05 décembre 2011

Femme ou Démon (Destry rides again) (1939) de George Marshall

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Un western absolument tonitruant pour ne pas dire carrément hystérique, heureusement tempéré par la présence d'un James Stewart en adjoint du shérif : la petite ville de Bottleneck est proche de l'anarchie totale ; à sa tête, on trouve le maire (Samuel S. Hinds) - qui a d'ailleurs une étrange tronche de croque-mort -, un maire qui ferme totalement les yeux sur les agissements d'un certain Kent (Brian Donlevy) qui plume les fermiers du coin lors de parties de poker truquées avec l'aide de la chanteuse et véritable star locale Frenchy (Miss Marlene Dietrich) ; lorsque le shérif tente de venir rétablir l'ordre, on le descend... Pour ne plus avoir affaire à un quelconque brise-burne homme de loi, on décide de nommer comme shérif le soûlot local (Charles Winniger is Washington Dimsdale) ; seulement, contre toute attente, ce dernier va prendre son taff au sérieux et décider de faire appel à James Stewart : fils d'un ancien shérif pour lequel Washington a lui-même travaillé, son arrivée en ville provoque dans un premier temps l'hilarité générale ; homme paisible, ne portant même po d'armes sur lui et buvant de l'eau, on pense que le gazier va se faire croquer en moins de deux... Mais derrière son flegme, le James en a sous le chapeau et sait comment s'y prendre pour se faire peu à peu respecter...

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Dès le générique avec cet homme à cheval qui rentre dans le bar, on sent qu'on est dans le grand délire incontrôlable : menant son film sur un rythme endiablé en enchaînant notamment les plans d'ensemble sur un bar où tout part en vrille, Marshall se montre aussi efficace pour illustrer les numéros musicaux de la Marlene que pour filmer les scènes de véritable pugilat (une séquence époustouflante lors de laquelle on assiste dans la continuité à un combat de femmes dantesque puis au duel entre Stewart et Dietrich où celle-ci lui lance tout ce qui lui passe à portée de la main - et il y en a du bazar - avant de chevaucher littéralement notre pauvre James qui se demande quand même bien où il est tombé...)... Comme les personnages secondaires sont bien souvent particulièrement forts en gueule (Le couple formé par Lily Belle et Boris Stavrogin, les individus que sont Kent ou le lourdingue Jack Tyndall (Jack Carson)), on a rapidement l'impression qu'on est face au western le plus azimuté qu'on ait vu depuis longtemps. James Stewart doit faire face front aux moult provocations dont il est la cible (quand il débarque avec une cage à oiseau, une ombrelle et aucun flingue à sa ceinture, il est aussi crédible en shérif que Fabrice Lucchini en justicier) mais il sait finalement toujours trouvé la bonne parade (renverser une bassine d'eau sur deux femmes qui se batte pour transformer leur combat en concours de tee-shirt mouillé - well done ; utiliser le cas échéant un flingue pour montrer que, s'il le voulait, il pourrait faire passer une balle à travers une boucle d'oreille ), et sortir la petite anecdote qui flingue pour mettre en garde ses opposants... Mais le plus juteux reste sans doute sa confrontation avec Dietrich : lorsqu'il va la voir chez elle et tente du bout du doigt d'effacer son rouge à lèvre pour "découvrir sous ces couches de maquillage la vraie Marlene", il fait forcément forte impression auprès de la dame... La Dietrich qui jusque-là fait figure de sale gamine bout-en-train va devenir toute chose sous le regard langoureux et les accents paisibles du grand James... Quand le démon redevient femme...

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Jusqu'au bout Marshall parvient cela dit à faire péter de l'action, la ville devenant le lieu d'une véritable guerre civile : les hommes de Kent se retrouvent face aux hommes de James et, alors qu'on dresse les barricades, interviennent... toutes les matrones de la ville, bien décidées une bonne fois pour toute à faire respecter l'ordre : armées de rouleaux à pâtisserie, elles déferlent en ville alors que les coups de feu pleuvent... On aura droit en prime à un duel final entre James et Kent lors duquel la destinée de la Marlene se jouera... Le film s'achève et nous laisse franchement tout époustouflé : un western résolument aussi explosif qu'une caisse de dynamite. 

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18 janvier 2011

Le Dahlia bleu (The Blue Dahlia) (1946) de George Marshall

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Pas de doute, il me reste encore de vraies perles noires à découvrir, ce Dahlia bleu de très haute volée confirmant toute la richesse du genre. Aucun doute non plus sur le fait que les films noirs convergent aux Etats-Unis avec un certain état esprit désabusé et désillusionné post seconde guerre mondiale : nos trois soldats ricains, après avoir combattu dans le Pacifique, devant faire face ici, à leur retour, à un monde "underground" qui a pris le pouvoir, une pègre pas jolie jolie à fréquenter, sans même parler des individus qui, pendant qu'ils lançaient des bombes, la faisait (voyez le jeu de mot) : patron de boîte richissime qui se la pète, escrocs maîtres-chanteurs à la petite semaine, gros bras kidnappeurs tentant de gratter une poignée de dollars... Franchement, notre trio, loin d'être accueilli en héros, a de quoi s'inquiéter, si jamais il veut tenter de s'intégrer à nouveau dans cette société pourrie jusqu'à l'os. George Marshall sur un scénar qui part dans tous les sens (on a tôt fait de se foutre de l'intrigue principale comme de l'an 40, pour mieux se perdre dans ces multiples séquences où toute une clique de personnages guère fréquentables fait son apparition) se plaît à multiplier les fausses pistes comme pour mieux retranscrire la difficulté pour notre trio de parvenir à reprendre pied dans la réalité. Brillantissime.

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Quand Johnny Morrisson (Alan Ladd, héros malgré lui) rentre enfin dans sa casa, il y retrouve sa femme (dévergondée Doris Dowling dont on apprécie tout de même le joli minois) au bras de son amant en train de faire la fiesta avec toute une bande de gaziers alcoolisés. C'est pas vraiment l'ambiance "Welcome back", plutôt celle "Oh, ben mince, mon mari, tiens !". Il vire toute cette bande de fanfarons en deux minutes, met son poing sur le pif de l'amant et tente tout de même de renouer le dialogue avec son infidèle de femme ; ils ont perdu pendant la guerre, leur enfant, il est peut-être temps de soigner les blessures - dans tous les sens du terme - à tête reposée... Peine perdue, son alcoolique de femme, histoire de lui foutre un sacré coup au moral, lui apprend que leur gosse n'est point mort de diphtérie, comme elle lui avait annoncé dans une lettre, mais dans un accident de voiture alors qu'elle conduisait, ivre... Johnny is disgusted, got a gun mais n'ose même point shooter sa wife : il met illico les bouts, totalement écoeuré... Sa femme, sur cette action, pense s'en tirer à bon compte, elle sera assassinée dans la nuit... Toute la question est de savoir par qui, les éventuels coupables ne manquant point...

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Si, pour la police, Johnny, qui s'est fait la malle ce soir-là, est le principal suspect, deux autres gaziers au moins pourraient être sur le rang des accusés : l'amant de sa femme (le suave Howard da Silva, patron de la boîte "the Blue Dahlia"), l'un des comparses de Johnny (William Bendix, aussi excellent lors de ses délires de fou furieux qu'en gros bras dans the Dark Corner  dont je vous parlais hier), qui, depuis qu'il a été trépané, n'a plus toujours toute sa tête ou... C'est tout le mystère du bazar, même si l'essentiel est finalement ailleurs... Dès lors que Johnny se retrouve en dehors de chez lui, il pleut à torrent (une des plus belles pluies cinématographiques que j'ai jamais vues, je pèse mes mots... cela met délicieusement dans l'ambiance, la pluie, dans les films noirs...), il erre sans savoir où aller et, ah coup de bol, une jeune femme l'invite à monter dans sa grosse bagnole : comme la conductrice n'est autre que la sublimissime Veronica Lake (la blonde la plus sensuelle du monde), on se dit, ouais gros coup de bol, et on s'enfonce un peu plus dans son fauteuil pour apprécier la balade...

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On ne sera point déçu tant la balade se révèlera particulièrement mouvementée, le cinéaste distillant avec finesse les instants précieux et apaisés (toutes les séquences avec la charmante Veronica Lake, lumineuses - elle se fend même d'une petite phrase poétique de toute beauté qui m'a laissé pantois : "It takes a lot of lights to make a city, doesn't it ?") et les passages se terminant en baston ou en sauvages règlements de compte (je ne les ai point comptés). Johnny ne va en effet avoir de cesse de croiser par hasard cette curieuse femme tombée du ciel (elle n'est autre que l'ex-femme du patron du Blue Dahlia) entre deux plans totalement foireux (de l'hôtel louche où on l'amène au piège qu'on lui tend (deux types qui se font passer pour des policiers) et qui se termine en pugilat). Les policiers, quant à eux, ne savent pas trop où donner de la tête (bon, si c'est pas lui, ni lui, ni lui, ni...) et auront quand même le culot d'avoir le mot de la fin en constatant platement et laconiquement que la résolution de ce crime était finalement... du beurre (on imagine guère ce qu'ils considèrent comme un meurtre complexe...). George Marshall, tout en nous narrant sa trame policière, nous mène par le bout du nez dans les endroits les plus glauques de Los Angeles, multipliant les personnages torves (la réplique du film restant : "Même dans le milieu des escrocs, il y a une éthique"... cette réflexion douteuse ne portera po chance au trouble individu qui la prononce...) pour mieux nous faire perdre pied. On est peut-être pas à la hauteur du Faucon maltais ou du Grand Sommeil au regard de la complexité du scénar, mais le film plane assez haut pour nous tenir parfaitement éveillé de bout en bout. Marshall mériterait bien pour cette oeuvre ses quatre étoiles.         

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Posté par Shangols à 10:21 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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