31 mars 2011

Potiche de François Ozon - 2010

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Une comédie de Barillet et Grédy, créée par Jacqueline Maillan, avec Deneuve en survêt et Depardieu en... et Depardieu, sur le papier, c'est un peu la description de l'enfer, je pense qu'on est tous d'accord. Eh bien c'est un peu mieux à l'écran, heureusement puisque c'est le gars Ozon aux manettes. Cela dit, si on n'est pas dans l'enfer, on est quand même loin du paradis. Tout ce qui épate d'habitude chez Ozon est ici totalement raté, à commencer par l'audace. On comprenait la part de second degré qu'il y avait dans 8 Femmes ; Potiche, lui, semble en être complètement privé. Franchement où est l'audace, où est même le fond, dans cette farce lourdaude, qui fait semblant d'être féministe pour mieux étaler sa condescendance vis-à-vis des femmes, datée comme c'est pas permis (la pièce était sûrement déjà réac aux temps de Maillan), qui enchaîne les bons mots dignes d'un Jacques Martin ? Strictement sans aucun intérêt, le scénario ne fait pas sens du tout dans notre monde d'aujourd'hui, malgré les efforts d'Ozon. Oui, car le gars se pique de modernité, voire d'hyper-fashionité : pour lui, ce combat entre un homme d'affaires hautain et son épouse consentante mais consciente, c'est le combat Royal/Sarko. Bon, d'accord, mais et alors ? Une fois découvert le "message" (n'importe quel crétin le verrait une fois qu'est prononcée la phrase mythique : "Casse-toi pauv'con"), qu'est-ce que ça dit de plus ? Ah ben rien, c'est juste rigolo de voir qu'en 1977, c'était les mêmes comportements phalliquo-dominateurs et les mêmes sarcasmes.

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La pièce ne disait rien à sa création (à part peut-être : "les femmes ont droit au pouvoir, à condition que ce soit une comédie"), elle ne dit toujours rien aujourd'hui. Pire, elle bloque tout : les acteurs sont contraints au sur-jeu, la musique se doit d'être ringarde, la mise en scène est obligée de s'enferrer dans une reconstitution (certes, très bien faite, photo, décors et costumes) un peu étouffante. Ozon a beau essayer de faire son malin en produisant cet objet hors de toute mode (partant du principe que ce qui est hors mode est super à la mode), il ne fait que s'agiter pour masquer le vide. A l'image de Luchini, en sur-régime, et je vous laisse imaginer ce que ça donne : il joue pour la galerie, mal tenu, avec même des regards (voulus ? vraiment ?) vers le parterre de spectateurs dans un exemple de cabotinage écrasant. Deneuve est également souvent à la limite, mais pour elle ça semble quand même fait exprès, en atteste sa première séquence avec des petits oiseaux et des zolis écureuils. Quant à Depardieu, franchement il s'en fout, c'est Depardieu, on va quand même pas lui demander de jouer encore en plus. Plus convaincu par les seconds rôles, Godrèche étonnamment expressive, Viard intéressante dans un rôle impossible à rendre intéressant, et surtout Jérémie Rénier, très drôle. Mais bon, si l'ambition nouvelle de Ozon, c'est de faire des comédies enlevées avec des comédiens connus, je risque de ne plus suivre, je tiens à le prévenir.

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Fort heureusement, il y a un autre aspect de Potiche qui est bien plus attachant : celui de la cinéphilie. Il avait déjà fait le coup avec 8 Femmes ; Ozon retente la botte appelée "référence qui tue et qui du coup sauve les meubles". Potiche est une succession de clins d’œil énamourés à un certain cinéma, le spectre étant d'ailleurs très large. En filmant Deneuve, il filme Les Parapluies de Cherbourg, et c'est poignant de voir la dame se promener au milieu des pébroques de toutes les couleurs ; en en faisant une révolutionnaire qui s'ignore, il va faire un tour pour le moins osé vers Il était une fois la Révolution et ses flashs-back bouleversants ; en l'opposant à Depardieu dans un ballet érotico-nostalgique, il convoque 30 ans de cinéma français, citant texto Le Dernier Métro, Drôle d'endroit pour ue Rencontre, et même, plus pointu, les films de Corneau (Le Choix des Armes, surtout). L'intimité qu'il parvient à trouver dans les scènes de duo entre les deux compagnons tombe souvent très juste, et dans ces séquences-là Ozon cesse enfin de jouer au génie pour redevenir le petit garçon émerveillé par le cinéma. Même s'il passe à côté de LA scène qu'il ne fallait pas rater (une danse entre Depardieu et Deneuve, où lui est emprunté, mal à l'aise, où elle est fade, et où surtout la musique, pourtant souvent géniale chez Ozon, est mal choisie), on aime ce côté sentimental, le seul qui donne une piste pertinente à ce film creux. Il serait temps qu'Ozon osât à nouveau un peu plus que ça.   (Gols 14/11/10)

 


Ah ben oui, tiens, c'est bizarre, j'étais resté dans l'idée que mon comparse Gols avait apprécié ce film et puis en relisant son article, je vois bien qu'il ne fut guère plus emballé que moi... J'en sors tout juste, et je me dis qu'à part deux trois petites répliques bien balancées par la Deneuve - j'adore son sens du phrasé, elle est toujours dans le bon timing pour balancer une ptite vanne - force est de reconnaître que le film est loin de m'avoir épaté (beaucoup aimé tout de même le "ah non pas Jean-Charles !" mais on est dans le private joke pur et dur...). Le discours féministe ne fait en effet guère long feu et les clins d'oeil ségolènien, notamment, semble déjà dater de Mathusalem ; quant à cette chute "fleur bleue dégoulinante", elle tombe franchement à plat, comme si Ozon s'était dépêché d'en finir, totalement à court d'idées - aurais bien vu un ptit roulage de pelle entre Rénier et le blondinet qui participe à la campagne de sa mère(son demi-frère si j'ai bien tout suivi... Ozon flirtant déjà gentiment auparavant avec le tabou de l'inceste, seule véritable petite provocation quand on y songe - "Bah, soyons modernes", comme dirait Deneuve) mais il semble avoir laissé tombé cette piste en cours de route. Pour le reste vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent... La "nostalgie" ozonesque ne fonctionne en effet réellement que dans la réunion du couple Depardieu / Deneuve, mais en dehors d'un petit bécot lourd de sens à la sortie du Badaboum, la magie a bien du mal à fonctionner - qu'est-ce qu'il est lourdingue, le Gégé, faut dire, on dirait qu'il danse suspendu à un treuil... Aucun doute sur le fait que le meilleur film d'Ozon en 2010 demeure Le Refuge (qu'on est douze à avoir vu et trois à avoir aimé), cette petite comédie politico-boulevardesque lui ayant, pour finir sur une bonne note, au moins permis de renouer avec le public : tant qu'il peut se permettre de faire deux films par an et qu'il y en a au moins un à garder, on ne va pas lui reprocher de chercher à se "diversifier". On attend tout de même, au niveau de ses oeuvres dites "plus légères", un peu plus de causticité de la part du François.   (Shang 31/03/11)

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01 juillet 2010

Le Refuge (2010) de François Ozon

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François Ozon livre avec Le Refuge une oeuvre ultra-minimaliste et fait preuve une nouvelle fois d'une merveilleuse acuité du regard ; il pose sa caméra sur ses acteurs avec la même douceur que la main de Louis-Renan Choisy sur le ventre d'Isabelle Carré, et parvient à évoquer par petites touches tout le trouble intérieur de ses personnages, au delà des apparences. Isabelle Carré, qu'il devient presque ennuyeux de toujours trouver absolument parfaite, l'est cette fois-ci... encore plus. Elle-même enceinte durant le tournage, elle donne à son personnage une fragilité et des instants de vérité brute qu'on n'osait soupçonner, bien qu'elle parvienne à nous étonner à chacune de ses compositions. Un scénario très finement écrit, une image d'une luminosité surprenante - après le plutôt palot Ricky dans ce domaine -, une direction d'acteurs (des "pros" aux débutants) d'une grande légèreté, un "micro-ozon" qui irradie par sa justesse.

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Isabelle Carré (Mousse), droguée jusqu'à l'os, se retrouve enceinte après la mort de son compagnon (Melvil Poupaud, fugace mais intense) à la suite d'une overdose. La famille, bourgeoise, la pousse à avorter, elle acquiesce dans un premier temps avant de trouver refuge au bord de la mer. Cet enfant, on ne sait trop si, au plus profond d'elle-même, elle souhaite le garder et l'élever, mais c'est aussi tout ce qui lui reste du gars Melvil... Dans son refuge où elle vit en solitaire, elle est rejointe par le frère de Melvil, Louis-Renan Choisy (Paul). Elle le reçoit au départ un peu comme un chien dans un jeu de quilles et voit d'un sale oeil les libertés que prend cet homo à ramener l'une de ses conquêtes à la maison. Ils vont peu à peu "s'apprivoiser", s'amadouer et soigner ensemble leurs blessures affectives. Dit comme cela, ça sonne un peu creux, et pourtant Ozon parvient, en jouant toujours sur un fil très tenu, à nous faire magnifiquement partager leur intimité.

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Désir de liberté et soif de possession (Mousse qui voudrait garder Paul pour elle seule), séduction à fleur de peau (Mousse qui retrouve progressivement le goût à se maquiller et à "rayonner") et recherche d'affection (Mousse et cet homme de rencontre, Mousse et ce jeunot en boite qu'elle finit malgré tout par repousser), le film ne cesse de tanguer entre différents pôle à l'image de ses deux personnages principaux qui ne semblent pas toujours bien savoir ce qu'ils recherchent. S'épaulant moralement et physiquement, Paul et Mousse apprennent ensemble à combler le vide laissé par ce proche brutalement disparu, et le cinéaste décrit avec une belle précision les liens qui se tissent entre ces deux êtres. Grand petit film avec lequel Ozon montre plus que jamais son talent à illustrer, avec une grande pudeur, les fragilités et les états d'âmes de ses personnages. Un refuge, malheureusement abandonné par le public, qu'il fait plaisir de découvrir et de faire partager...   (Shang - 19/06/10)


Je pense être le plus ozonien des rédacteurs de ce blog, et pourtant, pour cette fois, je ne suivrai pas mon camarade devant ce nouvel opus du grand François. Le Refuge appartient à la partie la moins intéressante de son travail, selon moi, celle qui a donné aussi Sous le Sable par exemple : le film d'acteur, concerné et intérieur. Pour tout dire, au bout de deux minutes, j'étais déjà soûlé par ce cinéma bourgeois, clicheteux, qui nous fait revenir 20 ans en arrière, aux temps où sévissait Romy Schneider pour citer une de mes hantises. Isabelle Carré remplit ce nouveau rôle laissé vacant par Romy, celui de la "belle-actrice-habitée-et-vachement-fragile-face-à-la-vie-mais-forte-aussi". Complètement en opposition avec le Shang, je l'ai trouvée quasi-nulle dans ses poses de comédienne contemporaine qui ressent plein de choses ; certes, Ozon lui offre à peu près tout ce qui est possible en matière de scènes casse-gueule : mais la demoiselle les rate pratiquement toutes, depuis la séquence où elle fait semblant d'être droguée, drôle comme tout (la position de studio qu'Ozon lui fait prendre avec Poupaud, on dirait un poster de jeune fille), jusqu'à celle où elle pleure sur la plage parce que c'est trop dur la vie, où elle est fausse à mort. Quant à Louis-Renan Choisy, on trouve en lui une véritable tête à claque, on dirait Benjamin Biolay.

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Bon, cet accès de rage contre les acteurs passé, je reviens au film. Bien sûr qu'il y a par-ci par-là de jolies scènes, c'est du Ozon quand même (la toujours fine utilisation des chansons de variété comme exutoire des sentiments par exemple). Mais elles sont noyées sous un discours très flou, qui voudrait visiblement à la fois nous faire aimer le personnage de Mousse et être condamné par elle. Il y a un regard-caméra à la fin qui m'a fait bondir de colère : pendant 1h20, on suit avec bienveillance les errances sentimantalo-dolto-esques de cette gamine, sans juger, presque avec empathie parfois, et au dernier moment, la voilà qui lève les yeux vers nous pour nous agresser façon Anelka : "ben quoi, de quel droit tu m'juges, hein ?", dit-elle dans ce regard. Trop facile : la Monika de Bergman était une vraie rebelle féministe ; la Mousse de Ozon n'est qu'une adolescente attardée, et on est en rage de se sentir ainsi pris à parti dans un film qui n'est que bien innocent. Le regard-caméra est une figure de style à manier avec d'infinies précautions, il a à voir avec la morale, et Ozon l'utilise ici n'importe comment, et de façon putassière. Le scénario est lourdement symbolique et attendu, et semble convoquer une imagerie qu'on pensait désuette depuis 50 ans : la maison comme allégorie du ventre maternel, la maternité comme renaissance, l'eau purificatrice, et tout le tintouin psychanalytique gavant que le cinéaste sort dans une sorte de "Femme moderne pour les Nuls" fatigant.

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Pour le reste, ce n'est pas mauvais, juste sans style et sans audace ; venant de la part du cinéaste français le plus caustique du moment, on reste sur sa faim après ce portrait psychologique fadasse et sans saillie, et on attend avec impatience le prochain film du compère, où on espère voir le retour de l'impolitesse et du contemporain dans le cinéma d'Ozon.   (Gols - 01/07/10)

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13 mai 2010

Sitcom de François Ozon - 1998

sitcom_1998_07_gPeut-être que les provocations de Sitcom ont un peu vieilli en 12 ans ; il n'empêche que ce film conserve un aspect punkoïde absolument jouissif. Dès son premier long, on a l'impression qu'Ozon balance toute la sauce, jonglant avec le bon et le mauvais goût, allant jusqu'au bout de son insolence, et bombardant sans gants la bourgeoisie, la famille, le joli cinéma de papa, tout ça en réalisant un film très drôle et techniquement impressionnant.

Voici donc une famille bourgeoise classique, une de celles qu'on voit effectivement dans les feuilletons à la con type sitcom : le père érudit et absent, la mère aimante et comme il faut, la fille en crise d'ado et son copain glamour, le fils en quête d'identité, la femme de ménage coincée, et même le fiancé de celle-ci, prof de collège compréhensif. Toute cette bande vit dans la norme, sur fond de papier peint à rayures jaunes et de comportement convenable. Il y a aussi un rat qui, comme l'ange de Teorema de Pasolini, va être l'agent subversif qui va mélanger toute cette smala et mettre à jour leurs pulsions intérieures inavouées. A partir du moment où la bestiole fait son entrée dans la famille, Ozon va se livrer à un travail de sape de toutes les conventions sociales : partouzes, incestes, pulsions morbides, pédophilie, zoophilie, tout y passe de ce qui peut dynamiter les clichés de cette famille banale.

sitcom39dxL'attaque est frontale, c'est le moins qu'on puisse dire, Ozon ne s'embarrassant pas de pincettes pour nous montrer le joyeux effondrement de la caste bourgeoise. Il appelle clairement un chat un chat, utilisant des dialogues frontaux rendus d'autant plus provocateurs qu'ils sont dits dans cette ambiance sucrée, déroulant sa trame vers de plus en plus d'impureté, ajoutant d'énormes prothèses phalliques là où il en faut, et déjouant la plupart du temps les attentes du public. C'est très drôle, grossier, agressif sans violence, et même si parfois la lourdeur de l'attaque semble un poil too much (le père et ses réactions indifférentes), on se tape sur les cuisses devant ce nouveau souffle amené par Ozon : son ton est unique, son audace réellement impressionnante, et la mise en scène proprette qu'il plaque sur tout ça est assez stupéfiante. On sent déjà comme ses acteurs semblent ébahis par les demandes du metteur en scène (Stéphane Rideau ou François Marthouret sont clairement sciés, Marina de Van est beaucoup plus fascinée), et comme il les dispose dans son écran et dans son histoire comme des marionnettes. Dans la droite ligne de ses courts-métrages, Ozon trouve ici son style, et marque d'une pierre blanche le cinéma français conventionnel.

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11 mai 2010

Gouttes d'eau sur Pierres brûlantes de François Ozon - 1999

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Revoir un "vieux" Ozon permet de vérifier s'il en est besoin ce que ce cinéaste a su apporter au cinéma français : une vraie modernité, une autre façon d'envisager le scénario, et une vraie sensibilité dans le travail de mise en scène. Gouttes d'eau sur Pierres brûlantes est un film superbe, profondément novateur, qui sait méler des sentiments a priori opposé : c'est froid, cynique, acerbe, et en même temps d'une sentimentalité ravageuse, d'un romantisme noir très prenant. Ozon s'empare d'une pièce de Fassbinder et la transforme en un happening qui mèle le théâtre de boulevard et le théâtre psychologique, tout en restant dans le cadre sulfureux de l'écrivain allemand. Magistral.

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Soit donc les chassés-croisés sexuels de trois personnages, centrés autour d'un seul : Leopold (Giraudeau, hilarant et d'une précision diabolique), homo vieillissant et manipulateur qui va tour à tour mettre dans son lit un jeune romantique (Malik Zidi, au jeu "ozonesque à mort", c'est-à-dire distancé, auto-critique), sa poupée sage (Sagnier, dans son meilleur rôle, quiche à souhait), et son ancienne maîtresse glamour (Anna Thomson, franchement sublime en icône berlinoise, elle amène à elle seule toute la tristesse du film). Sous le jeu des dialogues futés et des situations de vaudeville pointe très vite le portrait de quelques solitudes modernes, qui cachent leur dépendance aux autres sous de cruels badinages de plus en plus sombres.

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Si le jeu des acteurs suffit à lui seul au spectacle, si les dialogues de Fassbinder emballent par leur trouble jeu ambigu, c'est surtout les options de mise en scène d'Ozon qui font la vraie grandeur de Gouttes d'eau sur Pierres brûlantes. Car, comme souvent chez lui (Angel, 8 Femmes), la trame passe au second plan, ne servant que de prétexte à un schéma de réalisation hyper-sophistiqué. Chaque plan renouvelle les rapports entre les personnages, par cette science du cadre qui ne recule devant aucun effet, même artificiel : placer deux acteurs dos à la caméra, géométriquement, ou les cadrer en gros plan à l'envers, ou les "plaquer" sur un décor kitschissime (la reconstitution des intérieurs 70's est énorme), tout sert à redistribuer systématiquement les cartes psychologiques, même si la "vérité" est niée. Qui domine qui ? Qui est asservi ? Qui mène le jeu sexuel ? Par ses seuls placements de caméra, Ozon décline toute la gamme des rapports humains. C'est d'ailleurs un plaisir de voir les acteurs ainsi manipulés avec sûreté par le metteur en scène. Pour cette fois, Ozon, même s'il considère à son habitude les acteurs comme des pions à placer sur son échiquier, ne s'arrête pas là : il les fait jouer à la perfection, profondément captivé par leurs petites intonations de jeu. Même si le style-Ozon est toujours aussi distancé, on lui sait gré de laisser s'exprimer les acteurs avec un tel plaisir.

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Surtout, au milieu de ce dispositif mathématique de cadres, le film opère des décrochages sentimentaux ravageurs : la scène de danse ou cette sernière séquence qui place Thomson dans l'espace gigantesque d'une façade d'immeuble semblent être réalisées par un enfant, un enfant craintif et romantique qui se dissimulerait sous des poses de dandy. Le personnage de Zidi, dans sa belle évolution, amène lui aussi sa part de sentimentalisme, tout comme la chanson de Françoise Hardy qui jalonne ses malheurs : tout ça montre un cinéaste à l'affect sur-développé, et qui lâche souvent la bride au sentiment, malgré la froideur du dispositif. On ressort de ça bouleversé et remué, à cheval entre une émotion premier degré très agréable et l'impression d'une maîtrise formelle à la limite de l'obsession. Gouttes d'eau sur Pierres brûlantes est un film fin de siècle par excellence : décadent, néo-punk, cynique, et en même temps sentimental et plein de passion. Ai-je déjà dit qu'Ozon est grand ?

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21 septembre 2009

Ricky de François Ozon - 2009

19042039_w434_h_q80Le grand danger des films d'Ozon, ce qui en constitue l'audace la plus effarante, et ce qui en fait également la qualité, c'est qu'ils reposent pour la plupart sur un seul concept : si le spectateur ne comprend pas celui-ci, le film devient inregardable. C'est pour ça, selon moi, que le magnifique Angel a été un échec, ou que l'hyper-contemporain 8 Femmes a été si mal lu. Avec Ricky, ce n'est plus de l'audace, c'est du saut sans parachute. C'est bien simple : si vous arrivez 1 minute en retard, vous n'aimerez pas le film.

Tout est en effet contenu dans cette scène initiale, beau gros plan sur une mère de famille désemparée devant l'abandon de son mec et la charge de ses deux enfants. Alexandra Lamy, parfaite, se la joue au bord du vide avec cette petite touche, déjà, d'angoisse étrange qui va imprégner le film. Le plan se termine par un fondu au noir, les voix s'estompent et on se retrouve quelques mois plus tôt, dans une sorte de réalisme social qu'on n'attendait vraiment pas. Sans le savoir, avec cette scène, le plan du film a été lancé. Sans dévoiler les surprises d'un scénario OVNI, il va s'agir de dresser la vie rêvée d'une mère banale, qui ne va trouver un sens à son existence qu'à travers l'angélisme et la négation de sa misère. Vous me l'enlevez de la bouche : Ricky est pour moi la suite logique d'Angel, qui fonctionnait sur le même concept.

Si Ozon, dans le premier tiers, tente de nous attirer sur les fausses pistes du cinéma des frères Dardenne, avec ces décors de banlieue grise, avec cette description au plus près des difficultés économiques de cette femme, avec cette vague histoire de couple de prolos qui forment une famille assez bancale (le mec frappe-t-il son enfant ou pas ?), c'est pour mieux nous prendre dans les filets de l'onirisme qu'il déploie dans toute la suite. Dès lors, le film devient presque enfantin, au diapason du regard de cette petite fille intrigante qui pourrait bien aussi diriger tout le scénario. Il quitte peu à peu tout réalisme pour partir dans la pure Idée, dans une sorte d'installation 19042041_w434_h_q80barrée qu'Ozon tient fermement. Casse-gueule à fond : au premier degré, c'est ridicule ; au 8ème c'est génial de prise de risque et d'intelligence. Le compère distille les interrogations avec une finesse sans faille, créant une sourde étrangeté dans le quotidien le plus trivial : de quoi la petite fille a-t-elle soudainement peur ? pourquoi ces histoires de casques de moto perdus puis retrouvés ? d'où vient cet homme (Sergi Lopez, toujours aussi bien) et que cache son apparente tranquillité ? a-t-il une maîtresse ? etc etc. Les questions sont légion, et le plus fort est que Ozon ne va répondre à aucune d'elles, et nous proposer plutôt un énorme point d'interrogation.

Le film, malgré cette brillante élaboration, cet intellectualisme flagrant au sein du pur divertissement, n'est peut-être pas aussi réussi que les autres oeuvres-concept de son auteur (Swimming Pool, Angel, Sitcom) : trop de scènes inutiles et ratées (l'interview par des journalistes vraiment très mal dirigés, des scènes 19042042_w434_h_q80burlesques qui tombent facilement dans le ridicule, une valse hésitation entre comédie et drame), des longueurs (on voudrait un film d'une heure, pas plus, sur une base aussi casse-gueule), et sûrement une trop grande application à nous faire quitter les rails de l'histoire. Techniquement, il y a plein de défauts, notamment un montage trop sage, jamais surprenant. Mais ça fait quand même rudement plaisir de voir un metteur en scène aussi singulier continuer à faire des films contre tous (spectateurs y compris), à chaque fois plus téméraire et inattendu. Je maintiens plus que jamais : Ozon est un des trois ou quatre meilleurs réalisateurs français.  (Gols - 11/02/09)


Mon camarade parlait de film casse-gueule et c'est clair qu'Ozon ne recule devant rien pour assumer jusqu'au bout ce récit en créant le tout premier film ultra réaliste-onirique. C'est vrai que si on n'est pas en forme, on peut croire un moment qu'on assiste à un remake d'Eraserhead sous ecsta et en couleur, mais on décide quand même vite d'abandonner cette piste... La séquence d'ouverture est en effet cruciale pour peu qu'on ne veuille y voir qu'une vie rêvée "du pauvre" (même quand la femme gagne au loto, ce n'est que 2000 euros, restons modeste) ou pour jouer bêtement sur les mots qui ne volerait pas trop haut. Car finalement derrière ce récit incredible, ne pourrait se cacher que la volonté d'une femme d'avoir une vie "des plus banales", c'est à dire : sans mari qui bat son enfant, qui se barre avec une autre femme, mais au contraire un type qui fait attention à elle, qui reste, en résumé, à ses côtés, solidaire... L'autre angle évoqué par l'ami Gols, concernant la petite fille, est tout aussi intéressant. Formant un véritable petit couple avec sa mère, il est clair qu'elle voit non seulement d'un sale oeil l'arrivée de cet Espagnol poilu et encore plus de ce bébé qui capte toute l'attention. Elle ne respire vraiment que lorsque notre gars Ricky se fait la malle, comme si tout le scénario s'était envolé de ses grands yeux bleus... On pourrait également (décidément c'est un article au conditionnel), en étant super feignant mais obéissant, explorer la piste fournie par Ozon lui-même qui pourrait avoir, il est vrai, son mot à dire (il a participé au projet, hein...): "Les bosses du début apparaissent comme le symptôme de la détérioration du couple et nous voulions que la différence, sous la forme des ailes, soit considérée très vite comme une richesse par la famille plus que comme un problème. Et cette différence finit par permettre à l’enfant de s’envoler et de se libérer de l’emprise familiale ; et là, le film parle de quelque chose qui concerne toutes les familles : à savoir, comment on négocie le désir de l’enfant de voler de ses propres ailes." J'ai d'ailleurs pensé à la vision du film à L'Arrache-Coeur du père Vian bien que cela soit une lecture très lointaine. Bref, on n'est pas à court d'interprétations une fois que le film s'achève sur cette chanson de Cat Power qui est une petite bulle de bonheur.

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Ceci dit, on se demande aussi, vu le côté à la fois totalement hors-norme du projet et une réalisation toute à l'économie - en dehors des "ailes", c'est po vraiment la fête du slip au niveau esthétique ou romanesque  (comme un contre-pied radical à Angel, pour ne pas dire un coup de pied dans le tibia...)- à quel public ce film pouvait avoir une chance de s'adresser. Que le film existe, c'est tout le miracle de la production française, formidable, mais après faut reconnaître qu'Ozon ne fait pas vraiment un pas vers le spectateur pour se rendre "aimable"... D'autant que certaines scènes du film tombent littéralement à plat - mon collègue en citait quelques-unes - et on frôle parfois le "canular" pour reprendre un mot du scénar - le bébé qui s'envole jusqu'au rayon surgelé, on croirait une sale pub d'un Beineix qui reviendrait des morts... On sait qu'entre Ozon et osé il n'y a qu'un pas - ou qu'un son - mais le cinéaste, à force d'être border line, risque aussi de sortir en touche (on se rappelle Beineix, justement...). Mais bon François (hum, je me permets je suis anonyme) est un ami, enfin l'ami d'un ami (mais non, ce n'est pas du cirage de pompes, allons, pas de ça ici) et on lui fait encore pleinement confiance pour continuer de nous surprendre, à l'avenir. Arrêtons de nous plaindre et jouer les tristes sires, c'est finalement si rare... ceux qui osent encore oser.  (Shang - 21/09/09)   

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21 avril 2008

Angel (2007) de François Ozon

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On comprend aisément ce qui a pu attirer le réalisateur de Sitcom : une jeune fille qui rêve son futur, qui se leurre sur son présent et qui embellit son passé (après la mort de son mari qui n'a jamais montré une once d'affection à son encontre); voilà une destinée qui se joue sur les apparences et Ozon sort la machinerie lourde avec décors et robes de conte de fée, neige qui tombe à foison, grande -et belle- musique lyrique. Seulement derrière l'histoire de cette Angel, petite fille solitaire et capricieuse, égocentrique et tyrannique se cachent des ombres, des fêlures, une certaine noirceur : peut-être est-ce d'ailleurs cet aspect qui peut le plus dérouter le spectateur lambda; tout semble écrit à l'eau de rose mais tout sonne faux, creux - Ozon en rajoute à donf avec ces "blue screen" de roman photo qui sentent le trucage à deux balles. Il s'agit au final d'un genre de film de Walt Disney où tout le monde s'adorerait en apparence mais où Donald ferait une passe à Minnie dans les coulisses, où Riri serait jaloux de Fifi qui voudrait la mort de Loulou.

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C'est assez déstabilisant, même dans la foulée du livre, car il n'est point évident (il s'agit d'un vrai travail d'équilibriste) de montrer à la fois le côté rêvée de l'Angel et le cynisme, la cruauté sous-jacente de notre pauvre monde : elle pense surfer dans le grand monde alors qu'elle s'y noie tout bêtement. Le personnage de la femme de l'éditeur, affable, hypocrite mais lucide, est en cela parfaitement dessiné - et joué dans les règles de l'art - par une Charlotte Rampling qui crache son venin avec le sourire. Le tableau fait par le mari d'Angel qui n'a gardé que l'éclat des yeux de sa femme, mais dont tout le reste du visage est lugubre est également une belle réussite, une véritable illustration de ce clash entre le pessimiste réaliste de l'un (le mari) et l'optimiste forcené de l'autre (Angel). Ozon reste fidèle à lui-même en explorant un peu plus que dans le livre les pistes d'une sexualité refoulée dans le couple et le saphisme entre Angel et Nora (délicieuse scène du massage du dos); on regrette presque que cette piste ne soit qu'effleurée tant l'on a droit, d'un autre côté, à tous les excès baroques de l'imaginaire d'Angel; Ozon joue à mort de cet esthétisme des bouquins Arlequin et ne se refuse rien dans ces grandes bouffées de romantisme (le baiser sous la pluie, la demeure somptueuse, le froufrou des robes et des chapeaux...);  il a la main tellement lourde que parfois on frôle presque la complaisance; c'est un poil gênant car l'histoire demeure fondamentalement tragique : c'est en effet celle d'une jeune fille qui, pour être fidèle à ses promesses de jeunesse, a dû passer sa vie avec des œillères, qui, pour ne pas se décevoir, se doit de (se) raconter des histoires ("vos bouquins plaisent car on dirait que c'est pour vous que vous les écrivez" - c'est pas exactement la citation, mais l'esprit). Bref  on finit un peu le cul entre deux chaises, tant la forme a été parfaitement soignée (superbe dernier mouvement de caméra qui s'élève sur la demeure de Paradise avant de retomber au niveau du sol et de la tombe d'Angel), sans que le style singulier d'Ozon parvienne vraiment à émerger. Un peu comme le livre de Taylor qui, cyniquement, critique les ouvrages écrits par Angel, sans que le roman lui-même fasse preuve de génie d'écriture. Une adaptation un peu trop "à la lettre" tentera-t-on...?   (Shang - 11/10/07)

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18723806_w434_h_q80Ah la la pas d'accord pas d'accord, mais alors pas d'accord du tout avec la critique mi-figue mi-raisin de mon éminent poteau. Angel est un grand film casse-gueule, sarcastique, et sûrement le plus autobiographique et le plus personnel de son auteur. Les lectures sont innombrables, et Ozon les attaque de front, avec un goût du risque qui frôle l'inconscience : habillant son film de frou-frous honteusement rose bonbon, il sait qu'il va s'attirer les foudres de la critique, qui s'arrêtera sûrement là. Pourtant le film est dans la droite ligne de ses oeuvres passées, surtout de 8 Femmes, qui questionnait comme ici le pouvoir des images, la culture populaire et le sens du succès.

18723813_w434_h_q80Tourmenté, Ozon semble se creuser lui-même à travers ce personnage "burtonien" (c'est le même profil qu'Ed Wood) qui préfère plier le monde à son imaginaire plutôt que de vivre dans la réalité. Cette soif de beauté, touchante et même bouleversante de la part du cinéaste de "l'artificialité", imprègne littéralement les images : transparences old style, robes clicheteuses, musique violoneuse (et effectivement géniale), jeu d'acteurs archétypal, nuit américaine sublime (devant la grille de cette propriété rêvée), tout contribue à aller dans le sens des fantasmes d'Angel, et dans le sens des rêveries d'Ozon. Le film est empli d'amertume en même temps que d'ironie et d'auto-critique : qu'est-ce que ça veut dire, être un artiste populaire ? Quelle est la part de concession que l'on doit faire par rapport à son public ? Le succès est-il compatible avec l'art ? L'artiste est-il un rêveur ou un miroir du monde ? Autant de questions auxquelles il n'apporte aucune réponse, préférant trouver sa voie dans la forme plutôt que dans le scénario. Angel prend le risque d'être raté, simplement pour voir si un art populaire est viable, simplement pour tester "in vivo" un concept. La réalisation est littéralement impregnée de cette question de "l'agréable" et du plaisir.

Après une première heure consacrée à ce fantasme d'un monde disneyen, le film prend un virage dans son 18836920_w434_h_q80scénario, avec l'arrivée de la guerre. Le monde concret fait son apparition dans la vie rêvée d'Angel (notez le jeu de mot au cordeau), mais, fidèle à son concept de départ, Ozon met son point d'honneur à retarder la métamorphose de sa mise en scène. Le film, jusqu'au bout ou presque, restera cet amoncellement de clichés qui mettent en doute les clichés eux-mêmes. On nous montre du doigt dans notre sensiblerie de spectateur lambda, avec violence, sans ménagement. Et si Ozon en ressort comme une sorte de démiurge manipulateur et nombriliste, c'est pour mieux nous asséner une vérité saine à entendre : comme Angel, on aime de la merde, du joli cinéma qui ne fait pas de mal, l'artificialité. Artificialité dont Ozon fait la sève de son film, nous donnant à voir ce qu'on veut voir tout en en interrogeant le bien-fondé.

18836929_w434_h_q80Certes, c'est un peu long. L'ambition du film est vite décelée, et Ozon ne sait pas toujours quand s'arrêter. Mais la sincérité y est totale, et la puissance de sa vision s'exerce à tous les postes : costumes géniaux, qui recyclent des clichés du film d'époque avec ironie (la dernière robe d'Angel doit être un clin d'oeil critique à Adèle H.); musique romantiquissime, qui appuie les rebondissements de l'action en leur donnant un aspect "gonflé" qui leur donne une profondeur très caustique ; photo qui laisse rêveur par son aspect image d'Epinal (or des intérieurs, bleu de la neige, clairs-obscurs hilarants); et surtout acteurs complètement investis par le sarcastique contenu dans leurs personnages. Mention spéciale à Romola Garai, d'une subtilité égale à sa prise de risque vis-à-vis de son image, et au toujours immense Sam Neill, dans le rôle d'un éditeur grand style, raide et glamour comme un personnage de Cartland.

On peut reprocher à Angel d'être froid, faiseur, malin, dénué d'émotion, voire condescendant. Mais c'est alors refuser tout le cinéma d'Ozon, ainsi que celui de Von Trier ou d'Haneke, qui malmènent leur public avec insistance depuis pas mal de temps. C'est refuser d'être interpellé dans nos bassesses, c'est refuser d'admettre que le populisme est roi dans le cinéma d'aujourd'hui, c'est refuser d'être insulté de temps en temps plutôt que caressé dans le sens du poil. Angel est un grand film, conceptuel, insolent et tourmenté.   (Gols - 21/04/08)

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17 octobre 2006

Regarde la Mer (et autres courts) de François Ozon - 1994-1998

Avant (ou pendant) d’être le cinéaste que j’adule, Ozon a produit quelques brûlots courts que je viens de me taper, et que je m’en vas vous narrer.

actionverite_02gfSi Action Vérité (1994) souffre encore un peu d’un certain amateurisme, dans le montage et dans le cadre notamment (une succession de gros plans qui tente de faire perdre les repères géographiques, mais qui n’est en fin de compte qu’un tic un peu voyant), il faut reconnaître qu’il est assez efficace dans son déroulement : quatre ados jouent au fameux petit jeu « Action ou Vérité », deviennent légèrement grivois et troublants jusqu’à la découverte, en un plan simple mais brutal, que les jeunes filles ont parfois du sang entre les cuisses. Les règles du jeu opposées aux règles des ados, malin et frontal.

La Petite Mort (1995), par contre, souffre méchamment d’un certain style franco-français, tropPetiteMort02 psychologique, trop symbolique et trop sérieux. Les jolies idées du début (un parallèle entre la jouissance sexuelle et la mort) étouffent peu à peu sous un scénario très chargé (un jeune mec qui tente de retrouver son père mourrant à travers la photo de son corps décharné). Le jeu des acteurs laisse à désirer, on sent Ozon empêtré dans une histoire visiblement trop personnelle pour être partageable. Quelques plans sentent le bon élève de la FEMIS, comme cette photo du père qui devient un masque pour le héros. L’homosexualité est aussi un chouïa caricaturée, comme tous les personnages.

une_robeOn vient doucement au bon film avec Une Robe d’été (1996), qui, outre l’utilisation du « Bang Bang » de Sheila (j’en connais un autre qui l’a utilisé royalement dans un spectacle), est très audacieux dans son scénario (une histoire de sexe hétéro entre un homo et une fille de passage) et dans son traitement, joyeusement simple et attentif aux variations du cœur et de l’appendice masculin de son héros. Le style Ozon grandit doucement, à travers un message malicieux : parfois, on peut se tromper, et découvrir qu’on est hétéro…

Regarde la Mer (1997), pour le coup, est très très fort. Par minuscules touches, Ozon monte un scénarioRegardeMer02 diabolique, entre le Harold Pinter de Une petite Douleur et le fait divers. Ça tient à pas grand-chose, un geste, un regard, une attitude étrange, et l’angoisse monte, venue d’un quotidien banal légèrement déformé. Une femme délaissée par son mari, en vacances avec son bébé dans une villa isolée, accepte d’héberger une punkette bizarre. De cette situation naît un thriller fort bien mené, tout centré sur des détails de comportement étranges (beaux plans dans un cimetière, où l’étrangère caresse l’intérieur d’un caveau, belles scènes aussi de rapports entre elle et le bébé). On sent déjà poindre le Swimming Pool qu’Ozon réalisera plus tard, avec en plus ce goût pour le morbide et l’humour noir, et cette inspiration puissante pour la surprise (une scène de masturbation venue d’on ne sait où et qui s’arrête en plein milieu, un long travelling sur un étal de viande sous cellophane au son de César Franck…). Les actrices sont parfaites, le suspense parfaitement géré, et la fin du film sèche et audacieuse. Un mélange entre la psychologie à la française et le thriller américain.

x2000_04gfRécréation morbido-poilante avec X2000 (1998), un lendemain de cuite infâme, assez surprenant de la part de Ozon (cinéaste de la propreté, je balance ça sans être sûr). Il y a dans ce petit film quelques plans kubrickiens, notamment un brusque insert sur deux jumeaux enlacés les yeux grands ouverts, ou un gros plan sur une blonde vieillissante dans une baignoire. Le film reste un simple amusement, mais l’ensemble est en fin de compte assez inquiétant. Si Ozon voit l’an 2000 comme ça, j’ai bien fait d’aller le fêter chez mon pote Momo.

Quant à Scènes de Lit, je n’ai pas pu le revoir, mon lecteur de DVD a rendu l’âme, ce qui tombe bien, puisque je laisse la main à mon camarade Shang pour quelques temps, faut bien que je gagne ma croûte.

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12 octobre 2006

5x2 de François Ozon - 2004

A ma deuxième vision de 5x2, je confirme : Ozon est bien le grand cinéaste français d'aujourd'hui. Ce film est bouleversant. Il est certes à l'origine d'une mémorable dispute de l'auteur de ce texte avec son amie de l'époque (ce blog est autobiographique), mais je maintiens, si jamais elle lit cet article : non, aucun des personnages qui constituent ce couple n'est plus coupable l'un que l'autre. 5x2, c'est juste le lent délitement d'un couple, rien de plus. Pas de considérations psychologiques, pas d'évènements qui font pencher la balance d'un côté ou de l'autre : juste la chienne de vie qui se déroule.

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On assiste donc à l'histoire d'un amour, en commençant par la fin (je n'ai pas encore vu la version 2x5, remontée, bientôt promis), en 5 séquences : le divorce, la soirée en famille, la naissance du gosse, le mariage, la rencontre. L'implacable mécanique de la forme font du film un essai terrorisant sur la perte des sentiments : ce couple est déjà condamné, dès les premières minutes, à se déchirer, et nous sommes les témoins impuissants de cette déconfiture. Ce qui est poignant dans ce film, c'est l'extraordinaire rectitude du procédé : en grand manipulateur qu'il est toujours, Ozon nous enferme dans son installation, nous prend en otages, et nous rejette à la fin livides et désespérés. Aucun échapatoire, les dés sont jetés dès le départ, pas un brin d'espoir ou de joliesse dans cette expérience froide et clinique.

5x2m

Pourtant, comme souvent chez Ozon, la douceur est bien là : dans la photo (très jolie scène onirique lors du mariage, au bord d'un plan d'eau beaucoup trop vert-bouteille pour être honnête ; belles couleurs aussi dans la scène finale sur la plage), dans la musique (utilisée avec un cynisme révoltant, elle est toujours surprenante, comme dans 8 femmes), dans le jeu des acteurs (Bruni-Tedeschi et Freiss, éblouissants tous les deux, tendus, habités, émouvants, violents, affichant une faiblesse d'enfant, portant le poids de l'existence avec une force magnifique) et surtout dans la mise en scène : elle est très attentive, traque le moindre regard, elle suit les acteurs au plus près pour les obliger à donner du sens, à livrer des signes de désastre. Elle est discrète et pourtant toujours dopante, harcelante et impudique. Les gros plans d'Ozon devraient faire école, notamment dans la première séquence, où les yeux des comédiens sont attrapés par une lumière crue et une caméra scruteuse qui ne les quittent pas.

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Ce film est d'une tristesse infinie et d'une agressivité effarante. Il est bouleversant, inoubliable, captivant. Entre l'expérimental et le naturalisme, entre Von Trier et Sautet. Je vais tout lui piquer pour ma prochaine mise en scène.

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06 septembre 2006

Le Temps qui reste (2005) de François Ozon

temps_qui_reste_1_Si Ozon s'est fait un nom avec des films plus olé olé, Le temps qui reste, dans la veine de Sous le Sable, sera l'un des films pour lequel il sera considéré comme un grand cinéaste. Tout en retenue et en pudeur ce portrait d'un jeune homme qui apprend qu'il va bientôt mourir (Melvil Poupaud plus extraordinaire que jamais) évite tous les pièges du genre.

Les scène de famille sont sûrement les plus attachantes, aussi bien avec son père (Duval, royal), qu'avec sa soeur (les scènes du réglement de compte et de la réconciliation sont d'une sincérité terrible) ou avec sa grand-mère (Jeanne Moreau au sommet de son art, qui aura marqué de son empreinte tous les styles de son temps). L'ultime scène de séparation entre les deux mourants est déchirante - ce petit bouquet de fleurs que Melvil étreint nous rappelant à notre502145_1_ petite condition d'homme.

Ozon réussit tout ce qu'il entreprend - magnifique scène de séparation avec son amant faite de non-dit - et il parvient même à nous faire croire à cette abracadabrante scène de triolisme où Melvil s'engage à faire un enfant à un couple qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'Adam. Son propre personnage-enfant qu'il revoit dans le miroir ou lors de courtes séquences est également parfaitement amené: légèreté, tendresse, enfantillages, il parvient à résumer toute une vie à partir de brefs instants et cela est grand. Tant qu'il y aura des Ozon, la qualité du cinéma français demeurera.

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25 juin 2006

Les Amants Criminels de François Ozon - 1998

040603_05Rien n'y fait : malgré le remontage effectué par Ozon en 2001, Les Amants Criminels est très très mauvais. C'est pas très grave, puisque c'est en fin de compte le seul mauvais film d'Ozon, mais quand même : se planter à ce point quand on réussit si bien d'habitude, ça relève de l'exploit.

Tout est lourd et ridicule. La direction d'acteurs est très floue, avec des erreurs de débutants. Regnier et Renier ne sont jamais crédibles, lui en homo qui s'ignore, puceau influençable et anti-romantique, elle en allumeuse rimbaldienne, écorchée vive et manipulatrice. Tous les deux regardent le film se faire, sans le comprendre (comme nous), dépassés par les délires prétentieux d'Ozon. Le seul immense acteur là-dedans est le prof de français du début, mais il faut dire que c'est MON prof de français, Bernard Maume, celui qui m'a tout appris. Bernard, mes hommages en passant.

Le scénario aussi est plombé à mort : une symbolique naïve et beaucoup trop marquée, à travers laquelle2052bb Ozon ne retient que les clichés du conte pour enfants (la grosse clé, le rêve, la forêt profonde, les piti zoizo...). Pourtant, imaginer un scénar de Walt Disney filmé par le réalisateur de Sitcom ou de Gouttes d'eau sur Pierres Brûlantes, sur le papier, c'est excitant. Mais là, c'est juste lourdosse, bâclé, faussement provocateur, cousu de fil blanc, ennuyeux et grotesque. On voit bien qu'Ozon essaye de nous balancer les théories de Bettelheim sur les résonnances psychologiques des contes pour enfants (l'ogre en tant que révélateur, les occurences sexuelles des aventures des héros, la mort comme base de l'histoire, l'importance de la nature, etc...), mais il aurait fallu des outils un peu plus subtils pour bâtir ce fond honorable. Bref, c'est interminable, ni fait ni à faire, c'est bien triste et bien ridicule. Rendez-nous Ozon !

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