14 octobre 2014

Tomorrow I'll wake up and scald myself with Tea (Zítra vstanu a oparím se cajem) (1977) de Jindrich Polák

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Après Ikarie XB 1, le tchèque Polák nous offre un nouveau film de S.F. quelque peu starbé. Il est question de voyages spatio-temporels, de bombe H, d’Adolf Hitler et de jumeaux… Le résultat est un joyeux bordel avec des êtres qui ne cessent d’aller et venir dans le temps, devant constamment faire face à leur double - quand vous allez dans le passé, vous croisez votre double plus jeune, quand vous retournez dans le futur en arrivant quelques minutes avant votre départ original, vous recroisez votre moi (si vous avez en plus un frère jumeau, cela part forcément terriblement en vrille). En ce qui concerne la trame, accrochez-vous : une poignée d’hommes fidèles à Hitler décide de remonter dans le temps (il est possible, dans ce futur tchèque de voyager dans le temps à la coule : on peut ainsi revenir aux temps de Cléopâtre, de Waterloo ou de la prise de Bastille (la promo du mois…)) et de lui filer un coup de main dans son bunker, le 8 décembre 1944, en lui fournissant une bombe H miniaturisée - jusque-là ok. Le problème c’est que le pilote de ce voyage dans le temps, leur complice,  meurt le matin même de l’expédition (en s’étouffant avec son petit-dèj, une mort con) : son frère jumeau  prend sa place dans la vie (dans l’espoir de lui ravir sa gonzesse) et se lance dans cette expédition sans vraiment savoir de quoi il retourne. Non seulement, ils vont arriver… en décembre 1941 (Hitler est alors en pleine bourre) mais le « faux-frère » va également n’avoir de cesse d’essayer de contrecarrer ce plan pro-nazi - il est en effet beaucoup moins couillon que son frère…

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On ne cesse d’être trimballé entre bonne vieille comédie tchèquouillarde (les imbroglios dus à ces deux jumeaux antagonistes : un pro-nazi machiste vs un pacifiste puceau), romance (le frère rescapé qui doit se coltiner toutes les ex de son frère, pour le meilleur et pour le pire) et drame historique (un Hitler en grande forme, colérique et guère mesuré, qui n’en croit pas ses yeux (sa mèche en tangue) quand on lui montre (grâce à un vidéo-projecteur miniaturisé - Polák est un sacré visionnaire…) sa future déroute). Le gros plan sur son regard effrayé vaut le détour, comme s’il prenait (enfin) conscience un jour du désastre de ses actes pour l’Allemagne… Au niveau esthétique, on sent que le gars Polák n’avait pas plus de moyen que Jacques Martin pour nous faire croire à l’existence de cette capsule spatio-temporelle mais il s’en sort tout de même avec les honneurs dans la « re-création » de ce bunker nazi plus vrai que nature - on a vraiment l’impression que nos héros font irruption dans l’Histoire… L’histoire, elle, la petite, part définitivement en cacahuète quand le frère décide de sauver son jumeau, revient dans le futur avant l’acte fatal - mais ne parvient pas à le sauver -, repart dans le passé et revient une seconde fois dans le futur avant la mort de son frère… mais le sort semble s’acharner pour rendre ce sauvetage impossible. On ne peut pas reprocher à Polák de ne pas faire dans l’originalité et le farfelu. Il est juste un peu dommage que l’aspect « historique » soit un peu sacrifié, Polák préférant s’attacher aux petits problèmes sentimentaux de son héros : le ressort comique fonctionne souvent mais du même coup le « fond » reste malheureusement un peu à la traîne. Culte malgré tout - ben oui, c’est tchèque (avec son lot de bombasses en prime...)

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LIVRE : Troisièmes Noces (Het derde huwelijk) de Tom Lanoye - 2014

9782729121143,0-2265291Les textes de Tom Lanoye m'ont toujours eu aux points, jamais par K.O., mais ma foi ça fait partie du mérite de ses livres de vous charmer petit à petit, par touches discrètes. Que dire alors de ce lourdaud Troisièmes Noces qui, à force de lorgner vers les têtes de gondole des librairies, se fourvoie dans un style grossier et des psychologies à deux sous ? Ben disons qu'il est raté, non ?

Un homo vieillissant et veuf se voit proposer moyennant finances d'épouser une jeune Africaine en mariage blanc ; il l'hébergera six mois histoire de lui obtenir des papiers, puis divorce et remariage avec le commanditaire de la chose. Bien. On se doute bien, vues les 350 pages, que ça ne va pas se passer tout seul, et le fait est. Il y a les visites insistantes des inspecteurs, il y a la présence fantomatique d'un troisième larron inattendu, et il y a surtout les rapports de plus en plus ténus entre l'immigrée têtue et l'inconsolable héros du roman. Le roman nous propose moult aventures et rebondissements dans un intrigue qui se veut à la fois drôle, amère et grinçante : le narrateur, particulièrement antipathique, est un réac ordinaire, cynique et désabusé, rempli de clichés sur les femmes, noires en particulier ; elle est forcément une beauté pure au caractère de chiottes, qui l'amènera jusqu'à l'illégalité (héberger un autre sans-papier ou se fritter avec une bande de jeunes dans le tramway).

On n'y croit pas une seconde, le postulat de départ étant déjà complètement improbable : qui irait confier sa future femme à un type si revenu de tout ? Le reste est dans la même veine, et si on retrouve parfois le Lanoye qu'on aime dans certains passages (les pages sur son ex petit ami, ou les descriptions crues des passes dans les jardins publics), l'ensemble est si ouvertement "fait pour rigoler" qu'on ne cesse de soupirer. Très au-dessus de ses personnages, pathétiques et caricaturaux à l'exception du héros-narrateur-auteur, Lanoye nous livre sa vision pauvrette de la société en crise actuelle, mais finit par accumuler les poncifs de bistrot de province. Où sont passées les subtilités de ses écrits biographiques, la finesse et la saine franchise de ses jolis récits ? Ici c'est pas drôle et mal écrit. Mais que s'est-il passé ?

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13 octobre 2014

LIVRE : On ne voyait que le Bonheur de Grégoire Delacourt - 2014

9782709647465-GEncore un ouvrage, en cette rentrée française décidément peu optimiste, qui dresse le portrait d'un homme apparemment "bien sous tout rapport", marié, deux enfants... et qui finit par péter un gros gros plomb - et cela reste d'ailleurs un doux euphémisme (acheter un flingue pour tirer à bout portant sur l'un de ses enfants endormi, avouez que c'est tout de même extrême). Oui notre gars Antoine va voir sa vie totalement dérailler et, sous la pression, va finir par perdre le contrôle... Une jeune soeur qui meurt dans son sommeil, une mère qui se fait la malle, un père peu démonstratif, une femme qui "hésite" à l'aimer, le trompe, se barre, un licenciement soudain, un enfoiré de plombier qui facture un service les yeux de la tête... c'est l'escalade, ou plutôt la dégringolade... Le ton assez enjoué et rigolo des premiers (courts) chapitres (ça se lit "à la volée" : on peut aisément lire un chapitre entre deux stations de métro, dirais-je, à vue de nez...) fait progressivement place à une certaine noirceur alors que les emmerdes s'accumulent. Notre gars gamberge, ne sait plus trop sur qui, sur quoi rejeter la faute et boum... Notre homme, dans la seconde partie tentera de refaire sa vie au Mexique (retour aux choses simples, à la base - on connaît la musique) pendant que son adolescente de fille (qui survit à cette balle tirée dans le gras (...) de la joue...) tente de réapprendre à vivre... Le pardon est-il possible, point d'interrogation.

Le style du gars Grégoire est alerte, vif, il sait placer ici ou là de petites références comiques qui font mouche (ça ne mange pas de pain, oui c'est agréable, sans prétention), avant qu'une terrible chape de plomb s'abatte sur le coin du nez de notre homme - maudite société - trop bon, trop con -, maudits parents aveugles, maudite femme libertaire, maudit monde... On sent qu'il s'agit d'un (léger) petit ouvrage dans l'air du temps alors même que les coutures humanistes de notre bonne vieille société française craquent de toutes parts. Delacourt a le sens du rythme à défaut d'avoir le sens du lyrisme, dessine des personnages à la psychologie relativement basique pour toucher (semble-t-il) le plus grand nombre et son ouvrage, parfois drôle, parfois un peu répétitif et simpliste, se lit avec une certaine bienveillance. Maudit bonheur.

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12 octobre 2014

Memento Mori (1992) de Jack Clayton

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Dernière oeuvre (télévisuelle) du grand Jacques Clayton qui décide d’adapter un célèbre roman de Muriel Spark. Il retrouve le fidèle Georges Delerue au niveau de la bande originale (du travail de velours, comme d’hab) et dirige une armada de vieux acteur anglais de haute volée (Maggie Smith, Michael Hordern, Renée Asherson, Stephanie Cole, Thora Hird...). Nous sommes dans les fifties et faisons rapidement connaissance avec toute une tribu de petits vieux liés par des histoires d’amour, des relations maîtres/serviteurs ou des accointances littéraires. Le point communs entre tous, c’est qu’ils reçoivent depuis quelque temps d’étranges coups de fil, un mystérieux quidam leur annonçant d’une voix qui n’est bizarrement  jamais la même « Remember you must die / Souviens-toi que tu dois mourir »… Une déclaration aussi glaçante que celle d’un corbeau dans une œuvre de Poe qui met tout ce petit monde en émoi…

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L’on passe d’un salon l’autre, d’une maison de retraite à un hospice, découvrant peu à peu le passé (plus ou moins glorieux) de ces vieux ainsi que certains de leurs petits secrets enfouis depuis des décennies. Un enquêteur à la retraite part à la recherche de ce mystérieux « informateur » de l’au-delà qui stresse plus ou moins nos vieilles gens… Si celui-ci semble insaisissable (et pour cause…), plusieurs informations, plusieurs faits viennent pimenter le récit : on découvre un mariage caché qui refait surface au moment d’un héritage, des chantages qui traînent depuis Mathusalem, des bisbilles entre poètes… On s’amuse des vices cachés de certains (le type qui fantasme sur les bas des femmes…), de certaines révélations tardives (un vieux couple qui finit par avouer ses infidélités), on s’effraie de certains actes violents (un cambrioleur aux manières particulièrement expéditives). Chaque enterrement permet à ce petit monde de se retrouver, de s’observer, la mort de l’un d’entre eux finissant of course par donner raison à cette mystérieuse voix fataliste…

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Ambiance à la The Dead avec ce casting hors d’âge : si Clayton s’amuse de quelques effets de montage (le jolie enchaînement entre le générique d’ouverture et la première séquence :  la pendule à l’arrêt à laquelle se superpose le cadran d’un téléphone - la mort a pris possession du réseau téléphonique…), c’est surtout la direction d’acteurs qui fait l’intérêt de cette nouvelle : qu’ils soient « lèvres pincées », qu’ils jubilent, qu’ils grognent (le vieux voyeur, excellent) ou qu’ils balancent, on sent que ces petits vieux ont un pied dans la tombe mais pas encore leur langue. On est, la plupart du temps, dans des scènes d’intérieur assez oppressantes, anxiogènes comme si l’air commençait à manquer à ces personnages at the end of the road. L’ombre de la mort plane, mais la truculence des personnages et des petites piques qui s’envoient font malgré tout de ce memento mori une sorte de joyeux moment sous respiration artificielle… Clayton adapte Spark et trouve l’étincelle.

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La Bataille de la Villa Fiorita (The Battle of the Villa Fiorita) (1965) de Delmer Daves

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Ultime oeuvre du gars Delmer qui prouve qu'il en avait encore sous la semelle en fin de carrière. Certes, le début du film nous fait un peu craindre le pire : une femme entre deux âges comme on dit poliment (Maureen O'Hara) vit dans une grandiose résidence en Angleterre et quitte son mari et ses enfants pour suivre un pianiste italien (Rossano Brazzi, ma) dans une somptueuse résidence en Italie. La musique inspirée de Mischa Spoliansky est romantique à mort et l'on a bien peur d'assister pendant deux heures à un film terriblement cheesy... et un peu creux car il est bien connu que deux amoureux (surtout arrivés à cet âge de la disons, euh, sagesse...) n'ont généralement pas grand-chose à se dire (ils se regardent, s'embrassent, se comprennent à demi-mot... à peine de quoi faire un court-métrage). Ca sent les fleurs qui embaument à tous les étages et le pognon dans tous les coins, on sent que Daves n'est pas produit par le PCF français...

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Heureusement, heureusement, il y a les enfants... On ne sentait pas vraiment le coup venir mais ce sont eux qui vont mettre un peu de piment à cette love story a priori trop simple pour être intéressante. Les deux gamins de la Maureen vont décider comme des grands de traverser la France pour aller la rejoindre et vont s'allier à la très jolie et terriblement précieuse gamine (Olivia Hussey dont ce fut le début d'une longue carrière... euh molle... à part le Roméo et Juliette de Zeffirelli, on ne peut pas dire que ce fut énorme au niveaux des choix...) du gars Rossano (qui est veuf, lui) pour faire exploser cette liaison. Vaste programme, c'est la fameuse bataille du titre - si vous vous attendiez à un film de guerre, vous pouvez déjà plier votre barda. Le voyage jusqu'en Italie est déjà épique en soi (de jeunes gens on the road, c'est toujours truculent - on apprend ainsi que les Français mangent dans le train des poulets entiers et fument comme des pompiers - surtout les vieilles dames, pouah). Le combat qui s'engage s'annonce lui assez corsé : certes les deux gamines ont l'air particuliérement obstiné mais le gars Rossano ne semble pas du genre à s'emmerder longtemps avec deux chieuses. Elles se lancent dans une grève de la faim histoire d'user les nerfs des deux adultes et le moins qu'on puisse dire... c'est que cela marche. Nos deux lovers qui pensaient couler des jours paisible dans cette villa paradisiaque se retrouvent chaque jour préoccupés par ces deux têtes de mule qui ne cèdent pas un pouce de terrain. Il y a de la fessée en l'air mais aussi du drame quand le jeune garçon et la fille de Rossano décident de fuguer en bateau... par un jour de grand vent... Et la musique de se mettre à repartir plus lyriquement - et funestement - que jamais.

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Daves aime les beaux décors et les belles petites frimousses et on peut dire qu'il nous gâte avec ces vues sur ces baraques sorties tout droit de Modes et Travaux ou encore sur ce subime lac - c'est chiadé, l'Italie, pas de doute. Si le monde des adultes n'a pas grand intérêt (à l'image de la choucroute sur la tête de Maureen (1965 fut-elle l'année de la grève des coiffeurs ? Je dis ça...) et de son négligé bleu transparent un poil ridicule - ta mère la... ? Restons courtois, allons), les 400 coups des gamins sont un peu plus joyeux et attachants - même s'ils se la pètent drôlement pour leur âge... Une oeuvre de Daves où les enfants sont les vrais seigneurs du château, les grands animateurs et l'amouuuur risque pour une fois d’avoir bien du mal à triompher face à ces maudites petites têtes rousses et brunes. Des illusions devront tomber sur le champ de bataille ; une œuvre raffinée du gars Elmer à mettre définitivement - et en bonne place - dans la liste des films avec gosses. Daves clôt ainsi sa filmo avec une oeuvre charmante au final... assez inattendu - l'amour, les enfants, ces éternels drames, eheh, ne m'en parlez même pas...

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11 octobre 2014

LIVRE : Pour que tu ne te perdes pas dans le Quartier de Patrick Modiano - 2014

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Le Modiano nouveau est arrivé, tout auréolé de son Nobel - lors de la première conférence de presse faite par le Patrick, il a donné l'impression d'avoir reçu un coup de massue sur la tête ; entre les bribres de phrases qu'il prononçait, le type semblait vouloir comprendre de quoi on l'accusait - ou pourquoi on l'avait choisi -, lui qui n'écrivait que de petits livres personnels sans prétention... Modiano ou le Nobel de l'humilité. Et sinon ce roman ? Eh bien comme chaque année (enfin presque, c'est vrai que son précédent ouvrage, de mémoire (...), ne m'avait pas complétement tenu sous le charme), on aime à se perdre le temps de quelques pages dans le flux modianesque qui mêle avec magie enfance (perdue - mais avec collier : le titre du roman...), passage à l'acte (il s'agit bien sûr pour lui d'évoquer le premier livre qu'il a écrit : le Patou est pudique) et pente douce de la vieillesse (Modiano semble vouloir nous faire croire qu'il fait tout pour "perdre la mémoire", qu'il se rassure en sachant que ses souvenirs tiennent dans une valise dont il a perdu les clés... Mais on n'est pas dupe, on sait que l'homme marche à la nostalgie floutée comme d'autres à la cocaïne). Ayant parcouru toute l'oeuvre de Modiano, on croit tout connaître de lui, connaître les moindres recoins de sa petite enfance, les moindres actes de ses premières amours, les moindres traces de ses parents évaporés dans l'après-guerre. A chaque fois, pourtant, il réussit à nous cueillir en dévoilant un pan de ses souvenirs (imaginaires ou réels : il n'y a aucune frontière puisqu'il s'agit d'un écrivain), un pan formateur, un pan essentiel... comme tous ceux qu'il a livrés auparavant. Le personnage principal de ce roman nous fait croire qu'il doit se replonger dans son passé sous la menace (un mystérieux coup de fil suite à un carnet d'adresses perdu, un carnet qui contiendrait des informations confidentielles - bouarf, juste un nom et un ancien numéro de téléphone, "presque rien" ou plutôt, pardon, presque tout pour Modiano...) mais l'on sent bien, passé les premiers chapitres, que notre homme remonte le fil de ses pensées avec un certain plaisir, chaque phrase en amenant une autre qui en amène une autre, bref du Modiano pur jus ou l'art de nous embobiner dans ses rets littéraires. Une maison abandonnée et entourée d'arbres (comme dans un conte), en banlieue parisienne, où notre enfant est recueillie par une jeune femme, un retour sur les lieux de son enfance pour construire les chapitres de son premier roman (qui seront forcément détruits pas la suite, comme si la réalité devait finir par disparaître derrière la fiction - des (bonnes) feuilles, comme en automne, vouées à être emporté par le vent...), un simple appartement où vit dorénavant, en solitaire, notre vieil homme sous le regard solidaire d'un tremble dont la simple présence le conforte. Les racines de notre écrivain sont dorénavant profondément enfouies dans le terreau de ce passé... qui le hante, l'effraie, mais qui demeure une inépuisable source d'inspiration. Que dire, sinon, du style modianesque ? Chaque phrase est millimétrée, parfaitement pesée, équilibrée - je ne saurais mieux dire. Un mystère, un suspense qui reste en suspend, un Modiano délectable.  

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New York Melody (Begin again) (2014) de John Carney

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7 ans après Once, l'Irlandais John Carney tente de nous resservir la même soupe froide à New York City : une nouvelle comédie-romantique-musicale qui bénéficie cette fois-ci de la présence de stars - Keira Knightley (elle se croit dans un film super indie donc elle n'arrête pas de faire des mines "ultra-naturelles" pour faire genre) et le routier Mark Ruffalo (plus free lance au niveau du jeu, je ne vois pas, où alors il faut remonter aux films de Claude Berri...). Forcément, on s'en doute, il y a quelque chose d'un peu putassier à vouloir ressortir les mêmes recettes ; on sert un peu plus les fesses au bout de 15 minutes quand on se rend compte en plus que le feeling est cette fois-ci méchamment resté au vestiaire - ou en Irlande... Certes, Once n'était pas un chef-d'oeuvre mais ses petites mélodies avait un je-ne-sais-quoi (pour peu que vous aimiez le Nutella et les chansons sucrées) qui permettait de vous mettre en joie. John Carney a beau forcer la dose, tenter de nous prendre dans les mêmes rets musicaux en répétant 2, 3, 4, 5 fois la même chanson, on reste malgré tout la plupart du temps affreusement à quai. Au niveau sentimental, le scénario ferait rire un enfant de 20 mois par tant de facilité (le vieux couple qui se sépare mais qui s'aime, le jeune couple qui se sépare et qui n'avait de toute façon que peu de points communs - si vous devinez pas "live" avec quelle donzelle Adam Levine va tromper Keira Knightley, relisez le club des cinq ; accessoirement, scénaristiquement, il est aussi question d'un manager sur la touche qui pousse une chtite jeune à faire un album...), au niveau musical Suzanne Vega se marre - on a rien contre la ptite chansonnette légère teintée de folk, non, mais l'abus d'easy listening donne malheureusement parfois des envies de meurtres ou d'écouter les Pogues à un niveau sonore tellement indécent que toute réconciliation avec les voisins serait par la suite mission impossible. Bref, on s'attendait à du gnangnan (attendez, diable, on ne peut pas toujours mater des films japonais muets dont il ne reste qu'une copie...), on est diablement servi.

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Mais, allez, je vais quand même tenter de positiver deux secondes quitte à me fourvoyer un brin. Il y a chez John Carney une telle volonté de vous faire croire "qu'une fois au fond du fond du trou, vous ne pouvez que remonter, qu'il y a des gens tellement sympathoches et cool in the world que tout est possible" qu'on aurait presque envie de lui donner une franche et amicale bourrade dans le dos s'il était en face de nous à la fin du film. Oui, c'est niais, oui c'est surjoué, oui la zique est limite, oui, il filme New York comme une plate et belle carte postale, oui c'est terriblement easy... Mais on sent que le gars est une bonne branche qui tente  l'impossible pour vous inclure dans ses vibes... même si c'est peine perdue, cela part quand même d'un bon sentiment. Bref, c'est raté mais un soir où vous êtes totalement guimauve, à la dérive, le truc sera capable de vous arracher un sourire de compassion humaine. C'est mieux que rien...

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10 octobre 2014

LIVRE : Photos volées de Dominique Fabre - 2014

photos-volees-fabreSi vous avez 58 ans, que vous êtes chômeur en fin de droit, sans compagne ni enfant et avec aucun espoir d'avenir, cet ouvrage est pour vous : en fin de lecture, il vous suffira de prendre une allumette et de vous immoler par le feu en brûlant cet ouvrage enfoui sous votre chemise. Vous avez eu une vie de merde, autant y mettre fin. Bon, ok, je noircis un peu le tableau. Reconnaissons tout de même que ce n'est pas le bouquin de la rentrée le plus gai. Dominique Fabre suit donc la trajectoire d'un homme gentiment mis au rebut par sa boîte et qui se retrouve soudainement face à lui-même 24h sur 24. Son seul réconfort, ce sont les photos qu'il a prises tout au long de sa vie : il y retrouve nostalgiquement quelques instants de grâce qui rendent encore plus douloureux le présent. Alors oui, certes, tout n'est pas totalement merdique. Il possède encore une poignée de vieux amis qu'il voit encore de temps en temps lors de longues soirées un peu tristes, il fait la connaissance d'un type débrouillard qui l'amène dans ses petites combines (du matériel "tombé du camion" qu'ils convoient et sur lequel ils prennent des commissions) ou encore d'une avocate avec laquelle un embryon d'histoire d'amour tente d'éclore. Tout n'est pas désespéré, désespéré... Et puis il y a ce jeune couple d'un ptit bar de quartier qui lui propose d'exposer ses photos - non, tout n'est pas complétement perdu. Mais tout de même, on ne peut pas dire que Fabre aime à se faire le chantre de la joie de vivre. Certes, lancerait l'ami Gols jamais à court de répartie, c'est souvent les ouvrages les plus noirs qui finissent par paraître de vrais diamants bruts. Bon. Tout le monde n'est pas Miller, ni Calaferte, ni Selby, hein. Le problème, c'est qu'on ne peut pas dire non plus que l'écriture du gars Fabre soit des plus séduisantes. Des phrases souvent juxtaposées, qui aiment à jouer du style indirect libre et qui souvent passent d'une situation à une autre sans qu'il soit toujours évident de suivre immédiatement le raisonnement, la logique. D'où une lecture, surtout dans la première partie (on finit par s'y habituer par la suite, sans forcément y prendre goût...), un peu "heurtée" ; on avait déjà du mal à vraiment se passionner pour cette bonne vieille petite vie de merde à l'heure des bilans, l'écriture de Fabre ne nous aide pas vraiment à apprécier les méandres de ce récit guère original et un peu poussiéreux - rah la société française, ma bonne dame, tout part en quenouille... Bref, vous l'aurez compris, autant avoir une grosse patate avant d'attaquer la chose. A la fin du récit vous saurez au moins ce qui vous attend en fin de carrière si vous continuez à vous mettre des oeillères... Des photos au final légèrement sépia et un récit qui n'a de modianesque que le titre.

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LIVRE : Debout-Payé de Gauz - 2014

CV-Gauz-CheeriOn ne sait pas trop si on doit rire devant ce bouquin, ou prendre sa tête dans ses mains et pleurer sur cette infâme civilisation mondialisée. C'est tout le talent de cet auteur mystérieux (premier roman, nom étrange) que de se promener habilement entre les genres, à la lisière de l'impressionnisme, du réalisme social, de la fresque politique et de la brêve de comptoir. Debout-Payé est le portrait autobiographique d'un immigré ivoirien débarquant en France dans les 90's dans l'idée de devenir riche et docte, et qui se retrouve vigile au Séphora des Champs-Elysées. A travers lui, Gauz retrace mine de rien toute l'histoire de l'immigration africaine de ces années-là, depuis les premiers "pionniers" jusqu'à la sale période de l'après-11 septembre. Par le détail, par le roman, par l'individu, il décrit ce que c'est que d'arriver dans ce pays, d'y habiter dans des centres sociaux sordides avec ses congénères, d'y exercer un métier absurde, puis de retourner (parfois) au bled aussi dubitatif qu'en partant. Une épopée finalement, qui passe par de grands monologues d'anciens, un véritable chant de souffrance et de dignité de tous ces sans-papiers transparents assis toute la journée dans une cahute devant une porte, ou plus souvent debout (d'où le titre) à jouer les gros bras (qu'ils n'ont pas) en matant les sacs ouverts des bonnes femmes.

C'est triste, presque tragique, et le style de Gauz ne refuse pas une certaine mélancolie prenante, cachée derrière des faits, des dates, des chiffres. Mais il sait aussi fournir des contre-points impayables, avec cette suite de phrases entendues ou de gestes aperçus durant ses heures de surveillance : comportements absurdes qui montrent encore une fois par la petite porte ce qu'est notre société marchande et contradictoire. Son statut d'ombre que personne ne remarque lui permet de capter avec une acuité extraordinaire les petites choses du quotidien, qui se transforment aussitôt en symboles de globalisation. Sous des dehors de témoignage à la première personne, le livre se montre alors d'une belle ampleur, et le style rythmé de Gauz ajoute encore au charme. Belle chose.

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Little Big Horn (1951) de Charles Marquis Warren

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Voilà une bien belle découverte : ce premier film de Charles Marquis Warren est bien plus qu'un western, bien plus qu'une simple série B, bien plus qu'une simple balade de soldats en territoire ennemi. Warren parvient à mixer avec une évidente maîtrise divers ingrédients (triangle amoureux, attaque sauvage, galerie de portraits, fatalisme proche de celui d'un film noir...) et nous livre un petit western de derrière les fagots qui tient diablement en haleine. Dès le départ, on sent que le gars calcule intelligemment ses plans (un joli plan séquence qui nous présente les deux personnages principaux et l'intenable tension qui va automatiquement voir le jour entre les deux : Marie Windsor annonce à son amant, le lieutenant John Haywood (John Ireland), qu'elle est prête à tout quitter pour lui. Pas de bol, dans un miroir, apparaît le mari, le Capitaine Phil Donlin (Lloyd Bridges) rentré un peu plus tôt que prévu de mission - en un plan et un léger mouvement de caméra, Warren a posé le problème : ces deux hommes ne sont pas faits pour s’entendre, clair). L'histoire ensuite est simple comme bonjour : les deux hommes, accompagnés d'une quinzaine de soldats, vont devoir traverser le territoirE sioux pour alerter le fameux général Custer d'une embuscade qui se prépare vers la rivière de Little Big Horn. C'est le Capitaine Donlin, of course, qui décide de cette mission-suicide, comme pour mieux tester Haywood... C'est alors parti pour une très longue cavalcade : un grand film d'hommes entre eux avec ses petites histoires, sa dose de testostérones et ses inéluctables tragédies.

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Warren, pour commencer, comme dans un bon vieux Fuller, a le don pour négliger aucun des personnages de la troupe. Tous ont droit à leur petite séquence, leur cinq minutes de gloire en quelque sorte, permettant ainsi de découvrir un pan de leur passé, une partie de leurs espoirs. Ainsi ce type dont la femme vient d'accoucher et dont il est sans nouvelle, ainsi cet autre qui "a commandé" au Canada sa future épouse, une bien belle femme qui devrait le rejoindre à la fin de cette mission. On s'attache à ces hommes... avant qu'ils ne tombent comme des mouches. Comme dans un bon film noir qui se respecte, les cadavres sont foison et les morts subites : Warren n'embellit en rien cette guerre en cherchant à truffer son récit de Sioux aux belles plumes faisant de longues phrases comme un Marcel Proust ampoulé. Que nenni, quand le Sioux apparaît, c'est pour attaquer et pour tuer. Arc, canif, fusil, il ne cherche pas à faire dans le détail. Parfois, tout de même, les Sioux poussent le vice en allant jusqu’à torturer un homme, le laissant en vie d’un fil pour attirer ses collègues de Cavalerie dans un piège. La guerre de terrain, c'est sale. Parallèlement, on suit avec jouissance la tension qui monte entre Haywood et Donlin. Ce dernier donne des ordres, sacrifie les siens à l'envi (you have to sacrifice a few to save many : c'est son mantra) et avance obstinément vers son but. Haywood, lui, sait avoir un mot pour chacun, tente autant que faire ce peut de limiter le carnage et se fait bien sûr dix fois mieux voir des hommes de troupe. En gros, pour Donlin, le cauchemar se répète : lui, le mari et leader, se voit à chaque fois préférer ce sacré Haywood... Verra bien qui vivra le dernier.

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On est engagé dans une fuite en avant d'une noirceur terrible : Warren est un type suffisamment malin pour tenter de nous attacher à chacun de ses hommes avant de les précipiter, les uns après les autres, dans l'enfer indien. Chaque fois que les indiens attaquent, ils nous font bondir de notre fauteuil comme s'ils parvenaient à chaque fois leur embuscade. Le rythme, assez cool au demeurant - petites discutes d'hommes entre eux qui ont tout juste le temps de se reposer (you have to sleep fast...) - s'accélère soudainement lors de ces attaques réglées fissa : l'indien, diablement rusé, parvient le plus souvent à ses fins : détruire l’ennemi. Jusqu'au bout Warren nous tient sur la corde raide : ces hommes, finit-on par se demander, ont-ils jamais eu une réelle chance de survivre, ne sont-ils pas tous condamnés d'avance par ce Capitaine qui les a conviés, pour assouvir une vengeance personnelle, à son enfer domestique ? La dernière séquence est radicale et nous laisse le souffle court. Little big Horn, grand western ; coup d'essai, coup de Marquis.

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Go west, here

Posté par Shangols à 09:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



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