13 février 2015

Les Règles du Jeu (2015) de Claudine Bories et Patrice Chagnard

Pourquoi les jeunes chtis ne trouvent pas de travail dans le Nord ? Et si la réponse était tout bonnement parce qu'ils sont cons comme un piercing... Attention, je me fais volontairement provocateur, il n'y a pas que ça, oh que non. Mais avouons que les ptits jeunes suivis par la caméra scrutatrice de Bories et Chagnard sont quand même loin d'avoir inventé le champagne.

4546145_3_b9d6_une-scene-du-film-documentaire-francais-de_65d2b5c7b71ca5fa6e78f9fe416d3300

Nos jeunes gens cherchent du taff et passent (en échange de 300 euros par mois) par une boîte privée mandatée par l'Etat. La première chose qui surprend - alors qu'on est tout de même dans des situations de détresse -, c'est qu'on se marre... un peu comme des veaux. Qu'il s'agisse de ce jeune cadre barbu - un gars qui n'en veut - accueillant ces jeunes chômeurs perdus avec un air et un ton obséquieux ("Des questions ? Non, bon je continue..." - il s'adresserait à un bocal de poissons rouges qu'il enchainerait le même discours rayé) ou de cette magnifique jeune fille justement prénommée Lolita par ses parents voyants (145 kilos sur la balance, au moins 30 dans chaque joue) qui avoue avoir été par le passé un ptit peu violente dans ses réactions (qui n'a pas planté un compas dans l'oeil de son camarade au collège ? On est d'accord), il faut reconnaître qu'il y a du grain à moudre dans ces portraits recruteurs-recrutés. Si ceux-là doivent sûrement un poil se surveiller sous l'oeil de la caméra (ne soyons pas trop dupe... cela n'empêche pas une sympathique connasse d’avouer qu’elle juge toute personne à ses chaussures - du coup, j'ai pas osé mettre mes baskets lors de mon entretien de ce matin, c'est malin...), ceux-ci sont d'un naturel ébouriffant dans leur candeur et leur "prétention" (« ouais ben moi, je m'assois quand je veux, pas besoin que l'employeur me donne sa permission, il est po au-dessus de moi » - 68 a fait du mal, même dans le Nord...).

4546136_3_fd2f_une-scene-du-film-documentaire-francais-de_594052e48593e299ecc9ef98f02c0e48

Ces chtis-là n'en veulent un chtit peu mais baissent souvent les bras avant même de commencer - cette chère Lolita appelant des entreprises pour savoir s'il y a un poste : le type a pas dit non qu'elle a déjà raccroché et dit au revoir (dans cette ordre)). Il y a ceux qui auraient bien fait une carrière dans le foot (maitrisant sans doute mieux le ballon que la langue de Maxime Bossis) mais ça n'a malheureusement pas été possible (beaucoup d’idiots, peu d’élus), ceux qui oublient de se réveiller fréquemment et ça la fout mal, ceux qui sont motivés mais alors pas trop longtemps... Dur. Mais attention, tentons aussi de prendre la défense de nos ptits gars : 1) du taff, il n'y en a pas tant que ça 2) quand ils bossent, nos jeunes (en CDD ou en stage), ils se font bien souvent salement exploiter (bye bye le paiement des heures sup) 3) les entreprises, elles t'appellent... uniquement en période de rush avant de te jeter à la première occase. Rien de bien nouveau là-dedans ? Certes. C'est la grosse limite du doc : il reste gentiment illustratif mais ne cherche en rien à aller plus loin - que deviennent ces gamins (au moins ceux du reportage), quel est le pourcentage de réussite de cette boîte de placement, pourquoi le gouvernement a fait appel à elle, puis a arrêté ?... Autant de points qui restent en suspens et qui laissent un peu sur sa faim. Lolita (pardon Nabokov) marque quand même un paquet de points par ces moues et ses remous (quand elle se saisit de son crayon à plein main devant l'employée qui la « secoue » un peu, on craint le pire...) A voir juste avant de passer un entretien pour se persuader de sa plus-value...   

4549780_3_d458_lolita-19-ans-titulaire-d-un-bep-des-metiers_a0e9c0ff85efb9c9cd84859e92cedaa8

Posté par Shangols à 17:50 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Le Printemps (Vesna) de Grigori Aleksandrov - 1947

0_93f49_d238bb2f_XL

On pensait avoir fait le tour des grandes comédies musicales hollywoodiennes, il nous en restait une et elle est soviétique. Véritable enchantement que ce Printemps-là, qu'on croirait en effet tout droit sorti du cerveau d'un Lubitsch matiné d'une imagination musicale à la Busby Berkeley. Le fait qu'il émane de celui d'un vague cinéaste russe emprisonné dans la censure et le stalinisme n'en est que plus impressionnant : d'une incroyable liberté de ton, d'une richesse visuelle constante, le film est éclatant de santé, et parvient à balancer quelques pensées très progressistes sur le statut de la femme, le rôle des scientifiques, la beauté de la vie et du cinéma dont on remercie le seigneur qu'elles soient passées à travers les mailles du filet des censeurs.

128662

En cherchant une actrice capable d'endosser le rôle d'une célèbre scientifique au cinéma, un metteur en scène rencontre au détour d'un music-hall à plumes le sosie de celle-ci, petite danseuse légère qu'on s'empresse de rendre le plus crédible possible : une savante se doit d'être austère et le front nimbé de lumière, c'est ce que dit la propagande, et on est bien décidé à lui faire suivre le modèle. Mais par un réseau de quiproquos, l'actrice et la vraie scientifique vont échanger leur rôle ; la première va se retrouver condamnée à animer un congrès de savants, la seconde découvrir les coulisses du cinéma, sa superficialité, sa beauté, et les deux vont, ben oui, tomber sur l'amour. Un voyage initiatique qui se déroule sur une journée, et où chacun, gens de cinéma et de science, va revoir ses préjugés concernant l'autre camp. En fin de compte, la propagande pourra aller se faire foutre : il peut y avoir de la joie dans les études, il peut y avoir des vrais sentiments au cinéma. Le film le prouve en se mettant résolument du côté de la comédie échevelée, mais ne trompe personne : il s'agit bien d'attaquer de front les a-priori clicheteux véhiculés par les intellectuels sur les artistes et par ceux-là sur ceux-ci. Si en plus, on peut dire de belles choses sur les femmes, et créer des personnages secondaires parfaits, pourquoi se géner ?

hqdefault

La mise en scène est impressionnante, commençons par elle. Aleksandrov filme les numéros de revue avec une majesté totale, les danseurs cantonnés dans le tiers inférieur de l'écran et un immense espace s'ouvrant sur les deux autres tiers, laissant se déployer une profondeur de champ vertigineuse. On place au second plan une foule de figurants, des décors de théâtre splendides, un système de voiles et de toiles complexe, et on filme les numéros dansés en complète immersion, en faisant oublier complètement le côté artificiel de la représentation théâtrale. Les amples travellings et cette façon très belle de jouer avec les différents plans du décor font de ces scènes des moments vraiment magiques. Le plus beau étant que, systématiquement, Alexandrov termine ces scènes en les écartant jusqu'aux coulisses ; apparaissent alors des complexes réseaux de poulies, des techniciens à casquettes, des systèmes de cintres et des figurants qui patientent pour rentrer en scène. Le film est avant tout là-dessus : comment la vie et le théâtre (ou le cinéma) peuvent pénétrer l'un en l'autre, comment ils peuvent se répondre. Et à terme : comment le spectacle peut devenir plus beau que la vie. Le trouble induit par ces deux femmes sosies qui jouent entre réalité et fiction trouve pleinement sa place dans cette mise en scène qui mèle sans arrêt les ors de la vie rêvée du spectacle et les non-moins beaux décors de la vie réelle. On croirait Powell et Pressburger cachés derrière la caméra pour souffler à Alexandrov des conseils bienveillants. Spectaculaire et somptueux, le film est un vrai plaisir pour les yeux.

vesn01

Comme il est en plus doté d'un rythme parfait (sauf dans sa dernière demi-heure, c'est vrai, Alexandrov a du mal à conclure et ménage au moins trois fins différentes), on ne s'ennuie pas à suivre les aventures pourtant assez cousues de fil blanc de nos deux gentilles blondes en milieu hostile. C'est aussi que mine de rien, le scénario balance de temps en temps quelques obus sur la bien-pensance de l'époque. Bien aimé par exemple cet "expert" engagé sur le tournage du film (dont on comprend très vite qu'il est un agent du gouvernement) et sa réplique : « Peu importe où on travaille du moment qu'on n'y fait rien ! ». Bien aimé aussi cette scène finale d'expérience scientifique autour de l'énergie solaire et qui se transforme en expérience atomique (dont le même expert fera les frais d'ailleurs). Les hommes et leurs postures viriles en prennent beaucoup pour leur grade également, le film est vraiment du côté des femmes, qui mènent le jeu et bernent nos gars à loisir. Même le moins intéressant personnage de la servante de la scientifique a droit à son heure de gloire. L'actrice principale, Lioubov Orlova, est dotée d'un réel bagout qui la rend aussi craquante en comédienne à cuisse légère qui fait chanter tout un tas de vieux croulants qu'en savante romantique découvrant l'amour. Bref, un film absolument génial, délicieux en bouche et qui n'a rien à envier à ses collègues des pays libres.

Posté par Shangols à 17:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

12 février 2015

Coherence (2014) de James Ward Byrkit

vlcsnap-2014-09-20-18h05m36s101

Voici un ptit film de S.F. au concept diablement intéressant (potentiellement) mais malheureusement pauvrement exploité. Je tente de la faire courte : le passage d'une comète va créer une sorte de monde parallèle. En gros, vous ne voyez de votre maison qu'une autre maison éclairée et dans cette maison, il y a les mêmes personnes que chez vous (soit 8 personnes, 4 couples, réunies pour une petite bouffe). Sont-ils dangereux, sont-ils votre face sombre, faut-il les tuer pour que, après le passage de la comète, vous soyez les seuls à survivre... Cela se complique lorsque vous vous rendez compte qu'il n'y a pas un monde parallèle mais plusieurs ; et cela devient un poil flippant lorsque vous commencez à réaliser que dès que vous sortez dehors vous n'êtes pas sûr de retrouver la bonne maison, celle d'origine.

vlcsnap-2014-09-20-18h05m44s176

109988La situation est forcément un brin cocasse lorsque vous croisez votre double (censé agir, fatalement, comme vous) mais il est bien difficile, passé l'étonnement et la surprise, de ne pas devenir immédiatement parano (surtout quand certaines personnes mal intentionnées venant "d'autres clans" commencent à s'introduire chez vous... Mais est-ce bien chez vous, hein, d'abord ?!!!). Une fois que le principe est en place, on sent que les possibilités sont infinies et qu'elles peuvent donner lieu à des situations extrêmement zarbis, hallucinantes, foldingues... C'est là que le bât blesse : après avoir fait monter gentiment la tension, alors même que le récit devient un tantinet complexe (parmi ces huit personnes lesquelles font réellement partie de l'équipe originale des bleus (la couleur de leur lumière); combien y'a-t-il de rouges... ou de verts... pour ne pas dire de mauves ?), le gars Byrkit semble avoir peur de sa propre idée et se montre incapable de vraiment lâcher les chevaux. Du coup, on reste dans cette petite tension guère folichonne sans aucun "pic" (dans le gore, l'horreur, l'humour...), sans vraiment de scènes marquantes ; les rebondissements, qui plus est, sont pauvres et l'ensemble - filmé de façon paresseuse, monté à la hâche - donne l'impression de bêtement tourner en rond (dommage pour un scénar qui s'annonçait pour le coup "sans fond", sans fin, tel un trou noir...). Cherry on this cake without taste, Byrkit torche une fin guère malicieuse et affreusement décevante - tout ça pour ça... booorf... Une oeuvre qui met en appétit quand les invités passent à table mais il n'y aura malheureusement rien de consistant qui sera servi au cours du repas (sens propre et sens figuré, ohoh). Une situation "fun" qui tourne court. Trop timoré, le Byrkit, un film-pizza (pour samedi soir) sans pili pili.   (Shang - 20/09/14)

vlcsnap-2014-09-20-18h06m39s166


Eh oui, une très belle idée de scénario un peu gachée par une mise en scène sans invention, sans ambition. On peut certes mettre l'échec de la chose sur le compte de l'évident manque de moyens, mais ça ne suffirait pas : même avec une seule caméra sans pied, même avec très peu de possibilités de décors ou d'effet, Byrkit pouvait faire beaucoup mieux que ça. On n'arrête pas, tout au long du film, de se rendre compte du potentiel de telle ou telle séquence, et de constater combien le réalisateur choisit toujours la moins inventive, massacrant ainsi le rythme, l'inquiétude, l'étrangeté, la tension du bazar.

coherence (1)

Le thème du double est un des plus beaux au cinéma, et on attend donc, dans celui-ci, la première confrontation entre les héros et leurs alter-ego : elle aura lieu avec une pauvreté terrible, mauvaise distance de la caméra (trop loin), éclairage très artificiel, défaut de réel point de vue. Pareil pour la très belle idée finale, où, après moult complications, le personnage principal se voit offertes mille possibilités de changer de vie, de choisir l'existence dont elle rêve, de recommencer à zéro une histoire d'amour terminée. Personnellement, j'y aurais consacré un bon quart d'heure, dans une sorte de vertige à la Rear Window où chaque existence se présenterait à elle dans un patchwork d'images fictionnelles sous forme de fenêtres de villas ouvertes sur l'obscurité (oui, il y avait moyen, là, de filer une magnifique métaphore sur le cinéma et le pouvoir de la fiction, comme chez Hitch) ; lui bâcle le tout en une minute, n'offrant à la belle qu'une alternative à sa pauvre vie. C'est ce qu'on appelle se tirer une balle dans le pied.

Coherence

Par manque d'invention, Byrkit accumule ainsi les échecs, surtout dans la seconde moitié : brouillage des repères géographiques, scènes répétitives, sur-explications qui amoindrissent l'inquiétude... C'est vraiment dommage parce que la première partie est super, mélange entre un bon vieux Twillight Zone et un machin de Vinterberg, matiné d'histoire à faire peur au coin du feu. Le portrait de groupe est réussi, d'autant plus que le danger ne va pas arriver de "l'Autre" mais de l'intérieur du cercle familier, c'est-à-dire de celui qui nous est proche et pourtant inconnu. En réussissant ainsi à créer une cellule crédible d'amis, d'ex et d'amoureux, le film parvient aussi à faire monter une belle tension dès que le lisse des relations entre ces copains se fissure. Avec rien, il instille une belle inquiétude. Dommage qu'il casse ainsi ses jouets à mi-chemin. On sent de toute façon un vrai talent d'écriture là-dedans : que Byrkit se trouve un réalisateur à la Jonathan Glazer pour filmer ses histoires, je lui promets une belle carrière.   (Gols - 12/02/15)

Posté par Shangols à 16:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 février 2015

Sin City : J'ai tué pour elle (Sin City : A Dame to Kill For) de Robert Rodriguez - 2014

sin

Si vous espérez que Rodriguez a considéré son premier opus comme un peu too much et qu'il a décidé de s'assagir, autant vous dire que vous vous fourvoyez quelque peu. Ce nouveau Sin City est tellement dopé, tellement formel, tellement spectaculaire, qu'il finit par ressembler encore plus à une machine folle que le précédent, un bazar entraîné par la pente et qui emporte tout sur son passage, brisant fatalement pas mal de trucs (personnages, acteurs, scénario, fond). Si vous aimez le cinéma des Straub, autrement dit, je doute que ce film-là vous soit complètement destiné. Il est vrai que si vous cherchez un agréable lavage de cerveau à moindre frais, on peut vous le conseiller : con comme un panier, le film est bien entendu d'une stupéfiante virtuosité technique, et très satisfaisant pour l'oeil. C'est une nouvelle fois un copié-collé de la BD de Miller, dont il tente de reproduire à l'identique les trouvailles visuelles. Le sang blanc gicle par hectolitres, les bagnoles dérapent sur coussins d'air, les fusillades font passer celles de Matrix pour des bagarres à la sarbacane, le tout dans un noir et blanc sur-contrasté, une bande son tous potars poussés et des maquillages proches du clown. Du Comics, oui c'est ça, genre qui supporte peu la nuance il est vrai. Comme dans le premier chapitre, celui-ci colle plus ou moins ensemble une série d'histoires courtes, avec des personnages déjà connus (Bruce Willis revient en spectre, rôle récurrent dans sa carrière ; Mickey Rourke, même porteur de prothèses multiples, accuse des boursouflures dommageables ; et c'est le retour du cortège de bombasses biatchs armées jusqu'aux jarretelles d'armes lourdes d'assaut) et d'autres nouveaux (Eva Green, nue, ça y est Shang est convaincu ; Josh Brolin, virilissime ; Joseph Gordon-Levitt, dans le meilleur épisode parce que le plus désenchanté).

sin_a

Là où 5 têtes volaient jadis, 45 volent aujourd'hui, c'est à peu près la seule nouveauté. Le glamour du premier opus s'est pas mal dillué ici dans la surenchère d'effets et de feux d'artifice : les personnages, déjà guère épais dans le 1, sont réduits à des silhouettes, des ombres, si bien que les acteurs, malgré le plaisir évident qu'ils montrent à jouer les super-héros, ont très peu de choses à défendre. Dommage, Rodriguez avait trouvé une sorte de patine entre le légendaire et le fantastique, entre le polar à la Bogart et Batman, qui avait vraiment du chien. Là, c'est juste des grosses bagarres. Elles sont certes hyper-inventives, on se marre bien souvent aux effets gore et aux excès des chorégraphies, mais c'est un peu court pour faire un film, même d'action bourrin. Techniquement fun, mais insuffisant.

sinb

Posté par Shangols à 16:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 février 2015

Love is strange (2014) de Ira Sachs

vlcsnap-2015-02-07-18h02m42s210

Un film apaisé et apaisant. Voilà la petite formule qui vient en tête après la vision de ce film dessiné par petites touches, tout en sobriété ; s'il y ait question de chaleur humaine (oh putain non, par pitié !!! Attendez, j'ai pas fini) celle-ci est évoquée avec la même nonchalance, la même subtilité que ces petites notes de piano qui surviennent ici ou là dans le film. Pendant toute la vision du film, on reste attentif, sage, "silencieux mentalement" au point d'entendre les battements de son cœur ; alors qu’on avait du mal jusque-là à émettre un avis tranché sur ce film, la dernière séquence (un jeune couple, un rayon de soleil, deux skates - point de spoiler ici, don't worry) balaye tous les doutes : ce film est un petit bijou, discret mais qui bénéficie d'une patine qui finit par le faire irradier. La patience parfois paie.

vlcsnap-2015-02-07-18h03m35s231

Une histoire somme toute très simple : un couple d'homo décide sur le tard (plus de 35 ans de vie commune) de se marier. On est content pour eux de leur voir sceller leur amour... Seulement voilà, le plus jeune (Alfred Molina) perd son taff (il est prof de musique dans un établissement catho : l'église est bienveillante et tolérante... jusqu'à un certain point) et notre couple se voit, par manque de moyens, dans l'obligation de déménager de leur appart. Le temps de se retourner (il n'y a aucun jeu de mots ici) nos deux bons vieux gais doivent trouver un toit. C'est une question au préalable de quelques jours. Ils se retrouvent séparés, chacun chez un proche. Une petite séparation qui prend vite des allures de véritable calvaire : outre le fait de ne plus se "soutenir", se "supporter" (positivement) au jour le jour, ils doivent chacun de leur côté faire face aux problèmes de cohabitation... Rien de bien tragique a priori mais c'est tout leur petit monde sentimental, leur douce intimité qui explose... C'est pas rien.

vlcsnap-2015-02-07-18h07m01s231

Sachs nous conte ces petites mésaventures familiales, sentimentales, humaines avec un tact infini. On compatit aux petits problèmes de l'un quand il ne peut dormir sur le clic-clac du salon (il est chez des fêtards - un couple de policiers gays - à la vie décousue), aux petits problèmes de l'autre (on sent bien qu'il n'est pas le bienvenu dans cette petite cellule familiale déjà sous tension) mais au-delà de ça on touche du doigt tout ce qu'il y a de fragile, de rassurant, de beau, de mesquin dans les relations humaines ; l'amour au sein de ce vieux couple bien sage semble certes couler dans le bronze (lorsqu'ils se retrouvent, on ressent tout ce qu'il y a d'attendrissant dans leur union), mais il va également être question des multiples petits couacs qu'entraîne leur squattage : John Lightow - le vieux du couple - va ainsi être confronté dans sa "famille d'accueil" aux petites crises d'un ado ou aux plaintes d'une écrivaine en manque de solitude. Notre bon vieux couple gay prend son mal/mâle en patience et tente de faire front face à toutes les petites scories familiales dont ils se retrouvent, malgré eux, les témoins. La dernière séquence où deux jeunes gens, comme les dignes héritiers de ce couple homo toujours au diapason, partent ensemble sur un skate fait chaud au coeur. Un bien beau film comme aurait dit ma grand-mère.     

Posté par Shangols à 16:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



06 février 2015

Heli (2014) d'Amat Escalante

vlcsnap-2015-02-06-17h10m26s26

Voilà un film très soigné dans sa facture mais terriblement douteux dans le fond. Au départ, pitchons rapidement, un jeune couple mexicain sans histoire : ils viennent d'avoir un enfant et cohabitent avec le pater du mec et sa jeune soeur. Notre jeune héros bosse dans une usine des environs. Certes il semblerait que sexuellement c'est pas la fête du slip, que la cohabitation n'est pas exempte de petites tensions... mouarf, rien de vraiment tragique a priori. Au pire, notre gars doit revenir du boulot à pied quand son vélo est crevé... C’est pas cool mais ça se fait doucètement. Seulement un jour tout va déraper, partir en sucette... Le petit copain de la jeune soeur se retrouve en possession de deux paquets de coke et les narcotrafiquants militarisés ne vont pas être contents mais alors pas contents du tout... Ce sera l'escalade chez Escalante au niveau des images chocs.

vlcsnap-2015-02-06-17h09m28s216

Le père est dézingué par les trafiquants, le jeune père de famille, sa soeur et le petit copain de cette dernière sont, quant à eux, rapidement kidnappés. Escalante décide alors de filmer la scène de torture qui s'en suivra avec le même flegme qu'il avait à cadrer un ptit bébé pleurant. Quel intérêt y-a-t-il à montrer une type suspendu à un crochet par des menottes, dénudé, avec sa bite (excusez du peu) incendiée ? Certes, c'est pas ordinaire diront les plus curieux. Mais si certains criaient au scandale pour un simple travelling, là ils devraient se retourner 72 fois dans leur tombe. "Gueu" murmurais-je sceptique à la vision de la chose. L'un des hommes, le petit copain aux boules cramées, sera ensuite pendu à un pont (youpi !), l'autre, le jeune père de famille, sera finalement relâché (la logique des trafiquants m'échappe... tout comme leur pyromanie couillue d'ailleurs). Notre gars, bien amoché, tentera de remonter la pente, de se reconstruire, de se venger, de se reconnecter avec sa donzelle - super... Alors que le générique tombe, on reste un poil interloqué : ah oui le Mexique, terre d'hommes paisibles, n’est malheureusement jamais à l'abri de la barbarie des narcotrafiquants. On voit bien le message, en gras, écrit à la batte (de baseball) souligné en rouge-sang. Mais quel intérêt d'avoir farci l'ensemble de cette séquence choc, insoutenable, de cette scène de torture filmée dans sa longueur (si je peux me permettre) ? Escalante nous place dans la terrible position d'un voyeur avide de violence (tout comme ces pauvres gamins du film abrutis par leurs jeux vidéo) sans que l'on est rien demandé. Il fait le buzz mais le film - esthétiquement soigné - fait su-bite-ment plouff. Pourvu que le gars ne prenne jamais les rênes de BFM tv se surprend-on alors à penser, dubitatif. Totalement dispensable, selon la formule consacrée... car affreusement putassier. L'escalade...    

Posté par Shangols à 15:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 février 2015

Night Call (Nightcrawler) (2014) de Dan Gilroy

vlcsnap-2015-02-05-01h36m30s140

Il y a dans Nightcrawler plusieurs éléments émoustillants : une voiture qui sillonne la ville la nuit, un "journaliste" d'opérette ambitieux interprété par le troublant Jake Gyllenhaal, une "caméra-vérité" prête à tout pour donner aux avides téléphages le plus infâme des spectacles (du sang, des meurtres, du sang et des balles qui fusent - BFM TV avant l'heure des attentats, en un poil plus trash)... Dès le départ, on sent que le Jake est un divin opportuniste ; si dans la scène d'ouverture il vole une montre, il se montrera bientôt aussi doué pour voler des images : des gros plans suintant l'hémoglobine, des cadres chocs, des situations de folaille - rien de mieux pour un reporter de pacotille que d'arriver sur le lieu d'un crime alors que les meurtriers sont encore sur place -, voilà ce qui donne le sourire au Jake ; si l'argent coule rapidement à flot (il en faut pour s'acheter la bagnole de Starski et Hutch), ce qui fait surtout frémir Jake c'est le fait d'être reconnu par les membres bien propres sur eux de cette télé poubelle et d'être couvé du regard par l'une des chefs du bazar, Rene Russo - des rides, certes, mais un sourire diablement carnassier lorsqu'il s'agit de se repaître de ces images "graphiques", as they say in english. Deux bien beaux salauds prêts à aller jusqu'au bout pour satisfaire tout bon vautour-téléspectateur.

vlcsnap-2015-02-05-01h38m55s56

Il est dommage que l'ami Gilroy force parfois un peu trop les traits et mène sa démonstration sans grande finesse : des personnages caricaturaux (l'adjoint de Jake, plus naïf qu'un bout de pain ; la Rene, à la déontologie inexistante...), des situations de plus en plus rocambolesques et ignobles (sacrifier un concurrent voire un collègue, filmer des tueurs en action, puis leur arrestation, puis la course-poursuite qui s'engage...) qui finissent par frôler le ridicule. Ah ouais, Jake est vraiment pourri jusqu'à la moelle, sans foi ni loi... Pas de discussion possible, le clou est enfoncé jusqu'à la garde... Il y avait, pourtant, disais-je, nature à être plus subtile. Lorsque le gars Jake déplace un corps pour véritablement "mettre en scène" un accident de la route (ses yeux lui sortant des orbites alors qu'il filme la scène, comme s'il atteignait là la jouissance suprême), il y avait matière à creuser (difficile d'ailleurs de ne pas penser au Voyeur même si le gars Gilroy n'arrive pas à la cheville d'un Powell). On aime bien aussi ce petit air charmeur et pince-sans-rire du Jake qui en self-made-man de la pourriture journalistique gravit peu à peu tous les échelons (pour arriver au niveau de la Rene) ainsi que cette façon qu'il a de prendre de haut (euphémisme...) son pitit adjoint qui voudrait brûler les étapes. Le film pourrait bêtement se complaire dans les images "graphiques" et les effets boeuf mais il y a heureusement toujours un certain degré d'humour noir - par l'intermédiaire essentiellement du personnage de Jake - pour sauver la mise. Du coup l'objet est plus intéressant qu'il n'y parassait au premier abord ; dommage que le Gilroy reste un peu à la surface de son sujet, filme "en grand angle", sans laisser vraiment beaucoup de place à la réflexion.

vlcsnap-2015-02-05-01h37m49s162

Posté par Shangols à 01:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 février 2015

Whiplash (2014) de Damien Chazelle

vlcsnap-2015-01-21-08h44m48s244

J’avais un peu peur en voyant la bande-annonce d’avoir déjà une idée de l’ensemble du film. C’était mesquin, la bande-annonce ne couvre que 90% du film. Admettons-le donc, Whiplash, dans ses neuf premiers dixièmes a bien du mal à nous cueillir : un ptit jeune qui n’en veut, sans doute un peu naïf, sans doute un peu tendre, va donc faire face un professeur sorti de l’enfer ou de l’armée américaine, un type colérique et dictatorial, un passionné qui pousse les musiciens à bout… pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes ou craquent - c’est selon. C’est l’éternel débat de l’enseignant qui veut que ses élèves se dépassent (c’est bien de placer la barre très haut - ou pas) mais qui a parfois du mal à savoir quelles sont les limites : pression morale, insultes (2 ptites minutes de logorrhée non politiquement correcte - c’est énorme dans un film américain - où les Irlandais, les Juifs et les P.D. en prennent pour leur grade : oui, les Américains n’ont pas beaucoup d’imagination, c’est un peu toujours le même disque… surtout envers les tafioles), pression physique (le type est une masse, donne des baffes, fait voler des baguettes de bois vert…). Le prof est vraiment pas gentil et risque un jour d’avoir un sale retour de bâton, c’est clair.

vlcsnap-2015-01-21-08h43m38s61

vlcsnap-2015-01-21-08h43m44s131

Notre aspirant batteur va se donner bien du mal pour donner satisfaction au maestro… Et vas-y que je me fais des ampoules, que je me trempe la main en sang dans un seau plein de glace, et que même après un accident de bagnole de dingue (se faire renverser pour un gros camion ricain, c’est pas rien) je continue à vouloir tenir mon (premier) rang - c’est idiot de vouloir jouer de la batterie quand on a 4 doigts cassés et un trou dans la tempe, après chacun voit midi à sa porte. Notre petit jeune est prêt à tout sacrifier, même sa gentille petite pineco - également sacrifiée par le scénariste mais cela est un autre problème. Que dire de plus ? C’est filmé à l’énergie, notre petit jeune se donne bien du mal pour arracher des cris à sa batterie, notre professeur - belle masse chauve -  tourne comme un vautour autour de ses proies avant de les déchiqueter quand l’envie lui prend, ça se veut efficace, noir, dur, violent et cela peine souvent à paraître vraiment original. Notre masse militaire en fait trop, notre apprenti prend des mines tellement contrites et souffreteuses qu’on en arriverait presque à imaginer l’état de son slip en fin de journée (c’est pas classe, je reconnais)… Ce dernier aura tout de même droit à sa revanche - le tournant du film à 15 minutes de la fin - avant qu’ait lieu la belle. C’est lors de la dernière séquence qu’on dirait que le film commence vraiment : notre jeune batteur a la rage, notre prof a la rage (chacun a subi au moins une fois les coups de pute de l’autre) et ils se retrouvent face à face, sur scène, lors d’un concert où c’est à celui qui emmerdera le plus l’autre. Peu de dialogue, une vraie battle musicale : tu veux faire le malin, improvise mon gars ; tu veux me diriger, c’est moi qui vais imposer le tempo ! Notre chauve a le crâne qui fume, notre batteur s’arrache la peau des mains, « over and beyond » lancerait Buzz l’Eclair : oui, se dépasser… Musicalement ça sent plus la sueur que le feeling (il tape sur des bambous comme un malade et ça lui va bien), c’est un peu over-musclé (le montage, la hargne de l’enseignant…) et pas toujours, sentimentalement parlant, dans la dentelle du Puy (par pitié que Chazelle ne nous livre pas ensuite une love story…) mais ce face-à-face radical qui finit en apothéose se regarde néanmoins sympathiquement comme un bon solo de batterie. Sans plus. « Aux drums,… »   (Shang - 20/01/15)

vlcsnap-2015-01-21-08h44m59s111


Complètement d'accord avec mon camarade, même si, pour ma part, j'y ajouterais une louchette d'amertume consternée sous la forme d'un cri de désolation (genre : yaaaaargh). Whiplash a tout de la sous-bouse, autrement dit, une sorte de Rocky avec des baguettes (mais avec les gants quand même, vue la qualité de la musique) et sans le talent. La musique est en effet considérée ici, tout comme la mise en scène d'ailleurs comme un sport de combat. Difficile, je ne dis pas, de filmer la musique ; mais ce n'est pas en livrant ce montage imbécile, qui tente de coller au rythme de la batterie binairement, ni en dopant les mouvements de caméra façon Lelouch (ces balayages en panoramiques totalement affreux qui tentent de mettre face à face le chef et son orchestre), qu'on y arrive, de toute évidence. Formellement, le film est hyper amateur, très bête, ne cherchant jamais une quelconque justesse mais visant juste une efficacité toute hollywoodienne très fatigante. Les yeux sont gavés avant même les oreilles, qui pourtant en prennent un sacré coup : la musique est totalement immonde, c'est bien simple. Le méchant évoque Charlie Parker, mais dirige pourtant son band vers une sorte de musique martiale à l'esbroufe, lourdaude, unie (tout dans le gros truc qui tâche), sans finesse, une sorte de musique de variétoche sur vague fond de jazz. Le solo final constituant le summum de l'inécoutable : pour Chazelle, la batterie, c'est taper le plus de fois possible sur la caisse claire en une seconde, ça me paraît un poil court. Décidément que ce soit avec la danse (chez Altman ou chez Aronofsky) ou avec la musique, les réalisateurs américains ont du mal à se départir d'un patrimoine "comedie musicale" ringardissime : on croirait que rien n'a bougé depuis 1950, et Chazelle a beau tenter de doper l'ensemble avec un côté rock'n roll, il s'avère être, artistiquement, un infâme réac. Charlie Parker doir labourer le cimetière s'il entend ainsi son nom utilisée pour une musique que n'aurait pas reniée les Scorpions au sommet de leur gloire stadesque.

Whiplash

Et puis, le scénario, mon Dieu, le scénario. Encore plus ringard que la forme si c'est possible, il devient carrément effrayant dans son message de success-story à tout prix. Pour réussir, petit con judéo-chrétien, il faut en baver, rien n'est facile dans ce bas monde, petit gars, eh ouais. Virilité exacerbée (il faut saigner pour être batteur, et ça pleure pas un homme), morale de pépé, vision du monde comme une guerre à remporter, le duel a tout d'un "c'est moi qui ai la plus grosse", et on ne souhaite plus qu'une chose : que le petit jeune (très mauvais) meure sous l'effondrement de sa grosse caisse, que le méchant (cabotin et pas crédible) avale sa cymbale, et qu'on nous foute la paix avec ces films de survivor qu'on pensait terminés depuis que Rambo a rangé sa kalash.   (Gols - 04/02/15)

Posté par Shangols à 11:47 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

03 février 2015

Listen up Philip (2015) de Alex Ross Perry

061428

Un petit film ricain (vu en salle, oui, cela faisait bien dix ans... allons, n’exagère pas vieux pirate…) qui semble venir d'une autre ère : une sorte de comédie sympathique nimbée de misanthropie que l'on aurait oublié au fond d'un tiroir depuis les années 80. Bavard, le film surprend avant tout... par son petit côté passéiste : pas de téléphone portable à chaque plan, ni d'ordi (il y a même une machine à écrire, fusil), on se demanderait presque parfois si l'ami Perry est bien notre contemporain. Au-delà de ça, reconnaissons que l'on ricane souvent (Jason Schwartzman est, il faut le reconnaître, en grande forme ; Jonathan Pryce, quant à lui, se lâche grave) même si les remarques machistes ou, comme je le disais, misanthropiques fusent... C'est d'ailleurs sans doute là, sans faire sa chochotte, que le film pêche un peu : avoir un personnage détestable (et fier de l'être), c'est tolérable, en avoir deux (Jason et Jonathan suivent les mêmes sentes...), cela finit par être un peu lourd. Face à ces deux mâles écrivains taillés dans le même bois (noueux), il y a une tripotée de femmes aux rôles plus ou moins consistants. L'histoire, elle, vous l'aurez compris, n'est que secondaire, il s'agit avant tout de s'intéresser aux états d'hommes (deux ours plus patauds que vraiment méchants) face à l'écriture, la vie, les femmes... vaste programme traité avec une pointe de causticité mordante.

537744

548633

Si les élucubrations du jeune Jason, personnage se cherchant, trouvant pour un temps un point d'ancrage chez son aîné mal luné (mais toujours à la recherche d'une certaine reconnaissance) Jonathan, peuvent faire plus ou moins sourire (parfois un peu jaune, notre homme ne se montrant guère diplomate avec la gent féminine), avouons que ce gars qui n'a rien de vraiment sympathique (ah l'ego...) finit par avoir quelque chose d'attachant - l’ironie constante, la dégaine et le regard noir de Schwartzman aidant. Heureusement, face à lui, face à cet être stressé et stressant, Perry ne néglige point de suivre la trajectoire de sa toute première compagne (the wonderful madwoman Elisabeth Moss, toujours juste, même dans les scènes les plus casse-gueule). Personnage beaucoup moins imbu de sa personne, l'Elisabeth tente, en solitaire - si ce n'est son gros matou qui joue au petit poil -, de se reconstruire. Tentant de faire fi des éternels retours au bercail de ce Jason infidèle, elle arrive peu à peu à retrouver une certaine assurance. Beau portrait de femme dans cette œuvre où le mâle agace. Il est dommage que les autres personnages féminins (la sublime fille de Jonathan ou cette caricaturale Française, professeur d'université) manquent, eux, un peu de consistance, d'épaisseur. Perry abandonne en route ces différentes figures de femmes - ne sait-il plus quoi en faire ? -, pour revenir sur les traces erratiques de son héros hésitant - et un peu perdu. Chouette petite comédie ricaine incisive qui semble résolument datée d'un autre âge mais qui, paradoxalement, n'est pas exempte d'une certaine fraîcheur dans le paysage cinématographique US actuelle. Me pencherais d'ici peu, avec une certaine confiance, sur le précédent opus de ce gars Perry, Colour Wheel.    

537381

Posté par Shangols à 14:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

I Origins (2014) de Mike Cahill

i-origins-11621-large

Voilà un film sur les yeux, un thème éminemment sensible pour votre ami chroniqueur. Découvert dans des conditions parfaites (sur l'écran microscopique d'un avion, en vf, non merci je ne veux pas de café et si le pilote pouvait se taire deux minutes pour ne pas geler mon écran, ce serait un plus - merci) I Origins, disons le tout de go, m'a autant marqué qu'une chiure de mouche dans le désert... Une histoire, pour peu que je me la rappelle, résolument à la con avec une sempiternelle romance passionnelle qui tourne mal (voir sa compagne se faire broyer par un ascenseur n'est jamais agréable), une seconde histoire d'une banalité confondante (c'est définitivement chiant de se taper sa collègue de boulot) et un final en Inde (en Inde, putain !) d'un ridicule, mais alors là d'un ridicule absolument confondant - ce qui prouve que j'ai vu le film jusqu'au bout ; c'est d'ailleurs bien dommage en un sens, je n'aurais pas eu à écrire ces tristes lignes. Michael Pitt, en savant, est aussi émouvant qu'une souris blanche mais l'on découvre au moins deux jolies pépettes (Astrid Berges-Frisbey, je le relancerais bien (rire gras) et la blondine Brit Marling) qui permettent de faire passer gentiment les deux premières heures de vols entre Nairobi et un bled perdu de la côte est africaine. Vous allez me dire, c'est tout ? Je vous assure que le bazar ne vaut pas plus, même pour un spécialiste de la cornée. Irritant - du latin iris.

Posté par Shangols à 11:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]



  1  2  3  4  5    Fin »