Ponyo sur la Falaise (Gake no Ue no Ponyo) de Hayao Miyazaki - 2008
Dernier né du père Hayao Miyazaki, Ponyo s'inscrit délibérément dans la veine de Totoro, à savoir qu'il s'adresse surtout à un public de très jeunes enfants. Non point qu'il y ait suffisamment de poésie pour plaire à bibi, attention, mais enfin la trame tient sur un coquillage : un chtit bout de chou/poisson rouge s'échappe de la garde de son père, grand sorcier des mers, rencontre un chtit gamin sur la plage et rêve de devenir humain - mais il est repris par le papa, gasp; il provoque un véritable tsunami en s'échappant une seconde fois, libérant un élixir magique, mais tout finira par rentrer dans l'ordre - bon ok un gros coquillage quand même. C'est mignon tout plein, la séquence d'ouverture justifie à elle-même le détour - 15.000 méduses, au moins, avec des petits trucs bizarres partout - et le coup de crayon des studio Ghibli, sans aucun pixel d'ordinateur, garde tout son charme. Miyazaki enfonce bien le clou pour montrer à quel point la mer est devenue dégueulasse dans ses fonds, et pas seulement parce que les poissons y baisent dedans. Quelques petites piques écologiques qui ne font jamais de mal... Le tsunami sera l'occasion d'un déferlement de poiscailles en tout genre, une tempête qu'on regarde en finissant les cheveux mouillés. L'alchimie entre les deux bambins fonctionne comme sur des roulettes sans jamais tomber dans la mièvrerie, et c'est déjà un bon point. La musique quant à elle est peut-être un peu trop omniprésente mais apporte souvent du souffle à l'action. Bon voilà, on va pas non plus en faire tout un sashimi, c'est plaisant comme tout à regarder et cela permet de ressortir, pour un temps, de sa vieille poche percée, ses yeux d'enfant. Pas perdu de neurones sur l'occase, c'est toujours cela de pris. (Shang - 02/10/08)
Je ne suis pas forcément un inconditionnel de Miyazaki, mais je dois avouer m'être laissé prendre au charme de Ponyo sur la Falaise. Peut-être parce que, pour une fois, il délaisse les inspirations mystiques un peu mornes pour s'intéresser à une poésie plus naïves, plus directement destinée aux tout-petits. Le film ne pète pas loin, il est juste joyeusement coloré et mignon, et finalement c'est peut-être là que Miyazaki est le meilleur. Il retrouve son talent pour dessiner des paysages simples, et livre d'ailleurs ici un de ses plus beaux décors : une maison perchée sur une falaise, symbole de solitude qui colle bien avec la vie du petit héros. Isolé avec sa mère dans cette maison, coincé entre une école dans laquelle il a du mal à s'inclure et une maison de retraite ouatée, le petit Sosuke passe son temps à observer avec des
jumelles son pôpa marin qui passe avec son bateau au large de la maison, ne communiquant avec lui que par signaux lumineux. Il est enthousiaste et heureux, mais il lui manque indéniablement quelque chose, et Miyazaki pointe très subtilement ce manque en plantant un univers particulièrement réussi. Les personnages "humains" sont parfaits, surtout la mère dépassée, femme-enfant qu'on découvre uniquement à travers les yeux de l'enfant.
Miyazaki va faire déferler sur ces deux êtres un tsunami dantesque, qui va aller de paire avec la découverte de l'amour chez le bambin. Là aussi, belle idée que cette rencontre entre l'humain et l'animal (Ponyo, un poisson qui rêve de devenir fillette) à travers les éléments : la scène centrale, tempête immensément poétisée par la vision de Miyazaki, inquiétante et fascinante, moitié-naturelle moitié-humaine,
est superbe. Le film se teinte de couleurs sombres, d'une sourde menace et d'un flot de motifs qui dépassent complètement les personnages : on a vraiment l'impression de se frotter à quelque chose de cosmique, alors que Miyazaki laisse à l'intérieur de ce chaos toute sa place à l'intimité de ses héros (plusieurs dilemmes s'y jouent, de la responsabilité maternelle à la naissance de l'amour). Discours écolo, délires de couleurs, audaces esthétiques (les vagues humaines), le film brasse plein de sujets tout en restant au plus près de ses petits spectateurs, se moquant bien des adultes qui les accompagnent. Dans les moments de calme, les aventures de nos deux gamins sont mignonnes com
me tout, craquantes à souhait (très jolies voix françaises), et pleines de petits détails attachants : Ponyo qui dévore des tranches de jambon, un bateau-jouet qui se transforme en vaisseau, un tunnel inquiétant et très kurosawaien comme symbole des peurs enfantines, des petites vieilles qui pètent la forme, c'est charmant et superbe à regarder. Le film reste en plus d'une belle abstraction, traitant la logique à la rigolade, et laissant plein de portes ouvertes plutôt que de tout expliquer. Mon neveu de 5 ans en est sorti bouche bée, et j'étais pas loin du même état. (Gols - 16/04/09)
Porco Rosso (Kurenai no buta) (1992) de Hayao Miyazaki
Un bon petit Miyazaki de temps en temps, ça fait pas de mal, surtout avec un gros porc en héros qui fume des gitanes. Si l'histoire est centrée sur le duel entre l'honorable "Porc Rouge" et le frimeur américain de Curtis, deux hydraviateurs de renom, on retrouve en toile de fond un territoire entre le réel et l'imaginaire "quelque part dans les mers Méditerranée" - à forte teneur italienne quand même, une histoire d'amour toujours remise à plus tard, une jeune fille bien émancipée, et ces magnifiques villes-îles dont le maître japonais a le secret. Quelques piques anti-américaines gentillettes - la fin du combat aérien "au pistolet", notre ami le porc tançant l'américain qu'on est point dans un western avant de lui envoyer une clé à molette dans la tête -, des personnages récurrents dans l'univers du grand Hayao - le savant fou moustachu, les grands-mères avec une grosse verrue sur le front... - et toujours un humour de bon allant, avec bastons de folie (le combat aux poings jusqu'à l'épuisement entre nos deux personnages principaux qui leur laisse le visage en compote - dantesque), jeux de mots extra-fin (le porc "tête de lard" aux idées un peu grivoises, pardon, cochonnes) et malgré tout un grand sens de l'honneur chez notre héros. Miyazaki n'est pas rat dans les couchers de soleil, et livre quelques séquences poétiques d'anthologie comme cette mer blanche de nuages sur laquelle se pose l'hydravion rouge du futur Porco Rosso (c'était un homme avant une mystérieuse malédiction...), et cette traînée blanche dans le ciel constituée de tous les avions abattus, comme si leur âme continuait de planer dans les airs; la séquence d'ouverture est en elle-même assez jouissive avec ces petites écolières qui rêvent de se faire kidnapper et foutent un souk infernal chez les preneurs d'otages : Miyazaki ne prend pas les gamins pour des abrutis sages comme une image, mais pour des petits monstres turbulents pleins de curiosité. Toujours un plaisir pour ma part.
Le Château ambulant (Hauru no ugoku shiro) d'Hayao Miyazaki - 2004
Malgré mon dédain habituel pour les dessins animés, j'ai bien voulu faire une exception pour ce film de Miyazaki, dont on n'arrête pas de nous rebattre les oreilles depuis sa sortie, comme étant un des grands chefs-d'oeuvre des films d'animation nippons et blablabla. Eh bien, ma foi, pas grand-chose à dire de ce Château ambulant, à part peut-être qu'il est effectivement d'une fort bonne facture au niveau visuel, et que ça a dû être galère de dessiner tout ça ma pov'dame. Miyazaki n'est a priori pas daltonien, et sature son écran de couleurs et de motifs, c'est joli comme tout, et ça fait son effet. C'est d'ailleurs curieusement dans les scènes grises
(pluie, guerre, écrans sombres) que l'esthétique prend toute son ampleur, par contraste sûrement. Le montage entre ces scènes et celles inondées de clarté fonctionne bien, et donne à tout ça un aspect certes un peu trop bariolé, mais joyeux et naïf. On remarque avec enthousiasme les références du gars, loin de celles qu'on attend, aussi bien visuellement (du Bruegel me semble-t-il dans les scènes de guerre, et du Tardi aussi, du Vermeer dans les scènes de ville, et un côté surréaliste dans ce château déglingué et rouillé qui se balade dans la campagne) que musicalement (on est parfois proche de Prokofiev, noble modèle étouffé par un générique de fin disneyen immonde). Mais malgré ces références, Miyazaki sait inventer un monde à lui, très original, qu'il a d'ailleurs tort de
cacher sous un universalisme gênant dans ses motifs (les personnages sont visiblement de type européens, ses boutiques portent des enseignes américaines). On aurait préféré voir un film japonais, d'autant que la trame est ancrée profondément dans la culture nippone (sorciers, éléments qui s'affrontent, hantise du nucléaire, fantômes, etc.)
Côté scénario, c'est franchement moins convaincant, une histoire niaiseuse de sortilèges ballots conjurés par un baiser d'amour, de chiens gentils, de mamies rigolotes et de petits garçons aux grands yeux, qui donne des renvois de sucrerie.
Bon, tant pis, je reconnais que je ne suis sûrement pas le public visé. Quoiqu'on en dise, ce film s'adresse aux enfants, et c'est une de ses qualités que de rester dans le domaine de l'enfance sans chercher à séduire les adultes. D'ailleurs pas compris grand-chose à cette histoire, finalement, mais ça, cherchez pas, c'est mon horreur de l'heroïc-fantasy (arrière, Tolkien, Lovecraft et petits gnomes !), je fais un blocage. Pour finir, je vous supplie d'apprendre à lire à vos enfants pour pouvoir regarder Le Château ambulant en japonais sous-titré, car la voix du feu est impayable.



