It's a free World... (2007) de Ken Loach
Histoire de relancer la machine et comme la polémique sur Michael Moore ne peut pas faire long feu (on est d'accord sur l'essentiel, hum), je me suis dit que ce n'était pas une mauvaise idée de se voir le tout dernier Ken Loach (suis tombé dessus vraiment par hasard et suis d'autant plus surpris que la version dvd est nickel alors que le film vient à peine de sortir en Angleterre... bon je me suis po posé plus de questions, même si je dois admettre qu'il y avait dans mon choix une part de vice et que j'affichais un sourire malsain quand j'ai payé ma petite galette - en toute bonne foi)
Alors pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, il est bon de rappeler que Ken Loach est un cinéaste de gauche, en deuil depuis la disparition des Dossiers de l'Ecran. Il a choisi cette fois-ci un sujet d'actualité brûlant: les Polonais (pas tous plombiers en fait) et autres travailleurs émigrés plus ou moins en règle qui viennent pécho du travail en Angleterre, pays où grâce à Moore on apprend qu'on vous rembourse le taxi quand on va se faire soigner à l'hôpital (désolé). Une jeune femme, genre Pamela Anderson du pauvre, bosse dans une boîte qui joue les intermédiaires entre la Pologne et les entreprises anglaises qui cherchent de la main d'oeuvre pas chère; à peine a-t-elle fini sa mission qu'elle se fait virer et comme c'est son 30ème taff en 5 ans, elle décide de monter sa propre boîte; cela est d'autant plus jouable que des mecs étrangers sans taff à Londres, qui vivent dans des caravanes, ce n'est pas ce qui manque... S'il y a chez elle un certain bon fond au départ, l'attrait du gain va vite prendre le dessus (toujours dit que c'était une vicieuse, Paméla), et sa façon de traiter les gens va très vite se dégrader... Après avoir arnaqué - indirectement - des polaks, elle fera face à de gros soucis perso, genre kidnapping de son fils... Pour s'en sortir, elle n'hésitera pas alors à taper encore plus bas: des mecs sans thunes en Ukraine, prêts à faire le grand saut, ce n'est pas ce qui manque... Enfer et damnation de ce monde de profit, diable - Loach ne va tout de même pas jusqu'en Chine sûrement pour des questions de budget (...)
S'il faut reconnaître que les acteurs ont un certain abattage, on est toujours dans le cinéma de papa; ce qui différencie un Loach des Dardenne, comme ça au hasard, c'est la finesse. Chez Loach tout est frontal, brut, sans second degré ou message implicite. It's a free world..., libéral s'entend, et ce jeu de mot sur le titre est là où s'arrête toute l'ironie du gars. La boîte d'intérim de la gonzesse a pour logo elle-même sur une grosse moto avec en fond un arc-en-ciel. L'arc-en-ciel, je vous explique, ça fait rêver les gens naïfs mais on sait bien qu'au final, ben non, ça existe po vraiment. Loach, c'est un peu le gars qui vous montre tout ce qu'il faut penser et oublie souvent au passage la valeur artistique. En fait, franchement, j'ai rien contre Loach, je vous promets que c'est mon co-blogueur, qui me pousse... (je me dédouane, tranquillou, ehehe). J'en viens juste à croire comme lui que ses films sont souvent plats, un peu ternes et sans profondeur. C'est pas forcément méchant, si?
Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley) (2006) de Ken Loach
Quelqu'un pourra-t-il enfin un jour expliquer à Ken Loach que le cinéma a évolué depuis 30 ans ? Il est gentil, le Loach, depuis toujours : ses films sont instructifs, totalement corrects politiquement et historiquement, le mec fait des recherches, potasse ses manuels, tout ça, tout ça, c'est nickel pour les cours d'histoire de collège... Mais... comment dire ? Et le cinéma, nom d'une tomate ?
Le Vent se lève est donc du Loach : nickel, documenté, politiquement correctissime, lisse bien comme il faut. On apprend quand même pas grand-chose (la seule scène intéressante au niveau scénar étant une longue discussion en réunion entre des radicaux du Sinn Fein et des leaders du mouvement désireux de tempérer leur ardeur), le film se limite souvent à des combats dans les champs et des personnages qui serrent les dents parce qu'ils sont contraints de butter leur meilleur pote... Disons qu'au niveau de la trame, c'est le même film que les autres. En moins bien, puisque les autres sont passés avant : revoyons plutôt L'Armée des Ombres de Melville, même scénar, même esthétique, mais d'une autre force dans la façon de raconter. Loach est resté bloqué sur les films politico-historiques de ces années-là. Résultat : son film est daté, prévisible, académique, et ennuyeux à mourir.
On devine au bout de 5 minutes quel va être le déroulement du scénario (ouhlà la lutte fratricide, bouh l'amour sur fond de guerre, pfffiou les trahisons internes...), et effectivement tout se passe comme prévu. Ce cinéma de papa, digne des "Dossiers de l'Ecran" ou des téléfilms à thèse de France 2, devrait ravir les amoureux du bôôôô cinéma lyrique, avec son lot de scènes de mélo (pas tenues du tout, à côté de la plaque, pas émouvantes), ses débats à rallonge (désamorcés par le parti pris pro-"mes racines sont irlandaises, comme ma mère et ma soeur, je mourrais pour ce pays, et donc je chante des trucs irlandais") et ses paysages idylliques (seul bon travail du film : la photo). Les personnages sont grossièrement tracés (le radical assagi, le petit frère qui exagère, la rouquine résistante, l'ado peureux, le résistant qui ne parle pas même quand on lui chante des chansons irlandaises...), donc peu attachants. La musique est la même que partout ailleurs. La trame se contente des
scènes obligées sans jamais aller voir plus loin. Tout cela sent le patriotisme gavant. Et surtout tout a déjà été fait ailleurs, souvent en mieux. Seules satisfactions : la présence étrange de cet acteur hors-canons esthétiques (Cilian Murphy), l'accent irlandais bien rendu et très joli, et donc la photo. Bref, encore une Palme d'or qui va à un cinéaste pépère et hors-jeu, une Palme bien-pensante et bouffée aux mites (remember The Pianist). Une Palme accordée par Wong-Kar-Waï, cinéaste certes académique, mais qui a su totalement transcender cet académisme par un caractère contemporain précieux. Loach, lui, n'est pas de ce monde, et c'est dommage pour un cinéaste politique. Je n'aime pas Ken Loach. (Gols - 18/09/06)
Je vais finir par me demander si je ne me suis pas tapé plus de films sur L'IRA que sur la guerre du Vietnam. Je pourrais écrire une anthologie. Et Ken Loach n'y figurerait pas en meilleur position. Comment Wong Kar Wei a-t-il pu faire une chose pareille que lui donner la Palme? On peut pas le soupçonner d'avoir du sang irlandais quand même...
Si Cilian Murphy surnage littéralement, avec son regard perdu au loin comme après avoir été torturé en écoutant l'intégral des Cranberries, j'avoue que pendant tout le film mon attitude fut un peu celle de la chèvre en arrière plan, me demandant bien ce que je foutais là et ce que j'allais pouvoir raconter sur ce film... Relisant le billet du père Bibice, je me dis qu'au moins sur les films plan-plan on sera toujours d'accord. Cette histoire de deux frères qui finissent par se retrouver l'un contre l'autre est d'un attendu dans son déroulement qui me fait mal au bide... Tout est à l'image de cette scène de baiser entre Cilian Murphy et sa chtite copine rouquine qu'on attend depuis le début et qui arrive au bout d'une heure et demie, et quand on se dit, ouais Ken, vas-y, lâche-toi, laisse-les faire les fous dans le foin, on a un pauvre fondu au noir, comme si on avait déjà dépassé la mesure... Deux heures d'un académisme téléfilmesque rarement atteint, on finit par avoir envie de le fondre lui-même, le Ken. (Shang - 21/10/06)
Bread and Roses de Ken Loach - 2000
-g; y;|\zeyuv-_çbco,lse{s,... mmm? hein? oups pardon, je me suis endormi sur mon clavier en tentant de mater Bread and Roses. Alors, euh, ah oui, faut que je fasse un petit texte là-dessus. Bon, alors, euh...
Bread and Roses est à conseiller : 1) à tous les élèves de CM2, dans le cadre du cours sur "être citoyen" : le film leur apprendra que les employés de ménage mexicains sont exploités, mal payés, et rament pour traverser la frontière (comme le cameraman, qui souffle comme un boeuf pour essayer de suivre la course de l'héroïne, l'avait qu'à s'acheter une jeep) ; 2) aux lecteurs de Télérama, qui trouveront ici la confirmation qu'être chrétien de gauche est plus noble qu'être employeur de femmes de ménage mexicaines exploitées et mal payées ; 3) à Armand Jammot, qui peut trouver ici matière à relancer Les Dossiers de L'Ecran à moindre frais, sur un sujet genre "syndicats : quels sont les risques?" ; 4) à tous les amoureux du cinéma de papa en général, qui ne cherchent pas autre chose dans un film qu'une thèse larmoyante, bien que documentée, qu'un enfonçage de porte ouverte, et qu'une confirmation de leurs convictions artistiques et politiques ; 5) à tous les gens qui ne demandent rien au cinéma.
Pour tous les autres (ceux qui ont passé l'âge du CM2, ceux qui aiment une modernité un peu plus poussée
que dans Télérama, ceux qui se souviennent avec douleur des débats télévisés, ceux qui vont au cinéma pour être surpris et dérangés, ceux qui demandent des comptes au cinéma), Bread and Roses est un long, très long moment d'ennui, un vide artistique abyssal (à l'exception de la direction d'Adrien Brody, assez craquant), un film qui déroule paresseusement des évènements qu'on sent venir 30 minutes à l'avance. Les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film, malheureusement. Tant que Loach n'aura pas compris qu'on attend autre chose d'un film qu'il soit poli et de gauche, il continuera à nous servir ce cinéma mollement engagé, uniquement dirigé par son scénario, fade dans son esthétique et désolant dans son manque de courage. On est d'accord : c'est une honte que les immigrés mexicains soient traités aussi durement, on compatit tout à fait au sort de ces pauvres gens, on comprend leurs doutes, leurs convictions, leurs peurs... mais j'insiste : ce n'est pas parce qu'un film est indiscutable au niveau des idées qu'on peut se contenter de ça.
Je n'aime pas Ken Loach.


