13 janvier 2008

La Ville et les Chiens (La Ciudad y los perros) (1985) de Francisco J. Lombardi

J'avoue que je ne savais point que l'excellent livre de Vargas Llosa avait été adapté au ciné et c'est assez suspicieux que je partais avec ma galette sous le bras... Et ben le Lombardi c'est pas un manchot parce qu'il réussit la performance d'être très fidèle au bouquin et de réussir un film coup de poing dont il peut être fier. En dehors de la qualité de l'image -ça bavasse...- et les sous-titres jaunes assez terribles, le film tient parfaitement sur la durée (2h15 tendues comme un coup de rangers dans les fesses), est joué remarquablement  par l'ensemble des jeunes comédiens, et nous immerge avec brio dans l'univers de cette caserne - une école militaire. Même le chat et le chien répartis de chaque côté du canapé n'ont pas osé moufter.

89928869_329fe04919

Le Jaguar règne en maître sur cette promotion de cadets. Il ordonne à certains à sa botte d'aller piquer les sujets de chimie et se fait remplacer pendant les tours de garde. De son côté, "l'esclave" -il en faut toujours un...- subit les pires turpitudes et trouve chez "le poète" - qui à ses heures écrit des historiettes coquines - un confident à ses tourments. Tout ce petit monde se retrouve bloqué dans la caserne tant qu'on a pas retrouvé le type qui a piqué les sujets de chimie (il a cassé un carreau le bougre lors du vol). L'esclave - qui espère conclure, en pure perte, avec une jeune fille qu'il a rencontrée - finit par craquer et dénonce celui qu'il a vu ce soir-là, pendant son tour de garde, s'introduire dans le local des sujets. Ce dernier est foutu à la porte et le Jaguar, dont c'était le pote, jure de se venger... Lors d'un exercice de tir, l'esclave est retrouvé face contre terre avec une blessure mortelle ce qui va provoquer un vrai bordel dans la caserne... Mais "la grande muette" n'est pas vraiment prête à laisser transpirer toute la vérité...

199008670_98e294e2b8_oDerrière les petits trafics et les multiples infractions auxquels se livrent les cadets, où la loi du plus fort est souvent de mise, se cache une critique féroce d'un monde corrompu à la racine, et les diverses comparaisons sur l'état du pays au détour d'une réplique donnent une image peu brillante du Pérou de cette époque (le bouquin date des années 60); c'est l'un des points forts du film, qui tout en s'attachant à la vie de ces cadets en micro-société, résonne à l'échelle de la caserne (en dehors du Lieutenant "sévère mais juste", chacun se réfugie derrière son grade) et à l'échelle de la nation : comment espérer dans une société où la vérité ne peut éclater, où ce sont toujours les mêmes qui morflent (les plus faibles, l'esclave, et les minorités éthniques - le type accusé du vol) et où les coupables finissent blanchis par peur du scandale des responsables ? Si ces thèmes étaient déjà en substance dans l'oeuvre de Vargas Llosa, le film s'en fait un parfait écho et réussit brillamment à recréer la violence physique et morale de ce monde de chiens. Dès la première séquence où un jaguar bondissant échappe au bizutage en lattant ses opposants à coups de ceinturon, jusqu'à cette scène inouïe où il se retrouve incidemment enfermé dans la même cellule que son accusateur  -ça charcle sa race - on se retrouve à serrer des dents devant ce monde sans pitié (bien fait de faire la coopé moi quand même... regrette po...). Dommage, je le répète, que l'image ne soit pas à la hauteur du fond du film qui jusqu'au dénouement possède la puissance du livre - je vois pas de plus beau compliment pour ma part...

Posté par Shangols à 13:43 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1