Bowling for Columbine de Michael Moore - 2002
Je sais pas, une envie, comme ça, de revoir ce truc 10 ans après, pour voir ce qu'il en reste. Alors je sais bien que la fin ne justifie pas les moyens, que j'ai râlé plus souvent qu'à mon tour contre les faux documentaires qui entourloupent leur public (suivez mon regard du côté des ours américains) et que la mauvaise foi a ses limites. Il n'empêche que j'aime bien Michael Moore, qu'est-ce que vous voulez, et pour les raisons même qui font qu'il n'est pas aimable : il utilise honteusement le documentaire à des fins partisanes, voire propagandistes, fait dire exactement ce qu'il veut aux images par la seule grâce d'un montage au bulldozer, prêche des convertis et nous prend pour des poires ; mais ma foi, on ne va pas reprocher à Charlie Hedo d'être un tantinet subjectif, et j'ai l'impression qu'il faut prendre Moore comme tel : un pamphlétaire, qui t'emmerde avec ta vérité et transforme sa colère en petits objets engagés qui marquent des points.
Alors c'est sûr qu'on rigole doucement devant sa vision idyllique d'un Canada complètement peace and loe, qui vit toutes portes ouvertes dans une harmonie bisounoursienne ; qu'on tique devant le montage champ/contre-champ truqué de la rencontre avec Charlton Heston ; et qu'on verrait bien deux ou trois autre arguments un peu plus solides pour lutter contre la vente d'armes aux States que cette manipulation sentimentale qui consiste à amenr un jeune handicapé devant les gusses qui ont venu des munitions aux tueurs de Columbine. Mais ça n'est pas l'affaire de ce film de faire dans le sutilité, ni même, disons-le, dans la vérité : Moore ne s'en cache pas, il est contre la légalisation tous azimuths des armes à feu sur son territoire. A partir du moment où il affiche aussi ouvertement son parti pris, qu'y a-t-il de gênant à ce qu'il s'éclate à taper sur les méchants qui les mettent sur le marché ? D'autant que ça donne des moments vraiment drôles, surtout grâce à la tronche concernée des gars qui se font agresser par Moore : autant de bons bourgeois engoncés dans leurs convictions ("on doit protéger sa famille avant tout") qui tentent de répondre le plus calmement possible aux attaques faussement candides de Moore, avant de capituler devant ses audaces : le passage du "je suis filmé et responsable" au "ce type m'emmede" est très agréable à observer. Il y a aussi dans le film un petit dessin animé
résumant en trois minutes l'histoire de la violence aux States qui est vraiment bien fait, et franchement pas si loin que ça de la vérité (d'accord, c'est schématique, mais c'est aussi légèrement punk dans le ton). Pas mal de séquences sont inutiles (que vient faire le créateur de South Park dans cette affaire ?), c'est trop long, trop sentimental et parfois franchement concon, mais le fait est qu'on rigole et qu'on applaudit devant ce Guignol qui donne des coups de bâtons aux méchants. On en ressort exactement dans l'état où on est entré, sans avoir rien appris, avec les mêmes convictions, mais on a passé deux heures de jeu de massacre réjouissant. Le travelling est affaire de moral, je dis pas ; mais ça marche aussi pour Michael Moore ?
Sicko (2007) de Michael Moore
Ah ben qu'est-ce que vous voulez, c'est du Michael Moore, honteusement partial, finalement peu renseigné et fier de l'être, sarcastique et vaniteux, aussi léger qu'un bulldozer et d'une mauvaise foi totale. Je dirais que c'est justement pour ça que je l'aime, même si ça n'est pas très à la mode d'aimer ce type. Il paraît qu'il est de bon ton de critiquer l'éthique du gars, qui a perverti le sacro-saint genre du documentaire en en faisant une énorme farce libertaire et subjective. Peut-être, mais le fait est qu'encore une fois, ce type est un héros, et le seul dans le cinéma à oser ce ton et ce côté frontal.
Ca me rappelle un personnage d'une pièce de Visniec qui, devant un homme qui meurt, dit : "je ne peux pas intervenir, je suis journaliste". Moore intervient, lui, et grand bien lui/nous fasse. Ici, il s'attaque au système de santé américain, qui laisse quand même sur le cul. C'est par exemple un homme contraint de choisir quel doigt il préfère se faire greffer, faute de pouvoir payer les deux qu'il a perdus dans un accident du travail ; c'est une nana obligée de payer les frais d'ambulance parce qu'elle n'avait pas fait de demande de prise en charge préalable (elle a eu un accident de bagnole !) ; c'est une femme qui perd sa petite fille parce qu'elle ne s'est pas rendue
dans l'hôpital agréé par son assurance... Les exemples se suivent, atterants, terribles et révoltants. Moore en profite pour agresser au passage son ennemi juré, George Bush Jr, dans sa politique d'absentéisme face à la pauvreté et à la solidarité : images d'archives saisissantes, comme cette rencontre entre Bush et une pauvre bonne femme contrainte d'avoir 3 jobs pour s'en sortir ("ça c'est l'Amérique !", jubile le Président admiratif, gros connard). Il y a aussi ces films de propagande communiste remontés par le gars, qui fonctionnent parfaitement dans leurs descriptions de la hantise éternelle de l'Amérique par rapport à la gauche.
Sicko est peut-être moins drôle dans son ironie que les
précédents films de Moore, mais il est absolument ravageur, et encore une fois très interventionniste quand il faut l'être, à l'image de cette escapade à Guantanamo pour faire soigner des pompiers (qui ont morflé au 11 septembre) par le service médical de la prison, réputé hyper-pointu. Bien sûr, la vision de Moore du système médical français, canadien, anglais et cubain est honteusement de parti pris, et on regrette qu'il n'apporte aucun contrepoint à sa vision béate d'admiration de la gratuité des soins dans ces pays. Nulle mention du trou de la Sécu, de l'injustice du système de distribution des impôts en France, nul contrepoint qui vienne atténuer l'enthousiasme immédiat. Mais tant pis : on se rend compte qu'effectivement on a bien de la chance d'être né dans un pays qui repose sur le partage face à la maladie, et on ne garde pas rigueur à Moore de nous voir comme des Télétubbies. Dans le monde du documentaire, il faut des Depardon, mais il faut aussi des Michael Moore, hyper-discutable mais aussi unique dans ses prises de position courageuses et inlassables. Rien que le fait qu'il fasse chier les entreprises d'assurance et George Bush me le rend précieux. (Gols - 21/10/07)
Michael Moore découvre que les Etats-Unis ont un système ultra-libéral et on a peine pour lui. Considéré comme un poil à gratter de la "conscience" américaine, capable de se faire le porte-parole des petites gens "spoliées", Michael Moore reste gentiment acceptable au début du "film" (le terme documentaire serait trop gentil) - même si, passons sur le "privilège", il a l'air fier que "grâce à son nom", une société d'assurance revienne sur une décision assez absurde (ne fournir à une gamine sourde un appareil auditif que pour une oreille!!!). Pour le reste, franchement, et cela me gène d'autant plus qu'il est de bon ton dorénavant de lui frapper dessus, il demeure très très pathétique - dans le fond et de la forme. Sa famille "moyenne" de français de Neuilly qui émarge à 6-7 000 euros par mois, déjà ça fait peur. Son arrivée à Cuba et tout l'épisode qui s'en suit (mais ces gens-là ne sont pas le diable (sic) et sans forcément d'humour) le font définitivement passer pour un gros beauf d'Américain alors qu'il se fait toujours une gageure, lui, le gros Moore, d'être "lucide" sur la situation - cela n'a pas l'air non plus de l'étonner outre-mesure que tous les docteurs à Londres soient indiens, il doit toujours considérer que c'est une colonie. Son éthnocentrisme a réellement fini par profondément m'agacer comme s'il découvrait, là maintenant, qu'il y avait un Monde autour des USA - il ne pousse pas le vice à aller jusqu'en Chine, il a sans doute peur de trouver des gens civilisés... Toute cette idée en toile de fond "ah ben on m'aurait menti, on vit mieux ailleurs qu'aux Etats-Unis" (pour lui deux exemples dans un pays ont l'air de suffire pour justifier son point de vue (belle éthique de grand journaliste)) devient gerbante, il a dû soigneusement éviter de filmer des clodos à Paris... ou alors il est vraiment myope... Dans la forme, ces longs passages tire-larmes sur la musique de Platoon ou de la Déchirure (Michael Moore en guerre contre le Monde po gentil) finissent par lasser, comme s'il finissait par trouver une certaine satisfaction dans le malheur des autres - ouais, moi je suis lucide en plus... Et je ne parle pas de ces montages d'images à 3 mille à l'heure dont la rapidité cache la vacuité du discours. Le seul truc qui me faisait rire chez lui c'est quand il avait l'audace d'aller voir les grands pontes des industries ou les responsables politiques et de les confronter avec la réalité - exit cet aspect, ne reste qu'une démonstration qui tombe rapidement à plat: le système social américain n'est pas bon, super, on avait des doutes. Palme d'or tout de même de la plus grosse connerie à l'inénarrable et éternel George W. Bush, surpris et émerveillé qu'une femme dans son pays ait 3 taffs: "Et oui, sourit-il affectueusement, cela est possible aux U-S!!!". Trop cool. Et d'ajouter gentiment histoire de s'enfoncer un peu: "Et vous trouvez le temps de dormir ?". On touche là à la rencontre (Bush vs Moore) de deux grands naïfs qui finissent par faire froid dans le dos... (Shang - 29/10/07)
