14 décembre 2011

The Long Night (1947) d'Anatole Litvak

"Joe, do you think it really happens people being in love or is it something you just read in books ?"

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Anatole Litvak ose faire un remake ricain du Jour se lève de l'ami Carné (dont on n'oublie pas les amis...) et réussit un magnifique film noir sur toute la ligne : une photo signée Sol Polito (Sorry wrong Number signé également par Litvak, Arsenic and old Lace, The petrified Forest...) où les noirs sont sublimissimes, une musique vlcsnap-2011-12-14-19h57m22s92originale de Tiomkin au taquet et une utilisation de la septième symphonie de Beethoven magistrale (elle revient à chaque apparition de Fonda et monte en puissance à mesure que le suspense grandit), une interprétation irréprochable (Henry Fonda en amoureux transi puis en homme blessé, Vincent Price, coiffé à la Cruella (!), en magicien obséquieux affreusement irritant, Barbara Bel Geddes en jeune fille par trop innocente (ce n'est certes pas Arletty mais elle tient ici son rang), Elisha Cook Jr dans un second rôle d'aveugle qui capte l'attention dès la première image...), une séquence finale qui prend aux tripes et qui rend les mains moites... Bref, malgré une intrigue qui ne repose finalement sur pas grand chose - la jalousie aveugle d'un homme pour une jeune femme bien innocente -, cette œuvre savamment montée (en flash back avec en prime un ptit flash-back dans le flash-back qui ne mange pas de pain) tient en haleine jusqu'au bout et fait chauffer constamment le chaud (la relation mignonnette entre nos deux orphelins Fonda et Geddes) et le froid (la confrontation entre le pur Fonda et le mytho enjôleur Price).

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On a le cœur tout chaviré lorsque Fonda avec sa grande carcasse et ses yeux de cocker craque pour cette chtite fleuriste : il enlève son scaphandre de travail et semble enfin revenir sur terre lorsqu'il croise pour la première fois le regard de Barbara toute timide derrière sa vitre. Il était loin de se douter que le bonheur était là, à portée de sa main, dans sa ville : il faut le voir traverser ce quartier sombre à peine illuminé par la fumée blanche d'un train et trouver refuge dans l'antre de cette modeste donzelle. Il a tôt fait de faire sa déclaration à sa belle (on va se marier, avoir une flopée de gamins... Mais ouais Henry, faut y croire même s'il sourit lui-même de sa propre envolée) mais on sent que celle-ci est un poil gênée aux entournures ; on ne tarde point à faire connaissance avec l'origine de son trouble : il s'agit d'un magicien, Vincent Price, forcément manipulateur, qui a été le premier à faire rêver la Barbara - oui, il l'a brusquée (terrible scène du premier baiser qui lui donne), oui elle n'aime que son humble scaphandrier... mais voilà, le Vince, avec ses foutus allusions, a foutu le trouble dans l'esprit du Henry et cela va lui dévorer la tronche. Litvak, en fil rouge, nous montre le Henry face à un miroir : une première fois, période idyllique, avec l'ours en peluche de la Barbara et icelle (il se couvre une oreille pour "ressembler à l'ours" qui en a perdu une... si seulement il s'était couvert les deux et n'avait point écouter les discours du Vince...), une seconde fois, après le drame (il descend en scène d'ouverture Vincent) devant un miroir qui vient d'être canardé par la police (son reflet est criblé de balles, comme s'il s'était flingué lui-même) et une dernière fois lorsque, à bout de nerfs, il balance une chaise dans la glace (fi de cette introspection infernale, il est désormais trop tard pour revenir en arrière...).

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Seul à sa fenêtre, face à la foule qui s'est rassemblée en bas de son immeuble, il lance un dernier cri de rage pour les exhorter à rentrer chez eux ; mais non Joe, t'es po tout seul, il y a tes potes qui te soutiennent et puis il y a surtout cette petite voix, celle de Barbara, qui tente de couvrir celle du flic avec son ignoble porte-voix et de le ramener à la raison... Son amante est à deux doigts de se faire écraser lors d'un mouvement de foule et on imagine forcément le pire : le Henry comme un loup dans sa tanière va finir par se tirer une balle dans sa boîte crânienne et de laisser la Barbara et le spectateur orphelins... Ce putain de jour risque bien de ne jamais se lever et le bout de la nuit de dissoudre le fondant Fonda... Allons, l'Anatole, balance-nous une ptite pointe d'optimiste, par pitié, la guerre est finie... Long is the night, vi, but fucking beautiful is the result (Shang, parolier amateur). 

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14 mai 2011

Out of the Fog (1941) d'Anatole Litvak

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Festival Lupino ce week-end sur Shangols avec ce film noir "précoce" réalisé par le gars Anatole : ambiance portuaire - Brooklyn - avec un brouillard à couper au sabre, de bien simples et "gentilles personnes" (le film étant basé sur une pièce d'Irwin Shaw justement appelé "gentle people") qui se croisent dans le rade du coin, une Ida toute mimi qui rêve de pouvoir s'échapper et... forcément, un véritable enfoiré en la personne de John Garfield, dit Goff. Le type met le feu aux bateaux ou demande en échange une petite contribution financière ; c'est ainsi qu'il tente de plomber la vie d'un bon vieux petit "couple" de potes pêcheurs (Thomas Mitchell et John Qualen) tout en faisant d'une pierre deux coups vu qu'il drague la fille de l'un d'eux, la belle Ida... Cette dernière a bien déjà un chtit copain en la personne du gars George (Eddie Albert) mais force est de reconnaître qu'il ne fait guère le poids face à Goff. Dans le monde selon Goff, il n'y a point de mal à extorquer de la thune aux plus faibles et de se la péter ensuite avec les plus belles donzelles du quartier : tu résistes, tu sors un flingue, tu fais le mariole, voilà mon poing sur ton pif ; c'est aussi simple que cela et le pire, c'est que ça fonctionne. Plus il traite l'Ida avec un main de fer, plus elle est accro, plus il maltraite nos pauvres petits pêcheurs, plus ces derniers se montrent serviables... Jusqu'au jour où ils projettent de l'assassiner, ben ouais, quand même, on est pas chez Casimir.

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Comme me disait une ancienne prof de français, il faudrait apprendre aux jeunes gens à trouver le bonheur près de chez eux (je l'aimais po, je suis parti le plus loin possible, certes) ; c'est tout le problème de la peu farouche Ida qui est entourée de gens aimants - ce bon vieux pater prêt à lui sacrifier ses économies, son George tout enamouré - mais pour qui cet enfoiré de Goff représente "une autre dimension" ; il l'emmène dans des soirées cubaines pourraves où les gens font le petit train (roh les ringues) et ça marche, fusil. Mais ouvre les yeux, bon sang Ida ! Que nenni. Heureusement son pater va décider de prendre les choses en main : il invite son pote aux bains turcs (assez fendard, le Russe qui s'y trouve et qui parle tout seul, quasiment face caméra d'ailleurs (!), sur les misères du monde) et met en branle le plan d'assassiner le Goff. On ne sait s'ils transpirent de chaleur ou de peur, mais on y voit pas vraiment gagné avec ces deux bras cassés... Mais Dieu est toujours du côté des justes, finally... Un décor adéquat, des personnages savoureux et hauts en couleurs et des acteurs savamment dirigés, une Ida, encore bien tendre, en plein apprentissage de la vie, un bon ptit film noir vintage, loin de nous mettre non plus en transe, entendons-nous bien.

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Noir c'est noir, c'est  

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16 avril 2011

La Fosse aux Serpents (The Snake Pit) (1948) d'Anatole Litvak

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Sur les conseils avisés d'un de nos lecteurs, suite à ma chronique sur The Dark Mirror, je me suis donc penché sur cette œuvre de Litvak où l'on retrouve une Olivia de Havilland fortement perturbée psychologiquement. Merci pour le tuyau, tant il est vrai que notre Olivia trouve ici le moyen de montrer, avec une réelle subtilité, toute l'étendue de sa palette d'actrice. Peu de temps après son mariage, la chtite Virginia (Olivia), qui avait déjà montré par le passé quelques signes d'instabilité sentimentale, fait un gros craquage (j'aurais fait pareil... ça va, je plaisante). Elle est internée dans un asile pour femmes et, vu les voix qu'elle entend - à côté Jeanne D'Arc, c'est de la comédie -, on se demande si la bougresse pourra un jour en sortir... Un jeune docteur va la prendre sous son aile et va tout faire pour parvenir à mettre le doigt sur les origines de son trauma. Un travail de longue haleine qui nécessite à la fois de faire certains choix, euh, violents (une bonne séance d'électrochocs pour remettre les idées en place, voilà un beau cadeau à offrir à Jean-François Coppé - sans parti pris), mais également de nombreuses discussions pour essayer de remonter le fil jusqu'à la source, voire jusqu'aux sources d'une telle fébrilité psychologique.

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L'ambiance de cet asile reste assez soft comparée à un Shock Corridor ou même à un Vol au dessus d'un Nid de Coucou, même si certaines cours (un conseil, si jamais vous allez séjourner là-bas, évitez la numéro 33) contiennent leur petit lot de grandes malades. Litvak se concentre plus sur les petits "dérèglements du cerveau" que sur les grands accès de violence déjantés et "spectaculaires", et c'est tout à son honneur. On suit ainsi souvent des discussions entre malades qui n'ont rien de forcément insensé au premier abord, sauf qu'elles tournent diablement en rond - la meilleure réplique étant de toute évidence celle de notre pauvre Olivia qui tente, tant et plus, d'y voir clair tout en constatant qu'elle s'emmêle méchamment les pinceaux dans sa "relation au temps" : "I don't remember so many things and I forget even what I remember"... Son mari est tout dépité quand il voit qu'elle ne le reconnaît même pas (d'autres auraient fait la fête - suis d'humeur caustique aujourd'hui) et il la confie aux bons soins du fameux Docteur "Kik" qui a carte blanche pour la secouer un peu - notre pauvre Olivia, lors de la première séance d'électrochocs, qui croit qu'on va l'exécuter alors qu'elle ne souvient même po de la faute qu'elle a commise - c'est déchirant et on a mal pour elle... Mais pour une fois - ben ouais, d'habitude ça foire toujours ces gentilles électrocutions -, cela va lui permettre de reprendre un tout petit pied avec la réalité ; elle ne va pas tarder à faire des confessions au Docteur Kik qui va progressivement l'aiguiller sur les raisons de son mal (sales sentiments inconscients de culpabilité...). Ce qui demeure particulièrement bien vu, c'est que Litvak tente d'échapper à tout discours simpliste - il n'y a pas une "clé" unique qui permet d'expliquer les troubles de l'esprit, mais véritablement tout un trousseau ; on suit le véritable parcours du combattant (la folie douce, les périodes terribles de doute, le retour à une certaine lucidité encore fragile, la sale rechute - salope d'infirmière, ça c'est fait...) de notre Olivia, pleine de bonne volonté  qui va littéralement aller jusqu'au "fond du trou" (cette terrible et impressionnante image (une plongée prise d'un satellite terrestre (...), bel exploit à l'époque) de cette fameuse "fosse aux serpents") avant d'espérer une quelconque rédemption ; "aide les autres, le ciel t'aidera", c'est un peu la morale de l'histoire, car c'est en partie (au delà des efforts du Dr Kik) grâce aux contacts avec les autres malades (cette étrange créature - entre l'étrangleuse sadique et la mante religieuse - qui semble sortir d'un film de Franju...) que notre Olivia va réussir peu à peu à faire le point sur elle-même... Elle passe donc par tous les états - de la jeune fille timide, lors des premiers rendez-vous avec son amoureux, à la véritable furie douce -, la magnifique Olivia parvenant surtout à traduire avec brio ces états "d'entre deux", lorsqu'elle flotte entre une certaine normalité et les petites (ou grandes) fêlures. Bien bon conseil ma foi, ami Sonic.

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13 décembre 2010

Raccrochez, c’est une Erreur (Sorry, wrong Number) (1948) d'Anatole Litvak

Vous prenez Fenêtre sur Cour, vous remplacez James Stewart par Barbara Stanwyck (malade, elle stagne au lit) et la fenêtre par le téléphone, et vous obtenez ce fabuleux petit film noir : ça commence par une étrange discussion que Barbara capte par hasard sur la ligne (il est question d'un meurtre qui doit avoir lieu à 23h15) et, de coups de fil en aiguilles (celles de la pendule), on parvient à l'une des séquences finales les plus hystériques du genre... Raccrochez-vous, pardon, accrochez-vous au siège, la tension monte jusqu'à devenir insoutenable...

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Ce que j'adore dans les films noirs, en particulier, c'est la complexité terriblement énervante du scénar : on nous livre progressivement des bribes d'infos, et, même mises en relation les unes avec les autres, on se demande franchement quel est le rapport avec la choucroute... Et puis dans les cinq dernières minutes, oh putain, tout commence à prendre sens... Auparavant, on nous a juste baladés comme un chihuahua en laisse incapable de comprendre pourquoi le monde autour de lui est si grand. Sorry, wrong Number est un must du genre, les fils s'embrouillant tout du long jusqu'à faire un gros noeud, sorry02noeud qui se démêle pratiquement à la dernière seconde... Pourtant au départ, on se dit qu'un polar avec une héroïne, seule, alitée, n'ayant à portée de main qu'un téléphone, ça s'annonce relativement plan-plan... Elle n'arrive point à rentrer en contact avec son mari, bon, elle ne cesse de relancer l'opératrice qui se trompe dans la connexion, surprend une conversation qui fait froid dans le dos, alerte l'opératrice, la police... Tout le monde s'en branle. Elle continue à passer deux trois coups de fil - son père, la secrétaire de son mari -: histoire de ne pas trop nous endormir la caméra fait le tour de chaque pièce avant de se fixer sur l'interlocuteur - pourquoi pas, mais le procédé s'annonce lassant à la longue et puis... Litvak lâche les chevaux, l'échevau même, au niveau de la construction narrative : les différents interlocuteurs de la Barbara se mettent à raconter une histoire - tiens, un flash back - histoire au cours de laquelle ils ont rencontré quelqu'un qui leur a raconté une histoire - ah flash-back dans le flash-back, bien -, histoire qui peut, le cas échéant, se révéler plus longue que prévue - second flash-back dans le flash-back, ou... flash-forward après le flash-back dans le flash-back... oh putain...

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Plus Barbara (Mrs Stevenson) avance dans sa petite enquête pour savoir ce que fout son mari, plus la pauvrette se demande bien dans quoi elle est tombée : elle rentre en contact avec une ancienne amante de son homme, dont le mari travaille avec la police, qui enquête justement sur Mr Stevenson, aaah... De plus en plus effrayée, suant sa mère (...), elle prend contact avec son docteur qui lui en apprend de belles... sur elle-même (ah ben non, elle ne souffre pas du coeur, elle est juste un peu hypocondriaque, mais...?) puis avec un certain Evans qui travaille dans le labo du père de Barbara (richissime) et qui semble avoir magouillé des choses avec la gars Stevenson... ouhlàlà... On comprend pas toujours tout, mais on voit bien que cela commence à sentir le pâté. Ok, notre héroïne est un peu possessive, elle a sûrement fait tourner un peu en bourrique son mari, qui, frustré de travailler pour son père le richard, a tenté de trouver sa propre voie, mais de là à... Nan... Diable, y'a de la friture sur la ligne, ça commence à sentir dangereusement le roussi... Barbara Stanwyck, constamment pendue au téléphone, est de plus en plus livide à chaque coup de fil : chaque révélation est comme un véritable coup de poignard dans son dos, et on se demande si elle va tenir jusqu'à 23h15 (ben ouais, il y a un crime sur le feu quand même)... Ah tiens elle parvient enfin à avoir son mari en ligne, pas trop tôt... Coupez !... Magnifique petit polar en chambre signé Litvak, qui nous tient méchamment "occupé" d'un bout à l'autre. En prime, la musique tonitruante de l'incontournable Franz Waxman qui participe pleinement à faire monter la pression. Joli numéro ma foi. 

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13 novembre 2009

Mayerling (1936) d'Anatole Litvak

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Mayerling, the histoire d'amour viennoise romantissime, dans la version noir et blanc un poil défraîchie mais vaillante (bien restaurée) d'Anatole Litvak. Tourné dans les studios de Joinville, ce film français a des allures de méga-production hollywoodienne et supporte tout à fait la comparaison. Somptueux décors, une musique virevoltante qui fait s'enchaîner les séquences sans temps morts, un couple de jeunes premiers (Charles Boyer et Danielle Darrieux) beau comme un camion et sa remorque, et en prime une galerie de seconds rôles qui ont fait notre petite marque de fabrique - du cocher barbu au couple de flics (alliage improbable et comique de Laurel et d'un Dupond) en passant par une comtesse bavarde comme une pie et un journaliste au tarin plus long qu'une rame de métro. Même si l'histoire d'amouuuuuur éternel est bête comme chou ("Je ne pourrais jamais vivreeee sans toi, mon amour, ne pars pas..."), on reste Annex___Boyer__Charles__Mayerling__01sympathiquement sous le charme de ces deux tourtereaux qui se disent des mots doux et se font des promesses passionnées qui dureront après leur mort et pis encore un peu plus même. Danielle Darrieux est fraîche comme un camaïeu avec ses grands yeux effarouchés et son naturel qui charment notre archiduc (petite réplique toute mignonne après leur premier rencart : "Je ne pourrai plus jamais dormir..." Ah que c'est beau d'y croire quand on a dix-sept ans!). Charles Boyer ("Tu m'enlèves des années" lui confiera-t-il, eh oui!) tour à tour bougon ou colérique s'ennuie à mourir sans sa belle dans cette viennoiserie de palais et se la joue grand noceur pour parer à son absence : rhum flambé dans des immenses vasques (le grand moment du film, si je peux me permette un point de vue purement subjectif), danse à la russe endiablée sur la table, petites pépettes qu'on embrasse à pleine bouche et dont on change toutes les cinq secondes (il y en a même une à qui on déchire la robe et qui laisse entrevoir une demi-seconde un sein... en 1936!!!! super limite!). Charles tardera à dessouler lorsque Danielle fera une arrivée impromptue au cours de la soirée, mais les deux amants ne tarderont point, lors d'une scène de bal d'anthologie où ils paraderont une première et une dernière fois, à prendre la seule décision possible : le double suicide - on se croirait presque dans un film nippon. Dernières heures dans le calme sous la neige de Mayerling avant de faire le grand saut... Cela a beau être cousu de fil blanc, la réalisation de Litvak n'a pas à rougir, et Danielle Darrieux SOIXANTE-TREIZE ANS PLUS TARD ! n'a pas pris une ride (ou juste une petite, là, sur le front). "Les heureux font les meilleurs damnés", cette petite phrase issue d'un spectacle de marionnettes, visionné lors de leur première rencontre, annonce leur mort prématurée, y'aura rrren à y faire. Le film n'est pourtant jamais plombant avec plein de petites séquences guillerettes, comme celle avec les cygnes à la fête foraine ou lors de leur multiples rencontres en catimini où chacun n'a d'yeux que pour l'autre. Le meilleur-ling, haut la main.    

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