08 décembre 2009

Norway of Life (Den Brysomme Mannen) de Jens Lien - 2007

vlcsnap_2009_12_07_21h05m43s33Dans le monde au QI négatif du cinéma fantastique d'aujourd'hui, tomber sur une chose comme Norway of Life est assez rare pour ne pas bouder son plaisir. Voilà un film intrigant et assez barré sous ses dehors de blues à la Jarmusch, qui remporte carrément le morceau par son ton très personnel et sa façon de ne jamais lâcher le morceau. Etrange, décalé, sûrement plus mystérieux que réellement profond, le film endosse sans complexe une foule de lectures possibles dont aucune ne sera choisie au final par Jens Lien : on restera dans un onirisme quasi-surréaliste, dans l'école kafkaienne, dans la symbolique "ouverte" plus que dans l'allégorie lisible, et c'est tant mieux.

Un gars se suicide, c'est la première scène excellente de la chose : un couple qui s'embrasse goulûment dans un couloir de métro, c'est trop pour notre bonhomme qui se jette dans les rails. Générique, et on retrouve notre bougre dans une sorte d'anti-chambre de l'enfer (appelons ça le purgatoire, mais on peut aussi se demander si le gusse n'est pas déjà au Paradis ? ou en Enfer, c'est encore plus18832773_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20070907_083544 probable...) : la Norvège d'aujourd'hui, ses villes propres sillonées par des voitures-balais, sa déco Ikéa lisse, ses sentiments ouatés et son bonheur sous cellophane. Lien dessine une société climatisée absolument infernale, et excelle franchement, dans son utilisation des sons, des focales, des rythmes, pour rendre palpable l'horreur du politiquement correct. Il y a quelque chose de kubrickien dans ces cadres mathématiques, légèrement trop longs pour être honnêtes, lors des simples dialogues ou dans des descriptions a priori innocentes d'une entreprise lambda. On ne sait trop si le personnage est mort, ou si on assiste à un flash-back ; mais on comprend que pré ou post-mortem, l'univers est une terreur concentrationnaire d'où il est impossible de s'enfuir. Notre bougre retentera son suicide sous le métro, lors d'une séquence cartoonesque impayable ; mais il se prendra des dizaines de rames dans la gueule sans arriver à mourir, se transformant en zombie sanglant au milieu des autres zombies aryens de la ville.

18832850_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20070907_083548Lien regarde le monde avec bien peu de tendresse, et on ne peut que lui donner raison. Il le fait avec esprit et un léger ton punk qui fait du bien (les éléments "crasseux" qui font leur apparition comme des chevaux sur la soupe, vomis, tripes, sang). Il ne tient malheureusement pas ses promesses jusqu'au bout, tombant à mi-parcours dans une nostalgie légèrement rance (ah ! retrouver le goût du chocolat chaud et des vrais sentiments) ou faisant dévier sa trame vers une naïveté poétique déjà vue (un trou dans un mur livrant le passage vers la "vraie vie", sous forme d'odeurs agréables et de musique classique). Mais il faut reconnaître qu'avant ça, le film a le mérite d'effrayer sans effet, et de se tenir vaille que vaille à ses choix esthétiques ardus. Le film se termine sur un questionnement, respects. On a l'impression d'avoir fait un trip infernal au coeur de la société mondialisée dans ce qu'elle a de plus repoussant.

Posté par Shangols à 13:18 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1