20 mars 2011

Do the Right Thing de Spike Lee - 1989

dotheright1Aux temps où Spike Lee était considéré comme un cinéaste plein de promesses (réputation qui a duré environ 2 films), il fut l'auteur de ce très joli film qui n'a pas pris une ride avec le temps. Do the Right Thing est une sorte de profession de foi assumée de la culture noire, un état des lieux définitif de la génération post-Luther King aux temps de la consommation, du rap et des émeutes raciales. Que Lee en fasse à la fois une comédie vitaminée, un drame trouble et sentimental, un essai politique, un clip et un moment de poésie force le respect. Jamais le cinéaste ne retrouvera cette grâce-là, mais il la tient fermement durant ces deux heures, maniant avec finesse tempo, dialogues, acteurs et trame vers une tension toujours plus grande.

C'est ce qu'on appelle un film choral, avec ce que ça contient de vautrage possible. C'est la principale qualité du film : réussir à nous intéresser à une bonne quinzaine de personnages, leur donner à tous une importance dans le dessein général, les dessiner tous avec de jolis détails. Certes, les clichés sont là, entre le gars traînant son ghetto-blaster hurlant dans toute la cité et le Coréen vénal, entre l'Italo-do_the_right_thing_1989_referenceAméricain pizzaïolo fan de Sinatra et le jeune Black obsédé par ses baskets neuves. Mais justement : c'est à partir des clichés que le film fonctionne, Lee prenant bien soin de définir chaque petite communauté pour mieux en pointer les dissensions et les points communs. A travers ces différences, à travers même les insultes que chacun se balance à longueur de film, c'est le portrait d'une micro-société qui finalement tient debout qu'on nous donne à voir. Tous ont une grande gueule, tous passent leur temps à redéfinir soigneusement ses frontières et ses territoires, mais au final, on voit vivre un quartier complet, et on le voit vivre plutôt sainement. Les scènes d'affrontement (grande idée que ces cadres frontaux où chaque représentant de sa communauté enfile les insultes comme des perles) ont toujours une scène d'apaisement en contre-point. Les plus belles scènes sont d'ailleurs celles où les dissensions se résolvent dans le rire : le vieux beau dont on inonde la décapotable, la discussion musclée pour virer un Américain blanc pure souche du quartier, les errances humanistes du "Maire" en Messie alcoolisé de l'entente entre les peuples...

do_the_right_thing_500x250Complètement livré aux rythmes du rap et du jazz qu'il fait entendre à longueur de temps (peu de scènes sont privées de musique), Lee livre un film hyper-musical, dans l'énergie, où les mots, les voix, les bruits, et jusqu'au montage sont asservis à ce flow. En chef d'orchestre, Samuel Jackson dirige depuis sa tour de contrôle-studio de radio ce petit monde ; chacun de ses musiciens a sa partition à jouer, avec une importance marquée des accents, de la saveur des mots. Il y a de très belles séquences très enlevées, à commencer par ce générique de début qui vous met tout de suite dans l'ambiance, séquences dont on ressort épuisé devant tant de tchatche et de découpage ; il y en a d'autre qui sont apaisées, presque chaloupées, prenant le temps de mieux définir une sensation, une émotion, et qui redéfinissent en douceur les personnages (John Turturro évolue avec énormément de finesse au fur et à mesure du film, grâce à ces plans qui le regardent doucement).

Quoi qu'il en soit, malgré l'énergie et l'humour du film, la tension monte, et si Lee prend son temps pour arriver au coeur de son sujet, il y arrive quand même : montrer comment cette communauté peut exploser en quelques secondes, tomber dans la violence et la guerre. C'est là que Do the Right Thing se fait politique et ambigu : on ne sait pas trop si Lee (à l'image du trouble personnage qu'il incarne, exactement imagesCAP42FJHà la jonction entre l'apaisement et la violence) prône la révolte noire, l'affirmation dans la violence de son identité, le retour à un certain sectarisme, ce que prouveraient cette déification sans nuance de la culture noire, ces références à Malcolm X et cette joie malsaine qu'il met à filmer la brutalité ; ou si au contraire il regarde ces combats ancestraux avec tristesse,conscients que sous le vernis de l'entente entre les peuples se cache une soif de violence inassouvie. Le dernier plan montre deux discours qui s'opposent, celui de Martin Luther King condamnant toute forme de violence, et celui de Malcolm X qui incite à l'utiliser dans certains cas, plan qui renvoie à l’ambigüité de la position de Spike Lee. Mais finalement, cette ambigüité est plutôt une qualité : on ne nous dit pas comment lire ce film moitié lumineux moitié sombre, moitié optimiste moitié pessimiste, moitié drôle moitié glaçant. Une intelligence d'écriture qui va de paire avec une vraie virtuosité formelle et une équipe de comédiens parfaite : du bonheur, peut-être le seul qu'on devra à Spike Lee (en exagérant un peu).

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28 mars 2009

Nola Darling n'en fait qu'à sa Tête (She's gotta have it) (1986) de Spike Lee

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Peut-être que certains films mériteraient de garder le charme qui les auréolait dans notre souvenir... Mais bon, ne soyons point condescendant, 20 ans après, sur ce premier film du Spike qu'il a réalisé avec des bouts de ficelles. Certes les acteurs péchouillent, les séquences découpées en champs/contre champs sont propres mais montées de façon un peu poussives - les répliques ont souvent un mal fou à s'enchaîner -, les plans face caméra manquent cruellement de rythme et de peps, mais restons du sunny side of the street, il y a quand même quelques bonnes petites choses dans ce first joint.

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Déjà, le personnage de Nola, écartelée entre  trois hommes - sans parler de son amie lesbienne - qu'elle  mène par le bout du nez, mérite un petit salut : elle finit par céder à l'un dans un moment de doute - petite scène masturbatrice un poil osée - avant de reprendre en main son destin et en assumant pleinement sa personnalité. Well done. Si les personnages de Jamie - le gars qui a les pieds sur terre, toujours clean et un peu barbant - et de Greer - le culturiste qui s'admire - manquent radicalement de profondeur, Spike Lee (difficile de croire d'ailleurs, au passage, que Kassovitz ne se soit point fortement inspiré, pour Métisse, à la fois du scénar et de ce caractère, mais ne soyons point mauvaise langue) donne à son personnage de bouffon puéril finalement presque plus de relief; il se garde un peu les meilleures répliques et semble le plus à l'aise pour divertir Nola qui n'aime point trop se prendre la tête; cela ne va pas toujours très loin ou très haut - Spike jouant au super héros avec la culotte de sa douce sur la tête - mais suffisamment pour ne pas faire ricaner toutes les 10 minutes. Il y a aussi quelques jolis plans - ces gros plans sur ce sein ou sur le nombril de Nola subtilement éclairés et sur lesquels se penche goulument le Spike, cette plongée sur le lit alors que Nola batifole sensuellement avec Greer - et même un petit intermède avec des couleurs pétantes et une mignonette scène de danse. Nola Darling garde des allures de petit film plaisant et à la coule qui me laisse finalement assez songeur lorsque je me rend compte qu'en vingt ans, bien de l'eau a coulé sous les ponts, et que je serais po peu fier, malgré tout, d'avoir réalisé cette première oeuvre. Ah mais ma bonne dame, that's life, vivivi.

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13 janvier 2007

When the Levees Broke: A Requiem in Four Acts (2006) de Spike Lee

docs_whenleveesbroke03_282Quatre parties donc composent ce documentaire très complet sur le passage de Katrina sur la Nouvelle-Orléans et la rupture des digues.

Première partie: L'arrivée et le passage de Katrina / 2ème partie: Que branlent les secours pendant 5 jours? Georges W. Bush en vacances et un gouvernement fantôme / 3ème partie: Les "réfugiés" (merci les médias pour cette appelation non-contrôlée) de la Nouvelle Orléans dispatchés connement aux quatre coins des US et un rappel en profondeur de la culture de la Nouvelle-Orléans / 4ème partie: 6 mois après encore des cadavres dans les maisons, un paysage de ruines et les compagnies d'assuraessaynce qui assurent que dalle.

Et dire que parfois on ose se plaindre de sa condition...

Comme le dit une personne interviewée, "notre gouvernement peut intervenir en 2 jours au Sri Lanka mais il met une semaine pour la Nouvelle-Orléans". Des images hallucinantes de détresse (la première et surtout la deuxième partie sont de loin les plus intéressantes) entrecoupées d'interviews de personnalités hautes-en-couleur (sans jeu de mot) qui ont souvent du mal à contenir leurs émotions devant l'incapacité de leur gouvernement (de la construction de la digue (merci le corps d'ingénieurs de l'Armée), à l'organisation des secours, en passant par le je-m'en-foutisme unbelievable de nos amis les conservateurs ricains (Dick Cheauntitledney à la pêche aux mouches, cette salope de Condolezza Rice qui s'achetait des chaussures avant de se faire un chtit théâtre) sans parler de l'absence de volonté réelle de reconstruire ce qui a été laminé. Scènes de fin du monde dans le Superdôme où les gens ont trouvé refuge, passage crevant le coeur de voir ces cadavres qui flottent pendant plusieurs jours et ceux abandonnés au bord de l'autoroute, personnes fondant en larmes sans savoir où ont été envoyés leurs propres enfants après la catastrophe ou en découvrant les miettes de leur maison et pis et pis et pis... Georges W. Bush toujours grandiose, qui restera sans doute le président le plus branleur de l'histoire des Etats-Unis, celui quifema200 n'a jamais pris une quelconque responsabilité quand il s'agissait de se préoccuper de son propre pays et des gens qui y habitent (surtout les moins bien lotis...). Bref, si les intervenants tentent de garder une certaine philosophie malgré le drame ("Après l'ouragan, il faisait pas loin de 40 degrés: si en Afrique il fait la même température, désolé mais personne ne me forcera à me renvoyer là-bas"), il faut bien avouer que souvent les bras nous en tombent de voir un tel niveau d'incompétence dans un pays qui se dit le plus riche du monde. Spike Lee signe un documentaire qui donne la parole aux gens d'en-bas, et si quelques-uns ne peuvent s'empêcher de lancer de violentes diatribes contre leur gouvernement on se dit que c'est bien le minimum. Et dire que j'avais postulé pour aller là-bas il y a deux ans, brrr. A voir pour garder la tête froide.

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19 décembre 2006

Jungle Fever de Spike Lee - 1991

Jungle Fever est un navet. Je suis désolé de le dire, puisque je gardais un très bon souvenir de ce film depuis ma première vision de l'époque. Mais 15 ans plus tard, honnêtement, que reste-t-il de ce film, à part des tics infâmemement crâneurs, une distribution qui part en vrille, une musique montée en dépit du bon sens (je crois définitivement que Stevie Wonder est sourd, aussi), et un sujet plombé à mort ?

Lee hésite entre deux scénarios, en gros, les deux étant aussi nazes l'un quejungle_fever l'autre : d'un côté, les amours réprouvées par la morale entre une Italienne blanche et un Afro-Américain. Là, c'est le film de gauche bien-pensant, qui véhicule comme message hyper-courageux : "Mais enfin, on devrait tous s'aimer quelle que soit notre couleur de peau, nan?". Miss France est Prix Nobel à côté. Sur une musique sirupeuse, Lee accumule les clichés moraux (la communauté italienne raciste et machiste, la communauté noire sclérosée et intégriste) et esthétiques (la scène de sexe pleine de passion (bouaarff excusez mon bâillement), la complicité énamourée, la difficulté à assumer ses choix sexuels dans une société pleine d'a priori blablabla. Bien sûr qu'il a raison, le brave Spike, on est d'accord. Mais les brêves de comptoir sont plus rigolotes chez Gourio. De plus, et ça m'a toujours agacé chez le gars, Spike Lee n'oublie pas de bien enfoncer le clou de son discours limite (cf Malcolm X) sur les communautés. La fin de son film, très ambigüe, laisse sonné. L'histoire d'amour entre Blanche et Noir doit-elle se terminer (morale sauve, chacun dans son camp) ou ne peut-elle que se terminer (dans ce cas, constat lucide et sec d'un état de fait). A ne pas vouloir trancher clairement, on peut se demander si Lee ne joue pas lui aussi au raciste du dimanche soir.

De l'autre côté, on suit la descente aux Enfers du frère du héros (Samuel L.Jackson, survolté et très35186 marrant) dans la drogue ("berk, caca", dit Lee, quel courage). Là, on touche au grotesque, avec la môman qui crie "nooooooooon" quand son fils se fait flinguer par son pôpa baptiste intégriste, et surtout avec une scène de "Maison du crack" qui a dû coûter bonbon en maquillage de figurants. Heureusement, tout se termine bien : les drogués meurrent, le pépère retourne à sa noire épouse, la petite fille retourne à l'école, et Stevie Wonder est tout content. Dernier plan : Wesley Snipes marche dans la rue, une droguée lui propose une pipe pour 2 dollars, le gars la prend dans ses bras et crie "Noooooooon". J'ai plus de cheveux. C'est nul.

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16 mai 2006

Inside Man de Spike Lee - 2006

Il faut bien finir par le dire : Spike Lee a peu de talent. Je suis désolé de dire ça du réalisateur de Nola18479919 Darling, mais le fait est. Entendons-nous bien : ses films ne sont pas iniques, ils sont souvent assez plaisants, leurs personnages sont assez bien dessinés (Norton et son clébard dans The 25th hour, c'était sympa), et puis le gars essaye de nous plaire, je dis pas. Mais il manque le réel talent.

Inside Man est donc, comme d'hab, assez décevant. Une réalisation très hétérogène, qui alterne des plans de pure esbrouffe (la tension de Denzel Washington est illustrée par l'acteur posé sur un chariot roulant à toute vitesse, il faut le voir, c'est le même effet que pour la mort de Malcom X) et des choses réalistes. On dirait que pour chaque scène, Lee invente un nouveau dispositif. Pourquoi pas, me direz-vous, mais non : cela donne un style décousu et très vain. Le scénario, relativement astucieux, se contente 184689651malgré tout de dérouler ses coups de théâtre, si bien qu'on finit par en avoir un peu marre à force : on n'est pas à un feu d'artifice. Passés les moments de surprise, on se retrouve avec une banale histoire de braquage sans réel intérêt.

Restent deux qualités : des personnages encore une fois relativement attachants (un "négociateur" qui se la joue détaché, des otages bigarrés, une mercenaire sans scrupule, un milliardaire nazi qui gagne à la fin...) ; et une Jodie Foster très très bien, très tenue, qu'on regarde juste pour le plaisir de la voir bouger et sourire, et qui porte un personnage complexe et négatif avec une aisance souveraine. J'ai toujours dit que je n'étais pas fan de cette actrice, mais je me demande bien pourquoi : elle est très souvent excellente.

Voilà, le tout-venant, quoi. Pas de quoi hurler à la mort, pas de quoi hurler au génie. Ca passe.

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