Entre nos Mains de Mariana Otero - 2010
Même si on a l'impression d'avoir déjà vu 217 fois ce film dans les 2 ou 3 années passées, Entre nos Mains reste plus que jamais utile par sa façon de nous montrer le monde du travail par le seul biais possible : celui des petites gens confrontées au chômage. Otero plante sa caméra dans une entreprise de textile menacée de fermeture. Les salariées (surtout des femmes) se mobilisent pour monter une scop et relancer la machine collectivement. Toute la beauté du documentaire tient à la seule question : est-ce que l'utopie va se concrétiser, existe-t-il un système économique parallèle et humaniste viable, lâchant les patrons et la logique hiérarchique pour se consacrer à un système moral et humain ? Je ne vous donnerai pas ici la solution à ces questions. Otero parvient à mettre en place un véritable suspense à travers ces conversations entre ouvrières, ces réunions syndicales, ces doutes et ces succès filmés dans la longueur. Elle sait très bien faire exister chaque personnage, ceux qui doutent, ceux qui y croient, ceux qui y comprennent pouic, ceux qui tentent de profiter du système : chacune de ces femmes est attachante, regardée avec beaucoup d'empathie, d'humour teinté de gravité, d'honnêteté, par une caméra discrète mais insistante, qui ne coupe pas avant que ce soit vraiment nécessaire. Le montage est à ce titre joliment bouclé pour rendre concret ce passage
du temps, cette tension qui s'installe au fur et à mesure des déceptions et des espoirs des personnages. C'est presque construit comme un western, avec cette attente du "vilain" (le patron de l'usine, qui tente de sauver sa peau, et qu'Otero laisse soigneusement hors champ), cette petite communauté qui se regroupe autour d'un combat qui s'annonce rude, cette façon de tout concentre en un seul lieu (l'usine de fabrication de sous-vêtements, éminemment photogénique dans sa pauvreté même). Certes, le discours est noble et juste ; mais on l'a déjà écouté mille fois, en mieux souvent (remember Reprise). Le vrai talent du film, c'est sa douceur, son regard ému et amoureux, qui culmine avec une scène de comédie musicale absolument inattendue et qui vous fusille le coeur tant elle est naïve et assumée, sa façon d'être de gauche sans élever la voix. Il est toujours nécessaire de ressortir ce genre de film à intervalle régulier, histoire de garder sa colère intacte.
