10 janvier 2012

Zebraman 2 (Zebura Shiti no gyakushû) de Takashi Miike - 2010

ZebramanPic1-600x399L'opus 1 vous avait semblé de trop bon goût ? L'opus 2 vous plongera dans une hébétude totale, puisque notre bon Takashi, dans son esthétique aussi délicate qu'un tas de Malabar mélangé et fondu au soleil, y ajoute une ou deux épaisses couches de foutoir total, à la grande joie des petits et des grands... ou à leur écœurement complet, au choix. A la vue de ce bidule improbable et hideux, on ne sait plus trop si on doit s'affliger devant la débilité profonde de tout ce qui nous est montré à l'écran, ou s'esclaffer devant les marques néo-punks du moins lisse des cinéastes contemporains. Tel que vous me voyez, je suis un peu à cheval entre les deux, tout comme Miike lui-même qui a en quelque sorte le cul entre deux chaises. S'il a voulu rendre un vrai hommage au genre (le téléfilm de super-héros nippon genre X-Or),le film est trop caustique, trop millième degré ; s'il a voulu faire une parodie, il n'est pas assez drôle et trop grand public pour remporter vraiment son pari. Mais bon, la qualité du film, tout de même, est de nous frotter à une esthétique absolument inédite, de nous confronter aux limites du kitsch, et de nous montrer une audace impressionnante au travail.

ZebramanPic2-600x400Le scénario lui-même est consternant, ou génial, comme vous voudrez : en 2025, Zebraman se réveille en ayant perdu la mémoire. Le pays est géré par un dictateur qui a instauré dans son programme le "Zebra-time", principe révolutionnaire (et pour le coup, bien trouvé, ça constitue même la seule chose un peu intelligente dans le film) : 5 minutes quotidiennes où tout est permis, viols, meurtres, déviances de toutes sortes. Le résultat est d'ailleurs une chute significative de la criminalité dans le pays, eheh. La fille du dictateur, une Lady Gaga sur-sexuée, va s'avérer être en fait la face "sombre" de Zebraman, lui endossant le rôle du gentil pur. La confrontation sera sanglante (à prononcer avec une voix d'outre-tombe). Ajoutez à ça une fillette de 25 ans (...) qui a avalé un extra-terrestre, une masse verte qui détruit le Japon façon Godzilla, un infirmier qui a lui-même interprété Zebraman à la télévision, des fliquettes en mini-jupes, et vous aurez un début d'idée du capharnaüm qui règne là-dedans. On est scié par le n'importe quoi de la chose, le ridicule des dialogues, l'ineptie du jeu d'acteurs... et pourtant il y a dans ces excès à la fois potaches et sulfureux un je-ne-sais-quoi qui fascine et vous fait rester devant votre écran... Une façon d'aller toujours plus loin, jusqu'au bout du bout de son idée, même mauvaise, sans doute. Car la plupart des idées de Zebraman 2 sont sidérantes, depuis l'insert de clips de R'n'B jusqu'aux effets spéciaux vintage, en passant par ce final absolument impossible où le héros mange un géant en entier pour le tuer (il se transforme alors en énorme baudruche et s'envole dans l'espace sous les yeux énamourés de la fillette qu'il vient de sauver) ; difficile de décrire le mélange de consternation et de respect qu'on ressent face à ça. Ceci dit, on est loin des vraies irrévérences passées de Miike, qui pond là un de ses films les plus regardables, et c'est bien pour ça qu'on reste en grande partie sur la touche. Mais ces 90 minutes sont suffisamment hors de tout, et notamment hors de tout canon esthétique repéré, qu'on apprécie de les passer auprès de ce super-héros super-naze plutôt qu'auprès des héros formatés ricains.

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04 juillet 2010

Dead or Alive I (Dead Or Alive : Hanzaisha) de Takashi Miike - 1999

2C'est toujours un grand moment de plaisir régressif que de se taper un polar de Miike, et même si Dead or Alive a pris quelques rides en 10 ans d'existence, il n'en reste pas moins toujours aussi hallucinant et novateur. On ne voit franchement aucun autre exemple du style Miike, que ce soit chez ses compatriotes asiatiques (Tsui Hark est nettement en-dessous au niveau de l'invention) ou dans le cinéma mondial (Tarantino fait figure de jeune écolier timide à côté). Libéré de toute référence, Miike peut donner libre cours à son goût, qu'il a mauvais, et peut à son aise pulvériser son scénario, flirter avec le grand n'importe quoi, tenter des choses qu'il abandonne immédiatement après, et livrer un des films les plus barrés de la terre.

Ce qui commence comme un polar plus ou moins classique (un gang de méchants, un flic à leurs trousses) dérive très vite vers une sorte de fantastique glauque, ou plus exactement d'heroïc-fantasy trash, ou pour mieux dire de manga buñueliste, ou pour préciser de gore à la Magritte. Car c'est dans le décrochage que Miike est bon, dans toutes les séquences qui quittent l'intrigue principal pour développer une poésie torve ; ça tombe bien, Dead or Alive est composé presque uniquement de Sans_titredécrochages, la trame étant réduite à peau de chagrin et ne servant que de prétexte à peine esquissé à essayer des tas de trucs : une prostituée qui meurt dans une piscine remplie de merde, deux ou trois tueries chaotiques, un discours sur le socialisme, des personnages secondaires qui passent subitement au premier plan avant de se faire dézinguer dans la minute... C'est un catalogue de digressions, et le tout, mis bout à bout, finit par constituer un film. Un film aberrant, violent jusqu'à la complaisance, plein d'un goût immonde pour tout ce qui concerne le sperme, la merde et le sang, déséquilibré comme c'est pas possible ; mais un film au bout du compte fascinant, qui va au bout de son (non-)projet, voire le dépasse dans un final éblouissant que n'aurait pas renié Tex Avery. Que dire d'autre, à part qu'il faut voir ça pour le croire, et que ça fait du bien qu'il y ait encore des cinéastes pour raconter ce genre de trip, et des producteurs pour les donner à voir. De l'anti-cinéma, jubilatoire et éprouvant.

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01 février 2009

Sukiyaki Western Django de Takashi Miike - 2008

18816742_w434_h_q80Le cinéma de Miike, ça devient vraiment, à force, de la théorie pure. Sukiyaki Western Django, qui a le tort d'arriver après le bien meilleur Le Bon, la Brute et le Cinglé, voudrait être lui aussi un hommage double : aux westerns spaghetti et aux films de sabre. Mais à force de figures de style improbables, à force de critique sur le genre, à force d'ironie, à force de brandir les motifs incontournables comme des icônes vidées de sens, Miike se heurte à autre chose, bien plus discutable : l'hommage à l'hommage.

Car Leone, ou Eastwood, ou Kurosawa, ou Misumi sont pratiquement absents de ce film. Certes, Miike les cite textuellement (avec même une allusion directe à Yojimbo), tente d'en retrouver les figures et le style ; mais il échoue totalement. Son western barré est beaucoup plus un hommage à des cinéastes qui ont déjà parodié le genre : Tsui-Hark, Zhang Yimou, et surtout Tarantino, 19014285_w434_h_q80présent comme acteur et comme encombrant fantôme. Et on a beau dire, faire un film qui parodie Tarantino, c'est quand même du concept. D'où le grave échec de ce film franchement too much, qui s'agite dans tous les sens pour cacher une absence de style très nette. On a la triste impression d'avoir déjà tout vu, depuis les duels colt/sabre jusqu'aux femmes guerrières, depuis ces histoires de clans en guerre jusqu'à ce héros mutique au grand coeur. Miike perd toute originalité dans cette copie peu inspirée, et perd surtout toute identité : le film semble être passé par le Japon et l'Amérique avant d'avoir échoué sur la table de travail de Miike, usé jusqu'à la trame par ce long voyage. Quand on aime le réalisateur fou-furieux de Dead or Alive ou MPD Psycho, on ne peut que soupirer.

18816746_w434_h_q80Bien sûr, le gars Takashi tente de donner le change, chargeant son film de milliers de fausses bonnes idées très fashion : décors de carton-pâte, jeu distancé des acteurs, scènes d'action hyper-graphiques et complexes, flashs-back sur-stylisés, dialogues ironiques,... Mais on a la gênante impression que ce cinéma tourne en rond, et qu'il n'est qu'une sage déclaration d'amour à Kill Bill, méta-film ultime. A trop vouloir creuser le genre, Miike l'a rendu transparent. Même pas très fun, Sukiyaki Western Django est un produit dérivé pénible et laborieux.

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22 décembre 2008

MPD-Psycho (Tajuu jinkaku tantei saiko - Amamiya Kazuhiko no kikan) de Takashi Miike - 2000

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Là, je sens bien que je m'attelle à une chronique que je vais avoir du mal à rendre très claire. Bon, commençons par l'histoire, qui tient en une phrase : une star du rock terroriste, Lucy Monostone, donne naissance à 7 enfants qui portent un code-barre dans l'oeil, et qui peuvent se transmettre leur personnalité par téléphone ou par contact des mains, mais Kazuhiko Amamiya / Yôsuke Kobayashi, profiler schyzophrène qui devient soit l'un soit l'autre, tente de pourchasser pour venger la mort de sa femme un de ces descendants, qui découpe le haut du crâne des femmes enceintes pour voler leurs bébés et planter une fleur dans leur cerveau, pourchassé également par un flic dont la soeur est condamnée à mort et son assistant fan de poupées, mais la combustion instantanée de plusieurs personnes, compliquée par un programme d'éducation fasciste, vient densifier la chose, heureusement résolue par un vidéaste trash et borgne qui pourrait bien être Lucy lui-même, mais préfère filmer des cadavres et expédier des femmes-troncs dans des caisses, avant de s'intéresser à un programme informatique qui permet d'inventer une nouvelle génération de codes-barre (rouges), à moins qu'on ne trouve l'anti-virus qui semble dissimulé dans une collectivité de lycéens méchants, qui lutte avec une bande de voyous menée par un géant qui a un oeil au bout de la langue. Oui, je me rend compte que cette phrase est un peu longue. Et ce n'est qu'une toute petite partie du scénario mis en place par Miike. Oui, donc, ça ne tient pas en une phrase, au temps pour moi.

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Pendant presque 6 heures, le gars Takashi semble, lui, absolument clair dans sa tête, et multiplie les rebondissements comme sur 10 saisons de 24. On ne va pas se le cacher : on est perdus au bout de 10 minutes environ, et tout ce qu'on comprend c'est qu'un méchant change de corps toutes les demi-heures. Une collégienne à jupettes, un punk aviné, un étudiant modèle, et jusqu'à un robot-chien vont tour à tour poser des soucis à notre détective aux multiples personnalités, il suffit de bien enregistrer cette donnée pour s'amuser comme un petit fou à cette série absolument improbable. Miike n'est pas avare en imagination, c'est le moins qu'on puisse dire. On s'enfonce de plus en plus dans le grand délire barré, sur le cul devant tant de n'importe quoi assumé et porté bien haut par cette bande de fêlés. Je confesse ma préférence pour les réunions de flics qui jalonnent le film, et où Miike invente à chaque fois une nouvelle façon de présenter les choses : les reconstitutions de crimes barbares sont faites à base de petites poupées-manga, de numéros de clown ringards, de mise en scène érotique, et on s'esclaffe devant l'audace de ces séquences hors de toute référence.

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Car c'est une des grandes qualités de MPD-Psycho : ça ne se prend pas au sérieux, et Miike sait instiller là-dedans un humour non-sensique qui détonne profondément par rapport aux mangas habituels (le film est une adaptation d'une BD). Même si les codes du genre sont respectés (avec ces pluies artificielles, ces lumières anti-naturalistes, cet ancrage dans une urbanité très contemporaine, ces personnages mutiques et dents serrées, ce montage très rapide qui parfois suspend le temps pendant de longues secondes), le cinéaste traite tout ça avec insolence et le sourire en coin. Le grand barnum sidérant mis en place est beaucoup plus souvent une suite de tentatives hasardeuses qu'une vraie narration, et ça fait ma foi bien plaisir.

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Il y a, comme dans tous les Miike, à peu près une idée sur dix qui fonctionne, mais le tout est d'essayer, et on ne peut rien lui reprocher de ce côté-là. Au niveau de la mise en scène, le film est impressionnant de variété : dessins animés, prises en vidéos, pixellisations outrancières, effets spéciaux cheap, triturages de l'image, et parfois réalisme direct de certaines parties, c'est un festival. Dommage qu'au fur et à mesure des épisodes Miike finisse par se prendre un peu trop au jeu de son scénario : les deux dernières heures sont trop sérieuses, moins tenues. Mais avant ça, on reste bouche bée devant ce mélange de Twin Peaks et de X-Files à la sauce nippone, agrémenté d'un zest de The Wall dans le 3ème épisode (le meilleur) et de Mon Curé chez les Tokyoïtes. Unique.

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03 mai 2008

Big Bang Love, Juvenile A (46-okunen no koi) (2006) de Takashi Miike

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Polar ésotérique (!), on se demande bien parfois où Miike va pêcher ses idées et son inspiration. Deux jeunes gars se retrouvent en prison : le premier avait fait la rencontre dans un bar d'un homme d'une quarantaine d'année; allez donc savoir ce qui s'est passé mais le jeune gars a fini par tuer cet homme (un cas de légitime défense...), le problème étant qu'il a mutilé le cadavre; le second type a violé une femme et peut être caractérisé comme étant un gars qui fracasse tous ceux qu'il croise. Bien. Le second est au début du film accusé d'avoir été assassiné par le premier et on va suivre l'enquête... Mais l'intérêt semble être ailleurs que dans cette pseudo intrigue policière - à défaut de parfaitement piger ce que Miike veut nous raconter. Au niveau de la forme, certes on est servi, lumières chiadées, décors high-tech tendance parfois Dogville (ouais), tout cela semble être joliment pensé en terme d'images. Nos deux délinquants juvéniles type A (?) flirtent semble-t-il (à défaut d'amour big bang) entre deux décors énigmatiques, une pyramide et une fusée... symboles d'un passé et d'un futur, d'un paradis et d'un enfer, d'une innocence perdue et d'une rédemption possible...  bon pourquoi pas, mais Miike a tendance à garder les clés sous sa ceinture et le film de rester bien opaque à mes pauvres yeux alanguis; le projet paraît certes a priori ambitieux mais ces deux gros symboles, là, sous une couleur orangée genre coucher de soleil de salle de bain, finissent également par sonner un peu creux. Je me méfie de ces histoires volontairement alambiquées qui cachent une révélation finale mais qui finissent par être comme de jolis paquets cadeaux et d'un vide intersidéral. Définitivement bizarroïde, j'aurais tendance à dire plus pour le pire que pour le meilleur... Intriguant, bwofff...

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06 janvier 2008

Triad Society (Shinjuku kuroshakai: Chaina mafia sensô) de Takashi Miike - 1995

aaaaPremier opus d’une trilogie : Miike réalise un polar sérieux dans les bas-fonds japonais. On se perd un peu entre les méchants Taïwanais, les méchants Chinois et les méchants Yakuza au début (devrait mettre un badge nom de Dieu) mais après moultes turlutes (récompenses et petits plaisirs que les chefs se permettent grâce à un micheton toujours partant – qui commence par narrer l’histoire mais s’efface peu à peu au court du récit) et moultes sodomies (punition : « Ah tu veux pas parler, attends ! » - Miike il est comme ça, on va pas le refaire), on comprend qu’il s’agit d’un sombre réseau de trafic d’organes entre Taiwan et le Japon. Là n’est pas non plus forcément l’intérêt majeur du film, puisque l’histoire a tendance à se focaliser, dans un scénario à la John Woo, entre un flic qui combat tous les méchants et son frère, jeune avocat qui a rejoint le camp des Taïwanais. Celui-là va tout faire pour sortir « des griffes du Dragon » (c’est le nom du clan) son frère, quitte à morfler grave – il n’hésite pas à se faire bastonner comme une serpillère pour passer du côté obscur... Il joue un peu au nettoyeur au final en flinguant tout le monde, et malgré les reproches de ses chefs (gentillette scène finale dans le bureau du boss, où, le briquet du chef ne fonctionnant po, il allume la cigarette de ce dernier : en gros il a fait le boulot que la police devrait faire – on a vu des métaphores plus subtiles, ok), il aura de l’avancement (Merci). Miike nous gratifie quand même de quelques spécials : arrachement d’œil à main nu (on retrouve la chef Yakuza borgne à la fin qui fait la manche…), bain de sang final très gore, baston à grands coups dans la tronche et chaises qui valsent et même si l’image n’est pas toujours d’une luminosité parfaite, le passage à Taiwan baigne dans une luminescence jaune assez malsaine et réussie. Miike – quand il ne tombe pas dans ses délires extrêmes – réussit à faire le poids face aux polars Hongkongais et c’est plutôt une bonne nouvelle. Plein de ressources ce Takashi.   (Shang - 04/01/07)


protectedimage1Oui, oui, d'accord avec le gars Shang, Miike peut se mettre dans les mêmes starting-blocks que ses confrères à gunfights (les Tsui-Hark, Johnnie To ou autres). Effectivement, c'est efficace, marrant, monté au taquet, gore, et impressionnant. Mais il n'empêche qu'on reste un peu sur sa faim avec ce Triad Society. Je ne sais pas, sûrement un manque de vrai sujet, ou plutôt une trop grande dispersion dans plusieurs sujets : Miike ne sait pas trop s'il a envie de parler de frères ennemis, de choc des cultures entre Chinois, Taïwanais et Japonais (effectivement, on a du mal à les différencier), ou juste faire un polar énervé comme ses poteaux. Du coup, le film ne fait que se laisser gentiment regarder. On guette les excès du cinéaste, qui nous a habitués à un cinéma autrement plus déraisonnable. Mais à part les scènes déjà citées par mon collègue (l'oeil arraché, le duel final, la sodomie inattendue, et un ou deux autres bidules assez brutaux), on reste dans le cahier des untitledcharges de ce genre de films. Une dose de musique hardosse, un poil de bagarre bruitée à l'emporte-pièce (un coup de poing = un PWWWOUFFFFFPHHHHH ressemblant à la chute d'un immeuble de 12 étages), un ou deux acteurs qui serrent les dents, une jeune première écervelée, et emballé c'est pesé, on passe à autre chose. Miike débutait à cette époque, on ne peut donc pas lui reprocher cette application scolaire dans l'obéissance aux règles du genre. Mais on s'autorise aussi à oublier bien vite ce film sympathoche et tout juste habile. Je préfère Visitor Q.   (Gols - 06/01/08)

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08 novembre 2007

Gozu (Gokudô kyôfu dai-gekijô: Gozu) (2003) de Takashi Miike

Gozu1Si le cinéma n'existait pas, Miike serait sûrement interné. Heureusement pour nous, et pour lui, il est tombé un jour sur une caméra et depuis il n'arrête plus. Il y a les films complètement starbés de Miike (les Dead or Alive) ou les films d'atmosphère (sa trilogie sur les Triad)... Et pis il y a Gozu, un ovni, même chez Miike, autant dire un truc qui n'arrive de nulle part et où à chaque image on se demande bien dans quoi on s'est embarqué. Bref en un mot, c'est extrêmement jouissif.

L'un des chefs Yakuza a de petits problèmes depuis quelques temps, comme une crise aiguë de parano: tout d'abord il pense qu'un chihuahua est entraîné pour tuer les yakuza et ensuite, il en va de même pour... une voiture blanche. Je passe rapidement, en guise d'apéritif, sur le chien qu'il explose contre une vitrine - Proutouie a haussé les épaules - et zappe le traumatisme de la conductrice de la voiture qui n'en s'est toujours pas remise. Ses chefs pensent qu'il est grand-temps d'agir avant qu'il ne devienne complètement dingue (plus, po facile, remarque) et dézingue tout le monde; son chauffeur a pour mission de l'amener à Nagoya et on se doute bien qu'il risque alors d'y passer...

Moi Nagoya, jamais...

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Coup de bol, il va mourir avant, son chauffeur freinant brusquement: la route est en effet soudainement interrompue par une rivière... Et là c'est le début de gros gros soucis pour notre homme... Il va pénétrer dans un univers complètement à la masse, un peu comme si des héros de Kaurismaki se retrouvaient dans un film de Lynch à devoir parler japonais... Les occupants du restaurant (habillés souvent en travelo pour le fun), de l'hôtel (une vieille qui met son lait (ben oui, le sien, à ELLE, de son sein quoi) en bouteille), de la casse de bagnoles (un type kitanesque avec le visage à moitié peint en blanc) vont rendre complètement fou notre pauvre chauffeur d'autant que lors d'une pause pipi, son patron, mort, s'est envolé. L'image devient d'un jaunassâtre terrible - comme un mal de tête dantesque - et le cauchemar ne fait que commencer... Je passe sur des détails - le chef des yakuzas qui ne bande que lorsqu'il a une louche dans le cul (pour les mots clés, ça marque des points), les hallucinations de notre chauffeur qui voit suinter du lait partout et rêve d'une homme à tête de vache qui vient lui lécher le visage d'une façon ultra baveuse... - pour dire que le final est un summum dans le sexuello-gore: Miike ayant décidé de parler de re-naissance, cela ne fait sens pour lui qu'au sens propre du terme et je ne conseille pas ce film aux femmes enceintes, voilà, c'est dit.

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Un humour tout dans le décalage et l'absurdité, un rythme parfois ultra-lent qui nous donne l'impression d'être rentré dans une autre dimension, une galerie de personnages qui ont tous plus pété les plombs les uns que les autres, bref un grand Miike qui émerveille par cette facilité à nous plonger dans un univers si original en faisant 25 films par an. Il se permet des audaces invraisemblables, comme cette Américaine qui vend du sake, qui parle parfaitement japonais, sauf que... Miike nous fait voir exprès le texte collé au plafond qu'elle est en train de lire... Le chauffeur est halluciné en découvrant ces notes et nous pareil. Si dans le fond, cela laisse un peu pantois (une homme qui se régénère dans le corps d'une femme, c'est pas commun - à moins qu'il y ait une métaphore sur la louche...), Miike a un véritable talent narratif, n'étant jamais à court de trouvailles complètement azimutées... Gozu est une excellente cuvée, qui mériterait dans Télérama ses quatre mamelles.

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17 août 2007

Zebraman de Takashi Miike - 2004

zebraman_7Décidément, Miike fait vraiment n'importe quoi, et je me demande si c'est pas un peu pour ça que je l'aime. Avec Zebraman, il parvient à inventer une nouvelle lettre de l'alphabet, le Z n'étant pas assez fort pour évoquer la série dans laquelle se vautre ce machin totalement improbable.

C'est un summum de mauvais goût, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais comment le lui reprocher, alors que le film rend hommage aux séries télévisées japonaises des années 80, qui ne firent pas date en matière de raffinement. Ici, comme avant, un super-héros au costume affreux affronte des méchants en plastique aux noms évocateurs (l'homme-crabe) avec force "Zebra-torpilles" et moult "Zebra-double-kicks". Mais contrairement aux remake de comics récents,Zebraman_01 Zebraman a l'immense qualité de jouer sur un second degré salvateur, qui le sauve du ringardisme total. Ca prend la forme d'un humour totalement délirant, qui culmine avec une scène de Zebra-infirmière qu'il faut voir pour y croire ; de quelques allusions finaudes à des grands "classiques" de la série B (on voit le héros affronter la petite fille de Ring dopée aux amphètes, les aliens ressemblent beaucoup à ceux de Mars Attacks); et surtout d'une idée de scénario intelligente qui convainc tout à fait de l'intelligence du propos : le héros du film est en fait un petit instituteur sans envergure, fan de la série des Zebraman qu'il regardait dans son enfance, série qui n'eût aucun succès. Il n'est donc pas un vrai super-héros, mais un fan qui rêve de le devenir. Ca n'a l'air de rien, mais cette idée change bien des choses, en transformant ce film en déclaration d'amour Zebraman_03de spectateur. Pendant la plus grande partie du film, le gusse est vêtu d'un costume qui craque aux coutures, n'arrive à vaincre les méchants que par erreur, et se vautre impitoyablement dès qu'il essaye de voler. La plupart de ses actions se terminent par des crashs douloureux, qui le couvrent petit à petit de bosses et de cicatrices. Bref, on est bien dans le domaine du fantasme plus que dans celui de la science-fiction bien lêchée, ce que semblent confirmer les derniers plans, sybillins.

Malheureusement, cette idée ne fonctionne que pendant laZebraman_02 première moitié du film. Ensuite, Miike cède à la tentation des effets spéciaux et de l'action pure, et échoue totalement. Dommage qu'il ne soit pas resté dans le domaine de la série Z, et qu'il nous assène (sérieusement, dirait-on, mais allez savoir avec le gusse) une morale cucul et des personnages too much (un enfant paralysé, un fils qui a perdu le respect pour son père, etc.). Reste que parfois le film arrive à dire autre chose que ce bête divertissement, en parlant par exemple de sombres rondes de nuit organisées par les profs d'une école, ou des rapports entre Japon et USA. N'allez pas louer le film pour ça, c'est à peine effleuré et ne va pas pêter bien loin, mais tout de même...

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11 août 2007

Rainy Dog (Gokudô kuroshakai) de Takashi Miike - 1997

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Un tueur japonais qui exécute froidement ses contrats. Une jeune prostituée qui voudrait se barrer au soleil. Un gamin muet, fruit d’une ancienne liaison, que balance sa mère dans les pattes du tueur. Une musique à la Ry Cooder. Et une putain de pluie qui ne cesse de tomber sur Taiwan. Malgré un rythme relativement lent (ou grâce à ?), sûrement l’un des films les plus achevés de Miike, qui n’est pas sans rappeler (le temps de quelques scènes) les œuvres du maître Kitano. 

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Yuji refuse de mettre le nez dehors quand il pleut, car comme le disait sa grand-mère, « ça porte la poisse». Traqué par des tueurs dont il a tué le chef, traqué par un Japonais qui veut régler un ancien compte, le destin de Yuji semble dès les premières gouttes de cette tempête tropicale définimiikerainydog_1_tivement tracé. Quelques moments de répit pour notre héros sans cœur avec la sombre Lily et son fils sur une plage (du Kitano en plein) ou sur un scooter (du Moretti, euh pardon du Tsai Ming-liang plutôt ?) mais malgré un ultime retournement de situation, la dernière averse sera fatale. Sans esbrouffe aucune (on y croyait plus), Miike filme au plus près ce tueur qui n’hésite pas à abattre un homme sous les yeux de son enfant, laisse trainer sa caméra dans ce bouge glauque où le tueur tente de disparaître, cadre ce gosse perdu qui couche dehors et qui tente de suivre son père toujours quelques pas derrière. Séquence brute de décoffrage quand le cadet des frères Guo veille son frère massacré par le Jap dans un marché désaffecté, tatouage impressionnant d'un yakuza sur la touche qui cache son mutisme et son désespoir derrière ses lunettes noirs ... Miike trouve définitivement le ton pour ce polar très humide.

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Moins d’éclat, moins de passion, moins de délire sanguinaire que dans bien d’autres de ses films, mais c’est peut-être dans cette veine qu’il gagne tous ses galons de réalisateur qui shoote plus vite que son ombre (70 réalisations en 17 ans, chôme po le gars).   (Shang - 10/02/07)


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Ah ben moi je préfère quand le gars Miike tombe dans les excès. Ce Rainy Dog ne manque effectivement pas de classe, comme l'a remarqué mon éminent camarade, mais il souffre de trop peu de passion pour me convaincre vraiment. Ce serait tout à fait comestible si le film n'était pas signé du grand Miike, qui a donné quelques-uns des plus gros chocs de mauvais goût de ces dernières années. Ici il perd son style hystérique, et s'installe un peu dans un rythme allangui qui lui convient moins. Ceci dit, je note bien toutes les qualités mentionnées par Shang, et je reconnais les inspirations nobles de la chose (Kitano, Ry Cooder...). Ca se regarde sans ennui, quelques idées de scénario sont bien tournées (la pluie qui empêche l'action par exemple), et un ou deux pics nous font retrouver les inspirations précieuses du gars (le Japonais est interprété par un acteur dantesque tout à fait à la hauteur des clowns grimaçants de Dead or Alive). Mais je préfère qu'on me rende les films ratés à 90% de Miike plutôt que de le voir verser dans le cinéma d'action classique. C'est dit.   (Gols - 11/08/07)

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21 juin 2007

Audition (Ôdishon) (1999) de Takashi Miike

Faut toujours se méfier chez Miike: plus le personnage féminin a l'air adorable sous tout rapport plus celui-ci peut se révéler sadique. Rêve ou réalité? Je ne trancherai point, Miike s'en charge amplement...

audition_still1C'était pas forcément une super idée cette audition... 7 ans après la mort de sa femme, un veuf décide avec l'un de ses potes qui travaille dans le ciné de faire passer un casting pour rencontrer la femme de sa vie - et accessoirement de trouver une actrice... Très vite il va se focaliser sur une tendre et jeune créature qui a fait 12 ans de ballet, sans vraiment faire attention aux mises en garde de son ami qui juge les histoires de cette femme suspicieuses au possible. Pendant 1h15, Miike fait figure de grand enfant sage du cinéma nippon, en nous contant cette rencontre très classique entre un homme et une femme avec les 3-4 dîners incontournables préalables avant de pouvoir aller au lit. Quelques filtres jaunes ici ou là pour la route mais tout cela reste relativement plan-plan et l'on commence à se dire dans un bâillement que le Miike a mis son sens de la provoc au placard. Et pis arrive la premièreAudition_1 nuit avec la femme de ses rêves -oui, il n'aimera qu'elle à jamais...- et dès lors tout tourne au cauchemar (au sens propre et figuré?, là est la question...). Tout part en vrille, notre veuf va d'hallucination en hallucination, comme si les propos et les doutes de son ami commençaient à travailler sa conscience. Il se retrouve peu à peu entièrement à la merci de cette femme qui lui reproche d'avoir tiré profit de ce casting et d'avoir voulu l'embobiner avec de belles paroles... Comme elle lui dit en lui enfonçant 3256 aiguilles dans le corps : "la douleur contrairement aux mots ne ment pas" - douloureuse expérience s'il en est... Si psychologiquement les bras lui en tombent, à notre pauv' veuf, c'est bien physiquement que son pied se retrouve sectionné... Et là oups il se réveille... avant de se rendormir et d'aller jusqu'au bout du cauchemar, comme si la fiction prenait le pas sur la réalité...

el_audition11Détournant le principe de l'audition jusqu'au bout (ne pas confondre le spectacle et la réalité et ne surtout pas chercher à profiter de l'un pour l'autre), Miike signe un film très ambigu (plus que la Discrète de Christian Vincent en tout cas, eheh) où le veuf se retrouve en quelque sorte pris à son propre piège: la femme rêvée et parfaite (peut-elle exister, si ce n'est qu'en songe? Ne s'agit-il point alors d'une dangereuse illusion...), sélectionnée lors d'un vrai-faux casting, se révèlant l'héroïne d'un troublant cauchemar éveillé. C'est clair, c'est presque du Shakespeare (oui, bon, faut bien s'emballer parfois...)

Posté par Shangols à 13:39 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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