12 septembre 2009

Mon meilleur Ennemi (My Enemy's Enemy) de Kevin MacDonald - 2007

18818891_w434_h_q80Remarquable documentaire parfaitement monté et franchement édifiant, Mon meilleur Ennemi est le genre de film irréprochable, étant données la justesse morale de ses choix et la grande rigueur de sa documentation. MacDonald y retrace la vie de Klaus Barbie depuis ses actes de barbarie durant la 2ème guerre jusqu’à son procès. Plus que son rôle de chef de la Gestapo à Lyon pendant la guerre, c’est la suite de ses « aventures » qui scie le plus. On y apprend que le gars a tranquillement poursuivi son taf d’ordure totale, d’abord comme informateur anti-communiste pour la CIA, puis comme soutien aux dictateurs d’Amérique du Sud, auxquels il apprend comment traquer le rouge (il est même impliqué dans la mort de Che Gevarra) ou comment pratiquer une torture efficace sur les dissidents politiques boliviens. Un « expert », comme aiment à le rappeler ses poteaux nostalgiques d’Hitler, avec lesquels il tentât d’installer un IVème Reich en Bolivie.

Appuyé par des interviews très sérieuses et par des images d’archive qui ne cèdent rien au spectaculaire, le film est assez passionnant, même si McDonald commet par-ci par-là quelques facilités de montage (l’image des vautours dépeçant un cadavre montée sur des photos de criminels nazis, ça manque un peu de l’objectivité à laquelle il nous habitue pour le reste de son film ; quant à la musique, elle est franchement à côté de la plaque). Très 18818888_w434_h_q80froid, Mon meilleur Ennemi terrasse souvent par l’émotion « naturelle » qui se dégage de ces témoignages très forts : impossible de rester de marbre devant cette vieille femme débordée par la haine et la douleur lors du procès, ou l’image de ces enfants massacrés à Izieu, ou cet homme qui se souvient des tortures qu’on lui a fait subir. Le film ouvre aussi une réflexion glaçante sur les rapports historiques entre les USA et les factions terroristes, le pays n’hésitant pas à engager et protéger des centaines de criminels de guerre pour servir leurs combats. De quoi se poser la question du délai qu’il a fallu pour chopper Saddam ou de celui qu’il faut encore pour retrouver Ben Laden. La France non plus n’est pas exempte de reproches, et le gars Mitterand ne sort pas tout à fait grandi de ce film incontournable et percutant.   (Gols - 18/11/07)


ba18420Je vous le confirme, je ne fais pas vraiment dans la gaudriole en ce moment (question d'état d'âme sûrement). Donc quelle fut la vie après la guerre du boucher de Lyon ? Eh ben ma foi c'est po vraiment reluisant et je serais Mr Vatican, Mr Usa ou Mr Bolivie que je serais pas fier du tout. Klaus fut donc tour à tour espion au service des Ricains pour débusquer l'ennemi communiste après guerre, profita de la fameuse filière des rats vaticanesque pour s'exiler et coula d'innombrables années paisibles en Bolivie toujours à la botte d'un dictateur de service, se payant même le luxe, avec encore l'absolution américaine, de mettre en place un groupe paramilitaire pour provoquer un coup d'Etat avec moult tanks. Il faudra attendre les années 80 pour que le vieillard soit enfin jugé, procès dont il est assez rapidement question dans le film (mais un des bonus du DVD y revient plus en détail). Le doc développe en particulier les aspects suivants : la totale impunité de Klaus Barbie après la guerre et la bienveillance dont ont fait preuve les Etats-Unis pour collaborer avec cet ancien Lieutenant de la Gestapo - bienvenue dans la plus grande démocratie du monde (oui, je sais, ne faisons point, non plus, totalement l'innocent). Il est également question d'une autre question plus problématique (dans laquelle bien sûr le gars Vergès sut s'engouffrer à loisir) concernant le bon droit d'un Etat, lui-même coupable des pires atrocités, à juger un criminel... Débat certes vertigineux même si, au final, les témoignages vibrants et dignes, "pour l'Histoire", des derniers témoins oculaires des atrocités de Barbie (qu'ils évoquent les tortures ou son rôle essentiel dans la déportation des enfants d'Izieu) face à ce visage monstrueusement passif (même s'il n'a pas comparu lors d'une grande partie du procès) permettent de graver encore plus profondément cette page d'histoire dans les mémoires - oui, je sais, le lyrisme et moi, ça fait deux, hum. Bref, encore une vraie claque, vais peut-être enchaîner avec un truc plus léger quand même, sinon je vais finir la semaine tendu comme un barreau de chaise.   (Shang - 12/09/09) 

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