23 juillet 2008

Le Tableau noir (Takhté siah) (2000) de Samira Makhmalbaf

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Second film de Samira - 20 ans c'est le bon âge - qui parvient encore à faire passer son message sans avoir besoin de longs discours. Dès la première séquence où cette bande d'instits se cache sous un tableau pour ne pas être canardée - tableau noir vite couvert de sable orange, genre tenue de camouflage -, on se doute que cet étrange barda risque plus de servir, dans leur périple, de bouclier que d'outil d'enseignement. On suit dans ces montagnes du Kurdistan entre l'Iran et l'Irak, deux instits en particuliers, l'un qui suit une bande de tableau_noirréfugiés kurdes qui veulent retourner dans leur pays, l'autre des gamins qui font de la contrebande. Le premier va servir de guide et va se retrouver lié (lié cela veut dire marié, on s'entend bien, même s'ils se connaissent depuis 30 secondes) avec une femme qui, quand ça lui chante, répond "oui", mais qui la plupart du temps ne répond pas. Notre gazier a beau s'escrimer à écrire "je t'aime" sur son tableau, elle restera aveugle, sourde et muette (littéralement et figurativement) face à ce message, effacé en partie par ses vêtements qui sèchent : sa seule tirade sera: "mon coeur est comme un train dans lequel les hommes montent et descendent au fil des rencontres. Mais le seul qui y reste, c'est mon fils"... Le gars est prévenu et n'insistera guère, son tableau ayant surtout servi à trimballer le père de la fille tout malade. L'autre instit est un peu plus chanceux en trouvant un gamin qui, contre un bout de pain, décide de vouloir apprendre à écrire son nom; notre prof ambulant devra tout de même sacrifier la moitié de son tableau pour faire une atèle (oui, l'enseignement est une béquille, mais, ici, uniquement au sens propre...) et une partie de la mini tribu se retrouvera également chassée comme des lapins. Samira n'évite pas toujours les répétitions un peu lourdes  - le parallèle entre le grand-père et l'enfant qui n'arrive point à faire pipi... - mais signe un second film (prix du Jury à Cannes... président Luc Besson, pas sûr qu'il ait vraiment compris le message, eheh), malgré des acteurs non professionnels un peu tendres, d'une belle liberté de ton et de mise en scène. 20 ans, la gazelle...

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11 septembre 2007

La Pomme (Sib) de Samira Makhmalbaf - 1997

Arriver à servir un film aussi âpre et exigeant à 18 ans tient du miracle, indéniablement ; Samira Makhmalbaf enfonce sans préambule tout ce qui se fait en matière de jeune cinéma. La Pomme, sur le fil ténu entre fiction et documentaire, propose une fascinante réflexion sur la place du spectateur non seulement par rapport à ce qu'il regarde, mais par rapport à la réalité tout court, et surtout à la morale.

2362En racontant l'histoire vraie de ces deux petites filles emprisonnées par leurs parents pendant 11 ans? samira a trouvé le sujet en or pour parler de la Femme dans la société moderne. Les scènes de liberté totale où les gamines se trouvent subitement livrées à elles-mêmes dans les rues sont magnifiques d'humanité et de simplicité. là semble bien se trouver le regard de cette cinéaste : dans le lâcher-prise, l'enregistrement respectueux de la vie. Même si son film est extrêmement tenu et mis en scène, l'impression qui ressort de ces scènes est l'improvisation, le flux tout bête de la réalité. On ne sait jamais si telle expression, telle idée, est dirigée par la metteur en scène, ou si elle a su capter des éclats de vie, des comportements inattendus. On regarde tout ça objectivement, en se sentant respecté par une cinéaste, une vraie, qui ne se met jamais entre nous et les protagonistes pour nous indiquer quoi penser de leurs faits et gestes.

D'autant que jamais elle n'alourdit son propos par un discours qui enfermerait le public : tous sesimg2_l personnages sont traités à égalité, sans jugement. Elle replace subtilement son horrible trame dans son contexte, et du coup, on réfléchit aux différentes motivations : certes, le père est un monstre d'avoir emprisonné ses filles jusqu'à les rendre débiles ; mais sa pauvreté, son sens du déshonneur, sa religion, et les difficultés pratiques de la vie sont des circonstances atténuantes valables. Certes, les enfants qui s'amusent aux dépends des gamines peuvent paraître cruels ; mais ils sont aussi charmants dans leur volonté de faire plaisir à leurs victimes d'un moment. Certes, l'assistante sociale a des méthodes peu appleorthodoxes, mais c'est son seul moyen pour faire comprendre aux parents leurs fautes. Et les derniers plans, sur cette marâtre aveugle perdue dans sa solitude, terminent le tableau de façon très intelligente, en nous présentant un personnage touchant dans son obsession. La Pomme est certes assez radical, parfois un peu chiant, mais tellement loin de ce "cinéma du monde" usé jusqu'à la moelle qu'on ne peut que bénir la naissance de cette nouvelle cinéaste si amoureuse des gens et de son public.

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