06 avril 2014

Le Voleur de Pêches (Kradetzat na praskovi) (1964) de Vulo Radev

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Mon compère me faisait le gentil reproche de voir des films un peu confidentiels ; je suis donc allé chercher dans ma remise quelque chose de plus classique avec ce grand film bulgare (oui) qui conte les amours interdites entre deux yaourts - pardon, je m'emballe - entre la femme d'un colonel bulgare (qui ressemble terriblement à Lénine - il semble avoir d'ailleurs autant d'empathie pour le genre humain) et un prisonnier serbe à la fin de la première guerre mondiale (on fête le centenaire, c'est un film qu'il serait bon de ressortir pour un festival spécial WWI). Je sais, dit comme ça, il n'est pas sûr que je fasse des émules. D'autant que pendant les trente premières minutes, soyons honnête, il ne se passe quand même pas grand-chose. Si, pourtant. Un homme défie les barbelés du Colonel pour aller lui voler des pêches ; alerté par un tortin système à base de fils et de cloche, une jeune femme surprend notre malheureux prisonnier la main dans le sac - ou sur la branche si on préfère. Ivo (Rade Markovic) a de faux airs de Mastroianni, Lisa (Nevena Kokanova) a les traits d'une jeune beauté bulgare (m'est avis). Entre eux c'est forcément un amour impossible d'autant qu'ils sont chacun dans leur "camp", enfermé, chacun sous la protection d'un cerbère (même si la discipline dans le camp des prisonniers laisse un peu à désirer). Qui dit amour impossible, dit forcément possible sinon ce film bulgare n'aurait guère d'attrait. Et c'est le noeud, pour ne pas dire le drame, automatiquement.

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Des hommes las, une guerre qui s'éternise, des officiers bulgares qui ont des airs de marionnettes déshumanisées... Que manque-t-il? De la passion, bien sûr, de la passion. C'est la seule raison de vivre, sinon autant mourir comme tout un chacun comme un rat dans une tranchée - ou retranché. Lisa a beau ne pas vouloir se l'avouer lors de la première rencontre, cet homme qui s'introduit par hasard chez elle... c'est la chance de sa vie, la chance de connaître (enfin) l'amour... On sent qu'elle est du genre à résister et fera les pas de danse classiques de toute femme qui se respecte : un pas en avant (un baiser qu'elle ne peut franchement refuser), un pas en arrière (c'est tout de même abuser), un pas en avant (eh puis merde, je suis mariée à Lénine et j'ai Mastroianni dans mon pêcher - Dieu, pardonnez-moi mais comprenez-moi, je ne suis pas la Vierge...). Il faut bien reconnaître que ce sont essentiellement ces rencontres entre les deux amants discrets qui rythment le film (même si toutes les autres séquences permettent de planter ce décor d'une ville et d'êtres humains en ruines - une passion interdite dans un paysage dévasté à la fin d'une guerre, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au sublime Printemps dans une petite Ville, juste pour dire que j'ai des références, hein...). Alors que la musique se fait vibrante, on tremble pour nos deux amants qui se jettent l'un sur l'autre comme des affamés et qui risquent à tout moment de se faire surprendre. A-t-on encore le droit d'aimer sur cette terre, se demande-t-on ? Il faudrait partir mais ce n'est pas raisonnable, il faudrait arrêter mais autant essayer de stopper la mer avec le poing... Pêché avoué, à... Non cela ne marche pas non plus. Quelques moments tendres arrachés à l'enfer et ensuite ? Radev ne nous avait pas mis en condition pour un grand film comique et l'on craint le pire pour l'issue de cette histoire bulgare qui risque de mal tourner... Un film beau et déchirant, qui saigne comme un amour tentant de se glisser aveuglement entre des fils barbelés (c'est une métaphore). Le plus grand film bulgare ? Oh ben sûrement.

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Les Chemins de la haute Ville (Room at the Top) (1959) de Jack Clayton

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Le récit d'un opportuniste qui, lorsqu'il se tient finalement debout au sommet de son charnier, se rend compte qu'il est passé à côté de l'essentiel, qu'il a tout raté ? Il y a de cela. Pas facile d'être un fils d'ouvrier lorsque l'on veut faire partie d'un monde où l'on naît avec une cuillère en argent dans la bouche... Le gars Joe Lampton (Laurence Harvey) a pourtant tout pour être satisfait : un ptit boulot peinard à la Mairie, une gueule d'ange et une Simone Signoret qui n'a pas encore perdu toutes les plumes de son casque d'or (c'est elle qui insiste, hein, pour dire qu'elle est vieille (à 38 ans...), alors qu'elle resplendit encore... sous bien des angles ; à noter deux choses en passant : la Simone fut oscarisée pour le rôle et elle demeure l'actrice française la plus photogénique avec une cigarette - à égalité avec Catherine Deneuve, je vous le concède, autre artiste dans le genre). Même si la Simone est mariée à un riche couillon, elle est prête à tout pour suivre notre jeune homme. Seulement ce dernier, aveuglé par son complexe de classe (le prolo voit haut), aimerait bien marier la Susan (jolie ptit bout de femme inconsistant), fille d'un millionnaire (son père et sa mère sont parfaitement campés - rien que la façon dont la mère prononce "Lampton" mérite un Oscar). Le Joe séduit la Simone, puis la Susan, revient à la Simone, puis à la Susan... On sent venir de loin la tragédie.

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La bonne idée de Clayton, c'est de ne pas essayer de rendre son personnage principal forcément sympathique... Il vient de la classe ouvrière, a été prisonnier de guerre... Il a une belle gueule donc on devrait avoir de l'empathie pour lui, hein... Ben non, il est surtout ambitieux, opportuniste, merdeux - ces types, je les sens d'une narine, je ne les connais que trop. Oui, bien sûr, ces bourgeois anglais le traitent comme un moins que rien, se moquent de lui à la première occasion. Ce n'est pas une raison pour faire preuve de la même crétinerie douce qu'eux. Mais le Joe est prêt à tout pour arriver à ses fins... La seule personne qui pourrait le sauver, c'est la Simone : douce, sereine, totally out of this circle, French. Le bonheur à portée de la main, il est là : dans les cigarettes qu'ils s'échangent, dans la couche qu'ils partagent, dans la complicité (a "loving friendship") qui est la leur. Mais le Joe est décidément con comme un lampion et ne mérite qu'une chose : finir dans le caniveau - il y fera un tour avant de rebondir socialement, certes, mais en ayant perdu au passage sa dimension humaine, en ayant vendu son âme. Stupid Joe qui payera le prix de sa vanité.

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Clayton est très fort lorsqu'il s'agit de nous montrer frontalement les clashs sociaux (le Joe n'est pas épargné : ses interlocuteurs, maniant souvent mieux la langue que lui, faisant preuve d'une répartie à toute épreuve, le mouche salement en public à plusieurs reprises... Le Joe encaisse bon an mal an, confiant en son travail de sape par rapport à la Susan...) ainsi que les confrontations brutales entre deux amants : la séquence de la dispute entre Simone Signoret et Laurence Harvey cloue littéralement le spectateur sur place ; c'est là que la Simone gagne son Oscar en une manche, jouant aussi bien de sa beauté (la sublime femme qu'elle fut et qu'elle est toujours), que de ses premières rides (elle a dû encaisser des coups (plus moralement que physiquement) et l'on sent déjà chez elle la femme qu'elle deviendra, ne pouvant cacher éternellement ses blessures intimes sur son visage - une Simone "entre deux âges", même si l'expression n'est pas très classe, au sommet de son art). Laurence Harvey est pour sa part tellement froid lors des scènes d'amour (aussi bien avec Simone qu'avec Susan) que celles-ci n'ont rien de vraiment sulfureux (film interdit au moins de 16 ans - ahah ces puritains d'Anglais quand même...) ; heureusement, là encore, c'est la Simone qui apporte par son jeu, par ses regards, toute la tendresse nécessaire à de telles scènes, face à un acteur froid comme une lame de couteau (c'est son rôle, hein...). Une ambition sociale qui mène au suicide, au double suicide - une tragédie que Clayton met parfaitement en scène... pour son coup d'essai derrière la caméra (et déjà assisté par son compère Freddie Francis qui aime à jouer sur la profondeur de champ). Prometteur, forcément...

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04 avril 2014

Sidewalk Stories (1990) de Charles Lane

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Je gardais un souvenir assez magique de la découverte de ce film dans une salle parisienne lors d’un jour de grand froid il y a de cela… 24 ans. La magie est-elle toujours au rendez-vous alors qu’entretemps nous avons subi des blessures, des pontages cardiaque, des trépanations, que nous avons fait  la guerre sur plusieurs territoires, Madagascar, la Malaisie, la Chine, les Comoros  ? Oui, je ne peux m’empêcher d’être grandiloquent et sot quand la nostalgie est convoquée… Force est de reconnaître que Charles Lane n’est ni Chaplin, ni Tati. Il n’a ni le sens du burlesque de l’un, ni le sens de l’observation de l’autre, ni la carrière des deux. Le grand espoir Lane de 1990 est resté dans sa lane en quelque sorte. On serre même un peu des dents au début du film tant les acteurs en font des tonnes dès lors qu’ils rentrent dans le champ de la caméra. On pensait (du moins dans notre souvenir) que Lane, en filmant ces bas quartiers new-yorkais, avait filmé un peu à l’arrache, dans les conditions du réel mais tout cela est en fait mis en scène de façon un peu laborieuse (les artistes de rue qui forcent  le trait, la scène entre l’immense caricaturiste qui fout la branlée au petit dessinateur Lane (qui est à tous les postes dans ce film, réal, acteur, scénariste, monteur…), la séquence du meurtre avec des policiers affreusement aveugles incapable de voir Lane se barrer à 2 à l’heure avec une poussette et un bébé…). On commence à penser, même si la musique qui colle aux images continue de nous séduire, que certains films gagnent  à rester de lointains souvenirs…

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Et puis tout de même, on commence à se dérider avec le récit de cette relation entre Lane et la bambinette qu’il a justement trouvée dans la lane. Difficile, certes, de ne pas être attachant avec de telles grosses ficelles : un adulte un peu perdu (artiste et SDF, pas vraiment un bobo) et une gamine totalement perdue, Le Kid est déjà passé par là. Mais la présence de la bambine est salvatrice, c’est elle qui apporte enfin un peu de naturel à la chose. Le Charles se plie en quatre pour divertir, nourrir, faire rire l’enfant et ce petit couple de miséreux jamais misérables capte toute notre attention. Le Charles se retrouve souvent entouré de bombasses black (un gamin, c’est bon pour la drague) pleines d’attention (cette marchande de vêtements qui donne tout gratis (on n’y croit pas une seconde mais le geste est beau), cette passante qui offre une peluche à la bambinette et fait du rentre-dedans à notre héros un peu naïf) mais il ne cherche jamais à trop abuser de la situation ; le flirt entre Charles et jeune femme est romantique comme tout même si malheureusement Charles rate encore plusieurs séquences (la séquence inutile lorsqu’il inspecte l’appart, la scène un peu lourde de la douche, l’incapacité de mettre l’homme et la femme réellement en face-à-face - les petits bisous sont mignons mais c’est un peu court).  De belles choses demeurent malgré tout : une vraie légèreté, une musique au taquet, des épisodes forcément attendrissants (la gamine qui tend les bras au Charles avant de traverser la rue) ou encore drolatiques (le Charles qui s’imagine coucher avec cette femme férue de musculature, une femme capable d’allonger un type d’un simple coup de poing). Le final est également joliment fait avec cette parole qui est finalement donnée - aux deux sens du terme (l’ensemble du film est muet pour ceux qui l’ignoraient encore) - à ces SDF qui zonent, comme si après avoir conté fleurette, Lane revenait à son idée de départ, la précarité, la vraie.  Un beau film, si, avec de petites maladresses devant lesquels on ferme facilement les yeux - ah la nostalgie…

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Fall Guy (1947) de Reginald Le Borg

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On entre dans les fonds de paquet de linge sale avec cette toute petite série B de la Monogram. Il y a quand même du beau linge au générique avec la présence de Leo Penn (s'agit-il du père de Gad Elmaleh, de Ryan Gosling ou de Sean Penn ? Suspense...) dans le rôle-titre, de Teala Toring, la copine de Leo, en jeune femme brune que l'on aime réveillée la nuit ou encore de mon pote Elisha Cook Jr en éternel pote torve ; le scénar, basé sur un bouquin de Cornell Woolrich, n'est pas d'une originalité folle : un type se réveille dans le coltar (coke + bibine) avec une jolie blonde dans le placard - dead. Il se fait pécho par la police dans la foulée, s'échappe et commence sa propre enquête. Est-ce que j'ai salement déconné hier soir ou suis-je le fall guy du titre ? Aidé par un pote flic, le charismatique Robert Armstrong et Teala, ils vont faire le tour des boites, interroger un paquet de monde pour remonter peu à peu la piste. Les cadavres s'accumulent jusqu'au final, une banale fusillade suivie d'une bonne baston sur un toit. Le fall guy va-t-il en tomber ?

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La bonne idée de la chose c'est qu'elle fait 60 minutes et qu'on a donc pas vraiment le temps de s'ennuyer. Si les scènes en intérieur pêche un peu au niveau de la mise en scène - mettez-vous bien face caméra, marchez en crabe si besoin est -, Le Borg tente tout de même de soigner ses ambiances propres au genre et balance deux-trois personnages excentriques : toutes les scènes en extérieur sont de nuit, les filatures pullulent - on se cache dans les coins en fumant avec les naseaux ou derrière le poteau d'un réverbère, on rencontre des personnages pour le moins pas ordinaires (le couple qui se trouve un étage au-dessous de l'appart où a eu lieu le meurtre, la brutasse - Jack Overman - qui accompagne la chanteuse blonde - Virginia Dale : sa spécialité c'est cogner, pas la finesse ni la littérature, ça se lit sur son nez) et le final essaie de jouer la carte de la surprise (ah c'est lui le commanditaire !... j'en étais sûr, pétard - j'aime ma mauvaise foi légendaire post-résolution) et de l'action - j'ai tout de même peu frémi, j'avoue. Un tout ptit film noir pour grand malade du genre.  

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Noir c'est noir,

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Sacré Printemps (The happy Time) (1952) de Richard Fleischer

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Soirée "double Fleischer" tonight, on ne se refuse rien... C'est le printemps et the happy Time est une film gouleyant, rafraîchissant, bien de saison. Voici venu le temps des rires bêtes et de la puberté au Cânâdâ. C'est Bobby Driscoll qui s'y colle dans le rôle du benêt de service en pleine mue. Mais Fleischer nous concocte également un casting de Frenchies des plus séduisants : l'irrésistible Charles Boyer (qui me fait toujours marrer, c'est nerveux), Louis Jourdan (le parfait French lover, arrogant et menteur... mais craquant), Marcel Dalio (en grand-père qui pète le feu même s'il ne lui reste plus beaucoup de carburant) ; au programme des dialogues half English half français absolument bidonnants (une œuvre que je conseille à tous les profs d'anglais : ne pas comprendre Boyer quand il parle anglais, faut le faire exprès), les acteurs ne se gênant point pour glisser des « tu comprends » à tout bout de champ. Mais au-delà de ça, il s'agit d'une œuvre divinement légère (il n'est question que de flirt et de désirs... même parfois d’amour - autrement dit, une œuvre sur l'essentiel) menée sur un rythme tonitruant : Boyer a une bonne humeur communicative et l'on se régale pendant 1h30 à suivre les exploits diverses de la famille Bonnard sous le regard bon enfant du sage Charles.

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Ils sont trois frères, les Bonnard : le Charles, père de famille, violoniste, qui couve avec sa femme son fiston Bibi même s'ils sentent que celui-ci va bientôt apprendre à voler de ses propres ailes (j'invente rien, on a même droit à une séquence sympathique avec un canari métaphorique) ; le Louis, gros gros buveur qui passe son temps à dormir chez son frère quand sa femme (qui taffe comme une dingue) l'engueule et l’éjecte : un bon vivant quoi ; et enfin le Desmond, bon viveur qui drague tout ce qui porte jupon et jarretière. Le Dalio (le pater) étant un grand séducteur, on s'attend à ce que le Bibi ne détonne pas dans la famille. Seulement si sa dévouée et affreuse voisine le colle, le Bibi ne va pas tarder de n'avoir d'yeux que pour la nouvelle bonne (la très mignonne Linda Christian dans le rôle de Mignonnette) qui s'est échappée d'un numéro de magie ; elle est blonde, elle est fraîche, elle pétille, elle te fait péter la bise pour un rien et cela laisse notre bibi tout chose (il a la tête de l'emploi, le Bobby Driscoll, pour interpréterle double effet kiss cool du premier baiser : 1) tu ne bouges pas 2) tu ne bouges plus - et notre ado de ramasser ensuite sa mâchoire sur le sol. Seulement voilà, pas de bol, le gars Desmond est également sur le coup de la bonne et là c'est l'expérience qui parle : il est tellement roublard, le type, et elle tellement naïve, qu'il ne devrait pas tarder à croquer la soubrette. Mais elle n'est peut-être pas si sotte...

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On n'est dans la bonne vieille comédie à l’américaine avec tronches expressives (nos Frenchies sont top, on comprend enfin pourquoi les Américains love Jean Dujardin - l'acteur français est soit un mime, soit un clown (ou les deux)), musique au taquet (Tiomkin livre une partition millimétrée qui colle à chaque plan) et bon vieux gags à la bonne franquette (le Bibi embrasse la Linda qui dort et lorsqu'elle se réveille et ausculte les traces laissées sur son rouge à lèvres, elle décide de jeter un broc d'eau… à la figure de Desmond, ohoh). Le pitch est mince mais comme tous les acteurs sont pétulants, on ne s'ennuie pas une seconde à suivre les affaires de cœur de chacun ; quoiqu'il advienne Charles Boyer a la patate et aura toujours un mot, un sourire, une attention envers son prochain ; ce type c'est tout le gai Paris à lui tout seul, une bombe à optimisme pleine de sages conseils - qui trouvera même le moyen de tenter de nous émouvoir sur le fil en ayant la lalarme à l'oeloeil quand son gamin deviendra enfin un homme, un vrai. Happy film !

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03 avril 2014

L'Etrangleur de la Place Rillington (10 Rillington Place) (1971) de Richard Fleischer

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Richard Fleischer vient encore de me coller une grosse baffe... Je m'attendais à un ptit thriller aux oignons, avec du suspense, de l'action, je ne sais quoi - foutaises ; 10 Rillington Place parvient à dépeindre l'horreur absolue, la déchéance totale avec un zen, un calme, une sorte d'inertie absolument bluffant. Je parlais des acteurs anglais il y a peu, force est de reconnaître que John Hurt (Gols en moins beau, moins bon et plus vieux pour vous donner une idée) est absolument époustouflant dans ce rôle de pauvre type analphabète un brin mythomane, gentil comme une mouche ; quant à Richard Attenborough, disons-le clairement, c'est le rôle d'une vie, c'est juste ouah, il est extraordinaire (je ris juste en pensant à un autre chauve française mystérieux : Michel Blanc dans Mr Hire - oui, je ris) : il campe un gardien d'immeuble qui commet des meurtres dans son petit coin, tranquillement, à l'artisanal... Affable, obséquieux, urbain, il est le mal incarné - de quoi donner envie d'embrasser avec plaisir n'importe quelle gardienne d'immeuble portugaise moustachue. Attenborough est juste parfait et contribue ô combien à l'impact de ce film qui laisse sur le flanc.

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Ne jamais demander à un gardien d'immeuble, à un amateur, à un criminel de pratiquer un avortement sur votre femme, surtout en votre absence. C'est la première erreur à ne pas commettre : demandez conseil à un professionnel, si, faites-le. Le film est suffisamment édifiant en soi pour que vous n'y réfléchissiez pas à deux fois. Lorsque Hurt (il se la raconte, il est benêt, il fait le fier, il est sans le sous, il bluffe et prends des grands airs, il est simplet et gentillet) donne le feu vert pour que le gardien "opère" sa femme, on frissonne d'avance. La pauvre Judy Geeson est tellement pleine de vie qu'on a du mal à imaginer la couture de ses bas pendouiller sur ses jambes mortes... On voit bien que c'est inéluctable, on voit bien que ce salaud de Fleischer prend tout son temps pour nous narrer son histoire avec ses dialogues à deux à l'heure, ses putains de thé qui prennent trois plombes à préparer, ces escaliers dont l'on pourrait compter chaque marche tant le gars ne fait jamais de coupe à chaque fois qu'un locataire monte ou descend, on sent bien qu'elle va se faire gazer bêtement... Sauf si, par le plus grand des hasards, des ouvriers se pointaient ce jour-là dans l'immeuble ? Sauf si, sa copine décidait de lui rendre visite au moment opportun ? Sauf si son bébé, oui son bébé qui pleure tout le temps, pouvait finir par attendrir ce chauve... Le Fleischer avec son petit air de ne pas y toucher et de nous trousser un film à l'anglaise, les pieds du caméraman solidement collés au plancher pour qu'on soit toujours à hauteur des tronches, nous servant une image maronnâtre déprimante, ne cherchant point à nous divertir avec de la musique, nous distillant ces petits dialogues parfaitement écrits, le Fleischer, disais-je, il nous tient par le slobard et il ne va pas nous lâcher tout au long de cette lente et irréversible (c'est le cas de le dire) descente aux enfers. Mais qu'il est couillon ce Hurt, qu'il est malin cet Attenborough, on a envie d'intervenir pour limiter le massacre, pour empêcher le glauquissime absolu (non par pitié, ne vous servez du grand sac en plastique pour..., non pas le... arrrrrrgggghhh) - en vain. Il y a un procès, on est optimiste, on espère enfin que la vérité, la justice va triompher mais Fleischer a empoigner la poche de notre slip kangourou à deux mains et il est capable de nous traîner, avec le Hurt, encore plus bas... Radical, merveilleusement interprété, filmé tout en tact et précision, lentement mais surement, cet Etrangleur ne vous lâche pas une seconde jusqu'à ce que le rideau tombe. Magistral Fleischer once again. A éviter un soir de déprime, sinon ça sent le gaz... ou le meurtre de votre gardien chauve.    

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02 avril 2014

Possession d'Andrzej Żuławski - 1981

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C'est toujours comme ça avec Zulawski : on ne sait jamais si on doit ricaner, s'affliger ou huler au génie. J'avoue que mes goûts m'ont plus souvent porté à la première ou deuxième attitude, et Possession m'a donné l'occasion plus d'une fois d'adopter l'une ou l'autre. Mais, sachez bien que ça me coûte un bras de l'avouer, je m'incline pour une fois devant la posture du sieur. Voilà un film radical qui est quand même très très troublant, et c'est déjà pas si mal. Zulawski réalise un film d'horreur psychologique et politique, en totale roue libre bien que très respectueux de ses racines polonaises, et touche souvent juste au milieu du magma plein d'orgueil. On ne comprend pas tout, on est la plupart du temps irrité par l'hystérie constante de la chose, on est souvent abasourdi par la pesanteur de certaines images, mais le fait est qu'on ressort de la chose lessivé et essoré comme un vieux linge.

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Anna quitte Mark. Une fois le scénario résumé, passons au reste. Le reste, c'est d'abord le Berlin pré-Chute, arrière-plan prégnant et filmé dans toute sa laideur par Zulawski, de couloirs de métro en appartements insipides. La ville et son lourd bagage font tout de suite passer cette histoire d'infidélité et de trahison dans une autre dimension, secrète et lourde de mystères. L'univers mis en place est anxyogène au possible, chacun surveille chacun, et le monstre qu'Anna va finir par créer semble bien d'abord naître de cette angoisse d'être observée, par cette absence de liberté, par cette suspicion envers chacun. L'horreur des blocs communistes de la guerre Froide prend ainsi un visage concret : celui d'une larve immonde qui peu à peu va se transformer en un double du personnage principal, un double plus lisse, plus aryen, moins humain. Il semblerait bien que Possession soit donc avant tout l'histoire d'une terreur, celle qu'Anna et Mark ressentent dans ce monde de police secrète et d'espionnage à outrance. Rares sont les films de genre qui s'attaquent aussi frontalement à la politique, on en sait gré au bon Andrzej.

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A travers ce contexte, c'est aussi au couple que Zulawski s'attaque, dans une sorte de romantisme proto-punk qui là aussi est assez fort. Mark est trahi par Anna, qui le trompe avec une espèce de caricature dandy et new-age. Cette trahison biaise sa vision des choses. Le film est entièrement raconté de son point de vue, Anna devenant une sorte de sorcière monstrueuse sur laquelle il projette tous ses fantasmes sexuels et sanguinaires. Option de narration radicale : que tout soit déformé par la vision d'un mari jaloux, le vaudeville se transformant en cauchemar torve et gore dans une sorte de perversion totale de la vision. Le film est du coup très pénible, mais c'est une qualité dans un film d'horreur. Avec cette lumière blafarde et ces décors tristes, Zulawski déploie une vraie symphonie du terne, et s'excite visiblement beaucoup à balancer des hectolitres de sang vermeil dans ces ocres fades. Autopsie du couple que n'aurait pas reniée, sûrement, Bergman s'il avait aimé le gore (et avait eu mauvais goût), Possession exagère la souffrance de cet homme, jusqu'à la farce macabre. Dommage que le film se prenne tellement au sérieux, car il y aurait eu la place, surtout avec Sam Neill, pour de la dinguerie clownesque, pour faire vriller les choses dans un sordide comique qui aurait fini de m'achever.

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Rassurons-nous : il y a quand même de la place pour se marrer, notamment face aux gesticulations d'Adjani. Voilà une nana, tu lui demandes de faire comme si elle était folle, elle se pète les deux genoux, s'arrache un oeil et vomit du lait. Elle est vraiment complètement dingue, ne contrôlant absolument rien de ce qu'elle fait (ce qui la distingue d'une bonne comédienne, et l'éloigne de Neill, lui absolument excellent), et la caméra pourtant hystérique de Zulawski a même du mal à la suivre. C'est vraiment la limite du film : le fait qu'il aille jusqu'aux confins du ridicule quand il cherche à exprimer cette douleur, et qu'il confie la chose à Adjani, à côté de laquelle la gonzesse de L'Exorciste est straubienne. Du coup, on décroche plein de fois, on ricane doucement devant la donzelle, et on voit tous les défauts techniques (des zooms affreux, par exemple). Heureusement la mise en scène est pleine de très beaux effets, un peu inutiles je veux bien, mais en tout cas agréables à l'oeil : vastes travellings très souples qui suivent les personnages dans la rue ou les encerclent, profondeurs de champ vertigineuses, plans très longs quand il le faut (la fameuse scène d'accouchement dans le métro). Non, vraiment, pour une fois, Zulawski ne se fera pas traiter d'imposteur par moi, les pierres blanches sont à votre disposition.

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LIVRE : Situations délicates de Serge Joncour - 2001

joncC'est très snob de le dire, c'est pourquoi je ne me gènerai pas : on n'a pas envie, au départ, d'aimer Situations délicates. C'est tellement léger que c'en est presque inconsistant, c'est écrit un peu populo, et c'est encore une fois un de ces petits livres bobos du pire effet. On s'apprête donc à ricaner, voire à balancer le bouquin par la fenêtre en pestant contre la mort de la littérature. Mais il faut bien le reconnaître : on se laisse facilement aller dans le livre, si bien qu'au bout de quelques pages on se retrouve même sous le charme. Joncour traite pourtant la grammaire comme une petite chose secondaire, et on est parfois sidéré devant les énormes fautes de syntaxe (certaines voulues, je sais, mais plusieurs autres complètement involontaires) ou les approximations de style : le rythme, l'homogénéité, la musicalité de la phrase, le gars s'en cogne comme de sa première culotte courte, et il a bien tort. Mais reconnaissons que pour le reste, il est assez fort. Notamment pour la justesse du propos. Il s'agit de décrire 45 situations embarrassantes, ridicules, celles où on apparaît tout à coup minable ou pathétique. Une partie d'échec qu'on perd face à un gosse de 10 ans, une blague qu'on raconte mal alors que tout le monde écoute, un môme qui vous regarde fixement alors qu'on a envie d'être peinard, ce genre de choses, voyez ? Quand Joncour reste au ras du quotidien, quand il ne cherche pas à créer de la fiction à tout prix, il est bon, trouvant souvent la bonne formule pour décrire ces anecdotes rigolotes, cultivant un art de la chute très efficace, et on s'amuse devant la chose comme on a pu le faire devant un Philippe Delerm jadis. On se reconnaît sans problème dans ces narrateurs pathétiques, et on apprécie ce miroir gentiment caustique brandi devant nous, jusqu'à en oublier les approximations d'écriture. Quand par contre il se pique de dépasser la vie ordinaire et de créer des histoire plus vastes, le gars rate sa cible, et crée des situations invraisemblables (alors que c'est justement la vraisemblance, la justesse, qui font la qualité de la chose). Un livre donc à picorer par-ci par-là façon friandise, sans être trop regardant, et qui ne bouleversera rien dans votre vie mais vous permettra de vous moquer de vos contemporains et de vous-même à bon compte.

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Gimme the Loot (2013) d'Adam Leon

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Mis sur la piste de ce film grâce aux tops 10 de nos camarades blogueurs d'Il a Osé ! , que dire d'autre sinon qu'on a bien fait d'oser. On est dans le road movie in the city (un genre qui nous est cher avec l'ami Bastien) puisque l'on suit un ptit couple à la coule de buddy graffiteurs composés de la très fraîche Tashiana Washington et du tchatcheur Ty Hickson ; le pitch n'est qu'un prétexte (trouver 500 dollars, pénétrer dans le stade des Mets et graffiter une pomme - c'est culturel, ouais) pour suivre nos deux ptits jeunes débrouillards dans les rues new-yorkaises, découvrir leurs plans "démerde" et surtout leur plan loose. C'est pétillant comme tout, ça ne joue pas à l'arty pour faire arty, les dialogues sont suffisamment bien écrits pour qu'on prenne plaisir aux passes d'armes entre les différents protagonistes et aux diverses discussions qui partent en vrille (Ty qui aime à traiter de sujets originaux comme les éjaculations nocturnes ou qui tente des comparaisons très personnelles entre un préservatif et une kippa) et certaines séquences se consomment réellement avec un plaisir gourmand (Ty et une certaine bourge, Ginnie, flirtant grave en fumant de l'herbe, cette même Ginnie se baignant dans un "réservoir" qui domine la ville, la filature de Ginnie par Tashiana - le tout au pas de course - magnifiquement filmée dans ces petites artères ensoleillées, la "leçon" d'ouverture de porte par un vieux gars braqueur tatoué de haut en bas...).

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C'est certes léger comme tout - on n'est pas vraiment dans le film à thèse ou dans le film ultra-psychologico-philosophique - mais cela permet mine de rien, sans jamais tomber dans le misérabilisme facile à deux cents, d'évoquer une partie de cette jeunesse new-yorkaise black-blanc-black (surtout black, donc) qui vit de petits expédients, qui tente de trouver une manière "d'exister" avec une réelle pugnacité. Plus d'une fois nos deux amis se retrouvent le bec dans l'eau, obligés de repartir à zéro - s'ils arnaquent, eux aussi se font dépouiller (de leur argent, de leur vélo... ; on apprend aussi comment se faire un minimum de thunes en essayant de refourguer un téléphone volé : suivez la guide...) -, mais au lieu de baisser les bras, cela renforce leur solidarité et leur complicité. C'est linéaire, d'une belle simplicité et parfaitement monté sans faire "genre"... Belle petite surprise du début d'année... 2013 ; il fallait avoir l'oeil, et le bon, pour ne pas passer à côté - les séances de rattrapage à l'heure des bilans sont faites pour cela.   (Shang - 25/01/14)

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Ah, sous le charme tout autant que mon camarade. Voilà typiquement le genre de film modeste, faussement simple, qui peut vous arriver par surprise et vous attraper comme de rien. Il y a beaucoup d'influences là-dedans, de Spike Lee à Eric Rohmer, de Woody Allen à Jim Jarmusch, ce qui fait que Leon fait une sorte de pont entre le côté littéraire de la Nouvelle Vague et la modernité du cinéma urbain, reliant finalement un certain esprit hip-hop au romantisme désuet du XIXème. Oui, madame, pas moins.

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Ce qui touche le plus, ce sont ces dialogues finement ciselés, et le fait qu'ils prennent place dans un territoire très précis et très bien rendu. Leon sait ancrer la parole dans l'espace, et organise tout un réseau de plans, simples, où l'arrière-plan (escaliers, façades, caves, rues chaudes du Bronx) compte autant que le premier, où l'espace et le décor ont autant d'importance que ce qui est dit. D'ailleurs, la parole sert la plupart du temps à camoufler les sentiments, longues lignes de rodomontades, d'insultes fleuries, de crâneries diverses pour mieux dissimuler la vérité (un amour naissant entre les deux héros bien trop fiers pour le reconnaître). C'est cette façon de travailler la langue d'un territoire en parallèle avec ce territoire lui-même qui force le respect, d'autant que tout ça est fait sans ostentation, en restant du côté de la comédie légère. Leon montre beaucoup de choses (les deals, la débrouille, les embrouilles) mais sans faire du spectacle, avec la modestie des grands. Le catalogue de personnages, le sens des situations, la direction d'acteurs (tous impeccables), le parfait timing de chaque séquence, tout participe à ce bonheur simple, à cette discrétion de la mise en scène et de l'écriture. Il faut bien du talent, m'est avis, pour écrire aussi justement la scène de drague enfumée entre le jeune gars et la blonde fatale (ainsi que la très cruelle scène de désillusion qui s'ensuit), ou pour montrer sans la montrer la complicité touchante entre les deux protagonistes.

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Modestie ne veut pas dire transparence pour autant, et la mise en scène est très élégante, avec ces travellings tout jarmuschiens et cette façon de filmer toujours à hauteur de personnages, cadre bien parallèle au sol, à la manière finalement de cet autre humaniste qu'était Ozu. Oui les enfants, il y a là aussi un parallèle à faire entre les deux, dans cette manière de ne montrer que de l'humain, que du sentiment, pour mieux parler d'un contexte, d'un pays, de choses plus vastes (ici, par exemple, du fait que l'homme soit un loup pour l'homme). Très emballé.   (Gols - 02/04/14)

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LIVRE : Les Têtes de Stéphanie de Romain Gary - 1974

les-tetes-de-stephanie-romain-gary-9782070452279Gary s'est de temps en temps piqué au jeu de l'exercice de style et de l'hommage au genre, souvent pour le pire d'ailleurs (Charge d'Âmes, beuurk). Avec Les Têtes de Stéphanie, il s'essaye au roman d'espionnage pur jus, et si on est très loin des grandes oeuvres du gars, reconnaissons qu'on s'amuse bien face à la chose. Guère plus épais qu'un bon vieux OSS117, le roman nous emmène dans un pays du Moyen-Orient, récemment libéré du joug d'un dictateur, et dans lequel une mannequin est envoyée pour faire des photos et redorer le blason national ; mais quand autour d'elle les têtes commencent à tomber, quand les princes félons et les tueurs sanguinaires commencent à la harceler, quand les espions doubles ou triples s'entretuent autour d'elle, on comprend que derrière les ors des magazines people se cachent des trafics plus torves, à base d'armes de contrebande et d'enjeux politiques colossaux. Le contexte amène son lot d'exotisme, et Gary ne se prive pas pour multiplier façon super-production les décors, les ambiances et les personnages : désert aride, palais somptueux, pièces secrètes d'ambassades, on a l'impression d'un de ces romans d'évasion pour dames en manque de frissons. Ca remue pas mal, les scènes d'action sont particulièrement réjouissantes et les rebondissements pléthore. Certes, tout ça est très léger, mais se revendique comme tel, et on n'en voudra pas à Gary d'avoir pris une récréation entre deux projets plus sérieux, surtout quand elle prend des airs aussi classieux parfois : le personnage de Stéphanie, à rebours de ce qu'on attend d'un mannequin, contribue beaucoup à teinter ce cahier des charges exotiques tout tracé d'une certaine insolence, et quand on la voit péter les plombs et jongler avec les têtes coupées, on se dit que Gary a trouvé en elle un bien étrange personnage (à la Jean Seberg ? mmm...). On rigole bien, on bondit aux évènements de la chose comme dans un bon vieux Tintin, on rigole plaisamment, et on remarque que, même ouvertement dilettante, Gary n'est pas manchot pour trousser une description, affiner une formule ou déployer un style. Un roman tout à fait conseillable si vous avez quelques jours à passer à l'hosto, par exemple, tiens, mais dans les autres cas aussi.  (Gols 07/04/13)


garystephanieJe n'étais pas à l'hosto, juste dans des conditions climatiques extrêmes (adieu mon champ de bananes...) mais cela n'empêche point d'apprécier la chose. Mon compère fait le tour de la question concernant cette oeuvre récréative et pleine d'aventures moyen-orientales. Ecrit à l'époque sous le pseudo de Shatan Bogat, ce bouquin sent quand même son Romain Gary à plein nez avec cette déification de la femme (si belle, gentiment innocente (je n'ai pas dit sotte) et pure mais avec la tête... sur les épaules), ces héros couillus et virils (Rousseau...) et ces éternelles questions d'idéal - quand vous lisez un roman avec l'occurrence de ce terme à chaque page, c'est du Gary. C'est vrai que l'ensemble ne porte pas vraiment à conséquence même si Gary se fait un devoir de soigner chaque détail, chaque référence et ne s'interdit pas quelques belles envolées lyriques sous ce clair de lune qui brille sur le désert. La Stèph' (qui se remet difficilement d'une liaison avec un black... il y a de la J.B. là-dessous en effet) en a pour ses frais, elle, simple modèle de papier, qui se confronte à la violence et à la cruauté du monde (pasque lui, Gary, il sait, il a traversé toutes les épreuves tel un preux chevalier dévoué à sa Belle... une Belle si naïve mais tellement attendrissante : Gary le mysogine qui aimait les femmes comme dirait miss H.). Du bon divertissement de base qui bénéficie d'une écriture d'une grande fluidité littéraire (marque déposée...). Un roman de Romain, oui.  (Shang 02/04/14)

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