La Loi des Bagnards (Convicted) (1950) de Henry Levin
"How do i know what's right ? You've taken away everything I got : you've taken away my freedom, my citizenship. The only you've left me is a certain sense of loyalty to those guy down there [in prison] I 've had to live with. And now you want that too !?"
Glenn Ford vous a toujours fait penser à un setter irlandais sous la pluie au regard mouillé ? Eh bien il ne devrait pas vous décevoir dans ce film où les malheurs s'accumulent sur sa pauvre tronche. Le grand Glenn ne pensait pourtant point à mal alors qu'il dansait avec une "dame" à la cuisse légère dans une boîte ; seulement voilà, un "habitué" a traité la dite-dame de noms d'oiseau et le poing du Glenn est parti comme un réflexe - simple rixe du samedi soir... ? Ben po vraiment : et d'une pasque le gars, bien assommé sur le coup, va clamser, de deux parce qu'il s'agit du fils d'un ponte politique. Comme le Glenn est défendu comme un gland par un avocat trop tendre, le voilà qui se chope cinq ans de prison (picoler ou se battre, il faut choisir, toujours dit...). On peut comprendre qu'il soit vénère d'autant qu'il a déjà passé 4 ans de sa jeune vie à l'armée... C'est ce qu'on appelle un destin noir...
Avant d'avoir une chance d'être libéré sous parole, le Glenn va en suer sa mère... Il tente tant bien que mal de ne pas trop se faire remarquer mais lorsqu'il apprend que son père, déjà malade, vient de mourir, il craque et bastonne un gardien arrivé au mauvais moment... Ça sent clairement le roussi pour notre héros confiné en cellule d'isolement mais l'arrivée, en tant que directeur de la prison, du couillu Broderick Crawford pourrait être sa planche de salut : cet ancien procureur a une certaine "tendresse" envers le gazier dont il connaît le parcours "malchanceux" ; la fille de Broderick, Dorothy Malone, a également un faible pour ce setter abandonné dans sa cage. Le Crawford va l'employer en tant que chauffeur et le Glenn de retrouver un certain goût de vivre et un espoir au contact de la caressante Dorothy... Seulement voilà, un meurtre est commis au sein même de la prison : Glenn connaît le meurtrier mais refuse de coopérer avec Crawford... Ben ouais, qu'est-ce qu'il lui reste, putain, à part sa loyauté envers ses compagnons d'infortune ?
Sympathique "duel" d'acteur entre un Crawford léonin qui fait montre de son autorité (il te calme une foule de bagnard en colère en deux clins d’œil) et de sa capacité à faire preuve d'empathie envers les prisonniers (il fait quand même moins le malin quand il apprend que son barbier perso purge une peine à vie pour avoir égorgé un type), et un Ford qui traîne sa chienne de vie comme un boulet ; le destin du pauvre Glenn semble indéniablement partir en peau de chagrin et même si les Knowland (!) père et fille lui permettent d'avoir un petit sursaut d'optimisme, il ne tarde pas à se retrouver au fond du trou - payant pour ainsi dire le prix de sa fidélité envers ses "proches"... Le Glenn finira-t-il par se faire adopter ? Va-t-on, malgré la noirceur dans l'ensemble du bazar, vers un happy end digne d'un épisode des Télétubbies ? Hum, hum, le suspense reste entier dans ce - petit - film noir qui vaut surtout par la présence de ces deux gueules du cinéma ricain... Un "film de prison" moyen, quoi, sans séquences résolument fracassantes même si cela s'agite un poil sur la fin - un faible échange de coups de feu finalement vite réglé... Po tout fait convictu, c'est ça.
Night Editor (1946) d'Henry Levin
Je parlais hier dans ces colonnes de "pic à glace" à propos de Blonde Ice, et, coïncidence magique du cinéma (ou alors faut m'expliquer), en voilà justement un qui surgit dans Night Editor... Si Leslie Brooks était une femme pleine de sang froid, l'héroïne de ce noir de Levin, Janis Carter, se révèle être la parfaite vamp(ire) avide de sang chaud. Lorsqu'on découvre une première fois ses petites canines subtilement éclairées, on se doute que celle-ci est une véritable croqueuse d'homme : lorsqu'on la voit bouche ouverte, après un baiser ou pendue au cou de son amant, il ne fait plus aucun doute sur le fait que celle-ci est avant tout assoiffée de sang... On ne s'étonnera point à partir de là qu'elle finisse par craquer pour un meurtrier ni qu'elle soit pressée d'utiliser ce croquignolet pic à glace qu'elle tient négligemment entre les mains - Sharon Stone peut aller se rhabiller... Night Editor s'impose véritablement comme un bon petit noir très sanguin.
On suit au départ un type, Johnny (noir c'est noir) errant dans la ville et picolant encore au petit matin. On devine que le type en a gros sur la conscience et on ne tarde point à comprendre qu'après ce qui a tout l'air d'être une infidélité, il a honte de regagner son foyer. Un de ses vieux potes, voyant son désœuvrement, va se faire le devoir de lui conter une petite histoire pour tenter de le remettre dans le droit chemin... Long flash-back messieurs-dames : on fait la connaissance d'un certain Tony Cochrane (William Gargan), marié, un gamin, flic, qui passe depuis un certain temps toutes ses nuits dans les bras de la sulfureuse Janis. Il en est po vraiment fier, mais semble définitivement accro à cette blonde passionnée, chaque tentative de séparation se concluant par un baiser langoureux.. Alors qu'ils sont dans une voiture sur une plage déserte, ils vont assister à un meurtre sauvage : Tony surprend le visage du meurtrier dans ses phares, est tenté d'intervenir arme au poing puis se ravise... Il se rend compte qu'il lui sera bien difficile d'expliquer sa présence en cet endroit avec une telle créature : ça sent le scandale à plein nez. Ironie des choses, il se voit confier l'enquête sur cet assassinat, et pour ajouter du sel à la chose, la victime n'est autre qu'une relation de son amante. Gros gros cas de conscience, et ce d'autant qu'un homme est arrêté (pas le vrai coupable, forcément) et se retrouve rapidement condamné à la peine capitale... Sa vie privée et son job sont en jeu, sera-t-il capable de tout sacrifier pour sauver la vie d'un homme ? On assiste à un joli petit ballet dans les relations entre Tony et la gâte Janis, cette dernière n'ayant cesse de souffler le chaud et le froid pour tenir dans ses rets cet amant totalement perdu. Intimidation, trahison, tout y passe pour faire perdre pied à notre pataud Tony. Celui tente désespérément de faire éclater la vérité mais face à cette adversaire qui le vampirise littéralement, il risque bien de finir en véritable mort-vivant... Bien jolie petite métaphore filée filmique avec un ultime twist en forme de rédemption pour ne pas dire de "résurrection"... Un scénario parfaitement huilé et un nouveau portrait de femme fatale qui fait froid... dans le dos. Savoureux.









