22 novembre 2010

A propos des Chansons paillardes au Japon (Nihon shunka-kô) (1967) de Nagisa Oshima

800_sss3_oshima_outlaws_

Pas toujours facile à suivre, le gars Oshima, dans ses oeuvres contestatrices des années 60, et on tente, tant bien que mal, d'en capter l'esprit tout en savourant au passage la précision de la mise en scène, la beauté indiscutable des cadres. Avec, dès l'introduction, cette tache de sang sur de la moquette rouge qui se met à prendre feu - ah tiens le drapeau du Japon se dit-on -, on sent bien qu'Oshima garde en lui cette volonté de mettre à feu et à sang cette société nippone. Il nous donne à suivre quatre étudiants qui ont des allures, dans leur démarche en groupe, de pochette de disque des Beatles, à cela près qu'ils n'ont pas le même succès : qu'il s'agisse de réussite scolaire - ils sont à Tokyo pour passer leur examen d'entrée à l'université - ou qu'il soit question de leur rapport aux femmes ; plus aptes à jouer les grandes gueules qu'à passer à l'acte, plus aptes à fantasmer sur des scènes de viol qu'à donner du plaisir, notre quatuor qui marche sans but (magnifique plan dans la neige) et sans réelle conviction fait un peu pitié. Le film a beau être peuplé de jeunes femmes à tomber, aucun doute que, plus que jamais, dans cette oeuvre d'Oshima la chair est  triste (la scène de fantasme derrière le bureau sur un sol jonché de poussière) voire mortifère (l'accouplement en présence d'un cercueil).

800_sss1_oshima_outlaws_

Nos quatre gaziers se retrouvent dans un bar avec leur prof et trois autres chtites étudiantes : si ce dernier, complètement ivre, tente de les pousser à la révolte, on ne peut point dire qu'il atteint son but ; si les trois chtites, elles, grandes fans, boivent ses paroles (sans forcément les comprendre...?), notre quatuor, préoccupé uniquement par la baise, reste sourd à son discours. Pire, lorsque l'un d'eux aura l'occase de sauver ce prof agonisant, il ne sera même po capable d'agir. Ils ne garderont de lui que cet air de chanson paillarde qu'ils se plairont ensuite à reprendre à tout bout de champ : c'est un peu maigre comme "hymne"  dans cette société où les débats politiques font rage (de la manif nationaliste pour le retour de la "journée de la fondation de l'Empire" au meeting contre la guerre ménée par les Ricains au Vietnam). Nos quatre jeunes ont bien du mal à "passer à l'acte" (amoureux ou révolutionnaire)  et apparaissent le plus souvent comme quatre branquignols, aux instincts "primaires", dans une société où ils ne trouvent apparemment pas leur place. Une errance existentielle, plus rythmée par les diverses chansons que par les rebondissements, auquel nous convie, en véritable esthète cinématographique, un Oshima engagé.   

800_sss4_oshima_outlaws_

Posté par Shangols à 07:44 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


08 juin 2010

Le Retour des trois Soûlards (Kaette kita yopparai) (1968) de Nagisa Oshima

800_trd1_oshima_outlaws_

Les errances post-estudiantines de trois bras-cassés japs qui se voient forcés d'endosser des uniformes de militaire et d'étudiant coréens... Cela va leur apporter moult problèmes. Dit comme cela, le film semble n'avoir rien de passionnant. Et franchement il l'est. Si l'on pourrait éventuellement penser (vus l'époque et les liens entre Oshima et Godard) à une sorte de Pierrot le Fou nippon avec ces trois gaziers toujours en mouvement, brinquebalés d'un endroit à l'autre (le songe joliment troussé qui les mène du Japon à la Corée puis au Vietnam), jeunes gens goguenards et souvent hilares malgré les menaces qui pèsent sur eux, bien difficile pour le petit spectateur français que je suis, quarante ans plus tard, de vibrer ou de sourire à leurs aventures. Le film m'est passé autant au-dessus de la tête que le mirage au-dessus de nos trois clampins au début du film, et j'ai eu toutes les peines du monde à m'accrocher jusqu'au bout. S'il y a quelque chose de joliment poétique dans cette main sortant du sable de la plage pour remplacer les vêtements de nos trois étudiants, ou dans cette séquence pleine de grâce où nos trois gars dansent au milieu de Coréennes en tenue traditionnelle, si j'ai plutôt bien aimé ce concept de cercle "infernal" avec le récit qui soudainement revient au début et enquille les mêmes séquences avec diverses variations, je fus en revanche totalement hermétique à l'humour burlesque de cette oeuvre ou au côté, dois-je l'admettre, hautement "politique" - le problème des clandestins coréens au Japon, ah oui bien sûr... C'est vraiment un problème, c'est cela oui... Bref, bien difficile de m'attacher aux pas de ces trois branle-manette, me sentant, bêtement, tout du long, terriblement décalé culturellement. Je peux me passer volontiers d'une ligne scénaristique claire, encore faut-il que je trouve mon plaisir au niveau esthétique (c'est de belle facture, évidemment... Comment ça va sinon ?), surréaliste, érotique (je m'emporte, c'est de saison), ou je sais po moi, comique : là j'ai po vraiment décollé à quelque niveau que ce soit. L'Oshima de la fin des années 60 peine décidément à me convaincre...       

800_trd3_oshima_outlaws_

Posté par Shangols à 10:08 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
23 mai 2010

Eté japonais : double Suicide (Muri shinjû : Nihon no natsu) (1967) de Nagisa Oshima

japanese_summer_double_suicide

Grosse défaillance du gars Shang, devant cet opus oshimesque, qui tout en appréciant la beauté des images et la rigueur incontestable des cadres, n'a point tardé à piquer un peu du nez devant ce huis-clos où les hommes passent leur temps à vouloir faire joujou avec leurs armes... Il y a bien une bombasse chaude comme la braise (Keiko Sakurai, deux films seulement au compteur mais des rondeurs difficilement oubliables) pour venir titiller la rétine du spectateur mais, en dehors de cela, l'histoire de ces hommes uniquement intéressés par le fait de tirer un coup... avec une arme à feu m'a affreusement laissé sur la touche (il y a un poil de fatigue aussi, sans doute, toutes mes confuses). On comprend bien dès le départ le concept : notre amie joliment dévêtue cherche à assouvir ses besoins - qu'il s'agisse d'ailleurs de faire pipi ou crac-crac -, malheureusement pour elle, elle doit souvent déchanter. Embringuée avec un type suicidaire par une milice yakuzienne, elle pense qu'il y aura matière entre tous ces hommes à l'assouvissement de ses désirs. Que dalle, même le petit étudiant qu'elle croise dans l'aventure se révèle uniquement excité par la recherche d'un flingue (triste jeunesse)... On se retrouve finalement presque autant frustré que la donzelle, devant assister à de longs conciliabules (forcément stériles) entre ces hommes assoiffés de violence sans trop savoir dans quel but (quand ils perdent leur chef, ils ne savent plus vraiment qui ils doivent dorenavant dézinguer)... Nos hommes se flingueront progressivement entre eux jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un sur lequel notre nipponne friponne pourra enfin jeter son dévolu. Faites l'amour, po la guerre, on est bien d'accord mais cette oeuvre conceptuelle au discours caustique et radical (amis nippons, réveillez-vous !) a bien eu du mal à me faire frétiller (contrairement à la chtite Keiko, dois-je avouer). Bon, faut que je me resaisisse, promis, l'ami Oshima mérite sans doute mieux que cette attention un tantinet volatile.          

800_jsds3_oshima_outlaws_

Posté par Shangols à 13:16 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
16 mai 2010

L'Obsédé en plein Jour (Hakuchû no torima) (1966) de Nagisa Oshima

800_vat1_oshima_outlaws_

Difficile de ne pas penser à Godard (citons notamment Une Femme mariée) avec cet esthétisme qui consiste, dès le départ, à capter en gros plan des parties du corps ou du visage. Très rapidement l'exercice de style s'étend à pratiquement chaque séquence durant lesquelles Oshima ne cesse de varier les angles comme pour mieux traquer les expressions, les attitudes, les comportements de ses quatre personnages principaux qu'un fil ténu relie. La construction narrative est elle-même une prouesse à elle seule, le cinéaste multipliant également les flashs-back comme si là encore, passé et présent entretenaient des relations indémêlables. Même si le tueur annonce qu'il serait devenu le même sans avoir connu ces deux jeunes femmes, le destin de ces quatre individus est intimement lié - jusqu'au seuil de la mort - et Oshima se sert de ce schéma pour montrer toute la subtilité - ou la perversité - de ces rapports amoureux qui tendent à la (l'auto) destruction. Le Japon apparaît on ne peut plus comme le pays du suicide...

Oshima_Film_violenceatnoon

Un homme s'introduit dans une maison où il connaît apparemment la femme de ménage qui y travaille. Lorsqu'il sort un couteau ça comme de son veston, on pense que cette dernière vit ses dernières heures. Que nenni, ce sera sa patronne qui finira par se faire violer et trucider... La servante, qui a donc reconnu le tueur, écrit une lettre à la femme de celui-ci pour lui annoncer que son mari serait le "violeur" en série que la police recherche (fair play)... A partir de là, Oshima, à l'aide de brefs flashs-back, va remonter aux origines des relations entre ces trois individus, un quatrième homme (amoureux de la patronne, ayant eu une liaison avec la servante et qui a fini par se suicider par pendaison) s'ajoutant à cet étrange trio : amours déçues, amours défuntes, double suicide, trouble de la sexualité (le tueur ne peut violer ses proies que si elles sont inconscientes), meurtres,  personnages habités aussi bien par l'amour que par la haine, l'écheveau sentimental qui relie ces individus est loin d'être évident à éclaircir. Entre sens du sacrifice et volonté d'en finir (avec sa propre vie ou avec les agissements de ce malade) et rédemption miraculeuse, le cinéaste ne cesse de nous ballotter en nous faisant suivre le sort de ces deux femmes - qui tentent, tant bien que mal, de régler leur compte avec leur passé.

800_vat3_oshima_outlaws_

Une construction narrative proprement labyrinthique (mais où le spectateur ne se perd jamais) pour faire ressentir au mieux l'extrême complexité des sentiments qui animent ces personnages. Même si parfois Oshima semble se complaire à trouver des angles impossibles pour filmer une simple séquence (du micro - gros plan - au macro - plan d'ensemble), l'effet général obtenu demeure assez saisissant; il dissèque les motivations et les réflexions de chacun sans jamais hésiter à venir apporter par la suite des précisions cruciales sur le fil de son histoire : la servante nous conte sa propre version de l'histoire, mais plusieurs fois, la femme du tueur livre sa propre vision des faits et tend à apporter un nouvel éclairage sur les agissements de chacun - les deux hommes en particulier; une multiplication des angles de prises de vues alliée à une multiplication des angles narratifs qui font de cette oeuvre d'Oshima un magnifique kaléidoscope de la complexité des rapports humains, amoureux, sexuels, tragiques...         

Posté par Shangols à 13:34 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
06 février 2010

Furyo (Merry Christmas Mr. Lawrence) (1983) de Nagisa Oshima

opt_001516

Film d'hommes entre eux, c'est le moins qu'on puisse dire, et le film n'a pas perdu au fil des années "son pouvoir de séduction". D'un côté les Japs avec leur code de l'honneur sacré - mieux vaut se faire hara-kiri que de tomber entre les mains ennemeis - et de l'autre les British - mieux vaut vivre en attendant de voir et puis d'abord avez-vous déjà lu la Convention de Genève ? Il est clair que ce camp de prisonniers à Java tenu par des Nippons encore sûrs de leur grandeur et de leur suprématie n'est pas vraiment le club Med... Le père Kitano, qu'on ne connaissait point encore comme réalisateur et encore moins comme amuseur, est diablement inquiétant dans ce rôle de Sergent Gendo Hara. Son supérieur, le Capitaine Yonoi, Ryûichi Sakamoto himself, a un sacré cheveu sur la langue, mais il est clair qu'on n'aurait guère envie de le lui dire en face. Un véritable clash culturel en huis-clos, oui, mais pas seulement puisque une pointe d'amitié est décelable entre le Sergent Hara et John Lawrence - Tom Conti, super fort en japonais - sans parler de la fascination qu'exerce le personnage de Jack Celliers incarné par le troublant et ultra charismatique David Bowie sur Yonoi. Dès le premier coup d'oeil que ce dernier pose sur la star, on sent une incroyable tension survenir en son for intérieur. Entre sadisme et attraction irrépressible, le film demeure constamment sur la corde raide et instaure une ambiance tendue comme un barbelé sur la prairie.

opt_010107

Il faut reconnaître que le talent de chacun des acteurs contribue grandement au "charme" indéniable de ce film, où les montées de violence sont souvent terriblement oppressantes. De la scène d'ouverture où Hara intime l'ordre au gardien coréen, soupçonné d'avoir abusé d'un prisonnier hollandais, de se faire hara-kiri, à la séquence où Yonoi est à deux doigts de couper la tête au responsable anglais du camp, en passant par cette incroyable mise en scène de l'exécution de Jack - avant de finir par se retrouver enterré jusqu'au cou dans le sable -, la tension est constamment palpable et on se fait tout petit dans son fauteuil pour ne point se faire remarquer. Mais le film sait aussi alterner quelques "moments suspendus" assez extraordinaires, comme la fameuse scène où Kitano bourré au saké offre à John Lawrence un fabuleux cadeau de Noël, ou encore lorsque Bowie rompt les rangs des prisonniers pour aller faire péter la bise au Capitaine Yonoi devant ses troupes. Oshima parvient constamment à faire alterner le "chaud et le froid", rendant ces relations de haine teintées d'un "je ne sais quoi d'humanisme" absolument incroyable. Belle profondeur de ces personnages; Jack Celliers bénéficie en outre d'un éclairage sur son passé - j'avais totalement oublié ce flash-back -, une véritable parenthèse dans le récit permettant d'évoquer ses relations avec son petit frère. Ce personnage absolument indéchiffrable au premier coup d'oeil se voit ainsi nanti d'une réelle profondeur psychologique : ce côté "tête brûlée" n'est jamais que le résultat d'une culpabilité qui le hante et dont il va chercher à se défaire par cet acte bravache et suicidaire qui mettra Yonoi à genoux...

shackles

Une superbe photo, un thème musical inoubliable et un film qui ne se semble pas avoir pris une ride. La fin, beaucoup plus apaisée avec un Tom Conti philosophe - "Nous sommes victimes de ceux qui pensent avoir raison, tout comme vous et Yonoi pensiez avoir raison" - donne une petite touche de fatalisme à l'oeuvre, et cet ultime gros plan sur le visage rondouillard de Kitano parvient là encore à donner une âme à ce personnage terrifiant au premier abord. De la bien belle ouvrage qu'il est bon de revoir plus de 25 ans plus tard. Fascinant Oshima, oui.

opt_015449.

Posté par Shangols à 07:08 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


03 février 2009

L'Empire de la Passion (Ai no borei) (1978) de Nagisa Oshima

K2210_15_galerie

Opus beaucoup moins cru d'Oshima après L'Empire des Sens, comme s'il s'était assagi au niveau de l'image, de l'attraction des corps, pour plus se concentrer sur les sentiments qui lient les deux êtres, au delà de tout, même de la mort - les titres français sont explicites en soi, merci. Le film se traîne tout de même un peu en longueur une fois le crime commis et il faut attendre quelques séquences sur la toute fin pour terminer à demi-convaincu par ce film.

18844753

Seki est mariée à son Gisaburo, pousse-pousse de son état. A peine a-t-il franchi la porte après une dure journée de labeur qu'elle l'arrose d'eau de vie, lui prépare un bon bain chaud, le masse et... ah ben rien, le gars dort déjà. La journée, elle reçoit la visite de Toyoji, un moustachu un peu déguingandé qui branle po grand chose de ses journées depuis le retour de la guerre (on est en 1895, je dis ça pour situer). Gisaburo n'est point vraiment jaloux et plaisante avec sa femme sur sa fréquentation du jeune Toyoji; elle se gausse, sait très bien qu'elle a 26 ans de plus que lui - elle ne les fait point, la bougresse - mais cela lui met la puce à l'oreille - erreur du mari, on rit point de ces choses-là. Bref, un jour le Toyoji craque, saute sur Seki qui oppose une courte résistance. Lors d'un tête-à-queue de toute beauté - la position des corps l'un à côté de l'autre, rien de sexuel, vous me prenez pour qui? -, les deux amants plaisantent sur leur différence d'âge (ils sont justement à deux âges opposés de la vie) et le Toyoji d'avouer qu'il est jaloux du mari... C'est le monde à l'envers, ma bonne dame, mais l'idée d'assassiner Gisaburo est lancée. De fil en aiguille, le projet fait son chemin et ce dernier, après une murge carabinée, termine une corde autour du cou, étranglé par les deux amants et jeté dans un puits. Le problème au Japon, c'est que les fantômes n'en finissent jamais de hanter les consciences...

K2210_10_galerie

Forcément, ça passe un temps de dire que son mari bosse maintenant à Tokyo, mais au bout de trois ans, les villageois commencent à cancaner. Le fantôme de Gisaburo refait son apparition devant une Seki terrifiée et ne tarde point à s'immiscer dans les rêves des villageois. Toyoji est, lui, surpris à jeter des feuilles mortes dans le fameux puits et malgré la prudence des amants, la pression augmente... Ce qu'Oshima réussit parfaitement à illustrer lors d'une magnifique séquence au fond du puits, c'est à quel point cette passion qui les lie mène les deux amants jusqu'au fond du trou, au bord de la folie douce. On a même droit un plan sur un oeil digne du Chien Andalou (sans parler de la main de Toyoji mordue jusqu'au sang par Seki, L'Age d'Or continue de faire des émules), comme pour montrer "l'aveuglement" de Seki à consommer jusqu'au bout cette liaison. Oshima filme de façon finalement très pudique les ébats, les deux amants sortant parfois du cadre qu'ils laissent totalement vide pendant plusieurs secondes, comme si leurs désirs dépassaient l'entendement. Bon pour le reste, il faut reconnaître que le film va son petit train sur un rythme un peu lancinant et malgré une photo très colorée qui enregistre superbement le passage des saisons, quelques plans comme ceux pris du fond du puits illustrant la menace de Gisaburo dont le regard, même après sa mort, ne lâche point les deux comparses, on décroche peut-être un poil en route. Oshima, en tout cas, jusqu'au bout, n'en finit point d'explorer les relations intimes entre Eros et Thanatos. Intéressant et soigné à défaut d'être absolument... passionnant.    

K2210_13_galerie

Posté par Shangols à 13:54 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
30 juillet 2008

Nuit et Brouillard au Japon (Nihon no yoru to kiri) (1960) de Nagisa Oshima

2

On ne peut enlever à Oshima une réflexion poussée sur sa mise en scène cinématographique (les dix petites minutes de bonus sur le dvd qui reviennent sur ses propos théoriques concernant cet aspect artistique sont relativement bien faites) : le cinéaste part du principe "une séquence/un plan" sans se perdre abusivement dans les répétitions préalables, ce qui donne des plans-séquences relativement bluffants sans s'arrêter à de légers tremblements dans le cadre ou à des hésitations des comédiens; il n'a de cesse également de pannoter (merci Gols, j'avais oublié ce très joli mot (mon dico aussi, ceci dit...) beaucoup plus adapté dans ce cas que panoramique), se refusant tout champ/contre-champ et ajoutant ainsi lors du tournage une véritable tension aussi bien technique que dans le jeu des acteurs; l'utilisation des éclairages est volontairement conceptuelle, Oshima mêlant les différentes périodes (1960, l'année du mariage qui réunit tous les principaux protagonistes et les différents événements politiques des années 50)... Seulement si la forme est assez impressionnante, je dois avouer que dans le fond, je me suis mortellement ennuyé : ce mariage (acte bourgeois s'il en est) va exacerber toutes les tensions du passé entre les différents courants de pensées de gauche; le problème avec la gauche, ici et en général, c'est qu'il semble presque qu'il y ait autant de courants que d'individus... Des trotskistes aux réalistes socialistes en passant par les nihilistes, on assiste à une véritable foire d'empoigne comme si le mariage venait sonner le glas de toutes les utopies du passé : trahisons, lâchetés, décisions unilatérales, ligne dure, ligne molle, influence du Parti central... Cela devient rapidement aussi passionnant qu'une discussion en A.G. où tout le monde discute et où personne ne se parle, chacun restant bloqué sur ses positions; cela se double en plus d'évocations d'anciennes histoires de coeur qui surgissent au grand jour et qui enveniment les débats. Si l'on ne peut reprocher à Oshima l'ambition du projet et ses recherches esthétiques, il est bien difficile de se passionner pour ses trois mille règlements de compte verbaux, comme si le principal des maux était bien, au final, l'usage redondant des mots. Un film à montrer aux prochaines universités d'été du P.S. pour l'ironie de la chose...

nui220

Posté par Shangols à 07:56 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
27 juillet 2008

Les Plaisirs de la Chair (Etsuraku) (1965) de Nagisa Oshima

Nagisa Oshima poursuit sa réflexion sur les liens entre l'amour, cette turpide société japonaise et la mort. Il y a quelque chose de forcément très Hitchcokien et Vertigo-gineux chez cet homme qui choisit le corps d'une autre femme pour assouvir ses fantasmes parce qu'elle ressemble à celle qu'il aime. Mais s'il est question d'amour chez Oshima, l'ombre de la mort n'est jamais loin et plane constamment sur cette vie consacrée à la réalisation de ses désirs. Et en filigrane, une figure de femme-enfant nippone qui se révèle femme fatale. 

pla037

La petite mie Shoko est d'une innocence à se damner. Wakizaka est son jeune répétiteur enamouré et lorsqu'il s'agit de supprimer celui qui a porté atteinte à l'honneur de sa dulcinée (l'homme qui l'a violée alors affiche_Les_Plaisirs_de_la_Chair_Etsuraku_1965_1qu'elle avait huit ans et qui décide de faire chanter ses parents), il n'hésite point à le balancer du train. Bon ça, c'est fait, il pense avoir fait le plus dur, le bougre, seulement la jeune Shoko finit par se marier avec un autre. Tout à son désespoir, il décide de dépenser en un an les 30 millions de yens qu'un fourbe fonctionnaire lui avait confiés (ce dernier, témoin du meurtre du violeur, lui avait confié cet argent avant de purger une peine de cinq ans de prison, en échange de son silence). Wakizaki connaîtra successivement quatre femmes : Itami, une prostituée qui lui rappelle Shoko, Shizuko, une femme mariée, Keiko, une infirmière relativement émancipée et enfin Mari, une prostituée sourde et muette. Cette quête féminine qui ressemble à s'y tromper à une fuite en avant, lui permet également de se confronter à divers aspect de la société : il connaît avec Itami la pègre mafieuse qui ne cesse de le mettre sous pression, avec Shizuko il côtoie la pauvreté, le mari de celle-ci s'humiliant avec ses deux gamines pour récupérer son dû, auprès de Keiko, issue de la classe moyenne, il expérimente le mariage qui ne fait point long feu, et enfin s'il trouve en Mari une véritable esclave sexuelle, son petit mac à deux sen est tout près de le trucider. L'argent ne fait guère le bonheur, certes, et si cet homme brûle sa vie par les deux bouts, il est loin de se douter de la personne qui lui sera fatale...

PLAISIRS_DE_LA_CHAIR_02_417

Wakizaka, dès le départ de l'histoire, signe un double pacte avec le diable : l'un pour sauver la réputation de cette jeune fille aristocratique, l'autre avec ce petit fonctionnaire corrompu. Le premier acte est un véritable geste d'amour, le second est beaucoup plus égoïste et mesquin. La question est de savoir pour lequel, au final, il devra payer de sa vie... Ses multiples histoires amoureuses, toutes tarifées, sont loin d'apporter à Wakizaka une entière satisfaction; sexuellement, il ne semble trouver un véritable plaisir qu'avec les "deux professionnelles" : Itomi et surtout Mari, la seule avec laquelle il n'a aucune communication... Si ces rapports sont peu reluisants que dire de cette société qui dès le départ le condamne à cette errance érotique : ne pouvant accéder, du fait de sa classe, au mariage avec Shoko, il paye la note - au sens propre et au sens figuré - tout au long de sa destinée...

bonusplaisir001

Oshima apporte un soin extrême à la lumière et au découpage de ses séquences : montage au couteau, dans le train, quand il est confronté au violeur, cadres wongkarwaiens lorsqu'il s'agit de montrer le visage d'une femme épanouie dans un coin de l'écran, ralentis lors du premier plan lorsqu'il imagine Shoko courir vers lui le jour de son mariage ou lorsque plus tard, beau parallèle, il frôle la mort en tombant dans un trou d'eau, images "en transparence" lorsqu'il repense au corps de Mari, être assujetti à ses fantasmes. De la bien belle ouvrage treize ans avant L'Empire des Sens, oeuvre où l'amour et la mort se verront fatalement mêlés.

Posté par Shangols à 13:53 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
22 juillet 2008

Cent Ans de Cinéma Japonais (100 Years of Japanese Cinema) (1994) de Nagisa Oshima

20

Des extraits et des photos pour 50 minutes d'une vision historique un poil rigide de l'évolution du cinéma japonais dans lequel Oshima fait la part belle... à lui-même. On évoque rapidos les films muets avec un petit clin d'oeil à Ozu ainsi que les années 30 avec, essentiellement, Mizoguchi et le superbe Humanity and paper Balloons de Yamanaka, mort prématurément à 28 ans à la guerre - il y a une photo de lui avec le sergent 15Ozu, à l'époque, assez touchante. Films de guerre et films comiques dominent le début des années 40, puis on rentre dans du lourd avec, à la fin des années 40 et le début des années 50, Kurosawa et toujours Ozu. Au début des années 60, Oshima préfère semble-t-il évoquer les films d'auteur plutôt que de traiter de la Nouvelle Vague qui d'après lui s'écrase vite; quelques grands noms de l'époque : Imamura, Yoshida, Teshigahara, Kobayashi, Shindo et Oshima lui-même avec sa trilogie de la Jeunesse. Les années 60 sont marquées également par les fameux "pink movies" (Wakamatsu, Takeshi) et les productions de Suzuki. Dans les Années 70, une place spéciale est faite aux films policiers relativement violents de Fukasaku et dans la foulée arrive le gars Kitano et un bref extrait de Sonatine. Peu de films dans les années 80 et 90 que je connaisse - on a l'impression de choix un peu plus personnels - si ce n'est brièvement les productions des studios Ghibli. Ce genre d'exercices est toujours une gageure quelque peu réductrice, mais bon, deux trois noms que je ne connaissais point me restent en tête et je découvrirai ces films volontiers, au hasard de mes trouvailles.

56

Posté par Shangols à 10:46 - - Commentaires [5] - Rétroliens [0]
21 juillet 2008

Une Ville d'Amour et d'Espoir (Ai to kibo no machi) (1959) de Nagisa Oshima

Un bien joli titre nipponisant pour un film triste comme un ver à soie (enfin, je me doute). Il s'agit en fait du premier volet de la Trilogie de la Jeunesse d'Oshima qui ne respire point la joie. Avant de faire des films avec moult roulades sur le tatami, Oshima a dressé à ses début un bien triste constat de cette société de la fin des années 50 au pays du soleil levant.

2

Masao est un bon petit gars qui n'en veut, sérieux comme tout à l'école, qui vend ses pigeons pour subvenir 80260_78d37410fca81b373fe46a2a5a2b2e61aux besoins de sa mère, malade, et de sa chtite soeur un poil déficiente mentale (elle dessine des rats morts, ce qui a cinq est de mauvais augures apparemment). Son père, bien entendu, est mort et ils vivent dans une cahute en bois toute rafistolée. L'arnaque, tout de même dans l'histoire, c'est qu'il s'agit de pigeons voyageurs, qui reviennent généralement au bout de trois-quatre jours à la maison. C'est certes po glorieux mais quand tu crèves la dalle, hein, ben non pas le choix non plus. Seulement, il y aura un effet boomerang, forcément... Notre gars Masao fait la connaissance d'une jeune fille de bonne famille prête à tout pour l'aider et qui, par l'intermédiaire de la prof de notre ami, également toute dévouée à sa cause, tente de le faire entrer en stage dans l'entreprise de son pater. La jeune fille, en gros, c'est l'amour, et la prof, l'espoir - pour les titres je suis décidément imprenable. Notre Masao tente de croire, envers et contre tout, en ses deux bonnes fées et on se dit qu'il y aura peut-être un jour un petit rayon de soleil à l'avenir, même pour les pauvres. Si, vous, vous y croyez encore, ben vous êtes capable de revoter Sarko une seconde fois...

7

Oshima filme avec soin ses personnages, c'est propre, bien découpé, jusqu'aux derniers plans, légèrement décadrés, du meilleur effet : cet espoir et ces petites histoires d'amour qui se trament (il y a aussi le flirt entre la prof et le fils du patron de l'entreprise) basculent soudainement, calanchent même, osons le mot, comme si tout optimisme et espoir de changement se révélaient vains. C'est pas la fête à Neuneu, avouons-le, mais loin d'être aussi larmoyant qu'on pourrait le craindre. Il y a ainsi quelques jolies envolées - Masao et son amie, qui après s'être fait tancer dans la rue par deux fortes têtes, se jettent joliment, tout survoltés, sur un banc de cailloux humides - et des jeunes acteurs d'une parfaite sobriété. Du néo-réalisme à la jap et une première oeuvre de très bonne tenue.

10


Les Soleils de Demain (1959)

En bonus, le premier (et l'unique, au demeurant) court d'Oshima qui tranche résolument dans le ton : il s'agit d'une présentation des nouvelles stars du cinéma nippon de demain, des chtites de 16 ans à peine et des gaziers fiers comme Artaban, qui sont mis en scène dans de mini situations stéréotypiques : la chanteuse de bar en anglais, la geisha à l'ombrelle, le combat de rue ou au sabre..., c'est léger comme une plume dans un courant d'air multicolore (haïku?). J'avoue ne pas avoir pointé du doigt une future star (ils ont un peu l'air gnangnan quand même dans l'ensemble, prêts à jouer dans des productions à l'eau de rose) mais j'ai pas vraiment l'oeil, ni forcément une grande mémoire des noms japonais. Bon, c'est vraiment pour vouloir être complet, disons...

Posté par Shangols à 14:26 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1  2