12 août 2014

Men of Crisis : The Harvey Wallinger Story (1971) de Woddy Allen

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Tout tout tout vous saurez tout sur le Woody - quant on parle d'intégrale à Shangols, on n'est pas des demi-molles - avec cette très sympathique pochade du gars Allen qui fut, vous ne le savez peut-être pas et maintenant vous le saurez, l'un des conseillers principal de Nixon, un homme de l'ombre comme on dit. 26 petites minutes de montage où l'on retrouve Woody interrogeant des personnalités lors du procès du McCarthisme, photographié aux côtés de Nixon ou encore donnant son avis sur des sujets aussi politiques que farfelus. On a vraiment la nostalgie de cette époque (1971, j'étais au même stade que le rôle incarné par Woody l'année suivante dans le premier sketch de Tout ce que vous avez voulu savoir sur le Sexe), une époque où le Woody balançait 28 one-liners à la seconde sans se départir de cet air terriblement sérieux. Cette délicieuse petite chose télévisuelle n'est pas sans rappeler ce qu'il commit douze ans plus tard (Zelig, un must) : on n'est dans le doc "à la ricaine" avec divers personnes interrogées le plus sérieusement du monde sur la personnalité de ce curieux Harvey Wallinger (avec en prime quelques morceaux de vrais discours du gars Nixon lors desquels il s'emmêlait sérieusement les pinceaux). Woody mitraille à tout va qu'il s'agisse de religion, de politique ou de sexe. Ses anciennes conquêtes sont notamment interrogées (une bonne soeur qui le trouvait juste sexy, Diane Keaton (Ah Diane Keaton !) qui regrette que son ancien amant garde les jambes croisées lorsqu'il faisait l'amour ou encore qu'il ait osé se taper des "Democrates" - they are "dirty, they never clean themselves...") et on se fend la poire à chacune de leur sortie (ah oui, il y a aussi celle qui eut une aventure avec Mussolini mais qui décida de le quitter quand elle se rendit compte qu'il était italien). 

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C'est fait avec deux francs six sous mais chaque petite mise en scène est rigoureusement soignée et possède sa dose minimum de comique pince sans rire. Bref, il nous a fallu du temps pour exhumer la chose mais on s'est régalé à la découvrir. Du Woody pur jus of the good old time.

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Tout sur Woddy sans oser le demander, ici

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11 août 2014

Blue Ruin de Jeremy Saulnier - 2014

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Envie d'un petit film noir qui déborde de l'odyssée pléthorique troussée par notre ami Shang : voici Blue Ruin, petite chose honorable mais oubliable complètement dans la veine des années 70. On pense à Pekinpah ou aux film burnés avec Eastwood, avant de se rendre compte que Saulnier est aussi un cinéaste d'aujourd'hui et a vu les trucs des frères Coen. A cheval donc entre le thriller et la critique du thriller, il parvient mine de rien à trouver un petit ton agréable, et le film se laisse regarder comme de rien.

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Dwight a vu ses parents assasinés et a dérivé depuis vers la dèche et la déprime. Quand il apprend que l'assassin est libéré après 10 ans de tôle, il rase sa barbe, retrouve son Opinel et part en guerre. C'est le début d'une spirale de violence vengeresse qui va aller très loin, chaque meurtre en entraînant automatiquement un autre dans une surrenchère sans fin. En même temps qu'une sorte de renaissance du personnage, qui trouve finalement dans son obsession de vengeance un sens à sa vie et un nouvel équilibre, on voit se dessiner un portrait de l'Amérique moderne guère reluisant. Pour une fois qu'un film de "revanche" n'est pas une glorification droitiste du self-defence, on ne peut qu'applaudir : Saulnier, même si ses pics de violence sont filmés avec une sècheresse qui confine au gore, n'est pas fasciné par la violence. Au contraire : il montre comme il est difficile de tuer quelqu'un, même quand on a le droit de son côté. Le personnage ne cesse de braquer des méchants et d'hésiter avant de les tuer, terrorisé par ses actes et par le sang qui gicle de partout. Armée jusqu'aux dents, l'Amérique semble abandonnée à cette course sans fin vers l'anéantissment de l'homme par son voisin de palier, et en même temps atterrée par sa propre amoralité.

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Le fond est donc assez fin, et le style l'est tout autant. Saulnier parvient avec maîtrise à aller sans arrêt de la violence sèche à l'humour et inversement, grâce à son anti-héros maladroit et pas fait pour ça : le gars loupe les mecs à deux mètres, s'arrache des flèches de la jambe avec un sécateur, discute trois heures avec un meurtrier au lieu de l'achever, vraiment pas un justicier infaillible et sur-entraîné. Juste un petit mec sans qualité entraîné dans un monde qui lui échappe. Cet anachronisme donne des scènes assez marrantes, malgré la tension du film. Une fois tout ça dit, et c'est déjà énorme, notons quand même les défauts du film : un acteur principal qui vise trop ouvertement l'Oscar (construction physique très scolaire et fatigante), une trame un peu hétérogène qui n'évite pas plusieurs moments de creux pas géniaux, une tendance moraliste sur la fin, et une certaine transparence de mise en scène. Voilà, comme je disais : pas mal, peut-être une voix intéressante en train de naître sous nos yeux, mais encore un peu timide.

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10 août 2014

Zero Theorem (The Zero Theorem) (2014) de Terry Gilliam

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Ce film a reçu le prix du jury au dernier festival de Venise et m'est avis que les jurés avaient dû sacrément abuser du chianti. Terry Gilliam a fait très peu de films ces dernières années, et c'est sûrement sa meilleure initiative. Je ne vois absolument pas ce qu'il y a à sauver dans ce très moche pseudo-film de SF si ce n'est le costume d'infirmière en latex de Mélanie Thierry - et Dieu sait que je ne suis pas pervers, ni que je crois en Dieu d'ailleurs. Christoph Waltz qui a fait valser ses cheveux se débat pendant 105 minutes devant son ordi pour prouver que l'univers n'a pas de sens, mes amis, et qu'on va tous finir dans un trou noir (dans l'espace, hein, mais la diférence est mince quoiqu'il en soit). S'il a toutes les peines du monde à ce que son équation tende vers zéro, le film, lui, n'a aucun mal. Les interventions d'un Thewlis (qui a terriblement grossi), d'un jeune accro de l'informatique et des pizza (Lucas Hedges), de Matt Damon en manager (il ne le mettent pas dans le générique d'ouverture qu'il y a Matt Damon - sachant qu'il ne fait que des daubes, j'aurais automatiquement zappé - ils sont malins) et même de Mélanie Thierry en bitch plus ou moins virtuelle, ne sauvent absolument rien.

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Gilliam nous enferme dans un décor d'église macabre et laid, tente deux trois ouvertures en extérieur pour nous montrer qu'on est dans le futur (la Roumanie en 2050 : si, tous les bâtiments sont repeints) et n'a absolument plus rien à nous communiquer. C'est pas drôle, les petits inserts "burlesques" sont nazes (oh les ptites souris qui viennent tout grignoter, ohohoh - c'est nul ; il nous refait le coup des colombes - c'est vieux) et ce pauvre hypocondriaque de Waltz nous fait peine tout du long. Comment dès la lecture du scénar ne pas sentir que ce bazar mène nulle part ? Cela reste une véritable énigme. Revoyez Brazil, cela n'a pas dû plus vieillir que ce navet.

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Mystery (Fu cheng mi shi) (2013) de Lou Ye

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J'en termine avec la filmo du gars Lou Ye avec ce dernier opus sorti en France en 2013 et tourné en Chine : on est un ton au-dessus de Love and Bruises (bienheureusement...) avec cette histoire d'adultère (vous souvenez-vous du chef d'oeuvre de Georges Lautner Attention une Femme peut en cacher une autre ? - on a des références qu'on aimerait parfois ne point avoir... sorry for the joke) et d'accident mortel. Lou Ye brouille un peu les pistes de son récit à tel point que l'on met bien vingt minutes à vraiment savoir qui est qui (il faut être physionomiste avec les Chinois sinon ça devient parfois aussi embarrassant qu'un livre de Dostoïevski au niveau des personnages...). Quitte à spoiler un peu la chose, exposons les grandes lignes de l'histoire : Yongzhao (Qin Hao) vit avec Sang Qi (Qi Xi) ; celle-ci fait la connaissance de Lu Jie (Hao Lei) qui a eu un fils avec... Yongzhao. La maline Lu Jie (qui a planifié cette rencontre) met Sang Qi sur la piste de l'une des maîtresses de Yongzhao (elle espère qu'elle fera le sale boulot à sa place). Seulement la dite maîtresse va mourir dans un accident et dans des circonstances reltivement troubles (on va pas tout vous dire non plus) : cette mort plus le petit jeu de Lu Jie vont finir par éclabousser son monde, changer la donne...

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Mystery est un film qu'on pourrait qualifier de pluvieux (en Chine, il y a les films de brouillard et les films pluvieux... après, le reste est tourné en studio et n'est pas crédible...). Qu'il s'agisse d'un terrible accident (la scène d'ouverture) ou d'un "règlement de compte" qui tourne au carnage, il se met à tomber des cordes sur nos personnages principaux - on aurait presque peur qu'il ne reste d'eux, à la fin, que des flaques. On pourrait bien sûr tirer une petite métaphore de cette humidité par rapport aux problèmes sentimentaux de nos jeunes Chinois sans foi ni loi : si Yongzhao tire à tout va sans vraiment se poser de questions, Lu Jie (et même dans une certaine mesure Sang Qi lorsqu'elle "kidnappe" le gamin de son "amie") est prête à monter les pires plans pour finir par avoir ce qu'elle veut : son mec. Autant dire que ces multiples coups de salopiot et autres coups du destin laissent notre trio (même si Lui Jie a la banane) totalement exsangue pour ne pas dire vidé de son suc, de son humanité, comme délavé.

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Lou Ye avec sa caméra de reportage livre sûrement au final l'un de ses films le plus gris (merci aux architectes chinois qui mettent toujours en place un décor urbain bien pourri), le plus cru, le plus désespéré. Derrière les larges sourires de ces deux héroïnes et leur regard lisse comme du béton ciré se cachent deux femmes calculatrices, possessives, violentes - le combat se fera par KO à la douzième reprise - à l'image de cette société où seuls les plus friqués, quelles que soient leurs fautes (le chauffard, fils d'un grand patron, qui deale avec le flic ou avec la mère de la victime), les plus malins can survive. Un bon petit Lou Ye, moui, sans qu'on atteigne non plus les sommets (ou les fulgurances) d'Une Jeunesse chinoise.

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08 août 2014

24 heures chrono saison 9 - 2014

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On ne l'attendait plus, surtout après la très belle conclusion de la saison 8 : revoilà notre Jack B., sorti des limbes pour reprendre un service de 12 heures toujours aussi peu disert en pauses clopes et en siestes. On attaque, c'est vrai, ce retour du retour du retour avec une once de doute, convaincu que le style de la série, s'il a bouleversé tout dans les années 2000, a dû perdre pas mal de son effet aujourd'hui. Mais franchement, au bout d'environ 1 minute 20, on oublie définitivement les doutes, et on oublie même de penser : on se contente d'ouvrir une bouche béante devant l'efficacité redoutable de la chose. C'est l'effet 24 : une petite mélodie, le tic-tac reconnaissable entre tous, un "priviosly on twentifor", et nous voilà repartis sans problème pour un nouveau tour.

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Exactement la même chose qu'avant pourtant : des terroristes patibulaires qui, en mourant, révèlent qu'ils n'étaient qu'une partie d'un complot beaucoup plus grand ; des taupes cachées au sein du contre-terrorisme qui, en mourant, révèlent qu'ils sont aux ordres d'une taupe mille fois plus méchante ; un président qui prend à peu près systématiquement les mauvaises décisions ("je ne peux pas vous faire confiance, Jack, vous allez devoir vous débrouiller seul sur ce coup") ; deux trois blondes fatales plus ou moins amoureuses du Jack ; pléthore de figurants chair à canon qui n'ont qu'une ou deux répliques à dire avant de mourir assassiné par un vilain à accent ; un coup de théâtre toutes les 15 minutes ; et au milieu, Bauer, plus héroïque que jamais, plus taiseux que jamais, éructant des "Dam it" de sa voix d'infra-basse tout en balançant des roquettes d'une main, pilotant un drone de l'autre et téléphonant au président d'une troisième. Les bonnes vieilles recettes déjà en place pour la première saison, et qui sont ici copiées sans plus, avec la ferme conviction qu'elles marcheront toujours. Elles marchent toujours, même si les petits jeunes qui essaieront de regarder ça considèreront sûrement que c'est du feuilleton de papy. Bauer doit frôler les 75 ans, c'est vrai, mais Sutherland lui donne une texture quasi-mythologique : invincible, véritable robot prenant des décisions en un quart de seconde, apparaissant et disparaissant comme un fantôme (très belle image de son entrée dans la saison), connecté au monde entier, passant à travers les murs et les barrages de Russes sur-armés, il est le Héros à l'état pur. Toujours aussi ambigu (la torture est devenue un passage obligé pour lui), toujours aussi sombre, il est l'âme noire de l'Amérique, le mercenaire qu'on envoie faire le sale boulot pendant que les ronds-de-cuir rondecuisent.

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Cette fois ça se passe à Londres, sur 12 heures seulement donc, durant lesquelles un cartel de terroristes odieux ont entrepris de détourner des drones pour anéantir la City et trucider le président. Les Chinois et les Russes vont s'y mettre aussi, on va être à deux doigts d'une troisième guerre mondiale, à moins que Jack, juste avant le "tip-tip-tip" final... On retrouve Chloé (habillée en gothique, elle a dû lire Millenium), et aussi quelques personnages connus de la série, je ne vous dis rien. On retrouve la même mise en scène survoltée, caméra à l'épaule, split-screens savants, gestion du "temps direct" au taquet, atmosphères urbaines rendues par une photo métallique, bel équilibre entre grands évènements mondiaux et tout petites aventures (le sort de la planète repose bien souvent sur une porte qu'il faut passer ou une victime qui parvient à s'échapper). C'est absolument addictif pour peu qu'on accepte toutes les invraisemblances de la chose, d'autant que concentrée sur 12 épisodes seulement, la série semble avoir trouvé son vrai rythme : pas de place pour les mille sous-trames qui cassaient le bazar ; de l'action, rien que de l'action, et une belle linéarité de la narration, qui confine presque à l'épure. Cela n'exclut pas du tout les dilemmes moraux et sentimentaux auxquels nos personnages doivent faire face, et la série est trépidante de bout en bout. Le dernier épisode est même remarquable, organisant une énième disparition de son héros qui n'a décidément pas fini d'en baver des ronds de chapeaux. Pour le reste, on sait exactement ce qui va se passer, et on ne sait jamais ce qui va se passer... mélange, si vous voulez, du plaisir de la répétition et de l'univers connu avec de la surprise constante. Du plaisir, rien que du plaisir, auquel vient s'ajouter un petit côté vintage délicieux. Je signe quand vous voulez pour une suite. (Gols 22/07/14)

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Jack is back : il est toujours infaillible, n'a pas d'ami, est omniscient, ne rate rien. Je cherche les points communs qu'on pourrait avoir mais j'ai bien du mal - à part peut-être cette saine humilité et ce sens du sacrifice, je vois pas (...). Bref, 24 heures ne dure plus que 12 heures et c'est bien mieux, ça évite en grande partie les intrigues totalement inutiles pour bourrer le mou. Ce n'est pas que cela parte non plus sur les chapeaux de roue (les 6 premiers épisodes m'ont laissé vraiment penaud... à tel point que je me demandais si le Kiefer ne ferait pas mieux de passer la main) ; heureusement, on reprend ensuite un bon rythme de croisière, Jack, flingue en main, descend de l'humain ou te le défenestre en clignant à peine des yeux (il a un ptit tic, vous aussi vous avez remarqué - surtout quand il est fatigué, non ?) et n'est jamais du genre à tergiverser... C'est un peu ennuyeux, on aimerait bien au moins une fois qu'il prenne à gauche au lieu de prendre à droite, genre - c'est pas possible d'avoir un GPS intégré dans le cerveau et d'atteindre sa cible à tous les coups, on est d'accord. Un côté super héros qui lasse un peu, d'autant que côté émotion et sentiment, c'est vraiment la partie congrue (un joli split screen avec Audrey - si loin, si proche ; une "EVEntuelle" complicité avec la chtite blonde mais ils n'ont même pas le temps de boire un café tant les drones sont super rapides).

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Et puis il y a Chloé, parmi les personnages incontournables de la série, genre de mix entre Yolande Moreau et une créature de Tim Burton, toujours aussi à l'aise avec un clavier, toujours aussi têtue et gaffeuse - mais pas bête, 'tention. 24 heures est toujours aussi palpitant dans les scènes d'action mais on fnit par être tellement en terrain continue qu'on consomme ça aussi facilement qu'un pot de Nutella sans penser vraiment au contenu... De toute façon, on sera là pour la saison 10, donc à quoi bon ergoter... (Shang 08/09/14)

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Locke (2014) de Steven Knight

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Locke est un film de voiture (une BM) conduite par Tom Hardy. Une fois qu'on aura dit que la chose est anglaise, je pense qu'on aura à peu près fait le tour de la question. Comme je suis d'humeur taquine - vendredi aprème, c'est mosquée donc repos -, je vais quand même vous donner deux trois éléments scénaristiques. Tom va vivre, au volant de sa caisse, une belle soirée de merde. Il y a quelques mois, un soir de faiblesse (l'alcool, la solitude mais l'humidité aussi, ça joue beaucoup en Angleterre l'humidité apparemment) il a fauté avec une très jeune femme (43 ans - le premier qui fait un commentaire, je le frappe) : il s'est mis martel en tête d'assister à l'accouchement et c'est ce soir. Forcément, sa femme fait la gueule (et le vire), son boss fait la gueule (et le vire) mais il tente malgré tout de ne pas s'effondrer et de tout faire pour que le chantier où doit se dérouler le lendemain matin le plus gros coulage de béton d'Europe (pas rien) se passe pour le mieux. Car le Tom, il sait qu'il a gravement merdé, ça il le sait, mais il prend ses responsabilités. Pas comme son connard de père (mort depuis) qui l'a abandonné à sa naissance et ça il le fait bien entendre quand il s'adresse à lui dans le rétroviseur. C'est linéaire, en temps réel, une belle gageure, et chiant comme la pluie même si la route est sèche. On s'accroche jusqu'au bout au bitume en espérant une jolie ptite pirouette inattendue mais non. Rien. Même pas la peine d'essayer, ils ne changeront pas la fin pour vous. Le genre de film pour rien où on va louer sur l'affiche la performance de l'acteur - c'est sûr que s'il était mauvais, il ne resterait plus que la BM : on ne pourrait pas décemment dire "incroyable jeu tout en intérieur en cuir de la BM", même les critiques de Studio-Ciné live n'oseraient pas - quoique. Un film à mater en bagnole sur une route droite ; vous pourrez même fermer un oeil, vous manquerez que dalle. Même pas un pneu, qu'j'y mettrais.

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07 août 2014

LIVRE : Les Buddenbrook - Le Déclin d'une Famille (Buddenbrooks - Verfall einer Familie) de Thomas Mann - 1901

262924_2785534"Alors il avait succombé à l'un de ces accès de découragement total qu'il connaissait si bien. Il avait éprouvé à nouveau que la beauté fait mal, senti à quelle profondeur de honte et de nostalgie désespérée elle nous plonge et comment elle anéantit le courage et la faculté même de vivre l'existence vulgaire. Ce sentiment horrible et désespérant l'avait écrasé comme un bloc massif, et il s'était redit que, en dehors de ses chagrins personnels, un fardeau devait peser sur lui qui, d'emblée, avait alourdi son âme et qui l'étoufferait un jour."

La Montagne magique dont je garde un souvenir flou, vaporeux, enchanteur m'avait transporté et je dois bien reconnaître que cette saga des Buddenbrook m'a tout autant halluciné. Sont forts quand même ces Boches et pas seulement au foot pour clore la parenthèse de juillet. Si le gars Mann fut influencé par les Goncourt ou Zola, le type âgé d'une vingtaine d'années, ne garde de cette veine dite impressionniste que la quintessence et nous livre un premier roman du même bois que celle dont on faisait les raquettes (époque McEnroe, Borg, soyons sérieux). Cette galerie de personnages, des plus pathétiques, mesquins, terre-à-terre, "solides" (Le Consul, Thomas...) aux plus "sensibles", fragiles (Christian, Johann...) est on ne peut plus attachante sur la longueur (malgré les milliards de faiblesses de chacun… ou grâce à…) même si tous vont finir le nez dans le ruisseau, pour ne pas dire six pieds sous terre. On ne va pas revenir en large et en longueur sur les dons de Mann aussi à l'aise dans les descriptions que dans les dialogues (je trouve la traduction de Geneviève Bianquis d'une parfaite fluidité), dans les traits psychologiques que dans la douce ironie, dans la construction narrative que dans le choix des ellipses, simplement tenter d'évoquer quelques épisodes qui nous ont laissé le souffle coupé.

Il y a cette idylle, sans doute l'un des chapitres les plus lumineux du livre - même si cette aventure, cet espoir, seront rapidement avortés - entre Tony et Morten. Un bord de plage, une belle jeunesse qui se tourne autour, se découvre, s'aime... C'est l'un des vrais premiers rayons de soleil du livre qui sera malheureusement rapidement éclipsé par l'arrivée d'un prétendant (le sombre Grunlich) auquel (ah l'importance de ces bons vieux mariages bourgeois entre familles respectables) la pauvre Tony, sacrifiée sur l'autel des intérêts de la Compagnie, finira par céder - et signera en quelque sorte la fin de ses "ambitions sentimentales". Elle aura beau toute sa vie tenter de garder la tête haute, elle ne se remettra jamais vraiment de ce terrible choix... qui en entrainera d'autres.

Il y a cette agonie affreuse, monstrueuse de Mme Elisabeth dans cette chambre où toute la famille réunie se doit d'assister jusqu'au bout au calvaire. Il y a dans ces pages une telle culture de la souffrance, un tel jusqu'au-boutisme dans la description de ces derniers lambeaux de vie qui susistent, qu'il est facile d'y voir en creux tout le parcours de cette famille inexorablement rongée par la déchéance, vouée à chuter, à s'écraser sur le pavé face contre terre. Ce sera d'ailleurs la truculente façon dont choisit de clamser le gars Thomas après une terrible séance chez le dentiste. Là encore, Mann trouve toujours le mot juste pour nous faire approcher au plus près tout l'absurde de ces baudruches qui se prennent terriblement au sérieux, qui tentent plus que tout de garder la face, mais qui finissent par la perdre en tombant d'un bloc, le nez le premier, sur notre basse terre.

Il y a ces multiples épisodes concernant le petit Johann, son éveil musical, son émerveillement aux spectacles, la découverte de ses cadeaux un jour de Noël, sa peur bleue d'aller en classe, son ultime symphonie... en prélude à sa maladie. Ce dernier rejeton de la lignée, aussi peu attiré par les affaires et a priori aussi peu doué que son oncle Christian pour tenir la baraque, n'a d'aptitudes - tout comme sa mère - que pour la musique. Un artiste dans une famille allemande de commerçant bourgeois, autant dire un éléphant sri-lankais dans un magasin de porcelaine limougeaude. A défaut d'avoir la fibre commerciale et familiale, le gamin est sensible et cette sensibilité, cette fébrilité lui sera... tout autant fatale. Bref, brisons-là avant que l'électricité et les mots nous manquent : ce roman est un carnage, un monument (sur une maison où les fêlures sont aussi visibles que dans la maison Usher dont il est fait mention sur la fin), une montagne, un chef d'œuvre d'une finesse terriblement classique (...).

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Under the Skin de Jonathan Glazer - 2014

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Le challenge était élevé pour Jonathan Glazer, son film précédent (il y a dix ans !), Birth, ayant durablement marqué mon esprit et mes mirettes. Eh ben c'est gagné : Under the Skin surenchérit dans l'expérimentation, dans l'audace, dans l'originalité, et confirme la puissance visuelle de son auteur, qui va fouiller vers quelques grands aînés (Kubrick, Lynch, Cronenberg, mais aussi Tarkovski ou Cocteau) tout en gardant une personnalité extraordinaire. On assiste à ce film comme à une série de stimuli sensoriels, comme une expérience à la fois intellectuelle et viscérale, et on se retrouve à la fin certes complètement épuisé, mais aussi hyper rassasié de tous les côtés.

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Je ne sais pas ce que le film raconte, puisqu'il raconte environ 220 histoires : celle d'une extra-terrestre venant faire l'expérience de la gente masculine sur notre planète ; celle d'une femme qui tente de se remettre d'un viol ; celle d'une nymphomane frigide qui se transforme en mante religieuse ; celle d'une actrice sexy aux prises avec son image ; celle d'un apprentissage sexuel ; etc. Très peu bavard, préférant cultiver l'énigme plutôt que la réponse, le film déploie très tranquillement une étrange toile, vénéneuse et troublante, nous laissant le soin de coller ensemble ces bribes d'histoires. Je préfère pour ma part considérer que le film est raconté "à l'envers", c'est-à-dire que le personnage de Johansson essaye pendant tout le film de se remettre d'une agression qui l'a laissée carbonisée, et pour ce faire prend les hommes au piège. Mais interprétez ça comme vous voulez, hein. Comme dans un Lynch grande époque, Glazer laisse ça et là quelques indices sensés nous éclairer tout ça (un motard homme à tout faire, un amant défiguré, un mystérieux cadavre de femme) et qui nous laissent encore plus perplexes en nous enfonçant encore plus dans cette trame d'une incroyable profondeur (psychanalytique et symbolique). On ne sait strictement jamais ce que Glazer nous réserve d'une scène à l'autre, son film est constamment surprenant, dérangeant, ne se repose jamais sur un simple processus, va toujours un peu plus loin dans cette recherche de la sensation. On a peu vu, depuis 2001, une telle confiance en la puissance visuelle du cinéma.

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La mise en scène est impressionnante. Non seulement les effets spéciaux sont sidérants (ces amants qui s'enfoncent dans une eau noire alors que Scarlett les regarde, le final), mais Glazer les insère dans un dispositif à la fois glacé et hyper-habité. Le film est lent, répétitif, mais l'inquiétude est partout. La faute au travail sur le son, génial, et à ce mélange de réalisme (les dialogues), de poésie surréaliste pure (la toute fin) et de monstruosité cachée (le garçon déformé, la façon de filmer les corps comme des images de synthèse). Il y a une séquence extraordinaire où deux amants victimes de Johansson se retrouvent face à face dans les limbes de leur désir sexuel, l'un se dégonflant soudain devant les yeux incrédules de l'autre, un grand moment de poésie morbide et romantique (on dirait du Baudelaire, les amis). Le film envisage le monde du point de vue de l'extra-terrestre (ou de la femme folle, c'est pareil), constamment, il fallait oser, et le pari est payant. Glazer renouvelle le champ/contre-champ avec ce montage cut qui va d'un protagoniste à l'autre à toute vitesse, dope le découpage avec des images subliminales qui viennent s'inscrire dans un geste brusque ou une expression de visage, et crée une véritable école de mise en scène dans la scène finale, prodigieuse : des arbres qui frissonnent, le visage de Scarlett endormie en incrustation, une course à travers bois proprement cauchemardesque, qui a tout du rêve monstrueux, filmée avec 8500 plans tous géniaux. Le final est de toute façon à l'image de tout le film : unique, audacieux, jamais là où on l'attend. Un film destiné à rester culte, moi je vous le dis, on l'évoquera dans quelques années comme on évoque aujourd'hui Twin Peaks. On en reparle dans dix ans ? (Gols - 08/06/14)

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J'adore généralement les films où Gols dit ne rien comprendre, a sa ptite vision perso et trouve ça, au final, génial - ceci n'est pas une pique. Du coup, rentrant tout juste de mon périple borgne malgache et après avoir dérivé des heures dans le canal du Mozambique, je fus titillé par cette chronique de mon poteau et tentai rapidement de trouver la chose dans le cyber-espace. Bon, franchement, j'ai trouvé la chose terriblement simple - j'allais dire simpliste mais je me suis retenu - (moi, le linéaire, ça me connaît... comprends d’ailleurs pas trop pourquoi Gols a voulu y voir une nouvelle version d'Irreversible, eheh), assez glaçant au niveau de l'ambiance générale et sympathique par deux trois aspects (j'aime le côté muet, mutant, mutique (?) de la chose pour tout vous avouer - ainsi que le jean "seconde peau" (on the skin) de l'extra-scarlett).

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Une mutante sur terre pour traquer du goret, dégonfler leur égo et prendre leur scalp (ou leur skin si vous voulez), qui fait soudain preuve de compassion, tente de s'humaniser (sa propension à aller au-delà de l'aspect extérieur (John Hurt is back and is still not an animal), à avoir des faiblesses (sa chute dans la rue), à s'interroger sur le cri d'un enfant (lorsqu'il est dans le camion), à se pencher sur le sang d'une blessure, and so on...), va jusqu'à vouloir retrouver le cocon maternel (la forêt « humide », la cabane au toit triangulaire, ses mouvements "en arrière" comme si elle voulait revenir dans le ventre maternel, la position fœtale qu’elle prend) et va se brûler en expérimentant l’essence de la vicissitude humaine. Une musique qui fout les boules, une marée noire inquiétante et une brume où l'on se perd (Glazer tente, comme certains de ses aînés (malheureusement plus doués), de brouiller les pistes histoires et de rendre son film plus profond qu'il n'est) et un final... under the belt qui perdra notre pauvre Scarlett. Oui, c'est un peu répétitif (les quarante-cinq premières minutes : c'est un peu comme une blague où on rajoute des couplets pour rendre la chute plus brutale), oui cela fait parfois son petit effet par son aspect « déroutant » (les films de voiture, comme dirait le gars Kiaro, on ne sait jamais vraiment où ça nous mène...), mouais c'est pas mal, sans grimper au rideau.

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Il est vrai, si on voulait suivre la pente golienne de la mise en abyme à tout va, qu'il pourrait s'agir d'un portrait de la Scarlett, star (inflammable) à fleur de peau, image à fantasmes mais dont le monde intérieur reste énigmatique, noir-charbonneux. C'est une lecture qui a déjà fait ses preuves ailleurs et qui est poussée ici à un certain paroxysme, la poupée dégonflable étant quasi muette (paraître ou ne pas être, là est la question). Lorsque son enveloppe se déchire (comme une toile de cinéma si on voulait faire le malin), la bougresse fond (non, pas en larmes, elle fond tout court) et finit par disparaître en fumée comme de la vulgaire pellicule. Under the skin ne parvient pas toujours à nous donner la chair de poule mais nous caresse parfois esthétiquement l'épiderme. Interesking, allez.  (Shang - 14/07/14)

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06 août 2014

J'ai été diplômé, mais… (Daigaku wa deta keredo) (1929) de Yasujiro Ozu

I_Flunked__But1Il ne reste que 11 minutes de cette oeuvre d'Ozu qui le fait rentrer de plain pied dans le drame social. Un homme cherche un travail après avoir été diplômé. On ne lui propose qu'un poste à la réception. Il retourne chez lui alors que sa mère est de passage avec sa promise. Il leur fait croire dans un premier temps qu'il a du taff et passe ses journées à jouer avec des gamins. Sa mère repart. Lorsqu'il finit par avouer à sa compagne qu'il a menti, celle-ci va trouver du taff comme serveuse. Il finit par avoir un peu honte de la situation et retourne bon an mal an à la case départ, prêt à accepter n'importe quel taff. Dure réalité de l'époque... Il reste le strict minimum pour qu'on parvienne à suivre l'histoire et on trouve déjà la marque du Yasujiro, non seulement dans le fond avec cette empreinte sociale des temps difficiles, mais aussi ingénument au détour de simples plans : répétition d'un plan fixe sur le paillasson alors qu'il entre plein d'espoir dans l'office et qu'il ressort en déchirant son diplôme en petits morceaux - morceaux qui retombent lamentablement comme son ambition, plan fixe sur le haut de la porte quand il pénètre dans un bureau (c'est peut-être que dalle, vous allez me dire, mais je trouve cela diablement malin et subtil pour filmer l'entrée d'un personnage dans igraduatedbutune pièce : cette porte s'ouvre sur ses espoirs et ce léger insert en dit deux fois plus qu'il n'y paraît), le dédoublement des personnages (les deux secrétaires et les deux boss) qui agissent de concert, ce qui ajoute à la fois un petit effet comique et un véritable "poids" humain - comme pour combler le silence - dans la séquence (un effet qu'il reprendra souvent plus tard), sans parler du traditionnel plan sur un train vers la fin qui l'emmène au travail. Une jolie petite rareté qui démarre la série des "J'ai..., mais". Moi, chez Ozu, j'aime tout.   (Shang - 14/04/08)


Je tente de recommencer notre odyssée Ozu depuis le début et par ordre chronologique. Passage obligé donc devant ce film quasi perdu, que mon camarade a parfaitement chroniqué (mes respects, gars Shang pour la petite note sur l'insert de la porte). Le fait qu'il ne reste que dix minutes donne l'impression qu'on a là la quintessence du cinéma du Yasujiro, de sa période muette en tout cas. Comme le dit Shang, tout est contenu là, finalement, même ce qu'il abandonnera plus tard (les plongées et contre-plongées très fines pendant l'entretien, le travelling). On sourit déjà en voyant ce train, ou cette affiche de cinéma américain (Harold Lloyd à l'honneur, principale source d'inspiration de Jours de Jeunesse, qui montrait une affiche de Seventh Heaven, qui pourrait bien être une inspiration de J'ai été diplômé, mais... Vous me suivez ? moi pas). A part ça, lisez le texte ci-dessus, it's perfect.   (Gols - 06/08/14)

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Les Rencontres d'après Minuit (2013) de Yann Gonzalez

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Si on m’avait dit il y a 20 ans que je verrai un jour, Béatrice Dalle, en garde rouge, fouetter dans une cage de prison un Eric Cantona dans un slip kangourou rempli jusqu’à la garde (…), je ne suis pas sûr que je l’aurais cru… ni que j’aurais signé d'ailleurs… Yann Gonzalez réalise donc un film concept : le temps d’une partouze - soft - chaque invité projette sur l’écran blanc des autres ses souvenirs, ses rêves, ses traumas - sexuels -, son propre « spectre sombre ». Ca baise un peu, ça se met à poil, surtout psychologiquement.  Sept personnages (un jeune couple et leur bonne « bi », la star (Fabienne Babe - humour donc), la chienne, l’étalon (Eric Cantona membré comme un âne), l’ado (de la dynastie Delon), évoquent leurs histoires intimes (un amour passionnel, fusionnel, éternel… qui s’abîme avec le temps ; un inceste (mère et fils) consommé le temps d’une nuit et jamais renouvelé ou l’amour inoubliable entre une fille et une mère ; un poète dont la carrière a été barrée… par la taille de sa bite - dit comme ça, cela peut paraître un peu ridicule : je vous rassure, ça l’est)…). C’est un concept mis en scène dans des décors stylisés, un concept qui en vaut bien un autre… Le problème avec les concepts c’est que c’est souvent plus beau dans l’idéal, en théorie, qu’en réalité. Une soirée placée sous le signe du désir avec des êtres… sans chair, une soirée placée sous le signe du délire (sexuel) avec des êtres sans une once d’humour (oh putaing, le retour du cinéma français ultra prise de tête pasque tu vooooiiiiis, j’ai eu une enfance pas facile, tu vois, j’ai traversé des trucs durs…), une soirée sous le signe de l’hommage « ambiance clin d’œil aux films d’horreur seventies »  qui effraie… par sa froideur, sa petite vacuité nombriliste.

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L’absence de rire, c’est toujours ce qu’il y a de pire dans ce cinéma de jeune vieux qui, avec deux pauvres gags, se croît dans la dérision, la parodie (Cantona aspergé malgré lui par la mouille de sa voisine : gag frontal pour ne pas dire facial ; Fabienne Babe parlant de son meilleur film qui a disparu : gag malgré lui - je suis dur, elle a fait une apparition dans Le Garçu… mais même).  C’est triste à mourir ces jeunes gens (ou moins jeunes) blancs comme des cierges de Pâques qui se regardent les uns les autres avec dans leurs yeux la même tristesse, la même désillusion qu’un épagneul breton avec un bonnet rouge. Sous couvert de « poésie » (?!), certains dialogues frôlent la poilade (« les guerres, t’vois, c’est à cause des ptits nenfants morts qui sont en colère » ; j’avais aussi « les raz-de-marée, c’est à cause des ptits nenfants qui sont morts noyés - et ma main dans ta gueule de jeune con, nan, plutôt ?), sous couvert d’imagination fantasmagorique (en forme d’hommage ?), certaines séquences flirtent méchamment avec le ridicule, le  grotesque (la séance d’incantation pour la résurrection : aïe, aïe, aïe ; Dalle et son fouet : un remake de Roselyne et les Lions ?). Même la ptite idée sympathique du « juke box sensoriel » fait vite sourire malgré lui (on aurait presque envie, que le truc, pour tenter de traduire l’état d’esprit de tous les personnages, te balance du Céline Dion ou du Licence IV- juste pour la déconne, genre). La dernière séquence oscille elle-même entre le pathétique absolu (trois personnages blafards au ptit matin : on se surprend à imaginer un sketch parodique des inconnus à l’époque où ils étaient jeunes et point obèses)  et un semblant d’émotion (si, si, je vais tenter de conclure sur une bonne note, je ne suis pas chien) : la lumière est magnifique, elle « donne - enfin - corps »  aux personnages qui arrêtent de « poser » ; l’héroïne se livre, l’ado s’émeut, les personnages semblent prêts à être « vampirisés » (vont-ils soudainement partir en fumée après la parenthèse confessionnelle de cette nuit ?) par ses premiers rais du jour. Puis non, le générique tombe… On serait presque déçu.  On reste quand même surtout soulagé d’avoir fini d’en découdre avec ce cinéma plus d’essai que d’ââârt qui se prend diablement au sérieux - ça ne peut encore piéger que certains critiques pseudo-avant-gardistes des Cahiers, se dit-on. Ouais, mais tu vooois, j’texpliquerai…   (Shang - 07/03/14)

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Ah bigre, me voilà classé comme étant un pseudo-avant-gardiste des Cahiers (ô horreur), puisque j'avoue non sans panache que ce film m'a complètement cueilli, et que je renverserai complètement la tendance destructrice de mon énervé camarade : ce cinéma-là, heureusement qu'il existe, diable, pour venir proposer d'autres façons de raconter, d'autres univers, une sorte de mini-révolution, mais oui, du cinéma français.

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Gonzalez joue sur les contrastes, sur des choses irréconciliables : le cul le plus trivial et la beauté romantique, le film de vampires et la fable féodale, la tragédie et la comédie, Eustache et John Hugues (l'auteur de Breakfast Club, cité pratiquement tel quel dans le splendide final), Bertrand Blier et Baudelaire. Dès le départ, on sent la fausse piste : une rencontre de partouzards qui va se dérouler pratiquement sans sexe, où peu à peu les sentiments, le passé, les fantasmes et les douleurs de chacun vont servir d'exutoire beaucoup plus que la jouissance physique. Le film ne cessera alors jamais de prendre de brusques virages, formels, sémantiques, stylistiques : on peut sauter sans autre forme de procès d'une grosse blague kitsch (la scène Dalle/Cantonna, directement inspiré du porno bas de gamme) à une sorte d'épure à la Rohmer (le flash-back médiéval, avec ce plan sublime d'équilibre où le jeune homme vient faire ses adieux accompagné de son gros cheval), d'un monologue qu'on croirait tiré de La Maman et la Putain (Fabienne Babe, très touchante et ne cachant rien de sa beauté fanée) à une sortie ordurière. Ca pourrait être complètement hétérogène, mais Gonzalez parvient à trouver un point d'équilibre magique, déployant un univers entre sexe et mort qui tient miraculeusement, tout en restant drôle et souvent bouleversant. Ce final, j'y reviens, est vraiment magnifique, grâce surtout à ces deux acteurs qui apportent énormément à l'émotion du bazar : Kate Moran, qui du début à la fin, traîne avec elle un romantisme très contemporian, un côté poupée trash vraiment bien rendu ; et Nicolas Maury en queer impertinent, qui amène à la fois le côté burlesque du film et son côté vénéneux. Le soleil se lève, on essaye de conjurer la mort, on pleure, on redécouvre l'amour : c'est beau comme l'adolescence, et les Inconnus (voir la moquerie imméritée de Shang) peuvent s'y atteler, on a là une des plus touchantes scènes de l'année.

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Mon camarade trouve que le film fait la gueule. Bien au contraire, il irradie la vie, l'amour et la fièvre ; mais il mèle ça avec une morbidité presque gothique, refusant de se laisser cantonner à une seule atmosphère. Tout n'est pas réussi, je veux bien le reconnaître, il y a un tunnel aux deux tiers, et à force de chercher l'originalité, Gonzalez rate quelques personnages (l'ado ou la nympho). Mais il y a plus de fulgurance là-dedans que dans tout le cinéma formaté depuis 1902, vous pouvez me croire : un rêve carrolien où une jeune fille vieillit à mesure qu'elle touche les bites des mecs et qu'elle s'enfonce dans des tunnels, des scènes de pure musique (la BO est magnifique) où tout s'arrête, la projection fantasmagorique d'une histoire à la Georges Bataille dans un cinéma déserté... Si on est mal parti dès le départ sur ce film, je comprends qu'on puisse rejeter ça en masse, comme le fait mon gars Shang. Mais franchement, quel autre exemple dans le cinéma actuel d'une telle personnalité, d'un tel style, d'un tel ton ? Un film d'hommage à la nuit dans tous ses dangers et ses beautés, le film le plus jeune et incandescent du monde, un film d'adolescent, et c'est une putain de qualité.   (Gols - 06/08/14)

Posté par Shangols à 12:32 - - Commentaires [2] - Permalien [#]



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