10 janvier 2015

Les Combattants (2014) de Thomas Cailley

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Voilà un premier film (C’est  notre gars Rossignon qui est à la prod, toujours à la recherche de futurs talents - chapeau bas) qui ne manque pas de fougue, de luminosité et de maladresses. Un premier film, donc un film d’amour, qui confronte la punchy et gracieuse Adèle Haenel et le sympathique Kevin Azaïs. On connaît la chanson : une première rencontre qui tourne à l’affrontement (littéralement puisque, sous l’œil d’instructeurs de l’Armée de Terre, ils luttent ensemble : elle lui met sa race, il la mord ; elle est hautaine, il l’a déjà dans le sang) et d’autres suivront (incontournables rounds d’observation) où nos deux jeunes gens se jaugeront, se flaireront, se rapprocheront ; elle garde ses distances, il reste à l’affut - il attend qu’elle baisse la garde pour tenter sa chance. Même si c’est elle qui mène le combat, qui semble décidée à en choisir l’issue…  ce qui devait arriver arrivera.

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Après avoir osé le film en milieu hospitalier, l’auberge hongroise andersonienne, me voici confronté à une œuvre avec l’Armée de Terre en toile de fond - on ne peut pas dire que je ne sois point prêt à faire des efforts, voire des sacrifices en ce début d’année. Le film est un peu long au démarrage : il nous faut attendre une bonne moitié du film avant d’assister à une scène toute en moiteur (nos deux jeunes gens se sont fait surprendre par la pluie après un trip en moto) qui fait enfin monter la tension. Vient alors ce fameux stage en milieu militaire où le caractère de nos deux ptits jeunes  sera mis à nu : à mesure que les idéaux de la belle Adèle s’effritent (cette « louve solitaire, taillée pour la survie, est rapidement remise à sa place : 1) tu la fermes 2) tu obéis 3) tu la fermes - c’est l’Armée, c’est ça), le gars Kevin, avec son instinct protecteur (il la couve du regard depuis le départ), va prendre du galon. L’Armée ne rimant guère avec romance, notre petit couple va vite faire bande à part ;  il déserte et  se retrouve en pleine forêt : survivre, vivre, d’eau fraîche et… (étrange de voir que dans le film de Fillières, la forêt venait mettre un terme à l’union de ce couple (usé) - chacun (surtout elle) semblant y retrouver son essence - alors que dans celui de Cailley, elle est lieu d’initiation, éveille les sens  et rapproche nos deux hésitants - question de génération, sans doute.)

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Cailley sait parfaitement capter le regard effrontée de la jeune Adèle. Il se fait malheureusement un peu plus démonstratif lorsque l’Adèle se fait plus doucereuse (la scène dans la station-service avec le chien… mignonne puis lourdingue - d’autant que le Kevin fut juste avant traité de petit toutou : on a vu « métaphore » plus fine) mais réussit les scènes plus « instinctives »  (La scène du maquillage / camouflage, celle où l'héroïne se fait crocodile de rivière ou encore la séquence enfiévrée de la scène d’amour). On sent qu’il y a dans ce cinéma-là du sang neuf, de l’envie, de l’énergie et on pourrait s’en contenter pour une première œuvre. Les auteurs chaussent malheureusement un peu leurs gros sabots lors du dernier tronçon du film (l’incendie qui s’approche, l’homme sauvant sa dulcinée… hum, hum  - toujours dit qu’il ne fallait pas manger du renard, maintenant chacun fait ce qu’il veut). Il est dommage que les ficelles scénaristiques, la « parabole » si on veut, soit un peu grossière (le jeune homme naïf qui se fait finalement protecteur, brrr), car il y a, ici ou là, un vrai instinct cinématographique chez le gars Cailley. A affiner, comme on dit, the next time.

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The Grand Budapest Hotel (2014) de Wes Anderson

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C'est sans aucun préjugé (ou alors un soupçon, inconsciemment surement... dur à dire) que je me lançais dans la vision de ce dernier film d'Anderson (pas vu le précédent) pour éviter avant tout le supplice du pal à l'ami Gols qui, actuellement, se repose. J'ai du mal à dire à quel point cette oeuvre, et ce malgré le déni et les cris de nos chers commentateurs, m'a paru plate. Plate oui, un peu comme du cinéma en 1D (c'est possible pusique Wes l'a fait) ou comme une planche de BD parfois animée. Tout ce que j'avais du mal auparavant à aimer chez Anderson atteint ici son apogée : des personnages costumés comme au théâtre ce soir (allez tiens, un soupçon de moustache pour faire plus kitsch), des vignettes animées bénéficiant d'un humour à froid qui me laisse congelé, une histoire de course-poursuite (ah ah ah le burlesque) plus abracadabrante qu'un tonneau de ma grand-mère dans les escaliers (ce n'est donc pas drôle), un sens du pastiche à gros trait qui cache un manque terrible de fond (les ZZ n'ont aucune finesse, sont de purs méchants et on va donc leur casser la gueule... ou pas), un petit théâtre de boulevard dans des décors en carton pâte rose qui s'avère affreusement indigeste. Dès le premier quart d'heure, j'ai commencé à serrer des fesses et à insulter mentalement mon fidèle compagnon éloigné Gols : enfoiré, tu as du le voir, ce premier quart d'heure, et tu t'es barré de la salle pour échapper à ta chronique ; tu devras te taper comme punition l'intégrale de Bille August en version longue et celle d'Angelopoulos avec les bonus (compter 30 ans en continu sans dormir : ce fut l'une des tortures les plus terrible de Guantanamo, fermons la parenthèse).

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J'ai beau tenter de faire contre mauvaise fortune bon coeur, je ne vois pas ce que je sauverais de ce Tintin à Zubrowka (une insulte à la vodka presque homonyme, beaucoup plus couillue, elle). Le personnage "hate and hate" de Willem Dafoe ? Mais cela fait tellement de fois qu'on le voie avec un dentier déformant qu'il finit par ne plus guère nous surprendre... Les jurons balancés soudainement par Ralph Fiennes alors que le ptit pépère se veut un modèle d'élégance ? Un rire facile et gras comme au détour d'une blague de Bigard - oui, j'avoue, coup bas. La poursuite qui n'en finit plus dans la neige ? Tex Avery est tellement supérieur, quand même, au niveau du délire. La présence d'Amalric dans un rôle torve (again), de Léa Seydoux en soubrette (elle ne montre même pas ses seins, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?) ? Bah, je ne voudrais pas détruire ce Grand Hotel pour le plaisir (un Grand Hotel qui risque encore de se retrouver dans d'innombrables top 10 paresseux) mais disons que le prochain Anderson ce n'est ni moi, ni Gols qui s'y frotte. C'est dit. Ecran plat...

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09 janvier 2015

Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman) de Cecil B. DeMille - 1936

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Pas beaucoup de films de DeMille chroniqués sur Shangols pour l'instant, et c'est normal : voilà le plus médiocre des cinéastes, m'est avis, qui s'est complètement laissé bouffer par le spectacle à tout prix, quitte à raconter à peu près n'importe quoi n'importe comment. The Plainsman n'ajoutera rien à sa gloire vacillante : c'est un western ringard, bas du front et réalisé en dépit du bon sens, et on pleure doucement à regarder notre brave Gary Cooper et sa blonde Jean Arthur sombrer dans cette entreprise pompeuse désolante.

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DeMille voudrait réaliser LA grande fresque sur Buffalo Bill, une déclaration d'amour à l'héroïsme (supposé, lisez voir l'intéressant livre de Vuillard pour vous en rendre compte) de la légende, et aussi et surtout à celui de son poteau Wild Bill Hickock, combattant à la force de leurs six-coups des hordes d'Indiens ricanants, déjouant les trafics d'armes des félons à cigarillos (ou à cigarette) et servant avec abnégation le général Custer à Wounded Knee. Héroïsme purement white-american, puisque le discours du film, rance, est "un bon Indien est un Indien mort, déshérité, piétiné par des chevaux, et sodomisé après sa mort". C'est ce qui choque le plus : le manichéisme effarant des personnages secondaires, avec ces Peaux-rouges joués au plus court par des figurants maquillés à la va-vite : un vague langage d'opérette ("Ya-va-oooohowwww" veut dire "homme blanc vendre bâton de feu" et aussi "je dois te présenter au chef"), un visage grimaçant, et envoyez les lumières par en-dessous pour nous rendre tout ça terrifiant. Le racisme est latent, et je veux bien que ce soit l'opinion commune dans ces années-là, mais DeMille fait plus que rentrer dans le rang : il réécrit complètement l'Histoire en déifiant les héroïques soldats américains, et en griffonant à gros traits les Indiens. On nous annonce que ceux-ci violent les femmes et fracassent les bébés contre des rochers, mais quand la bonne Calamity Jane est faite prisonnière, ils lui dérangent à peine sa mise en pli (mais aussi, les Indiens, hein, donnez-leur un chapeau à plumes, ça les occupe trois heures).

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Un discours immonde donc, une glorification de la race blanche et de la virilité à tout prix, un mépris des femmes (se mourant d'amour en tenant une poêle à frire alors que leurs hommes combattent vaillamment l'envahisseur), ajoutés au fait que DeMille ne sait même pas raconter correctement : montage terrifiant (ces plans en fondus enchaînés qui commencent visiblement avant l'indication "Action"), pauvreté visuelle (des gars filmés en studio devant des écrans grossiers), dialogues bavards et mal filmés, lumières artificielles, on ne cesse de soupirer devant le ratage du truc. Du coup on n'y croit jamais, et Cooper a l'air bien d'accord avec nous : il ne joue presque pas, se contentant de faire ce qu'on lui dit en serrant les dents. Aucune scène n'émerge de cette fade soupe, si ce n'est le sympathique assaut en milieu de film, où au moins les cascadeurs font leur taff. C'est un peu Buffalo Bill aux Bouffes Parisiens. The Plainsman, morne plaine.

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Ne change rien de Pedro Costa - 2010

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Longtemps que je n'avais pas été faire un tour du côté du cinéma de Costa, et j'y reviens avec le plus beau film qui soit : Ne change rien atteint une grâce incroyable, aidé sûrement par son motif principal, Jeanne Balibar, la beauté fragile incarnée, mais pas avare non plus en grandeur formelle. On regarde ce film pourtant sobre et limite austère bouche bée, en bénisant chaque seconde de ce qu'elle nous donne à voir, priant pour que le fragile équilibre ne se rompe jamais ; je vous rassure : ça n'arrivera pas, c'est un film absolument parfaitement tenu, qui, une fois qu'il a énoncé son principe, s'y tient jusqu'au bout.

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Appelons ça un documentaire : le film suit les pérégrinations de Balibar sur une période qui va des premières répétitions de son disque jusqu'aux concerts, en passant par les représentations de la Périchole d'Offenbach qu'elle joue à Paris et par quelques pauses sous forme de voyages. Première qualité du film : arriver à nous faire comprendre, sentir, partager même, ce que c'est que la construction d'une chanson. Epaulée par le précieux Rodolphe Burger, Balibar tatônne, se trompe, chante faux, adopte aux forceps des rythmiques étranges, avant de trouver miraculeusement le bon ton, le bon angle. Le film montre ça, lentement, patiemment, n'hésitant pas à s'arrêter plusieurs minutes sur une mélodie qui se cherche, captant avec beaucoup de justesse le difficile travail de la création, répétitif, ennuyeux, ardu, mais grâcieux et passionnant. Toujours un challenge de filmer l'acte créatif lui-même, Ne change rien y parvient avec brio. Collant littéralement au visage de Balibar, Costa montre celui-ci se fermer sous la lassitude ou le découragement, s'ouvrir soudain sur un sourire ou un front qui se déride, attrapant avec une beauté incroyable ces petits instants : un sourire au pianiste derrière elle, un soupir qui lui échappe quand on lui fait annôner pour la millième fois une syllabe d'Offenbach, un petit geste du corps tout entier qui montre qu'elle trouve enfin le tempo... tout ça sous l'oeil de Burger, qui lui aussi est filmé comme un chef d'orchestre de l'ensemble, induisant le rythme et la couleur de la chanson en train de se faire, tout en regards et en accompagnements. Très beau.

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Pourtant, jamais le film n'est "objectif", jamais il ne se contente de filmer une réalité brute. Il est certes composé uniquement de plans fixes (ce qui va à l'encontre de la façon habituelle de filmer la musique), ce qui pourrait le rendre froid. Mais avec son art impeccable de la bonne distance, avec sa gamme infinie de noir et blanc, avec son maniement pointu de l'ombre et de la liumière, avec son sens de la durée, Costa tresse un écheveau formel autour de son modèle qui laisse baba. La majeure partie du film est plongée dans l'ombre, d'où émergent, sur quelques centimètres d'écran, un regard, une bouche, un corps : c'est Balibar, filmée en icône façon underground new-yorkais (on pense souvent à Warhol ou à Mekas), dont la voix fragile est rendue d'autant plus ténue qu'elle jaillit de cette obscurité, de cet endroit mystérieux de cette femme tenu caché dans l'ombre. L'impression d'enfermement et de déséquilibre est rendue encore plus prégnante par la façon de brouiller les repères géographiques : on ne sait jamais trop si on est en représentation, en répétition, où se trouvent le public et les coulisses, dans quel temps du travail on se trouve, ni même dans quel lieu précis : héritée des Straub certainement, cette façon de filmer les angles, les ouvertures de portes, de se situer toujours là où on ne l'attend pas, est super efficace. Ca donne lieu à quelques plans ahurissants, comme cette brusque apparition de deux Japonaises dans un bar (un voyage à Tokyo ?), comme cette représentation de la Périchole filmée depuis un poste insituable (derrière le pianiste mais avec l'actrice, on n'y comprend rien), comme ces scènes de concert dont on n'apprend qu'elle sont "live" que quand on entend le public applaudir. Costa nous perd dans le labyrinthe visuel de sa mise en scène, et on accepte sans problème de se laisser mener là-dedans, au coeur du travail créatif, au plus près de ce corps étrange et de cette femme qui bosse, en regardant la fragilité des choses se faire. Le film le plus sensible qui soit, au final, la perfection.

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LIVRE : Après la Guerre de Hervé Le Corre - 2014

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Un polar à la française avec argots du milieu, métaphores chiadées (...), ville de province dans l'après-guerre, guerre d'Algérie, camps de concentration, vengeance musclée, paternité bafoué, flics ripoux... Ouah, ouah, n'en jetez plus, je sens que ça déborde. Et c'est vrai qu'au départ on a presque peur de se faire submerger par cet ouvrage qui, à chaque chapitre, donne la voix à un nouveau personnage et ne cesse de faire des flashbacks de dix ans en arrière pour tenter de brouiller les pistes. Bon, je vous rassure, le tout rentre vite dans l'ordre (au bout de 4-5 chapitres, disons) et la simple trame d'apparaître : un type réchappe des camps et revient à Bordeaux pas content ; il est bien décidé à faire morfler ce salopiot de flics qui l'a trahi, l'a envoyé dans un camp, l'a arraché à son fils, a fait mourir sa femme... Brrr. Il est vraiment pas content et prêt à tout pour faire crever cette enflure de collabo : l'on sent que le règlement de compte va être sanglant d'autant que le flic s'avère, de son côté, être également un adepte de la boucherie. Le problème c'est que dès lors que chaque personne est en place, on devine ce qui va se passer pendant les 30 chapitres suivants - ce bouquin qui avait commencé comme un roman "relativement" éclaté au niveau de la narration rentre bien rapidement dans les ornières comme s'il ne fallait pas trop effrayé et perturbé son lecteur lambda... On oublie du coup assez rapidement cette trame principale cousue du fil blanc et l'on tente de de se raccrocher, au passage, à l'évocation de la guerre d'Algérie - ce n'est finalement pas si courant de voir traiter cette période historique. Le récit de cette plongée en enfer pour l'un des jeunes personnages du roman tient au départ relativement en haleine (sa découverte des horrrrrrreurs de la guerre, son dégoût d'avoir à tuer son ennemi qui est, aussi, un Homme, oui, puis qui est un peu chez lui, en plus, oui...) mais son parcours n'a finalement rien de bien original... Le Corre a indéniablement un certain sens du détail, chiade certaine de ses descriptions même si elle sente un peu la sueur argotique (heureusement, l'effet s'estompe au fil des pages... ou c'est qu'on finit par s'y habituer) mais peine à nous faire croire à ses personnages "bigger than life" à la psychologie un peu plate (Darlac, le flic, est un salaud, ça, vous verrez, c'est clair dès les deux premières phrases : point de rédemption il y a aura...). A lire après la plage, à Contis. 

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08 janvier 2015

Hippocrate (2014) de Thomas Lilti

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Hippocrate est-il un film clinique ? Au-delà de ce piètre jeu de mot, j'avoue que je reste un peu sec... C'est pourtant avec un certain plaisir que l'on découvre, associés, les acteurs Vincent Lacoste (moi à douze ans) et Reda Kateb (remarquable, toujours juste). L'idée d'une plongée dans le milieu hospitalier français était, de plus, loin d'être mauvaise en soi ; comme l'ensemble est filmé avec une certaine énergie par le gars Lilti, on se dit que peut-être… mais non... Dommage que le scénario soit aussi poussif, les personnages gentillets et dessinés à gros traits sous leur blouse (le fils à papa, cool, qui a un peu de mal à trouver ses marques versus le médecin algérien bosseur qui doit faire ses preuves - c'est pas schématique, c'est honteusement caricatural) et la progression dramatique molle (ouais, ok, on fait des boulettes mais c'est parce qu'on bosse comme des tarés et pis en plus certaines machines sont en panne : petite révolte touchante du personnel sur la fin mais le soufflé retombe bien vite). Lilti tombe dans une certaine facilité en filmant des patients mourants (il a dû tuer cette pauvre grand-mère sur le tournage à force de lui mettre des sondes), tente d'apporter une dimension fantastico-glauque en filmant ces interminables couloirs d'hôpitaux en sous-sols mais rate son coup (c'est ni Lars Von Trier, ni K. Kurosawa... ouais même pas à la cheville) et essaie parfois tant bien que mal de doper son film avec une B.O vitaminée : malheureusement, rien n'y fait, on a toujours tendance à se croire dans un téléfilm français un peu gonflé, platounet... Quand il ose enfin sortir des couloirs de son hôpital - enfin une petite bouffée d'air pur, se dit-on - il manque encore plus d'inspiration et les scènes en extérieur paraissent encore plus anxiogène que celles filmées en intérieur (pas forcément le but recherché m'est avis). Bref un tout ptit film bien de chez nous avec heureusement un duo de jeunes acteurs qui n'en veulent... C'est peu et au final guère plus épais qu'une compresse. 

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05 janvier 2015

Bron/Broen saison 1 - 2011

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Regardez juste les 10 premières minutes de Bron/Broen, et je vous promets que vous irez au bout des 10 heures de cette première saison haletante et vraiment réussie. L'épisode pilote a en effet toutes les qualités qu'on est en droit d'attendre d'une série policière. D'abord parce qu'il regorge dès le départ de "cliffhangers" : une femme est retrouvée morte sur le pont servant de frontière entre la Suède et le Danemark, impliquant du coup les deux polices nationales. On se rend bientôt compte que le corps est en fait coupé en deux, le haut appartenant à une politicienne suédoise, le bas à un autre corps. Peu à peu, on va faire plus ample connaissance avec le tueur, psychopathe sur-préparé décidé à guérir quelques tares de la société à grands coups d'enlèvements, de meurtres et de sabotages en tout genre. Je n'en dirai pas plus, ce serait cruel, tant la série, jusqu'au bout du bout du dernier épisode, vous tient en haleine, de fausses pistes en coups de théâtre.

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La grande force du bazar, outre son intrigue, ce sont les personnages. La flic suédoise, véritable robot de travail, insensible et asociale, hyper-efficace et futée est associée à son négatif, un nounours danois mal rasé, stérile (!) et sanguin. La série, placée résolument sous le signe de la dualité (entre générations, entre sexes, entre cultures, entre Bien et Mal) ne cesse de les opposer tout en les rassemblant, fabriquant peu à peu un couple mal assorti et complice. Certes, c'est schématique et parfois très caricatural (la fliquette est un peu too much quand même). Mais c'est rare de voir une série, policière qui plus est, travailler aussi bien l'aspect humain de son déroulement. Le dénouement sera lui aussi placé sous l'égide de l'Humain, tout se résolvant par une histoire de sentiments finalement.

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C'est totalement invraisemblable, c'est vrai : les flics peuvent traverser des kilomètres en quelques secondes, certaines déductions tombent d'on ne sait où, on reste un peu dubitatif devant le pouvoir du tueur (comment il a fait pour couper l'electricité sur le pont, 'tain ?), on y croit comme au retour de la gauche, les coups de théâtre tombent façon métronome, mais c'est pas grave : on est tenus par le truc comme c'est pas permis. On se dit que Jack Bauer aurait mis la moitié d'un épisode à résoudre cette enquête, mais c'est aussi un des charmes de Bron/Broen : ça prend son temps, malgré la richesse de la trame. Les références à 24 sont d'ailleurs nombreuses, notamment dans cette façon précieuse de toujours faire entrer le quotidien banal dans la grande trame générale : ici, une petite ado en fugue, un couple en rupture, une femme battue ou un ado qui cherche l'amour peuvent avoir une influence sur les agissements de grande envergure d'un serial-killer. Du coup, on reste toujours bien encré dans le sol, jamais perdu dans le côté technique des enquêtes (le flic danois est d'ailleurs à deux doigts de l'amateurisme pur). Que du bon à dire de cette série palpitante, donc (allez, juste une chose : les réalisateurs de série nordiques sont pas très à l'aise avec la lumière, je dirais ; comme dans Real Humans, elle est ici super moche et artificielle), je vais me jeter comme un perdu sur la saison 2.  (Gols 03/02/14)

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Tout à fait d'accord avec cet avis emballé et emballant de l'ami Gols - 2015 commence mieux que 2014 a fini. Au niveau formel, on est dans le décor ultra minimaliste, dans la zique joliment saupoudrée (le générique de fin et de début firent, à chaque épisode, ma joie), dans le cadre propre et géométrique (notamment lors des plans larges : magnifique façon de filmer ce pont, en particulier) et dans la lumière... ouais grisâtre ; ils n’avaient pas dû changer les ampoules des caméras... Il y a donc en effet ce couple "contre-nature" qu'évoqua très bien mon comparse : une donzelle plus fermée et émotive qu'un coffre-fort (mais droite dans son jean en vinyle) et un type gentil comme du bon pain ; tout ce qu'elle fait, professionnellement ou sentimentalement, est comme taillé au laser (du boulot propre, des rapports sexuels qui vont à l'essentiel (...)), tout ce qu'il fait, professionnellement et sentimentalement, est instinctif (d'où parfois grosse boulette...). Mais ces deux-là, malgré leur différence, s'apprécient et on a l'impression, dans le regard empathique qu'on porte sur eux, qu’on n’est pas pour rien dans l'éveil de leur complicité - c'est ça qu'est bien dans ce genre de série filmée "à hauteur d'homme", les personnages principaux font vite partie de la famille. (Tiens, y'a Saga qui passe pour l'apéro ce soir. Ah ouais?).

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Gols cite 24 et c'est vrai qu'on y pense souvent pour les raisons qu'il énonce. Seulement ici, les rebondissements dans l'intrigue semblent beaucoup moins lourdaud que dans l'univers de Jack (ce besoin tous les 4 épisodes de relancer, dans la sueur, la machine) : certes, chaque fois qu'il y a une fausse piste, c'est pour mettre la main sur une ordure (l'enquête de base leur permet dans résoudre douze autres : putain la police danoise, elle fout quoi bordel en temps normal ?) et l'on a parfois l'impression qu'il y a toujours quelque chose de pourri au royaume du... - oui c'est venu inconsciemment, j'en suis le premier surpris. Mais qu'à cela ne tienne, on est pris à l'hameçon de ces deux ports de pêche nordique et on se fait une joie de retrouver la tante un peu rêche et l'oncle un peu nounours pour une seconde saison dans le froid.  (shang 05/01/15)

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Antoine et Antoinette (1947) de Jacques Becker

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Voilà un film au ptit poil pour commencer l’année. Une belle complicité unit Pigaut et Mafféi qui vivent leur amour sous des toits borzagiens. Son petit sourire, à elle, est craquant comme tout et nombreux sont les hommes - de De Funès tout jeunot dans l'un de ses premiers films au pervers Noël Roquevert (il est des physiques moins faciles à porter que d’autres) - qui donnerait leur bras pour un flirt avec elle. Mais elle est au ptit soin pour son mari qui malgré quelques regards jaloux est fier comme un coq d’avoir la plus belle fille du quartier. Nos deux tourtereaux vivent chichement mais sont heureux comme tout : il faut les voir batifoler  sur leur lit puis se nourrir d’un rien… Puis là, c’est le tournant du match : Pigaut trouve dans le sac de sa femme un ticket de loterie ; il vérifie et il est forcément gagnant - 800 000 boules, pas rien… A eux le side-car de leur rêve, à eux l’appart de leur rêve, adieu, pour elle, son boulot de merde. Mais patatras c’est le drame : ce couillon de Pigaut égare bêtement… Adieu veaux, vaches et côtelettes de porc. Mais il faut garder espoir…

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Certes, on voit souvent un ptit peu venir de loin les rebondissements de l’affaire.  Mais là n’est pas l’essentielle, il y a tellement de gaité dans le regard de la chtite quand elle regarde son homme, tellement de joie dans ce couple gagnant qu’on est tout ému, content pour eux, le cœur en fête - c’est de circonstance. Il y a les joies mais aussi les peines : la panique sur le visage de Pigaut qui  vérifie 40.000 fois toutes ses poches pour retrouver le billet perdu,  le regard vide, hagard de notre homme qui erre dans les rues de Paris, sans aucun but avant de s’échouer comme une pauvre baleine le cœur en peine sur la chaise en fer d’un parc (ce sera 4 francs, monsieur, dit la vieille fille sèche comme une figue restée sous le divan du salon pendant un an), la détresse, la colère enfin de notre héros qui s’en prend à tous ceux qu’ils croisent… On est alors tout tremblant, tout tristoune devant ce retournement du destin. Heureusement la chtite Maffei, décidément forrrrmidâble,  fait contre mauvaise fortune bon cœur et continue de sourire à son bêta de mari malgré sa boulette… Bah, ils s’en remettront, allez…

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Les dialogues (coécrit par Françoise Giroud, ouais) filent comme des petites étoiles sous les cieux de Paris avec ce qu’il faut de gouaille et de rythme - ah les bonnes vieilles réparties du cru - Oh des choux fleurs… Ils sont horribles / - Ils sont comme ils sont lâche une vieille commerçante tout contrite : je suis fan. Le Frenchy de base (Roquevert en tête… il a une tronche d’ailleurs à avoir fait fortune grâce au marché noir… ) apparaît comme un éternel séducteur terriblement lourdingue. Mafféi en fait les frais : parfois elle en sourit quand le type garde ses distances, parfois elle lance ses petits poings en l’air quand le type la serre de trop près (cette maladie du Frenchy de faire pouet-pouet avec les seins d’une femme - pas une civilisation bien finie, quand même, que celle de ces Gaulois…). Jacques Becker est aussi à l’aise pour filmer ce métro parisien qui fourmille de types pressés (le coup d’épaule de l’acheteur de ticket de métro qui fait dégager le type qui s’attarde un peu trop au guichet) que de filmer en gros plans ce petit couple qui s’embrasse à pleine bouche. C’est frais comme tout malgré les méchants petits contre-temps de la vie… Et puis, hein, ne serrez pas trop des fesses, bien sûr qu’ils finiront cheveux aux vents sur leur side-car, vous croyez quoi ? C’est l’après-guerre, l’optimisme est de mise malgré les choux qui sont horribles et les tickets de rationnement. Allez, mes meilleurs vœux m’sieur dames.

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Cannes assure,

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31 décembre 2014

Gone Girl (2014) de David Fincher

La période est festive d'où la vision de film festif... Je dis "festif" même s'il est question de "kidnapping" (je ne spoile rien). De plus, je n'ai jamais été un grand fan de Fincher pour être franc... Disons, pour faire simple, qu'on sait généralement qu'avec lui on aura droit à notre lot de rebondissements et qu'on aura pas besoin de perdre beaucoup de neurones pour comprendre son discours de fond - s'il y en a un. Le film, reconnaissons-le, est assez subtilement monté pour pouvoir permettre de faire durer le suspense : une femme disparaît (...) ; le mari (Ben Affleck surnommé à Hollywood et à Carnac "le menhir" pour son potentiel expressif...) est tout penaud mais semble loin d'être désespéré... Le gars cache-t-il diaboliquement bien son jeu (ohoh, il avait une liaison avec une ptite jeunette, c'est mal...) ? A moins que sa femme, sous ses petits airs bien sages, soit la reine des salopes, c'est possible aussi... 

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Fincher nous fait une petite démonstration sur les joies du mariage (l'amour dure deux trois ans, commence alors la haine dure) et sur la connerie du tout médiatique. Le sujet est vaste, certes, et il est traité sur fond de petites énigmes-jeux de piste qui tiennent en haleine (au début tout du moins) ; malheureusement le soufflet retombe très vite... Une fois la première heure passée, un des mystères levé, on a la terrible impression d'être sur une autoroute... Oh le pauvre petit gars qui sait se faire piteux pour s'attirer l'empathie du public, oh la méchante petite blondasse sanguinaire, oh les méchants médias sans foi ni loi qui retournent leur veste à l'envi et finissent par te bouffer tout espoir de liberté... Bon super, mais c'est un peu court pour 2h30 de film ; il y a certes le savoir-faire de l'artisan Fincher mais ce cinéma-là tout en "musique planante" pour planter l'ambiance (Tiens, c'est pas Desplat qui s'y colle... sûrement un de ses adeptes) et en manipulation bigger than life (à la limite de la mysoginie d'ailleurs : se méfier d'une femme qui se dit abusée, mouarf... Peu crédible non plus cette histoire de cutter avec une blonde : elle n'aurait pas été capable, dans la réalité, de sortir la lame ) me passionne rarement... Parfait pour un après-midi dans une chaleur étouffante (j'ai trop chargé la cheminée sans doute), surtout quand on désire ne pas trop se prendre la tête. Mais vite oublié... Already gone, yes...   (Shang - 25/12/14)

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Très convaincu pour ma part par ce petit thriller qui fait mine d'être un film retors à tiroir pour s'avérer être au final un beau mélodrame romantique à la Hitchcock (façon Notorious). Reprocher au film sa vraisemblance serait lui faire un faux procès. Fincher se fout comme de l'an quarante qu'il soit crédible qu'une femme se fasse saigner dans une bassine avec un cutter pour se venger d'un homme : lui importe seulement la construction de son récit, la mise en scène, le pur plaisir du spectacle, et de ce côté-là c'est très réussi.

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Je passe tout de suite aux défauts du truc, ça sera fait. Ca se résume en deux mots : acteurs et dialogues. Le film souffre d'un gros problème de jeu, à mon avis, à commencer par cette fade héroïne (Rosamund Pike), qui joue la salope déviante avec tellement de lourdeur qu'on finit par voir tous les tics. Elle joue clairement pour le spectateur, alors que son rôle devrait au contraire jouer sur le secret et l'opacité. Face à elle, Affleck, engagé de toute évidence pour son manque d'expression, pour en faire une sorte de Cary Grant propre à toutes les projections du spectateur ; mais son opacité confine à la transparence, son manque de charisme est évident. Avec ces deux-là, difficile de faire passer les dialogues impossibles de la première partie (la phase séduction du couple) : qui croira qu'on puisse se draguer de façon aussi lourdingue... et que ça marche !!? Nos deux lisses tourtereaux rivalisent de mots d'esprit à deux balles, font l'amour comme des dieux dans des lumières ocres et sur des musiques trop belles, c'est pénible. On a hâte que la belle quitte la partie, c'est chose faite assez vite.

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Le film déroule alors sa fausse trame de suspense, son faux air de polar polanskien, sans annoncer son jeu. La solution finale de la chose, la plus belle qui soit, viendra en toute fin de film. Je ne vais pas dévoiler la trame, qui ménage pourtant peu de surprises. Mais disons que la résolution de tout ça se fera sur un thème purement sentimental, romantique : il importe de retrouver, dans le couple vieillissant, un brin de sincérité, une seconde d'amour dans des relations devenues distantes. On croyait suivre les déboires d'un homme accusé du meurtre de sa femme ; on se retrouve peu à peu en empathie complète avec cette dernière, devenue "biatch" par manque d'amour, et qui monte un stratagème incroyable pour retrouver la beauté du début de son couple. C'est très beau, de faire tenir tout un film sur quelques secondes (une simple expression sur le visage de son mari qui passe à la télé, et qui lui fait comprendre que quelque chose résiste encore dans son amour perdu), et de renverser ainsi totalement le point de vue du spectateur. C'est grâce à la très minutieuse construction du film, qui avance en flashs-back, en montage parallèle entre le point de vue de l'homme, factuel, et celui de la femme, personnel, sentimental (la belle écrit des livres pour enfants, en vers, ce qui donne une aura très sensible à sa narration). On découvre peu à peu un personnage qui refuse l'effondrement de son couple, et qui va devoir prendre une décision radicale pour y remédier. Que Fincher convoque les armes du thriller de base, avec son armada de fausses pistes, d'enquêteurs et de preuves, pour arriver à cette minuscule résolution finale rend Gone Girl beau comme tout, comme un petit cri d'amour étouffé sous le bulldozer du cinéma de genre américain. La mise en scène, supérieurement élégante dans son classicisme, aide encore à enterrer ce joyau noir sous de faux airs de clinquant. Un beau film secret.   (Gols - 31/12/14)

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30 décembre 2014

Les Nus et les Morts (The Naked and the Dead) (1958) de Raoul Walsh

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Voilà un film de guerre qui gagne sur la distance. Certes, on en a tellement vu, qu’il nous en faut pour nous captiver, nous déranger, nous perturber…  Et au départ, avouons qu’on est un peu dubitatif : il s’agit forcément d’évoquer « des hommes entre eux », chacun avec sa petite particularité (le joli cœur qui ne pense qu’aux femmes, le joueur qui ne pense qu’aux dés, le grognon qui ne pense qu’à envoyer paître ses semblables…) et cela démarre un peu mollement. Beaucoup de dialogues - on se dit qu’on essaie de tirer le meilleur des mots de Mailer - et une première scène d’action un peu légère : des images d’archives pour illustrer la canonnade, des barges mises à l’eau (oui, il y a quand même un peu de moyen se dit-on) et un débarquement sur cet île du Pacifique qui se passe… tout en douceur. On commence à danser d’une fesse sur l’autre, un peu impatient…

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Heureusement, trois personnages ne vont pas tarder à émerger de la masse : un général (Raymond Massey) qui ne jure que par la discipline et la peur qu’il inspire à ses hommes (un vrai bon connard), son aide de camp, un lieutenant (Cliff Robertson), un peu tire-au-flanc qui tente de garder une certaine distance par rapport à l’armée et à ce réac (un doux rêveur en quelque sorte guère à sa place) et enfin un sergent (l'excellent Aldo Ray) qui hurle sur ses hommes, un vrai tortionnaire qui prend plaisir à flinguer de l’ennemi  puis à leur arracher leurs éventuelles dents en or - il faut penser à l’avenir (un gros connard)… Seulement, comme le dit l’un des personnages, en temps de guerre, la donne change et difficile de savoir parmi ces trois hommes lequel a le plus de chance de faire son trou, de sortir la tête haute ou tout simplement de ne pas y laisser sa peau. Un connard peut toujours devenir un héros en temps de guerre, cela s’est déjà vu.

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Le film commence à prendre vraiment de l’ampleur quand l’aide de camp (puni par son supérieur) et le sergent se retrouvent ensemble pour accomplir une « mission de la mort » avec une poignée d’hommes. On connaît leur différence intrinsèque et ce grâce à deux petits flash-back finement insérés dans le récit : le doux rêveur fut un homme à femmes, un collectionneur de beautés (je prendrai bien toute la brochette mais je suis gourmand) : un type épanoui dans les plaisirs de la vie. Le sergent fut un type trompé par sa blonde (qu’il frappa, forcément), un frustré de la vie, un hargneux. Sur le terrain, difficile de concilier les deux philosophies : l’un ne pense qu’à préserver  ses hommes, l’autre qu’à progresser comme un bourrin… Le rêveur est heureusement aux commandes de la mission ; seulement le bourrin ne tarde pas à vouloir prendre la direction des opérations. Comme il connaît parfaitement ses hommes, il sait sur lesquels s’appuyer pour jouer un éventuel tour de cochon à cet aide de camp bien tendre… Notre sympathie va forcément à l’un et point à l’autre (le bourrin te fracasse un ptit oiseau blessé dans son poing : pas d’âme, le gars) seulement, le suspense reste entier : sur le terrain, en pleine guerre, il vaut peut-être mieux parfois être un gros con qu’un type sentimental… ou pas.

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L’action est au rendez-vous dans cette « seconde » partie (canardage de Japs, rôtissage de Japs, dépeçage de Japs…) et les décors se font de plus en plus envoutants (cette putain de jongle… c’est tourné au Panama apprend-on en toute fin). La musique d’Herrmann joue également un grand rôle avec cet air inquiétant et répétitif (je pencherais pour du basson mais c’est peut-être de l’harmonica vu à quel point j’ai l’oreille musicale) qui vient plomber l’ambiance.  Les tensions deviennent de plus en plus exacerbées entre nos hommes (le vrai danger dans l’armée ricaine… vient de l’intérieur, se surprend-on à penser) et l’on sent que certains, derrière leur masque de certitudes, vont finir par tomber de haut...  Tout du moins, on l’espère… Mais la justice, en temps de guerre… Un Walsh qui, au fur et à mesure, vous prend aux tripes - un très bon film de guerre, indubitablement.

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Walsh et gros Mythe,

Posté par Shangols à 14:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]



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