21 juin 2010

Waking Life de Richard Linklater - 2001

wlIntéressant projet que celui-là, qui prouve que Linklater sait parfois être autre chose qu'un mauvais cinéaste sans esprit. Waking Life est d'une ambition qui fait plaisir à voir, et va chercher dans des endroits qu'on n'osait espérer : faire de l'animation pour adultes, sortir le genre de son statut jeune public (veine Disney/Pixar) ou ado attardé (veine manga), voire même, et c'est encore plus bluffant, l'amener vers l'abstraction. Pour une fois, l'animation ne donnera pas lieu à une énième surenchère dans l'action, l'effet à tout prix, la narration bête et méchante : elle est ici au service d'une profonde réflexion philosophique, et est utilisée dans des possibilités graphiques et "sémantiques" vraiment intéressantes.

Il s'agit, de ce que j'ai compris de ce film pas mal fumeux, de trouver ce qui fait l'essence des rêves : un garçon va suivre un parcours étrange, en lévitation, à la rencontre d'une vingtaine de philosophes, sociologues, critiques (et serial-killers...), qui vont lui exposer leurs théories dans une atmosphère onirique, parallèle, bizarre. Le personnage est-il vivant ou mort, dort-il ou est-il éveillé, c'est la question, dont on se fout carrément : ce storyqui impressionne, c'est que Linklater ne démord pas de ce concept assez radical : filmer la parole, transmettre un savoir, non seulement à travers les mots et les théories, mais surtout à travers le graphisme. Il en résulte un film très statique, très bavard, qui ne cède strictement jamais à la scène d'action ni à l'esthétisme à tout crin. Certes, les différents artistes qui ont travaillé là-dessus cherchent visiblement souvent à épater la galerie ; mais l'esthétique du film n'est pas forcément aisée, certains dessins sont volontairement brouillés, hachurés, peu consensuels. C'est beau, aucun doute, mais pas d'une beauté admise : on croise là-dedans Bacon, Magritte, Mondrian, voire Tapies, ce qui n'est pas courant dans ce type de production. L'animation sert à suggérer cette irréalité dans laquelle baigne le personnage, et s'avère à la longue une bonne idée pour développer son sujet. La variété des styles, qui parfois se confondent au sein d'une même séquence, est très agréable à regarder, entre peinture contemporaine et BD (l'usage de la ligne claire est particulièrement bienvenu), et Linklater ne refuse jamais une certaine "laideur" trash qui rompt avec le goût commun : les acteurs, redessinés à la palette, en ressortent parfois étrangement tordus (pauvre Ethan Hawke, pauvre Julie Delpy, tout borgnoles).

WakingLife_trailer_12Bon, cela dit, le gros problème du film, c'est son scénario, pompeux, prétentieux, bavard, fumeux et souvent très chiant. On décroche très vite de ces théories sur le temps, la réincarnation, la mort, l'existentialisme, le cinéma, la réalité, etc. Trop savant, cherchant trop l'admiration dans la complexité de ses concepts, le film devient dans ses dialogues assez inécoutable, d'autant que la vraie science alterne avec des concepts beaucoup plus nazouilles (cette théorie du temps arrêté développée par Philip K.Dick est digne d'une cour de récréation). On finit par ricaner doucement devant cette idée de mort assimilée à une hallucination éternelle mêlant roublardement Kierkegaard, Bazin, Sartre, Deleuze et SF de bas-étage en un seul mouvement. La tentative de vulgarisation de grands concepts philosophique est honorable, le résultat beaucoup moins. Tant pis : on sait gré à Linklater de n'avoir rien lâché de son concept très ambitieux, et on est content que Waking Life existe ; de là à le revoir, il y a un grand pas.

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18 mars 2010

Fast Food Nation de Richard Linklater - 2006

fast_wideweb__470x338_0C'est très noble de vouloir s'attaquer aux dessous du business de la malbouffe, et on ne peut pas reprocher à Linklater ses intentions. Encore faut-il le faire avec un minimum de pertinence politique, un tantinet de construction, ou au moins avec un brin d'invention narrative. Sur ces trois points, Fast Food Nation est catastrophique. Nous voilà donc immergés, grâce à de multiples histoires, au sein de la Mickey's Burger, en pleine promotion de leur nouveau produit, le Big One. On suit toutes les étapes, depuis le découpage du bestiau jusqu'aux réunions de PDG, depuis la vente en magasin jusqu'aux petites histoires des employés de l'usine de fabrication. Le discours : à chaque étape de la production du Big One, il y a du scandale. Des traces de bouse dans le steak, des Mexicains sans-papiers engagés à la fabrication, des petits patrons qui les exploitent, des businessmen verreux qui ferment les yeux sur les exactions, des vendeurs à l'hygiène douteuse, etc. La profusion des attaques pourrait avoir un côté frontal intéressant ; le souci est qu'à force de taper sur tout et tout le monde, Linklater noie son discours, le disperse, et traite à égalité vrais scandales et intrigues inventées.

17fast_2_600C'est certes révoltant de voir ces pauvres Mexicains sur-exploités ou ces patrons qui ne pensent que gros sous, et ça mérite sûrement un film. Mais méler ça à des anecdotes fictionnelles beaucoup plus pauvres (le patron de la chaîne qui viole ses employées, le petit vendeur qui échappe des steaks par terre et les sert aussitôt) finit par brouiller complètement les pistes. Linklater aurait dû rester dans les faits, sans ajouter à sa colère des personnages qui n'ont rien demandé à personne. Tout le scandalise, alors que tout n'est pas scandaleux : par exemple, tuer des vaches n'est pas scandaleux, c'est normal si vous vendez de la viande. Or, les scènes d'abatage, purement documentaires, sont forcément pénibles à regarder, et la critique devient bêtement "émotionnelle", alors qu'elle aurait dû rester concrète.

fast_food_nation1En plus, le film manque cruellement de rythme, de fil narratif, tapant tous azimuths, voulant être une comédie en même temps qu'un pamphlet, un documentaire en même temps qu'une fiction, Michael Moore en même temps que les frères Coen. Quelques stars sont plaquées là-dessus pour faire class, mais n'ont rien à y faire (l'intérêt du personnage d'Ethan Hawke ou de Kris Kristofferson là-dedans ?), on passe du coq à l'âne sans tenue et sans vrai discours. Bref, que du ratage sur ce sujet qui aurait pu être ravageur traité autrement.

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10 mai 2007

A Scanner Darkly de Richard Linklater (2006)

aaaEnième adaptation d’un roman de Philip K. Dick, ce film au procédé graphique déjà vu dans Waking Life fonctionne assez bien, même si au final il n’apporte pas grand chose : dans la séquence d’ouverture quand l’un des personnages hallucine en se croyant dévoré par des bébêtes vertes qui courent de partout ou lorsque Keanu Reaves se retrouve sous sa combinaison qui le fait changer toute les 2 secondes d’apparence, on comprend ce que ces dessins plaqués sur du vivant peuvent apporter en plus… mais bon, cela demeure au final assez sous-exploité. Une histoire donc d’un agent anti-bdrogue drogué lui-même avec un double rebondissement final assez inattendu (K. Dick quoi) mais avant d’en arriver là, on s’enlise un peu dans un scénario tiré en longueur. Certes l’ultra-speedé Robert Downey Jr et le fou furieux Woody Harrelson contrastent avec les personnages dépressifs joué par Keanu Reaves et Wynona Rider (ben ouais elle existe encore tiens !) mais malgré quelques délires visuels dûs à cette fameuse drogue qui détruit le sens de la perception, on ronge un peu son frein : et où veux-t-on en venir alors ? Ah il fallait piéger un agent pour qu’il s’infiltre lui-même, malgré-lui, (faut avoir fait math-sup pour pas laisser tomber au milieu) chez les vrais méchants !!! Bon. Joli ou plutôt original mais pas de quoi s’extasier, hein.   (Shang - 04/01/07)


Eh ben voilà, on se laisse émouvoir par la 1000ème de notre blog irascible et précieux, on se méfie pas, et on18447682 regarde n'importe quel film qui vous tombe sous les yeux pour inscrire le 1001ème. Etonnez-vous qu'on tombe sur une bouse, dans ces conditions.

A Scanner Darkly représente à peu près tout ce que je déteste dans le cinéma : scénario prétentieux et vain, acteurs en vrille, rythmes impossibles, esbrouffe à bon compte. Sur une trame à laquelle je n'ai rien compris (normal, c'est de la science-fiction, je comprends rien à la science-fiction), Linklater fait son mariole avec des dessins animés pour ados qui se veulent comme de bien entendu furieusement tendance, mais qui ne font que mettre en relief son peu d'imagination visuelle. Les acteurs étaient déjà super-fades à l'origine (mais il faut dire qu'avec Keanu Reeves et Robert Downey Jr, le gars tendait le bâton pour se faire matraquer), mais en plus on décide de les "re-dessiner". Ca a dû être franchement laborieux, je dis pas, mais le résultat est infâme. Les moches dessins gomment encore plus le peu d'expréssivité des gusses, contraints à surjouer pour que leurs 3 expressions passent la rampe. Vous imaginez ce que ça donne quand Downey Jr surjoue ? Eh bien c'est pire. On est dans l'école Achille Zavatta, d'autant que la teneur des rôles (des junkies accros à une drogue improbable) les oblige à encore plus de singeries. Quand reeves est affublé d'une panoplie qui le fait changer de visage toutes les secondes (parce que c'est un agent, faut pas qu'on le reconnaisse, vous comprenez ?), c'est encore là qu'il est le mieux. D'ailleurs, cette panoplie est ridicule : si elle changeait toutes les heures, ça serait plus reposant pour les yeux du spectateur, et l'effet sur les méchants drogués serait le même, non ?

Ce jeu hystérique n'est jamais accompagné par la mise en scène, mortifère, traînarde, insupportablement lente et cellophanée. La musique d'ascenseur que Linklater balance en fond ajoute aux quintaux de plomb qui lestent ce film lourd comme un dimanche 6 mai à 20h01. Le seul conseil qu'on peut donner à ce type (mis à part d'essayer un autre art, il y a des places en atelier poterie), c'est d'arrêter de faire son malin, de sortir un peu voir le monde, et de réfléchir deux secondes avant d'investir des millions dans une production lisse et putassière. Un film du XXIème siècle, diable oui.   (Gols - 10/05/07)

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19 juin 2006

Génération Rebelle (1993) (Dazed and Confused) de Richard Linklater

2027038_1_Si je reconnais un certain charme au diptyque Before Sunrise, Before Sunset malgré son petit côté cucul la praline qui ferait rire a gorge déployée mon ami Gols en lançant une fléchette en plein centre (je suis fleur bleue parfois... Quoi?!!!!!... Personne me croit, merde), ce teenage-movie pur jus réalisé après Slacker (qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, je l'avoue) est bien pâlot... Les Juniors sont bizuttés par les Seniors, scènes aussi stupides et bêtes que dans la réalité (les garçons se font botter les fesses et les filles sont aspergées de ketchup et de farine... elles ont bien aussi une sucette à la bouche et passe au nettoyage auto ensuite mais alors là n'espérer rien... nan rien), et on suit divers personnage durant cette journée de fin d'école, mais oui mais oui,, qui se termine par une grande fête arrosée de bière... Le bon ptit gars qui fume des pétards et qui veut po signer la feuille où il s'engage à ne plus fumer ou boire pour faire du football américain (on s'en branle grave), le petit Junior -tête à claque- qui se tape sa première Senior (en plus sur le cul, po une pointe de sein, on a droit à des baisers très superficiels), le méchant qui tape les ptites n'enfants avec une batte qui se sera puni avec un seau de peinture sur la tête (mort de rire putain...)... Génération rebelle (c'est censé se passer à la fin des années 70), mes couilles oui!!!! (tiens, pourquoi je suis autant vulgaire ce soir, le film est trop propret sur lui peut-être)... Alors on croise dans leurs plus ou moins premiers rôle Ben Affleck (déjà mauvais), Milla Jovovich (déjà allumeuse), Parker Posey (mummmmm) et Matthew McConaughey moustachu... La BO se veut super musclée et en dehors de Hurricane de Dylan, rien ne m'a fait tilter...

Bizarre carrière que celle de celle de ce Linklater qui avait 2 films à Cannes cette année et dont tout le monde parlait avant et personne après... Po bon signe...

Posté par Shangols à 14:18 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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