03 novembre 2009

Public Enemies de Michael Mann - 2009

19069631_w434_h_q80Retour en très grande forme pour Michael Mann après un Miami Vice un peu assommant. Public Enemies renoue avec la meilleure veine du maître, celle de Heat et de Colateral, celle où il se permet d'habiller d'oripeaux hyper-contemporains un genre usé jusqu'à l'os : le film de gangster. C'est une merveille absolue au niveau de la mise en scène, et ceci en respectant pourtant à la lettre les passages obligés. La grande idée, c'est de se mettre en danger avec un filmage qu'on ne connaissait pas encore dans son cinéma : la caméra à l'épaule, qui donne à son film un aspect urgent et vénéneux du meilleur effet. La technique, jamais sclérosante, jamais crâneuse, rend magnifiquement justice aux somptueuses scènes d'action surtout. Les personnages courent dans tous les sens autour de la caméra, qui tente de les capter au passage comme si elle était elle-même au coeur de l'action. Ca donne des gros plans insensés, les acteurs passant à quelques millimètres de l'objectif, ça donne une façon de filmer faussement déchaînée qui rend les séquences de fusillade particulièrement impressionnantes. La palme 19069628_w434_h_q80notamment à la longue scène centrale, une traque policière qui démarre calmement et s'étend petit à petit à un immense territoire, avec mille détails et actions pris sur le vif et dopés par un montage de fou furieux toujours très lisible. Le film est comme imprégné par la vitesse de ces scènes, c'est sublime.

Mais Mann ne perd pourtant jamais la maîtrise totale de ce qu'il filme, malgré ce semblant de "direct". Je n'y connais rien en focales, mais le gars en charge de ce poste est un génie. Au sein du plus énorme barnum, la caméra capte toujours des profondeurs de champ invraisemblables, jouant des grands angles, des focus et des mises au point en virtuose. Mann semble bien avoir inventé une nouvelle technique avec ces personnages en amorce au premier plan qui sont aussi nets que les détails placés tout au fond des décors, avec ces plans larges aveuglants de "netteté" (voyez simplement la première scène, celle de Dillinger qui rentre en prison, vous comprendrez ce que je veux dire). Pour appuyer ces tableaux, le travail sur le son est lui aussi impressionnant : certains sons, certains dialogues, sont comme étouffés, volume baissé au maximum19126708_w434_h_q80, pour mieux mettre en valeur toute une symphonie de bruits (jamais entendu des coups de feu aussi réalistes), comme si là aussi on faisait le focus sur des détails en estompant le motif principal.

Tout ça fait que Public Enemies est un grand moment formel. Franchement, on va d'émerveillements en émerveillements, avec l'impression d'assister à un film en 3d. Le plus beau étant que ce filmage, loin d'être l'oeuvre d'un petit malin avide d'esbroufe, est toujours au service de l'histoire, de la précisison des personnages. Bon, c'est vrai que côté scénar, c'est un peu moins intéressant. Bien sûr, c'est glamour, spectaculaire, plein d'amour et de trahison, de moments de bravoure et de suspense ; mais on a l'impression d'avoir déjà vu mille fois cette histoire de braqueur de banque poursuivi par un flic obsessionel. On prévoit facilement à l'avance quelle va être la 19129763_w434_h_q80prochaine séquence, et même une part des dialogues (la drague de Cotillard par Depp est sur-balisée). Peu d'intérêt là-dedans, même si pas d'ennui non plus. Ceci dit, grande idée d'avoir choisi Johnny Depp pour interpréter ce gangster au grand coeur. On frémit rien qu'à l'idée que Mann ait pu choisir un des ces acteurs cabotins pour jouer Dillinger, bandit souvent antipathique et excessif, au hasard Nicolas Cage. Depp est d'une sobriété de marbre, et du coup les pièges qui guettaient le rôle passent comme une lettre à la poste grâce à sa subtilité de jeu, à sa maîtrise de chaque geste, à son contrôle du personnage : on y croit, et jamais on ne voit Depp sous le personnage. Le reste de la distribution est également au taquet (Christian Bale en flic évite aussi pas mal d'écueils). Public Enemies, pour résumer, c'est un grand film de formaliste, classique et très class, que je vous interdis de voir en dvd tant il est splendide. (Gols 24/07/09)


Bon, déjà, histoire de mettre les pieds dans le plat, j'ai vu le film en dvd et je risque de me faire engueuler par mon comparse - Johnny Depp doublé en chinois, c'est nase de toutes façon. Tout à fait d'accord cela dit avec les remarques formelles de mon camarade : ces arrière-plans étrangement nets, ces variations d'intensité sonore originales - en ajoutant, au passage, le fait que la musique est omniprésente : des notes souvent sombres et graves (admirez la précision de mon vocabulaire musical) comme si chaque scène se devait d'être teintée d'un troublant sentiment de malaise. C'était d'ailleurs déjà le cas dans Miami Vice si mes souvenirs sont exacts. Pas grand chose à ajouter sur le fait que Mann est un vrai bel artisan du cinéma de divertissement, même si je trouve que l'opposition entre Dillinger/Depp et Purvis/Bale (tous deux excellentissimes, faut reconnaître) a finalement moins d'intérêt que celle entre De Niro et Pacino dans Heat; une magnifique scène tout de même, lors de leur unique face à face sans flingues à la main, lorsque Depp se retrouve derrière les barreaux. Il y a entre eux comme un petit jeu du chat et de la souris qui s'installe : c'est à celui qui montrera le plus de confiance et de certitude dans son rôle et la confrontation est un vrai régal. Dommage qu'au final peu de scènes aient la même intensité dramatique. Quelques mots également sur les séquences de torture où, comme dans un Jack Bauer, tout le monde sait très bien que c'est "mal" mais se félicite toujours quand cela marche... D'où le sentiment que la torture c'est quand même vachement efficace et qu'on aurait tort de s'en passer. Seule notre Marion Cotillard nationale, pourtant frêle comme un oiseau, se la jouera farouche résistante avant l'heure et ne lâchera pas ça - plus tête de mule que la Française, franchement?... Elle s'en prend pourtant plein la tronche, la pauvrette, et elle apporte au passage une vraie dignité à son rôle, voire, dans la scène finale une belle émotion. Bel ouvrage, superbement dirigé, manque peut-être juste un peu de fond et de séquences marquantes (c'est bien gentil les mitraillettes qui crépitent pendant trente minutes en défonçant des troncs d'arbres mais bon...) pour qu'on s'en rappelle au delà de vingt-quatre heures. (Shang 03/11/09)

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01 octobre 2006

Miami Vice (2006) de Michael Mann

Eh bien les amis voici venir le moins bon film à ma connaissance de Michael Mann. Non que Miami Vice soit totalement dénué d'intérêt, mais on y retrouve tous les défauts de Mann sans y trouver les habituelles qualités.

18629296Côté personnages d'abord, gros bug. Je ne connais pas la série d'origine, mais j'ose espérer que les deux héros étaient d'une autre épaisseur que ceux de 2006. Totalement dénués de psychologie, Foxx et Farrell sont de simples ombres qui traversent le film, des spectres auxquels on ne s'attache jamais. C'est franchement étrange de constater que, bien qu'ils aient de nombreuses scènes ensemble, ils n'ont aucun vrai dialogue (à l'exception d'une courte scène, jolie, pendant laquelle ils préparent un assaut). Les deux personnages vivent en parallèle, sans que leurs routes se croisent jamais. Ca pourrait être intéressant, me direz-vous, mais ça ne fonctionne pas. On sait bien queMiami_Vice_Poster01_deutsch Mann n'est pas un cinéaste fan de psycho, mais d'habitude, il arrive à rendre attachants ses personnages, ce qu'il rate ici. Du coup, et c'est une première dans son cinéma, les femmes s'en tirent bien mieux. Je hurlais à qui voulait l'entendre que Mann ne connaissait rien aux femmes (les nanas de Heat sont nulles, par exemple) : Miami Vice est le contre-exemple. Gong Li est très très bien en femme d'affaires vénale mais romantique, sans pitié et pourtant amoureuse. Le premier sourire qu'elle décoche, après 3/4 d'heure de film, est à mourir. Face à elle, Farrell (que la moustache rend obèse) est pâlichon comme tout, et Foxx (que j'aime beaucoup d'habitude) n'a rien à jouer.

Côté mise en scène, raté aussi. Nulle trace ici de l'amour de Mann pour les décors urbains, nulle trace de ces rythmes langoureux et jazzy qu'il mettait en place dans Collateral ou The Insider, nulle trace de cette ampleur chorégraphique modeste et contemporaine qu'il avait inventée. Miami Vice est très étrangement filmé, avec des focales très courtes qui déforment les visages des acteurs (pauvre Farrell, 60 livres de plus en gros plan), avec une caméra à l'épaul18656855e à 90% du temps, qui fait sautiller les plans et les acteurs en permanence (y compris dans les dialogues intimes), avec des flous complètement illogiques sur les premiers plans (la mise au point se fait sur les palmiers agités par le vent, en fond d'écran). On voit que Mann a bien regardé les images d'actualité (notamment pendant la fusillade finale), et qu'il tente de donner une esthétique contemporaine à la série des années 80. Mais du coup, son film devient très laid et assez pénible à regarder, comme s'il avait voulu combler le manque d'énergie de ses personnages par de la nervosité fabriquée. Le montage est dans le même style, avec des plans très courts et une façon de raconter dans l'urgence qui zappe tout détail superflu. Là encore, ça peut marcher, mais ce n'est pas Michael Mann, d'où un manque de conviction dans ce style qui saute aux yeux. Il y a une scène,18656859 où Gong Li vient rejoindre Farrell dans une voiture pour lui sauter dessus, qui laisse rêveur : il y a au moins 10 cadres différents pour montrer la même chose (Farrell sur un siège), et Mann "sur-monte" tout ça avec trop d'application.

Reste que le film se laisse suivre, disons mollement. La musique, assez moche, est pourtant astucieuse dans sa volonté d'échapper au temps ; le manque d'humour total de l'ensemble fait pourtant que le film échappe aux modes des pastiches de séries (Charlie's Angels, Starsky et Hutch) ; le scénario, ultra-classique, ne fait pas dans la surenchère, et reste assez bien tenu. Bon... à voir en faisant autre chose en même temps, éventuellement.   (Gols - 19/08/06)


jamie_foxx5_5B1_5D_1_Si les deux flics ami-ami avaient été homos, cela aurait bien simplifié le scénario et nous aurait bien épargné une heure de film. Mais bon c'est pas le cas. En revanche dès qu'ils prennent une douche (jamais ensemble donc) une créature de rêve vient les rejoindre - il faudrait faire un sondage auprès des flics à Miami pour voir si c'est une constante. Cela dit je trouve Farrell plus convaincant que dans Le Nouveau Monde - haut la main - même s'il a une fâcheuse tendance à marcher en soulevant les bras comme s'il cachait des patates ou des doubitchous sous les aisselles. Foxx est quant à lui tellement large qu'il faut un travelling circulaire de 2 km pour en faire le tour - et sous la douche c'est dur. Physiquement deux héros assez impressionnant mais il est vrai que psychologiquement, ça reste à un niveau assez bas. Pour communiquer ensemble ils se contentent souvent d'un clin d'oeil ou d'un haussement d'épaule ("Ah ouais donc tu veux prendre la fille pour pouvoir la ramener dans la maison et la faire s'échapper en bateau"... à ce niveau-là c'est de la télépathie - ou ils couchent ensemble mais on a déjà dit non). Gong Li, qui a échappé à The Banquet  donc (...) et à côté de laquelle toutes les Chinoises sont des tromblons, s'en sort vraiment très bien et comme le disait Bibice, elle est bien la seule à composer un personnage de chair et de sang.

Michael Mann malgré tout continue d'exceller dans les scènes de nuit et l'arrivée en bateau r741_1_apide dans les lumières du port est assez impressionnante. La musique est quant à elle omniprésente, souvent musclée, comme pour combler tous les vides du scénario et empêcher que le spectateur s'endorme. Pourquoi pas. Ca se regarde donc mais on ne peut pas dire que l'on y puise une originalité folle -  là est peut-être le vrai vice.   (Shang - 01/10/06)

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18 août 2006

Le Sixième Sens (Manhunter) de Michael Mann - 1986

Pas de bol : je veux voir un vieux Michael Mann en préambule de Miami Vice, histoire de me mettre dans leManhunter_1 bain, et je tombe... sur le retour de William Petersen, acteur qui m'avait semblé être un crachat à la face des autres acteurs dans To Live and die in L.A. de Friedkin (fais-toi du mal , clique). Je m'apprête donc à sortir cette fois-ci une batte de base-ball pour vraiment mettre ma menace à éxecution, à savoir lui pêter une jambe, et puis... force m'est de reconnaître que, dirigé par Mann, ce type tient la route. Il est très bien, sombre, secret, sobre, et son personnage, bien que classique, est assez joli de mélancolie et de solitude. Je ne lui pêterai donc qu'un doigt.

Manhunter est plutôt réussi, c'est même une très agréable manhuntersurprise (c'est ce que je dis toujours des films de Mann). Comme d'habitude, le scénario n'a aucun intérêt : c'est la traque classique du flic et du serial-killer, avec son lot de rituels sordides, de fausses pistes et de chat et souris. De ce côté-là, c'est du déjà vu 45000 fois, peu importe. Non, ce qui compte, une fois de plus, c'est la véritable modernité de la mise en scène de Mann sur ces schémas hollywoodiens sur-traités. Le gars sait filmer la ville comme personne : son filmage est ample, très doux, suivant les rues, les architectures modernes avec beaucoup de grâce. Ses lumières trèscap056 soignées, blanches, grises, bleues, épousent parfaitement le style tout en "souplesse froide" de son sujet. Plus que la ville, Mann sait apprécier pleinement les bâtiments, les appartements de luxe, les pièces contemporaines. De ce point de vue, Manhunter est un mélange du beau Heat et du non moins beau Collateral. Sur des propositions très traditionnelles (le thriller et toute sa panoplie), Mann trouve son style, et ses décors dépeuplés, filmés dans des perspectives profondes et glaciales, sont parfaits.

manhunter_critique3Autre talent de Mann : sa direction d'acteurs, là encore très réussie. Le héros, donc, qui a déjà la coupe de Tom Cruise dans Collateral, est joué très tristement par un "faux flic" barbu et solitaire. Son méchant fait sensation, un John Malkovitch en encore plus malade. Il est bien dessiné, sorte de monstre en mal d'amour auquel on s'attache très vite, grâce à quelques détails de scénario qui nous le rendent proche (très belle scène où le méchant emmène la femme qu'il aime caresser un tigre). La mise en scène est impressionnante dans son rythme (toute la scène finale, très lente, sèche, toute en profondeur de champs) et dans son montage. Voilà donc un nouvel "artisan" du cinéma américain qu'il faut suivre définitivement de près.

Gardons quand même la batte de côté pour le compositeur de la musique : Michel Rubini. Ce type est dangereux.

Posté par Shangols à 18:43 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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