08 septembre 2014

Still the Water (Futatsume no mado) (2014) de Naomi Kawase

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Naomi Kawase a toujours eu tendance à me laisser comme deux ronds de flan, les bras ballants - bras que j’ai recollés hier - (dans le genre époustouflé, baba, béat) et elle signe une nouvelle œuvre, pointilliste, qui touche une nouvelle fois au coeur. Avouons que la Nippone prend tout son temps pour nous narrer ce "joli conte initiatique de deux jeunes gens le temps d'un été - ou d'une tornade" mais que chaque petit coup de pinceau, chaque cadre, finit par faire un tableau d'une grande douceur, d'une belle justesse, d'une vraie beauté. Elle est volontaire, jeune, amoureuse mais en proie à l'incompréhension face à la maladie inexorable de sa mère. Il est timide, jeune, amoureux mais en proie à l'incompréhension face aux "infidélités" de sa mère (et ce alors même que ses parents sont séparés depuis un bail). Les deux jeunes gens se tournent autour, enterrent la terre entière lorsqu'ils sillonnent ces routes de bord de mer en vélo - c'est beau d'être jeune, insouciant, les cheveux aux vents avec néanmoins des regards déjà tellement graves... - mais semblent avoir du mal (enfin surtout lui) à "passer à l'acte". Il est question de désir, de mort, de pardon, de nature, de cette mer, ou plutôt de ces mers (mères, of course, like I said yesterday) qui peuvent se révéler aussi tempétueuses, remuantes, que calmes, insondables.

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On le sait depuis son premier film, Kawase est prodigieusement douée pour capter les mouvements, les bruits d'un paysage, le geste d'une main qui se perd vers le ciel, un air de chanson aussi vertigineux que le plus pur des silences. Des choses minuscules qui s'imprègnent peu à peu dans notre regard et qui finissent par nous faire frissonner l'échine. Still the water est prodigue en scènes qui laissent le souffle court : la plongée sous-marine de notre jeune sirène toute habillée (qui fera écho à celle de la jeune fiancée mise à nu… sur la fin), des balades en vélo ébouriffantes, des premiers baisers adolescents intimidants, la mort d’une femme sur un ultime air de musique, le temps d'une ultime danse minimaliste (je vois déjà Gols, à mon chevet, s'attaquant à un solo de Steve Lukather ou de Gary Moore alors même que je lance un dernier râle - il n'est pas sûr d'ailleurs qu'il y survive lui-même), les sages paroles d’un vieillard qui prend cette jeunesse sous son aile, la colère d’un jeune homme alors même que la tempête fait rage (comme ici à ce propos : on a depuis deux jours un vent à décorner les gnous comme dirait mon comparse. Pourtant François est parti). Difficile d'être plus en phase avec cette oeuvre, avec tous ces moments précieux que Kawase capte avec un tact infini, une pudeur féminine et narusienne - l'essentiel est que je me suive, hein.

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Le film est avare en mots mais point en regards et on se laisse charmer pendant deux heures par ces non-dit que l'on comprend à demi-mot (...) par ces regards lourds de sens faciles à décrypter. Certes, on ne peut pas dire que les événements ou les rebondissements se bousculent au portillon mais cet objet cinématographique au fragile équilibre (tout comme la jeune fille à l'arrière du vélo... sa chute et ses mots... plutôt ce mot qu'elle a... rololo) parvient, jusqu'au bout, à toucher juste (les deux dernières séquences avec nos deux adolescents sont une tuerie en soi). Bref un film qui émeut en douceur, un réel ptit bonheur pour tout naomiphile.   (Shang - 01/09/14)

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Popopo je suis mon camarade sur toute la ligne, en y ajoutant pour ma part quelques seaux de larmes. Encore plus sensible, si cela est possible, que ses films précédents, mais plus simple, plus épuré, moins expérimental dans la narration, Still the Water (un titre anglais pour une fois subtilement choisi, on dirait du Valéry) vous attrappe là où ça fait pleurer et vous fait toucher du doigt la beauté pure des choses. Ca parle, oui, de mort, et aussi de vie, et aussi de naissance. Dans ce conte initiatique, tous les âges de la vie se mèlent, et on assiste à tout ce qui fait les bonheurs et les douleurs d'une existence. C'est surtout devant la mort que nos deux ados se tiennent avec le plus de désarroi : celle, d'abord d'une pauvre petite chèvre que la vie abandonne peu à peu avc son sang qui coule, moment absolument génial, suspendu, plein de terreur et de douceur à la fois ; puis celle de la mère, dans cette séquence qui m'a laissé exsangue (j'ai noté que tu veux du Gary Moore pour ton agonie, mon Shang, mais ma chaine hifi prend pas les 78 tours) : tout le Japon est là, avec son zen, ses côtés un peu ridicules, et surtout cette modestie, cette pudeur, ce respect face aux choses qui nous dépassent. La famille réunie autour du lit, face à l'océan et au grand banian, danse et chante en accompagnant le dernier souffle d'une femme, c'est d'une justesse incroyable (ah ce dernier souffle symbolisé par une petite larme qui se transmet sur le visage de la jeune fille !). Tous ces grands thèmes (mort, sexe, angoisse existentielle) sont toujours placés au sein de la nature, qui, comme le dit Shang, est captée dans ses infinies nuances. De la métaphysique pure, disons, mais avec ce ton zen qui empêche toute emphase, qui ne tombe jamais dans le mélodrame ou la lourdeur. Comment mourir, comment vieillir, comment grandir, comment s'aimer, comment pardonner, autant de questionnements qui trouvent leur réponse dans le roulis des vagues, le vent dans les arbres ou le sourire d'un homme triste (grand acteur que celui qui interprète le père).

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La mise en scène n'est pas la seule à être géniale, même si c'est à cette hyper-sensibilité du regard qu'on est le plus sensible : le scénario aussi est parfait, avec cette savante alternance des points de vue entre les deux ados (aucun des deux ne prend jamais le pas sur l'autre, on suit vraiment en parallèle les deux "aventures"), avec ces dialogues très fins, avec ce côté mystérieux qui grandit en fond (ça commence par un homme retrouvé mort dans la mer, qui servira de toile de fond toute de noirceur dans cette histoire de découverte sentimentale). Kawase raconte simple et droit, densifiant l'épure de son écriture par un regard profond et ravageur sur notre bonne vieille planète. Un petit chef-d'oeuvre modeste, excellente Palme d'or 2014 (ah non ?)   (Gols - 08/09/14)

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07 septembre 2014

Convoi vers la Russie (Action in the North Atlantic) (1943) de Lloyd Bacon, Byron Haskin & Raoul Walsh

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Un bon vieux film de propagande avec Bogart, allez, c'est toujours bon à prendre. Disons-le tout de go, Action in the North Atlantic n'est pas de la grande littérature au niveau des dialogues (Les Allemands, de leur côté, sont très forts pour dire "torpedo" mais sinon, ils sont un peu courts en conversation), n'est pas vraiment riche au niveau de la love story - terriblement quelconque (Bogart craque pour Julie Bishop : une ptite chanson de cabaret, un ptit dèj et ciao baby, see you soon) mais offre son lot de satisfaction (si on veut à tout prix positiver) au niveau de l'action : des explosions et des flammes en veux-tu en voilà, avec en plus en bonus de très jolies maquettes de navires et de sous-marin. L'histoire est bête comme chou : un bateau ricain se fait torpiller par un sous-marin allemand : une poignée d'hommes s'en tirent. Cette poignée d'hommes se retrouve sur un navire qui fait route avec 76 autres vers Mourmansk ; il se fera à nouveau attaquer par des sous-marins et même par des navions. Seulement cette fois-ci, ohoh, ils sont équipés pour riposter. Je vous laisse deviner la fin, bon pour le moral des troupes...

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Bogart n'a pas grand-chose à jouer et fait le service minimum : un regard hagard après plusieurs jour de dérive sur un bateau (pour ça, perso, moi aussi je suis bon), une petite séance de drague tranquille (tu sens qu'il connaît le scénar, il n'a pas vraiment à se forcer) et une séquence émotion avec hommage rendu aux marins killed in action... Portion congrue donc. On se rattrape avec la présence de notre nouveau pote Dane Clarke qui nous suit partout depuis 3 films : beau parleur et un débit de mitraillette, regard de jeune chien fou, le type amène un peu de dynamisme dans cette morne plaine marine. Il ne nous reste donc qu'à apprécier à sa juste valeur ces effets spéciaux à l'ancienne avec ces bateaux en flammes (l'enfer sur mer... la terrible scène du ptit chat), des sous-marins qui prennent l'eau et des avions nazis qui mitraillent à tout va. La chose dure quand même deux heures et on se retient pour ne pas trop bâiller de peur de finir par boire la tasse... Un film de guerre, de mer, basique, classique... mais à ptite dose. Torpedo !  

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Jodorowsky's Dune (2014) de Frank Pavich

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Le Dune de Jodorowsky ne verra jamais le jour à cause de la frilosité des studios hollywoodiens et c'est ma foi bien dommage. S'annonçant comme un véritable délire visuel et métaphysique (au moins) le film aurait enterré les 2001 et autres Star Wars (si, il faut croire aux paroles de Jodorowsky lui-même et de son producteur, l'incontournable Michel Seydoux) - et je ne parle même pas de la guimauve lynchéenne. S'entourant d'une équipe de dessinateurs triés sur le volet (Moebius, Giger, Foss - team qu'on lui piquera par la suite), les costumes, les spaceships et les palais auraient été une véritable tuerie. Que dire du casting sinon qu'il promettait (John Carradine, Orson Welles, Dali, Mick Jagger, Amanda Lear - trouvez l'intrus) ou encore de la musique (un groupe pour chaque planète : Pink Floyd, Magma... du lourd). Jodorowsky (dont le film devait durer 15 ou 20 heures d'après lui - ce qui est un peu long, faut reconnaître) réalisa pour tenter de convaincre les studios un storyboard de malade... Seulement voilà, cela n'a point suffit, les studios craignant avant tout la folie douce... de ce réalisateur pas piqué des hannetons (revoir The Holy Mountain et s'agenouiller).

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C'est un à un que l'Alejandro rencontra ces artistes et ces acteurs et qu'il parvint à les convaincre de faire partie de cette aventure cinématographique qui aurait, à n'en pas douter, révolutionné le 7ème art (il y aurait eu les films avant et après Dune...). "Violant" Frank Herbert (eheh), le réalisateur avait imaginé certaines séquences ainsi qu'une fin originale qui auraient valu leur poids d'épices (Le découpage membre par membre de Leto... affreux). Mais malheureusement ceci ne restera qu'un rêve (dur pour son fils qui avait suivi pendant deux ans un entraînement en arts martiaux), laissant ce pauvre Jodorowsky définitivement frustré (il faut le voir à 84 ans s'agiter comme un enfant quand il repense à ce projet et maugréer contre ces couillons de responsables des studios - on croirait presque d'ailleurs qu'il va déchiqueter tous les billets en euro qu'il traîne dans sa poche ; il se vengera par la suite en écrivant des BD, une façon de "recycler" certaines de ses idées ainsi que certains dessins. La partie sur l'influence qu'aurait eu ce fameux storyboard sur certains films de SF par la suite est toutefois un peu moins convaincante. Jodo a tout d'un visionnaire, certes, de là à voir sa patte derrière chaque film de SF dans les 20 ans qui ont suivi, mouais, faut peut-être pas exagérer (cela donne envie en tout cas de voir le kitschissime Flash Gordon - un jour où j'aurai sniffé le fond de ma dernière bouteille de rhum arrangé à la vanille, promis)... Ce documentaire mettra quoi qu'il en soit la salive à la bouche (qu'il faudra rapidement et proprement ravaler) à tout fan de Herbert qui se respecte (que je fus et que je suis toujours, Gols pleure). Sortie en France... euh prochainement... Maudit, c'est clair.

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05 septembre 2014

La Route des Ténèbres (Pride of the Marines) (1945) de Delmer Daves

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Dans la lignée de The very Thought of you (on retrouve d'ailleurs la sublime Eleanor Parker et le trublion Dane Clark), un terrible film romantique sur fond de seconde guerre mondiale. Le film se découpe en quatre parties de 30 minutes comme un bon vieux gâteau en forme de pendule de deux heures (ce sont surement les vapeurs d'ylang-ylang qui ont fini par me monter à la tête) : la rencontre Parker / Garfield (John, pas le truc jaune) ; Garfield sur le front ; la convalescence ; le retour back home. C'est classique comme du Mozart pendant une bonne heure de jeu : Garfield fait fi des filles ; son couple d'amis lui présente une énième donzelle ; il la remballe pour bien leur faire comprendre qu'il ne mange pas de ce pain-là (il l'humilie au bowling, le salopiot, sachant ô combien les femmes n'aiment pas les choses lourdes et les objets qui roulent - exception faite des aspirateurs of course (l'ylang)) ; elle te lui met une charge qui le rend tout chose : il tombe amoureux ; il te l'embarque de force à un arrêt de bus comme dans un court-métrage (puis un long) de Rochant (RIP, man) ; il te l'invite à la chasse : magnifique idée, le coup de la chasse par temps de neige (Parker se gaufre dans ce décor neigeux de studio en se prenant un moment les pieds dans le "tapis" (un décor au sol mou, je vous jure) ; le plus drôle c'est que dans la scène suivante elle perd une nouvelle fois méchamment l'équilibre en voulant s'asseoir à côté de Garfield dans le salon de leurs amis : ces deux moments sont suffisamment craquants pour justifier la vision du film) ; il tombe définitivement raide dingue d'elle mais comment faire autrement vu le blanc de l'oeil si blanc d'Eleanor et son sourire qui ferait fondre le Mont-Blanc.

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Il est chanceux le gars Garfield. Chanceux mais un peu con car sitôt que les Japs attaquent Pearl Harbour, il se fait une joie de rejoindre le corps des Marines. L'Eleanor est toute chose à son tour et on en veut à mort aux Japs : sans cette lâche attaque le film aurait été tellement plus paisible - il aurait fallu changer le titre et en faire un court-métrage, certes, mais cela nous aurait une fois de plus évité des larmes de crocodile (Daves et Paker m'ont à tous les coups en ce moment). Garfield part à Guadalcanal (putain Guadalacanal, you remember, Johnny ?), il te mitraille 23452 Japs à la seconde (ce film peut choquer les oreilles japonaises les plus sensibles, Garfield déversant plus de jurons que le Capitaine Haddock à leur encontre), il est héroïque, magistral, beau, grand et là putain c'est l'accident, a fucking grenade comme dira Bruno Mars plus tard.

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Attention spoiler. C'est bon ? J’y vais. Garfield est aveugle et il me devient encore plus proche. Mais l'homme est fier comme un bloody Marine (…) et ne veut plus voir dorénavant ni sa douce, ni son avenir - il devient quasiment plus aigri que Trierweiller. Il y aura bien sûr les bonnes vieilles scènes d'anciens combattants blessés qui ont les pétoches du retour mais il y aura surtout cette séquence absolument magistrale entre Eleanor et l'infirmière (extraordinaire Rosemary DeCamp) qui s'occupe de Garfield : les deux jeunes femmes s'entendent pour tout tenter et faire entendre raison à ce têtu de Garfield qui s'est foutu martel en tête que cette chienne de vie ne valait pas la peine, qu'il ne lui restait plus qu'à mourir comme un vieux loup solitaire, non mais c'est bon je te dis laisse-moi tranquille, LAISSE-MOI tranquille putain, je suis un loup, solitaire, aveugle en plus. Le coup de fil entre les deux m'a fendu le coeur comme un rasoir et j'étais à deux doigts de faire une Rose pourpre du Caire : je tentai tout pour me glisser dans l'écran et glisser deux trois mots à Garfield. En vain. Notre ami si tendre est devenu colérique, hargneux (c'est pas parce que tu es handicapé que tu dois forcément devenir chiant : regarde Pistorius, tiens, ah oui, non, oublie) et l'on se demande s'il arrivera un jour à reprendre espoir en la life. On est tendu comme un archet et l’on peut compter une fois de plus sur cet enculé de Waxman et ses violons pour nous vriller la tête tout du long (la scène sur le quai de la gare, juste avant le départ, du Legrand-Demy, mes amis). A noter enfin une scène de rêve diablement réussie avec image en négatif, musique à l'envers voire électro avant l'heure... et un étrange aveugle sur le quai d'une gare (still) qui phagocyte l'ami Garfield - brrr.

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C'est simple et c'est beau. Je parlais l'autre fois de feu de cheminée et justement l'ami Daves nous sert une scène cruciale entre nos deux héros… autour d'un bon vieux feu de cheminée (j'en aurais versé une petite larme si je n’avais pas dû changer au même moment le seau by my side). Daves ne s'embête pas avec des intrigues parallèles, des trucs qui servent à rien, qui embrouillent, il te pointe sa caméra soit sur Garfield (droit dans ses bottes, fier comme un goujon), soit sur Parker (son petit sourire en coin, ses yeux aussi humides qu'une huître) et ça suffit. Aussi à l'aise pour la romance que pour les scènes de combat (ce trou à Guadalcanal où se terrent trois soldats et cette scène avec Garfield derrière une mitraillette qui s'éternise... il va se passer un truc pas bon, je te dis qu'il va se passer un truc pas bon...), Daves livre encore un opus dont il peut être fier. Bloody proud. Mon stock de Delmer s'épuise, sinon, mais je ne vais pas me laisser abattre. Faut y croire, nom de Dieu, faut y croire... et voir, maybe, one day, even just a kind of a red cloud...

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04 septembre 2014

LIVRE : L'Ecrivain national de Serge Joncour - 2014

9782081249158,0-2289795Agréable roman ne payant pas de mine au demeurant, mais qui est dôté d'un charme indéniable. Joncour, sans façon, avec une discrétion et une modestie qui l'honorent, sait joliment parler de son métier d'écrivain, au quotidien tout autant que dans sa profondeur, et nous offre un livre drolatique et émouvant. On entre de plain-pied dans la trivialité du métier : l'auteur est invité en résidence d'écriture dans une bourgade du centre de la France, comprenez qu'il va devoir se livrer à l'éternel catalogue d'ateliers d'écriture (avec des illettrés), rencontres en médiathèque (avec des chieuses), cocktails municipaux (avec un maire opportuniste et paternaliste) et menus travaux d'écriture dans une chambre d'hôtel tristoune. Les biscuits secs trempés dans le jus d'orange tiède, les clichés que lui renvoient ses lecteurs, les retours tardifs et alcoolisés dans sa chambre, tout est parfaitement décrit là-dedans, et crédible à mort. Dans cet autoportrait en auteur "un peu connu mais pas trop", Joncour ne tombe jamais ni dans le masochisme (il s'en tire avec les honneurs) ni dans la cruauté (il aime finalement beaucoup ses pitoyables personnages) : disons qu'il est plutôt dans la chronique acerbe de la province profonde, un truc à la Chabrol, à la fois drôle et assez triste finalement. La Littérature a finalement peu de place là-dedans, pas le temps, pas l'esprit, et on ne verra jamais notre auteur écrire réellement.

Dès son arrivée sur les lieux, le narrateur découvre un fait divers qui le passionne : la disparition d'un vieux du cru, attribuée à un couple de marginaux néo-ruraux. Le gars va s'éprendre de la femme du couple, vague baboss fatale et manipulatrice, et Joncour va faire de ce fantasme amoureux la sève de son roman. On le sent profondément attiré par le romantisme sulfureux d'être au milieu d'une affaire d'assassinat, amoureux d'une possible meurtrière, et peu à peu cette "vie rêvée d'écrivain" va supplanter ce que ses hôtes attendent de lui : un portrait flatteur de leur communauté, si possible bienveillante envers un projet d'usine douteux lancé par la mairie. Le narrateur préfère s'enfoncer dans ce fantasme d'écrivain aventurier, et Joncour joue très bien du hiatus entre l'affaire sentimentalo-policière qui l'occupe et la trivialité de la réalité. C'est finalement au difficile problème de l'inspiration que L'Ecrivain national s'attaque : qu'est-ce qui constitue l'élément déclencheur de l'écriture ? Quelle est la place de l'écrivain par rapport à la réalité ? Faut-il avoir vécu les choses pour les raconter ? Ce genre de questionnement sérieux passe comme de rien dans ce roman trépidant et très marrant, on applaudit donc.

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03 septembre 2014

Braquages (Heist) de David Mamet - 2001

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Prenez une vieille souche bien rude, vous obtiendrez la matière première de ce film de David Mamet, tant vanté par nos commentateurs assidus récemment. Heist est effectivement un produit artisanal fait à la main et à la sueur du front de son auteur, un de ces trucs qu'on vend sur les marchés bio et qui ne doit rien à l'industrialisation. C'est vraiment respectable de voir ainsi des cinéastes retrouver les gestes des anciens, polir patiemment leur ouvrage quand d'autres envoient des bazars formatés et froids. Bref : voilà notre Mamet, avec son tablier usé et ses mains pleines d'escarres, qui nous pond un scénario aux petits oignons doux que n'auraient pas renié ses ancêtres des années 40/50.

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Joe Moore (Gene Hackman, sobre, très bien) est un vieux briscard du braquage, capable de vous détrousser une bijouterie en 7 secondes et sans un cadavre. Mais la retraite est proche quand débute le film, et si un méchant commanditaire (De Vito, sobre, très bien) ne le faisait chanter pour qu'il entreprenne le fameux "dernier coup avant la retraite", il partirait bien dans les Galapagos ou je ne sais où avec sa superbe fiancée (Rebecca Pidgeon, popopo c'teu bomb sobre, très bien). Un dernier coup qui va s'avérer particulièrement ardu puisque s'y adjoint un jeune chien fou (Sam Rockwell, hein ?) qui va tout faire foirer. Toutes les 2mn 20, notre pauvre Gene Hackman assiste à un twist, les manipulés s'avérant être les manipulateurs, alors qu'ils sont eux-mêmes manipulés par des méga-manipulteurs, à moins que le grand manipulateur final soit, mais non, attendez il y a un rebondissement, mais alors ça voudrait dire que, mais non, parce que attendez, etc etc. Le petit jeu du chat et de la souris se déroule peinard sur les 90 minutes de la chose, plaisir de ces bons vieux polars à tiroirs complètement invraisemblables mais fun. C'est vrai qu'au 10ème coup de théâtre (il en reste 63 derrière), on se lasse un peu de s'ébahir devant la surprise, et que la dernière demi-heure est même très fatigante. Mais bon, c'est amusant, d'autant que l'écriture des dialogues est remarquable, avec pas mal de petites répliques impeccables. Ma préférée : "ce mec est tellement calme que le soir c'est les moutons qui le comptent", ou ce dialogue que je vous laisse découvrir sur les vertus de posséder une Bible.

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On pourrait penser que Mamet sacrifie tout au scénario... c'est un peu vrai. Le film est un peu terne par ailleurs, photo fonctionnelle, musique quelconque, mise en scène certes très lisible et claire mais souvent fade. Pourtant, dans les moments où il faut être présent, Mamet y est. La séquence d'ouverture, le braquage d'une bijouterie, est impeccablement montée et dosée, dans ce réseau d'échanges de regards, de signes discrets, dans cette façon de montrer des professionnels au travail, sans fioriture ; avec en plus cette petite touche de glamour apportée par Pidgeon. On croirait la scène tirée d'un de ces bons vieux polars élégants à l'anglaise. De même, dans la scène centrale du pillage de l'avion suisse (oui, c'est ça, le "dernier coup avant la retraite"), on retrouve ce rythme, ce savoir-faire complexe mais faisant mine d'être simple. Deux moments assez forts pour faire oublier que le reste, ma foi, est simplement plaisant. Pour résumer : fun, agréable comme un vieux rhum au coin du feu, et pis sobre, très bien. Cela dit, je préfère De Palma (bim).

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02 septembre 2014

Hearts and Minds (1974) de Peter Davis

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Ouch, j'en ai vu des documentaires (sur toutes les guerres du monde, sur les ours, sur les non-voyants sourds...) mais celui-ci fait clairement partie des plus estomaquants, que le mot existe or not. S'il s'agit d'une référence pour Michael Moore, il est dommage que ce dernier n'ait jamais fait preuve par la suite d’une telle sobriété (un doc n'est pas un clip) ou se soit engouffré dans des notes d'humour un peu avariées. Réalisé peu de temps après la fin de la guerre, Hearts and Minds pointe tous les mensonges des cinq gouvernements ricains qui se sont succédés pour justifier cette guerre, pardon ce massacre, montre en partie les horreurs vécues par les Vietnamiens (qui sont aussi des êtres humains nonobstant leur plus petite taille), donne la parole à des militaires repentis et une image pas toujours reluisante de cette société so proud to be ricain, so full of fighting spirit and violent, so stupid to ever admit its mistakes and to learn from them...

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Le dernier quart d'heure est proprement insoutenable, non seulement au niveau des images (on connaît les horreurs du napalm) mais aussi par la connerie, la bêtise, l'ignominie de certains discours (le général William C. Westmoreland a la palme) mises en parallèle avec des images terribles (un enterrement déchirant au Vietnam - j'ai automatiquement fermé l'oeil gauche pour auto-flouter la séquence ; cela peut se révéler pratique d'avoir une cornée opaque) ; dans la série « oh putain j’ai la gorge qui se serre » il y a aussi cette séquence de l'effondrement d'un vétéran du Vietnam : pendant tout le film il nous l'a joué genre "guerre propre" (quand on bombarde, on ne voit pas vraiment ce qui se passe au sol, you see) et qui là, tout d'un coup, pensant à ces enfants vietnamiens déchiquetés, pensant à ses propres enfants si la même chose leur arrivait, a l'œil qui s'humidifie - il ne s'effondre pas parce que c'est un homme... mais il semble tout de même intérieurement totalement dévasté par le fait que personne ne semble vouloir aujourd'hui chercher à tirer des enseignements de cette boucherie proprement inutile...

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Davis fait également un portrait acide de cette Amérique "couillue" (la séquence bêtasse dans les vestiaires de joueurs de football américain - pardon, j'ai pas fini de vomir... voilà, c'est fait) et "aveugle" (des Ricains célèbrent leur propre indépendance avec défilé en costume d'époque et tout et tout et ces gars qui semblent aussi conservateurs que du formol soulignent que "rien ne peut vaincre un peuple qui se bat pour sa liberté" - alors même que, few thousands miles away, there was a killing field...). Certaines infos, qui sont balancées en passant, sont également assez édifiantes : ainsi le gars Georges Bidault, ancien ministre français des affaires étrangères, un peu de respect, qui déclare que le Général ricain Dulles (alors même que la France était plongée jusqu'au cou dans le conflit en Indochine) lui aurait proposé de lui filer DEUX bombes atomiques ou encore Ho-Chi-Minh himself qui, après la victoire contre la France, aurait pensé que ce combat pour l'indépendance contre une puissance coloniale serait salué par les U.S. (il craignait seulement que le gouvernement ricain ne fasse pas suffisamment attention à cette petite partie du monde... tu parles, bien vu Nostradamus...). Davis nous replonge la tête la première dans ce carnage en soulignant à l'envi les odieux rouages de la politique - pour ne pas dire de la culture - américaine ; ô peuple crédule de l’intelligence de vos élus... A voir absolument. Une fois devrait suffire.

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Winter Sleep (Kış Uykusu) de Nuri Bilge Ceylan - 2014

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Un travail hyper-professionnel, quasi-sans défaut nous arrive de notre cher Bilge Ceylan. Vous allez me trouver pointilleux, mais c'est peut-être un peu ça qui énerve dans ce film : que tout y soit brossé en esthète, que tout y soit irréprochablement impeccable. Parce que très vite, cette application à chaque détail finit par ressembler à du pur académisme, et que le film finit par devenir légèrement ringard. J'aurais adoré ce film dans les années 80 (j'avais pas l'âge, mais vous voyez ce que je veux dire) ; mais on dirait qu'il sort avec 30 ans de retard. Que ce film ait pu glaner la Palme d'Or en 2014 est assez sidérant, tant il met son point d'honneur à éviter toute modernité, à cultiver un classicisme un peu suranné.

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On se croirait la plupart du temps dans un de ces Bergman bavards de fin de carrière. Aydin, comédien à la retraite, s'est isolé dans son petit hôtel d'Anatolie, perdu au milieu de rien, avec sa soeur difficile à vivre et sa femme trop jeune pour lui. Mais quand le film commence, les ennuis rôdent : un locataire mauvais payeur, une soeur qui d'admirative des oeuvres du gars (il écrit des pamphlets dans le canard local) devient critique et humiliante, une femme qui s'ennuie, un instite qui serre cette dernière d'un peu trop près, et notre héros se retrouve face au vide que constitue son existence. Il va, en quelques jours, tacher de briser les chaînes qui l'emprisonnent, faire le bilan de sa vie, et tenter de trouver la quiétude au milieu de ce chaos silencieux. La majeure partie des trois heures est constituée de très longs dialogues, tendus comme des arcs, à la violence d'autant plus terrible qu'elle est contenue dans les mots uniquement, dans un semblant d'érudition et d'ironie ravageur. Du Bergman en plein, donc, très précisément écrit, joué à la perfection, monté au taquet, où les simples champs/contre-champs, troublés par des changements d'axe de regard assez bluffants, servent de scènes d'action. Les deux séquences centrales (un dialogue terrible avec la soeur, puis un autre tout aussi affreux avec l'épouse) sont superbement maîtrisées, et on voit toute la finesse de Ceylan à travers elles. Adaptés de nouvelles de Tchekhov, ces dialogues sont d'une belle finesse, et filmés avec beaucoup de tact. Même si certaines scènes sont un peu trop "russes", justement pour coller à l'univers mis en place : les rapports de l'épouse avec le locataire, dans cette partie presque dostoievskienne de restitution d'argent, ne sont pas crédibles, excessifs et anachroniques.

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Bon, mais de toute façon, techniquement, on est pas loin de la perfection. Direction d'acteurs, décors, musique (aaaah Schubert !), photo (cette couleur incroyable pour mythifier les décors naturels), costumes, tout est confié au meilleur professionnel possible, et on en prend plein les mirettes... au point de se croire parfois dans une page centrale de Géo. Ceylan aime que ça soit "beau", et vous montre dans la longueur ici un somptueux cheval blanc entravé par un cow-boy dans une rivière, là un village troglodyte pris dans la neige, ici encore de grandes steppes couvertes de neige. Et c'est beau, je ne dis pas. Le malheur est que tout ce monde extérieur, aussi esthétique soit-il, n'est là que pour amener une symbolique lourdaude : le cheval est une allégorie pas fine de l'emprisonnement de notre héros, le village de ce passé qui l'enferme dans la nostalgie et le regret, la neige de cet endormissement qui le guette. Le personnage est pourtant beaucoup plus complexe et riche que ça : à la fois loser et sage, plein de ses souvenirs de sa gloire passée d'acteur (Shakespeare est partout là-dedans) mais aussi ancré dans le monde qui l'entoure, lâche quand il s'agit d'affronter la vraie violence et en même temps mesuré et intelligent... Ceylan écrit un personnage profond, mais ne sait le définir que par des images à gros sabots. C'est à l'image de tout le film : c'est profond et complexe dans le fond, un peu simpliste dans la forme. Allez, pour finir, reconnaissons qu'on passe quand même ces quelques trois heures de dialogues et de complexité sans aucun ennui, et que les images qui restent sont bien jolies. Excellente Palme d'Or 1984.

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01 septembre 2014

LIVRE : Grotte d'Amélie Lucas-Gary - 2014

couv_grotte_300Les auteurs qui ont le mot Gary dans leur patronyme semblent être doués d'un talent particulier, c'est ma première constatation. En tout cas, cette Amélie-là, pour son premier roman, nous sort un de ces trucs improbables qui font de temps en temps ma joie. Grotte ne doit rien à personne, c'est rare pour un premier texte. A peine peut-on remarquer que le début est quelque peu chevillardesque : le livre est constitué du monologue d'un gardien de grotte préhistorique, job capital mais en même temps dérisoire, puisque ladite grotte est tellement fragile qu'on a construit plus loin une copie à l'usage des visiteurs, et que notre homme en est donc réduit à surveiller un lieu absolument désert. Cette solitude est d'ailleurs parfaitement rendue par l'écriture précise, poétique et ample de Lucas-Gary, qui sait aussi parfaitement transcrire ce rapport matriciel, quasi-sacré, que le narrateur éprouve envers sa grotte. Le début du livre, assez réaliste, joue ainsi suir l'intimité, et on pense qu'on va assister tout simplement au portrait d'un solitaire, d'un stylite retiré de l'existence, vigie d'un monde oublié depuis longtemps, s'assimilant peu à peu à l'endroit dont il a la garde.

Mais peu à peu, très adroitement, le roman glisse vers un imaginaire qu'on n'attendait pas du tout, une poésie frôlant l'absurde. Tout en restant très intime dans sa façon de parler de cette grotte mystérieuse, sombre, étrange, Lucas-Gary en fait le lieu de tous les possibles, convoquant une imagerie de la grotte dans toutes ses possibilités. On peut ainsi croiser Ben Laden et ses fameuses cachettes,et c'est l'actualité qui pointe son nez ; la femme du président de la république avec laquelle le héros aura une brûlante liaison, et c'est la symbolique sexuelle qui est convoquée ; Philippe Bouvard en quête d'un exil, et on évoque la société du spectacle ; ou même un extra-terrestre, épisode qui fait complètement basculer le livre dans l'onirisme. Peu à peu, le roman s'élargit, tout en restant dans l'écriture éminemment modeste, et acquiert une ampleur qu'on n'attendait pas. En même temps c'est insaisissable, toujours surprenant. Grotte est un vrai OVNI, poétique et personnel, à la fois essai sur la symbolique des cavernes et portrait d'une solitude assumée. Bravo.

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31 août 2014

Children of the Beehive (Hachi no su no kodomotachi) (1948) de Hiroshi Shimizu

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Chose promise, chose due avec ce retour à la filmographie d'un grand comparse d'Ozu, Hiroshi Shimizu. Children of the Beehive est l'histoire simple, road moviesque, d'une bande de gamins orphelins dans l'après-guerre nippon. Emmené par un soldat démobilisé qui n'a lui-même plus d'attache, notre dizaine de gamins traverse les villes (Hiroshima, qui semble avoir subi un sacré revers, Tokyo...) et sillonne la campagne à la recherche de petits boulots (de ramasseurs de sel à coupeurs de bois). L'occasion pour Shimizu de nous montrer aussi bien des villes dévastées que des paysages de toute beauté et de nous conter un pur récit de survie et d'amitié (précoce).

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Shimizu, tout comme Ozu, a toujours été un très grand directeur de gamins. Comme il n'est pas non plus le dernier pour nous livrer des travellings mettant en valeur la nature (le lent travelling (le plan étant en plongée) sur des bambins courant sur un chemin alors qu'un train arrive dans leur dos : une merveille) et pour nous servir une musique délicieusement entraînante ou mélancolique à mort, ce Children of the Beehive est forcément en soi du nanan pour tout amateur de cinéma nippon de cette ère bénie. L'histoire, elle, pourrait paraître bien légère (les 400 coups de gamins toujours prêts à prendre la fuite - qu’il s’agisse d’éviter les flics en ville ou, à la campagne, d’échapper à un taff trop hard) faisant surtout la part belle aux traits d'esprit des gamins (toujours diablement lucides) et à la complicité qui s'instaure entre eux (le gamin toujours au taquet pour filer une patate à un traîne-savate haut comme trois pommes). Mais on aura droit aussi, au cours du récit, à deux instants proprement déchirants qui te foudroient proprement le cœur (le mien, tout du moins).

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Il y a tout d'abord la scène avec un gamin qui se met soudain à courir sur la plage (...), s'approche de la mer et crie "mère" - en français, c'est un peu téléphoné. On a appris quelque temps auparavant que sa mère était morte noyée lors d'une traversée en bateau ; ses petits camarades expliquent à l’adulte qui les accompagne qu'il ne peut s'empêcher de lancer cet appel chaque fois que les vagues le rappelle à ce triste souvenir. Sur le coup, j'ai perdu un premier bras. Mais le pire est à venir. Sur la fin, le même bambin est malade et demande à l'un de ses pote de le prendre sur son dos jusqu'à un sommet (de là, que verra-t-on ? Hum, hum, c'est pas compliqué...) : la séquence dure trois heures (le film dure 85 minutes, je rassure les moins courageux) mais passe comme une fulgurance ; on suit cette longue marche jusqu'au sommet presque dans sa longueur, Shimizu multipliant les angles de prise de vue pour nous montrer tout la difficulté de la chose. On s'attend à une grande délivrance une fois que le petit couple sera parvenu au sommet. C’est là que j'ai perdu l'autre bras. Shimizu te met un coup de semonce sur la tête tout en ayant l’air de ne pas y toucher. La scène qui suit avec les "excuses" d'un bambin prend tout autant les tripes, le tragique et la spontanéité comique du gamin se mêlant magiquement ensemble. Une véritable marche en avant pour la survie… Il y a heureusement un très joli rayon d'optimisme sur la fin avec le retour à l'école de notre petite troupe ; elle est accueillie par une foule de gamins en liesse et l'on sent que l'espoir reste permis dans ce Japon à reconstruire. Un bien beau film sur la jeunesse, ses peines, ses joies...

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Posté par Shangols à 13:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



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