The Messenger (2010) d'Oren Moverman
Chaque génération ricaine a sa guerre et les films qui vont forcément avec. Oren Moverman joue la carte de la sobriété malgré un sujet qui pouvait facilement tomber dans le pathos larmoyant (on craint le pire au début, mais le réalisateur redresse bien la barre par la suite) : deux anciens de la guerre en Irak (l'un période Koweit, l'autre période actuelle) sont chargés d'annoncer le décès d'un soldat aux proches du gazier. Pas forcément le taff que l'on fait à la légère... Moverman base l'essentiel de son film sur l'association entre le Captain Stone - Woody Harrelson, tout d'une pièce, un type à l'aspect lisse et un peu beauf mais dont le coeur n'est pas forcément de pierre - et le jeune Sergent Montgomery, salué comme un héros après avoir secouru des hommes lors d'une mission - Ben Forster, tout en finesse, blessé méchamment à l'oeil lors de l'aventure et ayant du mal à faire le point sur lui-même depuis son retour. Deux générations de soldats qui semblent guère faits pour s'entendre - Montgomery qui n'a point perdu toute sa sensibilité humaine voit d'un sale oeil ce papa brut de décoffrage - mais qui vont finalement s'épauler pour tenter de revenir les pieds sur terre.
Une trame qui n'est point d'une originalité folle dans le fond ni vraiment dans la forme - Moverman nous gratifie simplement de quelques séquences caméra à l'épaule (d'une belle fluidité faut reconnaître) quand les deux hommes s'apprêtent à accomplir leur mission (la vie de leur interlocuteur vacillant alors même que nos deux hommes doivent garder la face): c'est assez attendu comme procédé mais proprement exécuté (beau pétage de plombs notamment du toujours excellent Steve Buscemi en père qui apprend la mort de son fils). L'intérêt repose avant tout sur le jeu irréprochable des deux acteurs dont l'association un poil contre nature va déboucher sur une sympathique complicité. On sent bien que les deux hommes, depuis leur retour, n'ont pas l'impression de se retrouver sur la même planète (le thème n'est pas nouveau); si le jeune Montgomery va tenter peu à peu de percer la cuirasse de ce Stone aux idées un peu trop arrêtées, ce dernier, avec un évident paternalisme, va veiller de façon bienveillante sur ce petit jeune un peu perdu sentimentalement : les deux hommes colmatant peu à peu les fêlures de l'autre. Rien de bien révolutionnaire, avouons-le (c'est un film américain, hein), mais les deux acteurs apportent une belle densité à leurs personnages blessés psychologiquement. Un message qui passe donc plutôt bien avec une belle retenue dans l'émotion.


