Lebanon (2009) de Samuel Maoz
Un film de tank, donc, qui parvient à convaincre surtout lorsque la caméra s'attarde sur nos pauvres gaziers coincés dans leur carlingue (toute la seconde partie grosso modo, une fois qu'ils ont essuyé un gros tir qui semble les avoir menés définitivement dans les limbes...). Les passages au début, notamment, vus par le petit bout du viseur font en effet un peu craindre le pire au niveau de la violence et de la sauvagerie : un âne éventré qui pleure sa race, un vieil homme explosé dans sa bagnole qui a perdu trois membres sur quatre, une femme désespérée qui se retrouve totalement mise à "nue"... La guerre, c'est po propre, on est tous bien d'accord, mais l'enjeu véritable du film semble se situe plutôt dans ces rapports de force qui vont avoir lieu en huis-clos dans ce tank qui suinte, de l'intérieur, par tous les pores : un tireur incapable de balancer ses missiles sur des êtres humains, un responsable incapable de tenir ses troupes, un jeune gars qui ne pense qu'à sauver sa peau et à prendre les décisions opportunes, un chef de convoi (de faux airs de Nicolas Cage) qui ne cesse de faire des allers et venues dans ce tank, type à la fois autoritaire mais tout aussi perdu dans cette mission qui vire au cauchemar. Cette plongée au coeur des ténèbres avec ce responsable du tank digne d'un Kurtz qui perd totalement la boule donne lieu à une atmosphère anxiogène qui fait son effet : nos jeunes militaires, devant en cours de route se coltiner un cadavre et un prisonnier, sont vite dépassés par une situation qui leur échappe complètement sans pouvoir, justement,... s'en échapper. Les gouttes d'eau, gouttes d'huiles qui ruissellent sur les parois, les mégots qui s'accumulent dans une eau stagnante, les petits besoins qu'il faut bien satisfaire parviennent à donner une ambiance des plus glauques, et on ne regrette point de ne pas être dans une salle en "odorama"... On reste peut-être malgré tout un peu sur sa faim à la conclusion du film, comme si le cinéaste n'avait point poussé dans ses limites (un fou, un mort, c'est certes déjà po mal...) cette tension intérieure entre les occupants de cette machine de guerre. Prenant donc, à défaut de nous écraser, par son originalité, à grand coup de chenilles.


