Demi-Tarif d'Isild Le Besco - 2004
Pas très convaincu par ce petit film que d'aucuns annonçaient comme la naissance d'une toute jeune
cinéaste prometteuse (21 ans, la bougresse). Pourtant, voilà un sujet assez fort, et, on peut le reconnaître, traité dans la subtilité et l'audace : un récit autobiographique, qui montre 3 enfants livrés à eux-mêmes dans Paris, quasi-abandonnés par une mère qu'on sent dépassée, et par un père "en voyages d'affaires", comme de bien entendu. Petits vols sans conséquence, combines pour justifier les retards à l'école, scènes intimes de jeux ou de chagrins... C'est assez joli, et profondément triste. Filmé en DV, en direct, à la manière du Dogme mais sans en endosser les lourdeurs, Demi-Tarif touche parfois juste dans ce côté "pris sur le vif", et certains plans, comme volés, sont assez puissants.
Mais le souci, c'est Isild Le Besco elle-même. Si elle était restée dans le domaine du pur documentaire, fait de ces belles captations de tranches de vie (le regard hypnotisé d'une petite fille sur un écran de télé, des cris joyeux autour d'une piscine, des larmes grosses comme le poing qui coulent sur les joues du garçon...), elle aurait réussi un grand film sur l'enfance. Manque de bol, elle met son grain de sel. D'abord par une voix off, elle-même, insupportable de maniérisme, qui se prend pour Charlotte Gainsbourg période 80's pour sans doute évoquer la fragilité : raté, c'est juste une voix de tête à claque, d'autant que le texte, très écrit, est digne d'une élève de première L en pleine inspiration. Ensuite par ses soudains désirs de fiction : les quelques séquences mises en scène, avec dialogues et jeu d'acteurs, sont totalement ratées. Le Besco ne trouve pas la bonne distance pour filmer ces parties-là, cadre mal (la scène du vol de bonbons au supermarché est trop proche de sa petite actrice, on ne croit pas à l'espace qui l'entoure), et finalement obtient si peu de matériau qu'elle coupe n'importe comment (la fillette rattrapée par un vigile à la fin du film). Dommage, on pouvait presuqe espérer un 400 Coups contemporain vu du côté du documentaire ; on a juste un objet sincère, mais mal fagotté.
