Berliner Ballade (1990) de Chris Marker
Marker part faire un tour de l'autre côté du mur... tombé cinq mois plus tôt à l'occasion des premières élections. Après l'euphorie et les découpages de ce mur qui se vend comme un petit pain (on assiste à la fabrication "authentique" d'un de ces petits morceaux), les élections avec l'arrivée (surprise) en tête du parti conservateur (CDU) semblent sonner le glas des premières illusions, en particulier chez ceux qui souhaitaient une réelle transformation. Quelques propos glanés ici ou là donnent l'impression d'une certaine "gueule de bois" post chute du mur : qu'il s'agisse des propos du cinéaste et peintre Jurgen Bottcher ("Il faut comprendre que toute la vie est faite de résistance : contre la normalité, contre la médiocrité des pouvoirs") ou de cette militante de l'Association des Femmes, Ina Merkel, qui analyse en ces termes désabusés les résultats politiques : "La population veut une intégration rapide à la RFA ; comme disait Brecht "le bifteck d'abord, la morale après" ; la marche de l'humanité est de se détruire elle-même ; je ne crois plus à l'espoir des futures générations"... Pas d'un terrible optimisme tout cela. Marker laisse trainer sa caméra sur ces multiples croix blanches qui symbolisent les personnes - souvent inconnues - qui sont tombées pour avoir tenté de franchir ce mur ; on sent que ces sacrifices, ces tragédies d'hier ne vont pas tarder à être oubliés, pour ne pas dire piétinés au nom de l'arrivée de la toute puissante économie de marché... Une ballade berlinoise du gars Marker effectuée le moral dans les chaussettes. ♪ Que reste-t-il de nos bouts de mur...? ♪
Tout Chris Marker est là
Pictures at an Exhibition (2008) de Chris Marker
Petite visite non guidée en soixante-quatre tableaux dans le musée imaginaire du sieur Marker, qui mêle avec art et souvent humour les oeuvres picturales classiques, modernes et... futuristes, les personnages de bandes dessinées, les références à l'histoire contemporaine et ancienne, les clins d'oeil cinématographiques, la sculpture, les images virtuelles, les animaux (de nombreux chats bien sûr, mais aussi joli défilé de pingouin, fenec, baleine,...), les oeuvres asiatiques, la photographie... D'étranges assemblages-collages des plus inattendus qui ne devraient point déplaire au père Godard : de la confrontation entre deux représentations qui n'ont, au départ, guère de points communs naît une nouvelle image, un nouveau sens. Marker s'amuse à jouer avec les Arts et les événements, bien souvent, de ce siècle - pardon, du siècle dernier - faisant disparaître toute frontière, toute dimension temporelle comme s'il possédait la clé de l'univers... Je dis bien "s'amuse" car même si certains tableaux prennent une résonnance profonde (pour n'en citer que deux, histoire de surfer sur l'actualité, citons Whale Square et The Crows of War), l'exercice est exempt de toute prétention : Marker semble puiser au fin fond de sa mémoire, de son expérience d'humaniste du siècle passé, pour figer en une simple image un condensé de sa philosophie tantôt sérieuse, tantôt plus légère...
Dans ma petite collection personnelle, je me verrais bien acquérir les hommages à l'Entrée du Train en gare de la Ciotat, à Quand passent les Cigognes, au Cuirassé Potemkine ou encore à Sorry, wrong Number mais je ne cacherais point pour autant une certaine tendresse pour le tableau mettant en scène Snoopy et le portrait du chat Guillaume, portrait qui rendrait sûrement jaloux mes deux bons vieux chats qui possèdent le même "ramage". Bref que du plaisir dont on aurait bien tort de se passer...
And you're there de Damon & Naomi (2011) par Chris Marker
Une bien belle chanson emprunte de nostalgie mise gentiment et humblement en image (juste une - po besoin d'un paquet de madeleines pour se remémorer tout un pan de son enfance, de son passé, on est bien d'accord) par Chris Marker. Il se fend au passage d'un petit message laconique ("Je ne sais pas si cela colle avec votre belle mélancolie proustienne, mais moi je pense que si... Et merci de m'associer à la musique, le seul art véritable pour moi - le cinéma, vous plaisantez...") qui ferait passer le septième art pour un nain orphelin. Un visage de femme au regard hagard, une teinte sépia du meilleur effet,... et le mieux c'est encore d'écouter cette mélodie en se perdant dans la chevelure végétale de cette muse diaphane. C'est là et ne me remerciez même po, c'est Gary l'indic.
La Solitude du Chanteur de Fond (1974) de Chris Marker
Notre Yves Montand national occupait à l'époque le haut de l'affiche à l'Olympia et Marker de le capter de ses séances de footing pépères à ses répétitions : des répétitions filmées avec son éternel accompagnateur Bob Castella puis sur les planches même de l'Olympia avec toute une tribu du musicos. Entre deux chansons, Montand parle de son "jeu scénique" (petit laïus sur ce qu'il définit comme des "gestes instinctifs", nourris par la chanson elle-même - Montand, latin avant tout, parle et chante beaucoup avec les mains, et la caméra s'attarde à loisir sur ces mains ouvertes ou ces poings fermés -, de politique (revenant notamment sur les événements au Chili ; on a droit, en prime, à des extraits de La Guerre est finie, de L'Aveu ou encore de Z...) et de ses convictions profondes ("le premier acte révolutionnaire c'est apprendre, apprendre, apprendre... ce n'est pas quelque chose de romantique...") ou encore des femmes (on ne peut pas dire qu'il porte le mouvement féministe dans son coeur même s'il prend toutes les précautions d'usage pour en parler ; d'un autre côté, notre Papounet reconnaît haut et fort que, quoi qu'il advienne, face à une femme, un homme "ne fait pas le poids" - on acquiesce). Au delà de ces interprétations très diverses (du très sobre et très émouvant Chant des partisans au coquin Sanguine, du très lancinant Planter Café au ravageur En sortant de l'école : pour revenir justement sur ce dernier titre, pendant la répète avec son pianiste, Montand fait une petite crise de colère po piquée des hannetons ; il te lance un "Putain, chante pas avec moi !" assez assassin pour critiquer ce pauvre Bob qui a, d'après lui, perdu en route le fil de la mélodie : le pianiste, sans doute habitué aux sautes d'humeur de l'artiste, fait gentiment la pâte molle...).
On sent à quel point, pour Montand, chaque petit détail compte - passionnant de le voir, sur scène, discuter d'un simple jeu de lumière ou de la balance avec les techniciens, des questions de rythme avec les musiciens - et il finit, en beauté, avec ce qui pourrait aisément passer pour une petite profession de foi, profession que je me fais un plaisir de vous livrer in extenso : "Je chante, j'écoute, je lis et voyage, je rêve et je vois. Mon métier, c'est de faire plaisir aux gens en les faisant rêver, rire ou pleurer. Je ne suis pas un philosophe ou un politique, mais ma vie est comme la vôtre : elle côtoie la vie des autres et leurs morts et les donneurs de mort. Je prète vie à des êtres imaginaires, quelque part entre ciel et terre, à l'écran et sur la scène, mais je vis dans le monde réel, les deux pieds sur terre. L'injustice et la douleur de ce monde résonnent en moi comme en vous. Saltimbanque, oui, mais pas somnambule. L'actualité suit son cours, comme on dit, un clou chasse l'autre. Un Kippour, le Chili, un homme bâillonné ici, cent autres assassinés là. Et la valse continue. Mais les réfugiés chiliens restent. Il y en a des milliers ici, autour de vous, qui cherchent du pain et un peu de chaleur. Il y a là-bas des milliers de prisonniers, des chômeurs forcés, d'hommes traqués. Vous n'en n'écoutez plus parler mais ils sont là. Je chante aujourd'hui pour que nous n'oublions pas le sang d'hier, pour que nous restions tous ensemble éveillés pour que ce sang ne soit pas, demain, le nôtre."
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On vous parle de Prague : le deuxième Procès d'Artur London (1971) de Chris Marker
Chris Marker se rend sur le tournage de L'Aveu et interroge une partie de l'équipe du film (Montand, Semprun, Costa-Gavras, Signoret...) et, en prime, le véritable Artur London, l'écrivain du livre dont le film est tiré. Après une jolie petite intro où Marker compare le cinéma à la poterie - belle idée que celle de filmer les mains des techniciens au travail -, il demande ce que le thème de ce film représente aux yeux de chacun et se fait - gentiment - l'avocat du diable en demandant, systématiquement, si ce film ne risque pas "d'apporter de l'eau au moulin" aux adversaires du socialisme... Pour Artur London, qui n'a jamais renié ses convictions communistes d'origine, le film, tout comme le livre, ne peut que "rendre au communisme un visage humain" et se révéler, ainsi, d'une certaine façon, salutaire. Même son de cloche chez un Montand qui a bien du mal à ne pas s'emballer sur la question (faut dire que le gars a perdu douze kilos sur le coup et qu'il est forcément à fleur de peau): continuer de croire au socialisme de façon "religieuse" et chercher à occulter ce genre d'événement seraient forcément tout autant destructeur ; ce d'autant qu'à ses yeux, le "combat pour vivre de façon humaine" ne fait que commencer... (Montand, président !... ah oui, mince, trop tard). Il évoque au passage son implication totale dans le film ("je ne conçois pas ce travail sans être en harmonie avec les choses qui m'intéressent..." - c'est sûr qu'IP5, cela a dû lui en mettre en coup - c'est dur, c'était facile...) mais termine l'interview avec une petite pointe d'autodérision qui ne mange pas de pain ("... bien que j'aime bien jouer au poker tous les samedis". Sacré Papounet, va). La grande Simone a peut-être un peu plus de mal à se dépêtrer avec la question mais s'en sort, finalement, avec une formule d'une grande simplicté qui résume toute l'ambition de cette oeuvre : "(ce film), pour les gens biens, ce sera bien !". Bel aveu.
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Vive la Baleine (1972) de Chris Marker et Mario Ruspoli
Shangols a 5 ans, hip hip hip hourra, et pour fêter cet événement en fanfare, quoi de mieux qu'un bon doc sur les baleines ? Quoi ? Attention, pas n'importe quoi, c'est signé du père Chris Marker et l'on doit cette trouvaille à l'un de nos gentils et passionnés lecteurs qui nous a inscrits sur "KG" - pour les intimes. On souffle une bougie pour lui de bon coeur. La baleine à travers les âges et surtout son massacre... Des Eskimos qui ont donné le premier coup de harpon - la neige, ça nourrit pas son homme, c'est vrai - aux Japonais opposés au moratoire (prétendant que cette chasse fait partie intégrante de leur culture (...) - et un sushi dans ta tronche ! Je m'emballe), en passant bien sûr par les différents empires (hollandais, anglais, français...) qui se sont fait un point d'honneur à trucider la bête, tout l'historique du combat entre l'homme et le pauvre animal marin - Melville aura bien sûr droit à son petit crédit au passage. Le doc nous balade au gré de gravures anciennes - belle iconographie - avant de nous donner le coup de bambou avec des images récentes de tueries - ces gros bouillons de sang rouge dans cette mer qui en oublie d'être bleue, de quoi aisément donner l'envie de faire l'impasse sur le prochain repas. La voix off des docs de Marker se fait toujours aussi précise et précieuse avant de nous donner un ultime coup de grâce : si le combat entre l'humain et la baleine se faisait avant en terrain neutre - la mer, la nature... -, aujourd'hui (en 72, belle année...), détruire l'animal revient à détruire la nature et forcément l'homme... Je vote écolo aux prochaines élections si Marker est en tête de liste (et nan l'autre clown), je prends personne en traître.
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La Jetée (1962) de Chris Marker
C'est fou à quel point ce film n'a rien perdu en force, en émotion, en style, en incandescence. Le revoir m'a simplement donné envie d'applaudir des deux mains alors que les bras m'en étaient tombés juste avant - autant dire que c'est pas évident. La mort - la tragédie d'avoir conscience de sa propre mort - , l'amour, le souvenir, la fuite du temps, la fuite en arrière, le romantisme, la violence, l'inhumanité, la perte... je pourrais utiliser tous les mots abstraits du dictionnaire tant ce film constitué d'images fixes - à l'exception d'une, d'une innocence infinie - est sans fin, sans fond, d'une intelligence rare. On en vient même à faire des parallèles avec le monde de Wong Kar Wai tant le rapport entre le temps qui passe et la recherche - impossible - d'un bonheur passé sont les deux piliers de son oeuvre. Artistiquement, ce photo-roman s'oppose en tout point au roman-photo, chaque image étant lourdement pesée, pleine de sens, presque toutes inoubliables : images de torture, de souffrance, de sérénité ou encore image glaciale et définitive dans ce musée de l'Homme où tout est figé dans un cadre figé ; Marker réussit le film presque parfait malgré (grâce à ?) cette économie de moyen.
Cette deuxième vision s'impose à moi encore plus fortement que la première, la troisième risque d'être fatale. Une oeuvre somptueusement sombre. (Shang - 11/08/07)
Fondamental, indéniablement. La Jetée fait partie de ces oeuvres de cinéphilie pure, en ce sens qu'elle s'appuie non seulement sur les films passés, mais qu'elle questionne le rapport aux images, le statut même du cinéma. Pourtant, on pourrait penser a priori que sa forme (une succession de photogrammes fixes, donc) serait un combat contre le cinéma. C'est l'inverse : en adoptant cette audacieuse technique, Marker interroge le pouvoir fascinant qui se niche entre les images fixes. Il y a quelque chose de godardien dans cette volonté de traquer l'image ultime : qu'est-ce que le cinéma est inapte à capter, qu'est-il le seul à capturer ? Car tout repose, dans la trame, sur cette image originelle, celle d'une femme qui crie sur une jetée, celle d'un homme qui meurt, trait d'union sous forme d'instantané entre Eros et Thanatos. Sous des dehors de scénario de SF, le film revient inlassablement à ce thème : l'image des débuts, le plan inoubliable, celui qu'on va chercher à retrouver toute sa vie. Dès lors, l'existence du héros va se résumer à de simples photogrammes arrêtés, et c'est bien normal : il lui manque de retrouver ce temps perdu, cette image fixe qui lui échappe.
Il va donc se livrer à un lent cheminement vers le passé, pour retrouver la grâce perdue de ce plan manquant, grâce autant dûe à l'amour qu'à la mort. Référence évidente à Vertigo du père Hitch, convoqué d'ailleurs à maintes reprises, dans la coiffure de la jeune fille, dans la belle musique de Trevor Duncan, et dans cette scène où un tronc d'arbre symbolise de l'amour éternel. Cette quête initiatique est splendide : recherche de l'émotion perdue, de l'amour, du cinéma des origines, et surtout quête pour trouver sa propre mort (qui est la seule image qu'on ne peut pas rêver, paraît-il). Marker multiplie les motifs ayant trait à l'éternité, au passé, à la perte et à la mort (les animaux empaillés du Musée de l'Homme comme expressions d'un temps figé). Cette quête conduira le personnage non à retrouver le plan manquant, comme il le croit, mais à dévoiler celui qu'on ne peut pas filmer, la mort du cinéaste. Prodigieuse idée condensée en 28 minutes intenses, fièvreuses, effrayantes, et en même temps d'une grande douceur, à l'image du seul plan animé du film : ce battement subreptice de paupières est à la fois sidérant tant il est inattendu, d'une incroyable douceur net d'une tristesse insondable. On pourrait franchement développer pendant des pages, parler de la thématique du regard (caché, dissimulé, grossi), de celui du passage (l'aéroport comme symbole du Styx), de celui de l'enfance et de la vieillesse... Le mieux, c'est de se promettre, comme le fait mon compère Shang, de revoir éternellement ce pur chef-d'oeuvre pour parvenir à en extraire toute la richesse. Une tuerie... (Gols - 16/01/11)
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(petit comparatif sur La Jetée et 12 Monkeys: cliquez)
Si j'avais quatre Dromadaires (1966) de Chris Marker
Quelques photos volées ici ou là aux quatre, que dis-je, aux huit - si ce n'est plus - coins du monde (Cuba, Chine, Israël, Grèce, URSS, France, Suède, Corée du Nord, Japon...) que viennent sporadiquement et magnifiquement commenter deux voix masculines et une féminine. "La photo c'est la chasse, des instincts de la chasse, sans l'envie de tuer" dit l'un d'eux en intro, et nous voilà partis à la rencontre d'individus anonymes ou d'animaux en empruntant des chemins de traverse, de la promenade des Anglais à Nice à "la promenade des Chinois" plus connue sous le nom de Grande Muraille... Deux parties dans ce doc, le côté "château" kafkaïen et le côté jardin aux images légèrement plus apaisées. Marker attaque par une véritable déclaration d'amour au peuple russe dont il ne semble jamais pouvoir se lasser de tirer le portrait, et s'attarde quelques instants sur une étonnante fête de la jeunesse propice aux rencontres internationales. Marker aime particulièrement Moscou pour un petit côté "1900" qui pourrait se résumer par une pincée d'esprit "campagnard" et par la grandeur de ces espaces, une ville entourée de jardins où l'on peut pleinement respirer... Un peu comme Shanghai, maintenant, quoi... Hum... Un petit détour chez les moines grecs qui semblent vivre leurs dernières heures, puis une évocation de la pauvreté humaine qui s'étale souvent sur les trottoirs des cités : des image de gaieté tout de même pour commencer ("J'ai vu un jour des pauvres heureux" - c'était à Nanterre lorsque la population algérienne fêtait le premier jour de leur indépendance) puis des images plus tristounes avec un petit refrain castriste qui donne le ton à l'ensemble ("Trahir les pauvres, c'est trahir le Christ"). On passe sur la pointe de pieds d'éléphants au côté jardin avec, donc, de drôles d'animaux dont ce raton laveur qui lave son linge sale en public ; puis un passage sur des visages d'enfants souvent esseulés avec comme accompagnement cette bien jolie sentence : "Il n'y a pas plus d'enfants unis que de nations unies". Un portrait d'une vieille militante communiste permet à Marker d'évoquer lucidement les premières désillusions des révolutions russes et chinoises, on fait un court détour en Scandinavie où le Chris, sur des photos presque trop lisses, parle de ce "conformisme sans agressivité" et de ce "bonheur sans passion" - toujours le sens de la formule - puis on assiste à une dernière ligne droite en forme d'hommage : aux femmes, aux graffiti et à la tendresse du monde par l'entremise de clichés de couples enlacés. Petit voyage au long cours à travers le monde où Marker fait déjà preuve d'un sixième sens irréfutable pour cerner les liens invisibles qui existent entre les différents peuples. Un regard toujours plein de compassion, de passion, d'empathie, de pathie (le mot n'existe point mais avouez qu'au niveau du rythme cela s'imposait) et des mots toujours envoûtants. Tout Marker en un "clip" et en plusieurs déclics.
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¡Cuba Sí! (1961) de Chris Marker
Marker se rend à Cuba en 1961 pour voir où en est, deux ans après, la révolution initiée par l'ami Castro pour "abattre la dictature" de Batista. Aucun doute sur le fait que le Chris est totalement sous le charme de cette "société nouvelle" qui s'organise sous ses yeux (il a, qui plus est, le sens de la formule, le bougre : "La révolution, c'est faire de ce qui est évident (donner entre autres des logements décents à tous) la réalité" - po mieux) et qui continue de lutter contre l'envahisseur ricain. Montage toujours au taquet - des plans de quelques secondes qui s'enchaînent superbement (magnifique séquence, notamment, de ce concert de rue où le rythme et les gens s'emballent) et des commentaires, comme d'hab chez le Chris, précis et joliment troussés (il y a, à Cuba, "l'Espagnole, la Noire et la Mulâtresse, belle comme une éclipse" - j'en frémis encore). Marker tente de dresser un premier bilan de ces deux années évoquant des sujets aussi divers que l'économie de la canne à sucre, l'éducation pour tous, les défilés des défenseurs de la révolution (...) et tente de faire sentir le souffle populaire que l'on peut capter dans l'atmosphère. Son doc est enrichi d'une interview de Castro qui répond sans langue de bois à son interlocuteur. Quand on lui demande comment on devient un révolutionnaire de sa trempe, le Fidel répond humblement que la révolution ne dépend pas tant d'individus en particulier mais du "climat d'injustice" qui règne à un moment donné. Quand le Chris lui cherche des poux en lui demandant pourquoi, puisqu'il est si populaire, notre homme n'organise point d'élection démocratique, ce dernier répond qu'il faut non seulement du temps pour que le pays "s'institutionnalise", mais prend l'exemple de la France : dans un pays où on organise chaque année de multiples élections - nationales (président, députés...), régionales... - cet "électoralisme" ne résout, au final, aucun problème de fond... Et toc (alors que Castro est mort cliniquement depuis au moins cinq ans (ok, j'exagère un poil), il n'est point étonnant qu'il prenne la peine de ressusciter soudainement pour se fendre d'un commentaire saignant devant la politique de Sarko - c'était la minute engagée du soir). Alors bon, je vous voir venir de loin, la révolution cubaine n'a po tenu toutes ses promesses, nan... Mais il est beau de constater qu'en 1961, on y croyait à donf ; le Chris était sur place pour chercher à capter cette atmosphère pleine d'espoir quand, au même moment, aux Etats-Unis ou en Europe, on ne mettait pas un kopek sur l'avenir de ce régime (dénonçant dans les médias uniquement les excès sans jamais évoquer les changements positifs - cela n'a guère changé lorsqu'on évoque aujourd'hui la Chine, autre pays diabolisé à notre époque... mais je m'emballe). Un intéressant doc d'époque quand le fond de l'air était rouge.
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L'Héritage de la Chouette (1989) de Chris Marker
Episode 1 : Symposium ou les Idées reçues
Prenant l'idée du symposium ("boire avec": vous en apprenez des trucs, hein ?), des spécialistes sont réunis autour d'une table, ou face à la caméra pour les moins chanceux, pour débattre de notre héritage (culturel, philosophique, enfin tout quoi...) de la Grèce Antique. Il est question dans cet épisode de reconnaître à nos ancêtres d'avoir déjà exploré les concepts du conscient et du subconscient, ou encore d'égotisme et de dédoublement de la personnalité; le fameux "connais-toi toi-même" comme précepte de base. Si l'ordre et la mesure pouvaient être atteints, c'était toujours "contre la réalité" - jamais gagné d'avance, vous voyez. On évoque ainsi le fait que si aucune limite n'était alors fixée, s'il n'y avait point de table de lois au sens strict, c'était à chacun de savoir jusqu'où aller... Bien, bien... Celui qui était dans la démesure (l'hubris) était puni en étant jeté dans l'abyme (en fait "qui fait le malin tombe dans le ravin", c'est même po de moi... mon Dieu, on invente rien quoi!). Bon je tenterai d'être un peu moins didactique au prochain épisode, faut que je me chauffe.
Episode 2 : Olympisme ou la Grèce imaginaire
On se sent un peu petit devant ces intellectuels ou ces artistes qui débattent de l'héritage de la civilisation grecque avec un tel brio. Bon, tentons de ne point dire de grosses bêtises, ça nous changera (je me fais tout humble devant Marker). L'épisode commence avec des images des J.O. de Berlin en 1936, pas la meilleure idée que l'on se fait de l'esprit olympique... Comme le dit l'un des intervenants, chaque siècle (voire chaque pays, voire chacun de nous...) a sa propre réinterprétation de la civilisation grecque. L'héritage des Grecs est forcément difficile à définir à l'image de la belle intervention de Théo Angelopoulos qui s'est rendu compte, lors de son premier film qu'il avait, inconsciemment, été inspiré par l'histoire d'Agamemnon. Si le christianisme lui-même s'est parfois appuyé sur les écrits grecs, il est surtout ici question des liens tenus entre l'Allemagne et la Grèce ancienne. Que ce soit en ce qui concerne ses philosophes (de Hegel à Heidegger) voire ses poètes (Holderlin, Rilke), il y a une évidente affinité entre les deux cultures; là où l'épisode achoppe, c'est sur la récupération par les Nazis d'un certain "idéal" de la Grèce - aussi bien pour donner le sens de l'unité à l'Allemagne que dans l'utilisation de représentations artistiques (des images de l'Olympia de Riefenstahl vienne corroborer cet aspect). On évoque également les rituels dionysiaques remis au goût du jour ou la figure d'Apollon, sorte de véritable Dieu des Nazis. La dernière séquence est véritablement godardienne en mettant en parallèle le défilé des athlètes (Allemands et Japonais entre autres) dans le stade de Berlin et celui des militaires, d'un coureur porteur de flamme et de personnes prenant la fuite... La Grèce ancienne a ainsi été utilisée d'une certaine façon pour servir une imagerie et un esprit totalitariste (et encore aujourd'hui dit le commentaire... alors, disons en 2008... ah oui...). Plutôt paradoxal quand la Grèce rime généralement avec l'idée de "démocratie": ça tombe bien, c'est le sujet du prochain épisode.
Episode 3 : Démocratie ou la Cité des Songes
Quelle différence existe-t-il entre la démocratie ancienne et la démocratie moderne ? Le philosophe franco-grec Cornelius Castoriadis prend la parole et faut reconnaître que c'est toujours passionnant et clair. Démocratie signifie le "pouvoir du peuple" et notre Cornelius d'insister sur le fait primordial de ne pas confondre la cité - disons Athènes - et le peuple - les Athéniens : ce sont ces derniers qui détiennent véritablement le pouvoir politique; lors d'immenses assemblées de citoyens (15.000, 20.000 personnes sur 30.000), sans représentants élus, chacun peut proposer une loi qui est alors adoptée ou non, avec toujours le recours de discuter à nouveau d'une décision prise devant une assemblée de citoyens choisis au hasard. L'individu à la base des lois, c'est une première chose. Là où le Cornelius fait une réelle différence entre hier et aujourd'hui, c'est surtout sur la passion des citoyens d'alors pour la vie politique, qui n'a rien à voir avec celle de nos temps modernes, où alternent des périodes gérées par "politiciens professionnels" et celles où explosent les révolutions. Il cite Benjamin Constant qui en 1820 avait su résumer d'après lui tout ce que demande dorénavant un simple citoyen : "la garantie de ses jouissances". Eh oui, les temps changent et les passions partent en fumée, même en politique...
Episode 4 : Nostalgie ou le Retour impossible
Ouverture de cet épisode sur l'Odyssée, un film de De Liguoro de 1911 qui marque forcément des points. En quoi la Grèce moderne est-elle l'héritière de la Grèce ancienne? Si les avis divergent, il est surtout question des notions d'identité (pour Angelopoulos, on donne des prénoms de la Grèce ancienne aux enfants d'aujourd'hui comme pour se rassurer et la langue grecque fut, d'après lui, après l'occupation des Turcs, un véritable moteur pour réunir le peuple) et surtout de nostalgie. Nostalgie de la Grèce ancienne mais aussi sentiment de nostalgie pour ces Grecs immigrés interrogés. Vassilis Vassilikos reconnaît ainsi que l'"on aime la Grèce quand on est loin, et la déteste quand on est dedans" s'avouant heureux de vivre à l'étranger car "on ne [lui] détruit pas la Grèce qu'[il] veut faire dans sa tête"... S'il fallait tenter de définir les Grecs, le mot nostalgique (répétez après moi - et n'oubliez pas le guide -: du mot "nostos", le désir de rentrer chez soi et d'"algos": douleur) semble pour certains le mieux convenir : même si cette terre a été victime d'invasion et de crises politiques terribles, même s'il on est en exil, il demeure important de rester attaché à cette terre d'origine, chacun à sa façon, quitte parfois à l'idéaliser... D'ailleurs dans l'Odyssée d'Homère, comme le dit un intervenant au tout début, Ithaque représenterait justement cette "patrie" lointaine que personne ne doit oublier... Bon, promis, j'oublie po la France les gars (si je peux me permettre un commentaire perso), j'ai un peu de mal à l'idéaliser parfois, certes, mais il me suffit de penser à un pot de rillettes pour continuer d'y croire.
Episode 5 : Amnésie ou le Sens de l'Histoire
Comme l'annonce de façon lucide l'un des intervenants : "l'homme politique éloigne le citoyen de la mémoire, la mémoire servant de point de départ à la contestation; notre homme politique "joue sur le quotidien", livrant un discours (comme les oeufs) "du jour"... et oublié trois jours plus tard". On a alors droit à un petit rappel historique des faits avec l'arrivée, en Grèce indépendante, en 1820 du roi bavarois Otto et un habile parallèle est fait entre l'histoire en 1840 et en 1940 avec les mêmes pays se disputant la Grèce; on revient plus précisément sur les Américains, qui ont pris la succession des Anglais et qui de 47 à 49 intervinrent directement et militairement dans le pays - comme un coup de force en forme de coup d'essai de leur politique future. On finit par évoquer enfin la prise de pouvoir par les Colonels.
Episode 6 : Mathématique ou l'Empire des Signes
Richard Bennet s'extasie devant le génie de Pythagore et fait une fine différence, concernant les nombres, entre ceux des commerçants (pour les échanges), les nombres scientifiques (physique, chimie) et les nombres divins. Il rappelle l'importance de la géométrie à cette époque (on retrouve chez Platon, deux siècles plus tard, cet intérêt, lui dont l'entrée s'ornaient des mots suivants: "Nul n'entre ici s'il n'est géomètre" - bon ben j'aurais pas pu aller bouffer chez Platon, c'est déjà un regret de moins) et Michel Serres d'en rajouter une couche : les philosophes passaient leur temps à se chamailler en débattant d'idées mais finirent par créer avec l'univers de la géométrie, une sorte d'utopie, un "espace universel de paix" - demandez à Gols, il opinera. Serres a l'air vachement content que le vocabulaire scientifique des Grecs ait étendu un véritable Empire dans le temps (de Thalles à aujourd'hui, le mot "parallèle" signifie la même chose - c'est pas vraiment le cas pour le mot "démocratie", vu le nombre d'esclaves à Athènes ("La Chine est une démocratie", si, on peut le dire... au sens grec...)) mais aussi dans l'espace, les mêmes mots revenant presque à l'identique dans les différentes langues européennes. Les Grecs étaient les rois de la logique mais - et c'est là, fusil, qu'il faut s'accrocher - lorsqu'on évoque la notion d'algorithme, à la base, de nos jours, de l'intelligence artificielle (puisqu'il est question des notions d'incertitude et de flou - si on vous le dit!), il faut remonter jusqu'à l'époque des Egyptiens et des Babyloniens (ouh là, ça fait loin dis donc) et Serres de regretter que l'on soit aujourd'hui de piètres héritiers des pré-Socratiques chez lesquels la philosophie et la science ne faisaient qu'un. Qu'il se rassure, il y en a beaucoup qui ne sont ni l'un ni l'autre... et ne me regardez pas, c'est pénible.
Episode 7 : Logomachie ou les Mots de la Tribu
Discussion autour du mot "logo" - "language et pensée", "parole"... On évoque, pour certains, la "schizophrénie nationale" de la Grèce, pour d'autres "sa richesse", avec la cohabitation des deux langues (la populaire et la savante) voire de trois avec l"archaïsante". Il est question de l'histoire des racines grecques (pourquoi utilise-t-on le mot "technologie" et non pas le mot "logotechnie"? (littérature), vous répondez quand on vous parle!...), du Cratyle de Platon qui parlait des affinités entre les mots et les choses (po sympa pour Saussure, plus cool pour les poètes, comme le dit l'excelllllllent George Steiner) où encore d'Aristote pour qui "l'animal humain", doué de parole, se livre, dans le cadre de la dialectique, à une véritable "bataille avec les mots" - je suis pour, je suis pacifiste. Steiner, again, fait enfin un parallèle entre la bouche d'Orphée, d'après les mots d'Ovide, et celle présente sur scène dans une pièce de Beckett, po piqué des hannetons, et on se sent de plus en plus petit devant le niveau des discussions...
Episode 8 : Musique ou l'Espace de dedans
Où commence la musique ?, c'est la question au départ de cet épisode où l'on suit le bruit de la marche au pas de deux gardes grecs, le chant d'une prière ou le son d'un piano, ou encore, pour faire plaisir à Chabrol, le cri de la chouette... Un cri analysé, disséqué, mis en image même, par un ordinateur, et alors qu'on se demande où cela peut bien nous mener, une femme rappelle le Mythe de Gorgone ("créature effrayante" dont l'oeil ressemble... à la chouette) et la création par Athéna de la musique à partir de l'imitation d'un cri naturel... Voyez, quoi... Cet épisode est presque un one man show de Ianis Xenakis qui nous explique que les phonons sont plus gros que les photons (faut le croire sur parole) et que le son est donc finalement "plus proche de l'homme, plus perceptible, plus accessible" que les images. Bien. Il est question également des relations entre le rythme et le corps et de la musique byzanthine ("l'homme peut devenir un Dieu dont le nom est musique" nous dit le commentaire, j'opine). Xenakis cite enfin Paul Valéry qui disait, le bougre, qu'à 18 ans, l'homme avait plusieurs facettes mais que l'usure de la vie, les différents échecs l'obligent à faire des choix (faut que je remette absolument la main sur ma facette...). Pour le Ianis, la musique représente définitivement sa seule façon d'exister. Angélique Ionatos souligne pour sa part la dualité dangereuse de la musique qui, à ses yeux, est seule capable de lui donner le goût de la vie, d'éloigner la peur de la mort mais qui peut aussi souligner le triomphalisme, le narcissisme d'un tyran. Bon, un épisode à ma portée.
Episode 9 : Cosmogonie ou l'Usage du Monde
Allez, quelques petites réflexions piquées à droite à gauche; Michel Serre nous parle des statues cycladiques qui étaient enterrées, en plusieurs morceaux, avec les morts; de même que pour marquer un lieu, à un carrefour, on utilisait souvent une reproduction d'Hermès. De là l'idée que la statue représente à la fois la mort et le lieu : lorsque l'on évoque d'ailleurs ses origines, on parle du lieu où sont inhumés ses ancêtres. Mais les statues peuvent également voyager, comme ces statues grecques exposées au Japon où l'on connaissait Hermès avant tout... comme marque de vêtements - trop fortes, ces statues. Castoriadis revient au monde du chaos et à la théorie pessimiste de nos amis grecs où "l'homme doit disparaître pour payer la rançon de l'injustice" - maudit, dès la naissance... Xenakis lui emboîte le pas en citant Platon : Dieu a créé un monde harmonique puis les humains, qui vont foutre forcément le bazar; Dieu reprend alors le contrôle, exhume les morts qui vont refaire le chemin, à l'envers, jusqu'à l'enfance - un parallèle est fait avec la théorie moderne du Big Bang et, si on comprend po tout, on se dit qu'ils en avaient sacrément sous la casquette ces philosophes. Enfin, on termine sur l'histoire de Persée coupant la tête de la Gorgone (créature fascinante et image de la propre mort de l'homme) dans un souci de détourner la terreur, de "désarmer la mort"... Ouais po simple ce mot cosmogonie...
Episode 10 : Mythologie ou la Vérité du Mensonge
A l'origine étymologique du mot poésie, il y a la racine "faire", d'où le parallèle entre le fait de parler, de discuter et de construire, de faire un monde. George Steiner mène le débat : après avoir évoqué l'influence des mythes sur la littérature, l'Histoire, les faits divers ou la psychanalyse ou encore certains concepts (le futur dans Prométhée, le "qui-suis-je" dans Oedipe, les interdits, comme l'inceste, d'après les mythes sur la parenté,... parlant de l'existence d'une "grammaire du mythe"), il revient sur la création des premiers mythes par l'homme qui se fait "milliardaire du rêve" en étant capable de bâtir des "contre-possibilité à la réalité", de dépasser l'idée de la mort. D'après lui, les histoires "nous sauvent du désespoir" en ce qu'elles nous permettent d'interroger les Dieux et surtout nous-mêmes. Il pousse même l'idée plus loin, après avoir discuté de l'influence sur la littérature des mythes grecs (Oreste pour Hamlet, Prométhée pour Faust): c'est comme s'il existait en chacun de nous, enfermé dans nos cerveaux, comme une conscience enfouie de ces mythes et que la "structure du cerveau et du dire", ce n'était jamais que "le mythe de la découverte de la personnalité par elle-même" - bon, ne me regardez pas comme ça, il l'explique sûrement mieux. Un parallèle est ensuite fait sur le polythéisme grec et japonais (certaines idées auraient transité par l'intermédiaire de commerçants Scythes) et le culte de la nature dans les deux systèmes (petite visite des temples de Delphes et d'Ise au Japon parfaitement bienvenue). Enfin, Steiner pense que si la tradition grecque polythéiste avait fini par triompher - rejoignant ainsi certaines idées de Nietzsche - on pourrait avoir un monde sans guerre, "sans barbarie idéologique". On est prêt à le croire. Encore du lourd dans cet épisode.
Episode 11 : Misogynie ou les Pièges du Désir
Chez nos amis les Grecs, la sexualité n'est point considérée comme une mauvaise chose en soi et on les en remercie. Toutefois, l'homme doit prendre garde à ce plaisir infini, à ce leurre, qui finit par décevoir. Ah!. Il est aussi question, bien sûr, de cet homme qui était à l'origine composé de 8 membres (2 bras, deux corps...) et qui, en recherchant sa moitié, fait de l'amour un acte quelque part très nostalgique... On évoque l'homosexualité, comme un passage pour les adolescents qui leur permet de s'initier à la philosophie, la philo n'étant jamais qu'un amour pour le savoir qui s'amorce dans l'amour de la beauté, dans le désir physique (ça doit être pour ça que, maintenant, on ne commence d'étudier cette matière qu'en Terminale...) En ce qui concerne l'hétérosexualité, le constat est relativement amer pour la pauvre femme grecque, perçue généralement comme un compagnon de beuverie, un genre de complément : sa qualité première, être une bonne gymnaste, ce qu'elles ont dû un peu perdre en route vu les derniers résultats aux jeux olympiques. Bon franchement, la condition féminine dans la Grèce ancienne, c'était apparemment po le pied, les femmes n'avaient po le droit de voter et se retrouvaient donc considérées toute leur vie comme des "mineures", ayant besoin d'un tuteur lors d'un problème avec la Justice. La distinction est faite entre les simples prostituées et les hétaïres - genre de geishas, femmes pour le plaisir, certes, mais cultivées, attention - et, maigre lot de consolation pour la femme au foyer, qui demeurait le chef à la maison - une sorte de matriarcat po super excitant au demeurant... L'une des intervenantes ose un petit parallèle guère réjouissant avec le Grec moderne, dont le goût pour la dictature prouverait qu'un petit tyran sommeille toujours en lui. Po sympa.
Episode 12 : Tragédie ou l'Illusion de la Mort
Moins passionné par ce tronçon. Angeloupolos évoque sa volonté dans le Voyage des Comédiens de rendre le mythe plus proche du quotidien. Il fait un parallèle entre le rythme dans le théâtre japonais (kabuki ou nô) et celui de la tragédie grecque; de larges extraits du Médée de Yuldo Ninagawa viennent illustrer cette évidente sensibilité nippone à capter l'esprit tragique de la Grèce antique. Personnellement, je n'y vois aucun inconvénient.
Episode 13 : Philosophie ou le Triomphe de la Chouette
Ultime épisode (un peu amputé de quelques minutes mais je ne peux pas décemment blâmer le gars qui nous a fait partager cette série d'anthologie) qui rend hommage à la chouette et à la philosophie. Chacun y va de son petit mot pour célébrer la chouette que l'on associe volontiers à Athéna et donc à la sagesse. Pour certains les yeux de la chouette posent des "tas de questions", pour d'autres ils sont capables comme la philosophie de voir dans la nuit... Pour ce qui est de la philosophie, Kostos Axelos (un Grec nan?) pense qu'elle est morte avec Hegel tout en précisant que "la fin d'une chose dure plus longtemps que la chose elle-même" - ouais moi non plus j'ai po compris, mais la phrase vaut le détour, on est d'accord. Pour l'excellent Cornelius Castoriadis (il était pas arrière droit à l'Euro 2004 ?) la philosophie est éternelle, symbolisant avant tout la liberté de penser et de s'interroger. (Bon autant dire que j'ai po fini de philosopher, personnellement, n'étant toujours pas foutu d'ouvrir une bière avec un briquet) Quelques mots, en guise de conclusion, en citant Michel Serres qui ne souhaite point que les philosophes prennent le pouvoir; à ses yeux, "une idée est toujours bonne quand elle n'a pas le pouvoir, toute idéologie devenant dès lors une idéocratie" (faites comme moi, dans le doute, cherchez dans le dictionnaire) ajoutant qu'il n'y a pas de "tyrannie plus mortelle". Eh bé, j'en ai appris des trucs...
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