17 juin 2008

Shadows (Senki) (2007) de Milcho Manchevski

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Je me faisais une certaine joie de découvrir le dernier film du réalisateur macédonien après le poétique Before the Rain. La séquence d'ouverture commence plutôt fort avec un homme, très colère avec sa femme, qui prend sa caisse, roule à deux mille à l'heure et se fracasse dans un accident que n'aurait pas renié Tarantino. On sent que notre gars est à l'article de la mort mais il finit par échapper miraculeusement à ce carambolage de tous les diables. On retrouve notre homme, Lazar, (euh tiens c'est marrant comme dans la Bible, nan quand même????) un an plus tard, tout rafistolé, qui s'apprête à reprendre son taff de docteur en ville. Il part en solo après des vacances chez ses parents, sa femme n'ayant pas l'air vraiment pressé de le rejoindre. A peine arrivé à l'appart, il découvre une vieille grand-mère sur son sofa qui parle une langue toute bizarre, puis peu de temps après un mort-vivant moustachu qui ne cesse de laisser des traces de sang dans l'escalier... On commence un peu à serrer des fesses en se disant qu'au pire c'est un scénario de Marc Levy ou qu'au pire c'est un film de Shyamalan... On serrera des fesses jusqu'au bout, mortifié devant un tel scénario. Manchevski multiplie les images un peu trop stylisées pour être honnête (dans le genre l'Enfer de Tom Twyker pour donner une idée, pas une référence), nous gave d'une musique omniprésente qui finit plus par saouler que par coller aux images, érotise le tout dans une histoire d'amour certes très chaude mais d'une superficialité digne d'une pub pour Yoplait (il y a un véritable ballet de minijupes, une vraie promo touristique houellebecquienne, ce film) et on est effaré en se disant que Before the Rain, film rare et subtil, a dû être signé par un homonyme. Ah oui l'image est léchée, il est pas rat sur les effets de lumières et les joulies couleurs le Milcho, mais franchement lorsque l'intrigue se résout (un ridicule sans nom) on se demande bien comment on a fait pour tenir deux heures devant une telle soupe : les relations entre les individus (ma femme m'aime po, ma mère m'a castré, ma voisine est la femme de ma vie) sont simplistes au possible et flirtent avec une psychologie de bas étage aussi indigeste qu'une macédoine qui a (mal) tourné. Manchevski est l'ombre de lui-même et déroute méchamment avec cette oeuvre qui ferait passer le Sixième Sens pour un chef-d'oeuvre...

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19 mars 2008

Before the Rain (1994) de Milcho Manchevski

Lion d'or, ce film macédonien (ah oui, qu'on nous dise pas qu'on est pas éclectiques) est une intelligente réflexion sur les conflits en Macédoine (entre musulmans albanais et la majorité slave orthodoxe). Intelligent, il l'est par sa structure circulaire, pour symboliser bien entendu les éternels problèmes de cette région : trois récits ("Mots", "Visage" et "Images") qui, tout en étant parfaitement indépendants, tissent entre eux des liens étroits, plus ou moins logiques chronologiquement parlant d'ailleurs, par l'intermédiaire notamment de certains interprètes que l'on retrouve. Intelligent, il l'est aussi par sa volonté de ne pas pointer du doigt qui que ce soit, mais en montrant une sorte de fatalité dans la destruction, voire dans l'auto-destruction, la plupart des personnes assassinées l'étant au sein même de sa communauté. Intelligent enfin dans la perfection de la mise en scène avec en prime trois grands acteurs : le trop rare Grégoire Colin dans un rôle quasi-muet, la toujours impec Katrin Cartlidge et l'acteur Rade Serbedzija, revu dans dans 24.

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La premier récit est peut-être le plus achevé plastiquement, avec cette amitié muette qui s'installe entre un jeune prêtre orthodoxe (Grégoire Colin) qui a fait voeu de silence depuis deux ans et une jeune fille albanaise recherchée par les gens du village pour avoir assassiné un des leurs. Tout passe par le regard, par des scènes inquiétantes tournées de nuit sous l'oeil immense de la Lune, et la complicité qui s'installe entre les deux êtres est d'une force inouïe. Les habitants du village débarquent en force dans le monastère sans rien trouver; seulement au petit matin, le prêtre entre sans prévenir chez Grégoire et trouve la fille; il est expulsé et va tenter de rejoindre Skopje avec la chtite... Malheureusement, à peine sortis du village, ils sont captés par les Albanais qui veulent donner une leçon à celle qui a mis le feu aux poudres. L'issue sera fatale.

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On suit ensuite les déboires de Katrin Cartlidge entre son amant, un photographe qu'elle hésite à suivre sur les lieux de son enfance en Macédoine, et son ex-mari dont elle est enceinte mais avec lequel elle veut rompre définitivement. Lors d'un dîner au restaurant, elle lui annonce les deux nouvelles. On est cette fois-ci en Angleterre mais la violence semble s'être propagée partout : une rixe éclate entre un serveur et un client (on ne sait pas trop qui ils sont - si ce n'est qu'on devine qu'ils viennent de l'ex-Yougoslavie -, ni quel est véritablement le problème), une bagarre qui tourne au carnage lorsque ce client de passage revient avec un flingue.

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Enfin retour en Macédoine sur les pas du photographe : voilà seize ans qu'il n'a point remis les pieds dans son village natal et il n'en revient pas de voir la séparation définitive qui s'est opérée au sein de ces deux communautés, les Albanais vivant dorénavant totalement à l'écart de l'autre population. De même il se moque de ce "surarmement", donnant en deux claques une leçon à un gamin qui fait le fier avec son gun. Il va croiser sur son chemin l'Albanaise du premier récit qu'il tentera de protéger au péril de sa vie. La boucle infernale semble être bouclée.

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Porté par une très belle photo et la musique d'Anastasia qui a de forts accents Bregoviciens, le film, plus complexe qu'il n'y paraît dans sa construction (Cartlidge fait une apparition à la fin du premier récit, une photo de l'Albanaise morte se trouve sur son bureau dans le second) brouille quelque peu les repères spatio-temporels. Cela permet à Manchevski d'évoquer subtilement à quel point dans cette région, mais même au niveau de toute l'Europe, tout petit incident fait tâche d'huile. Ces tensions, qui plus est, semblent réapparaître frequemment depuis la nuit des temps sans aucune logique. On retrouve dans les trois récits, outre la présence fugace de certains personnages, la même construction (ils s'achèvent tous les trois par un meurtre, qui est généralement celui d'un innocent descendu bêtement sous le coup de la colère), certaines séquences (la personne qui apparaît en rêve puis qui apparaît en réalité quelques secondes plus tard) ou encore la même thématique (le choix entre deux mondes : pour le prêtre entre le monastère ou l'aventure, pour la femme entre deux hommes, pour le photographe entre deux communautés). Ces éléments à répétition finissent par faire du film une immense toile d'araignée qui montre à la fois les diverses ramifications du conflit mais également l'aspect éternellement destructeur de cette logique de vengeance et d'honneur bafoué. Manchevski signe un grand film à ne pas laisser passer. En attendant le déluge...    

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