21 mars 2011

Apartment #5c de Raphaël Nadjari - 2001

apartment_5_c_2001_reference1Je ne suis guère intéressé par les films de Nadjari, je l'avoue, même si je reconnais objectivement un certain talent au gars. Encore une fois, avec Apartment #5c, le voilà plongé dans un New-York "parallèle", en l’occurrence celui des sans-papiers et des oubliés de la grande Amérique : on suit une sorte de Rosetta locale, Nicky, israélienne et clandestine, dans sa quête de reconnaissance sociale. D'abord maquée avec un petit voyou du dimanche, elle va être "recueillie" par un brave type (l'incontournable Richard Edson) qui en tombe rapidement amoureux. Mais la frustration sexuelle, le jalousie, et l'impossibilité de l'Amérique à intégrer ses étrangers, vont mener notre donzelle dans le malheur.

Il y a une vraie sincérité et une vraie justesse dans ce portrait au ras du bitume, amer mais énergique. A la manière des Dardenne, donc, Nadjari ne lâche pas son héroïne, la suivant caméra au poing jusqu'au plus profond de sa perdition. Filmage sanguin, rapide, nerveux, pour rendre compte de ce malheur du quotidien. On croit sans problème à ce personnage, bien construit psychologiquement, et on apprécie la symbolique sans ostentation de Nadjari : Nicky représente à elle seule tous les immigrés clandestins, et l'immeuble apartment_5_c_2001_diaporamadans lequel elle trouve un refuge provisoire se révèle vite être une représentation de l'Amérique dans son ensemble : toutes les strates de la société y sont, des dirigeants aux exécutants. La soif d'intégration de Nicky prend la forme d'une intégration dans ce seul immeuble, et ça permet à Nadjari de faire de la politique sans grands discours, par petites touches. Quoi qu'il arrive, la clandestine sera éjectée après être passée par des humiliations diverses, et Nadjari (en immigré lui-même) ne se fait guère d'illusion sur la capacité des USA à assimiler ses étrangers. Le film, réalisé en 2001, rend compte avec intelligence d'un retour au nationalisme pur et dur post-11 septembre. Comme en plus, il s'agit aussi d'une réflexion bien menée sur le désir sexuel, la frustration, l'incapacité physique, on finit par apprécier ce petit film... même s'il nous semble l'avoir déjà vu 200 fois pour ce qui est de la mise en scène, de la construction du récit, et même des personnages. Sensible et fin, oui, mais finalement pas plus que les autres films.

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17 septembre 2009

Avanim (2004) de Raphaël Nadjari

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Film pratiquement dédié par le cinéaste à son actrice, tant Asi Levy habite chaque plan : une héroïne, pleine de dignité et habitée par une volonté de fer, part à la recherche d'une liberté loin d'être gagnée d'avance dans un monde d'hommes... Mariée, un enfant, travaillant avec son père, on se rend rapidement compte que la seule chose qui illumine vraiment sa vie actuelle est à trouver dans la scène d'ouverture : une chambre d'hôtel et un amant qu'elle voit en catimini. Bien qu'apparemment distante quand elle le quitte - comme pour garder la tête froide - elle avoue plus tard à son fils, point encore en âge de comprendre, qu'"elle est amoureuse". Au niveau du taff, c'est pas vraiment l'éclate puisqu'elle accuse son père, un comptable qui gère des dossiers administratifs, de mentir auprès des autorités pour obtenir plus de subventions auprès du gouvernement israélien; même s'il s'agit d'aider à la création d'écoles talmudiques, le jeu n'en vaut pas la chandelle (à sept branches); son père est, qui plus est, d'après elle, abusé par un homme très rigoriste avec lequel elle s'entend comme chien et chat (celui-ci reproche à notre femme de ne pas respecter les traditions en ne se couvrant point la tête, cette dernière cherchant à lui faire comprendre que l'habit ne fait pas toujours le rabbin). Le drame de sa vie : le jour où elle apprend la mort de son amant lors d'un attentat; comme elle est incapable de garder la face, sa vie quotidienne va alors littéralement imploser - comme s'il était temps de faire tomber les masques... Dans le fond, on ne peut guère reprocher quoi que ce soit au cinéaste : l'héroïne est une vraie mère courage dont on ne cherche pas forcément à éclaircir les zones d'ombre (qu'est-ce que son amant a de plus que son mari, hein?...) comme si l'essentiel (son combat pour son indépendance) était ailleurs; dans la forme on peut rapidement se lasser de cette caméra qui bouge dans tous les sens, morcelant les gros plans... Certes, cette société moderne israélienne est plus opaque, plus énigmatique qu'elle ne voudrait le paraître, mais cette caméra qui passe son temps à partir en vrille est tout de même un peu pénible - on a compris le projet du réalisateur, il peut se permettre de poser sa caméra de temps en temps. Il voudrait donner ainsi une sorte d'urgence permanente à son sujet mais on n'est pas non plus dans The Bourne Identity au niveau de l'action, voyez... C'est un peu dommage car son actrice, elle, parvient à capter entièrement l'attention sans avoir besoin de ces effets "spéciaux".

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08 mars 2009

I am Josh Polonski's Brother de Raphaël Nadjari - 2001

19023209_w434_h_q80I am Josh Polonski's Brother est un film d'ambiance, dans lequel Nadjari prend sa place à côté des grands cinéastes fauchés new-yorkais (les premiers Scorsese surtout). Fauché, le film l'est assurément, mais le cinéaste parvient à faire de ce handicap une qualité, grâce à un travail sur l'image impeccable : le film est en super-8 gonflé en 35, et la photo y gagne ce grain très repéré des films indépendants pure souche. Du coup, New-York est magnifiquement rendu, crasseuse, sombre, nocturne. La mise en scène ajoute encore à cet aspect, la caméra très mouvante sans ostentation semblant chopper presque par hasard ces personnages sortis de l'ombre et ce petit monde interlope des boîtes de nuit glauques et des chambres d'hôtel minables.

On dirait souvent un documentaire sur la ville, comme l'étaient d'ailleurs les Scorsese des débuts, un film capté dans l'urgence et dans l'improvisation. Cadrages faussement hésitants, mépris de la finition, on touche aussi à une inspiration cassavetienne dans cette façon de tenter un cinéma direct, très proche de ses 69198876_ph2_w434_h_q80personnages, privilégiant la vie à la beauté des cadres. Nadjari adjoint en plus à son histoire sombre un beau regard sur la communauté juive : les traditions sont observées dans tout leur protocole, aussi sclérosantes que chaleureuses. Petit à petit, entre ce monde souterrain qu'il ne comprend pas et cette pression religieuse, le personnage se retrouve enfermé dans une spirale qui le dépasse, et sa descente aux enfers en est d'autant plus inexorable. C'est l'histoire classique d'un petit mec qui met le doigt dans le mauvais engrenage, tombant amoureux d'une call-girl, jouant avec des armes à feu qui ne sont assurément pas de son niveau, s'endettant petit à petit jusqu'au drame. Dans l'effort pour tenter de comprendre l'assassinat de son frère, Abe s'enfonce progressivement dans le noir, et Nadjari reste au plus près de son acteur (très bon, très étrange) pour rendre compte de cette déchéance d'un homme ordinaire en milieu urbain hostile. Entre hommage aux maîtres et vraie personnalité, Nadjari réussit un bel objet modeste et tendu.

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