Erotikon (1929) de Gustav Machatý
Rien que le titre me faisait rire, comme quoi parfois il ne me faut vraiment pas grand-chose pour me motiver. Ekstase, précédemment vu, recélant quelques passages de choix, je pensais qu'on atteindrait cette fois quelque summum dans l'érotisme vintage. Un poil déçu tant la scène "fondatrice" n'est pas ... si olé-olé que ça... Certes la situation insolite fait monter la tension d'un pouce : un voyageur dans une gare qui rate le dernier train et sympathise avec le chef d'icelle; quand ce dernier se barre, il laisse le voyageur seul avec sa fille : on se dit qu'il y a anguille sous roche. Notre voyageur se permet de lui offrir un petit cadeau (le fameux parfum Erotikon qui sent très bon) et la chtite,.. de retourner dans son lit. Oh ben non! Mais mais mais, le téléphone sonne, la chtite refait une apparition dans sa robe de chambre qui découvre ses jolies gambettes, notre voyageur s'approche, lui suce le doigt (rah, ça c'est traître) et l'autre de s'abandonner en fermant les yeux. Chambre, lit, quelques mouvements sur ces corps sans qu'on sache vraiment dans quelle position ils se trouvent, ah si voilà une tête, une deuxième, un baiser durant lequel les deux visages se fondent et là et là, the plan érotik of the century : plein cadre sur une vitre avec une goutte d'eau qui vient s'accoupler littéralement avec une autre - c'est énorme; on se dit qu'il y a eu pénétration, voire ovulation (ça va vite dans le cinéma muet) et on se trompe guère vu que la fille du chef de gare accouchera 4 jours plus tard (ouais, on ne se rend pas vraiment compte du temps qui passe, mais c'est en effet super rapide).
L'empafé de voyageur est lui depuis longtemps dans ses pénates et on réalise que le petit saloupiot, sans vraiment se soucier de ce petit coup de passage, collectionne les aventures, notamment avec une femme mariée. La chtite lui écrit, un véritable appel au secours, il s'en tape. Elle décide alors de se rendre chez sa tante où, comme on l'a dit, elle accouchera (un bébé mort-né comme leur amour, se dit-on pour tenter de trouver un truc intelligent) et, sitôt rétabli, se met à errer dans la nuit... Il lui arrive une foultitude d'aventures (un type en charrette qui la ramasse, tente de la violer mais non, un type moustachu en voiture intervient, la sauve mais il est blessé dans l'action; elle, toute gentille, se fait transfuser des litres pour sauver son sauveur, ils se marient, on a rien vu venir). Comme le hasard fait bien les choses, elle recroise, au bras de son nouvel homme, le voyageur. Et ? Elle le snobe ? Penses-tu! Son mari a à peine le dos tourné qu'elle lui lance des regards tout enamourés. Lors d'une partie d'échecs dantesque, les deux hommes semblent jouer leur amour. Mais la fille n'a d'yeux que pour son ex d'un jour, le moustachu est dégouté, nous aussi. On voit venir gros comme une maison la réunion des deux tourtereaux initiaux. Seulement le voyageur doit encore régler quelque compte avec son passé, non seulement une amante (vite lourdée) mais surtout son gros mari jaloux et po commode...
On s'ennuie pas une seconde au niveau de l'intrigue, et Machatý nous gâte une nouvelle fois au niveau du montage, fort dynamique (à l'image sûrement de la vie moderne à la fin des années 20 où notre héros passe sans vergogne et rapidos d'une conquête à l'autre - c'est mal, ehehe) ainsi que des cadres souvent relativement originaux : un baiser vu de haut - c'est pas d'un grand intérêt mais c'est bien essayé; des plans subjectifs en caméra portée - un peu tremblant mais cela donne un genre... J'aime particulièrement les gros plans du cinéaste à chaque fois que les deux amants d'un jour se rencontrent : du coup de foudre - le regard fusionnel - aux retrouvailles - malgré la rancune de la femme, le petit éclat est encore là -, d'autant que l'héroïne (Ita Rina) a un bien joli minois. Même si l'amateur de film X sera un peu déçu (oui, on rigole), il y trouvera cinématographiquement son dû, tant Machatý apporte un réel soin à traduire en image l'attraction et les petites attentions entre les personnages qui s'aiment, souvent "en secret" - des mains qui se caressent pendant que le mari a le dos tourné (mais non le bougre, il veille!), une amante qui téléphone la nuit, en cachette, pendant que son mari dort (mais non le bougre, il veille!) et encore et toujours des regards qui s'échangent, toujours lourds de sous-entendus. Du beau boulot Gustav.
Extase (Ekstase) (1933) de Gustav Machatý
Poussée par la curiosité, mon exploration de la filmographie d'Hedy Lamarr (auréolée par la suite du titre de plus belle femme du monde dans les années 40, po rien dis donc) m'a donc conduit à cette oeuvre de Machatý, terrible scandale à l'époque mais qui permit de faire connaître la bougresse à Hollywood. Ekstase est l'histoire toute simple d'une femme, frustrée après son premier mariage avec un vieux type, qui divorce et qui trouve l'EXTASE dans les bras d'un jeune gars qui respire la vie en plein air. Le vieux se suicide, les amants se séparent et Machatý d'exalter pendant dix minutes, dans la séquence finale, les joies du travail manuel à la campagne - ah? Oui c'est un peu surprenant et lapidaire, dit comme cela, mais faut reconnaître que Machatý soigne particulièrement ses cadres, joue artistiquement des ombres et de la lumières, teinte fortement certaines séquences d'un érotisme vintage et n'est pas un bras cassé au niveau des images symboliques, qu'elles soient sexuelles ou non, plus ou moins claires (selon que vous êtes pervers ou... bah j'exagère)...
Dès le départ, quand le "vieux jeune marié", portant la belle Hedy dans ses bras, tente d'ouvrir la porte, la première clé rentre po... On a beau ne pas forcément avoir l'esprit vicieux, on sent déjà que cela va coincer. Machatý y va à l'économie au niveau des dialogues et, à l'aide de plusieurs saynètes sur une musique un peu envahissante, met en scène les petits côtés maniaques du mari qui semble avoir définitivement les deux pieds dans le même escarpin... Hedy, elle, est virevoltante, échoue sur son lit comme une sirène, joue avec sa bague de mariée en faisant un geste guère équivoque (hum, pas très catholique tout ça...) et reste finalement comme une algue... le mari s'étant assoupi dans la salle de bain, son bas/bonnet de nuit sur la tronche. Ca commence mal, Hedy ne tardera point à se casser chez son père, le divorce est prononcé, on n'a pas mégoté.
C'est le retour à la liberté, plans d'ensemble sur la nature, Hedy fait du cheval, arrive au bord d'une rivière, sort du cadre, la caméra pannote, on l'aperçoit à travers les feuillages se baignant nue, on perce les feuillages, diable, elle est déjà dans l'eau. On ronge son frein mais Machatý n'est pas chien et nous montrera ensuite la belle en tenue d'Eve, son cheval s'étant barré avec ses fringues. Elle se retrouve, ah oui c'est bêta comme situation, à courir toute nue dans la campagne après son bourrin... Elle tombe finalement sur un jeune homme qui supervisait des travaux routiers dans le coin et a dompté le cheval, et, un petit sourire en coin, celui-ci lui rend sa robe alors qu'elle se cache derrière un buisson. Elle repart toute rouge malgré le noir et blanc et, décidément y'a des jours, elle se foule la cheville quelques mètres plus loin. Le type vient à son secours, lui tripote la cheville, elle lui fout une baffe, notre gars reste stoïque pour faire son strapping avec un mouchoir, Hedy s'abandonne à la pelouse... Le type est grand seigneur, il s'en va, mais il a marqué des points indéniablement (alors que le mari d'Hedy avait écrasé une abeille sur sa chaise, lui, le petit jeune, il remet l'insecte sur une fleur - Hedy, elle voit bien que le type est délicat, elle est po bête). La preuve, un soir de chaleur étouffante, Hedy toute bouillante de l'intérieur, s'échappe de chez elle pour aller s'introduire dans la petite baraque du gars. Gros plan tendancieux sur la bouche d'Hedy qui s'entrouvre, elle tombe sur le lit, le type demeure hors-champ (argh) mais le visage en pamoison d'Hedy est clair : nom de Dieu, elle touche à l'orgasme pur - en fait, on découvre ensuite la tête du type qui repose gentiment sur le corps d'Hedy, il lui en fallait pas beaucoup... Hum.
Enfin, c'est le grand amour, nos amants font la nouba dans une petite auberge avec violoniste et tout et tout pendant que l'ex d'Hedy se tire une balle dans la tronche dans la chambre d'à côté. Hedy ça lui en met un coup - décidément - et elle quittera son jeune amant, sûrement touchée par la mauvaise conscience. Machatý lui ne se démonte pas et - sous influence vertovienne ? - nous livre avec force gros plans, images stylistiquement cadrées et montage efficace un final qui exhale la bonne sueur du travailleur (on avait déjà eu droit au milieu du film à cinq minutes sur les chevaux pris sous tous les angles pour nous montrer l'aspect musculeux et farouche de la bête... un petit côté animal qui collait au désir amoureux, ok, mais ce final de scouts... mouais, 1933...) Notre travailleur, tout pantois, rêve d'une "Hedy à l'enfant", on sent alors pointer une morale plus convenue que l'exaltation du simple plaisir physique... Hedy Lamarr (Kiesler à l'époque), âgée de dix-neuf ans, fait exploser la censure sous toutes ses coutures et nous offre avec grâce le visage ébahi de ses premiers émois. Le scénar est bien plan-plan mais certains passages "extatiques" valent tout de même le détour. Heidi, hailo...









