Le Jour où je suis devenue Femme (Roozi ke zan shodam) (2000) de Marzieh Meshkini
Bon, déjà, histoire de compliquer les choses, cette bonne Marzieh n'a rien trouvé de mieux que de se marier depuis la réalisation de ce premier film avec un membre de la dynastie cinématographique iranienne, un Makhmalbaf (Mohsen); c'est po bon pour la table des matières... Sinon le film, me direz-vous ? Il s'agit de trois mini-histoires qui dépassent au total à peine l'heure et quart et qui auraient gagné à n'être que trois courts-métrages... Non point que cela manque d'intérêt mais le langage cinématographique hautement métaphorique de la Marzieh use jusqu'à la trame une bonne idée de départ et finit par paraître un peu lourd au final, malgré la beauté indéniable des cadres - elle est à bonne école, oui. Une petite fille adorable qui atteint l'âge où l'on devient femme se doit de porter un tchador : comme elle est née à midi et qu'il est onze heures, elle bénéficie d'une heure encore de "liberté", symbolisée par l'ombre d'un bout de bois qui devient peau de chagrin à mesure que le soleil s'élève; c'est bien vu mais répété 30 fois, on saisit le symbole... Pareil pour cette course interminable en vélo d'un peloton composé de tchadors où une femme tente d'échapper à son mari - trois minutes auraient largement suffi, là on a presque envie de faire un contrôle anti-dopage en fin de course. Enfin l'histoire de cette vieille qui, à la suite d'un héritage, peut enfin acquérir tous les biens matériels dont elle a toujours rêvé et qui transporte en mer, sur des mini-radeaux de fortune tous ses achats, donne certes lieu à de bien joulies images très poétiques, presque surréalistes, mais la démonstration est encore une fois rallongée à l'extrême. Femme en Iran, on se doute que c'est pas le pied (porter un masque sous le tchador qui fait ressembler à Groucho Marx, c'est ingrat, faut avouer) mais on peut le faire avec beaucoup plus de finesse, je pense notamment, pour rester dans les films récents, à l'excellent film de Panahi, Le Cercle. Trop de métaphores tuent la métaphore, on est d'accord.
Chiens égarés (Sag-haye velgard) (2004) de Marzieh Meshkini
Proutouie chez les Talibans...
Des gamins des rues veulent brûler un pov coton de Tuléar, pensant qu'il s'agit d'un chien de ces fourbes d'américain et d'anglais qui flinguent et bombardent leur famille - le pov chien, malgache dans l'âme, qui se voit assailli de torches se demande bien comment il en est arrivé là!! (nous aussi d'ailleurs). Il finit par être recueilli par deux chtits -un frère et une mini-soeur craquante il faut le reconnaître- qui transite entre la prison de leur mère (cette chienne est enfermée comme "putasse" pour s'être mariée une 2ème fois, pensant que son mari, disparu pendant 5 ans, était mort à la guerre - le retour de Ahmed Guerre...) et la prison de leur père (lui il est taliban donc là rien à dire). Ils vivent d'expédients - échange du bois récupéré dans des décharges contre un pain en forme de paillasson (mais plus dur), ont pas mal de temps pour promener le chien et lui raconter leurs problèmes, jusqu'au jour où ils sont interdits de venir dormir la nuit avec leur mère, la prison c'est pas un orphelinat bordel. La nuit, ils se pèlent donc le jonc à trouver un endroit où dormir (sale climat en plus, pays de cons) et on finit par leur conseiller de voler pour se faire prendre et retourner en prison (pays de c... ah oui déjà dit); ils s'essaient sur une femme voilée comme la Calypso : celle-ci les choppe mais, bonne âme, (jolie c'est impossible à dire dans ces conditions) au lieu de les dénoncer leur donne un bout de pain - ça les arrange po... ils subtilisent alors à l'étal du boucher une tête de boeuf mais personne ne leur court après (sauf des chiens - a lieu alors une scène de combat dont on se serait volontiers passé)... heureusement, au cinéma (... c'est énorme!) ils voient le Voleur de Bicyclette et décident d'en faire autant... là c'est le massacre, arrêté tout seul, le gamin est placé dans une prison différente de celle de son père et de sa mère (ils ont combien de prisons là-bas? plus que de Carrefour en tout cas...) Bref maintenant la chtite se retrouve avec le Proutouie dans l
es bras, dans la rue, à frapper aux portes de 3 prisons: on sent bien le message lourd... (pays de... bon suffit là). Mais qu'est-ce qui leur reste putain aux talibans ?!!!
Le film n'est po déplaisant (oui ça va je sais y'a Proutouie) mais un peu trop sur la corde sensible - une chtite belle comme un coeur avec les cheveux en pétard et un chien dans les bras, ça frôle le tire-larme à la Lelouch faut avouer. Que ce ne soit pas un pays facile à vivre, on avait de toute façon déjà des doutes; reste donc au final une fiction un peu édulcorée (ben oui quand même, quand on y pense, le film reste assez propret malgré son sujet misérabiliste (y'a de bien belles images comme on dit) - d'un autre côté, heureusement, personne ne bouffe le chien, grand Dieu...), limite bleuette pour émouvoir l'occident. Y passerais donc pas mes vacances même s'ils acceptent les chiens dans les cinémas ce qui est une preuve d'ouverture d'esprit, j'en conviens.

