Mardi, après Noël (Marti, dupa craciun) (2010) de Radu Muntean
Il y a un indéniable petit savoir-faire roumain dans "l'aisance cinématographique" et le naturel des acteurs. Radu Muntean nous compte une histoire somme toute banale : un homme, deux femmes. Dès les deux premières séquences, on comprend que cet homme marié - ayant une fille d'une dizaine d'années -, entretient une liaison avec une chtite blonde. Bien. Le gars a l'air de ne pas être franchement un mauvais bougre, mais la situation demeure forcément délicate... La blonde étant la dentiste de la chtite, on sent notre homme pas vraiment à l'aise lorsqu'il s'agit de venir chez la praticienne, en famille. Notre blonde toute mimi commence elle aussi d'en avoir gros sur la patate, et on sent que la situation n'a que trop duré. Notre ami roumain prend ses roubignoles et son couteau et annonce cash, la veille de Noël, à sa femme qu'il est tombé amoureux d'une autre femme... Chérie, tu reveux de la dinde ? Ah ben oui, on sent que les fêtes vont se passer dans une atmosphère guère olé-olé...
Le gros coup d'éclat de Muntean, c'est de ne filmer son film quasiment qu'en "plans-séquences" ; la scène d'ouverture, lorsque l'homme est au lit avec sa maîtresse, apparaît déjà comme un joli ptit tour de force (la caméra reste quasiment fixe, ce ne sont généralement que les acteurs qui changent de position devant l'objectif) mais on comprendra vite que ce petit effet de style deviendra la marque principale du film ; la scène de "l'annonce" ("Désolé, j'ai craqué pour une autre femme, fâchée ?") a lieu au bout d'une heure de film - séquence tendue au sein de notre couple qui n'ose dorénavant se regarder dans les yeux - et elle est suivie d'une scène de "crise" ("belle réaction" de la femme qui a envie de conchier son mari), un plan séquence d'une douzaine de minutes qui force le respect. Comme les acteurs, disais-je plus haut, ne tentent jamais de trop en faire et enchaînent leur réplique à la coule, sans rien précipiter, il se dégage de cette œuvre, point "polluée" par un quelconque montage, un réalisme indéniable ; du même coup, il faut relativement peu de temps pour qu'on s'attache vraiment à chacun des personnages - c'est tout du moins mon sentiment... Après, il est peut-être vrai que ce "savoir-faire" roumain, après une belle petite poignée de films salués ici ou là, est devenu une marque de fabrique un peu systématique et par trop visible. Certes. Il n'empêche que cette œuvre de Muntean (après un Boogie beaucoup moins convaincant) tient, formellement, solidement sur ses rails et charme, dans le fond, par sa justesse. C'est déjà po mal, non ?
Boogie (2008) de Radu Muntean
Petit film roumain sans prétention qui tient la route par la simplicité de sa trame narrative et la spontanéité du jeu de ses acteurs. Muntean filme en longs plans séquence l'histoire d'un jeune adulte qui, le temps d'une longue soirée, replonge au (bon?) temps de son adolescence qu'il vient pourtant à peine de quitter. Sans chercher la belle image ou le symbolisme à tout crin (seule la dernière séquence fait écho à la première, avec cette petite thématique d'être toujours "en construction", comme dirait le gars Guérin), le cinéaste colle aux basques de ce Boogie qui laisse sa femme en plan, avec le gamin sur les bras, le temps d'une soirée entre "vieux" potes perdus de vue (et sûrement po revus de sitôt): discussions jusqu'au bout de la nuit, alcool qui coule à flot, cigarettes fumées après avoir définitivement arrêté, jeune pute partagée, bref tout ce qui fait que les hommes resteront, en bande, d'indécrottables mâles...
Tout commençait pas trop mal avec cette journée, sur la plage, un premier mai : Boogie, qui, on l'apprendra par la suite, a l'air de passer beaucoup de temps au taff, prend enfin un peu le temps pour jouer avec son gamin et pour prendre un faible rayon de soleil auprès de sa femme qui a un petit bidou- un second gamin est
déjà bien en route. Images d'Epinal qui s'obscurcissent une première fois quand Boogie décide de faire trempette - sa femme n'apprécie guère, ben ouais, c'est comme ça, parfois... - puis, une seconde fois, quand il décide de passer la soirée avec deux anciens potes juste après en avoir rencontré un, par hasard, au retour de la plage. Madame fait un peu la tronche, forcément - sympa le petit week-end paisible -, rentre avec le gosse à l'hôtel, puis en rajoute une couche - elle lui sort un peu ses quatre vérités - quand le Boogie rentre un peu plus tard. Ce dernier renfile son jean et part finir la nuit avec ses deux potes partis en goguette. Longue discussion sur la situation de chacun, les plans foireux, les souvenirs qui traînent... On se parle comme si on ne s'était jamais quittés, on regrette bien sûr de ne plus être en contact, on fait des plans sur la comète et le lendemain... ben chacun reprend sa route comme si de rien n'était, le Boogie retrouvant, après avoir "déconné", son petit cocon familial; une nuit pour enterrer une bonne fois pour toute sa jeunesse, une nuit avec son petit lot de faiblesses et d'égoïsme purement masculins... Mais à quoi bon juger... Certains plans tirent un peu "en langueur", certes, la mise en scène est bien pépère, mais le film possède une réelle authenticité qui a son charme. Muntean ne va pas révolutionner le cinéma roumain, mais livre un film attachant sur le passage (définitif ?) à l'âge adulte qui ne peut que trouver des échos au sein du spectateur lambda. Rien d'exceptionnel, nan, mais une vraie sincérité...




