31 octobre 2011

Soudain l'Eté dernier (Suddenly last Summer) (1959) de Joseph L. Mankiewicz

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Encore une indéniable leçon de mise en scène donnée par le grand Joseph qui, lors de séquences qui s'étirent tant et plus, met en scène avec une fluidité étourdissante ses principaux personnages : c'est le récit d'Hepburn - ultra collet monté - à un Clift - au regard si doux (...) - dans une forêt primaire reconstituée où animaux et plantes se font menaçants : l'histoire de ces bébés tortues dévorés par des oiseaux de proie parvient à chaque fois à me foutre des frissons dans le dos ; c'est les récits d'une Taylor - d'une beauté aussi intense que son jeu - à ce même Clift - déjà dit - qui parvient à mettre en confiance la belle loin d'être aussi folle qu'on voudrait le faire croire : les baisers qu'ils finissent par échanger en fin d'acte sont de véritables éclairs passionnés où toute l'empathie du Clift explose littéralement ; c'est encore ce flash-back magnifiquement monté où la Taylor revient sur l'épisode traumatisant de la mort de ce mystérieux et manipulateur Sébastien dont on ne voit jamais le visage : les gros plans sur le visage, les yeux ou la bouche de la Liz donnent là encore une force incroyable à cette séquence qui ne cesse de monter en intensité...

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On retrouve dans cette œuvre l'une des thématiques principales de Mankiewicz à savoir l'art de la manipulation : si Sebastien dont l'ascendant sur ces proies féminines que furent sa mère puis sa cousine a fini par se retourner contre lui - elles servaient d'appât auprès de la gente masculine, une gente qui a fini par littéralement lapider ce prédateur sexuel -, la mère semble être au diapason lorsqu'elle tente de faire passer Taylor pour folle : le retournement de situation qui a lieu au cours du récit est digne de ceux du Limier ou de The Honey Pot pour ne prendre que deux exemples en fin de filmographie du sieur. La tension dans chaque séquence est palpable - cette pauvre Taylor qui traverse les salles de l'asile et qui est à deux doigts d'y perdre la raison - et elle finit par être telle qu'on ressort de ce film comme épuisé - pour toute personne souhaitant faire le soir même des cauchemars, voilà une oeuvre que je conseillerais volontiers... Rarement dans un film un prénom aura autant résonné - comptez les "Sebastien", envoyez-moi le résultat et je vous file un cadeau - et participe à cette ambiance lancinante, quasi hypnotique de l'ensemble. Bref un film d'une maîtrise formelle absolue et interprété par des acteurs toujours sur le fil qui n'a point perdu de son aura. Du Mankiewicz à l'état brut.

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Venez prier tout Joseph

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25 octobre 2011

L’Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs. Muir) (1947) de Joseph L. Mankiewicz

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The Ghost and Mrs. Muir est définitivement un grand film pour tout amoureux du cinéma (et de Gene Tierney...). Celle-ci (son meilleur rôle, sans discussion) incarne à la perfection à la fois l'éternelle beauté - cinématographique -, l'innocence et la pureté des sentiments, ce petit grain de folie (eh oui, le destin de la Gene...) pour vivre dans un autre monde et cette force de caractère, ce besoin d'indépendance (même si la déception amoureuse est au rendez-vous via son histoire avec Sanders) d'une héroïne "jusqu’au-boutiste". Son personnage est constamment en équilibre entre la vie et le rêve, les décisions terre-à-terre (notamment celle qui lui fait choisir ce pied-à-terre...) et l'imaginaire (l'écriture de ce livre inspiré par ce seaman - Rex Harrison impressionnant de charisme - qu'elle est la seule à voir (avec sa fille, digne héritière de la mère), la réalité et l'illusion... L'héroïne du septième art par excellence.

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La mise en scène de Mankiewicz est une nouvelle fois d'une sobriété et d'une efficacité remarquables, le cinéaste semblant avoir un don pour filmer - cela paraît un peu simplet à dire, j'avoue - deux personnages en face à face dans une même pièce : jamais "théâtraux", toujours en mouvement, ses personnages se meuvent dans cet espace réduit avec un naturel bluffant. Vous ajoutez à cela une composition somptueuse du grand Bernard Herrmann - traduisant tout le mystère et la magie de l'instant lorsque Mrs Muir découvre ces lieux "hantés", puis joliment romantique lors de ce flirt impossible avec Harrison puis avec ce séducteur félon de Sanders, et véritablement lyrique avec des accents dramatiques alors que le temps fait son oeuvre. Bref une oeuvre qui laisse entièrement sous son charme.

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Les dialogues sont également une nouvelle fois au cordeau, qu'il s'agisse pour la Gene de s'affirmer face à sa belle-famille sclérosante, pour le grand Rex de faire preuve de pointes de jalousie ou d'ironie un poil machiste ("je sais de quoi les femmes sont capables pour l'argent" - l'éditeur, plus tard, lorsqu'il évoquera la valeur des écrits des femmes ne sera guère plus tendre... Une chtite faiblesse du Joseph, on va dire, gentiment) ou encore pour le bas Georges de faire sa cour. Ce dernier tente de ramener la Gene à la vie, de la tirer de ses fantasmes et on lui sait gré, dans un premier temps, de tout faire pour que la belle puisse enfin s'épanouir ici-bas. Seulement cette réalité s'avère on ne peut plus décevante pour une Gene dont le destin semblait déjà écrit dans "l'au-delà". Ce qu'il y a de proprement étonnant, c'est que loin de chercher à se venger, à conspuer ces hommes infidèles, elle accepte son sort avec une incroyable sagesse comme si sa conception de l'amour n'était point faite pour ce monde-ci : il faut parfois se faire une raison...

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Et puis il y a cette magnifique séquence sur la fin avec ce verre de lait ("le verre de lait dans le cinéma américain", voilà encore un sujet de thèse qui mériterait d'être écrémé) que la Gene finit par verser à terre, alors qu'elle se meurt, comme si sa pureté ne pouvait se consommer en ce monde. L'arrivée d'Harrison qui la tire de son sommeil éternel et lui redonne sa jeunesse est un moment de grâce absolue comme seul le cinoche semble en être capable - je suis à genoux, on l'aura compris. Bref, que du bonheur à voir et revoir ce chef-d’œuvre de l'ami Mankiewicz artisan d'une bien belle odyssée.

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Venez prier Joseph    

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18 octobre 2011

Guêpier pour trois Abeilles (The Honey Pot) (1967) de Joseph L. Mankiewicz

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Mankiewicz est un véritable dandy cinématographique, toujours prêt à insuffler de l'art dans la vie. Si The Honey Pot peut apparaître dans un premier temps comme une petite merveille scénaristique qui fait, encore et toujours, la part belle à l'art de la manipulation et s'impose comme une éternelle variation sur le thème de l'arroseur arrosé, le personnage principal (Rex Harrison is Cecil Fox et s'éclate littéralement) incarne, lui, véritablement, ce dandysme : il ne cesse de chercher à vouloir mettre en scène sa propre vie et celle des autres ; en véritable perfectionniste, il prend à son service un acteur (Cliff Robertson) et, s'inspirant délibérément du Volpone de Ben Johnson (pas le coureur), tente de mettre en scène sa propre mort après avoir convoqué trois ex particulièrement vénales : il veut faire croire à celles-ci qu'au moment fatidique, l'une d'entre elle aura la chance d'hériter de sa fortune... Il n'y a bien sûr pas qu'une anguille sous roche mais tout un ban...

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Ce huis-clos dans ce palazzo vénitien est réglé comme du papier à musique, Mankiewicz prenant un soin extrême, comme il le fera ensuite dans Sleuth, à chaque micro-élément du décor et surtout à chaque partition des acteurs. C'est une œuvre où la parole est omniprésente comme pour mieux masquer le dessein de chacun. L'on sait que, chez Mankiewicz, il faut savoir se méfier des apparences et chacun des acteurs de ce drame semble se tenir sur ses gardes pour ne pas dévoiler entièrement son jeu. Si le propriétaire des lieux semble jouir intérieurement de son art de marionnettiste - quand il se retrouve seul, son euphorie à "monter" cette pièce et les gens contre eux peut même le pousser à extérioriser ce malin plaisir qu'il prend : il esquisse alors quelques pas de danse, voire fait carrément le mariole en glissant sur le parquet ou en sautant sur son lit - , son serviteur et l'infirmière au service de l'une des trois donzelles ne semblent pas en reste pour être capable d'analyser la situation avec une grande perspicacité et se permettre d'échafauder leur propre plan ; quant aux trois donzelles, on se demande quel jeu chacune d'elle peut bien dissimuler dans sa manche... Le spectateur a beau tenter de se faire sa petite idée, il se perd le plus souvent en conjectures foireuses, mettant de côté sa frustration en admirant ce spectacle, pour ne pas dire ce ballet, parfaitement huilé. Le cinéma de Mankiewicz est une parfaite mécanique, à l'image de ce jeu sur les multiples pendules, horloges, réveils qui viennent s'insérer dans le récit : cette mise en scène "grandiose" décidée par Rex Harrison autour de sa propre (et feinte) mort révèle en fait la volonté de savourer chaque seconde de cette vie, une vie considérée comme un spectacle grandeur nature... Du grand cinéma quoi... - le petit écran, au passage, cette "boîte à imbéciles", en prend pour son grade, une télé étant même à deux doigts de se prendre une balle...

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Si le scénar n'est pas toujours tendre envers les femmes - par trop profiteuses et opportunistes - et flirte (hum) parfois avec les remarques misogynes, le personnage de l'infirmière, par sa subtilité et sa franchise, tend à venir équilibrer la donne... La princesse, monstre de froideur tout du long, prouve également sur la toute fin qu'elle n'est pas la dernière à se jouer des faux-semblants et les hommes, au final, devant ravaler leur évident complexe de supériorité, sont loin d'apparaître comme les grands triomphateurs de cette "mascarade tragi-comique"... Le cinéaste explore à sa façon les mécanismes de l'âme humaine en en montrant magistralement aussi bien l'ingéniosité que le côté mesquin, tout l'art de se jouer des autres tout en évoquant le risque d'être pris à son propre jeu... En 1967, en pleine Nouvelle Vague française, il est clair que le cinéma du gars Mankiewicz dénote un chouille par son classicisme formel et ce petit côté théâtralisé. Il n'en est pas moins, quelque quarante ans plus tard, aussi captivant et jubilatoire.

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Priez toute l’œuvre de Joseph,

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13 octobre 2011

Carol for another Christmas (1964) de Joseph L. Mankiewicz

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Voilà une vraie rareté tournée pour la télé sous le patronage messieurs-dames des Nations Unies, une adaptation de Dickens par Monsieur Quatrième Dimension, Rod Sterling, et avec au générique du beau monde : Sterling Hayden, Ben Gazzara, Peter Sellers, Eva Marie Saint sans parler de Peter Fonda dont il ne subsiste au final que le portrait sur une peinture... Une histoire pavée de bonnes intentions puisqu'il s'agit de démontrer que les Nations Unies qui sont là pour aider les différents Etats à discutailler ben c'est vachement bien, et que c'est toujours mieux que de rester chacun dans son petit coin à jouer les gars sectaires et isolationnistes... Je parlais de "pavé" et justement ce récit a un peu la lourdeur d'un bon vieux pavé de rue du Moyen-Age tant le côté démonstratif se fait ultra lourdingue - un peu comme vouloir enfoncer une punaise dans du liège avec un marteau-piqueur - nan, j'ai jamais essayé mais j'imagine juste... C'est bien dommage parce qu'au niveau de la distribution et de l'esthétisme il y a quand même du lourd pour une production téloche (la séquence dans la brume sur ce bateau rempli ras la gueule de cercueils, ce terrain dévasté post-atomique, cette grange falstaffienne avec une harangue démoniaque du grand Peter Sellers) mais alors, les amis, même un gamin de quatre ans (bien éduqué, ok) finirait par comprendre le fin mot de l'histoire au bout de cinq minutes et n'hésiterait point en cours de route à te regarder droit dans les yeux pour dire à quel point tonton regarde des films assommants - et il aurait po tort le gamin...

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Sterling Hayden se tape le rôle du gros con de ricain qui veut que chacun reste chez soi et les cows seront bien gardées, un type qui a perdu son fils lors de la seconde guerre mondiale et qui l'a franchement amer à propos de cette propension américaine à mettre son nez dans les affaires internationale ; il a de la thune et du power et quand son neveu (le bon Ben) vient le voir au sujet d'un échange entre un prof d'une université ricaine et un autre de Pologne, il l'envoie rudement paître. Que chacun reste de son côté de la barrière, c'est son leitmotiv... Bon le gars va alors bêtement s'assoupir en cette soirée du réveillon qu'il passe en solo et va être visité dans ses rêves par différents fantômes (celui du passé, du présent et de l'avenir), des fantômes qui vont au passage tenter de lui mettre du plomb dans la tête... Séquence relativement envoûtante, donc, sur ce bateau perdu dans la brume, puis scène un peu plus cucul et attendue avec un Sterling jeune aux côté d'une Eva Marie Saint (par définition, on lui donnerait le bon Dieu sans confession) toute émue de voir des enfants japs frappés par cette terrible bombe atomique ("Les enfants n'y sont pour rien, les guerres c'est mal"... Ben tiens, tu plaisantes, même les rats japs sont coupables dans l'histoire), ensuite on enquille avec une séquence presque digne de Lars Von Trier (genre The Five obstructions) ou... des Monthy Python (The Meaning of Life) avec une scène de banquet et, en toile de fond, un camp de concentration ("certaines personnes abusent grave avec leurs richesses quand d'autres rament dru"... j'ai franchement commencé à lâcher, limite grotesque) et enfin une scène ubuesque et futuriste avec Peter Sellers en roi des "moi" qui fait le mariole devant une foule constituée d'andouilles ultra individualistes - Peter Sellers est super fort en Sarko avant l'heure mais même si son petit délire vaut le détour, là encore, on y va po avec le dos de la louche (la grosse, celle pour les marmites, pas la petite pour les rhums arrangés, on s'entend). Sterling se réveille tout abasourdi d'être un beau fumier et même s'il ne lâche rien au gars Ben qui lui rend visite à nouveau (polonais, prof ou plombier, même combat), il décide d'aller prendre son petit dèj... dans la cuisine de ses deux serviteurs blacks - ouais, il a compris un truc, il est super plus open au monde now... On est peut-être au dessus du lot au niveau téléfilm, mais la charge de "grandes idées humanistes" est tellement lourde et balancée de façon si sentencieuse - seul Peter Sellers se marre comme un tordu dans c't'histoire - qu'on a quand bien du mal à adhérer à cent pour cent à la chose... Lourd, lourd... Mais bon, après le tournage dantesque de Cleopatra, ça dut quand même sacrément le reposer, le gars Joseph...

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Prier pour toute l’œuvre de Joseph,

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10 octobre 2011

Un Mariage à Boston (The late George Apley) (1947) de Joseph L. Mankiewicz

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Adapté d'une pièce de théâtre dont on sent que Mankiewicz s'est plu à garder le découpage et les séquences qui "tirent" en longueur pour laisser aux personnages un maximum de temps de jeu, ce film n'est peut-être point l’œuvre la plus olé-olé du Joseph, mais offre une vision de la haute société bostonienne dont le ton cul-serré est finalement tel qu'il finit souvent par arracher des sourires (la scène de la cravate offerte en cadeau au fils par sa fiancée qui l'a tricotée elle-même ou la séquence où les deux se retrouvent à chaque extrémité d'un canap ont à coup sûr inspiré les gars du Splendid pour Le Père Noël est une Ordure - mais je m'avance peut-être...). Ce petit monde bostonien gravite autour du pater familias, le fameux George Apley incarné avec brio par un grand Ronald Colman : ce dernier voit dans un premier temps avec un sale œil le mariage de sa fille avec un type... mon Dieu... de New York, et celui de son fils avec une famille dont les parents sont originaires... Goood Loooord... de Kansas City. Il tente tout de même de mettre, dans un second temps, de l'eau dans son vin en rencontrant les parents de cette jeune fille du Kansas... Il se fait grave remettre à sa place par son vis-à-vis qui tente de lui faire comprendre que ce mariage entre les deux amoureux novices a toutes les chances de capoter - po du même monde, clair... Refroidit alors même qu'il commençait par faire preuve d'un poil de tolérance et d'ouverture, il décide d'envoyer sa propre fille en Europe pour qu'elle oublie son fiancé... Mais le gars George Apley est loin d'être aussi hermétique qu'il en a l'air et serait bien capable d'un nouveau revirement pour assurer le bonheur de sa progéniture...

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Bien que les personnages donnent tous la curieuse impression d'avoir un balai dans le cul et que les premières minutes ne laissent pas présager du meilleur - le repas de Thanksgiving avec l'éternel tante et autres amis incontournables qui n'ont po grand chose de nouveau à dire -, quelques petites réflexions fusant ici ou là introduisent un chouilla de causticité ou d'humour "du bout des lèvres" à l'ensemble et dérident l'ambiance (Le père découvrant Freud (dont le sexe est à l'origine de l'oeuvre) et l'opposant à son maître Emerson (tout l'inverse...), le père tançant sa belle fille après une bataille de boules de neige avec son amoureux "aux yeux de tous" (ouah, fuck!) - alors un baiser, diable...). Mais même si le gars George paraît indécrottable dans ses conviction ultra conservatrices, le type est loin d'être totalement sourd aux évolutions du monde alentour (la scène à New York lorsqu'il s'agit de choisir une robe pour sa belle-fille) ni aux critiques frontales (lorsqu'il se fait remettre à sa place en pleine rue new-yorkaise par l'ex-fiancé de sa fille - dans un film de Nicolas Winding Refn, le père passerait sa canne au travers des naseaux de ce petit merdeux de Yale pour la faire ressortir par une oreille ; là, il reste aussi stoïque qu'une statue : garder la face, c'était une autre époque, un autre lieu)... Oui bon ce n'est pas un film de pure déconne où l'intrigue s'avère ultra passionnante, faut reconnaître. Mais ce George, personnage pétri de conviction qui se fissure à deux-trois occasions, et le côté en particulier relativement touchant des deux jeunes filles qui semblent n'avoir dans ce monde masculin presqu'aucune marge de manœuvre (la fille de George, la vaporeuse Peggy Cummins et sa future belle-fille, la guère expansive Vanessa Brown) ne sont pas sans donner une pointe de charme à l'ensemble (rah, ce n'est pas le summum de la fantaisie, reconnaissons-le, ni au niveau d'un The Dead de Huston auquel on peut parfois penser tant cette société peut paraître d'un autre temps mais ne soyons point trop dur, allez...).

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Priez pour toute l’œuvre de Joseph, ici

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30 septembre 2011

Le Limier (Sleuth) (1972) de Joseph L. Mankiewicz

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Pour son ultime réalisation, le gamin Mankiewicz s'en donne à cœur joie et nous livre une petite mécanique scénaristique absolument jouissive. De cette ouverture sur ce jardin en forme de labyrinthe à ce "bloody" final - l'anglo-saxon aime à jouer sur les mots -, on se régale de ces multiples rebondissements où l'arroseur se fait arroser, le pseudo-inspecteur (Laurence Olivier écrit des polars) se fait pseudo-inspecter (oui, c'est pourtant vrai...), où le joueur malgré lui (Michael Caine) se prend fatalement à son propre jeu... Si l'intrigue de départ peut apparaître somme toute basique - deux hommes se disputent la même femme -, la façon dont ces deux personnages vont tenter de jouer au plus finaud est, elle, loin de l'être. C'est tour à tour vachard - l'aristo qui se moque de ce petit coiffeur d'origine italienne -, rigolard - on s'esclaffe théâtralement à tout bout de champ -, et diablement misanthropard - tous les coups - tordus - sont permis pour "se jouer" de son adversaire - et ce petit jeu de massacre entre individus point dénués d'imagination tourne à la démonstration magistrale. Laurence Olivier et Michael Caine interprètent ces bouffons de la farce avec un plaisir que l'on devine indicible - Caine est un peu limite dans la crise de larmes, mais il se rattrape magnifiquement quand il reprend les rènes de la situation... - et même si leur jeu peut paraître, par la force des choses, méchamment théâtralisé, grâce aux dialogues qui s'enchaînent sur un rythme de mitraillette et à la mise en scène d'une sublime fluidité de Mankiewicz, on se retrouve happé de bout en bout dans cette "représentation" qui passe comme un éclair - 2h20 qui passent comme une micro-tasse de thé.

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Dur d'en dire plus sur l'intrigue sans la trahir - je vous laisse notamment la surprise des autres personnages annoncés au générique d'ouverture... On pourrait tout de même ajouter deux mots sur cet incroyable décor, véritable manoir hanté par l'imagination d'un enfant (voyez le genre, nan...?), et sur cette incroyable armada d'automates présents dans le film - "le rire est une mécanique plaquée sur du vivant" disait grosso modo, ce me semble, le gars Bergson, et vice versa serais-je presque tenté de rajouter, humblement, en écho à cette œuvre joliment huilée... Outre ces individus animés qui se retrouvent malgré eux au cœur du récit, il y a tout une panoplie "d'accessoires" merveilleusement employés : de cette panoplie de clown d'un ridicule extrême (l'expression du rire aux larmes est illustrée en une bien belle image) à ce puzzle entièrement... blanc (si les morceaux de l'intrigue s'emboîtent magistralement, bien difficile de deviner ce qu'ils vont nous "révéler" à la fin de chaque acte...), de ces éternels objets (chaussures, vêtements, bracelets...) qui servent généralement de preuves pour éclaircir un meurtre et qui sont ici constamment "détournés" (on s'en sert plus pour "jouer" que pour résoudre véritablement un crime) à ce squelette qui ne cesse de sortir de son placard (gag facile pour gamin ou allusion directe à ce qui se trame en sous main ?...), on est totalement bluffé de voir comment, à chaque fois, le cinéaste parvient à en tirer toute la sève et à les inscrire subtilement dans ses cadres - une leçon sur l'utilisation de la profondeur de champ. Mankiewicz termine sa carrière avec ce film absolument captivant et d'une parfaite causticité (jusqu'où peut-on aller pour avoir le sentiment de triompher de l'autre...) qui semble avoir été tourné avec une facilité, pour ne pas dire un esprit, proprement enfantin(e). Rideau maestro - po trouvé de rime avec "Sleuth", désolé...

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29 juin 2011

On murmure dans la Ville (People will talk) (1951) de Joseph L. Mankiewicz

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Difficile de ne point ressortir de la vision de ce film sans la banane, l'ami Mankiewicz faisant preuve dans ce film d'une telle foi dans l'humanité qu'en comparaison, même une œuvre de Capra paraîtrait petit joueur. Cary Grant trouve là un rôle absolument en or pouvant, sans se départir de son sérieux à tout crin, se montrer à la fois charmeur, généreux, humaniste, malin, dévoué, drôle (plus il fronce des sourcils, plus il se met en colère, plus il sait jouer sur le fil de la comédie : cela ne s'invente point) et ressort de ce film la baguette à la main (docteur à la base, il conduit également l'orchestre composé des étudiants en médecine) tel le plus grand des maestro-acteurs de son temps. Le film est une fois de plus diablement bavard, mais chaque dialogue est un tel bonheur au niveau des reparties et de l'ironie, alternant les soudains coups de semonce avec les moments les plus intimes, les règlements de compte déchirants avec les passages amicaux qu'on se trouve, à quasiment chaque séquence, devant une scène d'anthologie (j'exagère, mais si peu...). Face à Grant, la douce Jeanne Crain fait merveille pour le ramener semble-t-il au niveau de la terre ; cet homme, totalement dévoué envers ses frères humains (même si les femmes composent une grande partie de sa clientèle dans la clinique) va, paradoxalement, au contact de cet "ange" féminin à deux doigts de s'envoler définitivement, retrouver une dimension humaine, vouloir à nouveau mener une vie comme le commun des mortels. A leurs côtés, deux individus jouent un rôle antagoniste : le petit et mesquin Professeur Elwell (Hume Cronyn) qui cherche des noises à notre grand homme, et le mystérieux et frankensteinien Shunderson qui suit Grant comme son ombre, tel un éternel valet protecteur - ou un véritable ange gardien, pour le coup... Les recherches de l'un sur le curieux passé de l'autre animent une trame qui n'avait de toute façon guère besoin de ce suspense pour nous tenir tout du long en haleine.

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Grant veille sur ses patients tel une mère sur ses enfants, sachant toujours trouver, derrière ses airs un poil "revèches" (pour la forme) adoucis par un constant et léger sourire aux lèvres, un petit mot réconfortant : quelques grammes d'espoir dans un monde où il faut, quoiqu'il advienne, constamment se battre. C'est d'ailleurs cette constante adversité dont fait preuve Grant qui ne peut que forcer le respect : qu'il se "chamaille" gentiment avec l'un de ses grands amis parce que celui-ci, lorsqu'il joue du violoncelle, ne suit point ses indications, qu'il prenne à parti un vieux fermier littéralement enterré dans ses principes, qu'il se "dispute" avec deux de ses "potes" (le docteur musicien et son beau-père) en jouant aux trains électriques (grand grand moment de slapstick comedy avec ce jeu sur les beep-beep et les beep-beep-beep), qu'il prenne de haut ce misérable petit professeur Elwell en cherchant à défendre Shunderson ou son passé (le parallèle avec les enquêtes sur Mankiewicz lors de la chasse aux sorcières semble s'imposer de lui-même)  ou qu'il tente de donner la foi à cette jeune femme enceinte et désespérée qui est venue lui rendre visite (Jeanne Crain), il ne fait point de doute que notre homme n'est pas du genre à lâcher quoi que ce soit. Grant a des convictions et rien ne semble pouvoir les ébranler... et ce, même s'il semble prendre soin de dissimuler tout un pan de son lointain passé. Un homme dévoué et pugnace avec un petit côté "seul contre tous", mais qui sait reconnaître, au premier coup d'oeil, l'amitié (sa discussion pleine de respect, de compréhension et de complicité avec cet ancien "touche-à-tout littéraire" qui deviendra son beau-père) et... l'amour. Magnifique passage de séduction dans cette... laiterie : Grant a beau chercher à se dissimuler derrière un certain verbiage et un éternel petit côté "pompeux", il ne peut que finir par baisser les armes devant les attaques frontales et... enamourées de la belle Jeanne. Digne, séducteur, beau-parleur, craquant, Grant est notre héros.

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La caméra de Mankiewicz suit avec un tel naturel chaque mouvement de nos personnages qu'elle en devient littéralement invisible (et je ne dis pas cela uniquement parce que j'ai la flemme de relever chaque petit procédé de mise en scène du Joseph - c'est mal me connaître). Bien que le film soit adapté d'une pièce de théâtre et ne bénéficie de quasiment aucune scène en extérieur (si ce n'est l'arrivée de Grant dans la ferme de Jeanne), jamais l'atmosphère de celui-ci ne paraît étouffante (à noter également, au passage, la grande place prise dans la bande-son par la musique classique qui semble lier chaque scène entre elles) : certes, lorsque l'heure du procès de Grant a sonné et qu'il se retrouve dans cette petite salle exiguë face à ses pairs, on sent monter une certaine pression ; mais même si l'issue de ce(s) jugement(s) possède son lot d'éléments hautement "dramatiques", cela sera rapidement dégoupillé avec l'enchaînement sur le concert final (c'est peut-être pas au niveau du Retour du Grand blond mais presque... - pardon), plein de vitalité, de joie, de bonne humeur et de mouvement. On ne murmurera jamais assez fort que People will talk est un grand film, proprement euphorisant.

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25 juin 2011

Un Américain bien tranquille (The Quiet American) (1958) de Joseph L. Mankiewicz

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Encore un film de bien belle tenue signé Mankiewicz, même si le rythme de l'ensemble n'est pas toujours ultra trépidant (au niveau de l'action, c'est la partie congrue, faut reconnaître) : comme dans l'excellent Five Fingers, les joutes verbales sont nombreuses : entre nos deux héros - Pyle le Ricain (Audie Murphy) face à Fowler l'Anglais (Michael Redgrave, absolument parfait) qui discutent en parfait gentlemen de "l'avenir" d'une femme vietnamienne - la bien jolie Phuong - pour laquelle les deux ont le béguin ; entre Fowler et ce mystérieux Heng qui tient à le tenir informé des soi-disant activités secrètes de Pyle ; entre Fowler et cet inspecteur roublard (Claude Dauphin whose english is verry verrrry good), deux personnages dont on a du mal à savoir, jusqu'au bout, lequel cache le mieux son jeu. Ça discutaille donc ferme comme pour mieux se cacher derrière les mots (en particulier pour notre Anglais) et pendant ce temps-là, en arrière fond, ben il s'en passe du bazar : nos amis colons français sont en guerre dans le Nord contre ces fourbes de communistes, des attentats ont lieu en ville (des bombes en forme de pompes à vélo, c'est fourbe...) et cerise sur le gâteau, ce fameux et troublant meurtre de Pyle qui va nous tenir en haleine tout du long. Mankiewicz inscrit parfaitement son intrigue dans son cadre historique, géographique et culturel - il s'ouvre notamment avec la célébration du nouvel an Chinois : un défilé traditionnel qui annonce, dès le départ, avec ces multiples masques gigantesques, que les apparences peuvent être trompeuses - et réalise le portrait d'un homme totalement confit dans ses certitudes qui va tomber de très haut (c'est un Anglais qui morfle et point un Français, sur le coup on s'en sort quand même plutôt bien...)

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Ce qu'il y a d'absolument passionnant dans cette histoire, c'est de voir à quel point l'ami Redgrave se réfugie derrière ses propres conceptions : en ce qui concerne la guerre, il se la joue ultra libre-penseur et indépendant, genre le journaliste qui sait prendre du recul sur les choses et qui n'a aucun intérêt à prendre parti ; il est tellement sûr de son coup, il a déjà tellement vu de choses que pour un peu, il ne se rendrait même pas sur le front de cette guerre si personne ne le poussait à y aller... De ce pays asiatique, il a également pratiquement tout compris, et l'on sent derrière son petit sourire mesquin à quel point il se moque de ce petit Ricain qui débarque à Saïgon et qui se révèle incapable de "comprendre" les coutumes locales. Pour ce qui est des femmes, cet homme marié n'est po du genre non plus à remettre en cause sa philosophie : sa bobonne épiscopalienne  est à Londres, il coule des jours paisibles depuis deux ans avec la bien accommodante Phuong, et quand l'heure viendra de partir, on peut être certain qu'il reviendra à ses croquettes Friskies sans remords ni regret... L'arrivée de ce petit merdeux de Pyle qui lui annonce d'entrée qu'il veut se marier avec sa pineco (manque po d'air celui-là) ne va pas tarder à lui taper sur les nerfs : qu'est-ce que ce petit idéaliste qui ne connaît rien à rien va lui faire comme morale ? Bon, ok, il va lui sauver la vie, mais est-ce qu'il a des leçons à son âge à recevoir ? Redgrave, c'est le genre de gars qui a tout compris de la life, qui peut éventuellement donner un ptit coup de main pour que l'on remette sur le droit chemin un type qui déconne, mais qui ne va jamais se remettre en cause. Poor English laminé par son propre sentiment de supériorité... Si les scènes d'action se comptent sur les doigts d'une demi-main (l'attaque sur la route et l'attentat), ces dialogues magnifiquement ciselés et interprétés avec brio donnent tout son sel à ce portrait d'un homme qui a bien du mal à ouvrir les yeux sur ses propres "lacunes" ... Un Américain bien tranquille, oui surtout une fois mort, et un Anglais bien couillon joliment manipulé... Belle chtite leçon d'humilité...

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13 juin 2011

Escape (1948) de Joseph L. Mankiewicz

"There's nothing more tragic in life than the utter impossibility of changing what you have done" Galsworthy

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Bien inspiré de me pencher dans la foulée de House of Strangers sur l'une des œuvres les moins connues de Mankiewicz. L'histoire d'un homme qui, à la suite d'un petit accrochage et la mort accidentelle d'un flic, est condamné à trois ans de prison. Estimant cette condamnation totalement injuste, notre homme va se faire un devoir de se faire la belle et croisera dans sa cavale une poignée d'individus plus ou moins compatissants, plus ou moins... justes. Mankiewicz livre une petite réflexion sur la "notion" de la justice humaine absolument passionnante dans un film qui ne l'est pas moins : Rex Harrison est un homme traqué qui tente de passer inaperçu dans cette campagne anglaise guère accueillante ; seule une jeune femme, Peggy Cummins (petite bombe blonde aussi tolérante que craquante), décide de lui venir en aide, pendant qu'un de ses anciens amis va tenter de mettre à sa disposition un avion de tourisme (c'est un ancien pilote) pour qu'il se fasse la malle en France... Mais grande est l'adversité et tortins les coups du sorts.

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Il est bien beau de tenter de prendre la défense de la veuve et de l'orphelin ou de croire en la clémence et en l'indulgence de ses frères humains : Rex Harrison en fera la dure expérience. Après avoir rencontré une femme la nuit dans un parc et discutaillé gentiment avec elle, celle-ci se fait alpaguer par un flic qui l'accuse de tentative de racolage. Rex s'interpose, dit qu'il n'en est rien, se fait un peu bousculer par le flic dont il ne supporte point les manières et envoie balader celui-ci sur un banc sur lequel il se fracasse... Oups, le flic n'a pas l'air bien en point, la donzelle se casse sur les conseils de Rex et notre héros de rester (l'homme ayant l'air blessé) en attendant que les autres flics rappliquent... Un coup de pas de chance, il se dit, un coup de trois ans de prison, annonce le jury : Rex est vert...

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Le bon point de l'Angleterre quand on est prisonnier, c'est ce putain de brouillard. Notre héros va profiter d'une grosse nappe à couper à la faux pour se faire oublier... C'est le début d'un long périple durant lequel il va se retrouver constamment obligé de se cacher comme le renard qu'il croise lors d'une chasse à courre : la meute humaine est à ses trousses, l'issue peut-elle être autre que sanglante ? Rex a la chance de croiser la dévouée Peggy avec laquelle il va avoir de petites discussions pointues ("Suppose you do get away, dit-elle sceptique, will you really be free ? Won't you exchange one kind of prison for another ?" ; il lui rétorque du tac au tac à cette chtite qui ne roule pas sur l'or et est fiancée à un type friqué : "Aren't you merely exchanging one kind of poverty for another, marrying a man you don't love ?"). Ça la scie littéralement sur place ; il va finir d'ailleurs, le 707916EscapeMankiewiczbougre, par charmer cette petite fleur des champs (il a tout de même de la chance dans son malheur); malheureusement on ne peut pas dire que ses autres frères humains vont lui tendre la main... Rex tente pourtant, quand il en l'occase, de leur faire une petite leçon de morale (le vendeur de bagnole qui condamne en bloc "ce type qui s'est échappé" - sans reconnaître que c'est Rex - et notre héros de lui faire remarquer qu'il est lui-même le dernier des petits truands quand il s'agit de faire du business vu les craques qu'il a racontées pour vendre sa bagnole), se rendant compte que cette "humanité" est décidément guère brillante (un de ses anciens potes prêt à le vendre contre de la thune, ce petit propriétaire qui organise, fusil à la main, une véritable battue pour le descendre comme un lapin...). Il aura tout de même l'opportunité, en fin de parcours, de croiser un prêtre d'une bien belle sagesse : ce dernier, loin de vouloir le dénoncer ou de chercher à lui en imposer, reconnaît que même les hommes d’Église sont loin d'être infaillibles - c'est là également à ses yeux toute la différence entre la justice divine et celle des hommes... On voit mal justement comment, dans ce "brouillard" que constitue la justice humaine, notre ami Rex pourrait s'en sortir, d'autant qu'il joue de malchance dans sa tentative désespérée pour s'échapper (bien belle cascade que celle où la roue de son avion heurte le toit de la voiture de police...). Une vision, au final, sur cette soi-disant humanité quelque peu pessimiste, sauvée in extremis par les tendres baisers de la chtite Peggy - comme si finalement l'amour pouvait constituer la seule rédemption offerte à Rex... Un très bon Mankiewicz en terre anglaise, pour une œuvre mâtinée de noir, à laquelle il serait bien dommage d'échapper (oui, bon, le plus dur c'est peut-être déjà de mettre la main dessus, j'admets).

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12 juin 2011

La Maison des Etrangers (House of Strangers) (1949) de Joseph L. Mankiewicz

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Pas de doute, dans les films noirs comme dans tout, il y a les honnêtes tâcherons, les très bons artisans et puis les grands cinéastes. House of Strangers n'est peut-être pas considéré comme le chef-d’œuvre de Mankiewicz, mais Dieu sait qu'il s'agit d'un grand film. J'ai pris un pied terrible avec le récit de cette famille de banquiers ritals dans les années 30, avec un extraordinaire Edward G. Robinson en pater familias qui mène son monde à la baguette, et ses quatre fils dont Max, le chouchou (Richard Conte, que je trouve personnellement toujours parfait) et les trois autres frères qui morflent forcément (l'aîné, le petit et teigneux Joe, que le père n'augmente jamais, l'opportuniste Tony toujours tout sucre qui se plaît à rester dans l'ombre et à jouer les opportunistes, et la brute Pietro considérée comme l'idiot de la famille). Grandeur et décadence de la famille Monetti qui va finir par créer une véritable fêlure au sein de la famille (Robinson et Conte vs le trio inséparable). L'histoire débute avec Conte qui sort de prison après avoir purgé une peine de sept ans. On apprend que le pater est mort deux ans plus tôt et que maintenant la banque est au nom des trois autres frères. On sent que lorsque Conte vient rendre une petite visite au trio, l'ambiance est tendue comme un spaghetti avant cuisson. A-t-il mûri depuis sept ans sa vengeance, que s'est-il passé pour qu'on le sente si amer, vous faites bien de poser la question, on va assister à un long flash-back qui va nous conter en détail toutes ses misères (magnifique plan pour faire la transition avec cette caméra qui monte lentement les escaliers de la demeure familiale sur un air d'opéra - c'est tellement beau et envoûtant qu'on se croirait dans Le Parrain en noir et blanc - soulignons d'ailleurs au passage, tant qu'on y est, la sublime photo de Milton R. Krasner qui devient de plus en plus sombre à mesure que le film avance vers son dénouement tragique...).

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Sans vouloir s'étaler en longueur, disons simplement que la banque de Gino Moretti dans laquelle travaillaient ses quatre fils a fini, après une gestion quelque peu hasardeuse par faire banqueroute. Si Max et son père ont tenté jusqu'au bout de faire front pour limiter la casse, les trois autres ont patiemment attendu qu'elle soit liquidée pour rebondir - trois fils ingrats ? Ouh là, attention n'allez pas si vite en besogne, si l'exubérance de Gino pouvait parfois paraître drôle voire touchante, le type pouvait aussi se montrer particulièrement odieux avec ces fils qu'il traitait comme ses larbins. Seul Max trouvait grâce à ses yeux, un Max malin et séducteur dont on suit pendant une grande partie du film les pérégrinations amoureuses. Fiancé à la sublime Maria (Debra Paget) - on ne pourrait en dire autant sur la mère d'icelle, la géante et impressionnante Hope Emerson qui dépasse de huit tête Edward G. - il va fricoter avec l'une de ses clientes, la tout autant charmante Susan Hayward. Son cœur balance - la tradition et la famiglia d'un côté contre la passion enfiévrée loin du carcan familial de l'autre - et notre homme aura bien du mal à prendre une décision... Son choix sera beaucoup plus tranché lorsqu'il devra se porter au secours de son pater : contrairement aux trois autres frérots attentistes, il est prêt pour le sauver à mettre sa propre vie en jeu... Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

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Nombreuses sont les séquences durant lesquelles on jubile, et on se plaît à croire que des gars comme Scorsese ou comme Coppola ont su en apprécier l'un toute la truculence, l'autre la causticité : le premier repas avec toute la famille est un bonheur (Edward Robinson en chef de cérémonie qui ne cesse de faire pleuvoir sur les trois frères de petites réflexions assassines en écoutant à fond les grelots de grands airs d'opéra - tout cela alors qu'on attend le fils chéri, Max, toujours à la bourre), le monologue de Robinson sur la différence entre l'ancien et le nouveau monde est du nanan (tout cela pour faire comprendre à une Hope Emerson colère que si Max a fricoté avec une autre femme, cela ne remet point en cause son mariage avec Maria - Richard Conte suit Robinson du coin de l’œil pendant toute la scène, proprement halluciné), la discussion de sourds entre Robinson et Conte dans le sauna est une merveille de confusion (celui-ci étalant ses problèmes de thune, celui-là de coeur), les multiples confrontations entre Conte et ses trois frères qui font bloc sont d'une violence froide pour ne pas dire crue (avant la chute du père et lors de la noirissime séquence finale), les échanges à la fois amoureux et à couteaux tirés entre Conte et Hayward sont véritablement passionnels (Conte qui ponctue une phrase sur deux en disant "period" et Hayward, loin de se laisser étouffer par le ton sentencieux du gars, de toujours faire preuve de répartie), et j'en passe...

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Grand film "familial" (on aimerait qu'il dure facilement deux heures de plus pour se plonger encore plus dans les racines et les petites histoires de la famille Monetti) avec deux fortes têtes (Robinson et Conte) mais qui laisse également aux différents rôles féminins un place de choix : en dehors de Maria, un poil effacée (faut dire que sa mère est un tel épouvantail que celle-ci n'a pas besoin d'en rajouter), les personnages de Hayward, pleine de pugnacité et d'empathie, ou de la mama Monetti (elle parle peu mais elle parle bien : une grande dignité masquant une évidente sagesse) sont franchement marquants. Mankiewicz passe avec une facilité déconcertante d'un personnage à l'autre en soignant toujours à la perfection sa direction d'acteurs et comme chaque scène est réglée au millimètre, on finirait par croire que le cinéma est une "science" pour les ânes (grave erreur, vi). La marque des grands, des très grands, c'est clair, et cette House of Strangers qui me paraît une oeuvre bien sous-évaluée (faut dire qu'il n'est pas évident de se faire une place au sein de cette filmo impressionnante au niveau de la qualité) en porte indiscutablement la trace. Très grande satisfaction, de quoi se motiver pour se voir les quelque cent-cinquante films restant dans ma "liste noire".

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Noir c'est noir, c'est

Posté par Shangols à 16:13 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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