30 avril 2012

Le Démon des Armes (Gun Crazy) (1950) de Joseph H. Lewis

"You got into a racket like this to get something at the point of a gun, you have to be ready to kill before you start a job. (...) We go together Laurie. I don't know why. Maybe like guns and ammunition go together."

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Toujours un plaisir de revoir Gun Crazy avec la petite bombe Peggy Cummins (Annie) et la face jovial du juvénile et rare John Dall (Barton) (The Rope, The Man who cheated himself). Bien sûr difficile de ne pas penser au plus tardif Bonnie and Clyde même si la violence est beaucoup moins au rendez-vous dans cette primitive virée d'amants hors-la-loi. Pas grand chose à jeter sinon dans ce magnifique noir de Lewis, de la séquence d'ouverture (ce vol de l'arme du jeune Barton sous une pluie torrentielle, arme qui échoue, après une glissade, aux pieds du shérif : un plaisir coupable vite puni), en passant par l'enfance de Barton (la mort d'un poussin qui l'a à jamais dissuadé de ne pas se servir d'une arme pour tuer) et ces multiples hold-up aux côtés d'Annie, jusqu'à cette incontournable finale dans une brume qui respire la mort... Dès qu'on voie la tête que tire Dall quand il croise le regard d'Annie (alors simple petite attraction dans une foire), on sent qu'il est prêt à la suivre n'importe où, à faire n'importe quoi pour elle. On sent rapidement que la chtite le mène par le bout du nez et lui force la main en l'entraînant dans un premier braquage ; la belle idée, c'est que plus le récit avance, plus cela renforce leur complicité et leur amour (la séquence où ils se montrent incapable de se séparer après un gros coup) : une véritable "fuite en avant" amoureuse... Nombreuses sont les scènes les montrant côte-à-côte dans une voiture, changeant d'aspect au fil des étapes et des hold-up pour ne pas se faire démasquer ; le surplace semble impossible aux deux amants, en particulier à Annie : c'est elle le véritable moteur du couple, elle qui pousse Barton a toujours aller "plus loin" dans l'illégalité ; Barton semble finalement n'aspirer qu'à se poser avec elle (son envie de vivre dans un ranch au Mexique...) mais on sent bien dès le départ que tout stop dans leur collaboration criminel sonnera comme un arrêt de mort. Ils sont destinés à foncer ensemble (la scène sur la montagne russe, comme un écho aux scènes dans la voiture), à aller de plus en plus vite, la passion des armes et la vitesse enivrent leur amour (lyrisme, ouais...).

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Un film qui va à fond mais dont la forme est également loin d'être dégueulasse, mes petits amours : Lewis se plaît notamment à faire de subtils travelling avant pour aller au plus proche des personnages, capter un détail (l'oreille de Barton qui entend la sentence...), comme pour "simuler" de brusques accélérations dans le récit, forcément toujours "en avant". L'une des plus belles séquences est peut-être celle où l'on filme les deux personnages à l'avant de la voiture par derrière : il va s'agir pour eux de réaliser leur plus gros coup (braquer une banque), ils n'ont pour l'instant réalisé que de petits braquages de caissiers ; Barton pénètre dans la banque (hold-up en hors-champ) et Annie sort de la voiture pour aller capter l'attention d'un flic dont l'arrivée n'était pas prévu ; Barton sort de la banque, Annie assomme le flic, ils remontent dans la voiture et le plan reprend avec nos deux compères filmés de dos ; ce braquage va comme sceller une bonne fois pour toute leur "association criminelle" et leur amour (ils se savent inséparables, pour le crime et le meilleur) : ils seront par la suite toujours filmés de face, comme si dorénavant tout était dit, était clair, comme s'il s'agissait de ne plus se cacher la face. Le dernier gros coup est forcément le plus élaboré mais aussi le plus dangereux (cette scène de poursuite dans cette salle où sont pendus à des crochets des carcasses de bœuf : ça sent le sapin...) : ils parviennent malgré tout à s'en sortir, Laurie laissant deux cadavres en route ; le numéro des billets va malheureusement les trahir et ils vont à nouveau se retrouver sans le sous sur la route ; Dall rentre la queue entre les jambes chez sa sœur, ses deux potes (journaliste et shérif) viennent le supplier une dernière fois de se rendre mais Dall sait depuis longtemps quel destin l'attend : il ne peut vivre sans Laurie, il ne peut que mourir avec... Dernière chasse à l'homme dans les marécages avec nos deux lièvres qui continuent d'avancer coûte que coûte pour retarder l'arrestation... La brume se lève, pour dissimuler une ultime fois leur fuite ou pour leur servir de linceul ? L’œuvre la plus aboutie de Lewis même si The Big Combo, réalisé cinq ans plus tard, est également une vraie perle en son genre. Crazy of Peggy itou...

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03 décembre 2011

La Dame sans Passeport (A Lady without Passport) (1950) de Joseph H. Lewis

"- This girl could sell me cigarettes and I don't smoke... (said a young boy)
- I smoke... (answered an much older guy amazed by THE Hedy)"

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La présence d'Hedy Lamarr, une vision gentiment carte postale de Cuba (eh oui, quand les policiers cubains et américains coopéraient...), un final avec un duel couillu dans les Everglades noyés dans le brouillard - qui a dû faire chaud au coeur de Nicholas Ray -, c'est toujours mieux que rien... mais c'est vrai que cela ne suffit pas pour faire un grand film. Il est clair qu'au niveau du système de contrôle de l'Immigration, les Américains montrent qu'ils sont ultra rôdés (eh ouais, sur mer, sur terre et mêmes dans les airs, ils sont partout trop forts)... On a d'ailleurs un peu peur comme le film passe po mal de temps à nous montrer tous les rouages du truc, que cela tourne un peu à la démonstration de force : amis étrangers, sans visa en bonne et dûe forme, no way ! On était même à deux doigts de conseiller ce film à Claude Guéant, grand lecteur de ce blog comme cadeau d'anniversaire... jusqu'au final, où heureusement, il y a une ultime petite lueur d'humanité (que le Claude ne pourrait pas comprendre, dommage) : l'amour est sans frontière, mais ouais.

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Pas facile le taff d'un John Hodiak, inspecteur à l'Immigration, qui a la suite d'un meurtre obscur (ça sent l'immigré illégal) doit 1) se rendrelady without a passport à Cuba 2) prendre un accent hongrois pour tenter d'infiltrer le réseau 3) draguer Hedy Lamarr pour les besoins de l'enquête (pour le 1) et 3) je suis preneur. Je peux sinon prendre l'accent français). John Hodiak montre tous ses talents linguistiques et son sourire ultra-bright pour se faire passer pour un demandeur d'asile. Mais il a beau être terriblement futé, le gars Palinov, chef de réseau, a le réflexe de le faire suivre et ne tarde pas à découvrir sa couverture... Ça lui apprendra à notre John à un peu trop se faire tourner la tête par les gonzesses, qu'il s'agisse des danseuses locales ou de l'Hedy auprès duquel il joue les chevaliers servants... Il ne va po lâcher le morceau pour autant, sachant que le Palinov, amoureux (comme l'ensemble de la distribution masculine) de l'Hedy - d'origine viennoise comme chacun le sait -, veut faire passer celle-ci aux States. C'est sa dernière piste : encore faudrait-il qu'il n'en tombe point raide dingue et finisse par oublier son job...

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Les ficelles de l'enquête sont un peu grosses et le John, qui devrait y passer au moins à deux occasions, passe miraculeusement au travers du filet... Po ultra crédible tout ça... Même si Lewis tente ensuite de nous montrer toutes les subtilités dont savent faire preuve les inspecteurs de l'Immigration (on rentre presque dans le docu à la gloire de ces fins limiers), on ne demeure guère passionné par tout ce barnum mis en place pour capter un zig. Heureusement, la dernière partie dans ces marais "mia(s)miesques" où le danger vient de partout - les serpents qui rôdent, les crocodiles qui croquent, les marcassins aveugles - ajoute enfin un peu de sel à ce plat cubain peu relevé. John Hodiak, alone, part aux trousses non seulement du chef de réseau mais également de sa douce Hedy auquel il tient plus que son vulgaire badge de flic... Un brouillard à couper à la tronçonneuse et une scène finale sur un dock digne d'un western (tout cela pour/sous les beaux yeux d'Hedy). C'est toujours un bon point à prendre, comme dirait n'importe quel entraîneur de football à la fin d'un match nul joué à l'extérieur, mais cela ne suffit point pour rendre le match, le film, inoubliable.  

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02 novembre 2011

Le Maître du Gang (The Undercover Man) (1949) de Joseph H. Lewis

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Pas facile de coincer de gros bonnets de la mafia ricaine quand le moindre témoin se voit menacé - ainsi que sa famille - sur sept générations ou que le moindre petit malin, au sein du gang, qui voudrait collaborer avec la police se voit dessoudé dans la foulée. C'est pourtant la mission de l'intègre Glenn Ford qui bosse comme agent du Trésor et qui a pour mission de prouver que "The Big Fellow", chef mafieux, truande le Fisc : une fois sa femme mise au vert (Nina Foch, la blonde fidèle), Glenn va remuer ciel et terre pour mettre la main sur les bookkeepers de ce Syndicat du Crime. La tâche est des plus ardues car, à peine ceux-ci sont-ils arrêtés, que l'avocat du Syndicat - le ventripotent et hilare Barry Kelley - se pointe pour les relâcher... Quant à ceux qui sont prêts à retourner leur veste, ils tombent comme des mouches, les uns après les autres. Glenn, lui-même, sent peser une menace sur sa petite famille et se retrouve à deux doigts de lâcher l'affaire... Mais bon Diou la partie est loin d'être finie.

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Si la plupart des informateurs de la police sont descendus par les criminels en pleine rue - trépidante course poursuite de ce Rocco, notamment, qui se fait abattre dans le dos, au milieu la foule -, il faut voir la peur sur le visage des témoins pour comprendre à quel point ce Big Fellow règne sur la ville. "On vient de tuer le type sous tes yeux, tu as vu forcément l'assassin !!! Bah, j'ai éternué à ce moment-là et j'ai dû fermer les yeux... désolé." Glenn Ford, après avoir perdu deux gaziers assassinés et s'être fait lui-même proprement tabasser, se demande si tout cela vaut bien la peine : ciel, il est jeune, il a une femme nickel et il commence à se rêver en fermier. Il faudra une vieille Italienne, qui a apporté pour l'occase l'un des livres de compte de son fils, le Rocco, pour le remotiver ; elle a fui l'Italie parce que son propre mari s'est fait descendre par la mafia et elle est venue aux States pasqu'ici c'est un pays libre où règnent la Justice et le plein emploi... - ah ouais, bien joué de la part de l'agent de voyage... Bref, son petit laïus permet au Glenn de prendre conscience de ses responsabilités et de le décider à aller jusqu'au bout de son enquête. A ses risques et péril.

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Lewis nous immerge dans ce petit monde des agents fédéraux qui passent un temps infini dans leur bureau en décortiquant des dossiers et des livres de compte tout en nous plongeant de temps en temps dans les quartiers populaires habités apparemment en grande majorité par de vrais Corses ;  Glenn préférerait cent fois se la couler douce auprès de sa belle, et le cinéaste n'est jamais le dernier pour insuffler une chtite part de sensualité dans cette enquête de fond : il y a ainsi le couple Ford / Foch qui se bécotent entre deux missions, le gars Rocco qui se planque chez sa poule - l'incontournable meneuse de revue - qu'il embrasse à l'envi ou encore ce petit jeune qui a quitté le gang pour se faire la malle au bord de la mer avec sa pulpeuse compagne. Cela apporte un peu de "chair" à ce film où les mafieux glissent entre les mains de la Loi et où leur chef reste invisible. Lewis nous gratifie tout de même vers la fin d'une petite séquence d'action ultra tendue (la discute en dehors de la ville entre Glenn et l'avocat véreux de la Mafia qui tente de trouver, pour sa gueule, une porte de sortie : seulement les hommes de main veillent et sont loin d'être des jambons...) et nous montre à quel point ces héros de l'ombre - les fameux T-Men, eh oui monsieur - doivent faire preuve de pugnacité et de foi pour mener à bien leur mission. Belle prestance du Glenn Ford, comme à son habitude (on sent qu'il est toujours difficile de le faire tenir dans le cadre, vu sa taille...), dans ce "film noir d'enquête" classique et sobre.

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17 juin 2011

So dark the Night (1946) de Joseph H. Lewis

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Ah ben oui, on ne peut pas toujours tomber sur de petits chefs-d’œuvre inconnus quand on décide de se pencher sur de "sombres" œuvres estampillées "films noirs". Je n'irais pas jusqu'à dire que So dark the Night est une bouse, mais en tout cas même le terme de simple "série B" serait par trop laudateur... Bon déjà, l'intrigue se passe à Paris puis dans un petit village (Sainte Margot...) et tous les acteurs ont décidé de parler anglais avec a terrrrribeule Frrrrrench accent. C'est drôle les cinq premières minutes (pas besoin de sous-titres, clair), mais cela devient quand même rapidement une horreur d'autant que les acteurs sont solidairement très mauvais (retenez bien ces noms : Steven Geray, Micheline Cheirel, Paul Marion, Eugen Borden... pour les éviter). Steven Geray (ah ah), dans le rôle titre d'Henri Cassin, incarne un inspecteur aussi sexy qu'un croisement entre Jean Richard et Benny Hill, qui va tomber amoureux d'une jeune donzelle de la campagne, Nanette Michaud - notre amie Micheline Cheirel déjà aperçue dans Cornered et qui a eu la bonne idée de ne pas tourner trop de films. Gros problème, c'est que la Nanette est déjà promise au gars Léon (la parfaite gueule de jeune premier au jeu aussi subtil qu'Audrey Tautou) : mais bon Léon c'est un campagnard, alors que le Henri, ben il est célèbre, ben il vient de Paris, ben il a une bagnole rutilante (la première rencontre entre Henri et Nanette avec en insert des gros plans sur des parties de la voiture : d'un ridicule terrible)... ah ben oui, il est plus vieux et po beau mais on ne peut pas tout avoir dans la vie... Lewis enchaîne les scènes en ne nous épargnant aucun des gros clichés franchouillards (les deux bons aubergistes, les parents de Nanette ultra "typical", accueillants, chamailleurs et bons vivants, avec notamment le père qui passe son temps à bouffer, toujours un morceau de pain dans une main et un bout de fromage dans l'autre (mon Dieu !), la petite troupe musicale avec un type à l'accordéon, les scènes champêtres d'un cucul terrible avec nos amoureux qui se retrouvent au bord d'une mare aux canards...).

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A la moitié du film (heureusement très court), on se demande toujours où Lewis veut en venir... Ah quand même, enfin du meurtre, avec Nanette et Léon qui sont retrouvés morts... Voilà du travail pour notre inspecteur fort marri. L'enquête s'avère super dure à résoudre, heureusement que le meurtrier a laissé bêtement une grosse trace de pas dans la boue et continue d'écrire des mots anonymes... Mais même après un troisième cadavre (Mme Michaud, le père est à l'agonie) Henri Cassin patine dans son enquête ; il n'a en fait des soupçons que sur une personne : lui-même !!! (je ne vous donne pas la clé mais cela me démange, un indice pour les plus assidus : Bewitched...). C'est en fait pathétique jusqu'au bout, à l'image de ce pauvre bossu que l'on croise dans le film : on a mis sous le manteau du gars un véritable coffre-fort pour faire genre, ben, une bosse et on se dit franchement que c'est la pire torture qu'on ait jamais vue infligée à un "comédien", par ailleurs affreux mais ce n'est pas non plus une raison (je cite son nom quand même pour l'anecdote : Brother Theodore (!), un type d'origine allemande qui, apparemment, n'a fait que du lourd...). Oui bon voilà, c'est raté, seul le titre, qui n'a pas vraiment de rapport avec l'histoire d'ailleurs, méritant d'être sauvé... Toute petite pioche...

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10 juin 2011

My Name Is Julia Ross (1945) de Joseph H. Lewis

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On est certes pas au niveau de The big Combo, mais Lewis montre qu'avec deux francs six sous et sans aucune star, il peut réussir un bon ptit film noir. Le scénar part comme un Franju avec cette femme, Julia Ross, tout jouasse de trouver enfin un taff et qui va se retrouver kidnappée dans un manoir anglais. Le fils d'une bonne famille a un peu déconné avec sa précédente femme (a cassé la dame) et cherche à faire passer la Julia pour son épouse : il suffira de faire passer la mort de Julia pour un suicide et hop, plus de problèmes... Le hic c'est que la Julia voit venir le coup fourré de loin et va tout faire pour s'échapper de ce manoir-prison (il y a de la grille et du barreau, pas facile), alerter la populace du village alentour (mais comme on a passé le mot qu'elle était "dérangée", personne ne fait vraiment attention à ses délires) ou un petit copain resté à Londres en tentant de lui envoyer (en feintant grave) un courrier... Au début les Hughes (la mère à la poigne de fer et le fils qui a franchement un grain (tu lui files un couteau, faut qu'il découpe tout ce qui lui tombe sous la main : son ex, un vêtement, un canapé - pas un type de confiance, non, et pas non plus un très bon acteur malheureusement... Dommage parce qu'il avait deux trois situations assez fendardes - l'assassinat du canapé, franchement, beaucoup aimé) tente de rendre folle notre jeune et jolie Julia (genre la nuit, il font passer des ombres sur son lit : ouh la grosse main en ombre chinoise ; ou il l'appelle Mrs Marion Hugues, histoire de lui foutre le doute)... Me prenez pas non plus pour un jambon, qu'elle rétorque, notre héroïne, : ok, vous avez réussi à m'attirer dans le plan le plus foireux de la terre et vous voulez me tuer, bravo, mais je sais que je m'appelle Julia Ross quand même ; franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Bon, ça c'est réglé, mais comment s'échapper, là est le vrai problème...

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Julia est finaude et croit sentir les bons coups : jet de pierre avec message à travers les grilles de la demeure, dissimulation dans une voiture de visiteurs, fausse tentative de suicide... Elle est maline mais les Hughes veillent. Ces derniers sont également plutôt chafouins pour inventer des moyens pour supprimer leur hôte (le coup de la marche enlevée dans l'escalier en pleine nuit est quand même vachement traître). On voit bien que derrière les petits sourires de façade de nos personnages très british, chacun passe son temps à réfléchir au sale coup qu'il va pouvoir jouer à l'autre... C'est un peu limité comme histoire mais sur une heure, Lewis parvient à nous tenir malgré tout gentiment en haleine. Le coup de théâtre final sent un peu la grosse ficelle (je ris par exemple encore du tout dernier plan avec le baiser sans doute le plus dangereux de toute l'histoire du cinéma...), mais reconnaissons que cette petite série B sans prétention divertit tranquillement son homme.

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Noir c'est noir, c'est

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17 mai 2011

Association criminelle (The Big Combo) (1955) de Joseph H. Lewis

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Voilà un film qui tient presque plus de l’œuvre au noir que du film noir... Po vraiment de place pour un coin de ciel dans la photo magnifique de l'incontournable John Alton (au mieux, de la brumasse) à tel point que même les fondus (au noir) ont parfois du mal à être perceptibles... Grande classe que cet affrontement entre Cornel Wilde, en flic droit dans ses bottes et jusqu’au-boutiste (Mr Diamond, ça ne s'invente pas, aussi brut), et cette enflure de Richard Conte (Mr Brown, bis : le seul gars qui ose te mettre une baffe à un boxeur et se plaint quand ce dernier ne lui rend point : tu n'as pas la haine en toi, t'es qu'un loser, va te trouver un autre manager), toujours parfait en chef des truands, un affrontement émaillé d'éclats de violence (de la torture imaginative à la Jack Bauer aux massacres à la mitraillette ou à la bonne vieille bombe artisanale - et un duo de tueurs, Fante (Lee van Cleef) et Mingo (Earl Holliman), qui vaut son pesant de cacahuètes). Lewis n'en oublie point pour autant les éternelles femmes fatales - guère à la fête vu ce qu'elles subissent - de la blonde, bien sûr, (classieuse et touchante Jean Wallace as Susan), de la brune, forcément, (Helene Stanton as Rita, toute en jambes) et de la sacrifiée - l'ex de Brown (Helen Walker) traumatisée à vie par son homme. Comme la musique jazzy pêchue de David Raskin est là dans les moments chauds, il y a tout pour faire de The big Combo une des vraies références du genre, le final casablanquesque sur un tarmac embrumé apportant qui plus est la petite touche fatale...

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Cela fait des plombes que Diamond dépense l'argent du contribuable pour coincer ce big boss de la pègre mais rien ne peut l'ébranler dans cette quête. Il ne cache point une certaine faiblesse pour la régulière de ce Brown et la sauver de cet enfer dont elle ne peut s'extraire apparaît comme la chtite motivation supplémentaire pour le faire tomber. Le gros problème, c'est : comment coincer ce filou qui fait toutes ses transactions en cash et se dépatouille pour toujours avoir des hommes de main pour faire le sale boulot ? Au bout de six mois d'enquête, la piste est maigre, seuls deux noms mystérieux ("Alicia" et "Bettini") lâchés par Susan et Brown semblant pouvoir aiguiller la quête de Diamond. Une première partie en forme de jeux de piste, donc, qui va mener Diamond sur les traces de l'ex femme de Brown via un vieux rital parano rangé des voitures et un Suédois rangé dans son magasin d'antiquités.

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Plus notre lieutenant fourre son nez dans les affaires du truand, plus il est appelé à subir : c'est d'abord lui qui morfle lors d'une séance de torture "raffinée" orchestrée par ce bourreau de Brown (tu prends le sonotone de Jaques Chirac, tu le coinces dans l'oreille de ton ennemi et tu fais péter un solo de batterie de Jeff Porcaro - normalement, tu as le cerveau qui se barre en courant par l'autre oreille) puis sa chtite copine, la Rita, qui l'accompagne parfois la nuit pour lui faire oublier sa Belle de jour : elle se prend à sa place une méga rafale de mitraillette dans le buffet alors qu'elle l'attendait dans ses appartements. Mais Diamond est taillé dans un roc et rien ne peut lui faire démordre de sa mission... Plus le piège se referme sur Brown, plus ce dernier devient nerveux : certains se contenteraient de fumer une clope, lui son truc c'est de dézinguer toutes personnes dans son entourage qui pourrait le trahir. Et ça charcle.

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Lewis montre qu'il n'est pas un manchot pour te fagoter une chtite scène d'anthologie dans le genre, pour preuve l'exécution "muette" de l'associé de Brown à qui il vient justement d'enlever le sonotone : quelques éclairs de feu à bout de mitraillette dans la nuit, le tout en silence, on applaudit les bras ballants - ce qui reste certes une gageure en soi. Le film se déroule dans une atmosphère à l'encre de Chine, une encre qui tend de plus en plus à s'étendre à chaque recoin de l'image. Fante et Mingo partent à leur tour en fumée et il ne reste plus sur "la scène du Crime" que ce Brown qui tente une ultime échappée belle avec une Susan affolée. C'est cette dernière qui donnera un fatal coup de projecteur - joli, le coup du spotlight - sur un Comte fait comme un rat (on pourrait y voir un jeu de mot, oui) avant que Diamond, vengeur de l'ombre, le lasérise de son gun. Une fin d'une sobriété époustouflante avec ces deux silhouettes déshumanisées (a joué et perdu gros, tout du long, notre couple phare) qui s'évanouissent dans la brume. Lewis fait son entrée dans les colonnes de Shangols (je n'avais vu de lui auparavant que l'excellent Gun Crazy) on ne devrait point tarder à le recroiser dans ces pages, même si cette œuvre semble bien être son summum.

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Noir c'est noir, c'est toujours

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