Une Vie toute neuve (A Brand New Life) d'Ounie Lecomte - 2009
Dans le genre "film d'enfants tout seuls face à l'indifférence des adultes", Une Vie toute neuve est relativement bien fait. Dans le genre film tout court, il restera comme un petit moment strictement sans aucune conséquence. Lecomte, très concernée visiblement par cette histoire autobiographique, filme une mignonne fillette qu'on enferme subitement dans un orphelinat, et qui se trouve en butte à l'incompréhension. Les larmes sont là aux moments prévus, relativement bien amenées puisque Lecomte est dotée de beaucoup de pudeur et de sobriété quand il s'agit de faire monter l'émotion. La dame n'en fait pas trop (ou rarement), axant sa mise en scène sur le seul regard de cette môme : elle est le centre omniprésent de chaque séquence, les adultes étant soit hors-champ quand il s'agit des "méchants" (le père) soit à hauteur de la gamine s'ils sont "gentils" (les bonnes soeurs de l'orphelinat, le directeur). Ca donne au film une jolie finesse dans la compréhension du monde enfantin : les scènes déjà vues s'enchaînent (l'enterrement de l'oiseau comme dans Jeux Interdits, la petite fille qui attend son pôpa vaille que vaille, les disputes avec les autres enfants), mais agréablement filmées, avec distance et empathie, sans en rajouter dans les effets mélodramatiques. Il y a même un ou deux plans vraiment touchants, quand Lecomte filme simplement une enfant seule au monde, abandonnée de tous. Il y a un côté 400 Coups, par exemple, dans ce plan fugitif où la gamine, qui pleure à chaudes larmes, racle le fond d'une pauvre casserole de riz en reniflant comme une damnée (même esprit que la scène des bouteilles de lait de
Truffaut). Ravageur. La petite interprète est super, craquante et en même temps intrigante dans son visage sérieux et déjà adulte. Ceci dit, le film ne sort jamais de ce carcan de tendresse bienveillante, qui finit par le rendre éminemment gentil et innocent. C'est bien d'aimer les enfants et de détester qu'on leur fasse du mal ; mais ça ne suffit pas. Le seul discours du film : n'abandonnez pas vos enfants, c'est mal. On est bien d'accord, et on va se taper un film de zombies après ça, histoire de trouver un peu d'impureté quelque part. Je dis ça : vous ressortirez sûrement de Une Vie toute neuve en pleurant comme des veaux, ce qui, finalement, est aussi une bonne raison d'aller au cinéma.
