19 décembre 2010

Le Masque arraché (Sudden Fear) (1952) de David Miller

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San Francisco est vraiment la ville du polar, preuve en est avec remarquable film noir signé David Miller : un casting de choc - Joan Crawford, Jack Palance, Gloria Grahame -, une histoire d'amour trop belle pour être vraie, qui se transforme en cauchemar, une musique d'Elmer Bernstein de feu et une course poursuite finale dantesque ; pas de doute, on tient là un petit trésor du genre - seule ombre au tableau, la version DVD totalement indigne qui semble loin d'être à la hauteur du travail de Charles Lang, dommage. Pour le reste, une fois passée une première partie gentiment idyllique, il suffit de s'accrocher à son fauteuil pour savoir qui du Jack, honteusement fourbe, ou de la Joan, écrivaine de pièce à succès capable d'imaginer le crime parfait, s'en sortira vivant... Brrrr.

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Après une première rencontre qui finit en clash - Joan vire Jack de la pièce qu'elle a écrite, le trouvant pas assez "romantique" (beau numéro du Jack qui lui rappelle que Casanova était un laideron...) -, nos deux artistes se retrouvent dans un train qui doit les mener de New-York à San Francisco (Jack devait descendre à Chicago, mais... il improvise...); cela laisse du temps pour faire plus ample connaissance et bingo, c'est main dans la main qu'il foule le quai de la ville qu'immortalisera Vertigo. On a rarement vu deux tourtereaux se sourire autant, s'embrasser si souvent, danser aussi longtemps. Il se marie en un tour de main, à peine le temps pour moi de finir d'éplucher ma mandarine. On pensait voir un film noir, c'est à un film presque rose bonbon qu'on assiste jusque là : on enlève ses moufles, un poil échaudé - les mandarines font moins les malines. Et puis débarque Gloria Grahame, toute chafouine, et on commence à se douter qu'avec le Jack, ils ont un lourd passé. Diable, ils s'avèrent être des profiteurs de la pire espèce ! Jack a terriblement bien caché son jeu, faut toujours se méfier d'un acteur qui a des allures de joueurs de basket et de tueur de western.

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La Joan, aveuglée par l'amour, est à deux doigts de filer à son partenaire, par testament, toute sa fortune (elle est richissime la bougresse), et pis le truc con qui prouve que Jack n'est guère méfiant et un peu couillon : alors qu'il discute avec Gloria de la façon de supprimer sa femme, il oublie que l'endroit est truffé de micros, Joan dictant ses pièces et ses mémos justement dans cette... pièce. Je vous raconte pas l'horreur qui va étreindre la pauvre Joan quand elle va tomber par hasard sur cette conversation - un peu comme si vous appreniez subitement que vos deux parents sont sarkozistes. Le sang se vide de son visage, ses membres tremblent comme une peau de tambour, ses yeux ne sont plus que deux globes prêts à rouler par terre - la Sudden Fear, c'est là... Moi, franchement, j'aurais pris le disque d'enregistrement, et direct à la police. Elle, non seulement elle pète le disque en cherchant à le cacher - po finaud -, et... reste chez elle, seule, comme une âme en peine. Ah ? La nuit lui portera - un drôle de - conseil : dès le lendemain elle met en effet au point une vengeance furieusement pensée...

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Dès lors, chaque fois que le couple se croise, la tension est à son max, chaque baiser est celui d'un serpent à sa proie, chaque sourire est plus jaune qu'un maillot nantais. Garder la face, putain, et chiader un plan dans ses moindres détails... mais la Joan n'est pas à court d'imagination : il faudra la voir devant son mémo - elle a minuté à la perfection la soirée durant laquelle elle portera l'estocade - avec l'ombre de cette pendule qui ne cesse de faire le va-et-vient devant son visage ; le plan est magnifique, son plan est satanique. Les quinze dernières minutes s'annoncent terrible, Bernstein à grand coup de notes pianesques, d'archets violant violon et de sons cuivrés livre une partition mémorable. Comme dans chaque plan trop parfait, il y a toujours des imprévus, ou les nerfs qui peuvent lâcher, ou... pire. Miller n'oublie pas de soigner les petits détails cruciaux qui marquent des points - Joan déroulant ses bas pour préparer un subterfuge, d'intelligents jeux de miroir dans lesquels on capte "l'état d'esprit" de ses interlocuteurs, de petits papiers intelligemment dissimulés dans des gants, un petit chien mécanique dont la course se révèle terrifiante, un flingue dangereusement laissé à terre en pleine panique... - et on savoure ce final réglé aux petits oignons. Un film noir qui prend tout son temps avant de vous saisir à la gorge et vous laisse groggy. Un morceau de choix, indéniablement.

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10 juin 2009

Le Réfractaire (Billy the Kid) (1941) de David Miller - tournage commencé par Frank Borzage

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Borzage a donc initié le projet avant d'être remplacé par ce nouveau venu, David Miller, un nom qu'on peut gentiment oublier : Borzage était sensé se rendre sur un autre tournage... pour un projet qui finalement n'a jamais vu le jour... Voilà la petite histoire derrière ce petit film qui, en dehors du fait d'être en couleurs - pas si courant à l'époque - et de faire une large place, en toile de fond, aux paysages de l'Arizona et du Parc du Monument Valley, n'est pas d'un grand intérêt... Robert Taylor, avec son ptit perfecto vintage, tente bien de serrer les dents pour se donner un poil l'air méchant, il est quand même pas terrible dans ce rôle de Billy the Kid. Au départ du film, il se met au sevrice de la fripouille du bled avant de retourner sa veste et de taffer pour un homme qui a beaucoup plus confiance en la justice de son pays. Le Robert est non seulement amadoué par ce grand propriétaire moderne et franc du collier mais surtout par la soeur de celui-ci (la transparente Mary Howard qui a remplacé la borzagienne Maureen O'Sullivan en cours du projet); on sent qu'une idylle commence à se faire jour avant que le Billy apprenne que la donzelle va se marier avec l'un de ses potes... Il réagit à peine et ce ressort dramatique est ensuite complètement laissé de côté - bien inutile ma foi tout ça. On pense que le Billy va malgré tout peu à peu rentrer dans le droit chemin - ça lui fait du bien l'air de la campagne, ça se voit -, c'est oublier qu'il a la tête prêt du bonnet, William - oui, c'est subtil, désolé... Plutôt que de faire confiance aux personnes habilitées et de laisser les autorités rétablir la justice, il décide de flinguer un à un tous les mecs qui ne lui reviennent pas (il avait pas encore vu Gran Torino, cela dit) ce qui va forcément causer sa perte dans un final au suspense ultra mollasson et téléphoné - si vous avez pas compris que Billy est normalement gaucher, c'est que vous êtes vraiment des quiches. Bref, c'est vraiment par fidélité au Frank, mais il n'a point dû vraiment regretter de ne pas voir son nom apparaître au générique...

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à l'aborzage ! clique

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