10 août 2010

Mad Dog and Glory de John McNaughton - 1992

1389bscap0002Il est bien rare que des films américains apportent une telle justesse et une telle vérité dans les personnages, et à ce titre Mad Dog and Glory a tout du petit miracle. Complexe malgré sa grande modestie de forme, très attentif aux émotions et à la crédibilité psychologique, on serait presque tenté de l'attribuer à une sorte de Claude Sautet américain, s'il ne développait en plus un humour délicieux, un sens du spectacle finalement bien en place (ce que ne fait pas Sautet, et ce que je lui reproche entre autres).

Toutes références gardées, notons qu'il s'agit là d'un des rôles les plus subtils de De Niro, qui du coup est là dedans impeccable. Il joue le rôle d'un flic légèrement lâche, disons "normal", qui se trouve confronté à une situation difficile : un maffieux auquel il a rendu service sans le vouloir (Bill Murray, lui aussi génial dans son travail sur la frontière entre burlesque et effroi) lui offre pour une semaine une gonzesse (Thurman, éclatante de santé, très subtile). Dès lors, les sentiments vont se troubler : amitié, admiration, peur développées entre les hommes ; amour, fascination, besoin d'être un héros, développés envers la femme... Sans qu'on s'en aperçoive, le film se charge merveilleusement d'arcanes sentimentales de plus en plus complexes, et que les acteurs excellent à rendre par petites touches délicates.

03C003C001858096_photo_mad_dog_and_gloryMcNaughton n'est pas en reste, à la caméra et à l'écriture, pour rendre justice à cette petite dentelle : presque impressionniste dans sa façon d'avancer par petites touches de plus en plus colorées, sa mise en scène joue avec maîtrise entre les différents tons : scènes âpres (celle d'ouverture, en noir et blanc, sèche comme tout), comédie pure, drame psychologique, grands dilemmes moraux. Le tout sans jamais se départir de son petit ton modestissime, qui n'occulte jamais l'attention aux acteurs et aux personnages. Les dialogues sont ciselés à la perfection (une touche à la Capra particulièrement réussie), l'utilisation de la musique toujours surprenante (le jazz de Bernstein durant la scène de sexe est bluffant, totalement surprenant et audacieux, et transforme ce difficile passage obligé en moment quasi-expérimental à la Hitchcock/Hermann). Mais, encore une fois, c'est surtout De Niro qui marque là-dedans, son travail miraculeux dans les scènes avec Murray, où il est à la fois terrorisé, fasciné, amusé, et en plein combat intérieur entre ce qu'il voudrait être et ce qu'il est réellement. Le film finit par être un brillant essai sur ce qu'est la virilité, sur les moyens de s'en sortir en milieu violent, sur la nécessité d'être soi-même, aussi petit soit-on, et sur la force de l'amour. En toute simplicité. Très très beau film.

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30 juillet 2008

Henry : Portrait d'un Serial-killer (Henry : Portrait of a Serial-Killer) de John McNaughton - 1986

002978_19Un peu embarrassé par ce film, qui me laisse le cul entre deux chaises : d'un côté je reconnais l'ambition du metteur en scène, j'enregistre ses nobles inspirations, et je ne peux que défendre ce cinéma aride ; de l'autre côté, l'ambivalence du discours gène aux entournures, et je n'ai pas envie de ce cinéma-là. Grand souvenir de la colère de Nanni Moretti dans Journal Intime à la vision de ce film, et je crois finalement qu'il a raison de se révolter contre cet esprit de gros malin qui fait mine d'être profond.

Côté bons points, donc, une mise en scène sèche comme un coup de bambou, un style quasi-documentaire, des images crasseuses et impures comme on les aime. On est dans l'école nouvelle vague américaine, celle des premiers Scorsese, avec cette même fascination pour les personnages-bis, cette même terreur/attirance pour la violence extrême. McNaughton filme un personnage opaque qui sème les cadavres, sans plaisir, sans but, sans passion. Si la violence éclate souvent en plein cadre (c'est une des limites du film, Haneke gèrera bien mieux ce shenry11tyle dans Funny Games), elle n'est jamais belle à regarder, ensevelie sous les tonnes de crasses de la ville. La plupart des actes de Henry est laissée hors-champ, comme si on arrivait trop tard, ou comme si on était complètement placés sous la volonté du personnage, qui montre ce qu'il veut quand il veut. Quelques séquences sont d'ailleurs mises en abîme à travers des écrans de télévision ou des images vidéo, l'un des meurtres étant même commis avec une télé comme arme du crime. Si McNaughton se trompe parfois dans la distance vis-à-vis de ce qu'il a à montrer ou à cacher, il parvient tout de même à livrer un film relativement intelligent dans sa forme : en n'expliquant pas les motivations de son personnage, en le privant d'affect, en lui ôtant toute trace de biographie, il confère à Henry : Portrait of a Serial-Killer un style étrange, intrigant, presque expérimental, qui le rend assez fascinant. C'est véritablement un portrait, sans plus, qui ne cherche pas la morale, l'explication psychologique ou l'émotion.

Côté blâmes, toujours cette fameuse ambiguité dès qu'on se met2w4egpt en tête de filmer la violence. En s'interdisant toute réflexion morale, McNaughton tombe souvent dans le travers de l'arroseur arrosé. Il ne veut pas condamner ni admirer son personnage, c'est tout à son honneur, mais il n'empêche qu'on le sent jubiler dans la mise en scène des scènes extrêmes. On pressent le petit malin dans cette séquence vidéo où toute une petite famille est décimée : faire durer les plans, chercher le détail qui va être horrible (l'enfant qui entre dans la pièce pendant que ses parents se font charcuter), utiliser roublardement le hors-champ... Encore une fois, on pense à Funny Games, sauf que Haneke se sert de ces scènes-limites tantôt avec humour, tantôt pour développer une mise en accusation du public lui-même. Ici, rien de tel, juste une séquence vide, qui ne dit rien. Il en va de même dans d'autres séquences, où McNaughton fait preuve d'une pudeur qui convient mal à son projet : le viol d'une jeune fille par son frère est dissimulé avec des mines de fillette (quand Henry intervient pour les séparer, on s'aperçoit que le frère a toujours son slip !,peur de la censure certainement). On ne peut pas vouloir 1881593386_10f280797d_oréaliser un film nihiliste et punk et désirer l'argent du beurre en même temps, on ne peut pas montrer et cacher dans le même mouvement. Tel quel, Henry : Portrait of a Serial-Killer est finalement inutile. Brillant, mais inutile. D'où la colère morettienne : ce cinéma est un cinéma de l'esbrouffe, qui fait de la laideur et du simple spectacle de l'horreur un flambeau arty, un cahier des charges imbécile.

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07 avril 2006

Haeckel's Tale de John Mac Naughton - 2006

5489_articleDans la forme, c'est du Tim Burton période Sleepy Hollow : jolie photo, ambiance gothique des années Corman, éclairs et bruits bizzares. Mais ça n'arrive pas au quart du petit orteil du gars : là où les références de Burton ouvrent à une esthétique contemporaine, à cheval entre le grand Hollywood et la série Z, Mac Naughton cite bêtement ses modèles sans en chercher l'émotion. Dans le scénar, c'est du Edgar Poe matiné de Mary Shelley. En gros, un étudiant en médecine (joué assez transparent) est persuadé que Dieu n'existe pas (et quand on voit qu'il a créé "Masters of Horror", on est tenté de le croire) et qu'il peut ressuciter les morts. Comme l'atteste la photo sexy comme tout que je place ci-contre (c'est Annie Girardot, non ?), il y arrive plus ou moins, avec toutefois quelques dommages collatéraux (il se fait bouffer la gorge par un bébé mort-vivant). Bref, c'est le tout-venant, bien qu'il faille reconnaître à l'auteur deux qualités : 1) il a vu de bons films d'horreur, et son film est plus révérencieux envers les James Whale ou les Karl Freund qu'envers les années 70 (j'ai tendance à lui donner raison) ; 2) il y a une scène poilante de partouze entre cadavres, au cours de laquelle on se met à se dire que Mac Naughton a peut-être voulu faire un film humoristique... ce qu'il aurait dû faire. Sans cette distance, son truc est écrasé sous les références et très pompeux.

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