27 décembre 2010

La nostra Vita (2010) de Daniele Luchetti

Difficile de vraiment voir où Luchetti veut en venir avec ce portrait d'un jeune maçon italien, ultra sympathique au demeurant en famille (le pauvre perd sa femme d'entrée de jeu, doit s'occuper d'élever ses trois gamins et a de gros problèmes de thunasse : heureusement il peut compter sur ses frères - "La famille c'est comme les talons aiguilles (ah, attention!) : c'est chiant mais c'est utile" (ouh là, ça vient de loin)), gros fils de pute au travail (un roumain mort sur le chantier : euh, faisons l'impasse, enterrons-le sans rien dire à personne ; des travailleurs immigrés qui refusent de travailler quand on ne les paie po (les lâches): employons du rital pro qui coûte un peu cher mais bosse bien (j'ai bien entendu... oups... ça dérape là))... Alors, je vous explique la trame quand même : comme la perte de sa femme est vraiment trop injuste, notre personnage principal décide qu'il n'y a plus qu'à gagner de la thune (bon... c'est un choix). Tout cela pour nous dire quoi, en fait ? Ben pas grand-chose au demeurant. "La vie continue...", comme le chantent en choeur Eros Ramazzotti et un Elio Germano bourré d'énergie et plein de rage (et primé à Cannes), certes ; une vie finalement où tous les coups sont permis, ce qui ne pose pas vraiment de cas de conscience tant que la famiglia, elle, assure... Mouais, c'est quand même bien bancal, cette affaire, et je ne parle pas seulement de cette façon de filmer, constamment caméra sur l'épaule, qui donne de sacrées sueurs (Luchetti a employé notre ami Lelouch qu'il a bourré au chianti ou quoi... je vérifie quand même... ce doit être un pseudo). On sent bien qu'Elio Germano donne tout ce qu'il a dans ce rôle - ce qui est tout à son honneur - mais ça ne suffit pas pour qu'on s'accroche à cette oeuvre relativement douteuse aux entournures : qu'est-ce que Luchetti a vraiment voulu montrer avec la trajectoire de ce type, franc du collier en famille, mais sans foi ni loi en dehors ? Cela reste un mystère... "Repartons à zéro" dit son héros sur la fin, ouais ce serait en effet un bon conseil à donner à Luchetti pour son prochain film, s'il veut qu'on parvienne à le suivre...   

1360892_3_3931_une_scene_du_film_italien_de_daniele_luchetti

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26 août 2008

Mon Frère est Fils unique (Mio fratello è figlio unico) de Daniele Luchetti - 2007

18767709_w434_h_q80Accio est fasciste, maladroit avec les filles et bagarreur ; Manrico est communiste, beau comme un coeur et intelligent ; les deux sont frères. Voilà l'enjeu de ce petit film italien modeste et bien enlevé, qui fait de la politique en partant de la base, le militantisme ordinaire, le combat populaire, l'engagement lambda. Si dans un premier temps le film déçoit par trop de manichéisme (le fasciste est une teigne décérébrée, le communiste un romantique aux idéaux purs), il rattrappe doucement le morceau dans la deuxième partie : Luchetti se focalise sur Accio, teinte son côté archétypal d'une habile ambiguité, et livre finalement un portrait assez subtil d'une jeunesse en quête d'identité politique. On pense à ces romans d'apprentissage à la Musil dans cette tentative de comprendre une génération perdue, on pense aussi au romantisme amer d'un Musset dans cette ambition cachée de dessiner un état du monde à travers ses contemporains les plus basiques.

18764095_w434_h_q80Accio est fasciste par défaut, pour l'action, pour le danger, pour canaliser son énergie, et surtout pour s'opposer à son frère ; opposition qui se concrétisera par la dispute amoureuse : les deux frères convoitent la même femme. Si l'utopiste communiste du début finit mal, en terroriste traqué et irresponsable, le fasciste prendra conscience de son appartenance au monde. L'initiation se fera, mais le talent de Luchetti est de la faire venir de là où on ne l'attendait pas. La plus grande réussite de  Mio fratello è figlio unico est là, et surtout dans cet extraordinaire acteur qui se coltine ce rôle ardu : Elio Germano a de la graine de De Niro dans cette colère rentrée qui éclate subitement, dans cette présence physique épatante, dans cet humour aussi, et dans cette façon très nette d'accepter de jouer les minables tout en lui donnant cette aura élégante. Tant pis si la mise en scène 18796524_w434_h_q80de Luchetti est un peu passe-partout (mais pas ratée non plus, une fine approche des acteurs, des choix simples mais intelligents dans la distance par rapport aux personnages), tant pis si l'esthétique est la même que 99,99% des films indépendants européens, tant pis si le scénar se perd parfois dans des sous-trames peu intéressantes (l'histoire d'amour, ou l'initiation sexuelle de Accio), tant pis si la reconstitution est un peu cheap : rien que pour cet acteur, et pour cette façon subtile de parler de choses gigantesques (le sens de l'engagement, l'aléatoire des choix moraux), on en redemande. (Gols 12/06/08)


18764094D'accord dans les grandes lignes avec l'ami Gols. Un film qui ne va pas révolutionner le cinéma italien mais qui prouve comme Nos Meilleures Années de Giordana qu'il est encore vivant à défaut d'être brillantissime. Marrant d'ailleurs comme les deux films se penchent vers le passé comme si le présent Berlusconien n'en valait point la peine. Daniele Luchetti nous gratifie au passage de quelques ritournelles italiennes sucrées dont je m'étonne que mon coblogueur n'ait point parlé ,tant celui-ci est un fana de Richard Cocciante devant l'éternel. Mais passons. Excellente direction d'acteurs, Ellio Germano en tête mais également la chtite frenchie Diane Fleri (Gols va encore me dire que mes critères sont plus esthétiques qu'artistiques, mais y a-t-il une différence fondamentale, hein? Et puis elle prépare un film qui s'appellera En attendant Godard : ça marque des point, non?)). La caméra se fait cependant parfois un peu épileptique, comme s'il fallait absolument mettre du mouvement, comme si chaque rencontre entre les deux frères était électrique. Cela finit par h_9_ill_952386_fils_uniquedevenir un peu systématique et on attend le plan où le caméraman, crevé, va poser sa caméra sur son pied... Si les trois personnages principaux sont relativement bien traités,  il faut avouer en effet une certaine paresse dans l'écriture et le rôle des autres personnages - la mama toujours en larmes, le père moustachu sec mais droit, la soeur transparente, le gros fasco brut de décoffrage ou l'amante vieillissante au sourire figé... Mais bon dans l'ensemble une agréable petite ballade nostalgique en terre italienne qui ne manque jamais d'une fougue revigorante et qui fait la part belle à ce subtil antagonisme fraternel, entre jalousie et respect.  (Shang 26/08/08)   

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