04 avril 2014

Fall Guy (1947) de Reginald Le Borg

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On entre dans les fonds de paquet de linge sale avec cette toute petite série B de la Monogram. Il y a quand même du beau linge au générique avec la présence de Leo Penn (s'agit-il du père de Gad Elmaleh, de Ryan Gosling ou de Sean Penn ? Suspense...) dans le rôle-titre, de Teala Toring, la copine de Leo, en jeune femme brune que l'on aime réveillée la nuit ou encore de mon pote Elisha Cook Jr en éternel pote torve ; le scénar, basé sur un bouquin de Cornell Woolrich, n'est pas d'une originalité folle : un type se réveille dans le coltar (coke + bibine) avec une jolie blonde dans le placard - dead. Il se fait pécho par la police dans la foulée, s'échappe et commence sa propre enquête. Est-ce que j'ai salement déconné hier soir ou suis-je le fall guy du titre ? Aidé par un pote flic, le charismatique Robert Armstrong et Teala, ils vont faire le tour des boites, interroger un paquet de monde pour remonter peu à peu la piste. Les cadavres s'accumulent jusqu'au final, une banale fusillade suivie d'une bonne baston sur un toit. Le fall guy va-t-il en tomber ?

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La bonne idée de la chose c'est qu'elle fait 60 minutes et qu'on a donc pas vraiment le temps de s'ennuyer. Si les scènes en intérieur pêche un peu au niveau de la mise en scène - mettez-vous bien face caméra, marchez en crabe si besoin est -, Le Borg tente tout de même de soigner ses ambiances propres au genre et balance deux-trois personnages excentriques : toutes les scènes en extérieur sont de nuit, les filatures pullulent - on se cache dans les coins en fumant avec les naseaux ou derrière le poteau d'un réverbère, on rencontre des personnages pour le moins pas ordinaires (le couple qui se trouve un étage au-dessous de l'appart où a eu lieu le meurtre, la brutasse - Jack Overman - qui accompagne la chanteuse blonde - Virginia Dale : sa spécialité c'est cogner, pas la finesse ni la littérature, ça se lit sur son nez) et le final essaie de jouer la carte de la surprise (ah c'est lui le commanditaire !... j'en étais sûr, pétard - j'aime ma mauvaise foi légendaire post-résolution) et de l'action - j'ai tout de même peu frémi, j'avoue. Un tout ptit film noir pour grand malade du genre.  

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Noir c'est noir,

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Sacré Printemps (The happy Time) (1952) de Richard Fleischer

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Soirée "double Fleischer" tonight, on ne se refuse rien... C'est le printemps et the happy Time est une film gouleyant, rafraîchissant, bien de saison. Voici venu le temps des rires bêtes et de la puberté au Cânâdâ. C'est Bobby Driscoll qui s'y colle dans le rôle du benêt de service en pleine mue. Mais Fleischer nous concocte également un casting de Frenchies des plus séduisants : l'irrésistible Charles Boyer (qui me fait toujours marrer, c'est nerveux), Louis Jourdan (le parfait French lover, arrogant et menteur... mais craquant), Marcel Dalio (en grand-père qui pète le feu même s'il ne lui reste plus beaucoup de carburant) ; au programme des dialogues half English half français absolument bidonnants (une œuvre que je conseille à tous les profs d'anglais : ne pas comprendre Boyer quand il parle anglais, faut le faire exprès), les acteurs ne se gênant point pour glisser des « tu comprends » à tout bout de champ. Mais au-delà de ça, il s'agit d'une œuvre divinement légère (il n'est question que de flirt et de désirs... même parfois d’amour - autrement dit, une œuvre sur l'essentiel) menée sur un rythme tonitruant : Boyer a une bonne humeur communicative et l'on se régale pendant 1h30 à suivre les exploits diverses de la famille Bonnard sous le regard bon enfant du sage Charles.

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Ils sont trois frères, les Bonnard : le Charles, père de famille, violoniste, qui couve avec sa femme son fiston Bibi même s'ils sentent que celui-ci va bientôt apprendre à voler de ses propres ailes (j'invente rien, on a même droit à une séquence sympathique avec un canari métaphorique) ; le Louis, gros gros buveur qui passe son temps à dormir chez son frère quand sa femme (qui taffe comme une dingue) l'engueule et l’éjecte : un bon vivant quoi ; et enfin le Desmond, bon viveur qui drague tout ce qui porte jupon et jarretière. Le Dalio (le pater) étant un grand séducteur, on s'attend à ce que le Bibi ne détonne pas dans la famille. Seulement si sa dévouée et affreuse voisine le colle, le Bibi ne va pas tarder de n'avoir d'yeux que pour la nouvelle bonne (la très mignonne Linda Christian dans le rôle de Mignonnette) qui s'est échappée d'un numéro de magie ; elle est blonde, elle est fraîche, elle pétille, elle te fait péter la bise pour un rien et cela laisse notre bibi tout chose (il a la tête de l'emploi, le Bobby Driscoll, pour interpréterle double effet kiss cool du premier baiser : 1) tu ne bouges pas 2) tu ne bouges plus - et notre ado de ramasser ensuite sa mâchoire sur le sol. Seulement voilà, pas de bol, le gars Desmond est également sur le coup de la bonne et là c'est l'expérience qui parle : il est tellement roublard, le type, et elle tellement naïve, qu'il ne devrait pas tarder à croquer la soubrette. Mais elle n'est peut-être pas si sotte...

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On n'est dans la bonne vieille comédie à l’américaine avec tronches expressives (nos Frenchies sont top, on comprend enfin pourquoi les Américains love Jean Dujardin - l'acteur français est soit un mime, soit un clown (ou les deux)), musique au taquet (Tiomkin livre une partition millimétrée qui colle à chaque plan) et bon vieux gags à la bonne franquette (le Bibi embrasse la Linda qui dort et lorsqu'elle se réveille et ausculte les traces laissées sur son rouge à lèvres, elle décide de jeter un broc d'eau… à la figure de Desmond, ohoh). Le pitch est mince mais comme tous les acteurs sont pétulants, on ne s'ennuie pas une seconde à suivre les affaires de cœur de chacun ; quoiqu'il advienne Charles Boyer a la patate et aura toujours un mot, un sourire, une attention envers son prochain ; ce type c'est tout le gai Paris à lui tout seul, une bombe à optimisme pleine de sages conseils - qui trouvera même le moyen de tenter de nous émouvoir sur le fil en ayant la lalarme à l'oeloeil quand son gamin deviendra enfin un homme, un vrai. Happy film !

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03 avril 2014

L'Etrangleur de la Place Rillington (10 Rillington Place) (1971) de Richard Fleischer

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Richard Fleischer vient encore de me coller une grosse baffe... Je m'attendais à un ptit thriller aux oignons, avec du suspense, de l'action, je ne sais quoi - foutaises ; 10 Rillington Place parvient à dépeindre l'horreur absolue, la déchéance totale avec un zen, un calme, une sorte d'inertie absolument bluffant. Je parlais des acteurs anglais il y a peu, force est de reconnaître que John Hurt (Gols en moins beau, moins bon et plus vieux pour vous donner une idée) est absolument époustouflant dans ce rôle de pauvre type analphabète un brin mythomane, gentil comme une mouche ; quant à Richard Attenborough, disons-le clairement, c'est le rôle d'une vie, c'est juste ouah, il est extraordinaire (je ris juste en pensant à un autre chauve française mystérieux : Michel Blanc dans Mr Hire - oui, je ris) : il campe un gardien d'immeuble qui commet des meurtres dans son petit coin, tranquillement, à l'artisanal... Affable, obséquieux, urbain, il est le mal incarné - de quoi donner envie d'embrasser avec plaisir n'importe quelle gardienne d'immeuble portugaise moustachue. Attenborough est juste parfait et contribue ô combien à l'impact de ce film qui laisse sur le flanc.

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Ne jamais demander à un gardien d'immeuble, à un amateur, à un criminel de pratiquer un avortement sur votre femme, surtout en votre absence. C'est la première erreur à ne pas commettre : demandez conseil à un professionnel, si, faites-le. Le film est suffisamment édifiant en soi pour que vous n'y réfléchissiez pas à deux fois. Lorsque Hurt (il se la raconte, il est benêt, il fait le fier, il est sans le sous, il bluffe et prends des grands airs, il est simplet et gentillet) donne le feu vert pour que le gardien "opère" sa femme, on frissonne d'avance. La pauvre Judy Geeson est tellement pleine de vie qu'on a du mal à imaginer la couture de ses bas pendouiller sur ses jambes mortes... On voit bien que c'est inéluctable, on voit bien que ce salaud de Fleischer prend tout son temps pour nous narrer son histoire avec ses dialogues à deux à l'heure, ses putains de thé qui prennent trois plombes à préparer, ces escaliers dont l'on pourrait compter chaque marche tant le gars ne fait jamais de coupe à chaque fois qu'un locataire monte ou descend, on sent bien qu'elle va se faire gazer bêtement... Sauf si, par le plus grand des hasards, des ouvriers se pointaient ce jour-là dans l'immeuble ? Sauf si, sa copine décidait de lui rendre visite au moment opportun ? Sauf si son bébé, oui son bébé qui pleure tout le temps, pouvait finir par attendrir ce chauve... Le Fleischer avec son petit air de ne pas y toucher et de nous trousser un film à l'anglaise, les pieds du caméraman solidement collés au plancher pour qu'on soit toujours à hauteur des tronches, nous servant une image maronnâtre déprimante, ne cherchant point à nous divertir avec de la musique, nous distillant ces petits dialogues parfaitement écrits, le Fleischer, disais-je, il nous tient par le slobard et il ne va pas nous lâcher tout au long de cette lente et irréversible (c'est le cas de le dire) descente aux enfers. Mais qu'il est couillon ce Hurt, qu'il est malin cet Attenborough, on a envie d'intervenir pour limiter le massacre, pour empêcher le glauquissime absolu (non par pitié, ne vous servez du grand sac en plastique pour..., non pas le... arrrrrrgggghhh) - en vain. Il y a un procès, on est optimiste, on espère enfin que la vérité, la justice va triompher mais Fleischer a empoigner la poche de notre slip kangourou à deux mains et il est capable de nous traîner, avec le Hurt, encore plus bas... Radical, merveilleusement interprété, filmé tout en tact et précision, lentement mais surement, cet Etrangleur ne vous lâche pas une seconde jusqu'à ce que le rideau tombe. Magistral Fleischer once again. A éviter un soir de déprime, sinon ça sent le gaz... ou le meurtre de votre gardien chauve.    

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02 avril 2014

Possession d'Andrzej Żuławski - 1981

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C'est toujours comme ça avec Zulawski : on ne sait jamais si on doit ricaner, s'affliger ou huler au génie. J'avoue que mes goûts m'ont plus souvent porté à la première ou deuxième attitude, et Possession m'a donné l'occasion plus d'une fois d'adopter l'une ou l'autre. Mais, sachez bien que ça me coûte un bras de l'avouer, je m'incline pour une fois devant la posture du sieur. Voilà un film radical qui est quand même très très troublant, et c'est déjà pas si mal. Zulawski réalise un film d'horreur psychologique et politique, en totale roue libre bien que très respectueux de ses racines polonaises, et touche souvent juste au milieu du magma plein d'orgueil. On ne comprend pas tout, on est la plupart du temps irrité par l'hystérie constante de la chose, on est souvent abasourdi par la pesanteur de certaines images, mais le fait est qu'on ressort de la chose lessivé et essoré comme un vieux linge.

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Anna quitte Mark. Une fois le scénario résumé, passons au reste. Le reste, c'est d'abord le Berlin pré-Chute, arrière-plan prégnant et filmé dans toute sa laideur par Zulawski, de couloirs de métro en appartements insipides. La ville et son lourd bagage font tout de suite passer cette histoire d'infidélité et de trahison dans une autre dimension, secrète et lourde de mystères. L'univers mis en place est anxyogène au possible, chacun surveille chacun, et le monstre qu'Anna va finir par créer semble bien d'abord naître de cette angoisse d'être observée, par cette absence de liberté, par cette suspicion envers chacun. L'horreur des blocs communistes de la guerre Froide prend ainsi un visage concret : celui d'une larve immonde qui peu à peu va se transformer en un double du personnage principal, un double plus lisse, plus aryen, moins humain. Il semblerait bien que Possession soit donc avant tout l'histoire d'une terreur, celle qu'Anna et Mark ressentent dans ce monde de police secrète et d'espionnage à outrance. Rares sont les films de genre qui s'attaquent aussi frontalement à la politique, on en sait gré au bon Andrzej.

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A travers ce contexte, c'est aussi au couple que Zulawski s'attaque, dans une sorte de romantisme proto-punk qui là aussi est assez fort. Mark est trahi par Anna, qui le trompe avec une espèce de caricature dandy et new-age. Cette trahison biaise sa vision des choses. Le film est entièrement raconté de son point de vue, Anna devenant une sorte de sorcière monstrueuse sur laquelle il projette tous ses fantasmes sexuels et sanguinaires. Option de narration radicale : que tout soit déformé par la vision d'un mari jaloux, le vaudeville se transformant en cauchemar torve et gore dans une sorte de perversion totale de la vision. Le film est du coup très pénible, mais c'est une qualité dans un film d'horreur. Avec cette lumière blafarde et ces décors tristes, Zulawski déploie une vraie symphonie du terne, et s'excite visiblement beaucoup à balancer des hectolitres de sang vermeil dans ces ocres fades. Autopsie du couple que n'aurait pas reniée, sûrement, Bergman s'il avait aimé le gore (et avait eu mauvais goût), Possession exagère la souffrance de cet homme, jusqu'à la farce macabre. Dommage que le film se prenne tellement au sérieux, car il y aurait eu la place, surtout avec Sam Neill, pour de la dinguerie clownesque, pour faire vriller les choses dans un sordide comique qui aurait fini de m'achever.

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Rassurons-nous : il y a quand même de la place pour se marrer, notamment face aux gesticulations d'Adjani. Voilà une nana, tu lui demandes de faire comme si elle était folle, elle se pète les deux genoux, s'arrache un oeil et vomit du lait. Elle est vraiment complètement dingue, ne contrôlant absolument rien de ce qu'elle fait (ce qui la distingue d'une bonne comédienne, et l'éloigne de Neill, lui absolument excellent), et la caméra pourtant hystérique de Zulawski a même du mal à la suivre. C'est vraiment la limite du film : le fait qu'il aille jusqu'aux confins du ridicule quand il cherche à exprimer cette douleur, et qu'il confie la chose à Adjani, à côté de laquelle la gonzesse de L'Exorciste est straubienne. Du coup, on décroche plein de fois, on ricane doucement devant la donzelle, et on voit tous les défauts techniques (des zooms affreux, par exemple). Heureusement la mise en scène est pleine de très beaux effets, un peu inutiles je veux bien, mais en tout cas agréables à l'oeil : vastes travellings très souples qui suivent les personnages dans la rue ou les encerclent, profondeurs de champ vertigineuses, plans très longs quand il le faut (la fameuse scène d'accouchement dans le métro). Non, vraiment, pour une fois, Zulawski ne se fera pas traiter d'imposteur par moi, les pierres blanches sont à votre disposition.

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LIVRE : Situations délicates de Serge Joncour - 2001

joncC'est très snob de le dire, c'est pourquoi je ne me gènerai pas : on n'a pas envie, au départ, d'aimer Situations délicates. C'est tellement léger que c'en est presque inconsistant, c'est écrit un peu populo, et c'est encore une fois un de ces petits livres bobos du pire effet. On s'apprête donc à ricaner, voire à balancer le bouquin par la fenêtre en pestant contre la mort de la littérature. Mais il faut bien le reconnaître : on se laisse facilement aller dans le livre, si bien qu'au bout de quelques pages on se retrouve même sous le charme. Joncour traite pourtant la grammaire comme une petite chose secondaire, et on est parfois sidéré devant les énormes fautes de syntaxe (certaines voulues, je sais, mais plusieurs autres complètement involontaires) ou les approximations de style : le rythme, l'homogénéité, la musicalité de la phrase, le gars s'en cogne comme de sa première culotte courte, et il a bien tort. Mais reconnaissons que pour le reste, il est assez fort. Notamment pour la justesse du propos. Il s'agit de décrire 45 situations embarrassantes, ridicules, celles où on apparaît tout à coup minable ou pathétique. Une partie d'échec qu'on perd face à un gosse de 10 ans, une blague qu'on raconte mal alors que tout le monde écoute, un môme qui vous regarde fixement alors qu'on a envie d'être peinard, ce genre de choses, voyez ? Quand Joncour reste au ras du quotidien, quand il ne cherche pas à créer de la fiction à tout prix, il est bon, trouvant souvent la bonne formule pour décrire ces anecdotes rigolotes, cultivant un art de la chute très efficace, et on s'amuse devant la chose comme on a pu le faire devant un Philippe Delerm jadis. On se reconnaît sans problème dans ces narrateurs pathétiques, et on apprécie ce miroir gentiment caustique brandi devant nous, jusqu'à en oublier les approximations d'écriture. Quand par contre il se pique de dépasser la vie ordinaire et de créer des histoire plus vastes, le gars rate sa cible, et crée des situations invraisemblables (alors que c'est justement la vraisemblance, la justesse, qui font la qualité de la chose). Un livre donc à picorer par-ci par-là façon friandise, sans être trop regardant, et qui ne bouleversera rien dans votre vie mais vous permettra de vous moquer de vos contemporains et de vous-même à bon compte.

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Gimme the Loot (2013) d'Adam Leon

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Mis sur la piste de ce film grâce aux tops 10 de nos camarades blogueurs d'Il a Osé ! , que dire d'autre sinon qu'on a bien fait d'oser. On est dans le road movie in the city (un genre qui nous est cher avec l'ami Bastien) puisque l'on suit un ptit couple à la coule de buddy graffiteurs composés de la très fraîche Tashiana Washington et du tchatcheur Ty Hickson ; le pitch n'est qu'un prétexte (trouver 500 dollars, pénétrer dans le stade des Mets et graffiter une pomme - c'est culturel, ouais) pour suivre nos deux ptits jeunes débrouillards dans les rues new-yorkaises, découvrir leurs plans "démerde" et surtout leur plan loose. C'est pétillant comme tout, ça ne joue pas à l'arty pour faire arty, les dialogues sont suffisamment bien écrits pour qu'on prenne plaisir aux passes d'armes entre les différents protagonistes et aux diverses discussions qui partent en vrille (Ty qui aime à traiter de sujets originaux comme les éjaculations nocturnes ou qui tente des comparaisons très personnelles entre un préservatif et une kippa) et certaines séquences se consomment réellement avec un plaisir gourmand (Ty et une certaine bourge, Ginnie, flirtant grave en fumant de l'herbe, cette même Ginnie se baignant dans un "réservoir" qui domine la ville, la filature de Ginnie par Tashiana - le tout au pas de course - magnifiquement filmée dans ces petites artères ensoleillées, la "leçon" d'ouverture de porte par un vieux gars braqueur tatoué de haut en bas...).

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C'est certes léger comme tout - on n'est pas vraiment dans le film à thèse ou dans le film ultra-psychologico-philosophique - mais cela permet mine de rien, sans jamais tomber dans le misérabilisme facile à deux cents, d'évoquer une partie de cette jeunesse new-yorkaise black-blanc-black (surtout black, donc) qui vit de petits expédients, qui tente de trouver une manière "d'exister" avec une réelle pugnacité. Plus d'une fois nos deux amis se retrouvent le bec dans l'eau, obligés de repartir à zéro - s'ils arnaquent, eux aussi se font dépouiller (de leur argent, de leur vélo... ; on apprend aussi comment se faire un minimum de thunes en essayant de refourguer un téléphone volé : suivez la guide...) -, mais au lieu de baisser les bras, cela renforce leur solidarité et leur complicité. C'est linéaire, d'une belle simplicité et parfaitement monté sans faire "genre"... Belle petite surprise du début d'année... 2013 ; il fallait avoir l'oeil, et le bon, pour ne pas passer à côté - les séances de rattrapage à l'heure des bilans sont faites pour cela.   (Shang - 25/01/14)

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Ah, sous le charme tout autant que mon camarade. Voilà typiquement le genre de film modeste, faussement simple, qui peut vous arriver par surprise et vous attraper comme de rien. Il y a beaucoup d'influences là-dedans, de Spike Lee à Eric Rohmer, de Woody Allen à Jim Jarmusch, ce qui fait que Leon fait une sorte de pont entre le côté littéraire de la Nouvelle Vague et la modernité du cinéma urbain, reliant finalement un certain esprit hip-hop au romantisme désuet du XIXème. Oui, madame, pas moins.

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Ce qui touche le plus, ce sont ces dialogues finement ciselés, et le fait qu'ils prennent place dans un territoire très précis et très bien rendu. Leon sait ancrer la parole dans l'espace, et organise tout un réseau de plans, simples, où l'arrière-plan (escaliers, façades, caves, rues chaudes du Bronx) compte autant que le premier, où l'espace et le décor ont autant d'importance que ce qui est dit. D'ailleurs, la parole sert la plupart du temps à camoufler les sentiments, longues lignes de rodomontades, d'insultes fleuries, de crâneries diverses pour mieux dissimuler la vérité (un amour naissant entre les deux héros bien trop fiers pour le reconnaître). C'est cette façon de travailler la langue d'un territoire en parallèle avec ce territoire lui-même qui force le respect, d'autant que tout ça est fait sans ostentation, en restant du côté de la comédie légère. Leon montre beaucoup de choses (les deals, la débrouille, les embrouilles) mais sans faire du spectacle, avec la modestie des grands. Le catalogue de personnages, le sens des situations, la direction d'acteurs (tous impeccables), le parfait timing de chaque séquence, tout participe à ce bonheur simple, à cette discrétion de la mise en scène et de l'écriture. Il faut bien du talent, m'est avis, pour écrire aussi justement la scène de drague enfumée entre le jeune gars et la blonde fatale (ainsi que la très cruelle scène de désillusion qui s'ensuit), ou pour montrer sans la montrer la complicité touchante entre les deux protagonistes.

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Modestie ne veut pas dire transparence pour autant, et la mise en scène est très élégante, avec ces travellings tout jarmuschiens et cette façon de filmer toujours à hauteur de personnages, cadre bien parallèle au sol, à la manière finalement de cet autre humaniste qu'était Ozu. Oui les enfants, il y a là aussi un parallèle à faire entre les deux, dans cette manière de ne montrer que de l'humain, que du sentiment, pour mieux parler d'un contexte, d'un pays, de choses plus vastes (ici, par exemple, du fait que l'homme soit un loup pour l'homme). Très emballé.   (Gols - 02/04/14)

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LIVRE : Les Têtes de Stéphanie de Romain Gary - 1974

les-tetes-de-stephanie-romain-gary-9782070452279Gary s'est de temps en temps piqué au jeu de l'exercice de style et de l'hommage au genre, souvent pour le pire d'ailleurs (Charge d'Âmes, beuurk). Avec Les Têtes de Stéphanie, il s'essaye au roman d'espionnage pur jus, et si on est très loin des grandes oeuvres du gars, reconnaissons qu'on s'amuse bien face à la chose. Guère plus épais qu'un bon vieux OSS117, le roman nous emmène dans un pays du Moyen-Orient, récemment libéré du joug d'un dictateur, et dans lequel une mannequin est envoyée pour faire des photos et redorer le blason national ; mais quand autour d'elle les têtes commencent à tomber, quand les princes félons et les tueurs sanguinaires commencent à la harceler, quand les espions doubles ou triples s'entretuent autour d'elle, on comprend que derrière les ors des magazines people se cachent des trafics plus torves, à base d'armes de contrebande et d'enjeux politiques colossaux. Le contexte amène son lot d'exotisme, et Gary ne se prive pas pour multiplier façon super-production les décors, les ambiances et les personnages : désert aride, palais somptueux, pièces secrètes d'ambassades, on a l'impression d'un de ces romans d'évasion pour dames en manque de frissons. Ca remue pas mal, les scènes d'action sont particulièrement réjouissantes et les rebondissements pléthore. Certes, tout ça est très léger, mais se revendique comme tel, et on n'en voudra pas à Gary d'avoir pris une récréation entre deux projets plus sérieux, surtout quand elle prend des airs aussi classieux parfois : le personnage de Stéphanie, à rebours de ce qu'on attend d'un mannequin, contribue beaucoup à teinter ce cahier des charges exotiques tout tracé d'une certaine insolence, et quand on la voit péter les plombs et jongler avec les têtes coupées, on se dit que Gary a trouvé en elle un bien étrange personnage (à la Jean Seberg ? mmm...). On rigole bien, on bondit aux évènements de la chose comme dans un bon vieux Tintin, on rigole plaisamment, et on remarque que, même ouvertement dilettante, Gary n'est pas manchot pour trousser une description, affiner une formule ou déployer un style. Un roman tout à fait conseillable si vous avez quelques jours à passer à l'hosto, par exemple, tiens, mais dans les autres cas aussi.  (Gols 07/04/13)


garystephanieJe n'étais pas à l'hosto, juste dans des conditions climatiques extrêmes (adieu mon champ de bananes...) mais cela n'empêche point d'apprécier la chose. Mon compère fait le tour de la question concernant cette oeuvre récréative et pleine d'aventures moyen-orientales. Ecrit à l'époque sous le pseudo de Shatan Bogat, ce bouquin sent quand même son Romain Gary à plein nez avec cette déification de la femme (si belle, gentiment innocente (je n'ai pas dit sotte) et pure mais avec la tête... sur les épaules), ces héros couillus et virils (Rousseau...) et ces éternelles questions d'idéal - quand vous lisez un roman avec l'occurrence de ce terme à chaque page, c'est du Gary. C'est vrai que l'ensemble ne porte pas vraiment à conséquence même si Gary se fait un devoir de soigner chaque détail, chaque référence et ne s'interdit pas quelques belles envolées lyriques sous ce clair de lune qui brille sur le désert. La Stèph' (qui se remet difficilement d'une liaison avec un black... il y a de la J.B. là-dessous en effet) en a pour ses frais, elle, simple modèle de papier, qui se confronte à la violence et à la cruauté du monde (pasque lui, Gary, il sait, il a traversé toutes les épreuves tel un preux chevalier dévoué à sa Belle... une Belle si naïve mais tellement attendrissante : Gary le mysogine qui aimait les femmes comme dirait miss H.). Du bon divertissement de base qui bénéficie d'une écriture d'une grande fluidité littéraire (marque déposée...). Un roman de Romain, oui.  (Shang 02/04/14)

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Moi, moche et méchant (Despicable me) (2010) de Chris Renaux et Pierre Coffin

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Jean-Marie Le Pen en père d'Eric Zemmour dans un casting qui réunit Lorànt Deutsch en survèt', Olivier Besancenot en judoka et M en banquier, fallait oser. Le problème de ce couple d'hypers méchants qui veut décrocher la lune (le pitch est affreusement banal), c'est que forcément, ils ont aussi un ptit coeur. Zemmour dit Gru déteste les gamins, la vie, le monde et veut avec une ribambelle d'esclaves en miniature tout jaunes devenir le plus grand méchant de l'univers. Il adopte trois gamines pour réaliser une mission (vendre des cookies à Lorànt Deutsch pour pouvoir, au même moment, voler à ce dernier son pistolet réducteur...) et comme elles sont trop trognonnes, il ne pourra que finir par craquer. Moi, moche et gentillet. Les mini esclaves à lunettes sont parfois drôles avec ces bonnes vieilles bourrades franches qu'ils ne cessent de s'envoyer... sinon, c'est quand même bien pauvre pour les adultes. Il faudra attendre une autre soirée de grosse fatigue pour se taper le 2... Mais cela peut arriver plus vite que prévu...

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01 avril 2014

Cybèle ou les Dimanches de Ville d'Avray (1962) de Serge Bourguignon

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Bourguignon signe-t-il un film qui a un effet bœuf ? Il y a de cela mais heureusement que le film est plus subtil que mes calembours et autre ratatam. Les Américains en auraient fait un film noir (un pilote de ligne revient traumatisé de la guerre après avoir croisé dans son viseur le regard effrayé d'une enfant), les Français en font un simple film en noir et blanc avec une photo signée du grand Henri Decae. Cet homme (Hardy Krüger - tous les Allemands ont le même accent terrible en français : ein Kaucheumarrrrrrrr pour les ingénieurs du son) tente de reprendre pied sur terre malgré des maux de tête, des vertiges, des absences ; il a son ex aide-soignante à ses côtés pour lui donner un peu de lingerie fine (vintage) et des baisers doux : Nicole Courcel qui vaut plus que sa côte au Monopoly. Mais celle qui va réellement réveiller notre homme, lui donner du sang frais, de la joie, de l'émoi, c'est une gamine de 15 ans qu'il va croiser un jour, par hasard, dans une gare (il y vient pour "retrouver son passé" comme dirait l'un des personnages du film et il est indéniable que la gamine va lui redonner une certaine innocence alors qu'il pensait que sa petite mécanique humaine interne était cassée). On pourrait très bien s'arrêter là au niveau de l'histoire et c'est d'ailleurs ce que l'on va faire.

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Ville d'Avray a des allures de Moulins en pire : son lac, son clocher, sa grisaille, ses bois, son internat de sœurs - ça fait presque froid dans le dos rien d'y songer (c'est sympa en fait une tempête tropicale, à tout prendre). Quand Bourguignon, en suivant notre petit couple atypique (lui, un brin neurasthénique, elle gentille mais un peu trop gentille) en balade au bord d'un lac tristounet, nous balance l'Adagio d'Albinoni, c'est clair qu'on pourrait prendre cela pour une menace de mort, comme s'il ne voulait pas qu'on aille au bout de son film les yeux ouverts... J'exagère, ce sera ma seule réserve, elle est mineure : l'ambiance n'est pas vraiment olé olé - c'est Ville d'Avray, pas Rio, le titre ne nous a pas pris en traître. Parce que sinon, avouons qu'il y a de très très belles choses dans ce film sur le fil du rasoir (tu proposes aujourd'hui ce scénar en Belgique, tu vas directement en prison - sans discussion possible...). Dans la forme tout d'abord (ben oui, j'ai envie de commencer par-là) avec un Decae en très grande forme (sous l'influence de Bourguignon ? Oh ben sûrement, tenterais-je) ; à pratiquement chaque séquence l'Henri a une trouvaille pour trouver des angles de vue improbables, faire des effets spéciaux à la main, jouer subtilement avec des éléments du décor : ici c'est un cadre dans le cadre grâce à un retro en mouvement audacieusement utilisé, là un trou dans une grille en fer qui tombe pile poil pour cerner notre héros esseulé, là-bas une séquence filmée au travers d'un verre, tout là-bas une vue fragmentée sur le paysage comme s'il était vu à travers une pierre polie, tout là-bas là-bas un plan qui joue malicieusement avec les reflets quasi-parfaits de ce lac d'huile - j'arrête là, je n'ai plus d'adverbes de lieu. De même, nombreuses sont les transitions d'une séquence à l'autre qui sont intelligemment réfléchies (le plan sur les chevaux dans les bois puis sur les chevaux de bois - par exemple, voyez ?). C'est grâce à toutes ces petites idées que le film est un régal, déjà, pour les yeux.

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Mais il y a bien sûr, avant tout, cette alchimie entre ce grand corps malade et cette jeune fille moins timide qu'elle en a l'air avec ses yeux qui lui dévorent le visage. Notre aviateur tombe dedans comme s'il s'agissait du seul moyen pour oublier son vertige. Entre les deux il y a de l'amour (mais rien de graveleux, par pitié, oubliez ma maladroite parenthèse caustique sur la Belgique), de la tendresse, de la confiance, de la magie. Notre homme dévoué à la môme retrouve sa part de rêve en la faisant rêver (attends, je vais me relire... mouais, je me comprends). Ils sont tous les deux dans leur monde (la sublime idée des ronds dans l'eau qui sont les murs de leur royaume...), font fi de tout ce qui les entoure ; plus la gamine fait part de ses peurs, de ses angoisses, plus l'homme oublie les siennes. C'est à qui pensera le plus à l'autre même si cela n'est pas parfois sans danger (les mini crises de jalousie de l'homme qui a peur de perdre "sa dévouée", la mini crise de larmes de l'adolescente qui peine à supporter son absence le temps d'un dimanche). Deux individus fragiles qui s'entraident au milieu des bruits du monde (le travail sur la bande son est également remarquable - ça crisse, ça craque, ça scrwinque à qui mieux mieux). Seulement voilà, hein, peut-on vraiment échapper à ce monde sans devoir finalement lui rendre des comptes ? Bien qu'animée par les meilleures intentions du monde, la Courcel va, malgré elle, mettre les pieds dans le plat et les chiens en chasse... Jusqu'au drame, terrrrrrible. Un film joliment mitonné dans la forme qui laisse au palais une saveur aussi bien sweet (la connivence qui existe entre ces deux-là) que sour (difficile de survivre dans ce monde brutal, bruyant, aveugle à la douceur des choses et à la beauté de l'innocence). Si beau.

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31 mars 2014

Chaque Soir à neuf Heures (Our Mother's House) (1967) de Jack Clayton

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Il y a toujours quelque chose à craindre quand les enfants restent en bande : Sa Majesté des Mouches (Peter Brooke), Les Révoltés de l'an 2000 (Narciso Ibáñez Serrador), Le Village des Damnés (Wolf Rilla), L'Ecole des Fans (Jacques Martin)... Chaque Soir à neuf Heures fait également craindre le pire lorsque, suite à des circonstances particulières (une mère malade qui élève ses 7 enfants dans une grande demeure : elle meurt et les enfants, craignant l'orphelinat, décident de l'enterrer dans le jardin), la petite bande se retrouve livrée à elle-même. Elle est dans un premier temps très pragmatique (les habitudes ne changent pas, ils continuent d'aller à l'école ; elle s'organise pour faire les courses (le gamin anglais aime les pois et les oeufs, c'est pas compliqué) et surtout pour retirer le chèque mensuel ; elle met à la porte la bonne à tout faire...) mais les premières "dérives" apparaissent : lorsque l'une des gamines sympathise avec une simple motard qui lui propose de faire un petit tour, les gamins se réunissent, l'un d'eux joue au médium paranormal avec la mère et la sanction tombe ; la gamine doit sacrifier sa chevelure... La chtite tombe malade dans la foulée mais pas question de faire venir un docteur dans la demeure, quitte à ce qu'elle reste sur le carreau... On présage le pire.

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On présage le pire et on se fourre le doigt dans l'oeil. C'est l'une des accointances de leur mère (Dirk Bogarde tout jeunot pour ceux qui l'ont toujours connu vieux) - il est considéré au départ comme le géniteur des enfants - (des détails seront donnés ultérieurement...) qui, en débarquant dans la baraque, va commencer par menacer l'équilibre (sur le plan financier notamment) de la maisonnée. S'il met la plupart des gamins en joie - seule une fille reste à l'écart -(jeux dans le jardin, virée en bagnole...), notre homme part également facilement en vrille (il picole, parie sur les chevaux, invite des pouffes à la maison pour faire tirlipinpon...). Il tente de mettre tout le monde dans sa poche mais ses dépenses inconsidérées ne vont pas longtemps passer inaperçues... Il n'a pas l'air surtout de se rendre compte qu'il joue à un petit jeu dangereux avec les gamins : ceux-ci pourraient bien finir par se rebeller surtout s'il commence de s'attaquer à "l'image" (dans tous les sens du terme) de leur mère...

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Le premier élément à noter c'est que si la plupart des films anglais sont mauvais (les Clayton, Dearden et autres Powell/Pressburger sont hors-concours, of course...), la plupart des acteurs anglais sont bons... J'exagère sans doute dans les deux sens mais force est de reconnaître que les gamins sont particulièrement au taquet dans cette oeuvre où ils jouent... un rôle essentiel. La seconde chose qui s'impose comme une évidence... c'est la musique de Georges Delerue (qui a eu d'ailleurs une longue collaboration avec Clayton) ; dès la première note (on ne peut tromper un fan de Truffaut, croix de bois, croix de fer), on se dit ah, tiens, Georges ! Il compose comme d'hab une musique toute en délicatesse, en douceur, en espièglerie (...) qui convient parfaitement pour venir accompagner le monde de l'enfance (je pourrais développer mes arguments musicaux mais il se fait tard là...). La troisième chose c'est que Clayton est quand même sacrément doué (on parle et on reparle des Innocents, ce n'est pas un hasard) au niveau de la mise en scène, de la direction d'acteurs and so on (je vais d'ailleurs m'attaquer au reste de sa filmo, clair... 8 films, c'est jouable). Sans qu'il n'y ait beaucoup de rebondissement dans la première partie du film (entre la mort de la mère et l'arrivée du "père"), il arrive à nous tenir en haleine en nous décrivant simplement, par petites touches, l'organisation de ce petit monde d'enfants avec sa cohésion (face à l'extérieur), son empathie (ils vont accueillir temporairement un autre enfant...), ses rites (le "temple" dédiée à la mère, une mère avec laquelle ils semblent toujours connectées...)

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Ensuite le film (et la caméra) s'emballe avec l'arrivée de Dirk : on assiste à quelques éclairs de folie douce (le rire et la joie des enfants) mais on a également l'impression qu'une certaine "noirceur" plane sur le film ; celui-ci d'ailleurs s'enfonce de plus en plus dans la pénombre jusqu'à cette terrible scène autour du feu de cheminée avec un Dirk dont le visage illuminé pour ne pas dire "enflammé" a quelque chose de diabolique... Faut pas trop jouer avec le feu, ni avec les enfants... Un véritable voyage au bout de la nuit enfantine... Un film surprenant aussi bien au niveau du scénar que dans la forme (on pourrait s'amuser à commenter des séquences entières : la lecture du testament avec ce plan qui commence sur les petites jambes des bambins, qui remonte au niveau de la table (parfaite transition "matérielle" entre l'âge de l'innocence et celui des responsabilités) et qui s'arrête sur les visages sérieux et concentrés de notre assemblée, une attitude qui n'a rien d'enfantin) ; il y a aussi ce plan magnifique, en contre-plongée, sur le lit désert de la mère : un des plus jeunes gamins, qui ne sait pas qu'elle a été enterrée pendant la nuit, monte par habitude sur le lit pour discuter avec sa mère - son ombre se projette sur l'endroit où se tenait généralement sa mère, une mère qui semble l'observer, impuissante, de l'endroit où se trouve la caméra : je ne sais si je me fais bien comprendre mais la scène provoque une forte émotion avec un dispositif d'une grande "simplicité"...), une bien belle mécanique claytonesque en quelque sorte. A découvrir, pour sûr.    

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