02 janvier 2012

Sérénade à trois (Design for Living) (1933) d'Ernst Lubitsch

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Il y a des choses terrrrriblement osées dans Design for Living qui ne peut que ravir le petit canaillou qui sommeille en moi : une main masculine (celle du Cooper) posée sur le tibia (...) dénudée d'une femme allongée (celle de Miriam Hopkins), celui-là, décidément en verve, embrassant à quatre pattes celle-ci alanguie, ou encore les baisers de la Miriam sur le front et surtout sur les lèvres de Fredrich March puis, dans la seconde suivante, sur celles de Cooper... Mon Dieu me voilà tout émoustillé (je me fais sûrement plus prude que je ne suis mais passons...). Pour tous ceux (je me compte) qui pense que Jules et Jim est le summum du "ménâaage à trwois", Design for living résonne comme une petite claque coquine sur les fesses. Alors oui, certes, peut-on réellement parler de ménage à trois alors que la belle Miriam vit tour à tour avec ce peintre de Cooper puis avec ce dramaturge de Frederic March ? - "vivre" est d'ailleurs, pour ce dernier, un bien grand mot vu qu'elle ne passe que quelques nuits avec lui en attendant que Cooper revienne... Le fait est que le trio s'avère proprement inséparable et ce jusqu'à la conclusion de cette œuvre coquinement légère - certes, il y aura bien sûr en chemin quelques anicroches (le Cooper ne pouvant s'empêcher de filer, par pure jalousie, une ptite mandale à son pote ou encore lorsque la Miriam décide de botter pour un temps en touche en "filant à l'anglaise" pour se marier avec... un troisième larron (le tristoune et maniéré Edward Everett Horton)) mais le constat est bien là : nos trois comparses sont bel et bien fait pour vivre ensemble, même sous couvert d'un "gentleman's agreement" dont on ne sait guère ce qu'il faut vraiment en penser...

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Une fois les principales causes de mon emballement décrites, oserais-je avouer que j'ai été beaucoup moins sensible aux aspects comiques de la chose : on est certes un niveau au dessus d'Angel qui m'avait quelque peu laissé froid mais on reste quand même un niveau en dessous d'un Bluebeard's eights Wives qui m'avait franchement bidonné de bout en bout... Si Miriam Hopkins avec ses petites mines reste épatante (j'aime bien utilisé les adjectifs de ma grand-mère, parfois), je reste particulièrement déçu par le roi Cooper que j'ai eu du mal à trouver dans le bon timing (ou alors c'est moi qui était faaaatigué et je m'en excuse) ; si sa tronche, dans la scène d'ouverture où il rêve, m'a fait d'entrée de jeu me frotter les mains de plaisir, j'ai eu bien du mal par la suite, notamment dans ses séquences de duettiste avec March, à le trouver vraiment craquant... Me voilà du coup un poil mitigé entre l'aspect relativement provoquant de la chose et le rythme d'ensemble de cette oeuvre : Design for Living est pourtant apparemment considéré  comme un des must du maître mais j'avoue ne pas avoir été - comme dans Angel d'ailleurs - absolument charmé par la fameuse magie de la Lubitsch touch... Ne m'en veuillez point pour cette chtite réserve, l'année 2012 est encore longue, je vais me ressaisir.  

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19 décembre 2011

Ange (Angel) (1937) d'Ernst Lubitsch

"It's the privilege of the women not to make sense"

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Ouh là là, terrrrrrible déception que ce Lubitsch qui malgré quelques jolies idées de mise en scène (de l'art du hors champ, un domaine généralement réservé à mon ami Gols) manque terriblement de punch. On a l'impression du début à la fin que les acteurs sont au ralenti comme s'ils avaient tous été victimes pendant le tournage d'une gastro : ils semblent attendre patiemment dix secondes avant de lâcher chaque réplique et comme ils ne sont pas, qui plus est, particulièrement charismatiques (Herbert Marshall et Melvyn Douglas, désolé les gars mais vous m'avez littéralement assommé), on finit par se demander si on va en voir le bout... Même les blagues sont affreusement molles du genou et ce ne sont point les petites apartés souvent pathétiques des domestiques qui relèvent vraiment le niveau...

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Alors oui, il y a Marlene Dietrich et ses cils toujours plus longs mais cela ne suffit point pour nous tirer de notre léthargie. La donzelle a le coeur qui balance entre son mari, un grand ponte qui passe sa vie à la S.D.N. et la néglige un poil, et un type rencontré par hasard avec lequel, une nuit, à Paris, elle a terriblement flirté... On prend son mal en patience - grosso modo une heure - pour que les trois se retrouvent enfin ensemble : oh oh ça va chauffer !!! Ah ben nan, l'ambiance est encore plus plombée : la Marlene est froide comme un glaçon, l'amant d'un soir est tout gêné et le mari de sourire bêtement sans rien piper à l'affaire. Je vous raconte po comme on a hâte d'arriver au dénouement... La passion vs la raison ? Je ne vous dis rien mais cela a fini par m'achever. Bref, même si le gars Lubitsch distille ça et là quelques fines ellipses pour titiller notre attention, l'absence de rythme dans le jeu des acteurs est telle que cet Angel m'ait vraiment passé au-dessus. Vous m'en voyez sur le coup fort marri.

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27 janvier 2011

La Folle ingénue (Cluny Brown) (1946) d'Ernst Lubitsch

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On est sûrement un ton au-dessous de Bluebeard's eight Wife au niveau de la comédie pure et des situations délirantes, mais le petit couple, destiné forcément à finir ensemble, formé par Charles Boyer et Jennifer Jones tient tout de même bien son rang : lui en gentil pique-assiette se plaisant à jouer au confesseur et au psy de fortune, elle délicieusement spontanée et légère - la parfaite ingénue, quoi - souvent un peu lente au démarrage (son premier flirt amoureux fait tout de même franchement peine...). Charles et Jennifer font véritablement figure d'électrons libres dans ce monde d'aristos anglais, qu'ils se retrouvent à la ville ou à la campagne. Charles incarne donc un professeur tchèque qui a fui en 38 l'arrivée des troupes nazies (ptit accent français, nan, surtout ?... grave, Charles is totally in frrrreeee wheeeeellll) et ne fait aucune distinction lorsqu'il s'agit de s'adresser à des lords ou à des servants ; le pire, c'est que ce sont finalement ces derniers qui paraissent parfois le plus "choqués" par cette façon de s'adresser à eux en toute franchise (excellent, celui qui sort à la gouvernante, sans apparemment comprendre comment cela peut être possible : "Il m'a parlé d'égal à égal !"). Jennifer, nièce d'un plombier, aime à jouer avec les tuyaux (on aura notre lot d'allusions sexuelles, bien sûr), a bien du mal à garder toujours les pieds sur terre - elle vit un peu dans son monde - et craquera pour un petit pharmacien de bourg plus ennuyeux qu'une montre en panne ; heureusement que le Charles veille pour tenter de lui dessiller les yeux : le véritable amour de sa vie, c'est lui, que diable, elle pourrait facilement s'en rendre compte si seulement elle prenait une fois la peine, pendant douze secondes, de vraiment se concentrer...

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Il est souvent question de la guerre aux portes de l'Europe - un petit "salaud d'Hitler", même en 46, ça ne mange pas de pain -, d'évoquer le fossé entre les classes - cette morgue respectueuse des serviteurs semble nous plonger au moins trois siècles en arrière - mais surtout finalelement, encore et toujours, d'amour : comment parvenir à accepter ce qui crève les yeux, avouer ses sentiments, s'engager ? Ce sera un peu le taff du Charles auprès de la hautaine Betty Cream (Helen Walker, toute en arrogance dans le regard) et de cette jeune fille un peu en manque de repère, notre amie Cluny. Charles possède sa propre philosophie (sa formule magique restant : "pourquoi ne point donner d'écureuils aux noix ?" - leitmotiv qui s'impose comme un gag récurrent), sait savoir faire fi de l'étiquette et des convenances pour dire ce qu'il a "sur le coeur" (pénètre la nuit dans la chambre de Betty Cream pour lui dire, malgré ses menaces, ses quatre vérités), mais a bien du mal malgré tout à charmer la chtite Cluny. Cette dernière s'est donc embarquée avec un vieux schnock du village (la mère de ce pharmacien est encore pire : elle ne s'exprime qu'en toussant, en grognant ou en ronflant...), idéalisant à la folie l'idée de "propriété" et de "tranquillité". Charles n'en revient pas de voir cette jeune fille si fraîche (et diablement sensuelle : Jennifer en chatte persane, miaou +)) succomber à ce gazier si terne ; il ne cherche point cependant à lui forcer la main, mais espère bien qu'un jour elle finira par revenir sur terre (c'est pourtant bien mal parti, les airs à l'harmonium de notre ami pharmacien qui joue comme un pied semblant plonger la Jennifer en transe orgasmique... heureusement que notre homme est niais...). Of course, il ne faut jamais désespérer...

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On est jamais sur un rythme de comédie endiablée, plutôt dans une sorte de continuel humour à froid dans lequel le Charles excelle avec ses petites remarques balancées l'air de rien. Son style posé, lucide, tranche forcément avec la candeur absolue de la belle Jennifer totalement inconsciente de son charme. Ces deux-là se rencontrent et se retrouvent par le plus pur des hasards, mais on voit mal comment ces deux "idéalistes", chacun dans leur genre, pourraient nous empêcher d'assister à un happy-end que cèlerait un baiser... Lubitsch a naturellement encore la main pour trousser comme personne de mignonnettes comédies sentimentales, disons simplement que Cluny Brown n'est sans doute point son chef-d'oeuvre.      

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12 janvier 2011

La huitième Femme de Barbe bleue (Bluebeard's Eighth Wife) (1938) d'Ernst Lubitsch

Je me suis vraiment fendu la pipe de bout en bout à la vision de cette comédie subliment écrite par Brackett et Wilder, interprétée par un Gary Cooper de haute volée et une Claudette Colbert en pleine bourre et mise en scène par le magicien Lubitsch. Ce n'est peut-être point au niveau du rythme que le film ensorcelle, mais plutôt au niveau de la finesse des dialogues et du comique des situations. Lubitsch prend son temps pour développer certains gags - la scène d'ouverture est un modèle du genre avec un Gary qui insiste pour n'acheter, dans une grande boutique de la Riviera, qu'un haut de pyjama sans vouloir payer pour le pantalon dont il n'a point l'usage : branle-bas de combat dans l'établissement (le vendeur qui va voir son boss qui se rend chez le vice-président qui téléphone au président qui sort de son lit... sans bas de pyjama) - et enchaîne les séquences poilantes avec une facilité déconcertante. Gary Cooper dans un registre pince-sans-rire fait des miracles (son monologue final dans la maison de repos ("Je vais bien : hier il faisait beau, aujourd'hui il fait beau, demain il fera beau" - ad lib - m'a fait rire comme une hyène au grand dam de mes chats) et on serait franchement prêt à s'enquiller dans la foulée l'intégrale Lubitsch s'il ne fallait point parfois bosser...

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Gary Cooper est un milliardaire ricain de passage sur la Riviera et ne va pas tarder à tomber raide dingue de la gate Claudette. Après une première rencontre où chacun finit par faire le fier, Gary tombe par hasard sur un type portant le bas de son pyjama (il avait finit par se partager un pyjama avec la Claudette - à l'affût d'une ptite économie - dans ce grand magasin) qui n'est autre que le père de cette donzelle. Cooper n'est pas du genre à ce qu'on lui résiste et va insister lourdement pour demander la Claudette en mariage. Celle-ci, juste avant la noce, tombera de haut en apprenant qu'elle est... sa huitième femme (le titre avait beau nous mettre sur la piste, la façon dont Gary raconte ses multiples périples amoureux est à mourir ("-Vous avez divorcé sept fois, alors !!!! s'exclame-t-elle ; - Euh, non, six, l'une d'elle est morte, répond-il flegmatique")) et la Claudette, non sans avoir réussi à assurer ses arrières en cas de divorce, est bien décidée à lui mener la vie dure... La lune de miel à Prague est un fiasco total - les deux se croisant chacun dans une "gondole" (... ben ouais) et se saluant du bout des lèvres, j'en ris encore - mais il s'agit encore pour l'heure pour le Gary que d'un avertissement. Elle semble en effet bien décidée à lui pourrir la vie jusqu'au divorce et la Claudette, pour ce faire, en a sous le pied...

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On a droit à un catalogue de situations loufoques et burlesques que l'on aurait presque envie de décrire par le menu : le Gary, en panne d'inspiration pour dompter sa femme, qui se lance dans la lecture de La Mégère apprivoisée, va rejoindre, gonflé à bloc, la Claudette dans ses appartements, lui fout une baffe, s'en prend une, retourne à sa lecture, repart à l'attaque, lui inflige une fessée et revient tout dépité... après s'être fait mordre le genou ; la Claudette, jamais en reste pour inventer des coups tordus, loue un amant-boxeur pour donner une leçon à son mari, boxeur qui finira par allonger son meilleur pote - David Niven - venu malencontreusement lui rendre une visite surprise, un Niven qui s'en prendra d'ailleurs plein la tronche durant toute la soirée ; lorsque le Gary pensera enfin arriver à ses fins en saoulant malicieusement sa femme, celle-ci dans un ultime sursaut de lucidité croque des tiges d'oignon avant de lui permettre de l'embrasser... Notre Gary finira cette bagarre "sentimentale" écoeuré, exténué, accordera le divorce et tentera de retrouver des forces dans une maison de repos aux allures de maison de fous (du type en cure parce qu'il se prenait pour une poule, au père de Claudette qui parvient à pénétrer dans cet "asile" en aboyant, il y a encore dans cette ultime séquence une folie douce qui fait franchement marrer). Lubitsch, qui plus est, utilise souvent la musique avec une grande finesse (elle parvient à traduire l'émotion des personnages sans qu'il soit besoin d'une ligne de dialogue explicative), réussit avec un simple bruit (une machine à écrire arrivant en bout de ligne) à faire un gag mortel (ce pauvre David Niven, qui se retrouve secrétaire malgré lui et n'a jamais tapé de sa vie, pense qu'il s'agit de la sonnerie de la porte d'entrée : la suite de la séquence s'"enquille" parfaitement avec cette absurde méprise) et le tout est sincèrement un régal. Existe po La Neuvième Femme de Barbe bleue ?... bien dommage ma foi.       

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30 octobre 2010

L'Eventail de Lady Windermere (Lady Windermere's Fan) d'Ernst Lubitsch - 1925

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Envie de me payer une petite récréation : je me suis donc tourné tout naturellement vers un Lubitsch, ça semblait être le meilleur choix pour se changer les idées. Ma foi, ce choix s'est avéré moyen, puisque je suis tombé sur un film un peu mi-fique mi-raisin, soit comédie qui manque de tonus, soit tragédie qui manque d'ampleur. Lubitsch adapte un roman d'Oscar Wilde, mais prisonnier du muet, il ne peut en rendre la sève caustique, la langue précieuse : il reste donc concentré sur la trame, et le moins qu'on puisse dire c'est que ça ne fait pas un grand film. Réduire Wilde à ses trames, ce serait comme réduire Bernard Werber à son style (n'importe quoi, je suis fatigué). On a donc droit à une production certes perfois malicieuse, certes assez ambitieuse, mais assez poussive dans son résultat.

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Nous voilà donc plongé au sein de la grande bourgeoisie, avec ce que ça comporte de faux semblants et de codes de comportements antiques et vains. Lady Windermere (cette actrice, May McAvoy ressemble comme deux gouttes d'eau à mon premier amour, ça m'a mis une gifle) est gironde et aimé de son mari, tout va bien... jusqu'au jour où débarque Miss Erlynne, femme-mante religieuse prête à tout pour grimper les échelons de la société londonnienne. Chantage, pression sociale, manipulation des sentiments, vont devenir les enjeux de ce drame bourgeois un peu platounet. Le scénario (et le livre de Wilde avait le même défaut) peine à nous passionner vraiment pour ces histoires d'amour et d'honneur sur fond de champagne et de bons mots. Au crédit de Lubitsch, notons quand même qu'il essaye par tous les moyens de réduire le nombre des intertitres, tentant de trouver des équivalents visuels à la morgue raffinée de Wilde : il y parvient parfois, grâce à un usage très fin du champ/contre-champ et de l'expressivité de ses acteurs. Les longues (trop longues) séquences dialoguées sont très joliment interprétées pour ne rendre utiles que quelques cartons, qui en deviennent d'autant plus forts. Mais rien n'y fait : on se désintéresse de ces enjeux assez dépassés, de ces poersonnages qui ne semblent rien subir et pleurer pour un rien. Le film vire à un mélodrame un peu froid, qui voudrait bien être grandiose alors qu'il reste dans le cadre d'un boulevard un peu ringard.

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Pourtant, Lubitsch tente des trucs, et en réussit beaucoup d'ailleurs. Le morceau de bravoure, c'est la grande séquence sur le champ de courses, où tous les regards convergent vers un seul être (Miss Erlynne) : formidable montage où chaque personnage semble en lien avec ce motif central, et où Lubitsch parvient avec une science bluffante à faire converger tous ses plans vers sa seule actrice, résumant ainsi toute la thématique wildienne des on-dit et des cancans de la Haute. Autre essai moins fructueux : un homme qui suit une femme, s'en rapproche, puis l'aborde, en un seul travelling resserré de plus en plus par le bord de l'écran lui-même. Jolie idée, mais qui finalement ne donne pas grand-chose par manque de maîtrise technique sûrement. De la part du grand Ernst, un film un peu terne, malgré les envies.

La version de Preminger est

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30 avril 2010

La Chatte des Montagnes (Die Bergkatze) (1921) d'Ernst Lubitsch

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Chassé-croisé amoureux filmé sur un rythme endiablé, avouons qu'on ne s'ennuie pas une minute dans ce muet très speed voire parfois totalement déjanté - on reconnaît certains membres des Monty Python, bien maquillés (si, si) - et qui bénéficie d'un décor naturel somptueux - ces grandes plaines neigeuses immaculées - et surtout de décors en studio classieux : toute en rondeur et en volume, l'architecture de cette forteresse des montagnes est absolument mirifique, chaque détail, chaque sculpture, chaque bougeoir semblant avoir été dessiné pour l'occase. On passe son temps à se courir après dans cette oeuvre de Lubitsch, qu'il s'agisse de l'armée alpine après les bandits - et vice versa - ou des femmes après les hommes - et vice versa. La musique du DVD dans la collection Eureka pète en plus littéralement le feu et on est entrainé pendant 80 petites minutes sur un train d'enfer.

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Première véritable séquence qui laisse sur les fesses : celle où le lieutenant Alexis, par mesure de discipline, doit quitter son régiment pour en rejoindre un autre qui se trouve dans les montagnes; il laisse derrière lui toutes les femmes qu'il a conquises - le jour de l'enterrement de Clo-Clo, à côté, c'est du pipi de chat : po moins de 300.000 figurantes ont apparemment répondu à l'appel pour envahir le décor et c'est franchement impressionnant de voir toutes ces donzelles pleurer le départ de leur favori - il laisse en plus derrière lui une véritable chorale de gamins... On disperse la foule à l'aide d'une douzaine de petites souris blanches qui créent la panique, et la voiture d'Alexis de pouvoir quitter tranquillou cette horde féminine. Il ne va point tarder à briser à nouveau les coeurs : Lilli (Edith Meller), la fille du Commandant dans son nouveau régiment, prend immédiatement une option pour se marier avec lui; le seul problème c'est qu'en chemin, notre gazier a croisé l'immense regard de Rischka (l'incontournable Pola Negri), la fille du chef des bandits. Laquelle va réussir à lui mettre le grappin dessus ? On s'en fout un peu, mais c'est juste pour mettre un peu de suspens.

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Les bandits sont composés d'une demi-douzaine de Pieds-Nickelés, triés sur le volet, dont la tenue ou la mine est déjà tout un poème. Beaucoup aimé la séquence où ils feignent de mourir sous les balles de l'armée, ou lorsqu'ils se mettent à danser comme des dingues en écoutant la musique qui s'échappe de la forteresse, forteresse qu'à l'origine, ils sont venus attaquer : on est dans le burlesque bon enfant, et à ce petit jeu-là, Lubitsch s'en donne à coeur joie. Il n'en oublie point pour autant de soigner l'esthétisme de l'ensemble, tirant profit au maximum de ces décors démesurés (naturels ou non): une course poursuite d'anthologie entre Alexis et Rischka qui dégringolent d'escaliers disposés en "cascade", un rêve empreint de poésie lorsque Rischka s'imagine danser avec son Lieutenant (Lubitsch crée pour l'occasion d'étranges personnages-musiciens qui ressemblent aux enfants d'un Bisounours avec la fille du Bibendum Michelin), une véritable rivière de larmes qui se crée dans la neige quand Rischka abandonne son prétendant, une Rischka qui pète totalement les plombs en découvrant la chambre de Lilli (elle lui pique tous ses vêtements mais elle oublie de changer au passage ses énormes Mountain-Boots qui ne sont pas vraiment ultra sexy...). Lubitsch ne cesse de jouer également avec ses cadres, s'amusant surtout des caches tout en rondeur et en courbes. Cela crée certains plans assez particuliers, renforçant l'impression de folie douce qui s'est emparée de la "bande". Deux femmes pour un homme, donc, mais la Rischka va se révéler bonne joueuse en faisant exprès de se conduire comme un gros dégueulasse mal éduqué pour que l'Alexis revienne à sa Lilli. Bel esprit de sacrifice au final - bonne joueuse, la Rischka - et une oeuvre qui se savoure à la bonne franquette (comédie trépidante dans décors de grande classe) filant un véritable petit coup de fouet dès le lever.

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19 avril 2010

La Poupée (Die Puppe) (1919) d'Ernst Lubitsch

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Petite chose diablement rigolote et coquine du gars Lubitsch que cette Poupée à croquer. Ernst Lubitsch met en place lui-même le décor en miniature de ce conte avant "de l'animer" littéralement avec l'entrée de personnages réels : l'illusion est parfaite, et nous voilà projetés dans cette histoire où il sera justement question de faux-semblant. Adaptée d'un récit d'Hoffmann, l'histoire peut sembler un peu tirée par les cheveux mais ne manque point d'imagination : un baron sur le point de mourir veut marier son neveu, Lancelot, son unique descendant. On convoque une quarantaine de jeune filles, mais le Lancelot s'avère peu téméraire en présence de la gente féminine : il se réfugie dans une abbaye où les moines commencent cruellement à manquer de thunes. Comme le baron propose 300.000 francs de dot à son neveu pour le mariage, les moines ont une idée bigrement originale : il n'a qu'à se marier avec une poupée et leur filer les 300.000 francs. Notre Lancelot se lance dans l'aventure, seulement voilà, suite à un petit micmac (l'apprenti a sottement pété une reproduction à l'effigie de la fille du créateur de ces petites mécaniques), la poupée s'avère être une jeune femme en chair et en os : celle-ci est tout de même prête à jouer le jeu jusqu'au mariage, mais faut po non plus trop la taquiner, la bougresse.

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Il y a plein de petites trouvailles assez mignonnes esthétiquement parlant : ces décors de maison de poupée, forcément, grandeur nature, ces chevaux de carrosse joués par des gaziers dans un costume joliment troussé, les cheveux du créateur qui blanchissent à vue d'oeil, ou encore cette superbe séquence où celui-ci, victime de somnambulisme, se retrouve à marcher sur son toit... Mais forcément celle qui s'en donne le plus à coeur, c'est notre gâte Ossi Oswalda avec ses grands yeux... de poupée. Toujours partante pour se donner en spectacle, qu'il s'agisse de danser, mécaniquement forcément, de mettre une tarte (ah tiens, elle a dû perdre un boulon) ou de voler coquinement un baiser. Sans vouloir approfondir le fait que le créateur rappelle à Lancelot qu'il est important de la huiler deux fois par semaine (oui, bon), il faut avouer que cette créature, facilement manipulable, n'est point dénuée d'un certain érotisme : tombant très facilement dans les bras du premier venu, notre Lancelot ou nos moines se trouvent bêtement tout décontenancés au contact de cette créature diabolique(ment bien faite...). Ossi finira d'ailleurs par gagner le coeur de ce Lancelot tout content de voir cette poupée prendre corps - à peine déniaisé, on y prend vite goût, évidemment. C'est un petit film plein de joyeuse légèreté du magicien Ernst, à l'image de cette poupée pimpante éminemment craquante...      

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26 février 2010

Sumurun (1920) d'Ernst Lubitsch

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Véritable déception que cette évocation lubitschienne qui baigne dans l'atmosphère des Contes des mille et une Nuits et qui m'a ennuyé, disons-le tout de go, à cent sous de l'heure. Une fois qu'on a fait le tour des décors et des costumes, il nous reste une intrigue bien mince terriblement tirée en longueur : on assiste donc aux amours interdites de Sumurun avec un vendeur d'étoffes - il faut attendre le sixième et dernier acte pour qu'ils aient enfin trente secondes à eux (dans le magasin ils se font des papouilles, puis le vendeur met trois plombes pour rentrer dans une caisse qui sera transportée ensuite dans le harem où il pourra à nouveau gouter à sa belle) - et, en parallèle, à l'histoire d'une danseuse (Pola Negri) qui séduit à la fois vieux Cheik barbichu et jeune Cheik en blanc (mouais) : c'est elle, véritablement, qui donne une petite touche d'érotisme à cette oeuvre bien sage, figure séductrice à peine vêtue qui dandine du bidou et baise du pied sur commande.

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En dehors de ces petites fulgurances pleines de sensualité, pas grand chose à se mettre sous la dent : Ernst Lubitsch endosse le rôle ingrat du bossu et en fait des tonnes (aux abois en amour - il voit bien que sa danseuse s'en fout grave de lui - il prend des pilules "magiques", qui m'ont tout l'air d'ailleurs d'être de simples somnifères; il sera transbahuté dans un sac puis dans une malle à la suite d'un vague quiproquo dont on se lasse très vite), le vendeur d'étoffes a à son service deux esclaves totalement fofolles qui sautent dans tous les coins et lâchent de petits cris hystériques (ouais, je sais, c'est muet, et alors ?) à la moindre occase - une petite touche burlesque bienvenue mais qui va pas chercher très loin non plus - et on pourrait peut-être également évoquer le troupeau d'eunuques, bien coordonnés pour faire carpette devant leur Cheik, qui se prend une murge phénoménale vers la fin mais, enfin, tout ça c'est vraiment pour dire deux trois trucs; la copie colorisée est nickel, aucun doute, on a droit à une belle scène de foule à l'arrivée des saltimbanques en ville, au début du film, qui fait son petit effet, mais cela n'empêche point cette oeuvre d'être, dans l'ensemble, relativement plombante. Petite forme, le Ernst.

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11 juin 2009

La Princesse aux Huîtres (Die Austernprinzessin) (1919) d'Ernst Lubitsch

Autre comédie burlesque dans laquelle Lubitsch s'en donne à coeur joie au niveau de la mise en scène. On sent bien qu'il met un point d'honneur à réaliser ces véritables tableaux où une foultitude de figurants se trémoussent sur un rythme endiablé (la scène du fox-trot, la danse la plus décadente avec le pogo) ou agissent à l'unisson (la vingtaine de secrétaires qui tapent sur leur machine, les trois-cent-cinquante  serveurs répartis sur plusieurs lignes qui servent le repas de noces). Au niveau du scénario, cela ne va pas forcément chercher midi à quatorze heure - la princesse du roi des huîtres veut absolument se marier avec un prince; dans la précipitation, elle se marie avec le pote de celui-ci avant de recroiser, par hasard, le prince dont elle tombe raide dingue - mais certaines séquences sont pleines d'une bouffonnerie revigorante.

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Le roi des huîtres, un gros lourdaud, se rend aux pas de courses entouré de ses quatre serviteurs black dans la chambre de sa fille. On sait depuis Je ne voudrais pas être un Homme qu'Ossi Oswalda est une véritable furie quand elle décide de tout péter; pour le coup, elle fait vraiment du zen dans sa chambre. La cause de sa crise de nerfs ?: la fille du roi du cirage vient de se marier avec un comte, elle veut son prince. Le pôpa alerte donc un marieur dont les murs sont ornés jusqu'au plafond de photographies - une vraie base de données à portée d'échelle. Il contacte un prince déchu qui va envoyer son pote en éclaireur. Ce dernier, qui n'a pas l'air d'avoir inventé la poudre, patiente des heures, le temps que l'Ossi se fasse pouponner par son armada de servantes. Lorsque celle-ci sort enfin de son bain, elle daigne aller voir le type, le trouve terriblement stupide mais se marie avec dans la foulée. Notre homme ne cherche pas vraiment à comprendre, il se pète le ventre comme un malade et boit comme un trou à la noce, et il se permet même entre deux séquences de s'adresser à la caméra avec son air bêta. On suivra ensuite l'Ossi lors de sa virée avec ses amis de la ligue antialcoolique - un vrai délire : elles font défiler devant elles des types complètement bourrés et lorsque l'un d'eux leur plaît, elles organisent un match de boxe géant pour décider de celle qui a le droit de l'embarquer. Cela nous donne une séquence chaplinesque avec notre Prince qui hallucine au milieu de ces femmes boxeuses. L'Ossi, qui se bat pourtant comme une tanche, remporte le combat et se barre avec le Prince sous le bras... Vu qu'elle est mariée - nominativement - avec lui, tout finit plutôt bien.

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On a souvent l'impression que tous les personnages sont un peu sous ecsta, notamment ce chef d'orchestre qui, lors de la danse de la noce, tortille des fesses comme un beau diable - il doit sûrement s'identifier en secret à Elie Semoun... - ben nan, le ridicule ne tue point. C'est bourré de petites trouvailles de mise en scène - le prince qui part picoler avec ses amis : sur la route du retour, la petite bande se désagrège petit à petit, chacun s'effondrant sur le premier banc qu'il croise; son pote qui fait les cents pas en attendant l'Ossi et qui s'amuse avec ce qu'il peut... - . Bref, on s'ennuie pas une minute à la vision de ces petites vignettes comiques lubitschiennes.

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06 juin 2009

Je ne voudrais pas être un Homme (Ich möchte kein Mann sein) (1918) d'Ernst Lubitsch

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On en a pour notre argent avec cette oeuvre lubitschienne des premiers temps. Tous les acteurs jouent de façon extatique comme s'ils venaient de gagner la coupe du monde (alors qu'ils sortent de la guerre pourtant, si je ne m'abuse... se reprennent vite les bougres), la palme revenant à l'actrice fidèle de Lubitsch, Ossi Oswalda, qui s'éclate totalement dans ce rôle de transformiste... Faut dire qu'elle fait preuve d'un sacré tempérament, la cocotte : elle joue au poker avec deux hommes lors d'une séquence-clin d'oeil aux Lumière, fume comme une locomotive d'époque et s'enquille les canons de schnaps comme moi le sake avant que je regrette. Elle semble définitivement difficile à tenir et il faut l'arrivée d'un tuteur qui semble doux comme un Fillon mais qui lui assène des ordres comme une vraie crevure pour la calmer un tantinet. L'Ossi ne se démonte point pour autant et décide de se déguiser en homme pour tromper son monde et sortir au bal - n'ayant point des traits d'une féminité exacerbée, faut bien reconnaître qu'avec les cheveux tout ropoplo  et sa tête de gros poupon, elle ressemble véritablement à un homme...

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Elle arrive au bal où cela s'agite dans tous les sens, les danseurs débordant du cadre comme s'il y avait un trop plein. C'est rythmé en diable et notre Ossi dans son costume tiré au cordeau de se rendre compte qu'être un homme, c'est pas vraiment de la tarte : elle se fait bousculer dans tous les sens mais parviendra tout de même à alpaguer son tuteur; ce dernier n'y voit que du feu et ne tarde point à se beurrer la tronche avec ce nouveau compagnon. Quand l'Allemand est en joie, il n'hésite point à embrasser gay-ment, à pleine bouche, son kamarade... Ossi ne pipe point mais elle en pense pas moins. Suite à un imbroglio, lors de leur sortie comateuse, avec le cocher, ils vont se retrouver chacun dans la demeure de l'autre. Chacun reprend peu à peu ses esprits et regagne son foyer. Le tuteur retourne finalement chez l'Ossi et quand il découvre le pot-aux-roses, "ciel, il s'est mépris"... cela ne l'empêche point d'embrasser à nouveau goulument son élève... Ben c'est du propre. C'est peut-être point d'une finesse démentielle sur le fond mais Lubitsch fait déjà preuve d'un immense sens du rythme tant l'ensemble donne l'impression d'aller à deux cents à l'heure. Plaisant donc et relativement surprenant pour l'époque - expansif, l'Allemand, pour le moins...      

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Posté par Shangols à 17:05 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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