21 juillet 2006

The Outskirts (Okraina) (1998) de Petr Lutsik

Okraina_1_S'il y a bien un film que je ne m'attendais pas à découvrir en Chine c'est bien celui-là: des paysans spoliés de leur terre remontent toutes les échelles de la hiérarchie pour aller régler son compte au responsable dans la capitale. Interdit en Russie mais disponible en Chine, où va-t-on, bon sang???? Ca se voit que ce sont les années croisées...

Bref, ceci dit, ce film est un réel petit bijou, comme il fait bon d'en rencontrer au détour des bacs de dvd pour se dire que le cinéma n'est pas mort. Comme le dit très ironiquement la présentatrice dans l'interview du Dvd, Lutsik n'est pas Mikhalkov - en gros pas d'image d'Epinal et de jolies créatures blondes à deux roubles, mais du russe, du vrai, du pur, du bon, du brutal. Sous une image grise et blanche pour les extérieurs et jaune et noire pour les intérieurs (ne prenez pas tout pour argent comptant car ma télé est peut-être mal réglée, quant à mes lentilles ce sont les mêmes depuis deux mois), se cache l'histoire de cette bande de quatre bras-cassés (il y a aussi deux frères mais qui comptent moins, car dès qu'ils entrent en scène, ils sont blessés) qui décident d'aller à la source pour savoir qui est responsable de la vente de leur terrain, devenu depuis peu zone d'extraction pétrolifère. A pied, en side-car, en train, ils traversent la Russie n'écoutant que leur courage et torturant toute personne capable de les amener au Big Boss: cela nous amène du petit chef régional - plongé dans l'eau glacée puis quasi-battu à mort pour le ranimer - à l'entrepreneur - dont les enfaB000244GX6nts sont posés sur un réchaud - jusqu'au responsable du parti -mordillé jusqu'au sang (...) - pour finir chez le magnat - carnage. Sans parler de toutes les petites références culturelles et folkloriques qui doivent m'échapper, on est face à des gens "d'en bas", prêts à tout, pugnaces, dont les petitesses n'ont d'égales que la grandeur d'âme. Pasque y'en marre bordel, de se faire toujours avoir!

Sur un ton Kaurismakien, sérieux mais pince sans rire, il est touchant de suivre le périple de ces Don Quichotte des temps modernes qui avec leur quelques roubles (guère plus que le budget global du film apparemment puisqu'il n'y aurait que deux copies de tirées - quant aux scènes de side-car on se rend bien compte qu'il n'y a que le décor qui bouge) vont montrer de quoi ils sont capables, affrontant les pires intempéries et brimades mais continuant malgré tout leur petit bonhomme de chemin. Des dialogues d'outre-tombe ( - C'est bien ton livre - Tu veux le lire? (il en arrache la moitié avant de lui tendre - Ah mais c'est en vers! - Ah bon?), des personnages au visage buriné plus vrais que nature, des scènes sous la neige éclairées de façon magique, tout est parfaitement maîtrisé. Lutsik, c'est quand tu veux. J'ose à peine en dire plus (n'en dites pas plus) tant le charme du film se dégage peu à peu  pour finir en apothéose sur ces visages hilares d'hommes qui ont reconquis leur dignité au volant de leur tracteur (énorme).

Une petite perle cinématographique engagée - dans un pays en crise - comme on aimerait en voir plus souvent.

Posté par Shangols à 16:23 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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