui l'encouragent, ah cette famille à laquelle il a encore tout à prouver...) et se retrouve dans un gentillet petit village français, laissant loin derrière lui son amie d'enfance, sa fiancée... Il ne tardera guère à croiser le chemin d'une chtite(-mi) française coiffée comme un caniche mais avec du chien (la coquinette Andrée Adorée, tout le Pas-de-Calais dans une assiette). Ca flirte au bord de l'eau, ça se chatouille, ça ricane, ça s'embrasse comme on mord dans du bon pain... Une première partie toute en légèreté d'autant que le gars Vidor n'est pas un manche au niveau gaguesque ; John est entouré de deux comparses (un type bourru tout d'un bloc, un grand échalas qui chique comme il respire) et ce trio est au centre de moult scènes qui fleurent bon la comédie : le partage d'un gâteau au plâtre made in USA, la confection d'une douche à l'aide d'un tonneau (John se diogénisant comiquement), les bastons qui impliquent tout le village… On est autant amusé par ces saynètes comiques "chaplinesques", que titillé par ces séquences romantiques "renoirantes". Comme même les cartons en franglais prêtent à rire, on passe une première heure très agréable. Et puis c'est le tournant du match...

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John reçoit une lettre de sa petite fiancée ricaine, une photo, et son sourire se fige. Le John, jusque-là tout à ses galipettes, à ses chiquenaudes, à ses baisers volés, semble revenir sur terre, son visage se ferme, son air devient sombre... C'est la première alerte, sentimentale, qui sera suivie d'une seconde, fatale : l'heure est venue de se battre, de se rendre au front. Vidor nous trousse une scène absolument déchirante (une des plus grandes scènes de séparation au monde qui plane, disons-le, aussi haut que celle des Parapluies de Cherbourg). Les soldats s'agitent dans tous les sens, la pauvre Renée cherche du regard son John, le John cherche du regard sa Renée mais, dans la bousculade, autant chercher une aiguille dans une botte de foin... Vidor joue sur nos nerfs - c'est fini, ils ne se reverront plus jamais, ils ne pourront jamais faire la paix (...) après leur première petite dispute et l'on se sent aussi impuissant que ces deux jeunes amants pris dans la tourmente... Mais non, ça y est, ils se voient, se rejoignent et... c'est pire... John est chargé dans un camion, Renée s'accroche à sa jambe, au camion, à la chaîne du camion, elle court à 40 km / heure, ne lâchera rien, puis tombe dans la poussière, reste seule comme un œuf au milieu de la basse-cour... Le montage, le rythme de la séquence laissent à bout de souffle... On aura à peine le temps de le reprendre, les soldats ont déjà fixé la baïonnette à leur fusil, ils entrent dans un bois pour dénicher du Boche.

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Vidor, disons-le calmement et platement, réalise l'une des plus grandes scènes de guerre (sans sang qui gicle, juste des êtres qui tombent muettement, c'est pire... Tarantino, Spielberg, relisez votre grammaire...) de tout le cinéma mondial à travers les âges (au bas mot). Les hommes avancent en ligne et ils ne font pas deux pas sans que, parmi eux, une, deux, trois, quatre personnes s'écroulent. Mais ils continuent de progresser, inconscients. Notre trio que l'on guette du coin de l'œil est, miraculeusement, encore debout et, même lorsqu'ils croisent des Allemands mains en l'air, se rendant après les avoir salement canardés, ils continuent leur chemin. Ils n'ont pas un regard pour leurs ennemis, leur mission est de les débusquer, tous, pas de temps à perdre avec des marionnettes (la scène est filmée avec un subtil travelling arrière, l'effet est prodigieux). Les bombes éclatent dans tous les sens, c'est le début du carnage à grande échelle mais on n’est pas encore au bout de nos peines. Vidor va réussir pour la douzième fois à nous cueillir avec une scène d'agonie qui prend aux tripes. Fini de rire, fini de s'amuser des petits ridicules de ce grand échalas chiquant, le retour sur terre, dans la boue, est terriblement violent pour le spectateur qui grimace de douleur... Vidor donne tout son sens à la gentille expression "passer du rire aux larmes"... Mais, le bougre, n'a pas fini de nous torturer les entrailles, son final étant aussi fabuleux que celui des meilleurs Borzage, littéralement sciant. Les bras, les jambes nous en tombent, empathiquement, le King nous a encore mis à genoux.

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Alors oui, on pourrait s'arrêter à la construction d'un plan, d'une séquence, à l'analyse subtile quant à l'utilisation des gros plans, des plans larges, c'est vrai. Mais ce serait se priver de ce grand mouvement qui nous emporte plus de deux heures durant, qui nous laisse confortablement nous installer dans notre fauteuil avant d'en scier la base. Vidor maîtrise à merveille l'utilisation de toute la palette des émotions et nous livre une œuvre totale, pleine, un grand spectacle qui nous chamboule le ciboulot, le cœur... Une œuvre géniale qui ranime notre foi éternelle en le cinématographe. Une merveille.

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01 décembre 2014

Par la Porte d'or (Hold back the Dawn) (1941) de Mitchell Leisen

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Un film avec Olivia de Havilland, Paulette Goddard et une apparition de Veronika Lake (non starifiée yet) ne peut pas être foncièrement mauvais. Au centre de l’attention des deux premières actrices citées, on retrouve the French lover de base, Sir Charles Boyer. Notre ami Charles endosse le rôle d’un parfait salaud : en France c’est la guerre et il cherche à se barrer aux Etats-Unis ; comme il fut impliqué dans un scandale avec une Ricaine (notre gars est un gros tombeur), il cherche à rentrer aux States par la petite porte. Il se rend donc d’abord au Mexique mais apprend qu’il doit patienter huit ans avant d’avoir le sésame. Un seul raccourci est possible : mettre le grappin sur une Ricaine ; il jettera son dévolu sur la gentille Olivia, naïve maîtresse d’école. Un mariage à la sauvette - le Charles sait y faire - et seulement quatre semaines d’attente avant de voir les portes s’ouvrir. Olivia retourne aux Etats-Unis et laisse le temps au Charles…  pour roucouler avec Paulette, la danseuse qui l’accompagnait naguère sur scène (elle s’est elle-même mariée avec un Américain par le passé pour franchir la frontière). Le plan est crapuleux (pauvre Olivia, toute transie d’amour et roulée dans la farine) mais le Charles n’est pas non plus à l’abri d’une surprise : non seulement les hommes de l’émigration veillent… ainsi que Cupidon.

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Olivia avec son regard tout humide tirerait des larmes à un cocker, la pimpante et croustillante Paulette (mmmmh) vous ferait réfléchir à la solidité de votre mariage et le Charles a un timbre de voix tellement sucré qu’il serait capable de prendre dans ses filets toute une ruche féminine. Un trio classique avec la tentatrice au sourire carnassier, la jeune fille rangée aveuglée par l’amour et un séducteur sans foi ni loi. Seulement, seulement, le Charles n’est pas à l’abri d’une petite fissure dans son cœur… Lorsqu’il voit son Olivia sortir de l’eau comme une nymphette toute fraîche ou lorsqu’il observe la dévotion dans le regard de sa mie alors même qu’elle se recueille dans une petite église mexicaine (jolie petite parenthèse au sein du film, the romantic moment), notre gars a du mal à rester de marbre. Le Charles s’humanise au contact de cette jeune femme dévouée ; il finit ainsi par prétexter une luxation à l’épaule pour ne pas « coucher » avec celle qui est dorénavant sa femme - sachant qu’il devra normalement la lourder dans la foulée : superbe plan que celui où l’Olivia apparaît couchée dans le rétro (il doivent dormir dans leur voiture dans ce fameux petit village mexicain -  ah oui, il y a aussi le fameux coup des olives… c’est traître une olive quand on y songe mais passons…) : Charles jette un coup d’œil furtif dans ce miroir tentateur - la belle est alanguie, les cheveux défaits - mais l’on devine qu’il s’y voit surtout comme un bel enfoiré : il ne cède point, du coup, à la tentation - c’est tout à son honneur et le début de sa rédemption…

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Leisen a du mal à faire souffler un vrai vent de folie au sein de sa « comédie dramatique amoureuse ». Les personnages sont bien dessinés, chacun dans sa case mais l’on sent que la chaleur du Mexique et la nonchalance du Charles engluent un poil le rythme de l’ensemble. Heureusement, il y a quelques beaux moments (l’escapade du couple au fin fond du Mexique) et une confrontation qui donne tout son sel (la téquila n’est jamais loin) à la chose : Olivia et Paulette finissent par se rencontrer et les deux vont se livrer à une petite discussion des plus chafouines. Seulement Paulette fait un peu trop la maline et risque de tomber la première dans la ravine… Face à elle l’Olivia fait courageusement front et montre que le pigeon de l’histoire vole loin au-dessus de ces deux piètres opportunistes. Une jolie petite morale et un film capable de faire passer quelques (trop rares) frissons. Le trio vaut tout de même à lui seul le détour (mexicain)…

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LIVRE : David Lynch de Thierry Jousse - 2007

davidSolide petit livre pédagogique pour faire son entrée en lyncherie, cet essai de l'éminent Thierry Jousse se lit avec grand plaisir ; non seulement si vous ne connaissez pas encore l'univers de Lynch, ce qui fait de vous le plus chanceux des lecteurs (car il vous reste tout à voir), mais aussi si vous avez vu tous ses films : le livre permet de remettre les pendules à zéro, de réactiver les envies de revoir les chefs-d'oeuvre du gars, et de refaire une balade le long de sa filmographie, accompagné de photos subtilement choisies et de mots simples et directs. Si vous cherchez une étude approfondie des thèmes et des motifs du maître, passez votre chemin : Jousse ne cache pas sa volonté d'introduction simple à l'oeuvre, ne revendiquant aucune réflexion approfondie. Certes, le livre est du coup assez léger, mais cette superficialité n'exclut pas une vraie prise de position dans les goûts et les couleurs : Jousse sait mettre des mots nets sur les choses, par exemple sur ce qui fait la spécificité du jeu des acteurs dans Twin Peaks ("léger sur-régime", on ne saurait mieux dire), sur ce qui ne fonctionne pas dans Sailor et Lula ou sur l'étrangeté qui émane de Inland Empire. Faussement objectif et factuel, Jousse expose ses opinions en toute transparence, traversant l'oeuvre complexe de Lynch peut-être un peu trop rapidement (les courts-métrages ne sont presque pas abordés, par exemple) mais avec un vrai amour. Il y a de vraies lectures personnelles des films, esquissées en quelques phrases mais qui ouvrent des horizons bien intéressants (notamment sur les sous-estimés Elephant Man et Dune (ce dernier film, je le dis en passant au Shang qui devrait en avoir une syncope, voit sa musique de Toto affublée de l'adjectif "calamiteuse")). Bref, une approche apéritive fine et futée, à défaut d'être une vraie somme critique, c'est tout à fait recommandable, ne serait-ce que pour avoir à portée de main un cahier de notes pour rappeler l'importance de Lynch.

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La Foule (The Crowd) (1928) de King Vidor

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Vidor nous conte la vie d’un homme ordinaire : sa naissance, la mort précoce de son père, son arrivée à New York, son premier poste comme ptit comptable, la rencontre de la femme de sa vie, leur lune de miel, les premières disputes, la classique petite tentation de tromperie (...), la naissance d’un enfant, les vacances harassantes, un nouveau drame, la chute…  Le rêve américain selon Vidor (New York, « ville des opportunités »… encore faut-parvenir à s’extraire de la foule, encore faut-il ne pas se faire écraser par elle) est d’une banalité désarmante,   tourne court. Si l’on est amusé, pour ne pas dire touché par cette longue séquence dans le train (les deux jeunes mariés en route vers leur lune de miel aux chutes du Niagara : moins original comme destination, y’avait pas) où l’on découvre nos deux jeunes gens tout patauds se préparant à passer leur première nuit ensemble (le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’est pas dans l’érotisme sulfureux…), on se prend rapidement un revers dans la tronche avec les premières engueulades du couples - après les chutes, la chute. Le joli baiser échangé avec ces fameux torrents d’eau en toile de fond laisse vite la place à la soupe à la grimace, aux petits gestes d’énervements, aux paroles glaciales. L’American Dream dure moins de trois ans, d’autant que niveau taff (cette immense salle terrygilliamesque dans laquelle notre petit comptable travaille : terrible plan en plongée sur cette ruche humaine), c’est loin d’être crac-boum-hue.

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S’il ne fallait garder que deux plans du film, ce serait indéniablement ces deux scènes tragiques, ces deux séquences où notre héros se détache de la foule, s’en extrait enfin… pour devoir faire face à son malheur. Ces deux plans où l’on voit cette foule bourdonnait en fond, se pressait, observait avidement, se gavait du drame des autres sont finalement assez symptomatiques de ce film d’une terrible lucidité (pour ne pas dire d’une terrible modernité : rangeons les héros à deux balles au placard et intéressons-nous simplement aux petits tracas de nos contemporains) : John se distingue enfin… quand il est confronté à la mort d’un proche. L’un des cartons, de mémoire, est terriblement noir : les gens sont prêts à rire avec vous tous les jours mais ne peuvent partager votre chagrin que le temps d’une journée. John, confronté à l’évènement le plus tragique possible pour un être humain, craque, sombre, s’embourbe… On s’attendrait presque à ce que Vidor fasse péter une chanson de Springsteen…

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Mais, tout de même, heureusement, il y a l’amour… Ce ptit couple doit traverser bien des orages, doute, est à deux doigts de rompre… mais finit toujours par faire preuve d’une remarquable adversité. Si la vie est affreusement banale dans ses petits (se taper une belle-mère au physqiue de Zemmour et au caractère de Morano… le cauchemar) comme dans ses grands tracas, les attentions amoureuses sont là pour sauver la vie humaine du naufrage. Mary (Mary and John, Mary and John…), son sourire, son sens de la compassion (ou du sacrifice ?...) pourrait plonger dans les abîmes de la désolation, pourrait vouloir divorcer quinze fois mais Mary est un roc. Celle qui, dans une production ricaine de base, ne serait que bobonne devient la véritable héroïne de la chose : c’est elle qui tient la baraque, c’est elle qui cherche constamment à positiver, c’est elle qui remet son homme sur les rails : elle le critique, le menace… mais toujours, au fond, par amour. C’est la grande leçon de la chose qui fait d’ailleurs vite oublier ce happy ending un peu forcé (apparemment Vidor aurait fait plusieurs versions de la fin…) ; celle-ci, à bien y réfléchir, est sans doute un intelligent compromis (un soupçon d’espoir ne peut pas faire de mal), même si, en bon amateur de film noir,  on imaginait bien le héros manger le bêton newyorkais.  Sans coup d’éclat,  sans jamais chercher le « bigger than life » (malgré quelques plans relativement chiadés : Vidor avait-il déjà inventé les drônes !!!?...) un beau tour de force du king Vidor. Life is beautiful mais pas que.

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Bande de Filles de Céline Sciamma - 2014

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Même quand elle réalise son moins bon film, Céline Sciamma parvient à proposer un des meilleurs films de l'année. Bande de filles ne retrouve pas les fulgurances d'écriture et de jeu de ses précédents chefs-d'oeuvre, mais comporte suffisamment de scènes miraculeuses pour mériter un respect servile. Comme toujours, Sciamma excelle à filmer la jeunesse, et la panoplie de motifs obligatoires qui va avec : l'énergie, la danse, les corps, le rythme. C'est encore une fois là qu'elle est extraordinaire. Cette fois, elle filme un groupe de nanas de banlieue, aux prises non seulement avec leur identité (individuelle et au sein de la bande) mais aussi avec la présence menaçante des autres : grands frères, bandes rivales, amoureux potentiels, etc. Elle s'attarde particulièrement sur Marieme, adolescente au départ assez fade et qui va trouver, au sein de sa bande de copines, sa personnalité, pour le meilleur (l'émancipation progressive de son milieu sclérosant) et pour le pire (s'insérer dans un groupe, c'est sacrifier pas mal de ses valeurs).

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Quand elle se "contente" de montrer ce que c'est qu'un groupe de jeunes filles, Sciamma est excellente. Personne ne sait comme elle capter l'essence même de la jeunesse, ce mélange d'agacement et d'admiration qu'on éprouve face à elle, ce réseau de communications codées qui n'appartient qu'à un groupe, ces regards et cette énergie unique qui passe entre les êtres et les corps. Ca passe notamment par deux scènes géniales : celle d'ouverture du film, incroyable mise en scène qui fait passer en trois minutes d'un groupe de personnages en armure (un match de foot américain), brutaux et asexués, à une jeune fille fragile en sous-vêtements sur un lit ; en quelques plans, on comprend tout ce qui va être mis en place par la suite : thématique de l'individualité au sein du groupee, rapports tendus avec les garçons, soumission et rebellion, l'ensemble passant par la seule mise en scène, d'une énergie incroyable. Deuxième scène grandiose : celle où les quatre copines se retrouvent dans une chambre pour faire la fête. Scène de danse assez attendue dans l'univers de Sciamma, mais une nouvelle fois bluffante dans son utilisation des cadres : une fille seule d'abord, qui chante et danse, puis une autre, puis une autre, etc., dans une montée impeccable du rythme et de l'énergie. Sciamma filme depuis toujours l'état de la jeunesse, et réussit encore une fois ici un vrai exercice de sensibilité autour du sujet. Le film est traversé par des fulgurances, de véritables boules d'énergie (amenées par la musique impeccable de Para One) qui viennent prouver que la dame est bien encore la meilleure pour ça.

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Le film est plus raté dans ce qu'il amène de nouveau dans l'univers de Sciamma : la chronique sociale, presque politique même. On a l'impression d'avoir vu dix fois ces scènes de tension avec le grand frère, par exemple, celles du film étant en plus lourdement écrites (le frère qui se réconcilie en tendant une manette de jeu vidéo à sa soeur, bof...). Sciamma n'est pas faite pour les discours, pas de doute, et les scènes explicatives qui tentent de s'insurger contre la violence envers les filles dans les banlieues sont assez mauvaises. Pire : on anticipe souvent le scénario et même la disposition des plans, tant la réalisatrice peine à sortir du simple copié-collé du genre. Pas crédibles, les acteurs garçons alourdissent le propos, et font perdre la grâce que le film trouve plus souvent qu'à son tour. Sans dialogue, sans cette volonté de "dire" plutôt que montrer (la leçon truffaldienne), le film aurait été un nouveau chef-d'oeuvre. Là, ce n'est qu'un grand film.

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30 novembre 2014

Lifeforce de Tobe Hooper - 1985

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Tobe Hooper semble être le réalisateur d'un seul film, c'est la conclusion que je tire après avoir vu l'essentiel de ses films. En tout cas, ce piteux Lifeforce ne fera rien pour redorer son blason. Passons à la rigueur sur l'aspect infâmement kitsch de l'esthétique du film : c'est un Golan/Globus des années 80, ça devait être à la mode à l'époque de coller de minables maquettes d'effets spéciaux sur des photos de tuyauteries de chiottes pour faire croire à une incroyable odyssée dans l'espace ; le manque de moyens évident (tout le budget effets spéciaux étant par ailleurs placé sur une sorte d'éclair fluorescent que les techniciens surexploitent durant tout le métrage) ajoute à l'aspect ringardissime de l'ensemble, ce n'est pas vraiment la faute de Hooper, il fait avec ce qu'il a. Notons quand même qu'au pire, il aurait pu quand même engager quelques acteurs professionnels, ça nous aurait évité ce défilé de marionnettes peroxydées et sur-maquillés à l'expression limitée (je grimace ou je crie) qu'on croirait sorties d'une série allemande des années 70.

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Ce qu'on peut reprocher par contre un peu plus, c'est tout le reste, à savoir : son scénario, complètement ringard dans sa volonté de réécrire le myhte de Dracula, appuyé comme pas permis dans ses dialogues et dans ses scènes illustratives ; sa mise en scène, pataude, sans rythme, qui ne déclenche strictement jamais le moindre frisson (on est dans le film d'horreur grand public, genre qui avait déjà miné Poltergeist) ; sa longueur démesurée (durée ressentie : 16h20, à force de voir et revoir des gens envoûtés par des extra-terrestres dans des scènes très exactement copiées les unes aux autres, des sous-acteurs courir vers des endroits inconnus, et des femmes extatiques regarder fixement le héros en souriant façon Mona Lisa) ; sa putasserie populiste, consistant à faire se trimballer Mathilda May (!) à poil tout le long du film, écartant soigneusement le cadre pour qu'on voit son fondement avantageux, la faisant se redresser brusquement pour que sa poitrine photogénique rebondisse à dessein, idée qui semble n'être là que pour exciter les pulsions onanistes des adolescents constituant la cible principale de cette production (et qui le lui reprocherait ? pas moi, qui ai vu le film à 14 ans...) ; sa musique, ersatz de Vangelis en encore plus nappé (quand on voit que c'est Mancini qui en est l'auteur, les bras nous en tombent comme les siens, étant donné qu'il ne lui a fallu sûrement qu'un doigt de pied, plaqué sur un ré, pour produire cette bouse auditive)... Bref : on sort vidé de la projection, en regrettant les tronçonneuses cradasses du sieur et en soupirant sur les carrières brisées d'Hollywood.

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Posté par Shangols à 11:50 - - Commentaires [1] - Permalien [#]



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