Fais-moi Plaisir ! (2009) d'Emmanuel Mouret
Avec toute la sympathie qu'on a pour l'univers d'Emmanuel Mouret et pour ses dialogues ciselés joliment mis en bouche qui semblent sortir d'une génération pré-SMS, Fais-moi Plaisir ! traduit une petite baisse de régime : c'est l'éternelle histoire du marivaudeur marivaudé (ah les mots n'existent pas, dommage) ou du libertin libertiné (décidément...), et on en veut pas trop à l'Emmanuel de collectionner, en passant, les aventures, certain qu'il prend autant de plaisir à faire son casting que Duchovny dans Californication - ne soyons point bêtement jaloux. Le fait est que cette fois-ci, on a un peu plus de mal à rentrer dans son jeu : devenir le petit ami de la fille du président de la République incarné par un Jacques Webber qui joue de sa grosse voix comme s'il incarnait le Père-Noël, pourquoi pas, là où l'on est en revanche un peu plus sceptique, c'est sur le jeu notamment des comédiennes - Frédérique Bel a un débit de mitraillette et a un peu de mal a articuler tous les mots, enfin passons, quant à Judith Godrèche, elle a terriblement du mal à trouver le rythme, composant une donzelle molle comme une chique avec deux expressions - les yeux langoureux, la bouche en coeur, stop -; seule la magnifique Deborah Français semble avoir toujours le ton juste, sans chercher à composer des mines théâtrales à chaque réplique.
L'autre point faible du film et la grosse déception, c'est la volonté de Mouret de meubler le ventre mou de son oeuvre avec toute une suite de gags burlesques qui oscillent entre un Pierre Richard qui s'échaufferait et un Tati débutant, dans l'utilisation des décors ou de la musique : ça part d'un bon sentiment, certes, on sent que l'Emmanuel prend plaisir à se mettre scène dans les postures les plus ridicules - il mime bien l'électrocution au grille-pain, par exemple; la séquence dans l'ascenseur "parlant" fonctionne également magnifiquement - mais le problème c'est que la plupart des séquences sont quand même rarement drôles. Chaque petite idée est bien souvent terriblement étirée (le rideau coincé dans la braguette, ça va deux minutes, dix, c'est lourd) et le film a toute les peines du monde à retrouver le rythme tonitruant des premières scènes (voire même l'originalité : le couteau à couper le fromage était une vraie trouvaille visuelle...).
Emmanuel Mouret, avant de retrouver son foyer, fait une étape dans un appart bourré de nymphettes - entre le conte de fées et le fantasme inavouable - mais a encore du mal à tirer vraiment profit de cette situation éminemment sensuelle, s'embourbant dans un ultime gag visuel un peu pathétique. Mouret a beau conserver son ton et son aura de cinéaste-acteur résolument à part, on commence à attendre un peu plus venant de lui que ce genre de comédie tellement légère que le moindre coup de vent la ferait disparaître. Allez, refaites-moi plaisir, s'il vous plaît...
Un Baiser s'il vous plaît (2007) d'Emmanuel Mouret
Heureusement - toujours à la recherche de ma comédie (c'est pour le taff, je peux po tout vous expliquer) -, j'avais un bon vieux Emmanuel Mouret sous la main. On est rarement déçu avec notre charmant jeune homme qui trace sans faire trop de bruit son petit bonhomme de chemin dans le cinéma français. Il est question de marivaudage amoureux ou comment un simple baiser entre amis peut rapidement dégénérer en passion fougueuse incontrôlable... Un récit est enchâssé dans un autre et permet de "réfléchir" sur les notions d'amitié, de désir, d'amour, d'attirance, de sentiment, d'affection : l'histoire qui se noue entre Emmanuel Mouret et Virginie Ledoyen, super potes avant le "drame" d'une petite caresse pour le fun, est racontée par le biais d'une Julie Gayet refusant de donner un petit baiser à un inconnu d'un soir; car après avoir échangé un petit baiser, tout sage et "amical" qu'il soit, personne n'est jamais à l'abri d'y prendre goût... Et Emmanuel et Virginie vont en faire les frais...
Emmanuel Mouret fait entièrement confiance à ses dialogues à la fois très naturels et parfaitement ciselés : ceux-ci donnent à son univers un ton, certes, très original, mais il y a aussi toute une fragilité de l'instant, un comique légèrement décalé ou encore un charme léger qui finissent toujours par s'en échapper. C'est filmé relativement "à plat", dans des décors d'une sobriété déconcertante (blanc sur blanc cassé généralement, sans exagérer), avec - aïe - des costumes qui font parfois grincer des dents (pas un gros fan, personnellement, de tous ces gros pulls en laine pas vraiment sexy (surtout pour les pauvres actrices; Mouret, s'il tient vraiment à son écharpe, après tout...), seule Virginie Ledoyen semblant avoir apporté ses propres fringues sur le plateau), mais cela met d'autant plus en avant le jeu des acteurs qui peuvent se concentrer avec un certain bonheur sur leurs répliques (et leur diction) qui semblent le plus souvent couler de source. Ce n'est donc, visuellement, jamais d'une extravagance fellinienne (petit budget, ouais, aussi) mais cela donne une profonde humanité à chacun des personnages parfaitement dessinés. La première scène d'amour sur le lit entre Mouret et Ledoyen est un vrai petit délice de précision - pleine d'humour à froid mais aussi de sensualité, avec cette main en gros plan qui se balade "innocemment" sur le blanc du pull puis, un peu moins innocemment sur le noir de la jupe - et il y a, ensuite, toujours un petit détail dans le champ qui vient ponctuer l'évolution de cette relation "purement amicale", au départ (des sigles de "danger" (signalant des produits inflammables et mortels dans le labo de la Virginie) apparaissent sur les murs blancs lors d'une scène d'amour alors que leur liaison devient incontrôlable - de même, sur d'autres murs, des dessins d'amanite phalloïdes, le poison amoureux étant comme passé dans leur veine...). On suit ces petits imbroglios amoureux ponctués de coups de coeur et de trahisons avec un vrai plaisir, le film de Mouret possédant sur toute la longueur une vraie fraîcheur sans sentimentalisme exacerbé. Je la tiens ma "petite comédie" française.
Changement d'Adresse (2006) d'Emmanuel Mouret
Voilà le genre de petite comédie que Télé 7 Jours doit qualifier de "douce amère". Autant dire que ça va pas pêter très loin. Sur un scénario qui ne dépasse pas vraiment la sitcom de base, voire le vaudeville contemporain, Mouret parvient néanmoins à ne pas trop nous ennuyer grâce à des situations mignonettes assez amusantes. Tout tourne autour d'un pauvre petit personnage, corniste de son état (il s'amuse beaucoup de l'ambiguité homophonique entre "cor" et "corps", ça lui fait bien trois scènes), et de ses déboires amoureuses. Pris entre sa colocataire blonde et sa dulcinée mutique et infidèle, il ne sait plus où donner de la tête, d'autant que sa timidité le condamne à la déconvenue systématique. Et après ? Ben après, rien, juste deux ou trois séquences qui font sourire (Dany Brilliant, ben oui, en amoureux transi, une scène de salle de bain assez subtile), et une chtiote musique d'une légèreté bienvenue.
Le problème, c'est que Mouret met son point d'honneur à utiliser un ton décalé, aussi bien dans les dialogues
que dans sa direction d'acteurs. Et ce ton ne fonctionne pas : les dialogues sentent trop la table de bureau, et manquent totalement de naturel ; les acteurs, et lui-même en première position, ne parviennent pas à amener une quelconque fantaisie dans cette histoire cousue de fil blanc. La diction énormément travaillée du sieur, qu'on sent empruntée à une école d'acteurs pourtant magnifiques (disons Léaud ou Lucchini), ne suffit pas à créer un personnage, et on n'y croit pas, malgré la charmante vision des rapports amoureux du gars. Changement d'Adresse passe comme une lettre à la poste, mais en a aussi la rapidité. (Gols - 28/03/07)
C'est croquignolet à souhait, pas méchant, parfois même drôle, avec un ton gentiment décalé - genre un "Rohmer moderne" encore plus théâtral et jamais crédible (possible ?), une comédie à la française quoi avec un éternel trio amoureux parigos (j'ai rien contre Danny Brillant, peux pas dire non plus que je préfère quand il chante, mais son personnage antipathique de dragueur minable est assez pathétique), bref, ça passe en effet comme une lettre à la poste, et si on a oublié le timbre, c'est peut-être pas plus mal. (Shang - 08/04/07)





