28 novembre 2010

Chaos (Kaosu) de Hideo Nakata - 1999

arton338_90a00Après Ring, Nakata voudrait bien prouver qu'il est aussi bon dans un autre genre : celui du polar à tiroirs. Du polar hitchcockien, comme dit la jaquette du dvd, ce qui montre combien le terme est galvaudé, on ne voit vraiment pas ce qu'il y a d'hitchcockien là-dedans. Bref. La bonne idée, c'est la construction du film : toutes les 20 minutes environ, la trame "décroche", à grands coups de flashs-back, flashs-forward et autres changements de points de vue, qui à chaque fois relancent l'action. On croit au départ qu'on à droit à une bête histoire d'enlèvement qui tourne mal (la femme d'un homme d'affaires est kidnappée), puis on comprend que le ravisseur n'est peut-être pas celui qu'on croit, puis en fait si, puis en fait non, etc. En élargissant peu à peu son histoire depuis l'évènement originel jusqu'à un complexe écheveau de manipulations et de coups fourrés, Nakata parvient à densifier sa trame qui, on s'en rend compte, aurait finalement été un peu fade racontée dans l'ordre. Ce morcellement de l'action fait son effet, d'autant que les changements de temps ne sont annoncés par aucun effet, et qu'on sent que le cinéaste fait confiance en notre intelligence pour recoller les pièces du puzzle dans l'ordre.

kaosu6Malheureusement, ça s'arrête un peu là : emballé par cette technique de narration, Nakata complexifie outre mesure son scénario, jusqu'à ce qu'il ne ressemble à rien d'autre qu'à une "machine à surprises" envoyant à intervalle régulier un nouveau coup de théâtre. Totalement invraisemblable, cette histoire d'enlèvement qui se double d'une histoire de sosies, de maîtresses et de domination sado-maso (piètre séquence de bondage troublante comme une émission de Drucker) se vide de sens pour tomber dans le vain exercice de style. En plus, c'est infâmement mal joué. Il reste quelques jolies idées parsemées ça et là (très joli final, par exemple, qui rappelle la force visuelle de Nakata pour fabriquer des plans effrayants et qui vous rentrent immédiatement dans la tête), un sens de l'étrangeté qui apparaît de temps en temps ; mais ça manque trop clairement d'assaisonnement pour un cinéaste aussi intéressant par ailleurs. Même si je comprends qu'il en souffre, il faut peut-être que Nakata se rende compte qu'il est un cinéaste de films d'horreur, et que dès qu'il sort de ce genre (on l'a vu avec le récent Chatroom aussi), il est moyen...

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16 août 2010

Chatroom de Hideo Nakata - 2010

19458299_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100603_015651La vision du film de Nakata confirme tout le mal que je pensais de la pièce d'Enda Walsh (pourtant auteur du très fort Hunger et de deux ou trois pièces habiles) : schématique, réactionnaire et bien loin des réalités. Pour Walsh, et indirectement pour Nakata, l'ado contemporain est une sorte de condensé d'horreur. Mal dans sa peau, en constante lutte contre ses parents, "geek" total et hébété, incapable de relations avec ses contemporains, triste, renfermé, légèrement crétin, n'en jetez plus, l'ennemi est trouvé. La jeunesse d'aujourd'hui, ma bonne dame, m'en parlez pas, j'te foutrais tout ça au boulot. Pour se sortir de ses problèmes, l'ado se réfugie dans l'infâme internet, lieu de toutes les monstruosités, de la pédophilie à la manipulation morale ; et, bien sûr, internet étant l'enfer, l'ado ne peut que s'y perdre dans des relations superficielles qui le déconnectent encore plus de la vraie vie et le mènent forcément au suicide. Voilà pour la modernité de la chose. Walsh semble n'avoir jamais croisé, même de loin, un adolescent, et semble n'avoir jamais tapé dans sa barre Google d'autres mots que "déréliction" ou "danger du virtuel". Sa vision du monde équivaut en gros à un reportage de tf1 sur cette putain de jeunesse perdue qui nous entoure, et on est affligé par ces a-prioris grossiers sur nos mômes. Heureusement, ceux-ci devraient rigoler comme des bossus devant les clichés véhiculés par le film : un regard de pépé réactionnaire sur eux, en général ils appellent ça un "no-life".

19422286_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100416_100915Le vrai pari du film ne résidera donc pas dans une tentative de portrait de l'adolescence. Ce n'est pas Enda Walsh qui aura la partie difficile, mais Hideo Nakata. Car Chatroom est avant tout un défi de mise en scène : comment représenter le monde virtuel, ces "chatrooms" abstraits, lieux de rencontres entre réalité et fiction ? Nakata choisit la plus frontale des options : on est dans une sorte de squatt désaffecté, où chaque internaute occupe une pièce décorée selon son univers intérieur ; les personnages s'y rencontrent concrètement, et y parlent sans filtre. Pas d'avatar ici, pas ou peu "d'interprétation" formelle. Mis à part quelques décalages de lumières et d'ambiance entre vie réelle et vie informatique, on reste dans la simplicité des rapports entre personnages. Le fait est que, contre toute attente, ça fonctionne. La mise en scène de Nakata est souvent inventive, et le fameux langage virtuel passe bien la barre de ce dispositif concret. Nakata jongle très bien, dans son montage, entre la réalité et la fiction, en tordant très légèrement les choses quand elles passent dans le virtuel, discrètement : jeu d'acteurs exagéré, ralentissement de certaines séquences, à-plat des décors, etc. Le bon cinéaste fait tout ce qu'il peut pour compenser l'idiotie du scénario, et y parvient parfois. On se laisse entraîner avec joie dans ces plans étranges, dans cette lumière en contre-plongée très kubrickienne, dans cet univers interlope et dangereux qui correspond bien aux visions du réalisateur de Ring.

19458298_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100603_015651Heureusement qu'il y a ces quelques flashs d'inspiration (très rares, malheureusement). Car, pour le reste, c'est plus que raté : personnages dessinés à grands traits (quelqu'un a-t-il déjà réellement croisé une ado aussi pintade que cette nana ?), vêtus de costumes qui ont dû demander 3 secondes de réflexion (si tu as le col boutonné jusqu'en haut, c'est que tu es tout coincé), situations absolument invraisemblables (on comprend la manipulation psychologique sur internet, mais quand elle passe dans la vie réelle, durant la dernière bobine, on n'y croit plus du tout), acteurs nullards, et, répétons-le, vision réactionnaire d'internet et de la jeunesse. J'espère que les ados que je connais éviteront ce film qui les insulte, et retourneront s'éclater sur Facebook et dans la vie réelle comme ils le font toujours.

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03 juillet 2010

Kaidan de Hideo Nakata - 2007

vlcsnap_2010_07_03_01h11m02s55Comment le réalisateur de Dark Water a-t-il pu se fourvoyer dans cet académisme sans saveur, c'est le grand mystère de Kaidan, film de sabre et de revenants qui en est bien dépourvu, justement (de mystère). Fatigué peut-être d'être un inventeur de formes, Nakata tente le traditionnalisme le plus total, en fabriquant de jôôôlis plans pastels pleins de kimonos âââchement beaux et de visages de porcelaine à l'avenant. Le résultat : un film qui ressemble à tous les autres, exsangue, excitant comme une compil de shamisen, où l'ennui pointe dès la deuxième minute. On comprend bien que Nakata veut en quelque sorte rendre hommage à la tradition de son pays, avec ce conte de nô matiné d'histoire de fantômes ; mais on lui demande aussi d'être un tantinet plus moderne et original, tout de même.

vlcsnap_2010_07_03_10h39m49s140L'histoire est sur-balisée : une femme trahie par son amant continue à le harceler même après sa mort, et élimine tour à tour toutes les nouvelles conquêtes du gars. Dès le départ, on sait à peu près tout ce qui va se passer ; et le plus embêtant, c'est que même dans les scènes fantastiques, Nakata n'est jamais inspiré, ne trouve jamais le moyen de nous faire peur. Manque de moyens peut-être (l'image du film est cheap, assez laide), d'inspiration sûrement, son fantôme n'est effrayant que pour les petits enfants, et jamais le réalisateur ne parvient à imprimer sa patte dans ces séquences pourtant attendues. Pour un ou deux plans troublants (des mouches qui sortent de la bouche d'un bébé, une attaque de serpent), il faut se taper des dizaines de séquences sans style, plates et académiques comme c'est pas possible. Aucun trouble, ni érotique (il y avait de la place pour ça) ni esthétique, ne vient habiter ce film sans vie, trop prosterné aux pieds de ses modèles et de la tradition japonaise. Même si les acteurs sont parfois pas mal, même si le montage est appliqué, on quitte ça avec l'impression d'un film de plus, et en priant pour que Nakata revienne bientôt dans les couloirs d'immeubles ou les puits sans fond qu'il sait rendre autrement plus intéressants...

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12 novembre 2006

Dark Water (Honogurai mizu no soko kara) d'Hideo Nakata - 2002

Profitons d'une soirée libre pour mater un de ces films qui nous tient à coeur. Je connais Dark Waterdarkwater_big absolument par coeur, mais c'est toujours avec un petit frisson d'angoisse que je redécouvre cette petite fille au visage flou et en ciré jaune qui rôde dans les couloirs cradasses d'un immeuble innondé. Ce film est pour moi une perfection, dans le sens où il parvient à faire du "populaire" (les codes du cinéma d'horreur sont là, et très bien sentis) tout en racontant des choses sûrement assez profondes.

C'est donc avant tout un film spectaculaire, jouissif dans ses effets destinés à vous vriller les tripes, très angoissant, de DarkWater4cette angoisse latente qui vous tient bouche bée pendant 2 heures. Certains "trucs" sont impeccables dans le tempo, dans l'invention visuelle pure : la petite main d'enfant qui se love dans celle de l'adulte, sans qu'aucun enfant ne soit présent dans la scène ; le mystérieux petit sac rouge qui apparaît illogiquement partout ; les décors d'eau, très beaux (la photo du film est sublime) ; le personnage cité plus haut (la fillette en ciré), effrayant justement par sa vulnérabilité... Bien sûr, Nakata, depuis Ring et aussi depuis ce film, est copié, recopié, pillé même, ce qui fait que Dark Water a déjà un peu vieilli, mais il n'empêche que ses trouvailles inventives n'ont jamais retrouvé d'égales par la suite.

Mais ce que j'aime surtout là-dedans, c'est que Nakata parvient à parler de choses très intimes à l'intérieurp3 de cette forme spectaculaire. Il s'agit ici du désamour progressif d'une mère pour son enfant, de son incapacité à assumer le développement de sa fille, de sa lutte contre ses angoisses d'enfant abandonné, de son refus d'endosser pleinement son rôle de mère. La fin du film est en ce sens magnifique, toutes les dernières scènes, belles et suprêmement intelligentes, bouclent le truc avec beaucoup de sensibilité. Coincée dans le domaine abstrait de la folie et de l'absence de temps, la mère devient une pure forme, alors que sa fille a grandi et s'est développée. Par petites touches, p2Nakata montre cette lente dégradation des rapports parentaux, et donne un aspect étrangement poignant à ses plans  : une fillette assise qui attend sa mère sous la pluie, un ascenseur qui vomit de l'eau (liquide ammiotique) sur une enfant, une tâche qui grandit sur un plafond (merci Kiyoshi Kurosawa et son Kairo, pour le coup), un petit monstre sans visage qui ne sait que hurler "maman"... Ce film est à mettre aux cotés des grands Carpenter ou de Shining de Kubrick dans son parfait dosage entre cinéma de genre et profondeur psychologique. Aligato.

Posté par Shangols à 12:02 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


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