29 mars 2012

Cette sacrée Vérité (The awful Truth) (1937) de Leo McCarey

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Comment j'avais pu passer à côté jusque-là (ben oui, jamais vu dis donc !) de cette merveille, de ce chef-d’œuvre (ah oui, on en est là) comique. Ah ma bonne dame, on savait y faire à l'époque, dit-il avec une bonne dose de nostalgie... si jamais on prenait encore le temps d'écrire des dialogues et si jamais on avait encore sous la main des acteurs comme Cary Grant... Parce que oui, je suis, comme tout le monde (qui n'aime pas Cary Grant, hein ?) un vrai fan du gars ; oui, le moindre regard en coin du type, le moindre petit air consterné du bonhomme, la moindre mimique étonnée du gars, me plie en quatre. Mais quand, en plus, il se retrouve dans une histoire écrite sur mesure pour afficher sa jalousie, sa mauvaise foi, dans des situations grotesques (dans la salle de bain de son "ex-femme en devenir" avec un autre amant, sur le guidon de la moto d'un flic...) où notre homme tente de garder sa dignité en prenant l'air pincé, il est tout bonnement génialissime. Irene Dunne, face à lui, se révèle une parfaite sparring-partner, étant capable de jouer avec la même finesse les situations les plus drôles, sans jamais tomber dans l'hystérie ou la facilité. Elle sait garder jusqu'au bout une "belle tenue" aussi à l'aise dans les gags visuels (la danse avec son bouseux de l'Oklahoma, ses dandinements lorsqu'elle prétend être la sœur de Grant devant les futurs beaux-parents de celui-ci) que dans les dialogues (cette discussion sur la fin entre les deux "ex-futurs-partenaires" qui frôle l'absurdité totale...). Comme même les animaux (un chien et un chat noir dressés au taquet) ont le sens du timing, tout en jouant naturellement (...), on se demande bien ce qu'on pourrait reprocher à cette œuvre de McCarey.

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Une histoire forcément simplissime : un couple se sépare (les deux faisant preuve d'une certaine mauvais foi quant à leur fidélité) ; elle projette de se marier avec un roi du pétrole, il lui pète son coup ; il projette de se marier avec une richissime héritière, elle l'humilie ; ils devraient s'en vouloir à mort, pensez-vous, ils sont tout contents de pouvoir se rabibocher : parce qu'il était drôle, parce qu'elle l'était aussi (parolier de Michel Sardou, c'est quelque chose qui reste à mon niveau). Dès le passage au tribunal pour procéder au divorce et cette séquence où les deux se battent pour la garde... du chien (oui, forcément, McCarey me prend par les sentiments...), on sent qu'on va atteindre quelques grands moments de comédie pure. Dunne et Grant, derrière leurs petits airs offusqués et leur mauvaise foi d'anthologie, ne seront jamais les derniers à se mettre plus bas que terre pour avoir gain de cause. Et ce décalage entre leur prétendu dignité et leur bassesse provoque bien sûr quelques étincelles de pure comédie. La tronche de Grant quand il présente sa nouvelle fiancée à son ex (il ne sait plus où se mettre quand elle se lance dans son numéro de chant et que sa robe s'envole à chaque refrain) ou la gêne de Dunne quand son fiancé se lance dans une danse des plus "démonstratives" et ridicules sont autant de grands moments joués à la perfection. Même les situations les plus vaudevillesques (Grant caché derrière une porte ou dans la salle de bain) finissent par faire marrer : Grant, dans la salle de bain, reste de marbre pendant quelques instants devant cet autre amant caché, gardant parfaitement la face, puis explose en un quart de seconde - c'est bien s12r ensuite le pugilat... La séquence du chien qui s'amuse dans l'appartement à aller chercher le chapeau des "invités" est quant à elle un pur exemple du génie de la mise en scène de Carey : le sens du rythme, du timing, du montage... tout en ayant, comme l'un des acteurs, un animal : c'est une vraie merveille (Hazanavicius a du s'en souvenir...)...

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Le final est tout autant réussi : on passe de la poilade totale - la scène sur la moto, même Irène Dunne a du mal à garder son sérieux - à la petite conclusion romantique où nos deux héros reculent au maximum l'instant de dire "je t'aime" : ils se lancent dans de longues phrases alambiquées derrière lesquels ils dissimulent encore et toujours leur sentiment, mais on sent bien que ces deux-là sont faits l'un pour l'autre. The awful Truth n'est po de ces comédies douces-amères rances, qu'on se le dise, mais figure bel et bien au panthéon des plus grandes comédies romantiques (où la romance n'arrive jamais, au mieux, qu'en conclusion...). Cela donne envie de refaire un ptit tour dans la filmo de McCarey, tout à fait mes seigneurs.

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07 novembre 2009

La Brune brûlante (Rally 'Round the Flag, Boys!) (1958) de Leo McCarey

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Petite comédie sans prétention qui ne vole tout de même pas bien haut... Paul Newman est associé à Joanne Woodward, dont la permanente est terriblement peu sexy, et le bougre se fait draguer par une Joan Collins en pleine bourre, prête à tout pour faire tomber le Paul dans ses rets (Une Joan peut en cacher une autre). C'est d'ailleurs l'une des seules séquences un poil amusante lorsque Paul Newman est invité (sa femme passe sa vie à être occupée, participant à une multitude de comités dans cette petite ville à la Desperate Housewives) chez la Joan : les deux se pintent terriblement, Joan se pare de ses plus beaux atours et notre Paul de péter complètement un câble et de se suspendre au lustre pendant cinq bonnes minutes - les deux finiront par se rouler par terre et non des pelles, Paul Newman étant d'une fidélité exemplaire envers sa femme... Toutefois après un terrible malentendu (Joanne surprend son mari à son hôtel en présence de l'autre Joan qui a plus d'une corde à son arc : elle s'est carrément imposée dans la chambre du Paul qu'elle savait seul, mais celui-ci est parvenu à rester de marbre malgré la très courte tenue de la donzelle), il y aura de l'eau dans le gaz entre Paul et Joanne - les apparences sont trompeuses parfois...; il faudra une histoire totalement abracadabrante (l'armée s'installe dans cette petite ville tranquille où notre ménage réside; Joanne s'y oppose farouchement et son mari est mobilisé par l'Armée pour jouer les médiateurs - aïe aïe aïe) pour que notre petit couple modèle renoue des liens. Ca patine dans la mélasse et heureusement que le Capitaine de l'armée est ridiculisé à chaque séquence ou que les couleurs sont éblouissantes - ce qui est impec' pour les pupilles des trois stars (on se raccroche à ce qu'on a... Ouais, les acteurs aussi se défendent, Newman étant relativement à l'aise dans la comédie (même bas de plafond) et la sensuelle Joan Collins (ah ouais elle était bien mieux avant Dynasty, pas photo...) nous gratifiant de quelques pas de danse assez craquants). Sinon, c'est clair que cela sent la fin de carrière pour notre gars Leo.    

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29 octobre 2009

Place aux Jeunes (Make Way for Tomorrow) (1937) de Leo McCarey

McCarey met de côté, pour un temps, la comédie pour nous livrer ce magnifique film qui prouve qu'en 37, les vieux ne font plus recette. Terrible constat du fossé entre générations dans ce film qui fait la place belle à ses deux héros croulants, Victor Moore et Beulah Bondi. Ils tiennent la vedette dans leur petitesse, leur maladresse et surtout par la tendresse qu'ils montrent l'un pour l'autre, nous livrant un final qui nous déchire le coeur avec un couteau à beurre. On pensait que McCarey finirait par s'en sortir par une petite pirouette comique, mais la fin est tellement terriblement touchante qu'on aurait presque envie de consoler le canapé qui a, comme nous, assisté impuissant à ce drame moderne où les aînés sont devenus plus source de gêne que de respect...

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Pa' et Ma' Cooper réunissent leurs deux filles et leurs deux fils - une troisième fille, en Californie ne fait pas le déplacement - qu'ils semblent ne pas avoir vus depuis Mathusalem. Les enfants se rendent à ce rendez-vous comme s'il fallait bien parfois - au moins une fois tous les dix ans - faire des efforts pour aller voir ses géniteurs. L'ambiance est plutôt à la vanne facile entre frères et soeurs qui n'ont pas l'air de se croiser souvent - ni de s'apprécier d'ailleurs plus que cela. Puis Pa' et Ma' font tomber le couperet : voilà, la banque a saisi leur maison, vu qu'ils étaient dans l'incapacité de payer les traites. On se regarde, on est un peu pris de court, mais chacun décide de faire un geste : un fils et une fille prendront chacun l'un des parents pendant trois mois (ils habitent à 500 bornes l'un de l'autre - Pa' et Ma' ne pourront se voir, à peine se téléphoner) avant que la fille aînée (promesse, belle promesse...) les accueille ensuite, ensemble... C'est tout du moins ce qui est prévu pour que les "vieux" ne se retrouvent pas à la rue. On rit jaune à cette perspective - allons bon - mais la solution trouvée ne paraît pas franchement remplir de joie les enfants ingrats... Et, en effet, la réception de Pa' et de Ma' ne va pas s'avérer une sinécure. Rapidement Ma' se sent terriblement de trop chez sa belle-fille - cette dernière a beau s'en défier, la présence de Ma' lors de ses soirées bridge lui fait méchamment honte... Quand Ma', en plus, se permet de cacher un secret de sa petite fille (celle-ci, au lieu d'aller au cinoche fréquente des garçons assez âgés !), elle se fait houspiller comme une serpillère. Ma' est blême. Du côté de Pa' c'est pas jouasse non plus, il suffit de voir la façon dont le traite sa fille quand il tombe malade... On décidera finalement d'envoyer Pa' en Floride - le climat est meilleur -, Ma', "la mort dans l'âme", faisant le choix, dans son coin (son propre mari n'est pas au courant) de se rendre dans une maison de retraite. Avant cette nouvelle séparation, ils ont tout de même la possibilité de passer ensemble une journée à New-York : l'heure du bilan...

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Le ton du film est au début assez pince sans rire mais le rire disparaît à mesure que le film progresse et que l'on sent l'incompatibilité évidente entre parents et enfants... De la faute à qui ? Les enfants ne fréquentant plus guère leurs parents, il est évident que, pour eux, il s'agit plus d'une charge que d'une réunion familiale joyeuse... De leur côté, Pa' sans Ma' et Ma' sans Pa' s'emmerdent à mourir. Ils ont d'ailleurs presque l'air de croire que ce ne serait pas la pire des solutions. Du rire grinçant ne parviennent plus que les grincements. Heureusement, il y a ces retrouvailles en amoureux à Central Park, une balade improvisée en voiture et un petit tour dans l'hôtel de leur lune de miel - c'était il y a cinquante ans déjà. Le Pa', au départ, ne cesse de surveiller sa montre (ils doivent déjeuner chez l'un de leurs enfants avant que Pa ne prenne le train) puis peu à peu, la "glace va fondre" entre ces deux amants d'un demi-siècle. Les souvenirs affluent et McCarey, plein de légèreté pour éviter toute niaiserie, nous livre un portrait ultra touchant de ce vieux couple : véritable lune de miel 2, le retour, on sent de plus en plus que la lune de miel 3 sentira le sapin - aucune revanche, nan. C'est plein de tact, les deux sont pleins d'attention l'un pour l'autre, comme le monde alentour vis-à-vis d'eux (le patron de l'hôtel qui leur paie un verre, le chef d'orchestre qui interrompt le morceau pour attaquer une valse lorsqu'ils sont sur la piste...): un ultime hommage... avant que tout le monde (les enfants en particulier) s'en tape le coquillard. La scène finale, à la gare, a tiré des larmes de plume à mon coussin. Touchant dans sa justesse et sa simplicité, un film, au titre très caustique, qui remue notre petite conscience endormie. Sciant.      

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02 avril 2007

La Soupe au Canard (Duck Soup) (1933) de Leo McCarey

duck_soup50_1_Moins délirant qu'Hellzapoppin', moins profond que le Dictateur, Duck Soup réserve tout de même quelques bons morceaux de bravoure: on peut certes un peu faire la fine bouche devant la facilité de certains gags, la scène de Groucho Marx devant le faux miroir, l'échange des chapeaux entre les vendeurs de cacahuètes et le vendeur de limonade excédé, ou encore la comédie musicale finale qui part dans tous les sens méritent leur place dans l'anthologie du burlesque. Les tirades pétaradantes du Groucho Marx envoient du bois et on se dit qu'à choisir entre lui et Bayroux à la tête de l'Etat, il y aurait quand même pas photo. Bon voilà une petite heure pas déplaisante sans extase, mon oeil bastiennisé ne pouvant s'empêcher de tiquer pour toutes les petites maladresses de montage mais on se dit qu'en 33 avoir déjà une bonne caméra, c'est pas mal. Longue vie à la Freedonia et à l'humour systématique de cette bande de quatre fous furieux....

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