Crime of Passion (1957) de Gerd Oswald
"Propaganda. Not for me. For "marriage" I read "life sentence", for "home life" I read "TV nights, beer in the fridge, second mortgage". Not for me. For me life has to be something more than that."
Barbara Stanwyck
La Stanwyck (cinquante balais au compteur, quelques rides certes mais toujours une évidente prestance) est une femme de caractère qui bosse dans un journal. Elle ose tendre la main à une femme - qui vient de tuer son mari - pour mettre fin à sa cavale... et fait du même coup la nique à un couple de policiers en charge de l'enquête : l'un d'eux (le Captain Charlie Alidos) avait fait preuve d'un évident machisme à son encontre alors qu'elle demandait de simples renseignements sur l'affaire ; quant à l'autre détective, il s'agit du bon gars Sterling Hayden (plus hiératique que jamais dans ce rôle de garçon gentillet) pour lequel la Barbara, guère inspirée sur l'action, va avoir le coup de foudre. Celle-ci a tout fait jusque-là pour être indépendante, elle conchie explicitement la vie maritale, et la voilà maintenant prête à repriser les chaussettes de son gros loulou... Big mistake.
Barbara ne tarde point à avoir une véritable vie de desperate housewives incapable de taper la discute avec les femmes des collègues de son mari dont les propos semblent sortis tout droit de Fahrenheit 451 - plus plats et vides de sens, tu meurs - et tout autant à côté de la plaque quand il s'agit de s'insérer dans la conversation avec les mâles : ils ne font de toute façon que parler taff, retraite et jouer aux cartes, méprisant grave leur femme lorsqu'ils se retrouvent entre couilles. Barbara ne tarde point à péter un plomb reprochant à son mari son manque d'ambition et sa capacité à mener une vie aussi pépère. Il s'en branle vegra... Elle décide donc d'intriguer dans son dos pour que son homme ait mine de rien de l'avancement... La Barbara est chafouine pour arriver à ses fins : elle ne tarde à flirter méchamment, pour "la bonne cause" of course, avec l'un des boss de son mari, le bon vieux Raymond Burr. Celui-ci n'est, dès le départ, guère dupe du petit jeu de la donzelle mais ce flirt n'a après tout à ses yeux rien de bien désagréable... La Barbara arrive ainsi peu à peu à ses fins - l'avancement de son mari - jusqu'à un certain point... Le problème c'est que lorsqu'on lui résiste, elle devient un peu colère...
Film noir ? Mouais si on veut, même si l'essentiel du récit se concentre sur les prétentions et le machiavélisme de la Stanwyck, un poil défraîchie (c'est salaud, j'avoue) mais toujours aussi séductrice au besoin (c'est juste qu'elle doit taper dans des hommes plus mûrs, c'est ça). Ses "tête-à-tête" avec Burr mettent un peu de piment et de trouble dans ce récit qui n'en a guère. Sterling Hayden fait penser à un tronc d'arbre à roulettes qui n'a véritablement qu'une fois l'occasion de sortir de ses gonds (ce qui reste original pour un arbre) : quand il s'échauffe, son poing s'écrase sur la face de son adversaire comme une massue, mais au delà de ça, le film n'est po vraiment trépidant. Stanwick tente, derrière ses bonnes manières et son petit sourire, de cacher son petit jeu diabolique, elle n'est malheureusement pas tomber sur l'homme le plus manipulable qu'il soit (Raymond Burr est lourd, eh oui). Toute petite œuvre du genre signé Oswald à laquelle on préférera aisément son précédent film, Kiss for Dying.
A Kiss before Dying (1956) de Gerd Oswald
" - I want to do everything for you. And I will, she said."
- Finish you hamburger, will you, he answered."
Avant d'être un vieux beau antipathique, Robert Wagner fut un jeune premier tête à claque et vénal. C'est tout du moins le rôle qu'il endosse dans ce Kiss for Dying, une oeuvre magnifiée (même si c'est en l'occurrence un bien grand mot) par le scope et le technicolor... à défaut d'être vraiment palpitante. Notre Robert, étudiant, sort depuis quelque temps avec l'une de ses camarades, Virginia Leight, qui n'a po franchement un physique irréprochable - soyons franc -, mais qui se trouve être la fille d'un magnat minier. Elle lui annonce qu'elle est enceinte... et patatra toutes les ambitions du Robert s'écroulent. L'événement risque en effet de provoquer la colère du pater d'icelle, d'où plus de soutien financier et d'héritage, d'où à quoi bon rester avec ? Mais il ne l'aime pas pour son argent, nan ? Bien sûr que non, bon tu manges ton hamburger qu'on se casse et que j'aie le temps de réfléchir à la façon de te tuer... D'abord, faire disparaître toute trace de leur liaison - le Robert est malin -, ensuite la faire rédiger l'air de rien une petite note de suicide - le Robert est retors - et enfin l'empoisonner ou la jeter d'un toit sans avoir oublié auparavant de l'embrasser pour suivre les directives du titre. Mais Robert est un véritable goujat ! Je vous avais prévenu...
Oswald semble prendre un certain plaisir, dans cette première partie, à trousser des plans séquences en caméra quasiment fixe pour filmer nos deux tourtereaux en pleine discussion - au lit, en bagnole, puis dans les gradins du stade de l'Université. Cela donne un certain style, faut avouer, permettant de faire ressortir la tension entre les deux jeunes gens - on sent bien dès le départ que le Robert n'est pas franchement emballé emballé par la news que lui donne une Virginia tout sourire même s'il tente tant bien que mal de garder la face. On suit ensuite le Robert dans sa stratégie froide et précise pour mettre en scène la disparition de sa fiancée. Gentillet petit suspense de base avant que la donzelle soit sacrifiée... Mais notre Robert ne va pas s'arrêter en si bon chemin : il va non seulement tenter de faire inculper un autre gars pour le meurtre de sa "douce" avant de passer au plan B - séduire la soeur de la Virginia et gagner cette fois-ci en douceur l'estime du pater ; comme la donzelle n'est autre que la radieuse Joanne Woodward (en tout début de carrière), on se dit qu'il n'a point perdu au change... Cette seconde partie nous fait sortir de l'univers confiné de la fac pour nous emmener dans les grands espaces de l'Arizona : balade à cheval avec notre Robert qui fait le minet en jeans pour pécho la Joanne, petite visite des mines à ciel ouvert du pater... Robert est de plus en plus grisé par le fait de pouvoir atteindre de son but (la façon dont il parle à sa mère prolo juste avant de la présenter à sa future belle-famille richissime - affreux), seulement la chtiote Joanne qui a du plomb dans la tête est de plus en plus suspicieuse... Elle mène en effet une enquête en parallèle sur la mort de sa soeur... "Qui fait le malin, tombe dans le ravin", nos fidèles le savent, mais qui fait le plus le malin dans l'histoire, ahah ?...
Les images sont donc très joulies - on sent qu'il s'agit de commentaires précis venant d'un esthète (je m'auto-moque) - pour un polar qui distille les mini coups de théâtre. Le tueur apparaît comme un véritable obsédé - bien aimé les feuilles de papier que le Robert ne cesse de découper et qu'il laisse derrière lui aux tables des cafés - qui tente de contrôler méticuleusement chaque étape "de son plan de carrière" (il maîtrise quasiment tout, sauf l'usage de la capote dirons les plus observateurs)... Outre ce trio de tête (Robert et les deux sœurs), les seconds rôles tiennent la route (Mary Astor en mère dévouée du Robert, George Macready en magnat sans affect, Jeffrey Hunter et sa tronche de jeune premier qui tente de s'attirer les bonnes grâces de la Joanne en l'aidant dans son enquête). Si tout cela ne suffit point à rendre ce film absolument trépident, disons qu'il demeure dans le genre (le noir en couleur... une gageure, vi) dans la bonne moyenne.











