25 juin 2014

Game of Thrones - Saison 4

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Eh oui, la série la plus hot et la plus bourrine du moment parvient même jusque dans les îles comoriennes - mais faut se battre, faut se battre... Alors quid de la saison 4 et de ses personnages dont les noms finissent par des consonnes (respect, Gols) ? Une saison moins décevante que les deux dernières car certaines positions commencent enfin à bouger. Même si du côté des enfants Stark, on frôle la malédiction (elle n'est pas prête d'avoir lieu la réunion de famille...), il y a une réelle évolution au niveau de l'histoire : tout d'abord, au revoir ce petit con de Geoffrey dont une fricassée de pigeons un poil empoisonnée va avoir raison. Le Roi est mort, vive le roi, un gamin de douze ans succédant à un ptit con à peine pubère. S'il fallait chercher un fil rouge au bazar, on serait tenté de jouer la facilité (on réfléchit guère, faut dire, devant cette série populaire) en soulignant les luttes à mort inter et extra familiales : est-ce vraiment la loi du plus fort, tenterait de souligner dignement Nietzsche ? Eh ben nan, justement, pas toujours. On a certes constamment l'impression d’assister à des combats entre "David et Goliath" mais le Goliath est rarement vainqueur - sauf quand il est capable de faire exploser la tête de son adversaire juste en pressant bien fort sur ses oreilles : c'est imparable et ça gicle jusqu'à l'intérieur de l'objectif de la caméra. Le nain contre son père, les défenseurs du Mur contre les géants, le chtit Stark contre les squelettes... Le plus fort, le plus puissant est souvent dompté à l'image des dragons de notre héroïne blondinette platinette préférée qui se retrouve obligée de leur mettre leur collier : griller un mouton, c'est pas bien, griller un gamin, c'est mal. Notre amie mélanchonniste (elle libère tous les esclaves - elle a heureusement plus de charisme et plus le sens de l'action que notre gars de gauche) va elle-même devoir réfréner les ardeurs de ses bestiasses ; car trop de pouvoir - en un sens - a vite tendance à devenir une faiblesse en ce bas monde gamethronien. Eternelle lutte, plus ou moins classe.

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La série a de plus en plus tendance à laisser tomber l'érotisme (faut dire que notre ami le nain passe une bonne partie de la saison au cachot : plus d'acrobaties) au profit de la violence : je ne serai pas étonné lorsque les générations futures décimeront leurs voisins à coup de pioche, de marteau, de fléau ; Game of Throne leur montre la voie et se révèle un véritable modèle d'initiation au fendage de crâne avec objet-que-tu-as-sous-la-main. Ça charcle à tous les étages notamment dans les deux derniers épisodes (à noter d'ailleurs, en passant, un petit plan séquence dans l'enceinte du mur qui vaut son pesant de pop-corn : le massacre à bien lieu à tous les étages...). Plusieurs personnages secondaires pour ne pas dire principaux arrivent "en fin de vie" et l'on est content, en petit spectateur jamais satisfait de la routine, de voir qu'il y en a plus d'un qu'on ne devrait jamais revoir - à moins d'être capable de se rescotcher la tête sur le tronc ; tout est possible, certes. Un vrai élan traverse ainsi les ultimes épisodes de la série, une série qui ne manque résolument point de souffle - à défaut d'intelligence, vi. Un "trône" fatal, c’est cela, l'ironie de la chose étant exploitée jusqu'à la trame... Raaaaooou (bruit de dragons, à ne pas confondre avec celui de la loutre).

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23 juin 2014

Jesus Camp d'Heidi Ewing & Rachel Grady - 2006

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Indéniablement un docu à ranger dans notre cycle "films d'horreur".  Les deux réalisatrices sont parties sur les traces des évangélistes intégristes cathos dans l'Amérique de Bush, se concentrant plus particulièrement sur le travail d'une ogresse, Becky Fisher, pour convertir des petits enfants à la crainte de Dieu et aux bienfaits de la victoire de George W. Le résultat est sidérant, et on ne pensait vraiment pas que l'Amérique bien-pensante avait pu pousser le bouchon aussi loin : au cours d'un camp d'été, on découvre une horde de bambins priant Jizeuss en hurlant de douleur les yeux au ciel, montant des spectacles de théâtre à base de treillis militaires en hommage aux Croisés, applaudissant aux discours propagandistes d'un anti-avortement ou apprenant d'immondes chansons à la gloire de "ôôôô Lôôôrd". Tout à fait convaincue de son bon droit, Fisher s'appuie sur les méthodes des jihadistes musulmans qui convertissent les âmes à la guerre sainte dès le plus jeune âge : les cerveaux des enfants sont malléables ? convertissons les enfants ! Il y a donc une sorte d'esprit à la "Joueur de flûte de Hamelin" dans ce film, qui montre simplement des enfants suivre en riant une sorcière qui les mène vers une société infernale.

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Complètement immergés dans cette infernale colonie de vacances, on regarde hébétés une poignée d'adultes détruire (peut-être définitivement) l'esprit de quelques gosses au nom d'une vérité qu'ils sont persuadés de détenir. Les outils de la propagande rappellent les pires heures de l'Histoire, comme dans cette séquence du "pro-life" qui, à l'aide de poupées mignonnes et de mots savamment choisis, prèche des contre-vérités totales à travers le jeu ; ou dans cette façon de faire entrer dans la tête le discours anti-darwinien, simplement, par quelques suggestions perfides. Le film pourrait être souvent drôle (les moyens de la colonie de vacances sont restreints, et ce Bush Jr en carton-pâte manque un peu de grandeur ; drôle aussi cette scène où Fisher bénit chaque élément du camp, allant jusqu'à chasser le diable de son Powerpoint préparé avec soin pour qu'il ne subisse pas de panne) s'il n'était aussi effrayant. Parce que, finalement, ce qu'on voit, et filmés de nombreuses fois et dans la longueur, ce sont des visages d'enfants en pleurs, comme souffrants, et des adultes qui appuient encore plus fort sur cette douleur au nom d'un Dieu unique et malveillant.

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Le film est loin d'être parfait : dans sa volonté d'être spectaculaire, il tombe parfois dans des travers eux-mêmes propagandistes (l'utilisation de cette petite musique au piano est légèrement putassière). Il a également du mal à ouvrir son sujet : en s'accrochant à une poignée de protagonsites, peut-être parmi les plus extrêmistes, il échoue à nous faire comprendre l'ampleur de ce danger prosélytiste qui semble gagner l'Amérique ; tous les mômes ne sont sûrement pas aussi fadas que cette petite qui va d'elle-même tenter de convertir une adulte au bowling, et on aurait aimé voir aussi des enfants plus modérés, pour se rendre compte des choses. Mais malgré ces défauts (après tout, Jesus Camp visait l'Oscar, et l'a eu, ce qui nécessite l'emploi de quelques ficelles), il reste un docu fascinant, que sa tentative de neutralité honore, et qui vous fera en principe cauchemarder de nombreuses nuits.

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22 juin 2014

D'Homme à Homme / La Mort était au rendez-vous (Da uomo a uomo) (1967) de Giulio Petroni

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Un  ptit western spaghetti pour ne pas dire carbonara tant celui-ci est copieux. Le scénar est couillon comme un film de Tarantino (Quatre sales types, sous les yeux d’un gamin, violent sa mère, sa soeur, et flinguent sa famille : il va se venger later !) mais le film reste de très belle facture. Il y a également le grand Van Cleef qui va venir épauler le gamin devenu grand - appelons-le Arpel, cela n’a pas grande importance : il ressemble étrangement à Terence Hill avec la voix de Garou, un truc bizarre. Van Cleef - dont on sait qu’il s’est fait filouter par la même bande des 4 : 13 ans de prison que cela lui a coûté au Van -  et Arpel ne vont cesser de se tirer la bourre pour tenter d’être le premier à loger une balle entre les yeux de leurs ennemis.  Mais forcément, une certaine complicité va finir par émerger de ce compagnonnage entre le type d’expérience, moitié chauve et chenu et le beau gosse instinctif et la tête près du sombrero.

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On pourra apprécier les gros plans sur ces sales gueules - le balafré, le tatoué… - et les multiples rebondissements que nous offre le gars Petroni : Van Cleef et Arpel déciment mais se retrouvent également capturés par les méchants ; au lieu de leur planter une balle dans le crâne (ce qui raccourcirait forcément le film), ils ont toujours une bonne raison pour les garder au chaud dans le but de se servir d’eux. C’est forcément complétement con - Cleef et Arpel sont des graines de Jack Bauer, ils reviennent toujours de l’enfer - mais on peut se fendre de la façon dont nos deux héros se retrouvent humiliés (tu connais le coup de la trappe qui te fait atterrir dans la cave ? Tu connais le coup du type qu’on enterre en lui laissant la tête au soleil pour que les fourmis le dévorent micron par micron ?...). Certes, dira-t-on c’est ultra-manichéen. Encore que le personnage de Van Cleef pourrait, à la limite, passer pour plus complexe qu’il n’y paraît - mais il est tellement « sur le chemin de la rédemption » que « l’homme qui ne sourit plus » capte automatiquement notre sympathie. Dommage que Morricone, également sur le coup, nous serve une BO un poil surchargé et brouillonne : on sent qu’il tente de faire monter constamment la tension (mouarf) mais il rate tout lyrisme - auncune petite mélodie entêtante. Petroni fait le taff par rapport au cahier des charges et signe un film relativement solide dans le genre (avec des dialogues aussi ballots qu’une pluie de grêle sur un service en cristal mais on s’attendait guère à du Prévert ou du Jouvet). Nous prend pas en traître, quoi.

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21 juin 2014

LIVRE : Souviens-moi d'Yves Pagès - 2014

souviens-moi-1522822-616x0La littérature fragmentaire est devenue une tarte à la crème ces temps-ci, peut-être sous l'influence de Twitter ; chacun y va de ses bribes de trucs, de son court texte et de son style parcellaire. A ce petit jeu, Pagès ne démérite pas, mais ne mérite pas grand chose non plus. Enième reprise du concept "Je me souviens" de Pérec (dont le très bel Autoportrait de Levé était sûrement le point d'incandescence définitif), voici donc une suite de notes, anecdotes, souvenirs et autres engrangés par l'auteur au gré de ses balades, de sa mémoire ou de ses fantasmes. Ca va du très léger (jeux de mots, petites anecdotes amusantes) au profond (souvenirs du père ou de la mère, évocation de la Shoah), dans un faux désordre qui, à terme, nous rappelle une chose : qu'une suite de détails, aussi ténus ou futiles soient-ils, finit par constituer une existence.

C'est assez bien écrit : chaque souvenir est ramassé en une seule phrase, plus ou moins longue, et dont les circonvolutions raffinées forment une jolie musique alambiquée (tout comme celle que je viens d'écrire). Très agréable, oui, de plonger ainsi dans l'univers mental de l'auteur, même si, contrairement à Pérec, on n'éprouve pas cette familiarité du souvenir commun, cette magique alchimie qui faisait qu'on se retrouvait dans l'expérience intime d'une autre. L'univers de Pagès n'appartient qu'à lui, n'est presque pas partageable ; mais ça ne fait rien : ces notes sont souvent originales et fines, drôles et intrigantes. Non, ce qui manque, c'est, disons, une nécessité, quelque chose qui fasse que ce livre apporte quelque chose de plus au concept pérécquien, le fasse sortir du journal intime qui ne concerne que son auteur. Aussi intéressants soient-ils, ces souvenirs n'y parviennent pas, impliquant à terme un vague soupçon d'auto-complaisance assez gavante. Bien écrit, agréable... mais vain.

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20 juin 2014

LIVRE : Le Vin des Morts de Romain Gary - 1937

9782070146000,0-2084750Gallimard nous exhume le premier roman de Gary, qu'il signât alors du nom de Roman Kacew à 19 ans, et c'est toujours une bonne nouvelle d'en avoir (des nouvelles) du bon génie quand on a, comme mon compère Shang, lu et relu l'oeuvre complète d'icelui. On plonge donc avec émotion dans ce texte, et on est vite effectivement en pleine apnée. La "trame", si on peut appeler ça comme ça : un personnage mystérieux (Tulipe, déjà) se retrouve à arpenter un souterrain qui est en fait une sorte d'antichambre de la mort. De chapitres en chapitres, il va croiser un incroyable foisonnement de cadavres en décomposition, de squelettes, de charognes puantes et de fantômes, constituant une sorte d'odyssée morbido-scato-farcesque au travers d'une société pourrie physiquement et moralement. Les cibles privilégiées de Gary : les flics, tous minables, ridicules, grouillant comme des vers dans les moindres recoins de ce cloaque ; les bourgeois, pathétiques et odorants ; les juges, les notables, les cocus, les nazis, les curés, les bonnes soeurs, les joueurs de belote, bref l'Humanité entière, à commencer par Tulipe lui-même, autoportrait en homme veule et crétin, ne lâchant que quelques onomatopées stupéfaites face aux visions infernales qui s'étalent devant lui. La gente humaine est entièrement vouée à la décomposition, et les dizaines d'anecdotes racontées par ces cadavres ont toutes trait au pourrissement, à la tromperie, à la domination, ou au mieux au pet sonore, à la chaude-pisse et au vomissement à répétition.

On le voit, le jeune Gary se la joue insolent et anti-conformiste dès le début de sa carrière. Non seulement le fond, ricanant et noir, est un véritable jeu de massacre ; mais la forme est elle aussi sidérante : faite de répétitions inlassables, de grands monologues musicaux, de très courts dialogues orduriers et scatologiques, d'une rythmique sur-dynamique jamais interrompue, l'écriture rappelle Céline (référence sûrement un peu trop pesante là-dedans), mais annonce déjà aussi les romans d'Emile Ajar, par son goût pour l'outrance et la syncope. C'est foisonnant, diront certains, bordélique diront d'autres, mais en tout cas il y a là une personnalité très claire qui s'exprime. On se marre beaucoup, il faut le dire, à lire ces aventures sexuées et cradouilles, et à voir défiler les cibles. Gary dégaine et frappe fort, même si tout ça est encore très maladroit, pas très fin et trop "jeune". Une sorte de plan en coupe des cercles de l'Enfer, où toutes les tombes seraient saturées de ce qui fait le pire de l'Humanité, le tout dans un rire rabelaisien qui emporte tout. Imparable, et nécessaire comme un Gary.

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19 juin 2014

Black Mirror saisons 1 & 2 - 2011

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Un bon vieux parfum de Twillight Zone dans cette série britannique de très bonne tenue, qui comme son ancêtre parvient à vous trousser en deux coups de cuillère à pot une intrigue impeccable et à vous entraîner dans des ambiances à la frontière entre science-fiction et fantastique. A priori pas vraiment de rapport entre les six épisodes qui constituent ces deux premières saisons. Mais dans toutes, il y a cette très légère anticipation : on est, disons, dans les années 2030, à tout casser. A chaque opus, les scénaristes prennnent un concept de notre bonne vieille société d'aujourd'hui, et imaginent ce qu'il peut en advenir dans quelques années. Quel est l'avenir des réseaux sociaux façon Facebook ? Peut-on imaginer une alternative crédible à la prison ou à la peine de mort ? Jusqu'où va-t-on pousser le goût pour la téléréalité ? Quels seront les artistes conceptuels de demain ? Vers quels écueils court la trash-politique ? Notre soif de conserver tous nos souvenirs va-t-elle nous mener vers un contrôle total de nos vies ? Autant de questions philosophico-existentiello-sociales qui sont traitées par le suspense, par le spectacle, dans une grande richesse d'écriture.

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Car que les épisodes critiquent la société du spectacle (le meilleur épisode : le premier) ou le tout-sécuritaire, ils sont à chaque fois brillamment pensés. Ils sont crédibles, on se dit que ce qui s'y passe est potentiellement envisageable, et c'est ça qui fait le sel des films. Même si le jeu des comédiens n'est pas toujours au taquet, même si la mise en scène est ici ou là un peu trop appuyée (l'épisode sur la condamnée), on rentre sans souci dans ces atmosphères, grâce au soin apporté à la véracité des détails. Après tout, oui, on s'imagine bien dans quelques années avec une caméra enregistreuse implantée dans sa nuque, ou conjurant la mort par la somme des infos personnelles qu'on a pu semer sur Facebook (ou sur Shangols), ou votant pour le plus vulgaire des candidats, même si c'est une marionnette (ça a même été fait en 2007). Certes, la finalité de chacun de ces épisodes est l'édification très moralisatrice du spectateur : le ton d'ensemble est très bien-pensant, et chaque "élément" de notre société est conçu pour se diriger forcément vers le pire. Le peuple y est toujours considéré comme idiot, soit ricanant devant une débilité télévisée, soit photographiant une femme sous la torture, soit votant comme un seul homme pour un crétin, etc. Anti-progrès, un peu "philosophe de comptoir", l'état d'espit de tout ça est discutable. Mais c'est tellement bien balancé, plein de surprise et de rythme, qu'on oublie ce côté légèrement réac, et qu'on applaudit.

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Certains épisodes (celui sur la télé-réalité notamment) sont empreints d'une étrange nostalgie, comme faisant appel à un bonheur disparu, comme si l'avenir avait étouffé toute l'humanité ; car il est avant tout question là-dedans de rapports entre les hommes, et de ce que le progrès empêche dans ce domaine : amour sacrifié à l'autel de la compétitivité, rapports humains dévorés par l'ambition, sens de l'honneur raillé par la foule, etc. Les films sont tristes, et vont jusqu'à se dévitaliser complètement : l'épisode 4 est comme vidé de l'intérieur, filmant des fantômes qui traversent lentement des espaces vides. Une atmosphère métaphysique et existentielle dans une série télé ? Vous en rêviez, ces sacrés British l'ont fait.

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16 juin 2014

The Strip (1951) de László Kardos

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Des films noirs, il y en a aussi des tout petits, des à la hauteur de Mickey Rooney, un Mickey qui a beau se donner à fond les ballons sur la batterie, rien n'y fait : un scénario de tanche filmé platement n'aura jamais aucune chance de sortir la tête de l'eau. Pour évacuer la chose scénaristique en deux lignes : une petite vendeuse de cigarettes est retrouvée morte dans son appart, un ponte moustachu de la mafia dans le sien. Ont-ils un dénominateur commun ? Bien sûr, le gars Mickey ; ce dernier va se faire un plaisir de raconter en flash-back comment il a bossé pour l'un, comment il est tombé amoureux de l'autre. Et ?

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Ben franchement, c'est pas passionnant, voire on s'en fout un poil. Rooney avec son air innocent en mafieux ? Oh oh, ah ah. Lui-même, il n'y croît pas. Rooney avec son mètre 11 qui va tomber une vendeuse de cigarettes qui fait 12 talonnettes de plus que lui ? Bouarf. Ronney qui se prend pour Jeff Porcaro ? Bon, why not, allons, d'autant que les morceaux musicaux sont encore ce qu'il y a de mieux - même si parfois, à force de les enchaîner, on oublierait presque qu'on matait un film noir et non une émission de variétés de Michel Drucker en 1951. C'est pas du Drucker, car les morceaux sont bons, certes. Armstrong et sa trompette pètent le feu et la chtite mélodie Kiss to build a Dream on reste résolument dans la tête. C'est mieux que rien. On pourrait aussi, éventuellement, dans un bon jour, saluer le numéro de gambettes de Sally Forrest. Pas mal. Que dire de plus sur son personnage ? Toute gentille au départ avec le Mickey, elle se fera rapidement vénale et carriériste comme toute bonne vendeuse de cigarettes, c'est l'époque qui veut ça, point - la toute mimi Edna (Kay Brown) a l'air plus honnête... ce sera son seul long-métrage (Pas de pitié à Hollywood, no). Bref, entre deux morceaux de cake truffés d'Armstrong, on prend son mal en patience. Heureusement, la fin est torchée en deux coups de cuillère à pot (on sent que le scénariste s'est franchement débarrassé de l'affaire) et laisse le sourire aux lèvres vu qu'elle est... relativement noire. Cela n'empêchera pas Rooney de faire un ultime roulement de tambour mais comme il sonne en quelque sorte la délivrance, on ne lui en voudra guère. Kardos n'a pas fait carrière, tant mieux.

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15 juin 2014

La Foule hurle (The Crowd roars) (1932) de Howard Hawks

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Deux frères, deux voitures, deux gonzes. James Cagney du haut de son mètre douze veut prendre son ptit frère sous son aile - Mr Eric Linden. Cagney picole, a une poule mais ne veut pas que son frère mange de ce pain-là. Il lui refuse ainsi de fréquenter la platine Joan Blondell. C'est la dispute. Réglement de compte on the road avec le chtit frère qui prend le meilleur. James Cagney est atteint dans son for intérieur, touche le fond, ne se rase plus. La course de la réconciliation aura lieu à Indianapolis - les deux trompe-la-mort s'en sortiront-ils indemnes ? Rien n'est moins vroumm.

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70 minutes, l'ami Hawks fait dans l'efficace, dans l'histoire straight comme l'enfer sans bout de pneu. Cagney, comme d'hab, réussit à s'illustrer en jouant les forts en gueule... avec les dames. Il met ses talonnettes pour hurler dans les tympans de la Blondell mais cette dernière sait tenir son rang. Elle est amoureuse du frère de Cagney et ce petit roquet aura beau aboyer, elle n'en demordra pas. Cagney prouve qu'il a plusieurs cordes à son arc en jouant, outre les drivers, les types ivres puis le semi-clodo au regard vague : c'est un peu du gros trait pour sa petite taille mais on se dit que c'est l'époque qui veut ça - le muet n'est pas si lointain quand on y songe. Hawks sait qu'il est de son devoir de rendre les courses trépidantes s'il veut tenir son spectateur en haleine. Il réussit également son coup notamment lorsque l'un des fidèles de James part en flammes dans sa bagnole : l'odeur de chair brûlée qui se met à flotter sur le circuit est palpable. Comme chez Michelin. Cette odeur de mort, James mettra du temps à s'en remettre d'autant qu'il était loin d'être innocent sur l'action...

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Cagney se donne un peu le rôle du couillon dans l'affaire - c'est tout à son honneur : macho, paternaliste, hargneux, égoïste. Il faudra l'empathie d'un bon vieux patron de bar, de sa pineco qu'il a jetée (Ann Dvorak) et surtout de son little brother pour qu'il remonte (avec une échelle) sur son piédestal. Hawks, une nouvelle fois, sur mer comme sur terre, tient la corde et livre un film qui fleure bon la gomme fondue sur l'asphalte. Ceci dit, James Cagney a fait 69 films, il me semble en avoir vu 112. Faudra bien que je fasse un jour le décompte. Un bon ptit Hawks - spéciale dédicace to M. ohoh.

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14 juin 2014

Jack Reacher de Christopher McQuarrie - 2012

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Ah le bon vieux bockbuster qui en met partout, cerveau dans le slip et populisme droit dans ses bottes ! C'est sympa, parfois, non, de se taper un de ces gros machins complètement cons ? Non ? Bon, d'accord. C'est vrai que depuis Chuck Norris, on n'avait pas vu un héros aussi facho, et que Jack Reacher semble avoir au moins 30 ans de retard. C'est Tom Cruise qui joue Chuck Norris, avec tout autant de charisme, et qui "porte" le "personnage" d'un "mystérieux" "héros" solitaire appelé pour résoudre une trouble enquête : qu'est-ce qui a poussé un tireur fou à descendre au fusil à lunettes 5 personnes au hasard ? Très vite, on trouve l'accusé parfait, mais Cruise a du flair, il sait que malgré les évidences le gars est innocent. Il va donc épauler l'avocate dudit suspect (Rosamund Pike, en charge d'exprimer une seule et unique émotion durant tout le film : l'admiration ébahie) et trouver le vrai coupable. C'est Werner Herzog qui s'y colle, proprement hilarant avec son front bas, son accent de merde et ses mains sans doigts (il se les est bouffés en Sibérie parce qu'ils étaient gelés... dur...) C'est la seule occasion de se marrer qu'on aura sur 2h15, autant en profiter.

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Pour le reste, c'est au-delà du consternant. Le film véhicule un discours très rance sur le droit à la défense. Cruise se bat bec et ongles pour défendre le type, puisqu'il est innocent, et se montre vrai chantre du droit à être défendu ; mais quand il doit buter sommairement et sans procès le vrai coupable, il le fait avec entrain. Comprenez : si vous êtes innocent, prenez un avocat ; si vous êtes coupable, à mort. C'est limite, hein ? Tout comme l'est cette immonde séquence de décryptage de la tuerie du début : d'abord on nous dit que ces cinq personnes étaient non seulement innocentes, mais en plus quasi-héroïques : l'un avait acheté un bouquet de fleurs pour se faire pardonner d'une dispute avec sa femme, une autre venait de choisir un bijou pour fêter son anniversaire de mariage avec son mari, une troisième gardait des enfants de pauvre. Comprenez : c'est d'autant plus insupportable de les avoir flingués, puique ces gens défendaient la famille et les valeurs morales. Mais Jack Reacher, finaud, voit l'envers des choses, et montre que, non, en fait, ces gens trompaient leurs femmes ou leurs maris. Ah d'accord, alors finalement c'est moins grave...

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Bon, c'est cloaqueux dans le fond, mais de toute façon la forme était déjà marécageuse. Courses-poursuites en voiture qui nous replongent dans les siestes dominicales de Magnum, direction d'acteurs au plus rapide, photo cachée derrière des couches d'intercalaires colorés, construction à la con, et les traditionnels montages illisibles dans les scènes de baston. C'est nul. Avoir tiré de sa retraite Robert Duvall pour ça mérite pour le coup une mise à mort sans accès à un avocat.

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13 juin 2014

Le Mangeur de Citrouille (The Pumpkin Eater) (1964) de Jack Clayton

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Clayton, Pinter, Oswald Morris, Delerue, Bancroft, Finch, Mason, du beau monde pour un film sur une femme, sur le couple qui touche forcément l'âme - pour peu qu'on mette la main dessus (l'âme, pas le film - quoique). Difficile, dans la première demi-heure, de ne pas penser (sur le fond) à A Woman under Influence du gars Cassavetes (toujours point chroniqué ici, shame on us...) avec cette femme si vivante, si pleine de joie, espiègle, avec sa tribu d'enfant et cette soudaine dépression qui lui tombe sur la tête. Anne Bancroft et sa pléiade de gamins (on pense aussi forcément au film suivant de Clayton, Our Mother's House) est heureuse et semble se faire une joie de partir pour un troisième mariage... avec sans doute des enfants à la clé. Ses enfants, sa maison, son mari, son univers : son bonheur puis le fil va casser...

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Peut-elle aimer un homme, faire l’amour, sans avoir envie de "concevoir" (c'est le psy qui lui demande de cogiter sur la chose...). Peut-il, de son côté, rester fidèle à cette femme, toute entière dévouée à son foyer ? Les hauts et les bas d'un couple : les sacrifices (elle), la jalousie (elle), les coups de blues (elle), son hypocrisie (lui), ses fuites (lui), ses mensonges (lui), leur amour (eux)... Le film multiplie les épisodes, les séquences de bonheur, de bruit et de fureur avec cette ribambelle de gamins qui donnent vie à la baraque, d'amour et d'intimité entre Bancroft et Finch très complices, les séquences de vague à l'âme (la solitude de Bancroft sur la musique nostalgique, tristounette, délicate de Delerue qui fonctionne comme toujours à merveille ; les enterrements des parents et ces habits noirs qui semblent teinter l'âme), les séquences de colère, de violence, de déchirements et les éternelles réconciliations... La caméra de Morris, disons-le franchement, réussit tout ce qu'elle veut : capable de faire immédiatement le point sur des passants qui passent plus ou moins loin de la caméra (c'est techniquement bluffant et significatif dans cette scène où tout le monde mate une Bancroft qui craque en plein magasin), capable de prendre de la hauteur pour rendre compte d'un "tableau familial" (l'arrivée des deux grands garçons chez leur grand-mère), capable de jouer sur la profondeur de champ (la "fin de fête" avec ces deux couples où flotte un parfum d'échangisme - mais la Bancroft prend du recul), capable de faire des gros plans audacieux (le visage perdu de Bancroft, la bouche carnassière de Manson), capable de capter des bribes d'images à la volée (la dispute violente entre Bancroft et Finch, sur la fin)... Bref, un modèle de fluidité qui montre que le Clayton a toujours la main pour "mettre en images" son propos après son chef-d’œuvre, The Innocents (qu'il est bon de rappeler à la moindre occasion).

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Le film peut paraître parfois un peu dépressif tant les vagues à l'âme de Bancroft sont douloureux (son horrible opération...), tant cette dernière, privée de son mari, de ses enfants, tombe dans une léthargie qui la laisse exsangue, comme mort-vivante. Heureusement, le film parvient toujours à rebondir, à retrouver ses petits instants de douce folie quand la maisonnée s'emplit, de doux érotisme quand la bouche de Bancroft se penche sur le torse de Finch (on dirait du Musso, c'est ça l'inspiration, mes enfants...). Au final un film techniquement magique et un magnifique portrait de femme qui mériterait d'être plus connu - faut reconnaître que le titre n'est pas "porteur", certes... Les quatre premiers longs de Clayton frôlent le sans faute, puis vint Gatsby, le soporifique... Bah, nobody's perfect, à chacun ses pépins ! A savourer, for sure.

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Posté par Shangols à 16:51 - - Commentaires [4] - Permalien [#]



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