12 novembre 2009

La Légende de Zatoichi (vol. 20) : Zatoichi contre Yojimbo (Zatôichi to Yôjinbô) (1970) de Kihachi Okamoto

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Shintarô Katsu versus Toshiro Mifune, l'affiche est forcément alléchante et les deux acteurs s'en donnent à coeur joie. Le "contre" du titre n'est d'ailleurs presque qu'une illusion, nos deux gaziers épicuriens passant une bonne partie du film copains comme cochons - notamment lorsqu'il s'agit de picoler du saké -, ou en se jouant des tours de l'animal déjà cité... Le combat à mort tant attendu ne fera pas long feu, nos deux hommes pouvant ainsi tranquillement continuer de faire vivre leur légende. Il y a une certaine ironie (au niveau des acteurs (cachetonneur? nan, nan) et aussi de leurs personnages) puisque les Katsu/Zatoichi et Mifune/Yojimbo semblent placer certaines valeurs au dessus de l'argent mais se retrouvent, au final, pris la main dans le sac pour récupérer de la poudre d'or. Bref, derrière les pseudo-idéaux, ils n'en sont pas moins hommes... Une seule donzelle à noter, malheureusement dans tout le casting, la toujours sublime Ayako Wakao, dont Yojimbo s'attire les faveurs - Zatoichi passe son tour.

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Une histoire au demeurant fort classique d'un commerçant corrompu jusqu'à la moelle : son pire ennemi, au sein de ce petit village auparavant bien calme dans lequel Zatoichi pensait trouver du repos, n'est autre que son propre fils Masagoro. Ce dernier voudrait bien mettre la main sur les monceaux d'or que son père a dû cacher quelque part - son autre fils, haut placé, détournant de l'or depuis des années à son profit... Trahison, alliance de dupes, corruption, mensonges, espionnite, réglements de compte, tout un programme. Belle galerie de personnages en passant avec un vieux sculpteur plein de sagesse - très jolies ces petites statues Jizo! -, de faux aveugles/espions, des gardes du corps/espions (Shin Kishida et sa tronche de déterré), on ne sait parfois plus qui travaille pour le Shogun, pour un clan ou pour son propre compte mais on comprend bien que tout ce petit monde cherche à se friter sa race pour mettre la main sur le pactole. Zatoichi fait forcément des siennes, aussi bourrin quand il s'agit de démonter les épaules de trois yakuza malpolis qui lui demandent un message, que maladroit - la séquence hilarante où après avoir assommé trois types avec une pierre dans un foulard, il s'assomme malencontreusement lui-même; son mime du type empoisonné pour sortir de prison est tout aussi tordant. Mifune, de son côté, excelle toujours quand il s'agit d'éructer (sa façon de parodier les "sensssssaaaaiii" qu'on lui adresse) même s'il faut reconnaître qu'il livre une composition qui ne vire pas trop à l'excès, occupé surtout, pendant la moitié du film, à cuver son saké. On a droit à un final bordelique en diable avec les deux principaux clans (celui du père contre celui du fils indigne) qui s'affrontent - petite déception en général dans les combats guère chiadés - et des survivants en sang qui se dirigent vers le monceau d'or enfin exhumé tels de véritables mort-vivants... Une soif de l'or qui agite tout ce petit monde et qui provoquera sa destruction, pour ne pas dire son anéantissement (on compte les personnes encore debout à la fin sur une main): en 67, on savait déjà que le libéralisme, c'était hyper dangereux... Un épisode anniversaire qui atteint pratiquement les 120 minutes (au lieu des 90 minutes habituelles) avec tout de même quelques creux mais malgré tout totalement incontournable pour le face-à-face des deux monstres sacrés qui, jusqu'au bout, se bâchent comme des gamins en représentation perpétuelle : "Monstre" lâche le Toshiro, "Brutasse" répond un Shintarô défiguré mais toujours au taquet, le tout dans un esprit plutôt bon enfant... 

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28 mars 2006

Le Sabre du Mal (Dai-bosatsu tôge) de Kihachi Okamoto - 1966

swordoomHommage encore à mon ami Shang qui me fait découvrir ce film puissant, très class, stylé et émouvant. Je m'attendais pour le moins à passer un moment fort agréable en compagnie de samouraïs austères, de duels improbables, de cris de douleur, de femme désespérée et de Toshiro Mifune, mais bon, pas plus. Eh bien il y a tout ça (pas assez de Toshiro Mifune, toutefois) et plus encore. Le personnage principal, sorte de monstre sans scrupule, est très beau, un Caligula moderne, haïssable mais invincible (ils essayent même, à la fin, de le niquer à coups d'oreillers, mais rien n'y fait), et par ailleurs interprété tout en puissance, en silences et en grandeur par Tatsuya Nakadai. Autour de lui, il y a du gros, du très gros : une femme sans vergogne, shakespearienne (c'est pompé sur Richard III, interprétation personnelle), qui couche avec l'assassin de son mec ; des jeunes gens qui rêvent de vengeance et qui arrivent à peine à défriser le héros ; et des figurants qui crient "YYYAAARKKK" et "BOUWAAÏÏÏ" quand ils attaquent, alors qu'ils auraient rien dit, le type serait mort à 3 minutes du début.

Ajoutons une musique qui tient méchament la route, une mise en scène qui alterne les rythmes avec beaucoup de talent et qui profite de l'espace à en faire rougir Orson Welles, un noir et blanc stylisé mais jamais crâneur. Un très grand film, qui louche parfois un peu trop sur Kurosawa, mais qui a su en garder la grandeur tout en conservant son style propre.

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