Faut que ça Danse de Noémie Lvovsky - 2007
A force d’utiliser une fantaisie qui flirte dangereusement avec le vide, Lvovsky finit forcément par tomber dedans. Autant ses films précédents étaient des petits miracles de fragilité, qui savaient renouveler avec sensibilité les thèmes rebattus du cinéma français, en restant toujours du bon côté de la corde raide, autant celui-ci échoue totalement à sortir des sentiers du film d’acteurs, genre assez gavant en soi. Aucune des audaces habituelles de Lvovsky, aucune de ces petites idées simplissimes qui vous bombardaient le cœur sans qu’on s’y attende ; elle s’essaye bien encore au décalage, avec ces rêves de dessins animés ou cette parodie limite de l’assassinat d’Hitler, elle tente bien encore le coup de la chansonnette qui vient suspendre l’action, s
ur une dernière scène effectivement enfin lumineuse, elle assume même encore bellement le kitsch total lors d’une scène de course d’obstacles par une Bruni-Tedeschi enceinte de 8 mois et demi. Mais ces essais étaient jolis comme tout dans Les Sentiments ou dans Petites, et ne sont ici que des répétitions sans motivation d’une signature visiblement devenue embarrassante pour la donzelle. Les références à la comédie musicale ne suffisent pas : il faut aussi en avoir l’esprit.
On s’ennuie gravement devant les petites péripéties sans conséquence de cette famille de branques, en cherchant en vain les objectifs de ce film. Rien n’est dit, rien ne touche, alors qu’on sent Lvovsky désireuse de parler de thèmes sérieux (la mort, la vieillesse, le
sentiment maternel, etc.) à travers un style léger. Ses personnages sont trop clownesques pour porter une quelconque profondeur, et sont très vite réduits à être les ombres de leurs rôles, trop écrits (ou pas assez, allez savoir), peu crédibles, paresseusement interprétés. La paresse, elle est aussi dans la distribution, qui se contente bien sagement de donner les éternels mêmes rôles aux éternels mêmes comédiens : Marielle en vieux monsieur encore vert, Azéma en foldingue, Bruni-Tedeschi en maniaco-dépressive, Ogier en folle… Ils jouent plutôt pas mal, je dis pas, ça serait le comble qu’ils n’arrivent pas à être bons sur des emplois qu’ils tiennent depuis tant d’années. Mais c’est simplement qu’on connaît ça par cœur, et que ce casting manque singulièrement d’audace et d’originalité. La plupart des scènes passent sans lais
ser aucune trace, et Faut que ça danse prend petit à petit toutes les apparences d’un film ectoplasmique, qui ne servirait qu’à remplir deux heures en attendant que la pluie cesse. On ressort de ça sans avoir rien ressenti, sans s’être vraiment marré, sans s’être posé la moindre question, sans du tout avoir été inquiété par quoi que ce soit. Or il serait bon que le cinéma soit plus souvent un lieu d’inquiétude. Raté pour cette fois. Il aurait fallu que ça danse un peu plus.
